La clef de TOPS git 6 pieds sous terre…

TOPS sortira son nouvel elpee, "Bury the Key", ce 22 août. Le quatuor propose une musique intemporelle qui allie profondeur et immédiateté. Il s’agit de son premier album complet depuis 2020, un opus qui explore des tons plus sombres tout en restant maîtres…

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Le jeu d’échecs de Vera Daisies

Margaux Jaudinaud, illustratrice multi-casquettes et binôme du groupe Ottis Cœur, se lance en solo sous le nom de Vera Daisies. Après avoir ouvert pour The Libertines, Tess Parks ou encore le band londonien Sorry, elle dévoile un premier titre incisif, "Chess…

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Open’er Festival 2015 : mercredi 1er juillet

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Malgré une longue journée de voyage passée dans le bus, le train, l’avion puis encore le train et le bus, mon enthousiasme n’a jamais faibli à l’idée de pousser les portes de ce festival. Et même si l’affiche de ce jour est (trop) largement chargée de hip-hop (Asap Rocky, Drake), à mon goût. Car au bout de ce chemin de croix se dessine un large site vert, en bordure de mer baltique et d’un aérodrome. Idéal pour apprécier les concerts en toute quiétude.

La soirée de votre serviteur commence par Modest Mouse. Après des débuts prolifiques, le rythme de croisière du combo s’est fortement ralenti. L’avant-dernier elpee « We Were Dead Before the Ship Even Sank », avait ainsi été repoussé à 2007. Il avait cependant permis la collaboration de Johnny Marr, mais également de Heath Ledger, peu de temps avant sa mort, pour réaliser un clip vidéo. Après l’annulation d’une tournée européenne (NDR : la formation se produit rarement sur le Vieux Continent, privilégiant les States), il a fallu attendre sept longues années avant que le combo ne grave un nouvel LP. Il s’intitule « Strangers to Ourselves », et est paru il y a quelques mois. De quoi être curieux de voir ce qu’Isaac Brock et sa bande sont encore capables de produire sur les planches. Un backing group réunissant huit musicos. Lorsque les 3 grattes s’impliquent, le ton est alors naturellement et résolument électrique. Mais l’expression sonore est également susceptible de se ressourcer aux cuivres, au banjo ou au violon. La voix très caractéristique d’Isaac me rappelle tour à tour David Byrne, Alec Ounsworth (Clap Your Hands Say Yeah) ou encore Tim Beeler Darcy (Ought). Malheureusement, elle est quelque peu étouffée par le son médiocre dont souffre la grande scène. Et c’est bien dommage. En fin de parcours, « Float on » s’étend sur la plaine. Un tube parfois volontairement ignoré dans la set list par Modest Mouse. Car Isaac Brock a un sacré tempérament. Pas toujours très facile. Mais ce soir il est de bon poil et communique avec les premiers rangs (NDR : même s’il avoue ne pas bien les entendre). Et en rappel, le très dansant « The view » et le remuant « A different city » clôturent une prestation qui a tenu la route. En espérant un retour au premier plan pour ce combo yankee…
Set List : Bury Me With It / Tiny Cities Made of Ashes / Lampshades On Fire / Dashboard / Doin' the Cockroach / The Tortoise and the Tourist / This Devil's Workday / King Rat / The Ground Walks, With Time in a Box / Dramamine / Float On / Sugar Boats / The World at Large / Rappel : Coyotes / The View / A Different City

Un coucher de soleil d’un côté et la pleine lune de l’autre attendent le spectacle de Chet Faker. Sous la Tent stage, le son est excellent. Véritable showman, l’Australien va facilement parvenir à conquérir les yeux, les oreilles et surtout les cœurs des jolies Polonaises. Elles se sont agglutinées sous ce chapiteau. Par conséquent, il affiche complet, et c’est à l’extérieur et à une bonne centaine de mètres de l’estrade, qu’il faut suivre le set. Souvent seul au clavier, Chet Faker cumule les ballades et multiplie les pauses de dandy. Le drummer et le gratteur ne l’accompagnent qu’épisodiquement. Un peu trop fade à mon goût. Il est donc préférable d’aller voir ailleurs…

Il y a nettement moins de monde devant l’Alter stage pour accueillir Two Gallants. Un public plus mature qui agite la tête tout au long de « Reflections of the Marionette », dont le crescendo est toujours aussi décapant. Adam Stephensen à la guitare et Tyson Vogel (NDR : toujours aussi chevelu) sortent tout ce qu’ils ont dans le ventre. Manifestement, le duo a encore la pêche. Et va notamment le démontrer sur « Steady rollin’ » et « Halcyon days ».

Au loin, on entend quelques notes ‘soul’. Il est temps d’aller à la rencontre d’Alabama Shakes. Comme son patronyme le trahit, le band est originaire d’Athens, dans l'Etat du sud-est des Etats-Unis. Il s’était illustré par la confection de B.O. pour plusieurs longs-métrages dont ‘Dallas Buyers Club’ et ‘12 Years a Slave’. « Boys and Girls » était paru en 2012. Et son nouvel opus, « Sound and Color », en avril dernier. Britanny Howard a du coffre. Au propre comme au figuré. Sa voix impressionne et balise une musique qui oscille du jazz au folk, en passant par le rock et le blues, une expression sonore qui me fait parfois penser aux Black Keys. On a envie de taper du pied. Mais la fatigue accumulée commence à gagner votre serviteur qui n’a plus qu’une seule envie, regagner ses pénates…

(Organisation Open’er)

NOS Primavera Sound Porto 2015 : samedi 6 juin

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Depuis 4 ans, le célèbre festival barcelonais Primavera s’est doté d’une succursale à Porto. Et même si l’affiche est un peu moins riche que chez son rival historique, l’édition lusitanienne a plus d’un charme. A commencer par un accès facile à la ville, de nombreux vols charters, des transports en commun à profusion, et toujours une personne âgée prête à vous renseigner poliment.
Autre point fort : la configuration du site, au milieu d’un parc verdoyant, en bordure de mer. Et les terrains sont en pente. Ce qui permet de voir les concerts à distance.
En ce dernier jour du festival, le soleil radieux est (enfin) de la partie. Ce qui me pousse à me rendre à la plage, pour y entendre, d’un côté le bruit des vagues, et de l’autre, mais de loin, le soundcheck de Baxter Dury…

Au bout de quelques heures de farniente, je décide quand même d’assister à la fin du set de Baxter Dury. En fait, je l’avais déjà vu dans le cadre des PiaS Nites, pour un concert fort semblable. Et puis, mon retour sur le site est dicté par la présence de Thurston Moore qui joue dans le même timing, sur une plus petite scène (ATP). A une certaine époque, l’ex-leader de Sonic Youth affichait une attitude de shoegazer (NDR : pour les néophytes, il s’agit de musicos qui ont constamment les yeux rivés sur leurs chaussures ou leurs pédales de distorsion ; et par conséquent ils négligent de communiquer avec le public). A sein de son nouveau combo, il déborde d’énergie et de rage sur les planches. Ce qui fait plaisir à voir et à entendre. D’autant plus que son dernier opus, « The best day », figurait au sein de la plupart des tops 20 des collaborateurs de Musiczine, pour l’année 2014. Le set commence par le titre d’ouverture de l’elpee, « Speak to the Wild », un morceau tout simplement épatant (NDR : pour reprendre un terme cher à Marc Ysaye). Et les riffs de gratte illuminent « Detonation », alors que le soleil brille de mille feux. La foule commence enfin à s’emballer. En finale, « Ono soul » est une compo qu’on pourrait qualifier tout simplement de chef d’œuvre (NDR : Marc Ysaye, sors de mon corps !)

Au cours des dernières années, les grands festivals programment des vétérans à leur affiche. De manière à attirer des quadras voire des quinquagénaires. Einstürzende Neubauten a ainsi été invité. Et votre serviteur ne va pas s’en plaindre, lui qui se presse à l’Ancienne Belgique, tous les 5 ans, pour fêter leur anniversaire. Et bonne nouvelle, ce soir ils proposent une forme de ‘best of’ plutôt que de se focaliser sur « Lament », un concert que Musiczine avait d’ailleurs relaté (voir ici). Le band entame les hostilités par « The garden », un titre paru il y a près de 20 ans et qui figure sur l’LP « Ende Neu ». En ‘live’, il s’achève par des cris proférés par Blixa Bargeld. Un Blixa qui semble calme et serein (c’est déjà un bon signe). Le décor est planté. Tout au long de « Haus der Lüge » le multi-percussionniste N.U. Unruh se lance dans ses expérimentations industrielles. Et « Sabrina » de clore le spectacle tout en douceur ; moment choisi pour foncer vers le podium principal, Palco NOS.

Où se produit Damien Rice. L’Irlandais impressionne. Et pourtant, il est seul armé uniquement de sa guitare. Il domine parfaitement son sujet. Tant l’espace scénique que la plaine ! Le public est captivé par les longues ballades, qui servent régulièrement de bande originale pour films ou documentaires, comme « 9 crimes ». Et visionnaire, son titre de clôture, « The Blower’s daughter », est beau à pleurer, nous entraînant au cœur de contrées imaginaires. Le concert le plus émouvant de ce festival.

Ride, ce sont encore des ‘vieux de la vieille’. Après My Bloody Valentine et Slowdive, c’est au groupe d’Oxford qui a marqué le début des 90’s d’opérer son come-back en grande pompe. La prestation démarre en force par son hit « Leave Them All Behind », mais au fil du temps elle va perdre en intensité. Pour adopter un style épousé davantage au cours de la seconde moitiés des nineties. Le rôle d’Andy Bell (NDR : oui, oui, celui qui a milité au sein du dernier line up d’Oasis) y est alors prépondérant. En prenant le pouls de quelques inconditionnels, on apprend que le set accordé au Paradiso d’Amsterdam, quelques jours plus tôt, était bien plus percutant… 

Après la ‘déconnade’ de Mac Demarco, place à celle de Dan Deacon (NDR : pas difficile, vu son nom !), le natif de Baltimore. Il maîtrise à la perfection une electro bordélique, déjantée, bidouillée et balayée de cafouillages vocaux. « Sheathed Wings » en est l’illustration parfaite.

Toutefois je ne m’attarde pas trop longtemps dans cette atmosphère délirante, car il serait dommage de manquer le show d’une autre découverte de ce festival, Ought. Fin 2014, le quatuor s’était illustré à l’Ancienne Belgique de Bruxelles, lors d’un double concert partagé avec Vietcong (NDR : band qui se produisait d’ailleurs ici la veille). Sur la petite scène ATP, dont la programmation a définitivement surclassé toutes les autres ce samedi, le combo américain établi à Montréal va démontrer toute l’étendue de son talent. Une étoile filante au milieu de la nuit signée paradoxalement chez Constellation Record (NDR : label de référence fondé par Godspeed You! Black Emperor). Le titre de son elpee, « Ought : More Than Any Other Day », est tout à fait judicieux. Le ton et l’attitude résolument post-punk. Suffit de regarder le physique et d’écouter la voix du leader Tim Beeler, sorte de Mark E. Smith rajeuni, bien sûr. Mais tant le rythme que les grattes sont plus tranchantes, lorgnant davantage vers Fugazi voire Haymarket Riot. Tout en saupoudrant le tout d’une touche de pop contemporaine, à l’instar de Cage the Elephant. Un groupe à revoir le plus tôt possible et surtout à suivre de très près. Il est 3 heures du mat’, et l’heure du bilan de ce festival a sonné.

Et premier constat, la programmation était intéressante. 49 groupes ou artistes ont attiré 77 000 spectateurs sur trois jours. Ce qui demeure raisonnable par rapport aux autres grands festivals.

Et comme la comparaison avec le Primavera de Porto est inévitable, quels sont les plus et les moins par rapport au grand frère ?

Les plus : un prix plus démocratique, un site vert et en pente, une plus courte distance entre les scènes, des stands de nourriture variés.

Les moins : l’affiche moins dense (surtout le premier soir) et un public plutôt réservé ; ce qui a cependant permis d’écouter les concerts dans de bonnes conditions...

 

NOS Primavera Sound Porto 2015 : vendredi 5 juin

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Depuis 4 ans, le célèbre festival barcelonais Primavera s’est doté d’une succursale à Porto. Et même si l’affiche est un peu moins riche que chez son rival historique, l’édition lusitanienne a plus d’un charme. A commencer par un accès facile à la ville, de nombreux vols charters, des transports en commun à profusion, et toujours une personne âgée prête à vous renseigner poliment.
Autre point fort : la configuration du site, au milieu d’un parc verdoyant, en bordure de mer. Et les terrains sont en pente. Ce qui permet de voir les concerts à distance.
Pour ce deuxième jour du festival, les 4 scènes sont ouvertes, et le nombre d’artistes à s’y produire est bien plus conséquent. Dès lors, les choix cornéliens se multiplient.

Et le premier intervient entre la poétesse Patti Smith –qui a décidé de se concentrer sur son elpee « Horses », après avoir exécuté un ‘spoken word’ la veille– et les jeunes loups de Viet Cong. Et c’est finalement pour ces derniers que j’opte. Auteur d’un premier album éponyme flamboyant, le band canadien (NDR : non, non, ce combo n’est pas originaire d’Asie du Sud) avait déjà opéré un passage remarqué au Botanique et à l’AB Club. Et cet après-midi, il va confirmer tout le bien qu’on pensait de lui. Entre post-punk exaltant et noisy décapante, son expression sonore aurait pu naître d’une rencontre hypothétique entre Fugazi et IlikeTrains. Dommage que la foule soit si peu réceptive ; mais on doit s’y faire, le mélomane portugais n’a pas le même tempérament que l’espagnol. Ce qui permet néanmoins de profiter des spectacles dans d’excellentes conditions, et tout particulièrement d’écouter la musique sans qu’elle soit parasitée par des excités bruyants.

Quoique approchant les 60 balais (NDR : la naissance de la formation remonte au début des 70’s), les Replacements ont conservé un fameux potentiel énergétique. Comparable à celui de Viet Cong. Et le début de set confirme ces aptitudes, le combo balançant un punk yankee réminiscent des Ramones voire de Misfits. Comme s’il cherchait à nous en mettre plein la vue et les oreilles. Mais en milieu de parcours, l’enthousiasme retombe, un essoufflement qui se traduit par l’interprétation de ballades davantage folk, mais sans grand intérêt…

De quoi aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte, et tout particulièrement chez Sun Kil Moon, responsable d’un superbe elpee, l’an dernier (NDR : intitulé « Benji », il figurait dans le Top 20 de votre serviteur). Et si sur disque, certains morceaux peuvent s’avérer déprimants voire soporifiques, sur les planches, la musique gagne en intensité et prend une autre dimension. Soutenu par deux drummers, installés en arrière-plan, Mark Kozelek démontre tout son talent. Excellent chanteur/compositeur, l’ex-Red House Painters est vraiment à l’aise au bord de l’estrade. Il se prend même parfois pour un crooner qui veut épater la galerie. Et il parvient à atteindre son but, car la foule applaudit chaleureusement le show. Aussi quand la formation termine son set par « This Is My First Day and I'm Indian and I Work at a Gas Station », quelques minutes plus tard la tente Pitchfork réverbère encore les sonorités de ce superbe titre…   

Nonobstant sa ligne de conduite indie, dont il ne s’est jamais écarté, Belle & Sebastian se produit devant un nombreux public. Sa pop sucrée/salée est subtilement teintée de folk. Les aficionados balancent les bras de gauche à droite ou claquent des doigts. Titres maîtres de leurs albums respectifs, les deux derniers morceaux, « The Boy with the Arab Strap » et « Sleep the Clock Around », caractérisé par son crescendo, incitent les jeunes filles à danser, au milieu de la foule.

Pour l’avoir croisé dans la journée lors d’une conférence de presse, je peux témoigner qu’Antony Hegarty, le frontmen des Johnsons, possède vraiment une voix et un physique particuliers. Il y a même un sacré paradoxe entre son gabarit impressionnant et son timbre frêle, androgyne. Un peu comme si les cordes vocales de Lou Reed, Bjork et Nina Simone étaient entrées au cœur d’une improbable fusion. Soutenu par un orchestre de haut vol, les compos oscillent entre la soul, le jazz et même parfois l’opéra, s’autorisant même l’un ou l’autre accès dans le psychédélisme. Il règne un calme religieux sur la plaine. Une partie du public s’allonge même sur la pelouse. La prestation est théâtrale (même si le leader –vêtu d’une robe– reste immobile devant son micro). De quoi achever la soirée en douceur, la tête dans les étoiles…

NOS Primavera Sound Porto 2015 : jeudi 4 juin

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Depuis 4 ans, le célèbre festival barcelonais Primavera s’est doté d’une succursale à Porto. Et même si l’affiche est un peu moins riche que chez son rival historique, l’édition lusitanienne a plus d’un charme. A commencer par un accès facile à la ville, de nombreux vols charters, des transports en commun à profusion, et toujours une personne âgée prête à vous renseigner poliment.
Autre point fort : la configuration du site, au milieu d’un parc verdoyant, en bordure de mer. Et les terrains sont en pente. Ce qui permet de voir les concerts à distance. Ce jeudi, il fait un peu frisquet, et l’ambiance est plutôt calme. Deux scènes sur les quatre sont d’ailleurs fermées.

Ce qui ne va pas empêcher l’auditoire de prendre sa première grosse claque du festival. Grâce à Mac Demarco. Son attitude totalement déjantée évoque instantanément Pavement voire les plus contemporains DIIV. Le Canadien (NDR : il est trahi par son accent) est multi-instrumentiste ; et puis il va enchaîner les variations de thèmes, passant d’un rock/garage couillu à de la franche ‘déconnade’, au cours dernier quart d’heure. Quart d’heure pendant lequel il va même s’autoriser un flirt avec une ‘variétoche’ à la Mike Brant. A prendre au énième degré, bien sûr. Guère avare de commentaires entre les titres, il déclare notamment : ‘I’m very sick with a lot of flu, so thank you for your support’. Mais là aussi les contrastes s’enchaînent, car d’un côté oui, il semble souffrant et tout fiévreux, mais il enfile également les bières nationales (NDR : de la ‘Super Bock’) tout au long de son set. Il termine même sa prestation par un long slam dans la foule, avant de montrer ses fesses en guise d’au revoir. Et ce n’est pas tout, car non seulement il change une corde de gratte pendant un titre, mais il démonte lui-même son matos après son show (NDR : il est sans doute le seul artiste se produisant au Primavera, à ne pas avoir de liner). Bref, une prestation qui surprend, mais sans jamais agacer, et qui surtout semble bien maîtrisée.

Autre scène, autre style, FKA Twigs verse dans R&B et le trip-hop, façon Tricky. Parfaite, la voix de Tahliah Debrett Barnett me fait penser à celle de Hannah Reid (London Grammar). Elle met facilement le public dans sa poche. Il est vrai que cette jolie métisse (qui a d’ailleurs conquis Robert Pattinson) exécute des déhanchements lascifs qui valent le coup d’œil. Cependant, mon estomac vibre plus que mes oreilles, et l’envie de goûter au plat typique (NDR : la célèbre Francesinha) est plus fort que tout.

Le volet ‘découvertes’ s’interrompt brièvement pour laisser la place à Interpol, un groupe qui tourne dans la plupart des grands festivals. J’ai déjà eu l’occasion de le voir à de nombreuses reprises, et depuis le départ du bassiste originel, il souffle le chaud et le froid en ‘live’. Néanmoins, le chouette set accordé à l’Olympia de Paris, en janvier dernier, me pousse à revoir le band. Qui commence en force par un « Say hello to the angels » bien en rythme. Le combo embraie par « Anywhere », « Hands away » et « Evil ». Et la prestation de s’achever par « Slow hands » et « PDA ». Le rappel ne semble pas gagné. Finalement, Interpol revient jouer trois titres, dont « All the rage back home », en clôture. N’empêche, le choix était judicieux d’assister au concert d’une des rares têtes d’affiche de ce festival.

Pour terminer la soirée, The Juan MacLean a fait forte impression. Réunissant la charmante Nancy Whang et John MacLean, le duo électro se produit sous une configuration live. Stimulés par un drummer inspiré, les tubes se propagent jusqu’au bout de la plaine, comme un vent de fraîcheur qui tombe sur la nuit… encore qu’au fil du temps, il fait de plus en plus froid, et les beats ‘dansants’ ne parviennent plus à me réchauffer. Aussi, comme une bonne partie du public, je décide donc d’aller me reposer quelques heures…

 

Les Nuits Botanique 2015 : dimanche 17 mai

Créé en 2009 par Luis Vasquez, The Soft Moon a contribué à l'émergence d'un style musical à la frontière entre post punk, shoegaze, dark wave, psyché et électro/techno. Aujourd'hui, après avoir publié trois albums et accompli une tournée en première partie de Depeche Mode, le projet de ce Californien d’origine cubaine est devenu le fer de lance d'une nouvelle scène alternative.

Consécration suprême : il accède même aux programmations des festivals branchés 'indie', à l’instar de ce concert accordé en clôture des Nuits Bota. Votre serviteur a eu l’opportunité de d’interviewer l’artiste à deux reprises, ce qui permet notre nouvelle rencontre avant le spectacle. Il me confie ses inquiétudes relatives au choix de la salle. On peut en effet s'étonner qu'un groupe 'noisy' soit programmé dans le Grand Salon, un espace assez intimiste et privé de podium. La Rotonde ou l'Orangerie auraient été mieux adaptées à la puissance que libère la musique de The Soft Moon. Heureusement, Vasquez a quand même obtenu que les sièges du public soient enlevés.

C'est Walter Hus, 'résident' au Grand Salon pendant tout le festival, qui ouvre les hostilités. Il est connu pour le générique de fin du film « The Sound Of Belgium », une adaptation pour Orgue Decap du cultissime « Universal Nation » créé par le producteur electro trance Push. L'Orgue Decap est un instrument inventé par W. Hus : il est composé de flûtes d'orgue et se combine à différents instruments (percussions, accordéon, ...) ; le tout est piloté par des automates programmables reliés à un ordinateur et un clavier. Dingue !

Lors de la soirée Night Owls, il y a une semaine, Walter Hus avait interprété une partition très techno ; mais ce soir, l'orgue de barbarie version 2.0 sonne plus classique, plus cinématographique. Le compositeur gantois joue sur un magnifique piano à queue et l'étrange orchestre impose une ambiance unique, hypnotique même. On épinglera particulièrement « Faro, Ode à la Bière », une belle chevauchée martelée par le rythme des flûtes d'orgue. Surréaliste...

Nul besoin de pause car la formation suivante a déjà installé ses instruments devant l'orchestre de W. Hus. Il s'agit de Prairie, le projet ‘ambient’ du Bruxellois Marc Jacobson. Son premier opus, « Like a Pack of Hounds », est sorti en février. Accompagné de Grégoire Fray (guitare et claviers, Thot et The Hills Mover) et de Catherine Graindorge (violon), Jacobson propose des atmosphères sombres aux structures harmonieuses tout en y entretenant une certaine tension, voire même en y communiquant un sentiment d’angoisse. Pensez à Sigur Rós, Haxan Cloak, Kreng : c'est onirique, comme la bande-son d'un océan calme au crépuscule. Plus tard, des vagues puissantes, déclenchées au synthé-controlleur Akai par G. Fray, viennent se fracasser sur nos tympans, enrichies de guitares cristallines et d'interventions de violon torturées. Superbe et envoûtant...  

Un saut dans le temps et nous sommes prêts à accueillir The Soft Moon. Nous avons pris soin de nous placer au premier rang, vu qu'il n'y a pas d’estrade. C'est le problème au Grand Salon, comme d'ailleurs aussi dans le Witloof Bar. Les sons de synthé de « Inward », l'intro du dernier album « Deeper », s'insinuent dans les baffles et les trois musiciens prennent place. Aux côtés de Luis Vasquez, on reconnaît les deux Matteo : Matteo Salviato à la basse et aux drumpads ainsi que Matteo Vallicelli, à la batterie.

Ce dernier entame un beat répétitif à la grosse caisse pour attaquer « Black », un des meilleurs titres de « Deeper ». La voix de Luis évolue à la frontière entre murmure et cri, un style de chant immortalisé par Trent Reznor. La comparaison avec Nine Inch Nails ne s'arrête d'ailleurs pas là. L'ambiance générale du titre est très 'NINiesque', une tendance qui caractérise plusieurs titres récents de Soft Moon. Dans l'interview qu'il a accordée à Musiczine en février dernier (voir ici dans Musiczine et sur Youtube), Luis nous confiait qu'il considérait Trent Reznor comme ‘une âme-sœur’ (‘a kindred spirit’) ; ce qui explique sans doute cette corrélation inconsciente.

En tout cas, la musique dispensée par The Soft Moon est fabuleuse et captivante, comme si elle était le fruit d’une combinaison parfaite entre l'héritage post punk/new wave/shoegaze et des sonorités technoïdes plus récentes. En parlant de post punk, « Alive » et « Dead Love » déroulent ensuite leurs basses très ‘Curesque’ et leurs guitares ‘batcave’ dopées au flanger. Ici, le chant de Vasquez est plus tribal, davantage dans le cri comme chez Andrew Eldritch. Pour les solos, Vasquez utilise un Moog Sub Phatty, duquel il tire de longues notes en ‘sustain’, qu'il étire et triture à l'aide du 'pitch bend', la molette qui permet de modifier la hauteur de note.

Tout au long de « Far », une bombe imprimée sur un tempo frénétique, le public réagit en dansant et en bondissant, provoquant même un début de pogo. « Wrong » accentue la pression encore grâce à son rythme robotique et son riff exécuté au vocodeur. Au milieu du morceau, Vasquez se fend d'un solo de percussions sur... un fût. Un chouette moment post-industriel !

J'attendais impatiemment « Wasting », une composition issue de « Deeper », qui marque une évolution vers un chant plus structuré et la présence de vraies mélodies. Je n’ai pas été déçu : l'interprétation est impeccable et on est bluffé par la prouesse vocale. Pendant le refrain, on ne peut s’empêcher de penser à Martin Gore et même à Tears For Fears, des comparaisons que Luis accepte volontiers (cfr l'interview).

La fin du set est une irrésistible montée en puissance qui culmine au moment de « Being », un véritable brûlot ! Drapé dans un riff de guitare à nouveau très 'Curesque', Vasquez crie ‘I can't See My Face’ avant d'éructer ‘I don't know who I am – What is this place – I don't know who I am’, lors d’un final super noisy.

La formation revient interpréter trois titres : « Die Life », « Parallels » et « Want ». Les derniers moments sont à nouveau hallucinants, martelés par les percussions et un interminable crescendo de synthés. Un concert superbe, très percutant, nettement mieux maîtrisé que celui accordé par le musicien au Magasin 4, en 2012. C'est d'ores et déjà un des meilleurs de 2015 ! Je n'ose imaginer le résultat au sein d’une Orangerie pleine à craquer. Une prochaine fois, peut-être ?

(Organisation : Les Nuits Botanique)

Eurorock 2015 : samedi 16 mai

C'est le dernier jour de l'Eurorock et aussi le plus important, car c'est aujourd'hui que doivent se produire les plus grandes têtes d'affiche : Killing Joke, Front 242, Fields of The Nephilim, etc. Pour rappel, l'Eurorock est un festival qui tente de renaître de ses cendres après 12 ans de silence. Se déroulant à Neerpelt, dans le Limbourg, il se focalise sur les musiques ‘sombres’ qui ont marqué les années '80. Et tout particulièrement les genres new wave, post punk, rock gothique, EBM (Electronic Body Music), synth-pop, électro-indus, etc.

Lorsque nous arrivons sur place, vers 13h, le ciel est gris et il semble régner une atmosphère de chaos. Nous l'apprendrons plus tard, le festival a dû être interrompu vers midi en raison du vol d'une partie de la recette. En outre, victime d’un malaise l'organisateur a dû être hospitalisé. Après plus d'une heure et demie d'attente, des responsables montent sur le podium pour annoncer que le festival a été repris en main par des volontaires et qu'ils vont essayer de poursuivre le programme en compagnie des artistes qui acceptent de jouer gratuitement ou pour une partie de leur 'fee'.

Lacrimas Profundere, monte alors sur l’estrade. Un groupe allemand de rock gothique. Sa musique est sombre et mélancolique, ce qui a l'heur de plomber encore plus l'atmosphère.

Il faudra attendre Crash Course In Science pour nous remonter quelque peu le moral. Issue de Philadelphie, la formation est née en 1979. En ‘live’, elle propose une minimal synth très sautillante et pétulante. Michael Zodorozny, un des membres originaux, est toujours au poste. Il chante plein d’entrain les petites perles de pop expérimentales que sont « Flying Turns » ou « No More Hollow Doors ». La chanteuse qui le soutient s'acquitte honorablement –même si elle en fait parfois un peu trop– des parties vocales, interprétées à l'origine par Dale Feliciello : « Cardboard Lamb » et « It Costs To Be Austere ». Nice show !

Groupe de metal gothique, Xandria tente de réchauffer un peu l’atmosphère, qui demeure cependant morose. Et ce n’est pas le set assez décevant de Portion Control qui parviendra à inverser la tendance.

Un peu plus tard, on apprend que Front 242, Neon Judgement et Fields of The Nephilim ne se déplaceront pas. Pffff... On craint que l’Eurorock ne tourne au fiasco et puis... miracle, on nous informe que Peter Hook and The Light, la formation drivée par le légendaire bassiste de Joy Division et de New Order, va quand même jouer! On est soufflés car le Mancunien a une réputation de mauvais caractère ; et on se souvient du ramdam qu'il avait provoqué lorsqu'il n'avait pas été payé lors du Shadowplay de Waregem. En prenant du recul, il faut reconnaître que c'est sans doute Peter Hook qui a sauvé l'Eurorock d'une débâcle totale.

Au moment où il monte sur l’estrade, Hook précise d'emblée : ‘Nous allons jouer pour rien mais on a déjà dû jouer pour rien dans des festivals encore pires que celui-ci !’ Il enchaîne immédiatement par « Atmosphere » et on a l’impression qu’un événement va se produire. En effet, survolté par les circonstances négatives, Peter Hook va accorder une prestation remarquable, carrément punk ! Ce sera un véritable ‘best of’ de Joy Division que le combo va dispenser, en hommage à Ian Curtis, à quelques jours de la commémoration de sa mort. Evidemment, la voix de Peter Hook est plus que limite ; et il l’avoue lui-même. Mais de le voir interpréter des classiques comme « Insight » et « Dead Souls », 35 ans plus tard, ça fait chaud au coeur. C'est son propre fils, Jack, qui se charge de la basse. Peter ne sait pas cumuler voix et instrument en même temps, mais il nous réserve quand même quelques parties sur sa superbe Eccleshall de couleur rouge. Pendant « Digital », la foule entame même un pogo ! Le reste du show touche au sublime : « Isolation », « She's Lost Control » et enfin, « Shadowplay » nous achèvent complètement. Peter Hook a prouvé qu'il était un grand Monsieur. En plus, il se murmure qu'il a prêté son 'backline', son matériel de scène, aux autres groupes suite à la défection d'un des fournisseurs. Chapeau !

Vers 18h45, boostés par ce grand moment et par le soleil qui est revenu, nous retournons vers l'autre podium pour assister au concert d'Absolute Body Control, le premier projet créé par Dirk Ivens, à la fin des années 70. Comme d’habitude, il est accompagné par son compère Eric Van Wonterghem, aux claviers. Poursuivant sur la lancée de Peter Hook, le duo belge aligne également hit sur hit. Evidemment, le son est moins énorme : c'est de la synth-pop assez minimale, comparable au premier album de Depeche Mode. « Melting Away » est superbe et Dirk se déplace sur la scène tel un félin à la recherche d'une proie. Après un tout nouveau titre, « Sorrow », assez calme, ABC repart en force et attaque « Never Seen » et « Give Me Your Hands ». En rappel, le tandem va nous gratifier d'un excellent « Into The Light » : ‘Proficiat, Dirk & Eric !’

Nous nous autorisons une pause pendant Whispers in The Shadow, une formation de cold wave/gothic rock déjà vue auparavant, mais pas question de rater Anathema ! Créé à Liverpool au début des années '90, ce band est parvenu à faire évoluer son style du doom-metal vers le prog-metal, avant de s’orienter vers un prog rock alternatif proche de Steven Wilson, Radiohead, voire même Portishead. ‘Nous ne sommes pas payés mais il y a des choses plus importantes que l'argent. Le respect, par exemple, le respect pour vous, qui avez payé vos tickets’. C'est par ces mots, admirables, que Vincent Cavannagh, le chanteur, entame le concert. Le premier titre est éponyme, c'est « Anathema » et aux côté de Vincent, on retrouve la famille Cavannagh : Danny à la guitare et Jamie à la basse. A la batterie, il y a John Douglas et au second chant, la jolie Lee Douglas (encore une histoire de famille).

Pendant « Untouchable Part 1 & 2 », on se met à planer sur les belles harmonies mais l’ensemble manque un peu de pêche. Heureusement, on a droit au fabuleux « Closer », un OVNI musical aux confins de l'électro, du prog rock et de l'indie rock : une pure merveille. Anathema prend congé sur « Distant Satellites » et on remercie les musicos pour le merveilleux geste désintéressé qu'ils viennent de poser. Thx !

Epuisés, nous nous accordons une nouvelle pause pendant Tanzwut et après une courte interruption, on entend la musique d'Eyes Wide Shut (« Masked Ball » de Jocelyn Pook) et c'est... Killing Joke !!! La formation de Notting Hill commence en force, par son plus grand hit, « Love Like Blood ». Immédiatement, c'est le délire dans le (et autour du) chapiteau. Le son est d'une puissance phénoménale et Jaz Coleman, arborant son look rituel de Severus Rogue (ça me rappelle quelqu'un – private joke), parvient sans trop d'effort à placer sa voix de stentor au-dessus de la mêlée. On vit un grand moment, qui se poursuit par Wardance », « Complications » et « Requiem ». Le béret sur la tête et la cigarette au bec, Geordie White est impérial, comme à l'accoutumée. Quant à Youth, à la basse, il a l'air de plus en plus... jeune ! Symboliquement, le groupe nous réserve « Money Is Not Our God », un titre de circonstance ! Au total, Killing Joke va interpréter 17 titres, dont certains, rallongés. Un show exceptionnellement long et d'une rare intensité.

Trop fatigués pour attendre Therion, nous quittons la plaine de Neerpelt satisfaits, persuadés d'avoir assisté à un festival à nul autre pareil. Evidemment, il faudra que la lumière soit faite sur ce qui s'est réellement passé mais une chose est sûre : c'est l'altruisme des volontaires, tant techniciens que musiciens, qui a permis au festival de poursuivre son déroulement et pour cette raison, ils méritent notre respect ! Et c'est grâce à eux que l'Eurorock n'est pas devenu l'Horror-rock... Hum... 

Pour les photos, c’est ici 

Les Sons du Fond du Petit Marais 2015 : samedi 16 mai

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Rongé par l’ennui un samedi de mai, votre serviteur a été intrigué, au détour d’une promenade, par le va-et-vient de badauds tout droit sortis d’un mouvement hippie post Woodstock.
Sa curiosité l’a conduit à l’entrée d’une propriété communautaire à Jemappes au sein de laquelle se déroulaient des festivités destinées à récolter des fonds participatifs. Un mini festival à la clé (‘Les sons du petit Marais’) !

Il s’agissait de la toute première édition du genre. Elle n’a malheureusement pas attiré grand monde. Il faut avouer que la publicité accordée à cet évènement était quasi inexistante. L’affiche proposait une artiste à la connotation exotique : Hano-ah. J’avais pourtant d’autres chats à fouetter. Je ne me suis donc intéressé qu’à elle. Bien m’en a pris…

Le monde de la musique est une véritable jungle à travers laquelle il est souvent difficile de se frayer un chemin. Certains groupes sont éphémères. Parfois, ils ne parviennent pas à procurer la moindre émotion. D’autres, encore, laissent un souvenir indélébile… Aurore Di Cesare, à l’état civil, appartient de cette minorité !

Véritable OVNI dans le paysage musical, cette jolie jeune femme à l’allure prépubère, semble avoir traversé, le temps d’une parenthèse, le tube cathodique d’une émission de télévision style High School Musical.

Elle jouit en réalité d’une solide expérience dans le domaine, bien qu’elle vienne à peine de souffler ses 27 bougies !

Ainsi, alors âgée de 21 ans, elle parvient à fédérer suffisamment de fans afin de récolter la coquette somme de quinze mille euros.

Le Crowdfunding lui permet de pénétrer le marché grâce à la publication d’un premier opus dix titres intitulé « At the crack of dawn ». Lors des sessions d’enregistrement, elle s’était intelligemment entourée d’un orchestre classique. Distribué par Universal, le disque a été produit par le talentueux Renaud Lhoest, malheureusement disparu trop tôt après avoir souffert d’une longue et pénible maladie.

La suite de la carrière de cette Montoise d’adoption sera vécue comme une conte de fée. Après une première création pour le ‘Festival au Carré’, organisé par le Manège, Hano-ah se produit en live dans l’émission ‘50 degrés nord’ sur Arte ainsi que ‘Sans chichis’, sur la RTBF.

Cerise sur le gâteau, les chansons de son répertoire sont reprises pour la BO du film anglais « Echoes of summer sin » de Steven Owen.

Fort de ce succès, un Ep quatre titres voit le jour 2013. "Slow waltz ", permet à la belle Italienne de revenir sur le devant de la scène avec des fondamentaux. Expérimental dans la démarche intellectuelle, ce mini album se veut aussi plus épuré. Un disque à son image en quelque sorte !

Sur les planches, malgré une carapace qu’elle souhaiterait dure comme la pierre, la demoiselle redevient une petite fille. Ses failles et faiblesses refont surface. Parfois hésitante, presque timide, elle reste subtilement émouvante.

Ses questionnements sont nombreux ! On la sent meurtrie dans sa chair et son cœur, victime d’un passé torturé ! Sa musicalité trahit, à peine, des blessures qui semblent ne pas s’être encore refermées totalement. Une artiste à fleur de peau !

Son univers campe un mélange étrange de sons oniriques produits par son synthé et des loop vocaux amusants. Plutôt douée pour la beat box, c’est surtout lorsqu’elle s’exécute au piano-voix, qu’elle devient d’une sensualité époustouflante ! Ses paroles me bercent. Un peu comme un enfant dans les bras chaleureux de sa mère !

Planté à une encablure de l’estrade, je la contemple et redevient tout à coup le gosse que j’étais jadis découvrant son petit train en guise de cadeau de Noël. Je ne sais quoi dire. Je suis transi d’émotions. Je frissonne, mon cœur palpite et j’ai les jambes en coton…

C’est dans la langue de Voltaire qu’elle transcende viscéralement son répertoire ! Sa reprise de Noir Désir, « Le vent nous portera », est un chef-d’œuvre ! Elle parvient à se réapproprier ce titre légendaire. C’est dans cet exercice de style que l’on discerne le talent véritable des musiciens ! Beaucoup s’y essaient, mais peu y parviennent ! Chapeau bas M’dame !

Plus cocasse, l’angulaire sous laquelle elle dépoussière par sa seule créativité un titre ultra populaire de Desireless, « Voyage voyage ». Magnifique !

Son anglais approximatif dénature par contre quelque peu ses compositions écrites en anglais. Elle devrait y être plus attentive !

Artistiquement proche de Lisa Gerrard, Dead Can Dance ou encore This Mortal Coil, son show d’environ une petite heure est un melting pot de tendresse et de mélancolie. Qu’on aime ou pas son univers, on ne peut rester insensible à un telle prestance et à ce grain de voix particulier, éraillé parfois, mais tellement envoûtant.

Ses yeux pétillent de bonne humeur. Il lui est difficile de contenir ses larmes lorsque la thématique du cancer dont un ami proche n’a pas survécu, est évoquée. Ce qui pour le commun des mortels serait une faiblesse, elle, en fait une force !

Le regard ténébreux qui me glaçait le sang au début du spectacle devient tout à coup limpide, transparent. Je parviens à lire dans les grands yeux bruns d’Aurore comme dans un livre ouvert. J’y vois ses imperfections et ce spectre de contradictions qui l’entoure et fait d’elle une personne attachante dans le sens le plus noble du terme…

Seule petite ombre au tableau, son ‘live’ souffre de temps à autre de l’absence de consistance sonore. Même si le minimalisme issu de son créneau identitaire lui va comme un gant, les efforts qu’elle prodigue restent insuffisants afin de capter durablement l’attention de son auditoire. Dommage !

Hypnotique et mystérieuse, il n’était pas besoin d’être un fin observateur pour constater que cette demoiselle m’a littéralement métastasé l’âme. Je n’en suis pas sorti indemne. La vie est parfois bien étrange…

Setlist :

Walking away
The river
Slow waltz
Monster
Voyage voyage (reprise)
In the sea

Le vent nous portera (reprise)
Leave me, don’t hurt me
My dear

La rumeur (reprise)

Gnôthi + Hano-ah + Gabba Lovers + The Cherry Blossoms + Ozvald

 

Eurorock 2015 : vendredi 15 mai

L'Eurorock renaissait de ses cendres après 12 ans de silence. Il se déroule à Neerpelt, dans le Limbourg, et se focalise sur les musiques ‘sombres’ qui ont marqué les années 80. Et tout particulièrement les genres new wave, post punk, rock gothique, EBM (Electronic Body Music), synth-pop, électro-indus, etc. On se réjouissait du retour de ce festival, d'autant que l'autre grand évènement de ce type, le ‘Gothic Festival’ (qui a changé de nom par la suite, pour devenir le ‘Shadowplay’), avait disparu de la circulation, suite à un imbroglio financier. Si vous avez suivi les communiqués de presse diffusés ces derniers jours, vous êtes donc bien informés : l'Eurorock a dû être interrompu à midi, le samedi 16 mai, en raison du vol d'une partie de la recette. Pris d’un malaise, l'organisateur a dû être hospitalisé. L’organisation a été reprise en main par quelques volontaires et heureusement, la plupart des groupes ont accepté d’abandonner leur cachet ou une partie de leur 'fee'.

Mais revenons au vendredi. Lors de notre arrivée, vers 13h (nous avions fait l'impasse sur la soirée de 'warm-up' du jeudi qui ne proposait qu'un groupe 'live'), rien ne laisse présager cette future débâcle. Tout semble baigner dans l’huile. Un énorme chapiteau abrite deux podiums qui se font face. Ce qui permet de passer d'un concert à l'autre sans interruption. Ce n'est pas encore la toute grande foule, mais l'ambiance est sereine ; et en plus, il fait beau !

Nous mangeons un bout en écoutant de loin la musique électro-indus de XMH ; mais c'est au moment de This Morn' Omina, que nous nous pénétrons sous la tente. Quoique méconnu, ce combo belge (le jeu de mot, lui est connu!) surprend agréablement. Sa musique post-industrielle véhicule des accents tribaux, notamment grâce au chant et aux percussions 'live'. Le line up réunit le fondateur Mika Goedrijk, Karolus Lerocq, Jelle Mattez, Peter Morningstar et mon ami Bavo Jipla. Dans l'ensemble, le set est réussi, fascinant et irrésistible. Une belle découverte !

Star Industry, c'est un peu le Sisters of Mercy noir-jaune-rouge. Son rock gothique se complait malheureusement trop dans le mimétisme pour attirer l’attention. On a quand épinglé une reprise, très douteuse, du célébrissime hit ‘Kids’ de MGMT. Hum...

Ensuite, le légendaire Luc Van Acker, une des figures marquantes de la pop/new wave des années 80 en Belgique, va nous accorder un show impressionnant. Coiffé de sa casquette de marin et entouré de 6 musiciens, il nous propose les meilleurs morceaux de son unique album, « The Ship », un elpee qui date de 1984. L'ambiance est très fun, et très funky ! « Feels Like Love », « Wildlife » et « Climbing The Mountain » déménagent littéralement. Classique, « Zanna » est superbement exécuté en duo, non pas en compagnie d’Anna Domino, mais de la choriste du band. Chouette set !

A Split Second est une autre formation belge. Selon la légende, elle est la responsable de la new beat. C'est en effet un de ses morceaux, « Flesh » qui, ralenti de 45 tours à 33 tours (+ 8% de pitch) par le DJ Marc Grouls, a lancé ce phénomène au Boccacio, près de Gand. Mais il ne faut pas se tromper : A Split Second est au départ, un groupe EBM. Créé par Peter Boone et Marc Ickx en 1985, il est toujours actif aujourd'hui. Sur les planches, il commence par le célèbre « Colonial Discharge », qui est malheureusement coupé au moment de l'instrumental pour laisser la place à « Rigor Mortis ». Pendant « Colosseum Crash » et « Mambo Witch », on remarque la très forte présence sur le podium du chanteur, Marc Ickx. Très autoritaire, il va jusqu'à agresser (gentiment) son guitariste sur le titre « On Command ». La dernière flèche décochée sera... « Flesh », dans sa version rapide (45 tours), pour le plus grand plaisir d'un public de plus en plus nombreux et de plus en plus réceptif.

Après une longue pause, nous revenons pour Diary of Dreams, les champions de la darkwave allemande. Originaire de Reutlinger, la formation emmenée par Adrian Hates est une tête d'affiche régulière des festivals gothiques. Sur disque, sa musique est très élaborée et affiche un côté solennel, symphonique et romantique. Malheureusement, le band a la mauvaise idée de durcir le ton en ‘live’, de rajouter des guitares un peu poussives et d'en faire une tonne pour jouer aux ‘entertainers’. Mais ne boudons pas notre plaisir, la qualité y est et les compos font quand même mouche, que ce soit « Chemicals », « Undivided » ou surtout, le superbe « Kindrom ».

Nous zappons volontairement Crüxshadows, ne supportant ni la voix de canard du chanteur, ni le côté pop décérébrée des compositions. Nous préférons nous placer pour la sensation de la journée : Suicide Commando. J'ai beau avoir vu la formation de Johan van Roy de nombreuses fois, je suis toujours soufflé par la puissance de sa musique. Après avoir créé son projet en 1986, le Campinois est devenu un des pionniers de l'electro-indus, en combinant les aspects EBM de groupes comme The Klinik ou Front 242 et des éléments post-industriels inspirés par Throbbing Gristle ou Cabaret Voltaire, épiçant le tout à d’une imagerie très 'dark' et de vocaux 'diaboliques', trafiqués par de multiples effets. Son hit « See You In Hell » a été l'un des club-killers des années 90 et continue de faire le bonheur des soirées 'dark'. A l'Eurorock, le groupe n’a pas joué « See You In Hell », mais il y a suffisamment de titres irrésistibles dans le répertoire de Suicide Commando pour satisfaire les fans. « Bind, Torture & Kill », par exemple ou « God Is In The Rain », caractérisé par son riff très orienté folk (eh oui!). Van Roy est, comme d'habitude, vêtu d’une chemise noire, sur laquelle il a noué une cravate rouge. Il virevolte d'un côté à l'autre de l’estrade. Le public réagit très positivement à cette musique captivante et danse sans hésiter sur « Dein Herz Meine Gier » ou « Love Breeds Suicide ». Les vidéos sont superbes, extrêmes et d'une esthétique volontairement violente. « Attention Whore » et « Die, Motherf*cker Die » clôturent à merveille une prestation en tous points irréprochable. Bravo !

A peine le temps de souffler que les amis de Vive La Fête entament leur set de l'autre côté du chapiteau. Els Pinnoo et Danny Mommens font pratiquement partie des meubles. Il n'y a pas un festival ou une fête de village sans un concert des Gantois. Créé en 1997, Vive La Fête a réussi à percer grâce au support fourni à l'époque par Karl Lagerfeld. Leur show à l'Eurorock est sans surprise, très professionnel. Leur style associe new wave, Neue Welle avec un côté électro-pop naïf très touchant. « Tokyo », « Assez » et « Schwarzkopf » sont d'une efficacité redoutable et la danse frénétique d'Els Pynoo incite tout le monde à remuer les fesses. Dans « Noir Désir », la chanteuse nous montre toute l'étendue de son registre vocal par des cris qui s’élèvent de plus en plus haut. La prestation s’achève très classiquement par la reprise du thème de Jésus-Christ Superstar à la guitare et un final très rock. Rien à redire !

Il est maintenant 22h et on commence sérieusement à se les geler sur la prairie de Neerpelt. Le chapiteau laisse passer le vent qui devient glacial. L'enthousiasme retombe un peu, d'autant que les deux formations suivantes, Oomph ! et ASP, sont tout sauf passionnantes. Le style de Oomph ! est proche de celui de Rammstein. Il est donc plutôt lourdingue. Le seul bon moment du concert survient lors de l’exécution de plus anciens titres, «  Mein Herz » et, surtout, le fabuleux « Der Neue Gott », une bombe de dance-floor ! Mais pour le reste, les musicos sont un peu ridicules, dans leurs costumes de marins. Ils poussent même l'humour (?) jusqu'à entonner une chanson digne de l'Oktoberfest et finissent leur show par une adaptation d’« Always Look On The Bright Side of Life ». Ooumch !

La prestation d’ASP est pire ! Son rock gothique est encore plus pénible et le concert, interminable (1h15!). On ne comprend pas trop bien pourquoi ce groupe figure aussi haut à l’affiche du festival.

Au moment où Apoptygma Berzerk monte sur le podium, il est passé minuit. Frigorifiés, nous parvenons à résister pendant un peu plus de 20 minutes, juste assez pour constater que la formation norvégienne a quand même un peu perdu de sa superbe. Stephan Groth n'est plus le jeune éphèbe look-alike de Brian Molko. Il a pris un peu de poids et porte... une moustache ! Sa synth-pop acidulée ne passe plus aussi bien qu'il y a 10 ans, sans doute à cause de l'heure tardive… Nous décidons donc de rejoindre nos pénates, car demain est un autre jour !

Pour les photos, c’est ici 

 

 

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