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Les Nuits Botanique 2016 : mardi 24 mai 2016

Les Nuits Botanique 2016 se sont refermées –enfin presque, car en vérité, elles vont jouer sporadiquement les prolongations jusqu’au 7 juin– ce mardi soir lors d’un spectacle devenu quasi-traditionnel : le concert accordé dans le cadre solennel de la cathédrale des Saints Michel et Gudule. Cette coproduction Botanique / Le Manège.mons / Musiques Nouvelles traduit la volonté des initiateurs du projet, Paul-Henri Wauters (Botanique) et Jean-Paul Dessy (Musique Nouvelles), de permettre la rencontre entre artistes issus de mondes différents, autour de la musique classique.

Un imposant podium a été installé à l'avant de l'hôtel, en plein centre de la cathédrale. Dès que les instruments à cordes prennent leur envol, l’auditoire est plongé au cœur d’un univers magique, celui de Roland de Lassus. Ce Montois, honoré ce soir, était un des musiciens européens les plus notoires, au XVIème siècle. C'était même une véritable ‘star’, dont les chansons se sont transformées en ‘hits’, à l'époque. Sonic Lassus cherche à restituer sa musique telle qu'elle était jouée et chantée de son vivant ; mais aussi, et à l’aide d’arrangements contemporains, la rend disponible auprès d'artistes issus du monde de la pop. Créé à Mons le 4 octobre dernier, ce spectacle trouve ici un nouvel écrin –et quel écrin !– dans la sublime cathédrale gothique. 

C'est d'abord Mina Tindle, une chanteuse française, qui s'avance au devant de la scène pour interpréter « La Nuit froide et sombre » soutenue par l'ensemble. De son vrai nom Pauline de Lassus, elle nous confiera après le concert être en effet une descendante en ligne directe du maître : ‘C'est en partie pour cette raison que les coordinateurs du projet m'ont contactée’. Très belle et douce, sa voix évoque Cat Power. Et on tombe sous son charme. Les harmonies et le chant affichent un petit coté médiéval, qui est renforcé par le son si caractéristique du luth.

C’est ensuite au tour de Daan, chanteur flamand bien connu au Nord de la Belgique, de donner corps à une chanson de Lassus : « Qui dort ici ». Affublé de ses inséparables Ray-Ban, Daan s'agrippe au micro à l’aide de ses mains, concentré sur une mélodie qui ne correspond pas vraiment à sa voix plutôt ‘rock’. Par contre, celle –fragile, plaintive, enchanteresse– de Laetitia Sheriff, une chanteuse/bassiste française, émerveille tout au long de « Qui Veut d'amour ». Tel un jeune choriste timide, celle de Baptiste Lalieu, alias Saule, se révèle limpide et touchante sur « Fleur de 15 ans ». Fùgù Mango clôture la première série de chansons en proposant une version rythmée de « Je l'aime bien ». Les frères Lontie et Anne Fidalgo ont entraîné leur batteur, l'excellent Sam Gysel, dans l’aventure ; et c’est devenu une bonne habitude –à l’instar de leur set accordé sous le Chapiteau des Nuits Bota– les Bruxellois mettent l'ambiance, ici à travers un madrigal aux accents tribaux! Irrésistible !

Retour au calme grâce aux harmonies vocales de l'ensemble français Ludus Modalis, suivies par un slam étonnant du Belge d'origine congolaise, Pitcho. Sur « Psalmi Poenitentialis », il a écrit un texte bouleversant, qui résonne comme un cri dans les travées de l'église. Encore un moment fort du spectacle.

Les premières notes diffusées par les grandes orgues de la cathédrale ont de quoi faire sursauter. Il faut lever la tête, car ces orgues sont accrochées à la paroi, au-dessus de la nef. L'organiste, Xavier Deprez, improvise sur « Principium » et « Suzanne Un Jour ». Un véritable tour de force, mettant en valeur toutes les sonorités de l'instrument, jusqu'aux dissonances les plus étonnantes (NDR : elles ne manqueront d’ailleurs pas d’amuser les musiciens sur scène).

Après un nouvel a capella, le programme se poursuit et au moment de « Parents sans amis », interprété par Daan, on sent que le dénouement est proche. Le rythme des violons enfle et le carillon tubulaire du percussionniste résonne. Tous les chanteurs, qui étaient assis derrière l'ensemble, se lèvent et chantent à tue-tête lors d’un final collectif époustouflant. Jean-Paul Dessy murmure ensuite en souriant : ‘C'est fini !’.

De retour sur terre, on a bien conscience d'avoir assisté à un spectacle exceptionnel, non seulement parce qu'il s'agit d'une création belge quasi-unique mais aussi parce qu'il transcende les frontières entre les musiques. Concert liturgique, multiple et incantatoire, Sonic Lassus nous a permis de vivre un superbe voyage sonore, doublé d’un florilège musical mystique…

Jean-Paul Dessy nous a confié être en contact avec des organisateurs et des programmateurs pour donner une suite à ces concerts exceptionnels. Qui sait, peut-être, pour vivre une tournée des cathédrales françaises ? A bon entendeur....

(Organisation : Botanique / Le Manège.mons / Musiques Nouvelles / ADAMI / Fondation Mons 2015 / De Concert ! / Festival de Wallonie-Hainaut)

Les Nuits Botanique 2016 : vendredi 20 mai

Le Cirque Royal accueillait ce vendredi 20 mai une soirée assez particulière. Et plus particulièrement un ‘ciné-concert’ au cours duquel Mogwai était invité à interpréter la bande originale qu’il a composée spécialement pour le documentaire ‘Atomic : Living In Dread Promise’. Il n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’il avait déjà signé la B.O. de la série française ‘The Revenant’ ainsi que celle d’un reportage consacré à Zidane.

Réalisé par le Britannique Mark Cousins, ce film a été diffusé sur la BBC 4, dans le cadre du 70ème anniversaire des bombardements qui ont touché les villes d'Hiroshima et de Nagasaki. Donc on pouvait s’attendre à un spectacle conceptuel plutôt qu’à un concert ou un documentaire.

Pas de première partie. A 20 heures, il y a encore une file interminable devant le Cirque Royal. Faut dire que les fouilles –bien légitimes en cette période trouble– ne facilitent pas son accès. Vu les circonstances, le show ne commencera que vers 20h30. Les lumières s'éteignent. Sans émettre le moindre mot, sans concéder le moindre signe, les cinq musiciens prennent place sur leur chaise, qu’ils ne quitteront d’ailleurs plus avant la fin du show. Difficile de faire plus statique ! Aucun micro n’a été installé sur l’estrade. Pas vraiment nécessaire, puisqu’il n’y aura aucune interaction entre l’auditoire et le quintet qui s’éclipsera, sans même lui adresser le moindre regard, dès sa prestation terminée. Bref, c’est bien le documentaire projeté derrière la formation qui doit focaliser tous les regards. Pourtant, les morceaux atmosphériques de Mogwai collent parfaitement aux images d’archives projetées. Et créent des atmosphères variées. On passe ainsi de l’hécatombe causée par les bombardements à la psychose de la guerre froide en passant par les progrès de la science en matière de santé. Bref, le sujet est vraiment intéressant. Sauf que les commentaires sont incompréhensibles. Il aurait fallu prévoir des sous-titres. D’autant que le combo écossais n’est pas avare en décibels ; à tel point que le volume sonore devient parfois excessif. 

En conclusion, si au départ le concept semblait passionnant, vu la qualité de la bande-son et du documentaire, il faut reconnaître que le résultat n’a pas été à la hauteur des attentes. L’auditoire s’est retrouvé coincé entre un concert et une projection. Une sensation plutôt frustrante. Car si le public a entraperçu Mogwai, il n’a pas davantage disposé d’un confort suffisant pour apprécier le film. Un Cirque Royal en configuration totalement assise, aurait été sans doute un choix plus judicieux…

Béber

Mogwai

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Ce vendredi 20 mai, il y a du peuple dans la Rotonde pour accueillir deux groupes belges, The Sunday Charmers et Konoba ; mais également un français, parisien plus exactement, Naive New Beaters, qui est venu présenter de larges extraits de son futur elpee, « A la folie ».

The Sunday Charmers ouvre la soirée. Fondé en 2014, ce power trio, ma foi fort classique, réunit le drummer Morgan Legrelle ainsi que deux membres de Recorders, soit le bassiste Florian Donnet et le chanteur/guitariste Etienne Donnet. Légèrement teintée de psychédélisme, sa pop est élégante et sucrée. Le vocaliste est parfois encore un peu hésitant, mais en prenant un peu de bouteille, il devrait facilement tirer vers le haut, un groupe qui ne manque finalement pas d’allure…

Konoba s’était produit dans le cadre du festival ‘Propulse’ en 2015. Aujourd’hui, sur l’estrade, il dispose de bien plus d’espace que lors du rendez-vous des arts et de la scène, auquel il avait participé l’an dernier. On y retrouve le chanteur Raphaël Esterhazy, le guitariste Maxime Simon (Solkins, Whylanders), dont la moustache ferait pâlir de jalousie les acteurs des Brigades du Tigre, ainsi que le préposé à la basse et aux synthés, Maxime Honhon (NDR: un autre Solkins). Et puis un batteur. Un barbu ! Ces trois derniers ont enfilé des chemises de couleur lilas (NDR: la même qui est mise en vente au stand merchandising). Raphaël a opté, de son côté, pour une autre de couleur blanche, de type officier, enrichie de motifs rouges.

Le set s’ouvre par « Smoke And Mirrors ». Le light show est aveuglant. Les deux claviéristes sont aux commandes. Raphaël tapote sur sa machine. Il se déhanche et se balance. Sorte d’hybride entre Joe Newman (Alt-J), Beck et Gotye, sa voix semble habitée. Il y a des beats électro, mais ils ne sont pas trop envahissants. La mélodie est accrocheuse. L’auditoire commence à remuer. Raphaël prend la place de Maxime derrière les claviers. Ce dernier empoigne la basse et se consacre alors au micro. Big Moustache récupère une gratte dissimulée sous son clavier. Raphaël signale que c'est la quatrième fois qu'il foule les planches de la salle et semble ravi d'y revenir. Simplement, en grimpant chaque fois d’un cran dans la programmation, il espère décrocher un jour la tête d'affiche (NDR : ce sera peut-être lors de la sortie d’un album dont la date de sortie se rapproche de plus en plus). Tout au long d’« I’M A Wolf » les harmonies sont atmosphériques. « Love » s’ébroue sur des gazouillis d'oiseaux. De quoi patienter jusqu’à l’été, qui tarde à arriver. Mr Honhon s’y distingue à la semi-acoustique. La voix de Raphaël monte dans les aigus. Ses paluches sont aussi expressives que celles de feu Joe Cocker. 

Il invite les spectateurs à se serrer les mains et les épaules pour se faire des câlins. Toute la salle est en communion avec les artistes qui viennent au contact dans la fosse bien remplie. Raphaël embraie par une nouvelle compo : « Dancing In The Moonlight » ; c’est le futur single dont la sortie est imminente. Et il est bien taillé pour la bande FM. Raphaël a été abandonné par ses complices. Il est donc seul sur l’estrade et enlève le jack de sa gratte semi-acoustique pour attaquer « Winning Is For Loosers » ‘unplugged’. Une compo au cours de laquelle, il va démontrer tout son talent. « On Your Knees » est un morceau empreint de douceur. C’est devenu un rituel, Raphaël s’agenouille. Et certainement pas dans « L'indifférence », un titre interprété dans la langue de Voltaire…

De son véritable nom Michael Bensoussan, David Boring est le chanteur de Naive New Beaters. C’est aussi le fils du cinéaste Philippe Clair. Et puis il est également acteur. Sous un pseudo, qu’il a baptisé Esteban. Ses deux autres compères ont également opté pour un surnom. Le préposé au machines et synthétiseurs a choisi celui d’Eurobelix et le gratteur de Martin Luther BB King. Le line up implique également une section rythmique assurée par deux filles plutôt sexy.

Leur mix de pop, disco, hip-hop et rock est destiné à enflammer les pistes de danse. On est donc curieux de voir le résultat. Tous les membres du band ont enfilé des salopettes de couleur blanche, taguées, légèrement moulantes.

Les musicos ne se prennent pas au sérieux. Et tout particulièrement le vocaliste dont les déhanchements sont calibrés. Il chante dans un anglais à l’accent hexagonal particulièrement prononcé. Et plaisante entre les morceaux. De quoi permettre au spectacle de baigner dans la bonne humeur. Pourtant, son humour est très souvent à prendre au second degré. Il occupe tout l'espace scénique et de temps à autre, vient frapper dans les mains des spectateurs sis aux premiers rangs. Cet excellent showman possède un don inné pour chauffer son public. Il lui demande de lever les bras, les menottes, d’applaudir et de remuer le  popotin. Et les spectateurs s’exécutent. Ils dansent, jumpent, s’éclatent… comme les musicos sur les planches.

Quand il n’adopte pas un style funk, le guitariste s’autorise l’un ou l’autre solo. On a parfois l’impression qu’il se prend pour Slash.

Un bateau fait son apparition sur l’estrade. Un type vêtu d’un short et chaussé de palmes part alors surfer sur cette embarcation dans la foule. On est alors dans le délire absolu. D’après les déclarations du chanteur, ce figurant enterrait sa vie de garçon et ses parents étaient dans la salle. Bref, on après un tel show festif, on peut rentrer chez soi le cœur léger…

Setlist NNB : « Break » / « Words  » / « Hurt  »/ « Shit Happens » / « Live » / « Good » / « Heal Tomarrow » / « Montecristo » / « La On Da » / « Bang Bang » / « Made To Last » / « Long » / « Get Love » / « Can'T Choose » / « Run Away » / « Jersey ».

Didier Deroissart

Naive New Beaters + Konoba + The Sunday Charmers 

(Organisation : Botanique)

 

Les Nuits Botanique 2016 : jeudi 19 mai

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En ce jeudi 19 mai, dans le cadre des Nuits du Botanique, le Cirque Royal reçoit trois formations qui à elles seules assurent de beaux lendemains au rock et à la chanson française. Radio Elvis, Nicolas Michaux et Feu ! Chatterton, ont tous publié leur premier album cette année et ont recueilli les éloges de la critique tant en France qu’en Belgique. La soirée promettait donc d’être –ma foi– fort sympathique…

Il est plus ou moins 19 heures, et face au Cirque Royal, il commence à y avoir du peuple. Un public hétéroclite issu de tous les horizons et multigénérationnel y fait la file. Une demi-heure plus tard, alors que l’hémicycle est bien rempli, Radio Elvis monte sur le podium. Le trio parisien est venu défendre son dernier elpee, « Les Conquêtes ». Pierre Guénard (chant et guitare) débite ses textes imagés sur une musique minimaliste mais entraînante, canalisée par la batterie et la basse. Même si les morceaux ne sont guère notoires, il faut bien reconnaître que contagieux, ils sont d’une rare efficacité. Le public semble en tout cas conquis lorsque le combo vide les lieux, après un set d’une bonne trentaine de minutes (pour les photos, c’est ici)…

Nicolas Michaux jouit déjà d’une solide popularité en Belgique. Avant de se lancer en solo, ce Liégeois d’origine, aujourd’hui établi à Bruxelles, militait au sein de la formation pop/rock Eté 67. Son premier album, « A la vie, à la mort », n’est plus une découverte ; et pour cause, c’est la troisième fois qu’il le défend au Botanique. Enfin, pour la circonstance, au Cirque Royal. Vu l’accueil qui lui est réservé, il a d’ailleurs dû laisser un bon souvenir lors de ses précédentes prestations. Nicolas Michaux se plante au centre du podium, derrière son imposante gratte. Il est soutenu par un batteur, un guitariste et un bassiste. Dès le départ, on sent l’artiste particulièrement à l’aise. Il glisse d’ailleurs quelques commentaires entre ses morceaux. Sa voix claire et faussement nonchalante passe parfaitement la rampe. Sa musique est entraînante et bien plus tranchante que sur disque. Les musicos sont loin d’être statiques –a contrario de bon nombre de leurs contemporains– et s’agitent au rythme des compos. Et en 45 minutes, Nicolas va passer en revue l’essentiel de son elpee.

Il est 21h30. Le public est fin prêt pour accueillir la tête d’affiche. La salle est bien remplie. Ce n’est pas la première fois que Feu ! Chatterton se produit dans le cadre des Nuits. En 2015, il était déjà programmé. Nuance, mais elle est d’importance, il a publié depuis son premier LP, « Ici le Jour (a tout enseveli) », décroché une victoire de la musique, dans la catégorie ‘Révélation scène’, squatté différents plateaux TV et participé à plusieurs grands festivals. Ce qui explique pourquoi le show est passé de la Rotonde au Cirque Royal. Une sacrée promotion pour une formation qui le mérite amplement. 

Vêtu d’un costume trois pièces, les cheveux tirés en arrière et la petite moustache parfaitement taillée, Arthur Teboul a une allure de dandy. C’est le maître de cérémonie et il se plante au milieu de l’estrade. Il est flanqué d’un backing group réunissant deux gratteurs, un bassiste et un drummer. Feu ! Chatterton ouvre le set par « Ophélie » et embraie sur « Fou à lier », deux morceaux parfaits pour chauffer le public. Le son est nickel. Arthur Teboul pose ses textes sur la musique en gesticulant dans tous les sens, lorsqu’il n’esquisse pas quelques pas de danse, alors que ses comparses bondissent aux quatre coins de la scène. Les spectateurs sont directement conquis. Avant d’entamer « Côté Concorde », il amorce le sujet en déblatérant des paroles loufoques qu’il déverse avec une rapidité déconcertante. Superbe, le light show est adapté aux différentes compos. Ainsi, il entretient une ambiance cosy tout au long du paisible « Les Camélias » et baigne au sein d’un climat plus chaud et ondoyant sur l’épatant « La mort dans la pinède ». Avant de s’éclipser, le groupe ne pouvait pas passer à côté du single « Boing ». Un titre qui fait littéralement mouche. En rappel, Feu ! Chatterton nous réserve « La Malinche », trahissant ainsi les (légères) influences électroniques des Français. Les quelques lignes de synthé vont même suffire pour faire danser la foule, déjà chauffée à blanc pendant plus d’une heure. Difficile de mieux conclure une chouette soirée !

Ce soir, le rock ‘en français’ (et non pas français !) a trouvé une relève. Au-dessus du Cirque Royal planait les fantômes de Bashung, Gainsbourg et Noir Désir. Dorénavant rassurés par leurs dignes héritiers, ils peuvent reposer en paix (pour les photos, c’est là).

Radio Elvis + Nicolas Michaux + Feu! Chatterton

(Organisation : Les Nuits Botanique)

Les Nuits Botanique 2016 : mercredi 18 mai

Écrit par

CocoRosie est venu présenter son album « Heartache City », paru en 2015, dans le cadre des Nuits Botanique. De quoi secouer le Cirque Royal. Sur scène, le duo yankee a décidé de jouer des morceaux qui associent le rap, le chant lyrique et le beatbox. Un mélange audacieux. Compte-rendu. 

La soirée commence par Benoît Lizen, flanqué de l’Orchestre de Mons. Son premier LP, « Naomka », est sorti l’an dernier. Pendant une bonne demi-heure, le chanteur belge va nous interpréter des chansons dans une langue qu’il a inventée : le ‘Galionka’. Un mélange d’espagnol, de portugais et d’anglais. Ses ballades mélancoliques sont enchanteresses. Les couleurs chaudes de sa guitare lap steel –à l’instar de celle qu’il pose sur ses cuisses– ou acoustique collent bien à sa voix bluesy et nasillarde. Mais la suite est moins convaincante. Les harmonies du Mons Orchestra, soit une batterie, une clarinette, une trompette, un cor et un trombone, ont beau tenter de restituer un peu de vigueur à l’ensemble, la magie n’opère pas. Dommage ! Après un petit interlude, place à la tête d’affiche de la soirée…(pour les photos, c'est ici)

Driiiiiiing. Le téléphone sonne. Le Cirque Royal sort de sa léthargie pour accueillir les sœurs Bianca ‘Coco’ et Sierra ‘Rosie’. Le silence est rompu. Tandis que la chanteuse d’opéra émet les premières inflexions, sa frangine, coiffée de dreadlocks et vêtue d’un short, monte sur l’estrade. La voix si singulière de Rosie transperce la salle, quasi-comble. Le set commence par l’un des singles du dernier LP, « Heartache city ». Le rêve peut commencer. Le beatboxer Tez remplace la batterie. Ses beats se marient impeccablement au flow continu de l’artiste coiffée d’un bonnet qui rend hommage à Bob Marley.

Les minutes passent sans pour autant que le rêve ne s’achève. Les mélanges de sonorités au clavier, au beatbox et les voix si particulières des deux interprètes semblent fasciner une grande partie de l’auditoire. Le duo semble choisir un style de chant qui rappelle le rap. Le tempo est lent. Une formule reproduite sur « Tim and Tina » et « Un Beso ». La sauce ne prend pas encore tout à fait. Les artistes patinent dans leurs ballades mélancoliques. Peut-être faut-il voir dans ces fragments une porte d’entrée dans leur univers si personnel ? Quoi qu’il en soit, le rêve se poursuit.

« Lemonade » entame la deuxième partie du spectacle. Cette compo notoire est issue de leur elpee « Grey Oceans », publié en 2010. Les fans applaudissent dès l’entame des premières notes au piano. La voix du beatboxer est de plus en plus présente. D’ailleurs, CocoRosie quitte le plateau et laisse Tez montrer tout son talent de boîte à rythmes humaine. Et seul, il parvient à enflammer le public.

La suite est dominée par la voix opératique. Mêlée à des sonorités de guitare ou de synthétiseur. Le tempo est lent. Le combo préfère la voie de la simplicité. La ‘zénitude’ semble se propager dans cet amphithéâtre. Le cœur bat au rythme des kicks et des ‘tsss’, techniques utilisées par les beatboxers. Les anciens Eps « Madonna », « End of time » ainsi que « God Has A Voice, She Speaks Through Me» ne sont pas oubliés. Sur ce dernier titre, un invité vêtu d’une burqa est venu apporter sa collaboration. Sa voix androgyne se mêle à celle du duo. Les morceaux font mouche mais la setlist ne montre pas toute la mesure du talent des artistes. Ils peinent à arriver au sommet de leur art. Jusqu’à ce que la dernière partie du concert nous montre un groupe libéré de sa musicalité plutôt mélancolique. Rosie souffle dans sa flûte en roseau tandis que sa sœur est virevoltante sur les cordes de sa harpe électrique. Le tempo va crescendo. La température de la salle monte d’un cran. Tez ne s’essouffle pas. Au contraire. Le public manifeste tout son enthousiasme. Après le single « R .I.P. Burn face », les musiciens retournent en coulisses mais les mélomanes les rappellent illico. La soirée se clôture par « We are on fire ».

CocoRosie est un groupe aux multiples facettes. La variété des instruments utilisés et les couleurs sonores très chaudes que le duo féminin apporte démontrent une grande force créatrice. Parfois, on aimerait que le combo sorte de sa zone de confort créative pour nous apporter un espace musical plus dynamique. N’empêche, le public, ce soir, a été conquis (pour les photos, c'est là).

CocoRosie + Benoît Lizen

(Organisation : Botanique)

 

Les Nuits Botanique 2016 : mardi 17 mai

Ciné-concert « Les Premiers, Les Derniers »

A nouveau une initiative originale et exclusive à mettre à l'actif des organisateurs des Nuits Bota : un ciné-concert au Cirque Royal consacré au film de Bouli Lanners : ‘Les Premiers, Les Derniers’. Parallèlement à la projection du long métrage sur grand écran, le compositeur de la bande originale, Pascal Humbert a été invité à jouer les morceaux à la guitare en 'live', sur la scène.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, ce dernier est un bassiste/guitariste/compositeur français impliqué dans les projets 16 Horsepower / Wovenhand (en compagnie du génial David Eugene Edwards) et Détroit (avec Bertrand Cantat).

Cerise sur le gâteau, le Palois sera accompagné ce soir par des invités de marque : Catherine Graindorge, violoniste belge notoire, Koen Gisen, le partenaire d'An Pierlé, préposé pour la circonstance au saxophone, et enfin, Jérémie Garat, au violoncelle. Un cinquième siège est prévu, mais il est vide et est destiné à la surprise finale !

Installé dans la pénombre à gauche de l'écran, le quatuor nous livre une introduction avant que les premiers paysages sombres et gris du film apparaissent sur l’écran. Rappelons brièvement le scénario, qui suit deux chasseurs de ‘prime’ modernes, interprétés de main de maître par Albert Dupontel et Bouli Lanners. Cochise et Gilou sont à la recherche d'un GSM, que leur client veut récupérer. L'action se déroule dans les campagnes désolées du nord de la France, entre autoroutes désaffectées, chancres industriels et pavillons de banlieue. Il y a ici un parfum de road movie américain.

On n'est donc pas étonné que Bouli Lanners ait choisi Pascal Humbert pour composer une musique qui doit résonner dans de grandes étendues balayées par le vent. Un peu comme l'avait réalisé Ry Cooder pour 'Paris, Texas'. La gratte utilisée par Humbert est d'ailleurs une acoustique de type 'Dobro', équipée d'un résonateur métallique autour de la rosace, qui diffuse ce son si caractéristique du Sud des Etats-Unis.

Le thème principal de la bande originale, « One Bear With Me », composé par Lilium, le projet solo d'Humbert, trouve ici un écho tout particulier, grâce aux violons et au saxophone. Parfois, il se sert d’une pédale 'loop' afin de tracer automatiquement des lignes répétitives ou des 'samples' préenregistrés. Les musicos suivent le film et leurs partitions sur un écran LCD placé devant eux. Quant au public, il regarde religieusement la projection, comme hypnotisé par cette musique aux frontières du folk, du classique et de l'ambient.

Sur « Fugue », Humbert se sert d'un 'bottleneck', ce goulot de bouteille qui permet de glisser sur les cordes de la guitare. Ce qui renforce encore le côté 'texan' du son. Une véritable invitation au voyage. Le côté organique de la bande originale souligne l'approche carrément existentielle de Bouli Lanners, qui mêle dans son oeuvre la religion, la mort, la violence, la solitude et la condition humaine.

Au moment où le long métrage approche de son terme, on remarque que la cinquième chaise de musicien est maintenant occupée par un homme barbu. Il commence à chanter doucement et… sa voix est immédiatement reconnaissable. C’est Bertrand Cantat en personne. Accompagné par le quatuor et par un batteur, il interprète « Maybe I », la superbe ballade écrite pour le film. Sa voix est cassée et tout en retenue, s'imposant discrètement au-dessus des volutes sonores (à voir ici). Dès les dernières notes, le public applaudit à tout rompre et l’ensemble se lance dans un tout dernier titre. Votre serviteur apprendra par la suite qu'il s'agit d'une improvisation, inspirée par des harmonies et un chant hispanisants. Bertrand Cantat y libère sa voix, qui prend les accents d'un chanteur de flamenco.

A la fin du morceau, les musiciens viennent saluer devant la scène sous un tonnerre d'applaudissements. Logique, on vient d’assister à un événement unique. Le film était sublime et la musique, divine. On ne peut que les recommander chaudement. Et on salue au passage le Bota qui, décidément, parvient à nous étonner chaque jour un peu plus. Ce soir, le Cirque Royal était, à nouveau, l'écrin d'un spectacle... royal. 

Philippe Blackmarquis

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Ce soir, l’Orangerie accueille l’une de trois ‘Nuits’ consacrées au Hip-Hop. Tous les artistes présents s’expriment uniquement en français. A l’affiche : le Belge Roméo Elvis / Le Motel ainsi que des deux Français Alpha Wann et Georgio. Il sont tous venus présenter leurs projets respectifs, parus il y a peu.

Roméo Elvis est le premier à fouler les planches de l’Orangerie devant un auditoire à moitié rempli. Flanqué de son producteur/DJ Le Motel et de Swing (membre de l’Or du Commun), le rappeur bruxellois déborde d’énergie ; et il le démontre d’entrée de jeu. En outre, il est extrêmement proche du public. Le collectif Yellowstraps le rejoint le temps de quelques titres, notamment pour y interpréter « Assurance », afin de communiquer une touche plus groovy à ce début de parcours.

Les sonorités et les textes proposés par Roméo Elvis nous rappellent, non sans un brin de nostalgie, ceux des années 90-2000, période considérée encore par beaucoup aujourd’hui comme l’âge d’or du rap français. Une ambiance 90’s remise au goût du jour et bien palpable sur son dernier Ep, « Morale », dont les compos collent parfaitement à l’humour et le sens de l’autodérision pratiqués par le Bruxellois. Roméo Elvis a également le don de nous tenir en haleine tout au long de « La voiture » et « La valise » qui forment à eux deux une storytelling très réussie, mettant en scène deux protagonistes dans l’échange d’une fameuse valise.

Le rappeur ponctue sa prestation par « 2013 », en référence à l’année de publication de son premier projet. Le morceau sert de remerciement à ses fidèles aficionados, au fil du temps, de plus en plus nombreux. Une belle manière de conclure une prestation d’une grande qualité.

Après 15 minutes de pause, la salle est presque comble pour accueillir Alpha Wann, membre des collectifs notoires L’Entourage et 1995. Le Français est venu défendre son récent projet, « Alph Lauren 2 ». Il est accompagné de DJ Lo’ et de Caballero. Et la présence du Bruxellois réjouit énormément la foule. Ce dernier va largement mériter sa place dans le set d’Alpha Wann en interprétant quelques titres de son répertoire comme le très efficace « Le Pharaon Blanc » et « Repeat », issu de son dernier essai qu’il partage avec Jean Jass.

Alpha Wann jouit d’une réputation de rappeur très technique, un talent qu’il va parfaitement démontrer lors d’un freestyle improvisé et tout au long du morceau « Barcelone », bien repris en chœur par le public. Le Don, dont le show est composé de ses deux volumes d’« Alpha Lauren », conclut par l’incisif « Lunettes Noires », caractérisé par son couplet de « Caramelo », titre signé L’Entourage.

Tout comme Roméo Elvis, Alpha Wann et Caballero ont livré une prestation d’une très grande qualité et tout aussi énergique, mais ces deux derniers se sont montrés bien plus proche d’un public –davantage réceptif– que lors du set d’ouverture accordé par le Belge. La présence de Caballero a sans aucun doute apporté un plus à la prestation d’Alpha.

Troisième et dernière artiste à se produire ce soir : Georgio. Il débarque au sein d’une Orangerie partiellement vidée de son auditoire, à l’issue du spectacle précédent. Le second rappeur français de la soirée, qui s’inspire directement de la Scred Connexion, s’inscrit dans la même veine que ses prédécesseurs. Si Georgio est un rappeur solo, c’est pourtant un quatuor qui grimpe sur l’estrade, dont son ami Sanka ainsi que deux machinistes…

La set list va essentiellement puiser des titres au sein de son dernier opus, « Bleu Noir ». Excellent et particulièrement varié, son concert va durer une bonne heure. De quoi permettre au public de découvrir tout le talent et la diversité du répertoire de Georgio. Entre les morceaux les plus émouvants tels que « Rêveurs », « La Celle de Saint Cloud » et « Malik », l’ambiance devient de plus en plus électrique et tout particulièrement sur les compos les plus rap, à l’instar d’« Appel à la Révolte ». Sur ce titre, les pogos se multiplient dans la fosse. Et Georgio ainsi que son acolyte Sanka vont même y participer l’espace de quelques instants.

Si l’auditoire semblait moins réceptif au show de ce dernier artiste, Georgio n’a rien à envier aux autres présents ce mardi. Son talent est indéniable ; et à coup sûr, c’est un des rappeurs à suivre dans le futur.

Amateurs de belles plumes et bons flows, le public de l’Orangerie a été plus que comblé lors de cette soirée Les trois protagonistes y ont mouillé le maillot et ont partagé cet enthousiasme avec une foule, qui ne s’est pourtant pas déplacée suffisamment en masse, pour un événement d’une telle qualité…

Thomas Hubin

Roméo Elvis & Le Motal + Alpha Wann + Georgio

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Suivant les commentaires recueillis en attendant l’ouverture de portes, il appert que le public est bien moins nombreux pour assister à l’édition 2016 des Nuits que l’an dernier. Bien sûr, certains spectacles se sont déroulés devant un auditoire comble ; et puis la Nuit Belge a fait le plein. Mais La Rotonde a accueilli rarement plus de 50 personnes. Plus ou moins 120, ce mardi, pour vivre le show de Jamie Lawson, et en supporting act, Lylac. Manifestement, depuis les attentats, le mélomane lambda hésite à aller voir et écouter des concerts. En outre, ce soir, le temps est froid.

Amaury Massion était venu présenter le nouvel opus de son projet Lylac (« Living By The Rules We’Re Making »), au sein de la même salle (qu'il connaît parfaitement), en janvier dernier, dans le cadre de sa release party. Ce soir il est uniquement accompagné par la violoncelliste Thècle Joussaud.

Le supporting act, Amaury le connaît mieux que quiconque. Que ce soit au sein de My TV Is Dead ou de Lylac. Mais tout au long de ce set, il va nous proposer des versions acoustiques de « By a tree » et « Living By the Rules we're making », les deux opus de son dernier projet.

Au milieu du podium, trône un siège haut. Juste devant, sur une petite estrade, on remarque la présence d’une pédale destinée aux percussions électroniques. Et de chaque côté, s’appuient deux grattes. La première est en filage métallique et réverbère des sonorités limpides. Plus classique, la deuxième est en filage nylon ; idéale pour le picking, elle est propice au flamenco.

Après une petite intro constituée de chants d'oiseaux, Amaury attaque le mélancolique « My Bird », titre qui ouvre le nouveau long playing, un sentiment de spleen qu’accentue les interventions du violoncelle. Le voyage initiatique nous conduit de « Rome » au Nouveau Continent. S’il fait escale à « Mexico », il est surtout destiné à nous permettre de parcourir les grandes plaines sises à l’Ouest des States. Et « Lilac Wine » en est certainement la plus belle illustration. Ecrite en 1950, par James Shelton, cette chanson a été popularisée par des écorchés vifs comme Nina Simone et Jeff Buckley. Pour « I Forget Who I Am », pas d'ambiance psychédélique entretenue par un sitar comme lors de la release party. Mais un folk particulièrement dépouillé. Ce soir, curieusement, alors qu’il s’exprime parfaitement en français, Amaury avait décidé de ne causer qu’en anglais. Sans doute pour rester sur son île. D’ailleurs, c’est « The Island » qui clôt la prestation de Lylac.

Place ensuite à Jamie Lawson. Né à Plymouth, ce chanteur/guitariste anglais est âgé de 40 ans. Eponyme, son quatrième LP est paru l’an dernier et il est devenu disque d’or en Grande-Bretagne.

Vêtu d’une chemise de bûcheron, l'artiste déboule seul sur les planches armé de sa gratte semi-acoustique. Sa voix est douce, claire, cristalline et atmosphérique. Elle me fait penser tour à tour à son pote Ed Sheeran (NDR : dont les cheveux sont également roux), Jack Johnson et même Milow. De quoi faire craquer le public féminin. Sa technique à la gratte évoque également ces musicos, mais surtout Michael David Rosenberg (Passenger) ainsi que James Taylor, dont il pourrait incarner le fils naturel.

L’auditoire écoute religieusement le songwriter et l’acclame entre les morceaux. C’est un périple au cœur du Nord des States auquel l’artiste nous invite à participer tout au long du mystique « Cold In Ohio ». C'est la première fois qu’il pose les pieds sur le sol belge et il nous le signale. Le public l’applaudit pour le remercier. Les compos de Lawson libèrent une sensibilité à fleur de peau et touchent l’âme. « Silent Rain » est une toute nouvelle chanson. Il l’inaugure en ‘live’ et elle est de toute beauté. Timide, il demande aux spectateurs si cela leur a plu. Vu les acclamations, c’est une certitude. Il adapte remarquablement le « Letter Never Sent/ Brown Eyed Girl » de Van Morrison. Avant d’achever son set par le « Ahead Of Myself », au cours duquel Jamie divise la foule en trois parties pour organiser un récital polyphonique (NDR : tiens, c’est une technique qui devient rituelle !) et le résultat, atteint lors du refrain, est tout bonnement épatant.  

Même s’il semble timoré voire fragile, Jamie est un artiste enthousiaste, passionné. En outre, il ne manque pas d’humour. Il faut cependant reconnaître que ce soir, le public était composé de mélomanes qui connaissent parfaitement cet artiste. Certains reprenaient même les paroles en chœur. Et ont vivement apprécié les moments aux cours desquels sa voix est devenue plus sauvage afin de servir des compositions nerveuses. Un type sympa qui le prouvera encore au stand merchandising. A découvrir d’urgence avant qu’il ne squatte les grandes salles !

Didier Deroissart

Jamie Lawson + Lylac

(Organisation : Botanique)

 

 

 

 

 

 

Les Nuits Botanique 2016 : lundi 16 mai – Nuit Belge

Ce soir, c'est la ‘Nuit Belge’ au Botanique. Le concept est simple : dans toutes les salles, se produisent uniquement des artistes ou formations belges, le tout offert au prix d'un ticket unique. On attend particulièrement le concert de La Muerte, qui devrait réserver quelques belles surprises. Seul problème : il y a des recouvrements entre les concerts, ce qui forcera à faire des choix cornéliens !

On commence par une première aux Nuits Bota : le spectacle d'un robot ! Sur l’estrade du Chapiteau, on aperçoit un grand Alien noir, menaçant, constitué d'un buste, de deux bras et d'une tête. Seul sur les planches, il mime le chant et bouge en fonction de la musique. Cette jolie petite bestiole répond au doux nom de ‘Scarabée’. C'est une création de Bots Conspiracy, un duo composé de deux frères, Laurent et Manu. Ils ont créé ce robot à partir d'impressions 3D et de laser cuts. L’expression sonore est orientée 'dark electro' et le 'chant' robotisé lorgne plutôt vers le hip-hop. Scarabée se fendra même d'une reprise de La Muerte : fun ! Malheureusement, le public restera majoritairement insensible à cette innovation...

Cap sur l'Orangerie pour assister au set de Stereo Grand. La formation belgo-écossaise est de retour après quatre ans d'absence pour présenter de nouvelles compositions, élaborées sous la houlette d'un producteur notoire : Jean Lamoot (Bashung, Noir Désir, Girls In Hawaii,...) Influencé par des groupes tels que Radiohead, Coldplay et Archive, Stereo Grand attache énormément d’importance au soin à apporter à ses compositions, tant au niveau des mélodies, des textes que des arrangements. Sur la scène du Bota, la bande à Jean-Philippe Risse élabore son indie rock teinté d’électro, devant un public plutôt mur. Un concert de bonne facture, mais qui manque cruellement d'énergie brute et d'enthousiasme.

Retour sous le Chapiteau pour découvrir Oathbreaker, une formation gantoise de black (post-)metal. Appartenant à la famille Deathwish Inc., qui héberge également Deafheaven et Converge, ces petits Belges jouissent d’une stature internationale. Et, d'ailleurs, ils reviennent de San Francisco, où ils ont terminé l'enregistrement de leur 3ème opus. Ce qui frappe d’abord, en 'live', c'est la chanteuse Caro Tanghe. Drapée dans un ciré noir, elle éructe telle une possédée en cachant son visage derrière un voile de longs cheveux. La musique oscille entre moments violents nourris au hardcore black metal et –plus rarement– plus paisibles, au cours desquels le chant se révèle plus 'classique'. Les fans sont nombreux devant le podium du chapiteau qui commence à se remplir. La tension monte : c'est de bonne augure !

Cap vers la Rotonde pour jeter un œil et une oreille à la prestation de Victoria + Jean, mais la salle affiche 'complet'. Il faut même faire la file pour pouvoir y pénétrer. Donc, il est préférable de faire l’impasse. Dommage car le duo belgo-suédois propose une musique très intéressante, assez proche des Kills. On ira les voir au Verdur Rock, à Namur, le 25 juin prochain !

Le temps d'une petite bière et place au plat de résistance de la soirée : le concert surprise de La Muerte. Formation emblématique du metal belge, La Muerte bénéficie d’une carte blanche pour la programmation du Chapiteau. C'est donc à lui que l'on doit la présence de Oathbreaker et de Scarabée – le robot ! La Muerte (‘La Mort’ en espagnol) est né à Bruxelles, en 1983. Le groupe s'est séparé en janvier 1994 mais s'est reformé de temps en temps par la suite. En 2015, il a fêté ses 30 ans d’existence en grande pompe à l'Ancienne Belgique sous un nouveau line-up boosté par une nouvelle énergie. Marc du Marais au chant et Dee-J à la guitare, les deux fondateurs originaux, ont accueilli au sein du line up, Michel Kirby à la guitare (Length of Time, Arkangel, Wolvennest), Tino de Martino à la basse (Channel Zero) et Christian Z. À la batterie (Length of Time).

Sur les planches, on constate que le concours de Michel Kirby concerne aussi la scénographie : un hôtel constitué de bougies, de têtes de mort, d'encensoirs et de symboles est installé sur la droite ; et plus tard, des vidéos concoctées par A Thousand Lost Civilizations seront diffusées. La 'messe noire' peut donc commencer ! L'intro rituelle empruntée à Ennio Morricone résonne et les musiciens prennent place. Marc du Marais porte sa cagoule de jute et son inséparable marinière. Lorsqu’il lève les bras, c’est pour donner le signe de départ d'un véritable carnage sonore. La musique navigue quelque part entre Motörhead, MC5, les Stooges, Iron Maiden et Hawkwind : rien que de bonnes références ! On attendait quelques surprises ? On a été servis. Vive La fête est venu interpréter un titre en compagnie de La Muerte ; Els Pynoo parvient même à rendre distinct ses cris stridents, malgré le déluge de décibels. Patrick Codenys et Richard 23 de Front 242 figurent également parmi les invités, et participent à une version metal de Headhunter, le classique des rois de l'EBM. Un grand moment !

Et lorsqu’on quitte La Muerte, c’est d’abord pour lui donner rendez-vous le 12 août prochain, au BSF, où il se produira, mais également pour découvrir une formation très prometteuse : Robbing Millions. Mais par rapport à La Muerte, on fait carrément le grand écart. Faut dire que ce quintet bruxellois pratique une electro/pop panachée de math et psyché rock. On pense d’abord à MGMT, mais aussi à Beck, Zappa, Smog, ... La Rotonde est pleine à craquer et finalement, il aurait été plus judicieux que le band se produise dans l'Orangerie. Il compte plusieurs dizaines de fans qui dansent, chantent et mettent une belle ambiance. Et même si on ne connaît pas bien les chansons, il faut reconnaître qu’il installe une identité sonore originale et très intéressante. En outre, il est venu présenter en primeur un avant-goût de sa prochaine galette, attendue pour cet été. Une très belle prestation, qui clôture idéalement une soirée belgo-belge en tous points réussie.

Un regret ? L'absence de formations issue de la mouvance Wave, très vivace à Bruxelles et en Belgique, grâce à des noms comme Luminance, Organic, Charnier ou encore Whispering Sons (les vainqueurs du Humo Rock Rally) : la prochaine fois, peut-être ? Mais ce n’est qu’un avis personnel…

La Muerte (+guests) - Oathbreaker - Bots Conspiracy "Scarabée" - Baloji - Pomrad - Stereo Grand - Robbing Millions - Soldier's Heart - Victoria+Jean - Illuminine & Mons Orchestra - Le Colisée (création)

(Organisation : Botanique)

 

Les Nuits Botanique 2016 : vendredi 13 mai

Ce soir, c'est la première grande soirée 'plénière' des Nuits Botanique. Après les premiers concerts accordés au Cirque Royal et l'extraordinaire prestation d'An Pierlé à l'Eglise des Dominicains, le festival vient pour la première fois occuper toutes les salles du Botanique. Ce vendredi, au sein du grand Chapiteau érigé au pied des anciennes serres, la programmation fait la part belle aux musiques 'festives' qui mélangent plusieurs styles.

Arrivé trop tard pour le set de Joy As A Toy, votre serviteur prend ses quartiers en dégustant une bière tout en assistant à celui de Bon Voyage Organisation. Cette formation française, emmenée par Adrien Durand, fait le buzz en France grâce à son disco-funk futuriste. Un peu comme si Chic, Kool & The Gang et Kraftwerk faisaient un boeuf lors d’une soirée psychédélique. Jouissif ! Son premier disque, Xingie, est paru en juin 2015 sur –tiens justement– le label de La Femme, Disque Pointu. Le chapiteau est déjà bien rempli et l'ambiance est excellente. A suivre !

La formation suivante nous vient de Bruxelles. Fùgù Mango est venu défendre son très attendu nouvel Ep, « Mango Chicks ». Il ne faut pas y aller par quatre chemins : ce sera la grosse claque de la soirée. La musique est originale : un tropical pop mêlant les rythmes afro-américains à une électro-indie accrocheuse. En outre, sa performance scénique est époustouflante. Le chanteur/leader, Vincent Lontie (voix, claviers, percussions) se distingue par sa très forte présence et une énergie particulièrement communicative. Et il est bien épaulé par son frère Jean-Yves (guitare, clavier), Anne Fidalgo (basse, claviers, voix) et Sam Gysel (batterie, percus). Ce qui frappe, c'est l'intensité et la profondeur des voix, combinées aux rythmiques magistrales. Il y a du Paul Simon période « Graceland », mis à jour par le recours aux synthés ; et des lignes parfois électro (« Birthday Beast »), très susceptibles d’évoquer Rapture ou Phoenix. Il en résulte un show véritablement irrésistible, qui utilise très bien les changements de rythme et les variations de dynamique. Le public, lui, est tout simplement en transe. Notons au passage que le batteur (Sam Gysel), qui est gantois, ne jouait que son 4e ou 5e concert avec le groupe et il est d'une efficacité étonnante. La setlist puise généreusement au sein de l'Ep « Jùjù » (« Walk On By », « Golden Brown », la reprise des Stranglers) et du dernier né, « Mango Chicks », un disque produit par Stéphane Briat (Phoenix, Air). Signé par un label français, Fùgù Mango prépare un album 'full length', qui sera plus 'dancefloor'. Remarqués et encensés par les Inrocks, les petits Bruxellois ont un avenir doré devant eux !

Après une telle claque, La Femme (NDR : le combo est né à Biarritz !) va devoir cravacher pour faire mieux ! Paru chez Born Bad Records, « Psycho Tropical Berlin », son premier elpee était une véritable bombe. Son expression sonore est le fruit d’un mélange de surf et de pop électro à la française. On pense à Indochine, Taxi Girl, Jacno, Lescop, Daho voire Marie et Les Garçons, mais en plus déjanté, en plus festif. Sur le podium du chapiteau, quel plaisir de revoir Marlon Magnée, le chanteur à belle gueule. Il s’est teint les cheveux en blond et, ‘by the way’, c’est aussi un excellent claviériste. A ses côtés, Clémence Quelennec, également aux voix et aux claviers, apparaît comme ‘La Femme’ typiquement française et très attachante.

Le concert démarre en douceur par « Sphynx », le tout nouveau simple qui prélude la sortie du prochain opus. Mais bien vite, la formation met le turbo en attaquant « Packshot », compo caractérisée par sa rythmique endiablée. Marlon présente ensuite le nouveau titre « Mycose »; il  le dédie au petit Otto et nous ne sommes probablement qu'une poignée à savoir à qui il fait un clin d'oeil.

Petit à petit, La Femme installe son atmosphère unique sous le chapiteau. Grâce surtout à ses rythmiques effrénées et convaincantes. « Si Un Jour » et « Nous étions deux » déclenchent le délire et on aperçoit même quelques membres du groupe Empereur en plein slam ('crowd surf'). Bizarrement, le band délaisse son titre-phare, « La Femme », mais pas sa chanson fétiche, « Sur La Planche ». Tout le monde s’attend donc à ce que les musicos surfent sur la foule, à l’aide de leur planche, comme d'habitude. Et bien non ! Dommage : c’est pourtant un chouette gimmick. « Antitaxi » clôture ensuite un concert plein d'une saine énergie et un peu fourre-tout ; mais ce n'est pas grave, le public a passé un excellent moment et le festival débute sur les chapeaux de roue !

Philippe Blackmarquis

Bon Voyage Organisation +  Fùgù Mango + La Femme

 

La jeune Alice On The Roof n’a pas perdu de temps depuis sa participation à la demi-finale de The Voice, en 2014. Elle a publié l’Ep « Easy Come Easy Go » et son premier opus, « Higher », l’année suivante, un elpee qui a rencontré un gros succès depuis le début 2016.

A l’affiche d’une multitude de concerts et de festivals, la Montoise proposait un set exclusif en ‘piano unplugged » dans le cadre des Nuits du Botanique.

Le Musée du Botanique a été  rebaptisé ‘Grand Salon’ pour l’occasion. Alice s’installe au piano, devant, certes, une petite salle, mais totalement remplie. Un auditoire qui est venu admirer le talent de la jeune artiste. Les premières notes de « Mystery Light » sont instantanément envoûtantes. Clairement porté par le succès de son long playing, ce morceau a été très bien accueilli par le public. Une première impression très positive pour l’ouverture puisque la version ‘album’ de ce titre demeure assez rythmée. Alice On The Roof lui confère une autre dimension et une autre atmosphère. Tout en lui préservant sa perfection. 

Si certaines de ses chansons sont mieux adaptées aux ivoires, comme « Let Me Down » ou le très mélodieux « On The Roof », d’autres s’accommodent davantage au rythme, à l’instar de « Monoply Laser » ou encore « Sound of Drums ».

Hormis 2 ou 3 morceaux, l’artiste va interpréter l’ensemble de son répertoire, dont l’excellent « Princess » qui ne figure que sur son Ep, « Easy Come Easy Go ». Mais c’est sa version de « Like a Dying Rose » qui va se révéler le moment le plus intense de la soirée, avant qu’elle ne nous réserve un titre surprise qui est toujours à l’état de démo. Après « Easy Come Easy Go », la compo qui l’a fait connaître, elle quitte définitivement ‘son’ salon sur « Lucky You », le dernier single, qui ponctue ses 45 minutes de prestation ‘unplugged’. Un peu courte, mais intimiste et empreinte d’émotion, elle a conquis le public de bout en bout. Malgré le succès qui ne fait que grandir, la Montoise reste fidèle à elle-même ; un brin timide, elle est toujours aussi proche de son public.

Bref, ce soir, Alice On The Roof nous a ouvert toutes grandes, les portes de son salon…

Thomas Hubin

Alice On The Roof

(Organisation : Botanique)

 

 

 

Les Nuits Botanique 2016 : jeudi 12 mai

C'est sans aucun doute un des événements marquants des Nuits Botanique 2016. Soucieux de présenter des spectacles exclusifs, les organisateurs du festival, Paul-Henri Wauters en tête, avaient donc proposé à An Pierlé de venir présenter la première de son nouveau spectacle à Bruxelles. C'est la superbe Eglise des Dominicains, près du Cinquantenaire, qui a été choisie comme écrin pour un concert exceptionnel, au cours duquel l'artiste d'origine anversoise va interpréter son nouvel album, « Arches », paru chez PiaS.

Outre son décor et son ambiance uniques, ce sanctuaire dispose de grandes orgues, un atout majeur dont An Pierlé va se servir. Elle est d’ailleurs carrément tombée amoureuse de cet instrument qui est omniprésent sur son –excellent– dernier opus.

A 20h30 précises, surprise ! An Pierlé apparaît à l'étage, à côté des orgues. Il fait encore jour et sa silhouette gracile se détache devant les vitraux qui scintillent de milles couleurs. Elle entame « I Feel For The Child », le titre qui ouvre « Arches ». Quelques claquements de doigts, le son des orgues et la voix nous transportent d'emblée dans une dimension mystique. Devant la balustrade, l'artiste, telle une grande prêtresse, est habillée d'une robe noire recouverte d'une collerette blanche. Elle appuie son chant par des gestes amples. La composition évoque Kate Bush (« The Man with the child in his eyes ») alors que les arrangements à l'orgue nous rappellent Dead Can Dance. Et le break incrusté au milieu de la chanson est d'une intensité et d'une puissance incroyables. ‘And you drowned yourself in silence’. Enfin, la chanson se termine comme elle a commencée, en douceur, a capella. Sur les visages, on lit l'émerveillement : on sent qu'on va assister à quelque chose d'unique.

An Pierlé descend ensuite pour rejoindre son groupe, installé sur une estrade, en dessous de la tribune des orgues. On y reconnaît son partenaire à la scène comme à la ville, Koen Gisen (guitare, percussions). Les deux chanteuses, Loesje Maieu et Kaat Hellings, placées de part et d'autre d'An Pierlé, créent des harmonies vocales d'une extraordinaire finesse tout en se consacrant aux claviers et aux percussions. Autre pièce maîtresse du band, l’organiste, Karel De Wilde, omniprésent.

Si la setlist est principalement constituée de titres issus d'« Arches », notamment « Certain Days », « Vibra » et « There Is No Time », la musicienne flamande nous replonge un peu dans son passé pour revisiter, par exemple, « How Does It Feel ».

Mais le moment le plus marquant du concert est atteint lors de « Birds Love Wires », le morceau phare du nouvel elpee. La mélodie est captivante et séduit dès la première écoute. Une ambiance romantique, médiévale, enveloppe la compo, qui chaloupe... sensuellement. Quand les orgues viennent souligner la partie plus 'dark', en milieu de parcours, des frissons nous parcourent l'échine et notre gorge se serre. Nous sommes tétanisés, comme crucifiés par une telle beauté. An Pierlé frappe sur son synthé-piano et quand elle a les yeux fixés vers le haut, sa posture est quasi christique.

Soulignons au passage les superbes jeux de lumière qui exploitent à merveille l'architecture néo-gothique de l'église. Les faisceaux viennent jouer sur les voûtes et l'effet est féerique.

Entre les morceaux, An Pierlé est, comme à l'habitude, très simple et très souriante. ‘C'est un endroit où l'on voudrait rester tout le temps’, dit-elle avec humour. Ca tombe bien, il y a encore quelques titres au programme. « The Road Is Burning » aurait pu figurer au répertoire de Florence Welch, et pendant « Dragon JM » l'ombre de Lisa Gerrard ondule dans les travées…

C'est l'épique « Changing Tides », toujours issu d'« Arches », qui clôture en force le concert. Un tambour martial emmène la composition dans une farandole enivrante, qui débouche sur une harmonie finale époustouflante à trois voix. Le public, qui avait jusqu'alors écouté respectueusement, voire religieusement', se lève et les applaudissements fusent de toutes parts. Pour le premier rappel, les trois chanteuses montent sur la tribune des orgues pour attaquer « Cold Song », une reprise de Klaus Nomi qui, lui, s'était inspiré du « What Power Art Thou » de Purcell. Lors du second encore, la formation au complet reprend « Birds Love Wires », nous permettant d'apprécier à nouveau toute la magie de cette chanson.

Au final, nous avons assisté à un des concerts les plus marquants de notre vie. En incorporant dans sa pop une dimension mystique, notamment grâce aux orgues, le tout servi par une émotion sombre et lancinante, l'artiste touche au sublime. Ce soir, elle est parvenue à nous propulser au septième ciel...

An Pierlé

(Organisation : Botanique)

Photo: Yves Merlabach

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