Light Asylum lève le voile sur un nouvel album

Peu de groupes peuvent se targuer d'avoir le statut de 'groupe culte', mais c'est clairement le cas pour Light Asylum. Emmené par la voix énigmatique de Sharon Funchess, le projet basé à Portland, dans l'Oregon, a secoué le petit monde de la musique…

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The Cure
Viagra Boys

The Mojo Stars

Under the influence

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Issu de Vancouver, The Mojo Stars pratique une musique qui mêle blues, rock et soul. Un tandem fondé en 2006, par le chanteur Randy Clarke et le guitariste Mark Rankin. Il avait publié un premier elpee, "Devil's Advocate", en 2011. "Under the influence" constitue son second. Un disque dont les onze plages sont signées par le duo. Les sessions studio se sont déroulées au sein de leur ville natale, et les prises ‘live’ ont été immortalisées au Columbia Theatre de New Westminster!

Le titre maître ouvre l’opus. C’est également le meilleur de la plaque. La voix de Randy domine le sujet et rappelle, quelque part, celle du leader de Steppenwolf (NDR : un compatriote !), John Kay. Les accords rythmiques sont soulignés par l'orgue Hammond et les cordes se libèrent progressivement et lentement dans un climat cool. Les percussions et le piano de Steve Soucy impriment un tempo enlevé au blues "Why can't I be true". "Stay a little loner" est un roots/rock de bonne facture, fort bien orchestré, tout comme "Love, what have you done?", une piste caractérisée par d’excellentes sorties de guitare, de saxophone et d’orgue. Ivoires et saxophone entrent en effervescence tout au long de la finale "You don't know me and I wish you would", un boogie rock'n'roll.

Parmi les six plages enregistrées en public, on épinglera "Why didn't you know", une belle ballade caractérisée par les superbes envols de cordes opérés par Rankin et les interventions du saxophone de Tom Gould. Deux solistes qui illuminent encore le blues rocker "I ain't feeling as good as I look". Et ce sax traverse le soul lent "No use in crying", un morceau qui ne manque pas de charme…

 

Davide Pannozzo

Unconditional Love

Écrit par

Cet artiste italien a étudié, dès son plus jeune âge, la guitare classique, au Conservatoire de Rome. Bien que toujours focalisé sur les cordes acoustiques, il s’intéresse progressivement au rock et au blues, puis commence à se perfectionner sur la gratte électrique, en s’inspirant d’instrumentistes majeurs comme Jimi Hendrix, Jeff Beck ou Eric Clapton. En 2006, il grave "Soul and notes", un opus concocté en compagnie de son backing group de l’époque, l’Almost Blues Band. En 2010, il tente la formule trio pour réaliser "Three cool cats". Deux ans plus tard, il s’associe à Loud Stuff pour enregistrer "Born electric", un disque pour lequel le duo reçoit la collaboration de Robben Ford. Enfin en 2014, il commet "A portrait of Jimi Hendrix", en hommage au célèbre natif de Seattle.

C’est après avoir transmis une démo à Steve Jordan (ce célèbre producteur new-yorkais a notamment bossé pour Bob Dylan, BB King, Buddy Guy Robert Cray et les Blues Brothers) que l’artiste va prendre une toute autre dimension. Ce dernier l’invite à venir enregistrer cet essai, sous la houlette d’un autre confrère notoire, Will Lee. La prise de son s’est déroulée à Brooklyn et New York. Steve et Will sont également de redoutables musiciens. Le premier se réserve les baguettes, le second se consacre à la basse.

Imprimé sur un mid tempo, "Six wires" sert d’échauffement. La voix de Davide n'est pas puissante, mais elle se révèle très harmonieuse. Cool, mais techniquement irréprochables, les accords de gratte occupent bien l'espace sonore. Tapissée par l’orgue Hammond de Ricky Peterson, "Living loving & giving" est une pop song mélodieuse qui véhicule des accents reggae. Un sens mélodique aussi soigné alimente également "Bring me to the light", une plage roots caractérisée par la douceur du chant et une superbe sortie sur les cordes, exécutée dans la tonalité de Mark Knopfler. "Changing illusions" semble sorti tout droit du lit du Mississippi. Le son est pourri, l’ambiance, maussade. Will Lee trace le fil rouge à l’aide de sa basse. L’excellent solo de Davide déborde de feeling. Le "Wah wah", de George Harrison (NDR : un titre qui figurait sur triple album "All things must pass", paru en 1970) constitue la seule reprise du long playing. Sophistiquée et aventureuse, elle baigne au sein d’un climat indien. Instrumentales, les trois dernières plages trempent dans le jazz/rock fusion. Et le résultat est vraiment réussi. Davide Pannozzo est un fameux guitariste !

 

Lloyd Spiegel

This time tomorrow

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Australien, ce chanteur/guitariste pratique un blues traditionnel. Il a chopé le virus du blues, en écoutant Sonny Terry et Brownie McGee, un duo de… country/blues. Ce dernier l’invite chez lui à New York. Il n'a que 15 ans quand il publie son premier elpee, "Stopping all stations", un disque qu’il enregistre en compagnie de son groupe, Midnight Special, en 1997. Depuis, il en a sorti huit autres. Son dernier studio "Tangled Brew", remonte à 2010 ! Il signe les dix plages de cet LP et les interprète, soutenu par le drummer Tim Burnham et le percussionniste, Arunachala.

"Devil on my shoulder" est une ouverture classieuse. La voix de Lloyd est taillée pour le blues. Face aux percussions pénétrantes, il accorde un superbe envol sur ses cordes amplifiées, tout en les enrichissant d’acoustiques, par les vertus du re-recording. "All the cats are grey" baigne dans un climat latino, digne de Carlos Santana. Les cordes s'y emballent avec bonheur. Délicieuses, celles de la gratte colorent "This time tomorrow" avant de céder le relais à celles de la mandoline, dispensées par Doc White. "Kansas City Katy" respecte l'esprit de cette grande cité du blues. Très rythmé, "Lost like me" se distingue par un déchaînement sur la guitare rythmique amplifiée. Une gratte aux accents manouche nous embarque vers la Nouvelle Orléans sur "Cure my soul". Son chant est talonné par le trombone alerte de Lisa Sutton. Cette voix rappelle celle d’un Tony Joe White, à ses débuts, sur "Trigger" un blues cool, alors que Marty Spiegel (un frère?) en profite pour s'éclater sur sa guitare. Le long plying s’achève par le blues flemmard et décontracté, "Call you when I get there"…

 

Jack Tempchin

Peaceful easy feeling

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Chanteur auteur et compositeur, ce Californien a cosigné, dans le passé, certaines chansons des Eagles, et plus particulièrement en compagnie de Glenn Frey, malheureusement décédé depuis, en janvier 2016. Sous-titré "Peaceful easy feeling", "The songs of Jack Tempchin" a été enregistré au sein des studios de Joel Piper. Ce dernier s’est également lancé dans une carrière en solitaire, après avoir milité comme chanteur et batteur chez la formation de metalcore, Confide. Lors des sessions il s’est également investi comme musicien, mais se charge également de la mise en forme.

La plupart des morceaux de cet opus baignent dans l’univers des Eagles. Il s’agit donc de nouvelles versions de titres auxquels ont collaboré, à l’écriture, Jack ou/et Glen Frey. Le titre maître était un single de cette formation, gravé en 1972. Tempchin se consacre au micro pour cet excellent country/rock, qui se distingue par les sonorités harmonieuses de la guitare. Le band avait décroché un hit, en 1974, grâce à "Already gone". Tout au long de cette excellente plage, Jack est épaulé par Chris Hillman (ex-Byrds, Flying Burrito Brothers, Desert Rose Band), à la mandoline et la basse ainsi que Herb Pedersen (ex-Desert Rose Band), au dobro. Le sommet de cet LP ! Les deux collaborateurs sont toujours au poste lors de la finale, "It's our world now". Signé Frey, cette ballade roots figurait sur le "Long road out of Eden" du combo, en 2007. Chris y brille à la mandoline. Glen et Jack cosignent trois titres particulièrement rock. D’abord "Privacy", au cours duquel les riffs se révèlent largement amplifiés. Puis le nerveux "Everybody's gonna love somebody tonight", un roots rock inédit, caractérisé par une excellente partie vocale. Et enfin, "Party down", un hard rock particulièrement solide. Sur ces compos, la voix de Jack est uniquement soutenue par l’instrumentation de Joel Piper, qui se charge de la batterie, la basse et la gratte. Tempchin et Rita Collidege partagent un duo vocal face au seul piano de Chris Garcia, tout au long de "Slow dancing". Enrichie de cordes, "Soul searchin'", est une ballade soul à laquelle participe la chanteuse californienne Janiva Magness…   

 

Various Artists

International Blues Challenge #33

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La Blues Foundation est établie à Memphis, dans le Tennessee. Cette organisation défend plusieurs missions dont la première est la préservation de l'histoire du Blues. Elle est responsable de l'attribution des Blues Awards. Enfin, elle met sur pied annuellement l'International Blues Challenge qui réunit les meilleurs représentants des sociétés de blues américaines et internationales. La 34ème édition de ce Challenge s’est déroulée en janvier 2018. Ce disque se consacre cependant, à celle de l’an dernier. Il a été produit par Barbara Newman, responsable de la Fondation et le promoteur Frank Roszak, certainement l'un des plus actifs sur le sol américain. Il réunit quatorze plages consacrées aux lauréats de l'IBC 2017.

Il démarre par le vainqueur de la catégorie ‘Bands’ ; en l’occurrence Dawn Tyler Watson, à travers un excellent r&b aux accents gospel, enrichi par le piano, l’orgue et les cuivres, et dominé par la voix puissante de la Montréalaise. Parmi les nominés figurent Johnny Fink & the Intrusion, dont le roadhouse blues est dynamisé par la slide et l’harmonica ; le Sobo Blues Band, un combo originaire de Jérusalem, responsable ici d’un bon blues nerveux qui vire au boogie. Sam Joyner, ensuite. C’est lui qui trace la voie à son groupe, à l’aide de sa voix (?!?!) colorée et de son orgue. Et enfin, King Bee, une formation issue de l'Alabama, dont le blues/rock énergique est entretenu par des riffs puissants, des interventions à la slide et un harmonica.

Dans la catégorie ‘solo/duo’, All Hill a été déclaré vainqueur. Etabli à Nashville, ce chanteur/pianiste du blues primaire rappelle le vétéran Henry Gray. Armé d’une basse acoustique qu’il traite au bottleneck, tout en se servant d’une caisse claire, Randy McQuay chante d’une voix grave et profonde un blues, ma foi, basique. Il a été nominé, tout comme Brody Buster, qui débarque de Kansas City. Il chante, joue de la guitare et souffle à travers son harmo, dans un style sémillant. Ainsi que Ruth Wyand, flanquée de son Tribe of One. Issue de la Caroline du Nord, elle se réserve la slide et des percussions. Et la plage ici sélectionnée se distingue par des sonorités pénétrantes, très proches du delta.   

 

Toto

Lenny Castro… en maestro…

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Il n’y a pas de lézard (NDLR: hasard?). Toto, le super groupe américain vient de fêter ses 40 ans de carrière. Peu d'artistes ont marqué la culture pop comme Toto. Si on additionne tous les albums auxquels les membres du groupe ont participé, on atteint un total de 5 000, pour un demi million de ventes. La National Academy of Recording Arts and Sciences a salué de nombreuses fois le talent du band, en le nominant plus de 200 fois aux Grammy Awards. Bardé de récompenses, il est l'un des meilleurs vendeurs de disques et ses tournées mondiales continuent de cartonner. Fondé dans les années 70, Toto est parvenu à faire évoluer son style avec brio au fil des tendances et des décennies, réunissant ainsi plusieurs générations de fans. Les retrouvailles entre la troupe et ses fans ont été fixées au Zénith de Lille. Le concert ne se déroulera pas à guichets fermés, mais l’amphithéâtre est bien garni.

La nouvelle tournée du band a été baptisée du titre du dernier opus, « 40 Trips Around The Sun ». Pas de première partie. Prévu à 20h00, le spectacle débute avec 30 minutes de retard. Lorsque l’immense rideau qui masque la scène tombe, la foule entre déjà en délire.

Joseph Williams (NDR : c’est le fiston du compositeur de la musique du film ‘Star Wars’ et d’'Indiana Jones’) se consacre au chant et Shem Von Schroeck à la basse. Shanonn Forest aux drums et l’inamovible percussionniste Lenny Castro (NDR : il accompagne également Fleetwood Mac, Santana et Joe Bonamassa, en tournée) sont protégés par des plexiglas. Ils sont installés sur des estrades. Stetson vissé sur le crâne, David Paich siège derrière son piano à queue. A sa disposition, on remarque la présence de trois chapeaux hauts-de-forme, un parapluie et un loden, accrochés à un portemanteau. Il s’en servira au cours du set. Steve Porcaro (NDR : le frère des regrettés Jeff et Mike, respectivement batteur et bassiste du combo) se charge des claviers. Steve Luthaker se réserve la guitare. Planté en retrait, Waren Ham est préposé au sax, à la clarinette et la flûte traversière. Ces deux derniers participent également aux parties vocales. Pas de choristes, comme lors de la prestation, accordée en 2016, à Forest National.

« Alone », une des trois nouvelles compos, ouvre le show. Armé de sa gratte, Steve s’approche de Williams et invite la fosse à acclamer le combo. Et c’est l’incontournable « Hold The Line » qui embraie. La voix de Joseph est claire et grimpe déjà bien dans les aigus. Steve, David, Sham ou/et Waren appuient régulièrement son chant. Steve assure le lead vocal pendant « Lovers In The Night », tout en jouant majestueusement de ses ivoires. La section rythmique est impeccable. Pour le deuxième extrait du dernier elpee, « Spanish Sea », Lukather troqué sa gratte électrique contre une sèche. Une ballade plutôt prog rock.  

Lenny Castro est pourtant le véritable maestro. Trente ans déjà qu’il milite chez Toto. C’est lui qui met l’ambiance. Et il le démontre une nouvelle fois, en intro de « I Will Remember », bien soutenu par son compère à la batterie, avant que la compo ne soit illuminée par des harmonies vocales à quatre voix. Tout au long de « Rosanna », le public est debout et reprend les paroles de la chanson. A cet instant, le band et l’auditoire entrent en véritable communion.

La seconde partie du set démarre sous la forme d’un medley acoustique. Moment au cours duquel on ne peut s’empêcher d’avoir une pensée émue pour les membres de la formation qui ne sont plus de ce monde. Après cet épisode unplugged, tous les musicos quittent leur siège pour reprendre leur place initiale. Afin d’attaquer la dernière partie du spectacle. « Girl Goodby » replonge dans le prog rock ; mais si les percus font un tabac, les claviers se révèlent un peu trop envahissants. « Angela » hésite entre rock nerveux et métal mélodique. Un morceau au cours duquel, les stroboscopes vont nous en mettre plein la vue. « Dune (Desert Theme) » opère un certain retour au calme. La cover du « While My Guitar Gently Weeps » rend hommage aux Fab Four. Et la version est tout bonnement magique. Pendant « Make Believe », David Paich fait le pitre. Et c’est le mégatube « Africa » qui clôt le concert. Lenny Castro va en profiter pour faire son show. Impressionnant ! Ce titre va durer plus de dix minutes et pourtant, on aurait souhaité que cette performance dure encore plus longtemps…

Un seul morceau en rappel, « The Road Goes On ». Pas de raison de se plaindre, le spectacle a duré un peu plus de 170 minutes. Une performance plutôt rare, de nos jours…  

(Organisation : Veryshow + Verone Productions)

Toto se produisait également à Forest National, ce 18 mars, et les photos de ce concert sont à découvrir ici

 

 

 

Frank Carter

Dévastateur sur les planches, mais on est loin de l’anarchie punk de la fin des 70’s…

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Ce soir l’AB accueille Frank Carter and The Rattlesnakes, pour un show qualifié de punk/rock/hardcore. Lors de son dernier passage, il avait littéralement retourné la salle bruxelloise. Faut dire que Frank est à la fois un enfant terrible, un bad boy au grand cœur, un dandy teigneux et un rocker aussi écorché qu’irascible. En live, il est épaulé par des crotales qu’il a baptisé The Rattlesnakes. Son second opus, « Modern Ruin » a bénéficié d’une mise en forme plus léchée. Il était donc intéressant de vérifier si l’Anglais était toujours aussi dévastateur sur les planches…

Il n’y a pas grand monde dans la fosse, lorsque Woes ouvre la soirée. Faut dire qu’il n’est que 18h30, et que la majorité de la foule n’est intéressée que par la tête d’affiche. Pourtant Carter voit en ce band, le futur du pop/punk écossais. Raison pour laquelle, il l’a emmené dans ses valises, pour sa tournée. Ce quintet réunit un drummer (NDR : doué techniquement, il faut le reconnaître), deux guitaristes, un bassiste (NDR : il assure également les backing vocaux, et on entend distinctement sa voix) et un chanteur. Ce dernier se démène comme un beau diable sur les planches. Le départ est plutôt prometteur. Mais monocorde, la structure rythmique finit par lasser. En outre, le vocaliste parvient difficilement à monter dans les aigus. Responsable de deux Eps et d’un premier long playing, paru récemment (« The Coldest Place is Within Myself »), le groupe a encore du pain sur la planche, avant de se faire une place au soleil…

Demob Happy sert de second supporting act. Un combo de power/punk/rock classique, né en 2008, dans les faubourgs de Newcastle. Depuis, le quatuor s’est établi dans la paisible ville de Brighton. Sa philosophie l’est cependant, beaucoup moins. Il est même plutôt contestataire. Armé de guitares électriques, il s'est fixé pour mission de lutter, à coups de riffs aussi tranchants que déjantés, contre ‘la médiocrité culturelle et la complaisance politique’ qui gangrène son pays. Ses influences musicales sont assez faciles à déceler et oscillent de Nirvana à Queens Of The Stone Age, en passant par Royal Blood. La prestation va se révéler autant acide, féroce, chargée d’adrénaline qu’audacieuse, surtout à travers le final « Succubus », un titre au cours duquel le band va donner toute la mesure de son talent…

Couvert de tatouages, Frank Carter est un performer hors pair, versatile, fielleux, charismatique qui peut se transformer en un irrésistible diable en boîte. Les trois premiers titres sont interprétés d’affilée (« Primary Explosive », « Trouble » et « Fangs »). Le bassiste et le guitariste déambulent de gauche à droite et inversement. Frank crache régulièrement sur le plancher ou expulse ses postillons. Il décide d’affronter la foule. Il grimpe sur la barrière de séparation et se laisse porter par celle-ci. Pendant une vingtaine de secondes, cet acrobate va même accomplir la posture du poirier. Au cours du set, le guitariste (NDR : dont les riffs sont caustiques) va également se lancer dans l’exercice du crowdsurfing. Mais également les meufs (NDR : avant le mecs, et à la demande de Frank), dans le public. Heureusement, il y a suffisamment de personnel de sécurité pour les accueillir sur le podium. Où y atterrissent également des soutifs et des petites culottes. Faut dire que l’auditoire est ‘chaud-boulette’. La température ambiante ne peut qu’augmenter dans la fosse, et c’est une véritable folie qui s’en empare. Pourtant, les titres sont joués impeccablement. On est loin de l’anarchie punk de la fin des 70’s. En outre, les mélodies sont contagieuses et des compos comme « Acid Veins » ou le single « Snake Eyes », bien que brutes de décoffrage et violentes, continuent de vous trotter dans la tête, plusieurs heures après avoir été dispensées.

Carter appelle sa maman à l’aide de son mobile et le colle contre l’estrade, le temps d’une chanson. Moment d’émotion. Le public est conquis. Frank Carter and The Rattlesnakes

vient de sortir un album ‘live’, baptisé « 23 Live at Brixton Academy », un opus qui reflète parfaitement le climat au sein duquel baignent les concerts du groupe.  

Cerise sur le gâteau, Electric)noise(machine, s’est chargé de l’afterparty, au Club.

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

Big Flo & Oli

Un spectacle mémorable…

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Ce samedi 10 mars, Big Flo et Oli débarquaient sur le sol belge (NDR : et ce n’est pas une première), afin d’y présenter ce qui reste un des meilleurs albums de l’année 2017, dans la catégorie hip-hop/rap, « La Vraie Vie ».
Les Toulousains font escale au Palais 12. La capacité maximale de cette salle, située sur le site du Heysel, est de 15 000 places. Elle constitue un des plus importants lieux de spectacles de la capitale européenne, après Forest National (7 400) et après le stade Roi Baudouin (50 000).
Votre serviteur a découvert ce tandem, dans le cadre du festival de Ronquières, en 2017. Une jolie surprise ! Les gamins avaient épaté la galerie, par ailleurs très hétéroclite, en ciselant des mots pour les traduire en textes ravageurs, sans être rageurs, à la manière de grands chanteurs de ce monde !
Ils puisent leurs sources à travers le quotidien. Le leur et celui des proches. Ils construisent un monde, sans être moralisateur à outrance.
Florian José (Big Flo) et Olivio Laurentino Ordonez (Oli), à l’état civil, ont très tôt voué une passion immodérée pour la musique. Nés d’un père chanteur de salsa, ils commencent à rapper sur un titre de Sully Selfi, « J’voulais », dès l’âge de 6 ans.
Ils recevront, dès l’enfance une solide formation musicale. Olivio étudie la trompette et Florian la batterie, au conservatoire de Toulouse.
Assez vite, ils se taillent une place de choix dans le milieu. Intitulé « La Cour des grands », le premier elpee est certifié disque d'or en 2015 alors qu’ils n’affichent respectivement que 22 et 19 printemps.
En janvier 2018, le duo est nominé dans deux catégories des Victoires de la Musique, ‘Album de musiques urbaines’ et ‘Chanson originale’, grâce au titre « Dommage ».

Le supporting act est assuré par Daddy K, DJ bien connu dans les milieux branchés de la nuit. Censé chauffer l’auditoire, son set d’une bonne demi-heure va complètement manquer sa cible : il est tiré en longueur. Trop, c’est trop !

Lorsque les premiers (vrais) sons envahissent l’arène, il est quasi 20 heures 30. Des écrans géants sont disposés de part et d’autre de la main stage, elle-même cachée par de grands rideaux.

Inutile de dire que la salle bruxelloise est pleine à craquer. Le public est plutôt jeune. Faut dire qu’on touche à un genre musical que seuls les moins de vingt ans peuvent connaître.

En se basant sur le principe de la ‘Draw my life’, les compères s’amusent à brosser en images animées le parcours (parfois tumultueux) de leur vie avant de laisser tomber le tissu sur un décor constitué de deux tours placées aux extrémités de l’estrade, le tout auréolé d’une jolie couleur rosée, style provençale.

Le show commence alors par la plage titulaire du nouvel LP « La vraie vie », qui raconte la pression ressentie lors de son écriture. Il tacle au passage Orelsan : ‘Dans ce milieu j'ai été très déçu, j'te l'dis tout d'suite, Comme la fois où Orelsan nous a refusé l'feat, Pourtant il sait combien on l'aime, Allez, sans rancune, mais un peu quand même’…

Les frangins prennent un plaisir fou à s’exhiber devant un parterre plus qu’enthousiaste alors qu’ils se rappellent avec humour qu’il y a encore quelque temps, à Liège, le public se comptait sur les doigts d’une seule main.

Accompagnés par un violoncelliste/bassiste, un pianiste/guitariste et un DJ, les acolytes continuent leur tour de chant en alternant morceaux récents, comme « La vie normale », et plus anciens, dont « Gangsta », un de leurs premiers vrais tubes.

La « Salope » rend hommage à toutes celles qui exercent le plus vieux métier du monde.

Le show est truffé d’humour et d’autodérision. Les (fausses) injures fusent de toutes parts. Le shifumi –jeu effectué à l’aide des mains au cours duquel les deux joueurs choisissent simultanément un des trois coups possibles en le symbolisant de la paluche, par pierre, feuille ou ciseaux– constitue le point d’orgue. Big Flo en ressort vainqueur par KO.

Et histoire de rendre un peu plus dramatique encore cette battle verbale, les deux lascars ont enfilé un peignoir déniché aux friches.

Autre belle surprise, lorsque sur les premières notes de « Papa », le padré himself grimpe d’un pas décidé les planches, bonnet vissé sur la tête, afin d’accompagner les fistons sous un tonnerre d’applaudissements. Et c’est les yeux embués d’émotion, que le sexagénaire vide les lieux, toujours autant étonné par tant de complaisance.

Le combo prend ensuite place autour d’une table ronde, histoire de se poser un peu. Les musiciens viennent les rejoindre. Un serveur débarque plateau en main et leur sert ce qui semble être du jus de fruit. Les plaisanteries tombent comme pommes à l’automne. Le temps s’arrête quelques minutes. La respiration haletante manifestée depuis le début s’estompe peu à peu, avant de redevenir à la quasi-normale.

Mais, de courte durée, cette parenthèse s’achève par un « Jump » totalement déhanché où le binôme s’acharne à transformer le peuple en marionnette collective, l’invitant à exécuter quelques pas à droite, à gauche, devant et derrière avant se s’accroupir et de se relever à maintes reprises. Autant dire que les lombaires des quinquas s’en souviendront !

Le concert touche doucement à sa fin. Dans une ambiance feutrée, Big Flo se couche sur un banc pour interpréter un magnifique « Autre part », inspiré de sa propre histoire et de son envie d’en finir avec la vie.

Wawad, ami de longue date et champion de beatbox, monte sur les planches,  à son tour. Son talent est certes impressionnant, mais cette prestation s’éternise à nouveau et le parterre finit par se lasser. Dommage !

Un spectateur est ensuite choisi par les artistes afin de pousser la chansonnette sur la partie la plus rapide de « Ca va trop vite » et s’en sort presque aussi aisément que les géniteurs. En échange de quoi, il pourra s’approvisionner aux frais de la princesse auprès du stand merchandising… ce qui lui fait une belle jambe !

Déjà deux heures environ que le concert a débuté avant que ne retentisse « Dommage», dont le refrain est repris en chœur par les spectateurs.

En guise d’apothéose, Bigflo et Oli traversent la fosse, escortés de molosses (NDR : ça rime !) afin de rejoindre une plateforme sise de l’autre côté de la salle.

Des ballons géants sont jetés dans la foule ; ce qui crée une ambiance digne de la cour de récréation. Une bombe de confettis explose et met un terme à une prestation qui restera à jamais gravée dans les tympans de ceux qui ont eu la bonne idée de venir ce soir…

Les autres ont définitivement manqué un spectacle qu’on pourra, sans aucun doute, qualifier de mémorable…

Setlist

1) La vraie vie
2) La vie normale
3) Gangsta
4) Comme d’hab
5) Freestyle du dico
6) Nous aussi
7) Salope
8) Papa (ft. Notre père Fabian)
9) Trop tard
10) Clash
11) Autre part
12) Sac à dos
13) Ca va trop vite
14) Je suis
15) Dommage
16) Personne
17) Alors alors

 

 

GoGo Penguin

Comment rendre le jazz accessible au plus grand nombre…

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Ce samedi 10 mars, l’Ancienne Belgique accueillait l’un des groupes les plus excitants qui sévit depuis quelques mois : GoGo Penguin. Ce n’est pas la première fois que la formation anglaise rallie la capitale européenne. Il y a quelques mois, elle se produisait à Flagey, afin de donner sa propre version de la B.O. du film culte « Koyaanisqatsi », réalisé par Godfrey Reggio. Une belle illustration de son potentiel.

Originaire de Manchester, le trio appartient à cette catégorie d’artistes ou de groupes capables de gommer les frontières entre les genres musicaux. Plus exactement, à l’instar de Kamasi Washington ou de Badbadnotgood, le band tente de rendre le jazz accessible au plus grand nombre. Un jazz qu’il mêle à l’électronique, sans jamais perdre de vue le sens mélodique. Après voir gravé l’excellent « Man Made Object », elpee qui lui avait permis de se forger une certaine notoriété, GoGo Penguin est venu défendre son nouvel opus, le tout aussi épatant « A Humdrum Star ».

Le public, ce soir, est multigénérationnel. Tous les balcons sont accessibles et la salle est aux trois-quarts pleine. Peu de groupes de jazz peuvent se targuer d’attirer un auditoire aussi conséquent.

A 21h les lumières s’éteignent. Chris Illingworth s’installe au piano à droite du podium. Rob Turner, à l’autre extrémité, derrière ses drums, tandis que Nick Blacka, le préposé à la contrebasse, se plante au milieu. Derrière chaque musicien, un pingouin est projeté sur un écran. L’éclairage est sobre et efficace. Pendant une heure et demie, GoGo Penguin va puiser essentiellement son répertoire au sein de son dernier LP. Dès les premières notes, on est impressionné par la précision des trois instrumentistes, reflet de leur formation académique. Tels des équilibristes, ils enchaînent les constructions complexes et empruntent des chemins inattendus pour finalement toujours retomber sur leurs pattes. Sans laisser le moindre temps mort, ils enchaînent tour à tour les prouesses. Mêmes les transitions sont élaborées. Face à tant de technique et de richesse musicale, et afin d’en savourer pleinement la qualité, il faudrait que chaque prestation soit individuelle, plutôt que de se concentrer sur une perception d’ensemble. N’empêche que le mélomane ne peut que sortir comblé, d’une telle prestation. Un concert qui, j’en suis sûr, réconciliera beaucoup de monde avec le monde du jazz.

(Organisation : Ancienne Belgique + Live Nation)

Landscape Magazine

Libre de tout carcan…

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La Cellule 133A se niche près de prison de Saint-Gilles. Heureusement, la salle est plutôt sympa. D’autant plus que deux graphistes, Sophie De Meyer et Julie Hecquet, en ont profité pour exposer leurs œuvres sur ses murs. En outre, au cours du set, elles vont proposer une ‘Live Painting Performance’. Ce sont également elles qui ont réalisé les visuels et l’artwork de l’album « To The Land » de Landscape Magazine, un duo réunissant Dego Higueras et Nicolas Draps, deux musiciens aux parcours diamétralement opposés.

Né au Pérou, le premier est un guitariste polyvalent aux influences multiples, mais dont l’enfance a été bercée par les courants blues et rock issus des 70’s.

Diplômé du Conservatoire Royal de Bruxelles, le second est belge. Violoniste, il a voulu se détacher de sa condition d’interprète pour embrasser un parcours plus créatif, inspiré par les musiciens du monde pop/rock ou jazz qui le fascinent.

Landscape Magazine est un projet basé sur la recherche de sons, de mélodies et d’effets propices à l’imagination, l’espace et la rêverie.

Pas très grand, l’endroit peut accueillir un max de 100 personnes. Pas plus. Mais le son y est excellent.

Le supporting act est assuré par Riki Delpine. Chaussé de lunettes fumées, il se sert d’une loop machine tout en jonglant entre basse et guitare. Et il est plutôt adroit pour mettre les différentes nappes sonores en couches. Lors du premier morceau, il expérimente des sonorités à l’aide d’une gratte électrique, alors que par la suite, il va épater la galerie sur sa guitare flamenco. Mais 20 minutes, c’est un peu court pour pouvoir se faire une idée du potentiel d’un artiste…

La musique dispensée par Landscape Magazine est essentiellement instrumentale, mais le plus souvent déroutante voire avant-gardiste. Violoniste virtuose, Nicolas est également alchimiste du son. Il le torture. A l’aide de cet instrument électrifié, il est en perpétuelle recherche. Baignant au sein d’un climat ‘new age’, « Chrysalide », morceau qui ouvre le set, est plutôt cérébral. Les deux musicos ont revêtu des vestes blanches. Celles de chimistes ou d’alchimistes ? Ils se servent également d’une loop machine, placée au milieu du jeu de quilles. Et tout au long du show, ils vont constamment triturer des boutons, parfois à même le sol, manipuler des manettes ou encore écraser des pédales de distorsion. L’exercice est parfois périlleux ; d’ailleurs, il ne sera pas exempt de petits problèmes techniques. Ce qui finalement, ne nuira pas à l’ensemble de la prestation. C’est le principal ! Diego a cependant plusieurs cordes à son arc : une guitare électrique, une semi-acoustique et une lap steel posée sur un support. Parfois, lorsqu’il s’autorise des soli de haute volée, le spectre de Ben Harper ou de Santana se met à planer. Le tandem explique avoir énormément bossé sur son album et nous réserve des morceaux issu de cet essai, composés, récemment. De quoi nous donner l’eau à la bouche, en attendant sa sortie officielle. Ambient, « Ballade Pour Tina » marque une pause. De quoi reprendre son souffle. Avant un retour à un climat plus rock, parfois teinté d’électro. Une chose est sûre, expérimentale, la musique de Landscape Magazine est libre de tout carcan…

(Organisation : Cellule 133A + Landscape Magazine)

 

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