L’appel à débrancher des Burning Heads

La formation skate punk orléanaise Burning Heads vient de partager un second extrait de son nouvel opus « All Fired Up ». Attendu pour le 16 octobre 2026, ce disque succède au titre « SOS 2 » publié début septembre. À l'aube de ses quatre décennies de…

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Editors
Biohazard 8/8/26

Liquid Bear

Heavy grounds (Ep)

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Après avoir écouté cet Ep pour la première fois, on partage l’avis des différents chroniqueurs qui se sont prononcés sur la toile en décrétant que les principales influences rencontrées par ce quatuor parisien sont à chercher du côté de King Crimson, Alice In Chains, Birth of Joy et Deep Purple. Ce dernier, surtout à cause de l’orgue rogné qui infiltre les compos, un peu à la manière de feu Jon Lord. Pensez à l’album « In Rock ».

« Heavy grounds » constitue le second Ep de Liquid Bear, un disque découpé en 5 plages de prog/metal au climat ténébreux (NDR : morceau le plus long de ce maxi, « Billions of crabs », en est certainement le plus bel exemple), climat accentué par des lyrics qui traitent de thèmes très contemporains, comme la maladie, le déclin de la planète terre et la difficulté de trouver sa place dans la société. 

Outre la complexité de certaines textures sonores qui peuvent parfois virer vers le jazz (« The frog »), après avoir laissé le drumming galoper, on a droit aux inévitables soli de guitare. Elle est bavarde sur « Goblin crushed », dégouline sur « Waiting for burst » ou gémit sur le titre maître…

The Bullseyes

The Best of The Bullseyes

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Drôle d’idée d’intituler son album « The Best of The Bullseyes », alors qu’il ne recèle que des inédits. En fait, les morceaux de cet opus ont été composés sur une période de 8 années, mais étaient restés à l’état de démos. Les 12 pistes de ce long playing baignent au sein d’une forme de blues/rock/glam qui devrait plaire aux aficionados de The Black Keys. On y retrouve d’ailleurs des tas de références puisées au sein de la fin des sixties et du début des seventies, et tout particulièrement des influences puisées chez T. Rex.

Caractérisé par son psyché/rock aride « Restless mind » réveille le souvenir des Electric Prunes. Imprimé sur un mid tempo et enrichi de chœurs majestueux, « Moment’s arrival » aurait pu figurer au répertoire des Moddy Blues, s’il n’y avait la boîte à rythmes. Et des chœurs, parlons-en ! Ils allègent les plages, parfois de leurs ‘hou, hou’ ou ‘yeah, yeah’, accentuant le profil hymnique des compos. Sur « Yet there’s you », un petit riff de gratte inoculé lors des couplets rappelle le « Ode to John Lee Hooker » de Johnny Rivers. Plus blues encore, « Butterfly » papillonne au gré des envolées électriques percutantes ou geignardes des accords de guitare. Et puis le duo polonais (NDR : il est originaire de Leszno) concède un slow dans l’esprit des groupes de hard rock du début des 70’s, « Regular sky ». Mais c’est lorsque le spectre de Marc Bolan se met à planer que les pistes se couvrent du plus bel éclat glam. A l’instar du titre qui ouvre l’album, « World doen’t care », de « Can’t believer », au cours duquel on retrouve ces riffs de gratte plaqués si spécifiques et puis du final épuré et acoustique « Can’t believe », notamment lorsque la voix de Darek se fait aussi frémissante que celle de feu le mythe londonien, à l’époque où il militait chez Tyrannosaurus Rex…

The Brooks

Any Day Now

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Les excités de The Brooks pratiquent le funk comme à la plus belle époque ! Emmené par le Montréalais Alexandre Lapointe et l’Américain Alan Prater (ex-tromboniste des Jackson tout de même), le groupe nous propose un 3ème album au groove irrésistible. Les cuivres vintage, la rythmique chaloupée et le charisme vocal indéniable alimentent un cocktail sur-vitaminé qui fluctue entre soul et funk. L’octuor se mue en virtuose tout au long de cet « Any Day Now », qui réussit l’exploit d’être vintage sans être passéiste…

AC/DC

Power Up

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Après avoir ouvert le deuxième millénaire par « Stiff Upper Lip » en 2000, suivi de « Black Ice » en 2008 et « Rock Or Bust » en 2014, AC/DC est de retour. Six années ont passé depuis « Rock Or Bust » et, il faut admettre que depuis, de nombreux évènements ont quelque peu bousculé l'équilibre du groupe.

Tout d'abord, confronté à de graves ennuis judiciaires en Nouvelle Zélande, Phil Rudd a été remplacé par Chris Slade. Atteint par la maladie d'Alzheimer, Malcolm a cédé le relais à son neveu, Stevie Young. Souffrant de surdité, durant la tournée ‘Rock on bust’, Brian Johnson a également dû jeter l’éponge. Axl Rose, en congé des Guns'N'Roses, l’a suppléé pour achever ce périple. Depuis, Brian Johnson, guéri de ses problèmes d’acouphènes, a récupéré sa place. Et comme si la roue de l’infortune continuait à tourner, en 2017, Angus a perdu son grand frère George. Ex-membre des Easybeats, formation qui a sévi au cours des 60's, il était devenu le principal producteur d'AC/DC, en compagnie de Harry Vanda.

Bref, si les plus pessimistes imaginaient que l’histoire du band tirait à sa fin, il faudra qu’ils renvoient leurs prédictions à leurs études, car sous ce nouveau line up, le band est à nouveau prêt à rugir.

« Realize » qui ouvre l’elpee nous démontre bien qu’AC/DC est toujours capable de proposer ce qu’il fait du mieux depuis 40 ans : du AC/DC ! Brian hurle, Angus riffe, Phil, Cliff et Malcolm (enfin son esprit dans l’enveloppe charnelle de son cousin Stevie) assurent les fondements de l’édifice. Tout est en place pour une bonne dose de boogie blues rock énervé. Des accords de grattes au ton solennel, un riff accrocheur, une rythmique basse/batterie qui tient bien la route et assure le tempo : la force est avec eux ! Brian Johnson hurle tout au long du refrain, soutenu par des chœurs placés bien en avant afin de sublimer l'ensemble. Bref, dès ce premier titre, on retrouve, revigoré, l'AC/DC qu'on aime, manifestant une efficacité redoutable qui fait mouche à tous les étages.

Renforcé par des chœurs puissants, « Shot In The Dark » se distingue par son refrain fédérateur et « Witch’s Spell » par son riff haché et son solo de guitare bien chaud. Le sulfureux « Demon Fire » macère dans une atmosphère réminiscente du Led Zep des débuts.

Fidèle aux atmosphères bluesy, les Australiens nous gratifient de deux belles pièces particulièrement groovy. Le riff est démoniaque tout au long d’un « Kick You When You're Down » au refrain fédérateur. Les accents sudistes de la slide imprègnent « No Man's Land », une piste envoûtante et dévastatrice, alors que la voix de Brian Johnson campe astucieusement dans les médiums…

Le très bluesy-rock « Through The Mists Of Time » s’avère, finalement, surprenant. Les papys du rock sont à nouveau sur les bons les rails. Il faut croire que le Rock'n’roll permet de conserver la vitalité des corps et des esprits, et on ne va pas s'en plaindre tant que cela fait du bien par où ça passe…

ZZ Top

Décès de Dusty Hill, bassiste de ZZ Top, à l’âge de 72 ans…

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Bassiste à la longue barbe blonde, Dusty Hill est décédé ce vendredi 28 juillet 2021. Il devait faire un rapide détour par le Texas, afin de régler un problème de hanche ; aussi pour la tournée prévue cet été, il était prévu qu’il soit remplacé. Une date de concert était programmée ce mercredi soir, à Simpsonville (Caroline du sud), mais un message annonçant l'annulation du spectacle est apparu sur la plateforme de la billetterie.

Reconnaissable, comme le chanteur Billy Gibbons, à sa longue barbe blonde, ses lunettes de soleil et son chapeau, Dusty Hill militait au sein du trio depuis 1970, un an après sa fondation.

 ZZ Top a connu la notoriété dès les années 70, notamment au boogie « La Grange », resté célèbre. Mais son plus grand succès commercial il le décrochera grâce à l’elpee « Eliminator ». Paru en 1983, il recèle les tubes « Gimme All Your Lovin' » et « Sharp Dressed Man ».

Au cours des 90’s, le combo s’était lancé dans un boogie plus synthétique, avant d’en revenir à ses fondamentaux. En 2004, il est entré au Rock and Roll Hall of Fame. Après cinq décennies Frank Bird et Billy Gibbons vont bien se sentir seuls sans leur Hill…

RIP

Clara Luciani

Cœur

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Si la « Grenade », qu’elle prenait plaisir à cacher sous les seins, avait marqué les esprits tant par sa (fausse) légèreté, que par la musicalité, l’audace et le manque de pudeur, les battements de son « Cœur » risquent de devenir carrément… explosifs.

Après un premier opus récompensé de deux Victoires de la Musique, Clara Luciani est de retour, non plus comme militante, mais plutôt à travers toutes les facettes de l’Amour, fil rouge décomplexé de son nouvel essai.

Trois années après gravé « Sainte-Victoire » et sa pléiade de chansons radiophoniques (« La baie », « Nue »), celle qui a poussé la chansonnette chez La Femme exploite, sous ce nouveau format, une palette de sentiments joyeusement colorés.

Alors que le titre éponyme et plage d’ouverture s’amorce sur des… chœurs, très vite la direction artistique se confirme et se consolide : basse percutante et synthés dignes du début des 80s. Sans oublier cette voix grave (à la garçonne) si singulière.

La Martégale (donc Provençale), jadis complexée par sa taille et son physique (« J’sais pas plaire »), assume aujourd’hui pleinement son engagement féminin/féministe, en s’autorisant des textes plus personnels et introspectifs qui relatent ses déboires amoureux.

Croquant la vie à pleines dents, elle s’ouvre et (re)définit les contours de l’universalité des épreuves de l’existence, même si sa musique adopte une trame disco dansante.

Femme fragile et/ou femme forte, elle demeure, cependant, très pragmatique. Elle sait ainsi aussi bien s’amuser de la passion des premiers jours (« Tout le monde (sauf toi) »), que de s’inquiéter de la dégradation d’une relation ou encore du drame de la séparation (« Le reste »). Le tout en libérant un groove pétillant qui fait passer la pilule beaucoup moins amèrement.

Enfin, Luciani tente à nouveau un duo audacieux, puisque à l’instar de « Qu’est-ce que tu es beau » partagé en compagnie de Philippe Katerine sur l’elpee précédent, c’est Julien Doré qui s’y risque sur « Sad et Slow », une plage vintage imprimée sur un down tempo gentillet…

Bref, un disque lourd de péripéties, mais chargé d’espoir. Lumineux aussi, mais comme lors d’une nuit d’été. Celui en tout cas d’une femme plus sereine et en phase avec son temps et son époque…

H.C. McEntire

Eno Axis

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Avant de se lancer en solitaire, H.C. McEntire militait chez Mount Moriah et Bellafea. Il a fallu attendre 2018 pour que la compositrice installée à Durham (NDR : c’est en Caroline du Nord) grave un premier opus solo intitulé « Lionheart », un disque sorti sur l’excellent label Merge (Arcade Fire, Conor Oberst, Destroyer, Waxahatchee). Puis elle décide de suivre Angel Olsen, pendant deux ans, comme choriste. Une expérience qui a certainement dû l’influencer lorsqu’elle a commencé à composer la musique de ce nouvel album baptisé « Eno Axis ».

Sur ce second essai, l’artiste puise au sein de la culture américaine pour nous restituer un americana réminiscent d’Emmylou Harris. Les instruments utilisés sont classiques pour le style : guitare, lap steel, piano, banjo. Près d’une dizaine de musiciens se relaient au fil des titres de cet LP. Si certaines ballades évoquent les paysages paisibles de la Caroline du Nord, d’autres morceaux, par contre, empruntent un profil plus sombre ; à l’instar de « River Jaws » qui lorgne parfois vers Timber Timbre. D’autres encore sont davantage enrichies d’interventions de guitare, dans l’esprit de Neil Young. Et « Final Bow » en est certainement la plus belle illustration.

Bref, à travers son second long playing, H.C McEntire confirme tout le bien que l’on pensait d’elle. Son écriture s’affûte et l’expression sonore est de plus en plus fouillée. Vivement la suite ! 

Luis Francesco Arena

High Five

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Pierre-Louis François (que l’on a vu au sein de RubiCan et Franky Goes to Pointe à Pitre) nourrissait probablement des rêves d’évasion. Ce qui explique, sans doute, le choix de ce nom de scène imaginaire, qui –avouons-le– claque bien mieux aux oreilles…

Inspiré par des songwriters de la trempe de Troy Von Balthazar ou Ken Stringfellow, le Charentais apprécie les territoires escarpés du folk indie et du power-rock. Paru en 2019, « High Five » constitue le 5ème chapitre d’une belle aventure d’écriture classieuse, sensible et ciselée. Les comptines pop/folk de Luis Francesco Arena révèlent, en effet, un véritable travail d’orfèvre.

Lors de sessions, l’artiste s’est servi d’une basse VI (une basse à 6 cordes, qu’il a découverte) et a reçu le concours de de Nicolas Cueille à la batterie et aux synthés.

Les mélodies sont évidentes mais complexes et dévoilent quelques pépites, dont « Guess My Powers », point d’orgue de cet opus. « High Five » ! Définitivement

John Mary Go Round

Bienvenue dans le bayou des Ardennes walliforniennes…

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Le confinement est terminé ; enfin, on l’espère. On devrait pouvoir reprendre une vie normale. C’est la réouverture des salles de taille moyenne, dont le Zik Zak, à Ittre. Comme en juillet et août 2020, il reprend son cycle de spectacles intimistes (50 personnes par bulle, masque et distanciation sociale de rigueur).

John Mary Go Round est à l’affiche ce soir. Il s’agit du chanteur de Country Cooking, Michel Brasseur, qui se pour la troisième fois au Zik-Zak. Un petit jeune de 56 balais, qui nous vient du delta dinantais, en plein bayou des Ardennes walliforniennes. Ce projet est né dans son esprit, après avoir traversé le sud des States. C’est là qu’il a eu, pour la première fois, l’opportunité de jouer sur une ‘Cigar Box’, instrument primitif fabriqué à l’origine, par les esclaves noirs.

Le concert est partagé en deux parties. Malheureusement, votre serviteur a pris du retard et débarque juste avant que la seconde ne commence. Dès que Michel monte sur les planches, on le reconnaît bien à sa dégaine. Il est toujours tiré à quatre épingles, un stetson enfoncé sur le crâne. Très interactif, il plaisante, signale que le confinement a du bon, car il lui a permis d’écrire de nouvelles chansons.

Il reprend donc sa prestation par « Rolling And Tumbling ». Ce morceau a été enregistré pour la première fois en 1929 par Hambone Willie Newbern. Ce Delta blues classique a été très souvent interprété, parfois avec des paroles et des titres différents, aussi bien par des artistes du Delta que du Chicago blues ou du blues rock ; la version la plus célèbre demeurant celle de Muddy Waters, gravée en 1950. Issu de l’elpee « Take a ride », le rock bien sudiste « Death Walk Blues » nous entraîne au Texas, à la rencontre de Billy Gibbons. Faut dire que la musique de John Mary Go Round nous transporte tout au Sud des States. Au Texas, mais aussi et surtout en Louisiane. Qu’il traverse de long en large, en transitant par les bayous. Jusqu’à la Nouvelle-Orléans pour y goûter les gospels chers à la Tamla Motown. 

Blind Lemon Jefferson avait réalisé deux versions différentes de « See That My Grave Is Kept Clean », en 1927 et 1928. Et celle de Michel tient parfaitement la route. Sa voix est graveleuse. Outre sa cigar box à 3 ou 4 cordes, il se sert également d’un dobro, d’une gibson, d’une cymbalette à pieds, d’un cajon et chante devant un micro américain. Il change de gratte à chaque morceau. Sa technique y est irréprochable. Et le son métallique produit par la cigar box ou la dobro est imparable. Toujours dans un style très roots, Brasseur nous réserve, bien sûr, quelques morceaux issus de son album…

Une petite faveur que Michel pourrait vous accorder si vous ne partez pas en vacances. Qu’il vous invite à monter à bord de sa DeLorean DMC-12 en compagnie du docteur Emmett Brown. Vous pourriez ainsi replonger dans les années 30… là-bas, aux USA… 

Setlist : « Rolling And Tumbling », « Death Walk Blues », « See That My Grave Is Kept Clean », « Walking Through The Back Door », « I Wanna Hear », « Cross Road Blues », « Sandra blues », « Roadhouse Blues »

Rappel : « Walking Blues », « Dust My Broom », « Wet »

(Organisation : Zik Zak et Rock Nation)

Jasper Steverlinck

Une fenêtre qui s’ouvre vers de grands espaces de liberté…

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Lessines, principalement notoire pour avoir vu naître le célèbre peintre surréaliste René Magritte, à la fin du XIXème siècle, accueille dans le cadre des ‘Summer Nights’, une déferlante d’artistes. Depuis Axel Red à Girls In Hawaii, en passant par Hooverphonic ou encore Typh Barrow.

Si les premiers concerts de juin ont élu domicile dans la cour de l’enceinte même du prestigieux Hôpital Notre-Dame de la Rose, la suite des festivités se déroulera à l’ombre Hôtel-Dieu du XVIème siècle, un site en phase de reconnaissance par l’Unesco.

La scène enjambe curieusement la rivière. Le terrain, un joyeux amphithéâtre bucolique en pleine nature où blancs en palettes sont dispersés ci et là. En guise de table, des panneaux d’entrée d’agglomération où toutes les régions du patelin sont représentées. Une originalité sous bien des aspects, certes, mais pas de quoi profiter confortablement du spectacle qui va se jouer ce jeudi.

Des poules et des oies se sont aussi pressées au portillon sur une parcelle voisine. A défaut d’applaudissements, des gloussements en tout genre viennent perturber les moments de silence…

Les pluies torrentielles qui sont se sont abattues ces dernières heures sur le plat pays ont fait craindre une annulation de dernière minute. Les nuages pissent de temps à autre, histoire de rappeler que Dame Nature a les pleins pouvoirs. Mais, inutile de préciser que si la météo a épargné relativement cette partie du pays, il fallait s’armer d’une sacrée dose de motivation pour assister au concert de Steverlinck.

Ponchos sur les épaules et parapluies sous le bras, la bonne centaine de courageux aficionados a encore dû se soumettre aux mesures sanitaires (encore) obligatoires.

Ce soir, francophones et néerlandophones se réunissent d’ailleurs solennellement. Comme quoi la guerre linguistique n’a véritablement de sens que sur l’échiquier politique.

Kris Dane assure la première partie de ces festivités. Anversois de souche et Bruxellois d’adoption, cet auteur-compositeur-interprète a participé à une multitude de projets artistiques, parmi lesquels on épinglera l’opéra de Philippe Boesmans, Aka Moon, Ictus, dEUS (pour lequel il a frappé les peaux), mais également Ghinzu au sein duquel il a longtemps milité.

Armé de sa seule gratte, il apporte ce degré de légèreté douce-amère, grâce à sa voix très singulière.

Digne héritier d’un Damien Rice ou d’un Ben Howard, il caresse les cordes sensuellement et nous emmène dans un univers sonore où la bienveillance et l’amour font loi.

Aucun doute, la musique est bien le reflet de ce que l’on est. En néerlandais, on dit qu’on apprend en tombant et en se relevant. Un adage qui lui va comme un gant !

Une prestation d’une trentaine de minutes intéressante, mais un peu redondante par la longueur et le manque de relief dans l’interprétation des morceaux…

Les quelques flaques d’eau enlevées de la main stage, la pièce maîtresse de cette soirée est présentée par deux animateurs, histoire que la cour saisisse correctement le message dans sa langue natale.

Comme bon nombre de ses pairs, Jasper Steverlinck n’a pu rencontrer le moindre public depuis des lustres. C’est donc un retour très attendu.

Son nom est évidemment associé à celui d’Arid, formation belge qui a connu la gloire, notamment après avoir gravé l’excellentissime « Little Things of Venom ».

Le groupe a suspendu son aventure, dès 2012, en partie à cause de ce succès. Parenthèse définitive ? Nul ne le sait probablement. Lueurs d’espoir, une reformation éphémère s’est d’ailleurs produite, il y a quelques mois, à la demande des fans.

Le concert de ce soir risque d’être riche en émotion, vu le nombre de musicos qui entoure le Gantois : un contrebassiste, un drummer, un claviériste (qui a failli déclarer forfait suite à une blessure de la main), un violoncelliste et deux violonistes. De quoi rassurer quant à la nature de la prestation !

L’utilisation des projecteurs est réduite à sa plus simple expression ; une lumière alternant le blanc et le bleu met en exergue ses principaux acteurs.

Depuis la sortie de son dernier album « Night Prayer », enregistré ‘live’ (mais sans public), c'est-à-dire en ‘one take’, sauf en ce qui concerne les cordes, pour une question de budget, son actualité musicale a pratiquement été rencardée au Panthéon.

Les premières notes plongent immédiatement l’auditoire dans une atmosphère empreinte de douceur, feutrée même… Elles sautillent joyeusement comme les gouttes d’eau qui rebondissent sur l’herbe…

Haut-perchée, la voix de Jasper Steverlinck semble parfois ressusciter Jeff Buckley ou encore Freddie Mercury. Ses doigts glissent agilement sur le manche, un peu comme s’il manipulait de la porcelaine, plus qu’ils ne s’agitent. C’est un sacré musicien.

C’est à la gratte électrique et accompagné de son pianiste qu’il chantonne un « So far away from me » du feu de Dieu en dévoilant encore une facette inattendue de son répertoire. C’est joliment interprété. Avant d’emboîter le pas sur une reprise de K’s choice (NDR : groupe qu’il affectionne particulièrement) et qu’il avait arrangée pour les besoins d’une émissions télé.

Les cordes qui enrichissent « Our love got lost » rendent la texture sonore, moelleuse.

Des reprises, il en sera encore question, dont celle d’Arid, « You are », issu de « All Is Quiet New ». Il signale même avoir acheté tous leurs disques. Un bobard à deux balles qui a quand même déclenché l’hilarité dans la foule.

Autre cover, celle carrément décalée d’« Ice queen » du groupe néerlandais de métal symphonique, Within Temptation. Faut dire que le charme de Sharon den Adel rencontrée lors d’une émission de télé ‘Liefde voor muziek’, n’a pas laissé indifférent notre hôte d’un soir.

« Colour me blind », relate l’histoire d’un gamin en passe de perdre la vue et l’ouïe par la faute d’un virus. Mélancolique et voluptueux, ce titre est presque exclusivement centré sur la précision et l'écriture ; un exercice de style dans sa forme la plus pure et la plus directe.

Le set s’achève naturellement par un « Night prayer », qui aborde le thème de la guérison. La nuit montre le bout de son nez, les parapluies sont repliés depuis une trentaine de minutes.

Après avoir retenu son souffle durant une bonne heure trente, Jasper et son équipe décident de quitter les lieux durant quelques secondes, le temps d’un vrai/faux rappel de trois chansons.

Après avoir exploité les aigus de son organe sous un air d’opéra italien, il réinterprète le « Life on Mars » de Bowie (NDR : cette chanson figure sur l’album « Songs Of Innocence » de Jasper) pour rendre hommage aux sinistrés des inondations. Une adaptation particulièrement émouvante…  

En guise d’adieu, c’est à l’aide d’un vieil orgue en bois fraîchement installé sur l’estrade que le set prend fin.

Plus qu’un concert, une fenêtre qui s’ouvre vers de grands espaces de liberté, réanimant de vieux feux sacrés. De jolis moments qu’une bonne frange de la population semblait avoir oublié.

Pourvu que ça dure …

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