Tout est fini pour Sprints…

Le groupe de Dublin, Sprints, sortira son deuxième album, « All That Is Over », le 26 septembre. Bien reçu par la critique, son premier long playing, « Letter To Self » (2024), a marqué le groupe comme une force majeure dans le paysage alternatif et a été…

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Le cauchemar de This Will Destroy Your Ears…

This Will Destroy Your Ears verse dans le dark wave, puise son inspiration dans la noirceur des sons de l’Angleterre des années 80 tout en y mêlant des notes psyché accrocheuses et des salves soniques noisy. « Funland », son nouvel album, sortira le 10…

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LaSemo 2015 : samedi 11 juillet

Le Lasemo est un festival très particulier. Il fait même un peu figure d’OVNI dans la jungle musicale ! Situé à mi-chemin, dans son approche intellectuelle et philosophique, entre le celui de Dour et le Parc Rock de Baudour, il privilégie la découverte culturelle tout en mettant l’accent sur l’écologie. Sans oublier le brin de volonté philanthropique. La diversité des activités est si large qu’on ne sait plus où donner de la tête. Aussi, ce qui peut paraître un atout, se révèle, in fine, assez frustrant !

On attaque la seconde journée de LaSemo sous un soleil de plomb.

Direction scène du ‘Château' pour la prestation du quatuor Mambo. Mambo relève du collectif liégeois Honest House et il vient de publier son premier opus, « Bertier ».

Des musicos qui ont déjà bien roulé leur bosse en militant au sein de différents projets : Volt Voice, Graffin Volder, Horson, Casse Brique et Frank Shinobi. Le groupe réunit les guitaristes Matthieu Charray et Julien Conti ainsi que Thomas Dardenne à la basse et Fabian Georges aux drums.

Instrumental, leur math/rock procure de très bonnes sensations. Quelques titres évocateurs de leur long playing ? « Dodo La Moisissure », « Krokodile Junkie », « Botox Party » et « Renfort Caisse ». Ils ont été finalistes du Concours Court-Circuit 2015. Un groupe liégeois à tenir à l'œil. Malheureusement, je ne puis assister très longtemps à leur prestation, car des interviews m’attendent…

Jean-Jean le présentateur le rappelle souvent, vu la canicule, il est nécessaire de s’hydrater. Mais également protéger les oreilles de nos petites têtes blondes. Des casques sont d’ailleurs mis à leur disposition. A cet égard, je ne comprends toujours pas l’inconscience de parents qui entraînent leur progéniture près des baffles, en front de scène. Coup de gueule !

Les entretiens terminés, votre serviteur revient au même endroit pour le spectacle des régionaux de l'étape. En l’occurrence Poulyroc.

Ils sont repartis en tournée pour deux bonnes années. Vêtus de tee-shirts orange, les musicos du collectif sont venus défendre leur dernier LP, « Dédé Le Sot Mûr », paru en 2015. Ils sont 12 à faire la fête sur les planches et à foutre le bordel dans la foule : Jef, Flo, Piet, Schnell, Bouc, Snakes, Sabrina, Soifie, Locolucho, Nono, Manu et le Chevalier Blanc..

Le Chevalier Blanc et Bouc sont un peu les têtes de proue du combo. Sympa et débordant de bonne humeur, ce dernier se prend pour un écossais. Même qu’il n’a rien sous le kilt. En outre, il apporte une touche métallique aux compos. A cause de sa voix ‘death’.

Chez Poulyroc, pas question de play-back. Il y a des filles et des garçons aux cuivres, des guitares, une basse et un batteur au drumming métronomique.

Leur style oscille entre pubs à la sauce Pouly, fanfare, classique, ska/punk et reggae. Le club Dorothée, Walt Disney et Chantal Goya ont également voix au chapitre au sein de ce potpourri propice à la kermesse ou à la fête de la bière. Comme Lazare, leur objectif est de ressusciter les morts et de les faire marcher. Un grabataire va automatiquement se lever de son fauteuil PMR. Tu souffres de la goutte ou de rhumatismes, tu lâches tes béquilles ou ta canne, et tu te mets à danser. Tu as coincé tes muscles zygomatiques, ils seront instantanément libérés. Ath et Lessines ont de fameuses stars chez leurs administrés. Et un fan club conséquent qui participe à mettre un joyeux boxon dans la fosse.

Direction ‘La Tour’ où se produit Collectif 13. Ils sont huit sur les planches (NDR : 4 vocalistes, un batteur, un dj, un gratteur et un bassiste), 13 si on compte les techniciens. Ce qui explique leur patronyme. Le line up des musicos implique Guizmo (Tryo), Mourad (La Rue Kétanou) Gérome (Le Pied De La Pompe), Alee, Max (Mago / Le P'tit Son), DJ Ordoeuvre, Fred (LPDLP / No One is Innocent) et Erwann LPDLP. Lors des sessions d’enregistrement de leur elpee, simplement baptisé « 13 », la formation avait reçu le concours de deux invités de marque : Gari Greu (Massilia Sound System et Zeitoun (La Rue Kétanou).

Ce combo s’inspire du rock alternatif des eighties, et notamment de Mano Negra, Bérurier Noir et des Wampas. Mais également de formations plus récréatives comme Marcel et Son orchestre ainsi que Lenine Renaud. Bref, un brassage de styles particulièrement ample qui oscille du rock au reggae, en passant par la chanson française, l'electro et le rap.

Un des chanteurs, le sympathique Gérome Briard, est imposant, chauve et barbu. Circonstanciellement, il se consacre à la sèche. Et par rapport à sa stature, elle est minuscule. Le sixcordiste, Fred Mariolle, est coiffé de dreadlocks.

L’estomac de votre serviteur commence à crier famine. Il est donc temps de se restaurer.

Place ensuite à un autre collectif : Debout sur le Zinc. Un septuor qui figure parmi les artistes les plus sollicités par les festivaliers du LaSemo. Il réunit Romain Sassigneux (clarinette, guitare, banjo, chant, chœurs), Simon Mimoun (violon, chant, chœurs, trompette), Olivier Sulpice (banjo, mandoline), Fred Trisson (accordéon), Cédric Ermolieff (batterie, xylo, tambourin, derbouka) et Thomas Benoît (basse, contrebasse). Le band vient d’engager Marie Lalonde, destinée à apporter une touche féminine quoiqu'elle s'en défende à l’ensemble.

En 20 ans de carrière, la formation a accordé plus de 2 000 concerts. Et assuré le supporting act pour des groupes aussi prestigieux que Rachid Taha, Les Têtes Raides, Louise Attaque et Les Garçons Bouchers. Eponyme, son premier elpee est sorti en 1999. Et son dixième, « Eldorado » devrait paraître ce 25 septembre. Edith Fambuena (Alain Bashung, Etienne Daho, Miossec) s’est chargé de la réalisation et Antoine Gaillet (Mademoiselle K, Julien Doré, M83) du mixage.

Ce n'est pas la première visite du groupe au LaSemo.

Dominée par l’accordéon, les cordes et la clarinette, leur musique est le fruit d’un cocktail entre folk celtique, tradition tzigane voire manouche, world festive et pop mélodieuse. Et le tout est dynamisé par les percus. Ecrits dans la langue de Voltaire, les textes sont soignés. Et à l’instar du Collectif 13, Debout sur le Zinc communique sa bonne humeur à la foule présente.  

La deuxième journée s’achève pour votre serviteur. C’est mon collègue Séphane qui prend le relais. A demain !

Il est près de 21h15 et Robbing Millions va bientôt littéralement enflammer la scène du ‘Petit Château’.

L’expression sonore de ce quintet 100% belge oscille subtilement entre rock, jazz, indie et psyché barré. Elle est complexe et difficile à décrire. En tout cas, elle évolue bien loin des clichés de la pop sucrée pour minettes en chaleur ! Et pourtant, les musicos sont jeunes et beaux. Simplement, ce sont des adeptes du second degré qui aiment prendre leur pied sur les planches. Ce qui explique pourquoi on les voit virevolter et sautiller sur l’estrade. Pour le plus grand bonheur de leurs aficionados. Un show visuel cependant quelque peu brouillon. A contrario de leur musique. D’ailleurs, Lucien Fraipont (guitares/chant), Gaspard Ryelandt (chant/artwork), Léo Dupleix (claviers), Laurens Smet (basse) et Jakob Warmenbol (batterie) sont plutôt d’excellents musiciens.

Leurs mélodies, loin d’être simples, sont auréolées de beats en tout genre et prouvent une fois encore que la Belgique regorge d’artistes talentueux. Des passionnés au sens noble du terme. Ca se voit, ça se sent et surtout ça s’entend !

S’ils ne déclenchent pas encore la grosse déferlante médiatique, ils marchent assurément, à force de travail et de persuasion (d’auto persuasion ?) vers un succès d’estime bien mérité !

Leur premier CD a été enregistré artisanalement dans une chambre alors que le second a été réalisé dans un vrai studio. Comme les pros ! C’est dire l’engouement suscité !

Aucun doute, ils attireront, sans nul doute, au fil du temps, de plus en plus d’admirateurs. 

Mais ce soir, les musicos donnaient l’impression d’accorder un spectacle de gamins tout droit sortis de sixième primaire dans le but d’épater des parents assis au premier rang lors d’une fête scolaire.

Le manque de cohérence et l’individualisme persistant faisaient peine à voir ! Complètement pathétique !

La fin de la prestation a été rythmée par une situation complètement inattendue !

Des fans hystériques qui, lors d’un moment d’inattention du personnel de sécurité à la crash barrière, se sont précipités sur l’estrade et l’ont envahie.

Les musiciens ne savaient plus où donner de la tête. Complètement effaré par une situation dont personne ne connaissait l’issue, le leader du band a même dû se barrer et rejoindre le parterre de badauds retrouvant les quelques centimètres carrés d’espaces nécessaires afin de pouvoir terminer le concert.

Les organisateurs avaient misé sur un artiste belge pour clôturer cette seconde journée !

Arno est à la chanson ce que Van Gogh est à la peinture ! Il appartient à ce patrimoine dont nous pouvons être résolument fiers.

Intelligemment torchés, ses lyrics sont bourrés d’émotion.  

Mais pas que ! A l’instar d’un Gainsbourg, c’est une personnalité à part entière ! Elle plaît parfois, dérange souvent !

Souvent destinée à un public d’initiés, la discographie de ce crooner est plutôt longue.

Bon nombre de festivaliers étaient donc impatients de (re)découvrir ce bon vieux chanteur séculaire venu en terre wallonne afin d’y présenter un florilège de tubes.

Enfin, c’était sur papier ! Parce que la réalité a été tout autre ! En effet, le Sieur n’était manifestement pas très enjoué de venir faire vibrer ses cordes vocales à la Tom Waits sur la plaine du Lasemo.

Complètement amorphe, le public avait l’impression de s’emmerder. Vraiment ! D’ailleurs, après quelques minutes, les spectateurs ont commencé à bavarder, comme s’ils étaient attablés à un comptoir de bistrot, sans même plus se soucier de la prestation qui se déroulait sous leurs yeux.

Votre serviteur entend déjà les critiques formulées à son égard. Certains prétexteront en effet que le gaillard a la mauvaise réputation d’être froid avec son public et que cette attitude fait partie, à part entière, de la folie schizophrène du personnage. Peut-être…

Mais, pour l’avoir déjà vu il y a quelques années au sein de ses formations plurielles (TC Matic ainsi que Charles et les Lulus), on peut affirmer que le gaillard a chopé la grosse tête depuis !

Absolument aucune communication ! Pas de salut, ni d’au revoir ! Le gars était venu comme l’ouvrier à la chaîne qui vient prester entre 8 et 17 heures, parce qu’il a besoin de nourrir sa famille !

Ces mêmes détracteurs vont probablement souffler un vent de protestation en dénonçant que l’on puisse écrire un article mitigé sur un compatriote flamand, tout en accusant votre serviteur, à tort, d’afficher un racisme primaire.

Pourtant, bon nombre de spectateurs partageaient ce sentiment d’assister au spectacle d’un artiste je-m’en-foutiste.  

Arno a ainsi balancé, vite fait, une série de compositions… L’absence manifeste de tubes ont rendu ce concert bien tristounet. Il a fallu attendre plus d’une heure avant que la foule ne sorte de sa léthargie. Soit lors de deux titres phares : « Putain, putain » et la reprise de « Les Filles du bord de mer » d'Adamo, au cours duquel les uns et les autres ont commencé à tanguer tel un bateau à la dérive.

Après une interruption de quelques secondes, les musiciens sont revenus affronter un parterre passablement frustré. Le rappel d’un seul pauvre titre était à l’image de ce qui précède. Nullissime !

(Organisation : LaSemo)

Cactus 2015 : samedi 11 juillet

Écrit par

La deuxième journée du Cactus va se dérouler sous un soleil radieux. Pour ne pas dire de plomb. Heureusement, au sein du Minnewaterpark les arbres procurent de larges zones d’ombre… Compte-rendu.

Sohn, alias Christopher Taylor, est un auteur/compositeur/interprète insulaire, londonien pour être plus précis, qui pratique un cocktail ténébreux et minimaliste de trip hop et de dubstep. Sur les planches, il est soutenu par deux autres préposés aux synthés et aux machines, dont l’un se charge également et épisodiquement de la basse. Christopher a une voix étonnante, fragile et mélancolique, capable de monter dans les aigus avec une facilité déconcertante. Une expression sonore destinée à créer des paysages visionnaires susceptibles de vous plonger dans une transe collective. A cette heure de la journée…

Le Black Rebel Motorcycle Club compte déjà 17 années d’existence. A son actif, 9 elpees, dont un live, paru début de cette année. Si Peter Hayes et Robert Turner (NDR : né Robert Levon Been, c’est le fils de feu Michaël Been, le leader de The Call) sont toujours bien au poste (NDR : ce sont aussi les membre fondateurs), Leah Shapiro se charge des fûts depuis 2008. Les deux leaders sont tout de noir vêtus. Pantalons et vestes. En cuir. Et chaussés de lunettes fumées. Leur musique est toujours aussi sombre, languissante, un rock’n’roll malsain, crade, fuzzy, ténébreux, balayé de références bluesy. Les voix se conjuguent à la perfection. Et la drummeuse balise impeccablement l’expression sonore. Un zeste d’harmo et de tambourin ne nuit pas à leur musique qui tient toujours aussi bien la route, mais qui tarde quand même à se renouveler…

Chanteuse, Jessie Ware est également londonienne. Elle est responsable de deux long playings à ce jour et surtout de deux tubes, « Running » et « The wildest moment ». Certains medias estiment qu’elle incarnerait le chaînon manquant entre Adele, Sade et Frank Ocean. Sa musique s’inspire du r&b des 80’s. Sophistiquée, elle privilégie les titres mielleux, abordés dans l’esprit de Whitney Houston voire Beyoncé. Jessie est cependant bien plus efficace lors de titres plus funk. Surtout qu’ils ne manquent pas de groove et sont très susceptibles de libérer des beats contagieux. L’auditoire semble pourtant apprécier.   

La bonne surprise va nous venir d’un sexagénaire, John Hiatt. Bien épaulé par son backing group, son roots rock va littéralement faire mouche. Et pourtant les compos interprétées cet après-midi datent de 20 voire 30 ans (NDR : il a publié plus d’une vingtaine d’elpees au cours de sa carrière !) Depuis l’ouverture « Your dad did » à son tube « Have a little faith in me », en passant par les classiques « Perfectly good guitar », « Real fine love » et « Tennessee plates ». Son attitude positive et son enthousiasme vont littéralement enflammer le public. Une belle plume au chapeau de l’édition 2015 du Cactus !

Balthazar clôture cette deuxième journée. La formation courtraisienne vient de sortir son troisième opus, « Thin Walls », un disque très bien reçu par la critique. Et en progression constante, elle accorde des sets de plus en plus consistants. Ce qui explique sans doute pourquoi, elle a été invitée à participer à la plupart des festivals estivaux. Le quintet pratique une forme de britpop. Donc aux mélodies soignées. Mais les interventions de la violoniste apportent une profondeur à sa musique. Et puis une certaine spécificité. Alors que le rythme est sautillant, saccadé, mordant ou séduisant, selon les compos. Bref, au Nord du pays, les medias estiment que Balthazar marche sur les traces de dEUS. C’est certainement sur la bonne voie…

(Organisation : Cactus Festival) 

  

Ardentes 2015 : vendredi 10 juillet

Écrit par

Annoncé depuis quelques années déjà, le déménagement du festival liégeois vers un autre emplacement semble inéluctable.
Dixième et donc dernière mouture sur les bords de Meuse, ici, à l’extrémité Nord de la cité Ardente.
Un Parc Astrid qui aura vu du beau monde. Imaginez !
Siouxie, PIL, Iggy Pop, Pavement, Bashung, Massive Attack du côté des légendes, Pharrel Williams (avec NERD), 50 cent ou encore Indochine pour les grosses pointures, sans compter les génies oubliés, les surprises de taille, les cocasses, les ridicules (et ici je vous laisse le soin d’établir votre propre liste qui risque de ne pas être exhaustive)…
Bref, en dix ans, les Ardentes ont grandi ; et si leur politique d’ouverture (quitte à faire le grand écart, tout de même) ne leur a pas valu que des louanges, le constat est flagrant : ce festival s’impose aujourd’hui dans le paysage belge comme l’une des valeurs sûres.
C’est pourquoi, dès l’an prochain, les festivités se dérouleront dans un tout nouveau cadre, certainement sur des hauteurs plus propices au bon sommeil des riverains nichés au cœur de la ville.
En attendant, cap sur la deuxième journée, qui comme lors des précédentes éditions, marque le début d’un rythme de croisière.

Comme chaque année, une troisième scène s’ouvre dès le vendredi.
Les organismes sont donc mis un peu plus à l’épreuve, tandis que les temps morts se languissent dans les coins, à l’ombre.

Point d’ombre cependant pour Hanni El Khatib, en ce début d’après midi, programmé sur la Main Stage.

Chemise à pois, Telecaster en bandoulière, lunettes vissées sur sa paroi nasale, il attaque le soleil de face par « Moonlight », fantastique morceau de son dernier LP.

Sortir de leur torpeur les quelques centaines de curieux venus cuire sous l’astre de feu ne semble pas effrayer notre homme, qui peut, du reste, compter sur quelques fans lui apportant leur soutien.

Énergique en diable et admirablement épaulé par ses comparses scéniques, Hanni assure un set plein de vigueur, similaire à celui accordé au Botanique quelques semaines auparavant.

De quoi l’auréoler dans mon chef des lauriers du premier bon concert de cette dixième édition (NDR : il est vrai que je suis arrivé trop tard pour Paon et Fugu Mango dont le potentiel était très susceptible d’arracher ce titre à quelques minutes d’intervalle).

Ma monture lancée à bride abattue, je fonce dès la dernière note vers le HF6 et son toit de taule, miroitant au soleil comme un lointain mirage.

Dans ses volutes fantomatiques, j’aperçois l’ombre désincarnée de feu Bashung, dont un pan d’âme est resté accroché ici même, une nuit de deux mille huit.

Une présence planant tout au long du concert de Feu ! Chaterton, puisqu’il existe des similarités, qu’on ne peut nier, entre les deux univers.

La prose élégante et le verbe gracile mêlés à la fougue des guitares.

Les envolées poétiques en contrepoint d’un ravageur tempo ou sourdent les échos de lointains naufrages.

La tête de proue, c’est Arthur, chétif petit homme dont se demande s’il franchira ces tempêtes qu’on devine dès les premiers accords de « Fou à lier » et qu’on pressent néanmoins comme le gouvernail de son band.

Et de fait, alors que le crachin cède le relais à la furie d’éléments ô combien contrôlés, il ne fait plus aucun doute que ce petit bonhomme porte sur ses frêles épaules, la puissance de feu qui nourrit l’électricité ambiante.

Sorte de catalyseur apparemment indifférent aux mouvements opérés autour de lui.

Contraste saisissant entre cette mince silhouette, habitée par mille tourments et ce ballet incessant de musiciens sous haute tension.

Si la fièvre de Feu ! Chaterton couve bien mieux dans des endroits plus appropriés (on rappellera si nécessaire que la qualité du son du HF6 n’offre pas les meilleures conditions en ‘live’), il ne fait aucun doute que son leader a le don de prendre le spectateur par la main, afin de l’emmener au sein de son univers baroque.

Placé sur un autre plan astral, cet Aznavour de poche, à la coquette moustache, prend une envergure scénique, qui le transforme en Atlas tout-puissant.

Chaque titre est présenté longuement, avec force détails, expliquant la trame de la chanson, de manière à ce que l’auditoire puisse pénétrer au cœur de celle-ci.

Ici dans la Pinède pour la mort de l’innocence, là sur le Costa Concordia, pour couler dans la détresse.

C’est certes enlevé, un brin théâtral, mais jamais ridicule et toujours imprégné d’une réelle authenticité.

Et donc à revoir dans des conditions optimales.

Reste donc dix petites minutes pour traverser la plaine (heureusement qu’il existe des passages secrets que seuls certains types de bracelets peuvent ouvrir !) et je me retrouve devant Temples qui s’apprête à livrer un set qui au final, restera largement en deçà de que j’attendais. Surtout vu les prestations auxquelles j’avais pu assister précédemment.

La faute à qui ?

À la chaleur ?

Au public assoupi par ces conditions climatiques plus propices à la Bossa Nova ?

Ou à la mollesse du band qui s’exécute sans réel enthousiasme (et peut-être justement à cause de ces deux raisons).

Quoi qu’il en soit, jamais le concert ne décollera et si « Sun Structures » et « Shelter Song » sont indéniablement des morceaux diaboliques, il aurait fallu plus de conviction dans leur interprétation.

Rendez-vous donc devant BRNS, même si je rate l’entame et son pétillant « Mexico ».

Pas grave, me dis-je, peu motivé à l’idée de revoir ce groupe pour la énième fois en quelques années.

Oui, mais voilà.

J’ai bon manquer d’entrain à chaque fois, le constat est manifeste : je suis invariablement estomaqué par le talent de cette formation.

J’ai beau m’attendre à quelque chose de prévisible, BRNS arrive systématiquement à me surprendre.

L’apanage des grands groupes ?

Plus puissant, plus en place que jamais (si c’est un leurre, c’est un magnifique tour de passe-passe), le combo dépasse de loin son envergure actuelle.

Je le quitte donc en me promettant de ne plus faire la même erreur la prochaine fois...

Si les ballades à rallonge de Tom McRae et les saynètes décalées de Baxter Dury ne suscitent pas en mon for intérieur le même enthousiasme, j’apprécie tout de même ces moments de détente en buvant quelques bières et profitant de l’ombre de l’Aquarium, avant de retenter la grande traversée diagonale où m’attendent les vieux brisquards de De La Soul.

Si leur retour au devant de la scène pouvait étonner, voire effrayer, le show de ce soir avait de quoi faire taire les plus sceptiques.

À peine plus ridés que quand je les ai découverts en 89, grâce cette pierre d’achoppement constituée par « 3 feet High And Rising », ces icônes de la Old School démontrent avec vigueur et panache leur rôle prépondérant au sein de la production Hip Hop contemporaine.

Versions revisitées et classiques revêtus de neuf, De La Soul fait encore le poids et remet en place bien des préjugés.

Autour de ses trois membres, toujours aussi verts et dont le plaisir de jouer, semble-t-il, est resté intact, s’articulent un Big Band cinq étoiles.

Un moment particulièrement agréable qui a le bon ton de faire oublier le semblant de fatigue qui semblait me menacer.

Remis d’aplomb et l’alcool dilué dans cette bonne humeur, les conditions optimales sont donc réunies pour retrouver dEUS.

Exit en effet La Roux (la faute à De La Soul !) et place à Tom Barman et ses sbires.

Resté sur une impression assez mitigée l’an dernier sur la grande scène de ces mêmes Ardentes, je vais renouer l’espace d’une heure avec la magie du groupe.

Si je reste persuadé que les plus belles années de dEUS sont derrière lui et l’osmose du band s’est évaporée au fil du temps et de ses nombreux départs (pour rappel, il ne reste plus du line up initial que Klaas Janzoons et Tom Barman), le spectacle de ce soir m’a quand même permis de replonger dans le souvenir…

Nostalgie, certes, mais empreinte d’électricité.

Les éléments qui font cette fois la différence ne m’apparaissent pas clairement.

Car dans le fond, le set proposé en forme de ‘Best Of’ est relativement similaire à celui de la dernière édition.

La bonne volonté du combo n’ayant jamais été remise en question, la distinction se résume sans doute dans certains petits détails.

Qui pour l’heure se refusent à ma mémoire.

Mais l’essentiel est dans le résultat. Soit un concert impeccable qui a ravivé la flamme du fan initial, né un soir, il y a plus de vingt ans déjà, dans un petit café de cette même ville ardente.

Enjoué et galvanisé par cette chaleureuse étreinte, je fais route pour décerner la palme d’or de la déception millésimée Ardentes deux mille quinze ; soit Oscar & The Wolf.

Déjà passablement agacé par la tournure que prennent les événements depuis que Dieu sait qui dans leur entourage s’est mis en tête de saper Max Colombie comme une diva et de saper par la même occasion la magie du groupe, en une heure, je vais me rendre compte de l’étendue des dégâts (déjà largement apparue lors de leur mégalo show du Pukkelpop l’an dernier).

Mettons nous d’accord d’office : j’estime que le potentiel du combo est énorme et la voix de son leader un bijou d’exception à dimension internationale.

Qui plus est, entouré de musiciens hors pair, Max, ainsi grimé en Oscar peut crier au loup tant qu’il lui chante.

Cette seule combinaison de talent devrait amplement suffire à les démarquer dans la masse médiatique, mais aussi le registre de qualité.

Alors, qu’est-il arrivé à Oscar et son loup ?

De qui émane cette idée de surabondance ?

Si l’album « Entity » reste un bon album au demeurant, la fragilité de « Summer Skin » (produit par Robin Propper Sheppard de Sophia pour l’anecdote) semble avoir laissé la place à un glacis qui dessert fortement le propos.

Un constat mis en lumière sur les planches par un show laser inapproprié, un jet de confettis ridicule et un costume de scène trop grand pour Max (au propre comme au figuré).

Si l’incroyable suavité de la voix reste perceptible au travers de ce jeu de grandiloquence qui semble lui avoir été imposée, toute la subtilité a été radicalement effacée pour laisser place à un spectacle disproportionné où la musique ne trouve même plus ses repères.

S’ensuit un concert d’une incroyable fadeur, sans aucun relief, perclus de fautes de goût, même pas imputables au band lui même, qui lui aussi semble perdu dans cette débauche d’effets.

Reste le quidam, à qui toute cette poudre aux yeux laisse miroiter l’effervescence d’un grand show et préfère sans doute ignorer cet incroyable talent qu’on étouffe dans ce jeu de surenchère.

Bon, d’accord, je ne vais pas jeter la pierre à Pierre… Pardon ! Oscar. Mais voir un tel potentiel se cristalliser dans l’insipide a de quoi énerver.

Et en plus, ils étaient en retard !

Du coup, le temps de se farcir le chemin inverse Main Stage vers HF6, The Avener avait fini, bouclé, remballé.

Trop accablé pour refaire marche arrière et peu enclin à enflammer la pelouse du parc de mes superbes déhanchés, je fais donc l’impasse sur Paul Kalkbenner venu spécialement en jet d’Ibiza pour dérouiller mes genoux et m’en vais reposer mes membres en vue d’une nouvelle journée de festivités.

Organisation : Les Ardentes.

(Voir aussi notre section photos ici

 

LaSemo 2015 : vendredi 10 juillet

Écrit par

Le Lasemo est un festival très particulier. Il fait même un peu figure d’OVNI dans la jungle musicale ! Situé à mi-chemin, dans son approche intellectuelle et philosophique, entre le celui de Dour et le Parc Rock de Baudour, il privilégie la découverte culturelle tout en mettant l’accent sur l’écologie. Sans oublier le brin de volonté philanthropique. La diversité des activités est si large qu’on ne sait plus où donner de la tête. Aussi, ce qui peut paraître un atout, se révèle, in fine, assez frustrant !
Un zéro pointé par contre en ce qui concerne la logistique ! Le fléchage est quasi inexistant aux abords du site et les bénévoles, pourtant présents en masse (pour la plupart des étudiants écervelés !), ne disposent, la majeure partie du temps, d’aucune information afin de guider le festivalier lambda. Gageons à ce que les éditions à venir fassent fi de ces aléas qui font tâche !
Les premiers riffs de guitares ont vibré sur la plaine il y a 8 années déjà. Comptant à ses débuts deux journées, le festival offre aujourd’hui vingt-quatre heures supplémentaires de pure joie et bonheur !
Mais, il y a seulement trois ans que le cadre exceptionnel et bucolique du parc d’Enghien à ouvert ses grilles à une foule d’artistes venus d’on ne sait où : des chanteurs, certes, mais aussi des jongleurs, des conteurs, des artisans de bouche et j’en passe...

Le premier concert programmé sur la grande scène (‘La Tour’) est celui d’Ayo. Il débute à 18h00.

L'artiste se laisse désirer 5 minutes. C'est sa seule date en Belgique.

Les textes sont traduits en langage des signes par Cindy Barate. Pas facile pour elle de réaliser cette transposition, et une prestation à souligner aussi bien que celle d'Ayo.

Joy Olasunmibo Ogunmakin aka Ayo est le née en 1980, de père nigérian et de mère tzigane roumaine. 

Elle n'a pas de nouvel album à nous présenter mais une ou deux nouvelles chansons. Elle compte quatre albums à son actif : « Joyfull » en 2006, « Gravity At Last » en  2008, « Billie-Eve » en 2011 et le dernier « Ticket To The World » en 2013.

Jolie, elle possède de jolies jambes et des cheveux bouclés ; mais elle a autre chose que ces deux attributs pour nous séduire : sa voix et sa musique. Elle adore converser dans la langue de Molière avec le public.

Comme son compagnon Patrice, ce sont des artistes avec un grand 'A' et surtout un grand cœur. D'une simplicité déconcertante et d'une gentillesse sans pareil, elle ne peut que séduire.

Ayo signifie 'joie' en dialecte nigérian Yuruba. C'est ce qu'elle va apporter sous le soleil brûlant du LaSemo. Ayo le concède : il fait chaud. Elle a choisi d’enfiler un tee-shirt en polyester. Pas un bon choix, elle aurait dû opter pour le coton.

Pendant qu'elle discute, ses 3 musiciens (un bassiste, un drummer ainsi qu’un préposé aux synthés et au piano hammond) continuent à jouer.

Elle signale dans un français parfait que nous avons la chance d'habiter l'Europe ou les States. Et ajoute être la fille d’une gitane issue de l'Afrique de l’Est et avoir grandi en Allemagne. Donc ne disposer ni de maison, ni de passeport. La situation des Roms en France l'interpelle.

Plutôt douée sur sa gratte semi-acoustique, elle nous réserve l’un ou l’autre classique. Dont « Down On My Knees », qu’elle interprète tour à tour dans la langue de Molière ou de Shakespeare. De sa set list, on épinglera encore « Complain », extrait du même elpee, le titre maître de « Ticket To The World » ainsi que le plus hip hop « Fire ». Adopter ce style lui permet d’observer le monde. C'est le langage de la rue qui exprime toutes ses émotions.

Une cover de Marley : le notoire « No Woman, No Cry ». Un autre reggae : « Boom Boom ». Une nouvelle compo qui balance pas mal, mais surtout dont les lyrics dénoncent le racisme aux States, et tout particulièrement les meurtres commis par des policiers xénophobes. Et son message est clair : 'Stop Violence, Peace, Love and Unity !'

La chaleur commence à plomber de plus en plus l'atmosphère.  

Les organisateurs ont prévu, dans les sanitaires, des robinets d'eau potable, mais pas de brumisateurs comme à Couleur Café. Heureusement, le site est peuplé d’arbres, permettant de se mettre quelque peu à l'ombre.

Direction le podium du ‘Château’ pour assister au set de Didier Odieu et Le Feu.

De son véritable nom Didier Kengen, il faut avouer qu’il n’est guère prolifique. Il a travaillé d'arrache-pied pendant trois ans pour publier son nouvel opus, « Désordres », un disque qui est sorti en novembre 2014, soit 10 longues années avant le précédent ! Ce touche-à-tout a même réalisé des spectacles pour enfants, du théâtre et du cinéma.

Tiré à quatre épingles, il se consacre au chant ainsi qu’aux claviers et est soutenu par Giacomo Panarisi (NDR : le chanteur charismatique de la formation de rock'n'roll Romano Nervoso) aux drums, d'un guitariste et d'un bassiste.

A la fois déjantée et paradoxalement maîtrisée, sa prestation accordée en février dernier dans le cadre du ProPulse, avait vraiment bluffé l’auditoire. Il a bien la tête sur les épaules et c’est à travers la dérision qu’il parvient à faire passer son message. Son humour au second degré est susceptible de froisser les âmes sensibles. Il cultive les attitudes glam/punk/rock, mais c’est un rocker au cœur tendre. Musicalement, il puise probablement son inspiration aussi bien chez Gainsbarre, Jacques Brel, David Bowie, les Sex Pistols que Mick Jagger. Et il faut le voir triturer les touches de son clavier. On dirait un schizophrène et pourtant, il maîtrise parfaitement son sujet…

Place ensuite à Dalton Telegramme. Dalton Telegramme nous vient de la Wallifornie sauvage et profonde et plus précisément de la Cité Ardente. Le combo a publié deux Eps à ce jour : « La Cavale » et « La Planque ». Un troisième devrait sortir bientôt et leur premier long playing, « Sous la Fourrure  », paraître fin 2015, début 2016. On l'attend d'ailleurs impatiemment.

La plaine grouille de monde devant l’estrade du ‘Château’ pour savourer la musique country festive et allègre de la joyeuse quadrille liégeoise…

 

 

Cousins et bandits de grands chemins, Joe, William, Jack et Averell se sont cotisés chez Lucifer, pour nous envoyer un télégramme sur terre. Ils on demandé à Pipette (un batteur talentueux), Master QQ (un chanteur chevronné qui ressemble au Capitaine Haddock), Marjorie (dans la pleine force de l'âge, elle trimballe une énorme contrebasse) et Capitaine GlouGlou (le responsable de la gratte), de pouvoir les réincarner. Il faut bien commencer par une intro ; et c’est d'ailleurs ce que les artistes on fait… En fait, le band construit ses chansons comme des bandes dessinées, les enrichissant de textes truffés de calembours. De quoi mettre de bonne humeur. Cette approche me fait même parfois penser aux romans policiers de San Antonio…

Le quatuor embraie par « Sally », une jolie et paisible chansonnette balisée par le banjo et les cordes. Une compo qui baigne dans un climat americana et bluegrass. Les premiers rangs commencent à remuer les fesses. « Evidemment » nous invite à voyager. Pas très loin ! Depuis Liège à Bruxelles, en passant par Paris. Pipette est passé à la râpe pour « Réveil Matin » (« La Cavale »), un titre balayé par le ukulélé et la flûte. Plus tendre, émouvant même, « Ce que Nous Etions » (« La Planque ») raconte l'histoire des quatre individus furieux. Un titre sculpté dans le folk/rock. La formation va également nous réserver quelques pistes issues de son futur elpee, dont « Sous La Fourrure », « Tant Pis » et « Surfeur Mort ».

Le spectacle a fait l’unanimité chez les nombreuses têtes blondes qui ont assisté au spectacle. Faut dire que dans le cadre d’une collaboration avec ‘Les Jeunesses Musicales de Belgique’, les musicos ont accordé des représentations dans les écoles. 

 

(Set list : « Intro  », « Sally », « Tant Pis», « Surfeur Mort », « Surfeur Mort », « Notre Route », « J'ai Laissé devant Ta Porte », « Réveil Matin », « Evidemment », « Ce que Nous Etions », « Sous La Fourrure », « La Cavale », « Baby Face », « Les Agrafes  », « Teqsuila »). (D.D.)

Stéphane prend le relais...

Pour clôturer cette première journée, une grosse pointure de la chanson française se produit sur la main stage : Cali.

Il monte sur les planches vers 20 heures 30 et nous expose sa propre vision de la vie et de l’amour à travers un incisif « La vie quoi ! » Le ton est donné !

Il se murmurait parmi les badauds que les shows de cet artiste étaient débordants d’énergie et de sincérité. Ce soir ne fera pas exception à cette règle, qui semble t-il, est immuable et universelle !

Dopé à, on ne sait, quelle substance psychotrope, le chanteur/amuseur n’a cessé de faire le pitre durant le live et ce pour le plus grand bonheur des fans ébahis !

Livrant tour à tour des musiques simples, mais accrocheuses, issues essentiellement de son dernier et magnifique opus « L’Age d’Or », il a pris le parti de choisir ses mots avec une grande délicatesse afin de décrire intelligemment et sincèrement les maux de la vie et la difficulté d’aimer aujourd’hui.

On épinglera aussi le clin d’œil à sa fille Coco, dont on sentait planer, ici et là, la présence…

Enfilant pléthore de tubes, le Toulousain, s’est, à deux reprises, jeté dans une foule hystérique. Porté à tour de rôle par les spectateurs à bras tendus, il a ainsi parcouru plusieurs dizaines de mètres avant de rejoindre l’espace surélevé destiné aux personnes à mobilité réduite, tout en continuant à chanter. Le tout sans perdre le moindre souffle. Chapeau bas !

Aucun doute possible, l’artiste est un homme de scène !

Mais pas que ! C’est aussi un être doué d’un charisme exemplaire et un humaniste engagé! Sans oublier, un homme d’exception !

Le temps de prendre une boisson bio tout en dégustant une poignée d’insectes cuits (n’oublions pas le caractère durable de cette manifestation), nous retournons à nos occupations afin d’y découvrir une formation étrange baptisée Deluxe.

Etrange, elle a acquis une fameuse expérience scénique en écumant les festivals les plus élogieux comme les Francofolies, le Printemps de Bourges, Dour, Garorock, les Solidays, le Montreux Jazz…

Complètement déjantées, les sonorités décapantes de Kaya, Kilo, Pépé, Pietre, Soubri et Liliboy s’inspirent librement d’influences hip hop, du jazz et du funk. Leur maître mot : le groove. Aucun doute là-dessus, pour groover, ça groove !

La moustache sera de rigueur ce soir ! Un signe distinctif soulignant une masculinité affirmée nonobstant toute forme de brutalité effrénée !

Exception faite de la chanteuse sexy. Quoique, à voir la façon dont elle mène ses musiciens à la baguette, elle semble, elle aussi, porter la culotte !

Mais, cette envie de se démarquer va bien au-delà du faciès ! Tout est pensé chez eux ! Les costumes tout droit sorti d’un film de Tim Burton et les chorégraphies à rendre jaloux un Kamel Ouali de la Star Academy font sourire et ramènent aux souvenirs primaires période ‘Village People’ ! De véritables performeurs, on vous dit !

Alternant compos interprétées à l’aide de vrais instruments et bidouillages électroniques tout droit sortis d’une période post Kraftwerk, le band libère une énergie phénoménale voire jubilatoire. Contagieuse même ! Ca jumpe, ça virevolte de gauche à droite, de droite à gauche, à en donner le tournis. Un vent de folie souffle dans l’arène. Les groupies se mettent soudainement à courir, s’accroupissent, se relèvent d’un coup en criant à tue-tête…

Il est près de minuit trente lorsque les derniers décibels résonnent sous un ciel particulièrement étoilé… Un silence morbide envahit tout à coup les âmes vagabondes…

Il est temps de faire le deuil de ce cette première journée exceptionnelle et empreinte d’émotions. Gageons que les deux autres soient remplies de la même ferveur !

(Organisation : LaSemo)

 

Cactus 2015 : vendredi 10 juillet

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Il s’agit déjà de la 34ème édition du festival Cactus. Il se déroule bien sûr à Bruges, dans le cadre bucolique du Minnewaterpark. En attirant plus de 30 000 personnes au cours de ce week-end, les organisateurs étaient manifestement satisfaits. Le temps a été clément, très chaud même les deux premiers jours, et les rares gouttes de pluie ont finalement été rafraîchissantes. Particulièrement éclectique, l’affiche est suffisamment équilibrée pour y trouver son petit bonheur. Et puis, pas de stress, car il y a qu’un seul podium, permettant de prendre une pause entre chaque concert. Bonne initiative, lorsque vous stationnez votre véhicule à la gare de Bruges, vous pouvez y échanger votre ticket de parking, contre un définitif, au prix de 3€50. Ce qui vous permet de ne plus faire la file pendant de longues minutes devant les bornes de paiement.

En arrivant sur le site, on apprend que Jake Isaac a déclaré forfait. Suivant nos informations, il aurait pris un retard considérable sur la route, suite à de gigantesques embouteillages.

Il revient donc à Perfume Genius, aka Mike Hadreas, d’ouvrir les hostilités. Pas trop dans les cordes de votre serviteur, mais l’artiste a manifestement une belle voix. Délicate et même cristalline, qu’il souligne à l’aide de son piano/synthé– quand ce n’est pas celui de son petit ami, Alain Wijfels– dans un univers sonore hybride, peuplé de boucles, de beats et d’infrabasses, mais également alimenté par un drummer et un guitariste. Il nous propose même des versions plus expérimentales de ses compos, et tout particulièrement de son premier album, « Tremors »…

C’est lors de l’édition 2005 de ce festival, que votre serviteur avait assisté au set de Gabriel Rios, pour la première fois. Et je dois avouer que le show ne m’avait guère convaincu. Trop stéréotypé, il n’avait emballé que les mélomanes issus du Nord du pays. Depuis, le Portoricain a fait du chemin. Et puis récemment, il a eu la bonne idée de publier un single par mois, pendant un an, plages qu’il a finalement réunies sur un nouvel elpee, baptisé « The marauder’s midnight ». Il monte sur l’estrade et entame une version acoustique du « Voodoo chile » de Jimi Hendrix, tout en s’aidant d’une percu à pied. Elle est particulièrement blues et originale. Original est également le line up de son band. Qui implique, dès le deuxième titre, une violoncelliste d’origine asiatique et un contrebassiste, également préposé aux backing vocaux. Elle est assise, il reste debout. Et les deux musicos sont vraiment talentueux. La première apportant parfois une coloration asiate aux compos. Le second –grand et barbu– s’illustrant par un solo tout en dextérité, en fin de parcours. Et puis en sifflotant sur un des morceaux. Mais la singularité viendra de la participation régulière de trois cuivres, qui alternent cor de chasse, trompette avec ou sans coulisses. Et le résultat est tout à fait épatant. Il y a du swing, de la country, du blues, du r&b, de la pop, des breaks, des bruitages et le public frappe même dans les mains. En rappel, Rios revient en compagnie de son contrebassiste, pour une chanson dont la conjugaison des harmonies vocales est limpide. Avant que toute la troupe se retrouve pour interpréter la finale dans la langue de Cervantès, un peu dans l’esprit de Calexico, et sous les acclamations de la foule…

Grace Jones était manifestement une des têtes d’affiche du festival. La Jamaïquaine a fêté ses 67 printemps en mai dernier, et elle pète toujours autant la forme. Un rideau est tiré sur toute la scène, et lorsqu’il tombe, la diva apparaît perchée sur un échafaudage (NDR : dont elle va d’ailleurs chuter pendant « My Jamaican Guy »). Masquée (NDR : parfois par une effigie à la tête de mort), coiffée d’un couvre-chef à plumes (NDR : elle va en changer entre chaque morceau, tout comme de parure (NDR : encore que parfois elle est topless –peut-être même parfois nue, un peu dans l’esprit de Josephine Baker– le corps peint de motifs vaudous). Son backing group est plus discret. Il y a un guitariste, un bassiste, un drummer placé presque sous la ligne de flottaison, deux choristes en longues chasubles (l’une bleue, l’autre rouge) et également coiffées de chapeaux à plumes, un percussionniste qui se cache derrière elles, et apparemment deux autres claviéristes (piano/synthés/bidouillages) installés à chaque extrémité de l’estrade. Elle parle énormément entre les titres. Sa voix est légèrement enrouée, mais elle a toujours un corps de rêve, se contorsionnant, parfois même autour ou en grimpant sur une barre métallique verticale (NDR : pendant « Shenanigans », un athlète –également peinturluré– va même venir y faire un véritable numéro de cirque). Lorsqu’elle attaque « La Vie en rose » de Piaf, elle semble en avoir oublié les paroles et répète à l’envi le titre de la chanson, le piano se chargeant d’assumer le reste. Elle nous réserve deux covers de Roxy Music. D’abord « Love is a drug », titre au cours duquel un seul faisceau lumineux se focalise sur elle, et tout particulièrement sur un chapeau haut-de-forme qui reflète alors une myriade de scintillements. A cet instant, on se croirait assister à un spectacle du ‘Crazy Horse’. Elle n’en oublie pas pour autant ses hits, « Pull Up To The Bumper » ou encore « Strange, I’ve seen that face before ». La foule danse sur cette musique qui oscille du funk au reggae en passant par le disco, le r&b, la new wave, le dub et la world. Et elle termine le show en faisant tourner sensuellement un cerceau autour de sa taille (de guêpe), pendant qu’elle chante sa seconde cover de la bande à Bryan Ferry, « Slave to the rhyhtm ». Moment choisi au cours duquel on assiste à une projection de confettis. Un spectacle pour les yeux et la ‘dance’ !

Il revenait à la formation Goose de clore la première journée. Un quatuor qui compte déjà quinze années de carrière et qui pratique que forme d’électro rock dans la lignée des Chemical Brothers, mais votre serviteur préfère prendre un peu de repos, demain est un autre jour…

(Organisation : Cactus festival)

Ardentes 2015 : jeudi 9 juillet

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C’est par un cri de révolte que j’entame ce compte-rendu.
Un avis contestataire répercutant un sentiment d’injustice qui, sans en avoir été la victime, me pousse à agir, à ouvrir ma gueule, généralement poliment cousue par les points de suture d’un consensus mou.
Si sagesse et bon sens appellent parfois à modérer ses ardeurs et trouver l’une ou l’autre bonne raison à l’extorsion de fonds que sont devenus la plupart des festivals de nos jours (et ce n’est pas une généralité, nous y reviendrons peut-être une autre fois), il est des comportements inadmissibles de la part d’une organisation qu’on ne peut garder sous silence.
Ainsi, feignons l’indifférence face à l’explosion des prix et l’invraisemblable arnaque que constituent les bars sur les sites festivaliers.
Omettons de bonne grâce que le budget de quelques jours de festivités surpasse largement toute économie de bon sens, et puisque nous avons tous décidé de jouer le jeu de la consommation (tout ceux présents en tout cas), admettons en chœur qu’il existe des justifications réelles nécessitant l’inflation permanente des prix.
Néanmoins, quand le grotesque d’une situation prend de l’ampleur, il est temps de tirer la sonnette d’alarme.
De quoi s’agit il ?
Nous savons tous qu’il est strictement prohibé d’amener sur le site d’un festival ses propres consommations.
Logique, certes (on ne va pas au restaurant avec ses tartines), car il faut faire vivre le commerce ; et la viabilité d’événements majeurs passe obligatoirement par certains sacrifices.
Mais voilà. Monsieur X n’aime pas la bière.
Donc monsieur X, qui a quand même un peu envie d’être ‘in the mood’, apporte sa petite bouteille de Péquet (alcool du terroir).
Monsieur X ne nuit à personne, et surtout pas au commerce, puisqu’il achète régulièrement un cola qui se diluera dans le blanc de sa bouteille au format minibar d’hôtel.
Certes, le comportement de monsieur X est quelque peu rebelle (rebelle parmi beaucoup d’autres monsieur X), et quand il se fait pincer par le staff sécuritaire, il consent volontiers avoir été pris en flagrant délit et se sent prêt à faire acte de contrition, abandonnant sa chère bouteille.
Or, après quelques heures passées au premier jour d’un festival qui lui aura quand même coûté bonbon, monsieur X se voit expulser manu militari.
Expulsé pour du bon.
Bracelet coupé.
Voilà, fini pour monsieur X les Ardentes 2015.
Elles s’achèvent ici, dans l’incompréhension totale.


Alors, oui, nous allons y venir à la musique.
Au compte-rendu d’une dixième affiche toujours aussi hétéroclite, mêlant succès de masse et goûts pointus.
Oui, je vais encore souligner l’incroyable énergie déployée par l’équipe des Ardentes pour que cette fête soit au final encore une fois une réussite.
Effectivement, cette année encore aura été le témoin de moments forts, de moments drôles, de moments tendres, de moments uniques.
Mais c’est avec un goût amer au fond de la bouche que je vous en rédige le premier rapport.
l’amertume de la disproportion.

Si l’éclectisme est souvent cultivé ici, peut-être plus qu’ailleurs, cette première journée semble quasi à sens unique, brodée au revers de la visière d’une casquette.

Caravane Hip-Hop de passage, posant ses bagages sur les bords de Meuse.

Véhiculant sa cohorte de clichés mais aussi son panel de genres, des riches ultra basses aux enluminures californiennes, des chaînes en or qui brillent aux subtiles incursions jazzy.

Tout un registre qu’il est difficile d’appréhender quand on est resté un néophyte en la matière.

Du coup, plus facile d’emprunter les oreilles et les yeux des autres.

Histoire de se faire une idée.

Qu’en ressort-il ?

La sensation cérébrale du jour sera assurément attribuée à Stuff.

Le combo gantois mise sur un métissage de styles qui lui ouvre non seulement les portes de toutes sortes d’endroits (on les retrouvera aussi bien au Gent Jazz Festival, aux Lokerse Feesten qu’au Pukkelpop, en passant par une grande partie de l’Europe) mais aussi du succès et de la reconnaissance (du public comme de ses pairs).

La recette ?

Un condensé de genres qui à lui seul en crée un neuf à part entière.

Hybride et intriguant, mené par une certaine virtuosité et l’originalité d’un instrument hors norme (le EWI), Stuff brasse avec savoir et maestria un univers foisonnant où les frontières entre Electro, Hip Hop et Jazz s’effondrent avant de marcher avantageusement dans le sillage de Red Snapper (par exemple).

Sinon, épinglons la fraîcheur juvénile du duo Rae Sremmurd, plébiscité par un public à la curiosité attisée par un single gravé en compagnie de Nicki Minaj (entre-temps, les vues Youtubesques auront encore exponentiellement explosé), et aussi la candeur de Flatbush Zombies, au demeurant sympathique et débonnaire.

Enfants du pays, Starflam va faire bonne figure sur une grande plaine baignée de soleil et justifier son étiquette de parrain de la scène Rap noir-jaune-rouge.

Un set sans doute pas mémorable, mais qui justifie son cachet.

Amusant quand on pense aux discours anti-capitalistes du collectif, qu’on ne blâmera du reste pas d’être entré dans la danse.

Sinon, en dehors de ces résonances ‘hip-hopyzantes’, le choix se résume à deux têtes d’affiches se succédant dans le HF6 (le hangar dédié à la seconde scène).

La première va déboucher sur la première grosse déception de cette édition :

Souffrant d’une qualité de son épouvantable (et de problèmes techniques de surcroît), The DØ s’enlise dans une performance mièvre et guère convaincante.

Dommage, car dès l’entame, soit « On My Shoulders », leur hymne porte-étendard d’une Pop à la fois mélancolique et enlevée, semblait augurer une suite de bonne facture.

Las ! Le duo parisien, bouffi par l’envie d’en faire trop, délivre un set d’un étonnant passéisme et articulé autour d’un jeu de lumières, certes fort joli, mais qui ne parvient pas à masquer l’insipidité du contenu.

Une impression renforcée au sortir de l’estrade par une Olivia Merilahti vraisemblablement pressée d’en finir au plus vite.

Béatrice Martin, quant à elle, fidèle à son image, avait fort à cœur (de pirate) de communier avec son public.

Si son répertoire, partagé ce soir entre ses principaux succès ainsi que plages issues de son nouvel album (et même de nouvelles compositions), ne recèle pas en soi de quoi soulever mon enthousiasme, la prestation de la Canadienne procure quand même son lot de plaisir aux fans venus s’agglutiner contre les barrières du HF6.

Un moment sans réelle envergure mais d’où émane un sentiment de complicité entre Cœur de Pirate et son public.

Sentiment renforcé par une séance de selfies au sortir des planches.

Restait à se faire une opinion sur la réputation de Kendrick Lamar.

Pas usurpée, au vu de la prestation de ce soir.

Entourée de véritables musiciens et soutenue par des projections visuelles à mille lieues des clichés du genre, la nouvelle icône du Hip Hop international va mettre tout le monde d’accord, y compris les béotiens du genre comme votre serviteur.

Puissant, efficace, sans temps mort et affichant une maîtrise épatante, le résident de Compton, en Californie, va gagner mon respect, ainsi que celui des mélomanes les plus réticents.

S’il n’écrit peut-être pas une page de la musique contemporaine comme on l’a raconté (faudrait quand même pas exagérer), le rappeur Américain est sans doute le meilleur ambassadeur de ce courant musical, un digne héritier d’une certaine Old School et un précurseur d’un nouveau style.

Ainsi se termine la première journée d’une dixième édition, qui comme les premières des neuf précédentes, aura démarré en mode mineur.

Organisation : Les Ardentes.

(Voir aussi notre section photos ici

 

Couleur Café 2015 : dimanche 5 juillet

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C’est déjà le troisième et dernier jour de Couleur Café. Il fait moins chaud. Un petit crachin va même rafraîchir le site en milieu de soirée. Ce dimanche, le festival accueillera 23 600 âmes. Soit un total de 68 300 pour les trois jours. En 2013, on en avait dénombré 82 000. Net recul ! Une vingtaine d'artistes vont se partager 4 podiums. Dont une majorité se consacrent aux musiques urbaines.

Arrivé vers 18h10 sur le site Tour & Taxis, je me dirige vers l’'Univers' où se produit Martin Mussart, aka Naâman. Né à Dieppe, en 1990, ce Normand pratique un reggae blanc teinté de roots rocker, de raggamuffin et de hip hop. Il a accordé plus de 130 concerts en France, Suisse, Espagne, Royaume-Uni, Canada, Chine et Jamaïque. Ses vidéos font le buzz sur la toile et tout particulièrement « Skanking Shoes » ainsi que « Never Get Back ». Elles y comptabilisent plus de 10 millions de vues sur YouTube. A ce jour, il a publié 3 long playings et un Ep. Paru en 2013, « Deep Rockers, Back A Yard » a été est consacré meilleur album de ‘French Touch’, et s’est écoulé à 10 000 exemplaires. Il a été enregistré en Jamaïque sous la houlette de Sly Dunbar, Axeman et Dalton Browne. Après avoir gravé « From The Deep To The Rock » en 2014, son quatrième, « Know Yourself », devrait paraître en automne. Soutenu par un bassiste, un drummer et un Dj, Naâman se multiplie sur les planches. Il court à gauche, à droite, devant et derrière. Il provoque les premiers rangs qui réagissent au quart de tour. Mais il est l’heure de rejoindre le Titan…

Car Milky Chance, un duo allemand réunissant le chanteur/guitariste Clemens Rehbein et le Dj Philipp Dausch y sont programmés. Leur cocktail de pop, d’indie folk, de reggae et d’électro a engendré un hit, « Stolen Dance ». Leur premier elpee, « Sadnecessary » est paru en mai 2014. Malheureusement, le son est médiocre. Les infra-basses sont bien trop envahissantes. Je préfère donc m’éclipser…

Sergent Garcia et Oddisee ne m'inspirent pas davantage. J'attends donc la prestation de Groundation prévue sur le 'Titan'. Responsable d’un reggae infusé de dub et de jazz, Groundation est né en 1988. Son fondateur est le chanteur/guitariste Harrisson Stafford. Chaussé de lunettes, il porte une barbe imposante. Sa voix réverbère des accents jamaïcains. Et pourtant, il est bien américain. Californien, très exactement. Sur l’estrade, il est soutenu par Marcus Urani (synthés, piano, mélodica), Ryan Numan (basse) Te Kanawa Haereiti, aka Rufus (drums), Mingo Lewis Junior (percussions) et un duo de cuivres. Soit le trompettiste David Chachere et le tromboniste Nicholas Daniel Wlodarczyk. Sans oublier Kim Pommell et Stephanie Wallace aux chœurs. Et elles ont du coffre ! La troupe s’était produite en 2009, sur la même scène. Y accordant un chouette set. Puis, il y a quelque mois à l’AB. Le concert m’avait beaucoup moins plu, la formation s’évertuant à tirer ses morceaux en longueur. Et celui de ce soir souffre de la même maladie. Au fil du show, inévitablement, l’ennui commence à me gagner. Bonne excuse, pour me défiler, un interview de Jupiter And Okwess International est prévue. Ce qui cependant me privera du concert de Joe Bada$$.

Retour pour Cypress Hill qui investit le 'Titan'. Ces quatre monstres du rap américain sont attendus de pied ferme. Après 30 années de carrière, il faut avouer qu’ils on un fameux pedigree. « Insane The Brain », « How I Could Just Kill A Man » et « Lowrider » constituent certainement trois de leurs plus gros tubes. Ils seront interprétés ce soir. B-Real, Sen Dog, Eric Bobo et DJ Muggs forment un quatuor d'enfer. Les trois MC's viennent chacun leur tour, taquiner les premiers rangs. La sauce prend et le public réagit. 60 minutes de set. Qui a certainement dû plaire aux aficionados. Mais perso, j’estime qu’il était un peu lourd. Le hip hop et le rap me bottent, quand ils sont administrés à doses homéopathiques. Mais lorsqu’on sort l’artillerie lourde, comme lors de cette édition 2015, Didier se met à l’abri…

Le 'Move' accueille Jupiter And The Okwess International. C’est le projet de Jupiter Bokondji, un bonhomme, ma foi, bien sympathique. C'est le fils d'un diplomate de la République Démocratique du Congo qui a vécu une dizaine d'années en Allemagne de l'Est, soit de 1970 à 1980. Période au cours de laquelle il a assimilé le rock issu du Vieux Continent. Mais un jour, il décide de retrouver ses véritables racines africaines. De repartir à zéro. Et vit dans la rue, à Kinshasa. Il forge son expérience en se produisant lors des obsèques et acquiert une solide réputation de musicien. Il monte un premier groupe, Bongo Folk, en 1983. Il se démarque de la rumba congolaise et s’intéresse davantage aux rythmes des différentes ethnies du Congo (NDR : il en existe plus de 450 !) En 1990, il fonde Okwess International. Révélée en 2006, par le documentaire « La danse de Jupiter », réalisé par Renaud Barret et Florent de La Tullaye, puis par Damon Albarn et son projet Africa Express, la bande du ‘Général Rebelle’ (NDR : comme le baptise les jeunes de Kin), grave son premier opus, « Hotel Univers », en 2012. Un vrai petit laboratoire tout au long duquel il parvient à agréger savamment soul des années 70 et funk sur des les rythmes endiablés de la RDC.

Jupiter est invité la même année, à participer aux sessions d’enregistrement de « Kinshasa One Two » du DRC Music, par Albarn, un collectif qui réunit une belle brochette de musiciens et de producteurs. Jupiter a assuré le supporting act de Blur à Paris et à Londres. Il revient tout droit du festival Roskilde au Danemark, là où le chanteur de Blur s'est fait éjecter par la sécurité, après 5 heures de concert. Jupiter prépare un second opus, pour lequel il bénéficiera de nouveau du concours de Damon. Lors de l’interview accordée à Musiczine, Jupiter a avoué qu’en Europe, il était accompagné de 5 musiciens sur les planches, et qu’au Congo, il y en a au moins 20 ! Pas facile de gérer tout ce monde en tournée.

Les artistes montent sur l’estrade. Jupiter est vêtu d'un long manteau bleu flashy et coiffé d’un chapeau mou de couleur noire, un peu semblable à celui de Charlie Winston. Il s’installe devant les deux préposés aux congas. Il se réserve également le chant. Le drummer assure les backing vocaux. Deux gratteurs campent à gauche et à droite de l’estrade. C’est également du côté de ce dernier, mais en retrait que le bassiste se plante. A l'arrière, le batteur/percussionniste est masqué. Enfin, Couleur Café fait honneur à ses racines et propose de la véritable musique world. Un coup d’œil dans le dos pour constater que la foule a envahi la plaine. Les musicos sont avant tout d’excellents danseurs qui prennent leur pied sur les planches. Leur bonne humeur est communicative. Conquis, le public remue du popotin. Même que près du podium, ça jumpe grave…

A l’instar de leurs compatriotes Congotronics, Konono N°1, Kasai Allstars ou Staff Benda Bilili, Jupiter and The Okwess International parvient à fusionner des tas de styles tout en conservant l’esprit local. Le rock et les rythmes africains y font d’ailleurs bon ménage. Et le résultat ne peut laisser indifférent. Il est même parfois empreint de magie (NDLR : noire ?) Les compos sont chantées en dialecte congolais, et ma foi, cet idiome est agréable à l’oreille. Dans la set list, figure une compo coécrite par Jupiter, Nelly Eliya et Damon Albarn : « Hello ». Que du bonheur !

(Organisation : Couleur Café)

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Couleur Café 2015 : samedi 4 juillet

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Le deuxième jour de Couleur Café va se dérouler sous un soleil de plomb. Heureusement, les organisateurs ont prévu des zones de rafraîchissement, dont des brumisateurs, et installé des robinets pour la distribution gratuite d’eau. Aujourd’hui, 21 200 spectateurs vont se rendre sur le site de Tour & Taxis. Plus de 20 groupes sont à l’affiche. Compte-rendu.

En débarquant vers 16h30, je me dirige vers la 'Move' pour vivre la rencontre entre Fùgù Mango et Binti. Depuis les dernières Nuits Botanique, ils ne se quittent plus. Il faut dire que le mélange est étonnant. Fùgù Mango, placé à gauche de la scène, réunit la fratrie Vincent et Jean-Yves Lontie des Bikinians, Anne Fidalgo de OK Cowboy ainsi que le batteur/percussionniste Franck Baya que l’on compare souvent au guitariste Laurent Steelemans. Parce qu’il est impliqué dans tous les bons projets. En ligne sur la droite : Binti, 6 jolies gonzesses aux vocaux (Hadiel, Yasmin, Amina, Rana, Sherien et Fedia). D'origine égyptienne, le mot ‘Binti’ se traduit par 'ma fille'.

Fùgù Mango pratique une pop sucrée, enrichie de rythmes afros, teintée d'indie rock et dynamisée par des accents funk. Il y a déjà quelques mois que le groupe a publié son premier elpee, « JùJù », disque qu’il est parti défendre en tournée dans les salles et lors des festivals. Le set s’ouvre par « Floréa », extrait de cet LP, une compo savoureuse déjà stimulée par les  percus tribales. La conjugaison opérée entre les voix de la bande à Franck et les 6 choristes est jouissive. Plus afro, mais sous un format électro, « Kylie's Dream » lorgne vers Tom Tom Club. Le team revisite ensuite le « Golden Brown » des Stranglers. Les claviers sont ravageurs, les harmonies vocales riches, limpides, et les percus tranchantes. Déconcertant ! Et l’auditoire apprécie leur version. « Walk On By » est une véritable tuerie. Derrière ses toms, Franck se déchaîne. Une nouveau titre : « Back in Balance ». Il est particulièrement soul. Bindi en profite pour tirer son épingle du jeu. Tout comme pour « No Silver Bullet » (« JùJù »), un morceau plus paisible. Une perle qui mériterait une adaptation a capella. Ou encore « Full Desire », une autre nouvelle compo. « Bambee » nous replonge en Afrique centrale. Le set épingle également quelques titres plus dansants, « Around », « Mango Chicks » et « Birthday Beast », au cours duquel Bindi prend le concert en voix (et pas en mains). L'association est vraiment réussie. Et si vous n’avez jamais eu le loisir d’assister à un spectacle accordé conjointement par Fùgù Mango et Bindi, sachez qu’ils se produiront le 17 juillet à Dour, le 17 septembre à la Ferme du Biéreau de LLN et le 26 du même mois, au Salon de Silly.

Direction 'Titan' pour assister au show de La Chiva Gantiva. Des abonnés au festival. Le combo a pris de la bouteille et compte à ce jour deux chouettes elpees, « Paléo » et « Vivo », parus chez Crammed Discs. D’origine colombienne, il vit à Bruxelles. Et est apprécié autant en Amérique du Sud qu’en Belgique. Festive, sa musique est classiquement balisée par un trio basse/batterie/guitare, mais elle est enrichie de cuivres fiévreux, pétulants, et fouettée par des percussions davantage sud-américaines qu'africaines. Rafael Espinel est le chanteur de la troupe. Un personnage charismatique qui la drive de main de maître tout en incitant la foule à danser ou à frapper dans les mains. Il n’hésite pas à la haranguer et elle répond au quart de tour. Bref, il va parvenir à foutre un joyeux bordel dans l’auditoire qui remue, pendant que la température grimpe de quelques degrés. Franchement, en concert, La Chiva Gantiva, c’est le pied !

Quelques minutes du set d'Israël Vibration, quand même. Vu son nom, vous vous doutez bien qu’il émarge au reggae. Et même au ragga. Les papys ont été arrachés de leur retraite dorée à Kingston. Quoique un peu fatigués, ces vétérans sont toujours aussi impressionnants. N’est-ce point dans les vieilles casseroles qu’on fait la meilleure soupe ? Et le potage est exquis : good vibrations, ganga et sueur, mais sous une chaleur étouffante.

Manifestement, la programmation musicale du Couleur Café privilégie de plus en plus les musiques urbaines : rap, hip hop, reggae et ragga. En légère perte de vitesse, il se cherche un public plus jeune. Mais en délaissant un peu trop, à mon goût, les musiques du monde, qui constituent quand même les racines du festival.

Sous la 'Move', le public est venu vivre une géante 'Mousse Party'. Aussi c’est en mode ‘fish stick’ que votre serviteur se faufile. La mousse est propagée par 4 énormes machines, pendant que sur le podium, un dj balance des sonorités house, électro et dubstep. Le spectacle est divertissant. Les festivaliers débordent d’enthousiasme pour se trémousser dans ce bain d’écume. Les présentateurs de Pure FM sont même de la partie.

L’'Univers' accueille Starflam, un collectif que le peuple attend impatiemment. Un quatuor liégeois réunissant quatre MC's et un Dj. Il y a même un monde fou à l’extérieur du chapiteau. La température va donc y monter en flèche. Il vient de faire un carton à l'Ancienne Belgique. Et est venu défendre son nouvel opus, « A L'Ancienne ». Son 14ème ! Ce qui ne va pas empêcher le crew de balancer judicieusement quelques standards. Métronomique, intense, le show va se révéler d’une rare efficacité. Et va carrément mettre la foule sur les genoux. Akro : ‘Big Up, Man et respect!’

Sur le 'Titan', on attend la nouvelle sensation du rap hexagonal, 1995, un collectif parisien réunissant Alpha Wann (Emcee), Areno Jaz (Emcee/Grapheur), Fonky Flav' (Emcee/Beatmaker), Lo' (DJ/Beatmaker), Nek le Fennek (Emcee) et Sneazzy (Emcee). Donc 5 Mc's pour baliser les planches dans tous les sens, et un Dj pour mener le bal à l’aide de scratches originaux. En début de parcours, un tee-shirt est brûlé et lancé au sein des premiers rangs. Le show peut commencer. Bien torchés, les textes véhiculent des thèmes de révolte. Les Mc’s provoquent la foule qui est manifestement réceptive…

Retour vers l’'Univers' pour le concert de Modestep Live, un quatuor insulaire formé en 2010, par les frères Josh et Tony Friend, ainsi que Pat Lundy et Kyle Deek. Des Londoniens responsable d’un dubstep teinté de rock. Et surtout novateur. Des influences majeures ? Prodigy et Skryllex. A leur actif, deux albums « Evolution Théory » et « London Road ».

L’intro est symphonique et embraie par « Damien », extrait de « London Road ». Un titre d’électro/dubstep. Les morceaux peuvent parfois devenir planants, avant de partir dans tous les sens. A l’instar de « Sing », une nouvelle compo. « Rainbow » s’ébroue dans le ragga, avant de virer au sein d’un délire dubstep, pourtant bien maîtrisé. Le public commence à s'agiter et sur les planches, les musicos se démènent pour dynamiter leur show. L’interaction entre le band et la foule est totale. Une foule particulièrement bouillante. D’ailleurs les jumps et les hand's up se multiplient. Une très chouette découverte !

Busta Rhymes a investi le 'Titan'. Son dernier passage en Belgique remonte à 2010. Capricieux, l'artiste ne souhaite ni photographe, ni journaliste en front stage. Il se sent sans doute investi d’une mission. Laquelle ? Difficile à dire. Il ne le sait peut-être pas lui-même. Un son médiocre et une prestation ringarde ne justifient certainement le droit de se pousser ainsi du col. Il peut retourner aux States, sans problème. Il n’avait pas sa place au Couleur Café…

C’est sur la petite scène 'Dance Club' qu’est programmée Glù, une formation bruxelloise qui déchire et attise les passions. Votre serviteur l’avait découverte au Bota, dans le cadre du Propulse. Un quatuor signé chez Naff-Rekordz, un label dynamique créé par les sympathiques Herbert Celis et Alex Davidson, et sur lequel on retrouve Frown-I-Brown, Wild Boar & Bull Brass Band, UTZ ainsi que Jawhar. Le line up implique le drummer Alex Rodenbourg, le bassiste Dorian Palos, le claviériste (Fender Rhodes Korg.MS 20) Martin Daniel et le préposé aux machines, François Gaspard. Pour quelques titres, ils vont recevoir le concours d’un Mc qui ne manque pas de coffre, Deco Comprehension.

La coloration de leur expression sonore est essentiellement électro. Pas basique, mais bien structurée, elle intègre drum&bass, dubstep, breakcore et hip hop. A leur actif, un single et un Ep. La foule est plutôt compacte pour assister à ce set. Il est nécessaire de se faufiler en douceur si on veut approcher de l’estrade. On se croirait à un concert d'AC/DC. Des images assez suggestives sont projetées sur un écran derrière le drummer. « Coton Twat » amorce le spectacle. Deco débarque sur le podium et se place derrière son micro pour attaquer « Vanilla », un mix entre hip-hop et trance, bien dans l'air du temps. Impeccable ! « Hunter » et « Psycho » baignent dans l’électro/psyché. Le tempo est endiablé. Le public danse. Le préposé derrière la console est balaise, car le son est cristallin. Une grosse claque de 60 bonnes minutes ! Et conquis, l’auditoire a réagi en conséquence…

Après ce set époustouflant, je décide de déambuler au sein des allées du souk, en attendant le feu d'artifice. Terminé, je me place le plus près possible du podium 'Titan', pour assister au concert de Caravan Palace. Pour ce deuxième jour du festival, il s’agit de la tête d’affiche. En 2013, la formation avait fait un tabac ici même. C’est aussi à cette époque que je l’avais découverte. Le combo a publié deux elpees à ce jour, un éponyme et « Panic ». La sortie du troisième, « </°_°/> », est prévue pour octobre. Leur single « Comics » est déjà sur la toile. Et puis le band se produira au Cirque Royal le 28/11/2015.

Le collectif réunit Arnaud Vial (guitare, programmation, synthétiseur), Charles Delaporte (contrebasse, synthétiseur, programmation), Hugues Payen (violon, programmation, scat, synthétiseur, chant), Antoine Toustou (machines, synthétiseur, trombone, chant), Camille Chapellière (clarinette), Paul-Marie Barbier (vibraphone, percussions). Tous participent aux chœurs. Et bien sûr, Zoé Colotis au chant, à la danse et à la chorégraphie.

Zoe est une véritable bête de scène. Elle déclare : ‘Bruxelles, nous sommes là. Faites attention à vos lacets de chaussures!’ Elle va quitter 5 fois la scène pour changer de toilette. Le plus rapidement possible. Deux de ses comparses se chargeant de maintenir en haleine l’auditoire. Voluptueux, le spectacle semble séduire particulièrement les ados, car les spectateurs des premiers rangs se déhanchent allègrement. Votre serviteur est également emporté par cette frénésie qui vous incite à remuer le popotin et les guiboles. Ce mélange déjanté entre électro swing et manouche, fait littéralement mouche. Pas de setlist, qui épingle quand même « Suzy », « Je m'amuse », « Queens », « Star Scat », « Clash », « Brotherswing », « Jolie Coquine » et quelques nouveaux titres dont « Comics » qui nous a mis un fameux boxon. Après avoir écumé les States, Caravan Palace était de retour ; et franchement, j’ai vécu l’apothéose du festival avant la lettre. L’extase ! Il est une heure du matin, je quitte les lieux. A demain, pour le dernier jour…

(Organisation : Couleur Café)

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