Les rituels étranges de This Is The Kit

This Is The Kit sortira son septième opus studio, « Ghost Coat », ce 15 janvier 2027. En attendant, il a partagé le single et « Skim a Stone ». Enregistré au cœur des Rockfield Studios dans la vallée de la Wye, au sud-est du Pays de Galles, ce disque place…

Tommigun fait de vieux os…

Les vétérans belges de l'indie pop signent un retour marquant. Dix ans après la parution de Wooden Son, Tommigun rompt un long silence et dévoile « Heavy Bones ». Ce morceau inaugure un nouvel elpee éponyme, dont la sortie se profile pour le 20 novembre 2026…

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Ora Cogan
The Cure

Frankie Cosmos

Vessel

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Inépuisable vivier de talents, New-York révèle, à une cadence insolente, des artistes en devenir. A l’instar de Greta Kline, aka Frankie Cosmos… Cette artiste au pedigree **** (NDR : c’est la fille de l’acteur Kevin Kline que l’on a vue dans ‘Un Poisson Nommé Wanda’ et de l’actrice Phoebe Cates icône des ‘Gremlins’) vient de graver « Vessel », son troisième opus, un parfait recueil de morceaux anti-folk, aux fortes réminiscences pop.

Bien qu’impliqué comme guitariste chez Porches, elle a trouvé néanmoins le temps de graver 18 pistes, sur ce long playing ; de petites comptines introspectives très susceptibles de toucher votre petit cœur sensible au folk légèrement lo-fi. A conseiller aux aficionados d’Adam Green et de Moldy Peaches…

 

Moonreich

Fugue

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Deux ans après avoir publié un prometteur « Pillars of Detest », Moonreich nous propose son nouvel LP, sobrement intitulé « Fugue ». Force est de constater que du chemin a depuis lors été parcouru. Alors que le précédent album studio restait dans les clous, réservant un Black Metal certes efficace mais plutôt classique et linéaire, les premières minutes de ce dernier effort laisse d’entrée de jeu révéler une plus grande liberté d’écriture. La thématique de la fugue y est déclinée en deux compositions : « Every Time She Passes Away » et « Every Time the Earth Slips Away ». Un même riff froid et corrosif, particulièrement efficient, donne le ‘la’ des deux morceaux. Le premier titre, plus rapide et plus brutal, est particulièrement carré et ravageur. De quoi être agrippé par le col et trainé dans la boue sans avoir pu vous rendre compte de ce qui se produisait. Chargée de colère et de haine la voix de L. dégaine ses paroles, telles des rafales d’AK47. L’expression sonore est sale et graveleuse. D’ailleurs, on ne peut s’empêcher de penser aux prouesses vocales de Mortuus, qui milite chez Marduk et Funeral Mist. La démonstration de force passée, la seconde déclinaison de « Fugue » sonde davantage le Black Metal ambiant. Le temps est étiré en longueur (plus de 180 secondes de plus que le premier morceau) ; et on retrouve ce même riff exploité à l’envi. Les lyrics son prononcés d’abord de manière quasi-robotique, avant de recouvrer, de longues minutes plus tard, vigueur et amertume.

Le reste de l’opus est empreint de cette nouvelle rage fougueuse qui alimente la première piste, lorgnant de temps à autre vers le Brutal Black Metal. Le climat se révèle tour à tour oppressant, apocalyptique ou suffocant. Et les compos sont habillement charpentées afin de ne jamais lasser. Les quelques instants plus paisibles sont immédiatement compensés par une rafale de blast. Tout est constamment réglé pour se servir des antagonismes : des instants calmes mais flanqués d’une double pédale, des riffs qui pourraient paraître joyeux mais bien vite souillés par les éruptions malsaines de L., la permission de reprendre son souffle avant d’être une fois de plus roué de coups. Il s’agit là certainement d’une des forces de cet LP : entretenir une tension permanente entre des opposés. ‘Breath in – til your lungs detonate, bring the poisoned air in every particles, breath out – til your heart is stone-shaped’, phrase qui figure sur le morceau « Rarefaction », reflète le climat géneral de cet opus. Un long combat entre les pulsions de vie et celles de mort, où la grande faucheuse finira inéluctablement par l’emporter. L’évolution du band est ici remarquable et lui confère une identité, autant visuelle (quel artwork !) que musicale. A suivre de près.

Alexis Taylor

Beautiful Thing

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Alexis Taylor est une des têtes pensantes des mythiques geek dansants, Hot Chip. A l’instar de ses compères Joe Goddard et Al Doyle, respectivement chez The 2 Bear et New Build, il s’est autorisé une petite virée en solitaire, pour assouvir ses propres aspirations musicales.

Produit par Tim Goldsworthy (co-fondateur de DFA en compagnie de James Murphy du LCD Soundsystem), « Beautiful Thing » constitue quand même son quatrième opus solo. Une œuvre au cours de laquelle il explore des paysages plus mélancoliques, mais légèrement moins électro-pop. Tel un Elton John indie, Alexis Taylor expérimente, à l’aide de ses claviers foutraques. Tout comme sur les albums de Hot Chip, la première écoute est déroutante. Mais au fil de celles-ci le charme commence à opérer. Et on finit par se laisser griser en savourant le piano sautillant qui dynamise « Beautiful Thing », les notes presque kitsch qui dégringolent tout au long du pluvieux « Out of Time », l’électro dansante et déviante alimentant « Suspicious of Me » ou encore l’atmosphère vaporeuse enrobant la ballade « A Hit Song ». A travers des schémas totalement décomplexés, Taylor est parvenu à tracer une route unique en son genre…

 

Ronquières 2018 : samedi 4 août

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Le plus fidèle des festivaliers s’est de nouveau invité sur le site de Ronquières. Absent l’année dernière, il se fait très insistant depuis plusieurs semaines déjà, dans les toutes les organisations, petites ou grandes…
Mais de qui s’agit-il donc ? Du soleil pardi ! L’herbe verte a laissé place à des brindilles de paille roussies. Dire que 365 jours plus tôt, il fallait mettre sa casaque et son paletot ! Si les longues averses entrecoupées de brèves éclaircies avaient alors jeté l’opprobre et plombé l’ambiance, elles auraient été accueillies à bras ouverts, lors de cette septième édition…Heureusement que le dessous du plan incliné procure de vastes espaces ombragés. On se console comme on peut.
De nombreux points d’eau dispersés aux quatre coins du site permettent de se désaltérer pour pas un rond. Mais il faut s’armer de patience, le précieux sésame a un prix : de longues files ; et elles sont interminables…
Pas de grands changements notoires pour ce RF, si ce n’est un espace aménagé à l’extrême droite de la plaine permettant d’y placer encore plus de ‘food trucks’, autrefois concentrés en fond de parcelle, côté bâbord.
Le bracelet au poignet est désormais équipé d’une puce électronique facilitant l’achat de boissons ou de nourriture. Exit donc les cartes bancaires peu pratiques et encombrantes…
Un sold out est annoncé. 42 000 âmes sont attendues. Pas étonnant, car il y en a vraiment pour tous les goûts : du hip-hop au folk, en passant par le rap et le rock. Sans oublier un fleuron de la musique électro, Henri PFR. Une affiche aussi populaire qu’éclectique donc…

Lorsque votre serviteur débarque, Caballero & JeanJass sont sur le point de terminer leur set.

Une banderole géante rappelle qu’il s’agit d’une tournée destinée à défendre « Double Hélice 2 », la suite d’un premier projet commun qui avait mis tout le monde d'accord, en 2016.

Flanqués d’un Dj, ils scandent à qui veut bien l’entendre que ‘Celles qui sucent des bites, toujours les mêmes’ tout en invitant la foule à former un cœur à l’aide des mains, de manière à mettre l’amour en sécurité. On ne peut pas dire que les deux gaillards font dans la fine dentelle…

Le temps de cerner ces nouveaux porte-drapeaux de la scène hip-hop belge, que « Bruxelles arrive » sonne le glas. Une manière de visiter la capitale tout en restant chez soi.

Asaf Avidan se produit sur la ‘stage’ de gauche.

Il n’a pour seules compagnes que deux ou trois sèches posées à ses côtés et attend patiemment que les pompiers finissent d’arroser les spectateurs à grands coups de jets d’eau. C’est impressionnant ! Que feriez-vous si vous receviez sur la tronche l’équivalent de plusieurs jours de pluie en une seule fraction de seconde ?

Si de nombreuses personnes se délectent de ce torrent artificiel, mais providentiel, d’autres complètement lavées vont pousser une gueulante virulente à l’égard des ‘firemen’. Généreux et téméraires, oui, mais un peu fous tout de même !

C’est en 2006 que l’artiste a démarré sa carrière. D’abord soutenu par un backing group, baptisé The Mojos, puis sous son propre nom.

Auteur-compositeur-interprète, il se destinait initialement au cinéma d’animation. Sa passion pour le chant et la musique est soudainement née lorsque sa fiancée de l’époque met les voiles. Comme quoi, se faire larguer a parfois du bon…

Hautement perchée, hantée par Janis Joplin, Jeff Buckley ou encore Robert Plant, sa voix est reconnaissable entre mille...

Lorsqu’il exhibe son organe (vocal), l’assemblée se mure dans le silence et écoute presque subjuguée. Le temps s’arrête…

Ensuite, il y a ce corps. Fragile et athlétique à la fois. Une esthétique qui canalise l’attention des jeunes filles scotchées aux premiers rangs, salive dégoulinante sur les joues. Faut dire que le type est d’une beauté et d’un charisme à couper le souffle.

Les compos sont déchirantes, lancinantes, authentiques et personnelles. La mort est une obsession chez lui. A l’âge de 21 ans, il a failli succomber à un lymphome (cancer du sang). Ce qui peut expliquer sa vision de l’existence…

De temps à autre, il porte un harmonica en bouche ou se saisit de mailloches pour parfumer un peu plus encore l’habillage musical. C’est très épuré…

Le set s’écoute sans vraiment se vivre. Les gens se parlent (et s’assèchent) dans un brouhaha  sans vraiment tendre attentivement l’oreille au set qui se déroule sous leur yeux. La prestation est-elle trop ouatée en beau milieu d’après-midi ?

« One Day/Reckoning Song », hymne mondial qui a trusté largement les charts depuis qu’un Dj allemand s’en est emparé en 2013, mettra d’accord les plus indécis. Doigts délicatement posés sur sa gratte, son timbre de voix magique et majestueux déchire, retentit, provoque une déflagration ressentie à des centaines de mètres à la ronde. On cerne à ce moment toute l'étendue de ses émotions et sa créativité, sans aucune distinction de genre…

Le parterre est enfin conquis et se rend seulement compte qu’il vient d’assister à un moment d’anthologie… Un peu trop tardivement semble t-il.

Loïc Nottet lui emboîte le pas.

Chanteur et compositeur belge, c’est un produit issu de l’émission The Voice.

Propulsé à la suite de sa victoire en 2014, le Carolo est ensuite sélectionné pour représenter la Belgique au Concours Eurovision de la chanson l’année suivante où il termine à la 4ème place, grâce à un premier single qu'il a composé himself.

Lui et ses mucisos ont revêtu un accoutrement plutôt sobre. Blazer noir au-dessus d’une chemise blanche col mao. Sympa, mais osé par une chaleur pareille…

Une voix ‘off’ baragouine un propos en anglais pendant que des images inondent, en filigrane, la toile tendue à l’arrière du podium…

Dès « Mud Blood », il affiche ses prédispositions pour la danse. Ses deux compagnons d’arme et lui-même entreprennent des mouvements ordonnés, rythmés et remplissent énergiquement l’espace scénique.

Ca court ! Ca virevolte ! Les corps presque dénudés se chaloupent, flirtent pour plus d’étreinte sur fond de souplesse et de don de soi. Comme tirés par un fil invisible, les membres donnent l’impression d’être complètement désarticulés…

L’équipe a emporté une garde-robe bien achalandée. Quasi un costume par danse !

Si la gonzesse semble apprécier sa tenue de soubrette, style vieille pute de luxe, c’est dans sa longue robe blanche qu’elle est la plus sexy. Les galbes de son corps laissent plus d’un spectateur troublé…

Cette prouesse artistique recèle bien des efforts ; surtout quand on entend le souffle court du jeune homme de 22 ans qui parvient à peine à reprendre ses mots entre deux compos.

Il faudra attendre « Million Eyes » pour que cette parenthèse gestuelle laisse place à un moment plus doux et vaporeux, au cours duquel la voix du jeune homme prend une dimension fantasmagorique lorsque les aigus retentissent…

Il s’agit de sa dernière date. Il tourne depuis un an et demi et estime qu’il est temps de prendre du repos. ‘Je suis certain que mon équipe va me faire une surprise’ déclare-t-il, avant d’enchaîner par « Hungry Heart ».

Déguisé en clown flippant et schizo, salopette rouge, pull jaune et chaussettes orange, il s’attaque à « Doctor », puis prend congé de ses invités sur « Rhythm inside », caractérisé par son ‘rapapa tonight’ légendaire…

A tribord, maintenant, un prodige de la chanson française, en la personne de MC Solaar, y est programmé...

C’est d’un pas résolu qu’il débarque sur l’estrade, un béret blanc vissé sur la caboche…  

Son dernier opus, « Géopoétique », a été sacré disque de platine seulement un mois après sa sortie. Faut donc pas s’étonner de l’engouement populaire qu’il suscite aujourd’hui…

Vingt-six ans après avoir gravé « Bouge de là » et une décennie après la sortie de son précédent opus, Claude Honoré M'Barali n’a pas pris une ride et sa verve pointue et naturelle est demeurée intacte…

Son « Intronisation », plage titulaire de son dernier elpee, laisse entrevoir une musique solaire et positive où on apprend que ‘tout a commencé là-bas, dans la ville qu'on appelle Maisons-Alfort/En jean, en short ou en djellabah’...

Le temps de régler son « Sonotone », il exécute un bon en arrière en interprétant « Qui sème le vent récolte le tempo », titre issu du premier LP, paru en 1991. Le flow transgresse le poids des âges…

Son obsession textuelle laisse transposer des suggestions profondes et légères à la fois. Un véritable travail d’orfèvre pour ce chercheur de phrases.

Tout au long du formidable « Les Mirabelles », Solaar narre l’histoire d'un village de la Marne pendant la première guerre mondiale sur fond de rap. Son flot de guerre froide dira t-il.

Sa musique et la qualité littéraire de ses proses sont le fruit d'inspirations diverses, allant de Serge Gainsbourg –à qui il rendra hommage à travers « Nouveau western »– et aux musiques africaines (ivoiriennes, maliennes, tchadiennes), en passant par les classiques noirs américains (jazz et rap US).

« Bouge de là » et « Victime de la mode », titres-phares, ravivent pas mal de souvenirs au sein de l’auditoire…

La douceur de « Caroline » contraste avec un « Da Vinci Claude » diablement remuant. Pour prolonger cette ambiance festive, il propose au parterre de « Zomné des Zombies ».

Enfin, en préambule au rappel durant lequel « Solar pleure », alors que « La vie est belle », il présente généreusement l’équipe qui l’accompagne : Tom Fire, producteur et musicien reconnu et Maureen Angot, l’une des candidates les plus talentueuses de la saison 7 de The Voice. Elle se réserve une chanson, au cours de laquelle elle communique à son timbre soul, un relief chaud et granuleux digne d’Amy Winehouse. Grandiose !

Le spectacle s’achève, laissant des étoiles dans les yeux. Un MC… solaire !

Dernier concert de la journée en compagnie du mythique Etienne Daho…

La star est engoncée dans son éternel blouson de cuir noir, toujours aussi trop étroit. Les fans se sont empressés. Faut dire que c’est sa seule date belge…

La soixantaine bien sonnée, d’aucuns s’étaient émus il y a encore quelque temps d’une certaine fragilité dans la voix. Etonnement, elle est devenue plus sensuelle, grave et maîtrisée.

S’il passe en revue des titres énergiques et puissants où les guitares grondent et tournoient, c’est sur des ballades à la rondeur absolue, à l’instar de « Week-end à Rome », où il pose délicatement un organe humble et fragile ou encore « Ouverture », que son authenticité prend véritablement tout son sens.

Poète des temps modernes, la texture vocale est uniforme, délavée et sublimée par un tremblement et une assonance d’une subtilité à toute épreuve.

Joli pied de nez à cette chaleur tropicale qui frappe l’Europe depuis quelques semaines quand il ose « Les flocons de l’été » où il aime à rappeler que… ‘c’est l’hiver en été’…

S’il s’agit pour lui du « Premier jour du reste de ta vie », pour bon nombre de fans, c’est à tout le moins un des plus beaux !

Avant de regagner mes pénates, un petit détour vers le set d’Henri PFR s’impose. Il est vêtu d’un tee-shirt blanc et pantalon noir. Vu son visage de poupon, il ne doit afficher qu’une vingtaine de printemps, à tout casser. Ses deux mains triturent une série de consoles pour une déferlante qui se prolongera jusqu’à une heure du mat’…

A force de naviguer entre tribord et bâbord, votre serviteur tangue. Il est temps de lever l’ancre !

(Organisation : Ronquières Festival)

Voir aussi notre section photos, sur le site nl, ici

Esperanzah 2018 : samedi 4 août

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Deuxième jour de l’Esperanzah, et c’est toujours la canicule sur le site de l’Abbaye de Floreffe… une journée qui promet de bonnes vibes, vu la présence de Juicy. On épinglera quand même le respect scrupuleux du timing tout au long du festival et l’excellente qualité du son sur les 3 scènes.

La navette de bus a pris un peu de retard. Et lorsqu’on débarque côté ‘Jardin’, la prestation de Bai Kamara JR. vient de s’achever. Cap donc vers l’‘Alpha’ pour celle de Nawaris. Le sextuor est encore occupé de réaliser son soundcheck. Hussein Rassim en est la cheville ouvrière et la tête pensante. Originaire d'Irak, ce virtuose de l’oud (NDR : un luth oriental) a quitté sa terre natale, à cause de la guerre, une situation qui ne lui permettait pas de vivre librement de son art. Et pourtant, ce jeune musicien est considéré comme un véritable monument chez lui. A l’issue d’un long parcours, il a donc débarqué à Bruxelles, comme réfugié…

Sur les planches, il est accompagné par la violoncelliste Juliette Lacroix et le saxophoniste/flûtiste Manuel Hermia, mais également par trois percussionnistes, dont l’autre vocaliste Saif AL Qaisi (NDR : également un migrant irakien), le drummer Stephan Pougin (qui double au djembé) et enfin Robbe Kieckens, qui se sert de percus hautes issues du folklore marocain. Le répertoire oscille entre compos traditionnelles irakiennes et personnelles, mais également nord-africaines, et même sculptées dans le blues touareg, des compos au cours desquelles les instruments, le chant aussi parfois, se rencontrent, jouent, engagent des conversations, tout en laissant une belle place à l’improvisation. Atypique, ce band est venu défendre son premier LP, « Migration » (voir clip du titre maître, ici, paru en janvier 2018).

En écoutant cette musique, on ne peut que penser aux influences puisées par Robert Plant, en Orient et au Moyen-Orient. Les interventions de la violoncelliste apportent cependant un feeling mélancolique aux compos, le plus souvent instrumentales. Ce qui n’empêche pas la voix de Saif Al Qaisi de se révéler particulièrement mélodieuse ; quand il chante, of course…  « The Way Back » relate la transhumance vécue par Hussein à travers les Balkans, avant son arrivée, en Belgique, dès 2015. Car on a beau rêver d’horizons lointains, en écoutant cette expression sonore, on ne peut s’empêcher de penser à la guerre, au terrorisme et au fanatisme de Daesh, qui ont ravagé cette région du monde…. Une première claque musicale pour cette seconde journée à Esperanzah.

Il faut se résoudre à affronter la canicule pour se rendre, côté ‘Jardin’ et y découvrir Liniker E Os Caramelows. Fondé en 2015, ce band brésilien ne doit, sans doute, pas être incommodé par la chaleur, car il va faire encore monter la température de quelques degrés en mettant une belle ambiance sur la plaine. Sa jeune chanteuse, Liniker Barros, est transgenre et jouit d’une énorme popularité au pays des cariocas. Le combo pratique une forme de soul/funk tropicale et cuivrée qu’il a baptisé ‘Fonzy’. Les mélodies sont sucrées. Entre le saxophoniste et une des percussionnistes, on ressent une grande complicité. L’autre préposé aux percus, Pericles Zuanon, est particulièrement efficace. Une plantureuse vocaliste assure les chœurs, et sa voix baigne dans le blues et le gospel, alors que suave, celle de la lead recèle du groove. Elle s’y révèle d’ailleurs particulièrement émouvante, lors des compos imprimées sur un tempo lent… 

Sur le podium ‘Alpha ‘, Oum va bientôt grimper sur les planches. On reste donc en Afrique, mais plutôt dans le Maghreb et plus exactement au Maroc. Révélation 2013 de la musique méditerranéenne, elle allie sensibilité et puissance à travers un cocktail qui agrège tradition arabe (chants sahraouis, rythmes gnaouas, etc.) et influences occidentales (jazz, soul, afrobeat, gospel, etc). Sur son troisième opus, « Soul Of Morocco », elle a décidé de chanter en dialecte marocain, la darija.

Plutôt jolie et chaussée de lunettes fumées, Oum a revêtu des habits locaux de couleur jaune. Elle est soutenue par Damian Nueva à la contrebasse, Yacir Rami à l'Oud, Inor Sotolongu aux percussions et Lonrenz Rainer à la trompette. Et toute cette troupe va nous présenter des extraits de son dernier album « Zarabi » ainsi que de « Soul Of Morocco ». Ce dernier elpee évoque un Maroc pluriel, où le désert côtoie les palmeraies et les plaines verdoyantes. La voix d’Oum oscille entre vocalises perçantes et chœurs légers ; et suivant les morceaux on décèle des nuances berbères, égyptiennes, gnawa ou andalouses. Une superbe découverte et l’un des coups de cœurs des programmateurs de l’Esperanzah.

Cap vers le ‘Jardin’, pour une des sensations de ce festival, Goran Bregovic. Bien que constamment assis sur son siège, afin de se consacrer à la gratte, le comparse d’Emir Kusturica, tout de blanc vêtu, dirige un véritable orchestre. Ils sont douze sur les planches. Dont une majorité de cuivres : contrebasse à vent, bugle, cor de chasse, saxo, clarinette et trompette. A côté du leader, on remarque la présence d’un percussionniste au matos minimaliste qui participe également aux vocaux. Sans oublier le concours de deux choristes vêtus de costumes traditionnels. Essentiellement balkanique, la musique proposée intègre une multitude d’influences qui oscillent du rock à la pop, en passant par le reggae, l’électro, le classique, le liturgique et même le tango… Et en live, le résultat est un véritable tsunami sonore. Lorsque la troupe attaque le célèbre chant révolutionnaire italien, « Bella Ciao », 10 000 personnes entrent alors en ébullition. Le public danse, jumpe et est envahi par une onde de ferveur. Et des morceaux comme « Kalasjnikov », « Duj Duj », célèbre pour son bordel désorganisé, ainsi que la perle « Gas Gas », vont littéralement mettre le feu à la fosse. Comme s’il ne faisait pas encore assez chaud…

La plaine est noire de monde, lorsque Juicy monte sur l’estrade. Et votre serviteur ne veut, pour rien au monde, manquer la prestation du duo réunissant Julie Rens et Sasha Vonck. Non seulement elles sont bourrées de talent, mais également jolies, sympathiques et accessibles. Issues du conservatoire, elles cherchent à remettre au goût du jour le r&b et le hip hop des années 2000, dans un style minimaliste et très électrique. Sasha se réserve la guitare et Julie, la boîte à rythmes. Les deux filles se consacrent également aux synthés, samplers et vocaux. Et on est parti pour 60 minutes de folie. Le set s’ouvre par « Warp », une nouvelle compo. Affublées de longs manteaux rouges et coiffées de chapeaux à franges, les filles parcourent les planches dans tous les sens pendant près d’une minute. Avant, enfin, de poser leurs voix. Elles ôtent vestes et couvre-chefs pour laisser apparaître des salopettes de couleur banche, dont les manches sont rabattues au niveau des hanches. Chaud dedans, chaud dehors. Elles interprètent « For Hands On Ass », a capella. Tout au long de « Mouldy  Beauty », elles ondulent sur place en brassant l’air à l’aide de leurs bras. Avant« Something Is Gone », ma voisine me souffle dans le creux de l’oreille que l’on doit s’accroupir. Avant de sautiller comme les filles. Cover de Diam’s, « La Boulette » déchaîne les passions. Nu soul, « Didn't Knock » fustige un certain Théo Franken. Les noms d’oiseaux volent bas. Et le set de s’achever par deux autres nouvelles chansons, « Bolly Wood » et Da Beat ». Juicy se produira ce 31 août, dans le cadre du Crammerock.

Coup de mou pour votre serviteur. Il est tard, la route du retour est encore longue, et il y a encore un troisième jour de festival, ce dimanche. Dommage pour le concert de Bernard Lavilliers. Ce sera pour une prochaine fois…  

(Organisation : Esperanzah)

Esperanzah 2018 : vendredi 3 août

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L’organisation du festival Esperanzah est impeccable. Si sa programmation privilégie la world et la musique urbaine, elle ne néglige ni les stars, ni les découvertes. Chaque édition défend un thème. Cette année, c’est le déclin de l’empire du mâle. Sois également ‘Sacha’ et attentif au gaillard qui met la main au cul d’une gonzesse, mais également tolérant et respectueux, notamment en matière d’égalité des sexes…
De vastes parkings de délestage sont relayés par des navettes de bus, toutes les 15 minutes ; et ce jusque 3h30 du mat’. Au sein d’un cadre exceptionnel et ombragé, des fontaines d’eau distribuent gratuitement de l’eau. Et par cette canicule, c’est primordial. Trois scènes sont réparties sur le site : la scène ‘Futuro’, située à son pied, est destinée à la musique urbaine et aux découvertes. Sur le site propre, la ‘Jardin’ accueille les stars montantes et confirmées et l’‘Alpha’ est réservée aux talents en devenir. L’empreinte écologique est omniprésente. Le festivalier trie ses déchets. Le prix de la nourriture et des boissons est abordable. Les familles sont les bienvenues. D’ailleurs, des activités pour les gosses, du cirque et de l’art de rue sont prévus sur le site… 

Ce soir, Roméo Elvis est à l’affiche. Il est programmé sur la scène ‘Futuro’. Mais un parcours de 15’ est alors nécessaire pour remonter vers le ‘Jardin’ ou l’‘Alpha’. Et la pente est raide. Une épreuve à éviter vu la canicule. D’autant plus que Jain se produit sur les hauteurs. Et pour assister à sa prestation, dans les meilleures conditions, il fera donc l’impasse sur celle du rappeur…

C’est d’ailleurs au ‘Jardin’ que la troupe strasbourgeoise, Lyre Le Temps, débarque. C’est le cas de le dire, car sa musique traverse toutes les époques, depuis le Charleston des années 30 au hip hop, en passant par le jazz et l’électro. Tout en y injectant une bonne dose de swing. Le line up réunit quatre musicos. Un drummer, un contrebassiste, préposé aux platines et un chanteur/crooner qui se sert également d’un clavier, mais de manière originale. Ce clavier est placé sur le sol, perpendiculairement à l’estrade et en position verticale. Il en joue donc assis, comme un harpiste ; et notamment tout au long du fabuleux « Prohibition Swing », le titre maître du dernier opus de la formation, un disque paru en 2016 ; et cette compo illustre parfaitement le climat au sein duquel baigne la prestation. On imagine les artistes coiffés de borsalinos, armés de mitraillettes, comme s’ils devaient défendre leur cargaison illicite d’alcool. Des images d’Elliot Ness traquant Al Capone, en noir et blanc, me traversent l’esprit. En ‘live’, le quatuor libère une énergie phénoménale et incite le nombreux public à danser, lever les bras en l’air (NDR : pas suite à une arrestation !) et à faire la fête. Et impossible de résister ! Premier coup de cœur de la journée.

Lubiana Kepaou, découverte, il y a à peine une semaine, au Palais 12, en supporting act de Youssou N’ Dour, grimpe la scène ‘Alpha’. La coupe afro, le regard de jade, la démarche féline, cette jeune Belgo-camerounaise a participé au télécrochet ‘The Voice Belgique’. Et bonne nouvelle, elle est soutenue par deux musiciens, en l’occurrence un claviériste/guitariste et un préposé aux machines. Sa musique est le fruit d’un cocktail subtil entre néo soul, jazz et lounge. Chaude, sensuelle et suave, sa voix colle parfaitement au style. Elle se sert d’une kora, un instrument traditionnel d’Afrique de l’Ouest, qui l’inspire et la rapproche de ses racines. Le concert s’ouvre par « Afro Blue », chanson qui ressemble étrangement à la version originale écrite par Mongo Santamaria et reprise par Erykah Badu. Elle nous réserve une adaptation singulière du « Sex Bomb » de Tom Jones. Caractérisé par ses percussions synthétiques, mais vibrantes, « Feeling love » nous entraîne vers les côtes africaines. Les interventions de Lubiana sur les 10 cordes de sa kora sont délicates, mais émoustillent la foule. Ce qui la pousse tout naturellement à se trémousser. Beats électro et synthés dynamisent « King Of My Kingdom ». Mais c’est lorsqu’elle est seule, face au micro et à son instrument, qu’elle se révèle la plus émouvante. Une superbe prestation, mais un peu courte… 

Setlit : « Afro Blue », « Sex Bomb », « Rose », « Feeling Low », «  Break Free », « Sunday Lost », « Come Back », « King Of My Kingdom », « You ».

Non seulement Gaël Faye est auteur-compositeur-interprète, mais également chanteur, rappeur et écrivain. Né en 1982 à Bujumbura, au Burundi, il a publié, en 2016, un premier roman, partiellement autobiographique. Intitulé ‘Petit Pays’, il raconte son histoire d’enfant vécue au Burundi au cours des années 90, pays déchiré par le génocide, avant qu’il n’émigre en France. Au bout de 10 minutes, on a l’impression que Gaël est le petit frère naturel de Stromae. Intelligent, constant et littéraire, son flow coule de source. En outre, l’artiste à une propension à communiquer d’une manière très naturelle avec le public. La plaine est noire de monde. Faye ne reste pas en place. Il harangue l’auditoire et l’incite constamment à lever les mains ou à jumper. Sa setlist est partagée entre plages de son elpee, « Pili Pili Sur Un Croissant Au Beurre », publié en 2013, de son Ep « Rythmes Et Botanique » paru en 2017, et nouvelles compos. Tel un boxeur sur le ring, Gaël est prêt à en découdre avec les dures réalités de la vie. Il nous parle d’exil, de guerre, de déracinement et surtout de métissage… sa seconde peau. Caractérisé par les interventions du piano et de la trompette, « Tôt Le Matin » ouvre le set. Un morceau paradoxalement doux et violent à la fois. Le discours prononcé par « Paris Métèque » est engagé et éclairé. Poétiques mais truffées de calembours, les rimes fusent sur les accords incisifs des ivoires. Gaël divise l’énorme plaine en deux parties pour voir des vagues de bras qui se lèvent. Son « Freestyle Fayaa » met littéralement le feu sur la plaine. La claque de cette première journée d’Esperanzah !

Place ensuite au Barcelona Gipsy Balkan Orchestra, un sextuor sont les musicos sont issus des quatre coins du Vieux Continent. En l’occurrence, Mattia Schirosa (accordéon, Italie), Sandra Sangiao (chant, Espagne), Ivan Kovacevic (contrebasse, Serbie), Stelios Togias (percussions, Grèce), Julien Chanal (guitare, France) et Oleksandr Sora (violon, Ukraine). Ils se sont rencontrés à Barcelone par amour de la musique balkanique. En fait, le combo réinterprète les thèmes traditionnels des Gitans et des Juifs d'Europe de l'Est, en respectant les racines et l'histoire de ces musiques qui ont traversé la Hongrie, Roumanie, Slovénie et Grèce, ainsi que les pays de l’ex-Yougoslavie, tout en préservant leur propre identité. Le Magazine ‘Mondo Sonoro’ considère « Del Ebro al Danubio », troisième LP de la troupe, comme l'un des 10 meilleurs disques de Musiques du Monde...

Sur les planches, la joie de vivre des musicos est communicative. En outre ils sont aussi talentueux qu’interactifs. D’origine catalane, Sandra Sangiao est vêtue d’une longue robe verte parée d’un corset de couleur noire. Probablement un costume traditionnel slave. Mais surtout, elle a une voix bouleversante, à vous glacer les os (NDR : finalement intéressant, vu la température ambiante). Et finalement, il émane de cette riche expression sonore gypsy, une émotion palpable…

Il faut cependant écourter le show, car Jain se produit au ‘Jardin’, et si on veut se dénicher une place à l’ombre, il faut débarquer sur les lieux assez tôt… Présentatrice, la très belle Yvoire de Rosen, Miss météo sur la chaîne BX1, préposée à la présentation de la soirée (NDR : c’était déjà elle qui avait rempli ce rôle lors du bal de Yousou N’ Dour), signale qu’il s’agit d’une date exclusive en festival. C’est d’ailleurs la dernière de sa tournée. Jain a revêtu une salopette de couleur bleu clair, dont le col rouge ressemble à celui d’un officier gradé. Seule, elle est entourée de ses machines et armée de sa gratte semi-acoustique. Outre le light show dont les faisceaux inondent également la fosse, réunissant alors entre 8 et 10 000 âmes, des vidéos sont projetées pendant son spectacle. Elle a la bougeotte. Et entame les hostilités par le sensuel et terriblement dansant « On my way », un titre issu de son futur elpee, « Souldier », puis embraie par « Star », un autre extrait de cet opus. Ce télescopage entre électro et sonorités empruntées aux quatre coins de la planète est l’occasion de relancer la machine à beats, mais surtout à transpiration. Jain signale qu’il pleut souvent dans notre pays. Elle rectifie en disant que c’est faux et qu’il fait ‘chaud’ ! Ce qui ne va pas l’empêcher de faire  grimper la température de quelques degrés en alignant ses hits, et en achevant sa superbe prestation par « Makeba »…

Une journée riche en vitamines D (soleil) et C (énergie).

(Organisation : Esperanzah)

Charlotte

Il est aujourd’hui beaucoup plus difficile de se forger un nom qu’un prénom…

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Déjà 11 années que le superbe parc du château d’Enghien accueille le LaSemo, un festival on ne peut plus iconoclaste puisqu’il mêle musiques, arts et cultures.
A l’affiche, une toute jeune artiste au doux nom de Charlotte, fruit légitime de Muriel Dacq et d’Alec Mansion, y est programmée, cette année…
Nouvelle voix dans le paysage musical belge, elle évoque Lana Del Rey même si elle réfute cette filiation un peu impromptue selon elle.
Elle a débuté dans le monde de la danse aux côtés de sa sœur Betty. Cap ensuite vers Paris pour y suivre les cours ‘Florent’ et enfin terminer sa course artistique effrénée dans la chanson où elle s’y sent plus à l’aise.
La donzelle se produit sur la scène de la Guinguette, un espace farfelu dont le décor est constitué de vieilles caisses en bois, à l’image d’une bibliothèque géante un peu vieillotte.
Peu prolixe, atteinte d’une timidité maladive, mais touchante derrière ses grands yeux bleus azur, elle se dévoile sereinement et calmement aux lecteurs de Musiczine.

Charlotte, tu es la fille de Muriel Dacq et d’Alec Mansion. Tes parents ont vendu près de deux millions de disques à eux deux, au cours des années 80. Deux questions viennent immédiatement à l’esprit. Premièrement, avoir choisi un nom de scène aussi passe-partout n’est-il pas en soi une manière de manifester sa neutralité ? Secundo, comment perçois-tu le fait d’être ‘la fille de’ ?

Je vais répondre aux deux questions en même temps. J’ai volontairement omis mon patronyme parce que l’univers dans lequel je navigue m’est propre. Rien à voir avec celui de mes parents ! Je me suis créé une véritable identité musicale. Et puis, je voulais vraiment que l’on me considère comme ‘Charlotte’ et non pas comme ‘Mansion, la fille de l’autre’. Contrairement à ce que la masse populaire peut penser, il est aujourd’hui beaucoup plus difficile de se forger un nom qu’un prénom. Depuis toute petite, je sais que si je veux me faire une place au soleil, cet objectif viendra davantage du fruit de mon travail que via un piston.

Est-il vrai que tes parents t’ont toujours déconseillée de te lancer dans un milieu où on ne se fait pas de cadeaux ?

C’est exact ! Je dois t’avouer qu’adolescente, le monde du show-business m’angoissait terriblement. Je n’avais pas du tout envie d’y mettre les pieds. Je n’y percevais que de l’hypocrisie. Aujourd’hui, je conçois les choses différemment. Cet univers me semble beaucoup plus supportable. 

Généralement, les parents poussent pourtant leur rejeton à poursuivre leurs rêves non ?

En ce qui me concerne, je ne me pose pas trop de questions. Les événements évoluent naturellement. C’est le destin ! J’ai passé du temps à faire mûrir mon projet. Je suis assez fière du résultat. Je pense que c’est mieux ainsi au final…

On te sent très proche de Lana Del Rey, tant à travers l'esthétique, les vidéos que dans les styles vestimentaires et musicaux. Que t’inspire cette artiste ?

C’est totalement involontaire de ma part ! Je dois t’avouer que je ne suis pas énormément son parcours. Je ne l’ai découverte que récemment en concert. La photo qui a été utilisée pour la promotion ressemble fort à sa pochette, c’est vrai. C’est tout à fait involontaire. Mais, être comparée à cette artiste me procure énormément de plaisir, évidemment (rires).

La chorégraphie « Pars » a été imaginée par ta soeur (Betty Mansion). Est-ce un atout de bosser en compagnie de ses proches ?

Travailler en compagnie de tes proches appartient à la philosophie d’une génération nouvelle. Je suis très heureuse d’avoir pu collaborer avec ma sœur parce que nous avons fait de la danse ensemble durant des années. Elle était tellement convaincante dans ce secteur que j’ai préféré m’éclipser afin de me concentrer sur d’autres créneaux. Elle a assuré la chorégraphie du clip.

La concentration et la substance semblent importantes pour toi. On te sent très perfectionniste dans l’âme. Dans ce métier, certaines personnes abordent leur rôle avec beaucoup de légèreté, sans que cette perspective ne puisse pourtant poser problème. N’as-tu pas l’impression de t’emprisonner dans un personnage qui n’est peut être pas le tien ?

Il est extrêmement difficile de se démarquer de nos jours. J’ai préféré choisir une ligne de conduite plutôt classique. Mais, je souhaite développer mon image à l’avenir. Je n’ai pas l’intention de rester toute ma vie vêtue d’une robe blanche !

Les textes sont écrits en français et traitent d'amour passionné et envoûtant. Tu es une toute jeune femme qui déborde d’idéaux. Les séparations et les divorces n’ont jamais eu aussi la cote aujourd’hui. N’y vois-tu pas là dedans un certain paradoxe ?

Ce dont je parle justement dans mes textes, ce sont les moment très difficiles que j’ai vus ou moi-même vécus. C’est en quelque sorte une thérapie. Analyser le passé pour mieux l’affronter. J’espère aussi que d’autres personnes trouveront à travers mes chansons une caisse de résonance afin qu’elles se sentent moins seules et puissent poser un regard extérieur sur ce qu’elles vivent pour mieux les vivre.

Tu as collaboré avec Alex Germys. Il a un talent indéniable, un physique attrayant et un cerveau bien rempli ; bref, il a tout pour plaire. Peux-tu m’en dire davantage sur cette rencontre ?

Alex Germys est mon manager ! Il joue aussi un peu le rôle de directeur artistique sur le projet. Je ne le connaissais pas, à la base. Je suis très heureuse de travailler avec lui. Il m’apporte énormément. J’espère que notre coopération va durer (rires).

Certains admettent que la mouvance electro/pop – dream/pop dresse un pont entre les musiques du passé et une véritable modernité. Imagines-tu qu’elle puisse être perçue, comme le fossoyeur du rock’n’roll ?

Je ne sais pas quoi répondre… Je pense que nous sommes dans une période où il y a un vivier de nouveaux artistes et a fortiori un contenu intéressant. A l’époque, je voyais par exemple mon père fort tracassé lorsque les téléchargements illégaux ont commencé à pulluler sur le net. Aujourd’hui, c’est un peu plus contrôlé. Les plates-formes de streaming comme Spotify offrent un avantage double. L’utilisateur y trouve un catalogue presque infini et l’artiste est rétribué, ce qui le rend moins anxiogène.

Tu es d’origine namuroise. Les étrangers parviennent difficilement à comprendre ce qu’est la belgitude. Pourtant certains artistes s’y sont relativement décomplexés. Je pense notamment à The Experimental Tropic Blues Band, lorsqu’il a imaginé sont concept/concert ‘The Belgians’. Tes chansons respectent une forme plus traditionnelle. Elles sont donc plus exportables en quelque sorte…

Je fais ce que j’ai envie de faire ! Jamais, je n’ai réfléchi une seule seconde à l’aspect purement marketing. Le mois dernier, j’ai participé aux Francos de Montréal. Le public scandait mon nom durant la prestation alors qu’il ne me connaissait pas. La musique peut constituer un prisme génial, même à des kilomètres à la ronde. Je ne suis pas formatée. C’est en concert que je me rend compte si mes chansons impactent ou pas...

Interview réalisée le samedi 7 juillet 2018, dans le cadre du festival LaSemo.

 

Les Nuits Secrètes 2018 : dimanche 29 juillet

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Dernier jour de festival à couvrir sur le site d’Aulnoy-Aymeries. Le soleil s’est taillé une place de choix. Certains se badigeonnent de crème afin de lutter contre les effets dévastateurs de ses rayons. D’autres, par contre, plus téméraires, implorent le Dieu de la pluie avec force et véhémence. Mais rien n’y fait !
L’affiche du jour est un peu moins intéressante que la veille. Les organisateurs visent une population plus jeune pour la clôture. Un line-up davantage dans l’air du temps, si vous préférez… Pas évident pour de vieux bourlingueurs comme nous. Mais il faut jouer le jeu jusqu’au bout…

Votre serviteur débarque tardivement sur le site. Il est pratiquement 19 heures. Juste le temps de prendre le pouls de Thérapie Taxi, groupe français dont le style musical pluriel rencontre, notamment, la pop, le rock et le rap.

Véritable phénomène auprès des post-adolescents, la troupe parisienne s’est fait connaître auprès du grand public en bénéficiant de la collaboration du rappeur belge Roméo Elvis, pour « Hit Sale ». Vu son panel d’influences, il séduit forcément quelques milliers de personnes présentes.

Dynamiques, les comparses débordent d’énergie et donnent de leur personne afin de faire de cette prestation ce qui restera l’une des meilleures du week-end !

Les festivaliers semblent surexcités. Faut dire que les textes rageurs et racoleurs du band ont de quoi titiller l’attention (la tension) du people…

Musicalement aussi, ça décoiffe. Impossible de rester statique ! Les guibolles flageolent, les genoux frétillent d’impatience et les phalanges de pieds exécutent des soubresauts continus. 

« Cri des loups » provoque l’hystérie totale ! Une horde de spectateurs s’empresse d’appliquer le principe du crowd surf, action qui consiste à se laisser porter à bras tendus ; ce qui donne l'impression de naviguer au-dessus de la foule. Le spectacle est édifiant !

A l’horizon, des corps étendus, comme morts, transitent d’une personne à l’autre. Dans une indifférence la plus complète. Des hommes, des femmes, des jeunes et moins jeunes. Des déguisés aussi, comme cet ersatz de Spiderman au costume rouge moulant laissant apparaître des attributs masculins. De quoi complexer ses congénères… Ou encore une baudruche verte géante, cousine de Wally Gator, alligator de dessin animé qui a sévi dans les années 80’ et incarné un humain tentant sans cesse de s'échapper du zoo au grand malheur du gardien des lieux, M. Tourniquet.

Raph, Adé et Renaud, invitent une jeune femme à pousser la chansonnette sur un titre. Elle s’en tire tant bien que mal juste en remuant le popotin sur un rythme endiablé.

Le trio décalé et provocateur, quitte l’estrade par un passage obligé sur… « Salope » au cours duquel chacun scande comme il le peut sa propre vision du couple.

Après tout, ‘Va t’faire enculer va bien t’faire enculer salope’ peut bien être considéré comme une belle déclaration pour sa dulcinée. Si si !

Il ressortira peut-être de la bouche d’Angèle des mots plus doux. Direction donc l’Eden.

Angèle Van Laeken est ce que l’on appelle ‘une enfant de la balle’. Fruit du chanteur Marka et de la comédienne Laurence Bibot, elle n’est autre que la frangine du rappeur belge Roméo Elvis.

Sa ‘Loi de Murphy’, brûlot auto dérisoire coécrit par Veence Hanao et Matthew Irons, l’a véritablement propulsée sur le devant de la scène en comptabilisant pas moins de 5 millions de vues sur YouTube. Faut dire que se mettre en scène avec humour tout simplement pour raconter une journée de merde, fallait oser tout de même…

Révélation de la scène francophone en 2017, c'est aussi l'artiste qui monte et qu'on entend vraiment partout. C’est donc assoiffé de curiosité que votre serviteur s’efforce de prêter une oreille attentive à cette Bruxelloise de cœur et de sang.

Flanquée d’un accoutrement très flashy, elle entame un tour de chant, véritable condensé de pop entraînante et lancinante.

Savant mélange d’insolence, de magie et de magnificence, son grain de voix très particulier collerait parfaitement à l’univers du jazz…

Elle ensorcelle, ses yeux pétillent de bonheur. Le public s’abreuve de ses paroles qu’il semble connaître sur le bout des doigts.

Sans doute aussi qu’il s’y reconnaît à travers les textes. Les chansons sont dictées dans la langue de Voltaire. Elle y évoque le quotidien, parfois pourri, parfois tout doux, pour le raconter en chansons. L’interactivité entre Angèle et l’auditoire est totale. On peut vraiment parler ici de cohésion sociale.

Pendant « Je veux tes yeux », la fosse est invitée à réaliser des exercices de fitness. C’est un rituel, paraît-il ! Une large frange du public s’exécute.

Le temps de s’accorder une petite heure de repos aux stands appropriés, la parenthèse belge du moment s’ouvre en compagnie de BRNS. Prononcez Brains s’il vous plaît !

Cet espoir de la nouvelle génération noir-jaune-rouge avait marqué les conduits auditifs, lors de la sortie de l’excellentissime « Mexico », en 2012, une plage issue d’un premier Ep intitulé « Wounded ».

Le groupe a acquis une notoriété certaine hors frontière. Ce qui explique pourquoi le site est bien rempli.

C’est après un nouvel an arrosé qu’Antoine Meersseman (basse/chœur) et Tim Philippe (batterie/chant) décident de créer un projet commun. Diego Leyder (guitariste) et César Laloux (multi-instrumentiste) les rejoignent peu de temps après.

Ce dernier quittera la formation tout récemment pour former un projet lorgnant vers l’électro-pop (Mortalcombat) avec celle qui partage sa vie à la ville. Lucie Marsaud assurera la place laissée vacante.

Au fait, pourquoi ‘BRNS’ ? Passionnés de cinéma, les lascars se sont tout simplement inspirés du titre d’un film. Ni plus, ni moins !

Particularité, le drummer se charge aussi des vocalises. Normal donc que son instrument soit mis en avant sur les planches. Son jeu est tentaculaire !

Ce qui surprend le plus chez ce gars, c’est ce côté autiste. Hors du temps, hors de tout, il s’amuse tel un gamin déballant le jouet que le Père Noël vient de lui apporter. Il est vraiment dans son truc !

La musique de cette jeune formation est difficile à cataloguer ; hybride à souhait, elle est le résultat d’un cocktail complexe entre rythmiques non conventionnelles et sonorités quasi-pop, parfois un peu rock, mélodieuses également ou alors rocailleuses.

Le set regorge d’idées ingénieuses alternant hymnes complexes, évolutifs et jouissifs, mais facilement identifiables. Riffs de guitares et beats syncopés tourbillonnent, sans jamais s’y perdre, autour de la voix particulière de Tim.

Le band semble libre comme l’air, sans jamais anesthésier l’arène. Nos congénères d’outre-Rhin semblent conquis…

Au terme d’un gig qui a tenu toutes ses promesses, BRNS tire sa révérence avant de regagner les coulisses.

Il est 22 heures 30’. Shaka Ponk est prête à se livrer sur la grande scène. Malheureusement, des obligations professionnelles matinales m’empêcheront de poursuivre ces Nuits un peu plus longtemps… 

Ce sera très certainement pour une prochaine fois !

(Organisation : Les Nuits Secrètes)

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Les Nuits Secrètes 2018 : samedi 28 juillet

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Les concerts se suivent, mais ne se ressemblent pas. Après avoir batifolé joyeusement dans le cadre champêtre du Tournaisis, la veille, votre serviteur met le cap sur la petite ville post-industrielle d'Aulnoye-Aymeries (NDR : c’est dans le nord de la France), sise à 18 km de Maubeuge et nichée au creux du bassin de la Sambre.
Le seul point commun entre ces deux endroits est la température. Si hier, il faisait chaud, aujourd’hui, c’est pire encore ! Cette période de festivals est décidemment bien estivale…
Les ‘Nuits Secrètes’ constituent le fleuron de cette bourgade de quelques centaines d’habitants. Ici, on se situe dans l’entre-deux. Pas vraiment une organisation amateur, mais pas non plus la grosse artillerie, à l’instar d’un Dour ou d’un Werchter.
Il y a peu de temps encore, la plupart des ‘live’ étaient gratuits. Aujourd’hui, il faut désormais mettre la main au portefeuille, si on veut se faire plaisir. Faut dire que les cachets des artistes et les coûts inhérents à la sécurité ont fait grimper les budgets relatifs à l’organisation.
Pas de grands changements pour cette 17ème édition. Une grande scène en plein air à bâbord et un espace couvert à tribord. Baptisé l’‘Eden’, il s’agit d’une infrastructure métallique initialement conçue pour accueillir le pôle régional des musiques actuelles. Pas vraiment le paradis, mais de quoi parader…
Les parcours dits secrets sont eux aussi tronqués. Ces escapades permettaient aux visiteurs de découvrir un artiste ou un groupe mystérieux dans un lieu qui l’était tout autant… Dorénavant, de grandes affiches placardées aux quatre coins du site annoncent clairement celui ou celle qui accepte de se produire pour le plus grand plaisir des aficionados. Une aubaine pour les uns, mais une initiative un peu conventionnelle pour les autres. L’effet de surprise est tout simplement renvoyé aux oubliettes. Dommage !
Par contre, caractérisée par sa piste de danse, la Bonaventure a été maintenue. De quoi remuer les popotins des fêtards noctambules. Cependant, c’est le seul endroit que votre serviteur évitera de visiter, ses vieux os lui rappelant gentiment que l’arthrite frappe dès l’âge mûr…
Les petites ruelles regorgent de gens, sacs à dos en bandoulières et marcassins aux pieds. Il y a un monde fou. L’accès entre les scènes tient parfois du parcours de combattants. Cette édition risque de devenir un vrai succès !

Passé les étapes des contrôles et accréditations, on entend au loin, Trisomie 21.

Les frères Lomprez ont investi l’Eden, l’un au chant et l’autre à la basse. Ils sont accompagnés d’un troisième larron qui se charge des cordes électriques.

Le groupe s’est formé en 1978. Une belle longévité à une époque où tout devient éphémère. Enfin, si on tient compte de deux pauses dans son parcours. Dont la première va durer de 1997 à 2004. Mais lors d’un concert accordé le 14 novembre 2009, au Glazart, dans le cadre de la promotion de l’elpee, « Black Label », il annonce, à la surprise générale, l’arrêt définitif de son aventure... avant de revenir à la surface, en 2017…

Une longue réflexion de huit années durant lesquelles aucun n’a entamé de projet individuel. L’amour de la musique reprendra cependant le dessus pour donner naissance à « Elegance Never Dies », dans un style plus rock. Une gestation longue et douloureuse !

Faut dire que les frangins ont toujours fonctionné à contre-pied ou si vous préférez en  décalage total avec les tendances de leur époque.

Il est assez étonnant de constater que le public est constitué d’une pyramide des âges très diversifiée. Les papys se souviennent tandis que les plus jeunes découvrent une cold wave froide, rigide et synthétique. Si la musique n’adoucit pas toujours les mœurs, force est de constater qu’elle possède une universalité salutaire…

Rythmiquement saccadées, les compos de T21 vieillissent mal. Comme un vieux vinyle grésillant et poussiéreux posé sur un tourne-disque dont le diamant aurait déjà bien trop parcouru de sillons...

Sombres et industrielles, les compos reflètent à elles seules une certaine misère sociale et intellectuelle du Nord de la France, d’où sont originaires les gaillards. Sous-jacente aussi. Toujours cette culture anarchique qui coule dans leurs veines. Quel(s) combat(s) peuvent-ils donc mener ?

Scéniquement, on ne peut dire non plus que les Lomprez débordent d’une énergie trépidante. Peut-être que l’essence même des sonorités rend cette éventualité caduque.

Nul doute que la formation est davantage taillée pour le studio que pour le live.

La communication avec le parterre est là aussi quasi-inexistante. Faut dire que se livrer entièrement chaque soir pour un public alors qu’on n’en ressent pas nécessairement l’envie s’apparente parfois à de la prostitution…

Les aficionados de la première heure s’y retrouveront malgré tout. Suffit de voir leurs yeux écarquillés à l’écoute de titres phares tels que « La Fête triste » ou encore « The last song ».

Alors, Trisomie21, has been ?

Changement de cap en compagnie d’Eddy de Pretto.

Il est à lui seul, une savante recette finement intelligente de textes poignants et de mots choisis judicieusement sur fond de mélodies accrocheuses.

Normal, lorsqu’on sait que sa mère lui a ouvert la brèche en l’invitant à écouter Brel, Brassens ou encore Barbara.

Il décroche d’ailleurs une nomination méritée aux Victoires de la musique 2018 dans la catégorie ‘révélation scène’.

Vêtu tout simplement d’un short et d’un t-shirt, il s’avance, casquette vissée sur la tête et entame les premières notes de « Jimmy ».

Il ne lâchera pas son smartphone des mains, dont il semble s’accrocher comme un mourant à la vie. Sur la gauche du podium, un batteur solitaire appuie chacune des strophes.

Complètement imprégnée, l’assemblée boit immédiatement ses paroles comme le ferait un Marseillais à qui on aurait servi un pastis !

Plutôt élitiste comme pourrait l’être Saez, les chansons de l’artiste n’étaient pas nécessairement destinées à tomber dans l’escarcelle populaire.

Tout simplement parce que les sujets sont durs, cruels et brutaux.

« Mamere », éloquent sur le sujet, lui permet de régler ses comptes avec celle qui semble ne pas lui avoir donné le sein, ‘si seulement j’avais bu ton lait, ma mère, ma mère’ reprend-t-il étrangement.

Si Oscar Wilde a déclaré un jour : ‘Quand on est petit, on commence par aimer ses parents. Quand on grandit, on les juge. Parfois on leur pardonne’, on ne peut que penser à « Allo maman bobo » de Souchon, une autre thématique sur le questionnement par rapport à ses parents…

Dans la même veine, « Kid », évoque la virilité abusive et l’homosexualité refoulée par l’induction sociale. Le public connaît par cœur et scande remarquablement le refrain.

Au fond, un artiste ne devient t-il pas, par la force des choses, le porte-parole d’une cause ?

Les titres s’écoutent naturellement. Etrangement, on a l’impression qu’il est présent dans la sphère musicale depuis un moment et qu’il y restera longtemps encore… Il y cette notion d’intemporalité. Une impression trop peu partagée chez d’autres artistes émergents ou confirmés.

Enfin, sa « Fête de Trop », dans laquelle il évoque muqueuses, amants de passage, mecs chopés ou encore rails de coke enfilés, lui ravivera quelques souvenirs (bons ou mauvais ?) et clôture un formidable moment passé en sa compagnie…

La curiosité pousse votre serviteur à pousser une pointe vers l’Eden où se produit Jessica93.

Son nom évoque une gonzesse dont le tour de poitrine doit être proche du 90 !

Pas du tout. Si la longue chevelure bouclée constitue un signe distinctif féminin, la barbe touffue confirme combien la testostérone peut exercer des effets dévastateurs.

Agrégeant rock shoegaze, coldwave et stoner psychédélique, l’homme-femme s’amuse à triturer sa gratte à son paroxysme pour en extraire un jus décontenançant à l’aide d’effets parfois surprenants…

Si les dix premières minutes sont amusantes, l’ennui s’installe très vite…

La rareté des food truck provoque des files d’attente interminables. Mais le ventre crie famine. Rien à faire, il va falloir s’armer de patience…
L’attente sera longue de deux heures. Oui, vous avez bien lu ! Deux heures de palabres, de bousculades et d’insultes pour enfin ingurgiter de la nourriture dont les chiens ne voudraient peut-être pas…

Ce qui laisse du temps pour se faire une petite idée sur la prestation de Alt-J.

Si cette fonction rappelle le raccourci informatique sur les claviers Apple, Alt-J est aussi une formation de rock indépendante, originaire de Leeds, en Angleterre…

Initialement quatuor, le groupe est passé à un trio, suite au départ de Gwil Sainsbury. Reste alors du line up originel, Joe Newman (guitare/voix), Gus Unger-Hamilton (claviers/voix) et Thom Green (batterie/samples).

Refusant de s’enfermer dans un genre unique, le premier album, « An Awesome Wave », naviguait entre rock indépendant, électro, pop, folk et même parfois hip hop.

« This is All Yours », le deuxième du nom, plus intimiste, explorait un autre aspect de la musique électro, davantage élitiste et expérimental.

Deux ans plus tard, « Relaxer » mise plutôt sur les arrangements vocaux ; ce qui lui permet d’explorer un horizon sonore plus large…

L’équipe est plantée devant un écran géant qui balance des lumières blanches plutôt vives. Elles seront plus ou moins prononcées au gré des compositions.

Dès les premières notes, une constatation s’impose : le son est audacieux et sophistiqué, marie parfois subtilement un indie rock sulfureux et brutal à une électro aérienne. La voix de Joe Newman affiche une amplitude folle.

Les titres inspirent autant qu’ils rassurent. La foule est compacte et écoute, souvent passivement d’ailleurs, ce qui est en train de se dérouler sous ses yeux, les portugaises grandes ouvertes...

Faut dire que même si les Anglais ont fêté leur dixième anniversaire l’année dernière, leur popularité n’a pas encore gagné suffisamment nos contrées.

Normal dès lors que ceux qui cherchent le tube repartiront bredouille…

Dommage que votre serviteur n’ait pu savourer correctement ce breuvage musical afin de parfaire sa culture générale…

La nuit est tombée depuis longtemps, certains festivaliers écrasés par la chaleur se sont couchés sur le bitume. D’autres encore présentent une écume blanchâtre sur le coin des lèvres ; à coup sûr, il ne s’agit pas de salive…
Une nouvelle histoire de raccourci clavier vient de s’écrire en somme ou… en pomme, c’est selon !

(Organisation : Les Nuits Secrètes)

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Youssou N’Dour

Un show authentique, généreux, coloré et particulièrement exaltant.

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Ce soir, il fait très chaud. Très chaud même ! La canicule sévit chez nous depuis plus d’un mois. Non seulement il est de plus en plus difficile de respirer sous ce soleil de plomb, mais alors, imaginez, si en lieu et place, on s’enferme dans une salle de concert. Au Palais 12, très exactement. Il est en configuration club, et peut donc accueillir 3 000 personnes. Et bonne surprise, quand on y rentre, on se sent beaucoup mieux. L’endroit est climatisé ! Et face à la scène, un carré d’or a été délimité. Une barrière le sépare même du reste de la fosse. Et votre serviteur a la chance de faire partie de ces privilégiés situés aux avant-postes… La foule a attiré de nombreux Africains. Issus de l’Afrique de l’Ouest, du Congo, mais surtout du Sénégal. La diaspora de cette population est d’ailleurs bien représentée. Même si de nombreux autochtones se sont déplacés…

Le supporting act est assuré par trois artistes africains. C’est Youssou N’Dour qui les a choisis. Mais le casting est serré, car Sister Yaki, Cécile Djunga et Lubiana Kepaou ne disposent que de 10 à 20 minutes pour s’exprimer. Et c’est la très belle Yvoire de Rosen, Miss météo sur la chaîne BX1, qui est préposée à la présentation de la soirée.

Sister Yaki ouvre les hostilités. Elle a du bagout. Sénégalaise, elle s’est établie en Belgique, depuis quelques années. C’est une véritable star, dans son pays ! Cette excellente showwoman a milité au sein du groupe de rap, Tim Timol de Pikine, en compagnie d’Alioune Guissé. Sa voix est captivante. Elle annonce la chanson de l’été, « Femme Chic », un morceau dont les lyrics traitent de coquetterie de la femme sénégalaise, tant recherchée par les hommes, dans ce pays. Sculpté dans une forme de rap hardcore, plutôt original, « Jongue Rek » aborde le thème de l’amour (‘Jongue’). Sister Yaki se penche sur des sujets contemporains, auxquels la jeunesse est confrontée. Elle encourage les jeunes à se mettre au travail, à accomplir des efforts et à faire preuve de créativité pour relever les défis. Comme quoi, « La vie fleurit par le travail »…

Place ensuite à Cécile Djunga, Miss Météo sur la RTBF ! Décidément, on ne parle que du temps, pour l’instant. Elle a suivi le célèbre Cours Florent. Elle déboule désarticulée, sur une bande son qui diffuse le « Single Ladies » de Beyoncé. C’est une humoriste ! Mais son humour est noir, sanglant même… Elle nous réserve quelques extraits de son spectacle, « Presque Célèbre ». Hilarant ! Et bien sûr aborde le sujet de la météo. Mais revient également sur son origine, ses humeurs, ses parents, son parcours… Elle vise un de mes voisins, Baudouin. Et demande aux hommes de se frotter les côtes. Elle s’exclame en s’adressant à un mec, ‘Toi c’est tout nu sur les baffles, devant moi !’ Pas froid aux yeux, la donzelle… Elle entame une tournée dès cet automne…

Belgo-camerounaise, Lubiana Kepaou s’est également établie dans la capitale de l’Europe. Elle a participé au télécrochet ‘The Voice Belgique’. Elle se sert d’un instrument de musique à cordes, issu d'Afrique de l'Ouest, baptisé kora, qu’elle pose sur un trépied. Une sorte de harpe-luth mandingue à 10 cordes, utilisé au Sénégal, au Mali, en Mauritanie, Gambie et Guinée. Elle chante, tout en ondulant le corps, dans la langue de Shakespeare, d’une voix soul légèrement jazzyfiante, mais qui ne manque pas de groove. Elle va nous proposer quatre compositions, dont le single « Feeling Low », en s’aidant de cet instrument, et en final, « King Of My Kingdom », en se consacrant au synthétiseur.

Youssou N’Dour est une star planétaire. Il compte plus de 35 albums à son actif, dont le dernier, « Suni Valeurs », est paru en 2017… En 30 années de carrière musicale, ses collaborations musicales sont innombrables. Certaines sont même prestigieuses (NDR : Peter Gabriel, Tracy Chapman, Sting, Neneh Cherry, Axelle Red, etc.) Patron d’un organe de presse, il s’est aussi investi au sein de différentes associations humanitaires. Mais également en politique. Ainsi, il a été brièvement Ministre de la Culture et du Tourisme avant d’être nommé ministre/conseiller du président Macky Sall. Mais rentrons dans le vif du sujet…

Youssou pratique ce qu’on appelle, le mbalax, c’est-à-dire la musique la plus populaire du Sénégal, un style propice à la danse (le ventilateur), alimenté généreusement par les percussions. Sur les planches, il est soutenu par neuf musiciens, dont deux guitaristes, un bassiste, deux claviéristes, un drummer, deux percussionnistes et un saxophoniste, ainsi que deux choristes et trois danseurs/acrobates. Lorsque toute l’équipe est en place, un des percussionnistes (NDR : excellents, par ailleurs) annonce l’arrivée de Mr le Conseiller du Président du Sénégal. Youssou est revêtu d’un costume bleu. Il nous souhaite la bienvenue et nous incite immédiatement à danser. Pas de setlist en vue. Les morceaux sont chantés tour à tour en anglais, français ou wolof. L’artiste a baptisé son spectacle, ‘le grand bal’, un show qu’il a initié au Sénégal, en compagnie de son band, le Super Etoile de Dakar.

Humble mais particulièrement interactif, il se poste régulièrement en retrait pour laisser ses musicos improviser. Des moments au cours desquels il en profite pour s’éponger la tête. Lorsque le tempo s’accélère, il (quand ce n’est pas son chauffeur de salle) s’adresse à la foule pour lui demander si elle n’est pas fatiguée. Son hit planétaire, « 7 Seconds », va se prolonger au-delà des 15 minutes. Les acrobates bondissent au-dessus d’un des djembefolas. Colorée et sympathique, la foule danse et communique cet élan à l’ensemble de l’auditoire.

Et cette fête africaine va se prolonger au-delà de deux heures. Un laps de temps au cours duquel on oublie tout : la fatigue de la route, les tracas de la vie, la chaleur étouffante.

Un show authentique, généreux, coloré et particulièrement exaltant. 

(Organisation : Phrenos et Dakar Company).

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