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Claud et la musique

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Tommigun fait de vieux os…

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Dernier concert - festival

L7
Viagra Boys

Jonathan Wilson

Un Wilson peut en cacher un autre...

Quelques semaines après Steven, c'est un autre Wilson, Jonathan, qui se produit à l'Ancienne Belgique. Bien qu'il n'y ait pas de lien de parenté entre les deux musicos, force est de constater qu'ils partagent un intérêt pour la musique des 70’s, et Pink Floyd en particulier. Jonathan a même collaboré aux sessions d’enregistrement du dernier opus de Roger Waters et intégré le 'live band' de ce dernier.

Dès qu'il prend possession des planches de l'AB Club, Jonathan Wilson impressionne par sa stature (il est très grand) et sa dégaine nonchalante, très 'cool'. Jean bleu, t-shirt dépareillé, gilet mauve, longs cheveux et barbe christique lui confèrent un look très 'hippie’, mais pour ce XXIe siècle. Agé de 43 ans, le Californien appartient à cette vague de musiciens néo-psychédéliques 'rétro-futuristes' qui réinventent les musiques 'vintage' en les adaptant à des paramètres plus modernes.

Dès les premières compos, le son oscille entre country/folk, psychédélisme, kraut et prog. C'est un groupe complet qui accompagne Wilson, impliquant batteur, bassiste, guitariste et claviériste. Ce dernier trône derrière un assortiment bien achalandé en synthés légendaires, tels que Mellotron, Crumar et DX7.

La setlist est, essentiellement, puisée au sein du dernier elpee de JW, « Rare Birds » et témoigne de toute l'étendue de son inspiration. On pense bien entendu à Roger Waters, surtout sur « 49 Hairflips », mais également à Bruce Hornsby. Pendant « Over The Midnight », le rythme quasi-robotique de la batterie semi-électronique et les harmonies rappellent le célèbre « That's just the way it is ». Autre référence évidente : War on Drugs. On retrouve ça et là les mêmes rythmes répétitifs et l'inspiration très ‘springsteenienne’, tant du chant que des paroles.

Il ne faut pas oublier que le résident de Laurel Canyon est aussi un excellent guitariste. D’ailleurs, il ne va pas se priver d’extraire de sa vielle Strato des soli à faire baver David Gilmour en personne, comme sur « Dear Friend », par exemple. Lana Del Rey avait posé sa jolie voix sur la version studio de « Living with Myself ». De quoi regretter son absence, sur celle, proposée ce soir, en ‘live’. Au rayon 'gossip', une histoire d'amour serait née entre les deux bellâtres ; mais cet épisode ne nous regarde pas, n'est-ce pas Thierry ?

Revenons au concert, au cours duquel « Desert Raven » déclenche une vague de cris chez un public hypnotisé par la jolie sarabande de tierces interprétée par Wilson et son gratteur. La prestation s’achève en force par l'épique « Valley of the Silver Moon », caractérisé par une dernière et très jolie chevauchée sur la six cordes.

Malheureusement, l'artiste n'accordera pas de rappel alors que deux titres étaient prévus sur la setlist. En cause, la sacro-sainte règle du couvre-feu à 22h30 imposée par l'AB et, indirectement, par les horaires de la SNCB (NDLR : Il suffirait que cette dernière propose une offre suffisante, avant minuit, afin que les provinciaux puissent rentrer chez eux, après le concert). Dommage...

En première partie, Gambles en a étonné plus d'un. Seul à la guitare acoustique, le New-yorkais a improvisé quasi tous ses morceaux 'on the fly', se promenant dans le public et parlant de la tournée, de New York ainsi que des gens qu'il rencontre : assez fun! 

Setlist J. Wilson :

Trafalgar Square
Me
Over the Midnight
Miriam Montague
Dear Friend
There's A Light
Sunset Blvd
Desert Raven
Living with Myself
Loving You
Rare Birds
49 Hairflips
Valley of the Silver Moon

(Organisation : AB)

Tricot Combo

Heure d’arrivée

Écrit par

Pochette originale (NDR : un disque pour zone bleue, dont se support indique les heures) pour le premier elpee de Tricot Combo, un quatuor issu des Herbiers, en Vendée (NDR : c’est juste à côté du Puy du Fou) qui revisite de manière humoristique, des chansons populaires et à boire. Idéal pour les arts de rue ; d’autant plus que théâtrales, leurs prestations ‘live’ seraient particulièrement enthousiasmantes…

 

Pleymo

Quel punch !

Écrit par

Si on ne tient pas compte de l’interruption de parcours, concédée entre 2007 et 2017, Pleymo compte 20 ans de carrière. Issu de Fontainebleau, ce combo de nu métal est né 1997. La tournée de la reformation passait donc par l’Ancienne Belgique. Un concert initialement prévu dans la grande salle. Mais vu le peu de préventes, le show a été transféré au Ballroom. Un public relativement jeune, mais également constitué de quadras accueille, ce soir, le band français. 

Vegastar assure le supporting act. Originaire d’Orléans, sa musique se nourrit de power pop, new wave, electro, grunge, heavy et nu metal ainsi que rock alternatif. La formation avait également splitté, en 2009, avant de se reformer dès 2015. Ce soir, le combo va revisiter son premier elpee, « Le Nouvel Orage », publié en 2005, dont le single « 100ème étage », lui avait permis de se faire connaître. Pas de trace de « Dorian », son nouveau single, paru en mars dernier dans la setlist. Ce quatuor implique le guitariste Jérôme Riera, alias Jey, le bassiste Vincent Mercier, le chanteur Franklin Ferrand et le drummer Jocelyn Moze.

La prestation s’ouvre par « Une Nuit ». La voix de Franklin est très proche de celle de Benoît Poher, le vocaliste de Kyo. Le drumming est précis. Et déjà tout le monde bondit. Sur place pour la fosse, aux quatre coins de l’estrade –hormis le batteur– pour les musicos. Il y a même un type qui n’arrête pas de brandir son poing juste devant votre serviteur. Pas moyen de prendre le moindre cliché. Dommage qu’il ne soit pas manchot ! Le groupe n’oublie pas d’attaquer son incontournable « 100ème Etage ». Et surtout de nous réserver ses inévitables scratches. Parfois les spectres de Korn, Faith No More ou Limp Bizkit se mettent à planer. Et le set de s’achever par le titre maître d’« Un Nouvel Orage », remis au goût du jour. Le chanteur signale que c’est sur le même riff que tous les morceaux ont été joués. Il n’a pas tort. Ce qui n’a pas empêché le concert de conjuguer énergie et puissance…

Le line up de Pleymo réunit aujourd’hui Mark Maggiori, Benoit Julliard, Franck Bailleul, Davy Portela, Erik de Villoutreys et Fred Ceraudo. Le show débute à 20h40. Une toile de fond sur laquelle sont représentées six énormes croix blanches et brillantes, sert de décor. Par contre, on remarque bien la présence d’amplis Marshall. De quoi s’attendre à du son qui décoiffe ! Réservée au drummer et au second vocaliste, également préposé aux scratches, une haute estrade prend toute la longueur du podium. Ce dernier se sert de véritables vinyles. Les deux guitaristes et le bassiste ne tiennent pas en place et viennent régulièrement s’affronter, manche contre manche. Planté à l’avant de la scène, le chanteur vocifère tout au long de « United Nowhere ». Les agents de sécurité –et il sont en nombre !– réceptionnent les adeptes du crowdsurfing pendant « Ce Soir, C’est Grand Soir ». L’un d’entre eux s’est invité sur les planches. Il est rapidement renvoyé surfer sur les premiers rangs. L’ambiance est d’ailleurs bon enfant, même si les spectateurs jumpent aux quatre coins de la salle.

Puissant, « Rock » libère énormément d’« Adrénaline ». Pendant, « Tout Le Monde Se Lève », les croix passe du blanc au rouge sang. Les lignes de claviers fluctuent. Le chanteur vient frapper sur les cymbales du drummer. Avant « 1977 », le frontman demande à l’auditoire, s’il y a des gémeaux en son sein. Il se balance d’avant en arrière, au-dessus de son pied de micro.

Malgré « Chérubin », Pleymo n’est pas un enfant de chœur, un morceau au cours duquel la section rythmique s’emballe en fin de parcours. Voix et scratches dispensés comme chez RUN DMC, alimentent « Nowak » ; mais c’est la basse qui ronflante, domine le sujet.  

Les deux vocalistes occupent l’avant scène tout au long de « Muck ». Ce qui embrase la fosse. Signé en 2006, « Le Nouveau Monde » est toujours bien d’actualité. Le vocal est irascible. Pendant « New Wave », les croix passent au bleu. Le chanteur descend dans la fosse et tend le micro aux premiers rangs. Les lumières de la salle se rallument. La foule se divise en deux pour « Tank Club » avant que ne se déclenche une véritable folie furieuse. Les participants à cet exercice se lancent l’un contre l’autre. En outre, un ‘circle pit’ envahit la fosse. Quelques fumigènes épars sont projetés dans les airs. Et lors de « K-Ra/Kongen/Ce Soir », on a droit à un rap enchaîné… en japonais. Les musicos tirent alors leur révérence.

Avant de revenir pour un encore de trois morceaux « Zéphir », « Divine Excuse » et « Blöhm ». Le set s’achève définitivement à 21h55. Quel punch !

(Organisation : Progress Booking)

Karim Baggili

Arabic Underground Flamenco Music…

Écrit par

Jacques Stotzem est à la guitare, ce que Karim Baggili est à l’oud (NDR : un luth à manche court d’origine syrienne, répandu en Arménie, Turquie et Azerbaïdjan, dont les cordes sont pincées). Ce qui ne l’empêche pas de se consacrer également à la gratte. Il est d’ailleurs autodidacte. Belge d’origine jordano/yougoslave, il se produit aussi bien au sein du Royaume qu’à l’étranger. Et régulièrement. Il bosse sur de multiples projets, notamment comme compositeur ou arrangeur, pour d’autres artistes, mais réalise également des B.O. pour documentaires et courts métrages. Votre serviteur avait découvert cet artiste lors d’un ‘live’, accordé à la radio, dans le cadre de l’émission ‘Le Monde Est Un Village’, présentée par Didier Melon, une prestation au cours de laquelle ce virtuose des cordes avait fait grosse impression.

Programmé dans le cadre des ‘Jeudis Jazz et Printemps Musical’, le spectacle proposé ce soir est étiqueté ‘jazz’ ; et pourtant, la prestation va plutôt baigner dans une forme de rock aux accents orientaux. En fait, Karim est un des rares musiciens capables de rendre l’‘Arabic Underground Flamenco Music’ » classieuse et singulière. Il a d’ailleurs décroché de nombreux prix, dans ce domaine. Le concert est soldout. Un show qui va proposer de larges extraits de ses deux derniers elpees, baptisés « Apollo You Sixteen ». « I » et « II », pour les différencier. En deux parties.

Avant que le set ne s’ouvre, on remarque la présence de nombreux instruments sur les planches. Karim Baggili vient s’installer sur un siège haut, au centre, auprès de ses grattes (électrique et semi-acoustique) et de son oud. Il est épaulé par un quintet. En l’occurrence Karoline De La Sema (chant, glockenspiel, tambour africain), Vivian Ladrière, vissé sur son cajon et entouré de ses cymbales, drums électroniques et tutti quanti, Youri Nanaï (basse), Mohamed Al Mokhlis (violon, tambourin arabe) et Silvano Macalusa (claviers). Mais en début de parcours, le backing group se limite à trois collaborateurs. Baggili empoigne d’abord sa gratte flamenco. De Séville à Malaga, on parcourt alors l’Andalousie. Place ensuite au titre maître de son (ses) dernier(s) elpee(s). Plus prog, il met en exergue cordes et percus (cajon et tambourin, surtout). Karoline et Silvano débarquent alors sur la pointe des pieds et participent à l’interprétation de « Dulcinéa ». La voix de Karoline est envoûtante et vous transperce l’âme. Une compo qui baigne au sein d’un climat oriental, indien même, réminiscent d’une époque au cours de laquelle George Harrison était passionné par tout ce qui touchait cette région du globe.  

Lorsque l’oud, le violon, la section rythmique (fondamentalement rock), la batterie électronique, la basse, les percus, le piano et la guitare flamenco entrent en fusion, on ne peut s’empêcher de penser aux expérimentations de Robert Plant, que ce soit en compagnie de The Band Of Joy ou The Sensational Space Shifters. Tout au long d’« Ari On The Moon », l’oud devient la pièce centrale. Le périple se poursuit, à travers le Sahara, à dos de dromadaire, en quête d’une oasis salvatrice. Le soleil est brûlant. Il fait de plus en plus soif. Qu’on pourra étancher pendant « Exitumuse », un moment de repos vécu au pied de cette palmeraie. A cet instant, vaporeuse, la voix de Karim touche au sublime. La troupe est également capable de s’enfoncer plus profondément dans le prog /rock, exhumant alors les spectres de King Crimson, Van Der Graaf Generator voire du Genesis de Peter Gabriel. Caractérisée par ses cordes épurées de type flamenco, « Kiss From The Lion » opère un retour au calme. La voix de Karoline devient troublante, mystérieuse, même. Hanté par Sigur Ros, cette composition nous entraîne au cœur des fjords sauvages islandais. La première partie s’achève par « Apollo Recall », une nouvelle opportunité pour permettre au virtuose d’étaler toute sa dextérité sur les cordes…

Et c’est par une autre version de ce titre que le deuxième acte s’ouvre. Plus rock, il concerne l’ensemble de la formation et pourrait aisément servir de B.O. pour le cinéma. Plus interactif, Karim semble détendu et plaisante avec le public. Il nous inviterait bien à Tourinnes-la-Grosse pour interpréter des morceaux de Dire Straits, en compagnie de son cover band, dont le line up implique les musicos qui l’entourent aujourd’hui, Calling Mark. Rendez-vous est pris. Lorsque la basse devient prolixe, on ne peut s’empêcher de penser à Roger Glover (Deep Purple). « Balka Bike » achève un voyage opéré depuis les montagnes de l’ex-Yougoslavie jusqu’au désert du Moyen-Orient, sur les traces de Laurence d’Arabie.

Après une telle expédition aussi jouissive que torturée, avec pour guide Maître Baggili, on comprend enfin ce que signifie l’‘Arabic Underground Flamenco Music’, un projet avant-gardiste qui agrège des gammes de musiques traditionnelles à l'esprit du rock des dernières décennies.

(Organisation : Printemps Musical + Centre Culturel de Silly + Silly Concerts ASBL)

 

Imarhan

Périple connecté au sein du Sahara algérien…

Écrit par

C’est en 2016 qu’Imarhan –qui signifie ‘ceux qui nous veulent du bien’– se révélait au grand public, en publiant son premier elpee. Un éponyme. Poussée dans le dos par le succès de groupes tels que Tinariwen ou Tamikrest, cette formation originaire de Tamanzasset (NDR : c’est dans le sud de l’Algérie) a rencontré un succès immédiat ; ce qui a permis une tournée européenne, ponctuée par quelques dates dans de grands festivals. Le subtil mélange entre le blues/rock et la musique touareg traditionnelle, concocté par les cinq membres d’Imarhan, alimente encore ce nouvel opus. Mais le combo est parvenu à passer un pallier supplémentaire, glissant de la tradition méditative du blues du désert, vers une solution sonore plus électrique, en invitant funk, fuzz, disco et rock. "Temet" (Trad : ‘connexions’) est un appel à l'unité, rappelant au monde que nous sommes tous connectés et que si ce moment est important dans le temps, ce n'est que par l'acceptation et l'adoption de cette union que nous pourrons résoudre les problèmes rencontrés aujourd’hui par toutes les cultures…

Vers 20h15, le public est encore clairsemé. On y croise, quand même, le Bruxellois d’adoption, Anana Harouna, leader du groupe Kel Assouf (représentant bruxellois du blues touareg). D’ailleurs, la salle ne va se remplir qu’au fil du show, avant qu’elle ne finisse, quand même, par être comble…

Il est 20h30 lorsque les cinq membres d’Imarhan grimpent sur l’estrade. Iyad Ag Ibrahim, le chanteur/guitariste, prend place au centre. Le percussionniste (djembe et calebasse) et le bassiste se plantent à droite. Et à gauche, le second gratteur ainsi que le drummer. Les premiers morceaux se focalisent sur le dernier long playing. Rythmée par la calebasse et la batterie ainsi que par les lignes de guitare dispensées par Iyad, la musique du band algérien parvient à dérouiller les jambes des spectateurs, dont certains commencent même à danser. Soutenu par des chœurs, le chant –en tamasheq– est envoûtant et particulièrement efficace. Le combo glisse quelques titres du premier LP, entre ceux du second. Dont le superbe "Id Islegh", au cours duquel le chanteur a troqué sa gratte électrique contre une sèche. Et puis le single, "Imarhan", soit le titre maître de ce long playing, une compo marquée par l’irruption d’un quidam, vêtu d’un costume touareg traditionnel, sur les planches, à la grande surprise des musicos. Sous les applaudissements et les sourires des musiciens, il redescend de l’estrade, à l’issue de ce morceau. Après une heure de concert, les musiciens vident les lieux.

Ils reviennent quelques instants plus tard pour un rapide rappel. Le public est entièrement satisfait et quitte l’Ancienne Belgique, avec l’impression d’avoir accompli un voyage au soleil, quelque part dans le Sahara algérien. Peut-être près d’un oasis. Mais en sortant de l’institution, le froid nous ramène rapidement les pieds sur terre.

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

Lal & Mike Waterson

Bright Phoebus

Écrit par

Lal et Mike Waterson étaient frère et sœur. Responsable d’une musique folk, le duo a sévi il y a un peu plus de quatre décennies. Il avait choisi d’abord, pour patronyme, The Watersons et pratiquaient un folk plutôt traditionnel. Lal et Mike avaient enregistré un elpee, intitulé "Bright Phoebus", paru à l’origine en 1972. Des artistes notoires britanniques, comme Martin Carthy, Richard Thompson, Ashley Hutchings, Tim Hart et Maddy Pryor avaient participé aux sessions. La plupart des collaborateurs militaient alors chez Fairport Convention et Steeleye Span ! Pressé à 2 000 exemplaires, le long playing sera rapidement épuisé. Il vient donc d’être réédité, en version remasterisée.

Pour l'histoire, Lal Waterson est décédée d'un cancer du poumon en 1998, et Mike est également disparu, mais en 2011. Ils n'ont donc pas eu la chance de connaître cette deuxième vie, accordée à leur « Bright Phoebus »… 

"Rubber Band" et "Magical man"empruntent certaines saveurs au "Sgt Pepper" et "Magical Mystery Tour" des Beatles. Des compos empreintes de bonne humeur qu’alimentent les voix multiples et certains instruments, comme les percussions ou la clarinette. Le reste de l’opus propose un folk classique, le plus souvent non amplifié. Si la voix de Mike se révèle fragile, celle de Lal est autrement limpide. Et des plages comme "Fine horseman", traversée par une clarinette ou "Never the same", soulignée par un violoncelle, en sont les plus belles illustrations. "Shady lady" et "Bright Phoebus" constituent les meilleurs titres du long playing. Le premier se distingue par ses voix féminines polyphoniques et des cordes électriques aussi discrètes qu’efficaces. Le second est également le titre maître. Un morceau de folk/rock au cours duquel, elles ces cordes sont à la fois parcimonieuses et élégantes…

 

61 Ghosts

… to the Edge

Écrit par

61 Ghosts est un duo établi dans le Maine (NDR : c’est dans le Nord-Est des USA). Il réunit le chanteur/guitariste Joe Mazzari et le drummer Dixie Deadwood. Mazzari n’est pas né de la dernière pluie. Il a vécu pas mal d’expériences. Un parcours qu’on pourrait qualifier de rock’n’roll. Il a ainsi et notamment tourné et enregistré en compagnie de Johnny Thunders, Walter Lure et Jerry Nolan (Heartbreakers, New York Dolls). Il a également beaucoup sévi sur la scène rock de Boston. De son côté, Dixie a longtemps accompagné Leo ‘Bud’ Welch, un vieux bluesman issu du Mississippi, disparu en décembre 2017, à l’âge de 85 ans.

Ce tandem pratique une musique, née d’un mélange de rock'n'roll (NDR : ben tiens !), punk, garage et delta blues. Pour concocter cet Ep 6 titres, il a reçu le concours du bassiste J.D. Sipe, un disque enregistré à Clarksdale, dans le Mississippi.

Séduisant, "Heartbeat" met la plaque sur orbite. La guitare emprunte des accords au Mississippi blues. La voix est éraillée et râpeuse. Agrégeant punk, garage et blues, cette piste est finalement proche de ce que proposait les White Stripes, à leurs débuts. "No one at your door" est construit sur un mur de cordes aux effets hypnotiques, alors que la voix adopte des inflexions encore plus punkysantes. Imprimé sur un mid tempo, le blues menaçant "World gone crazy" entre en transe, alors qu’hallucinante, la gratte s’embrase face à la basse spectrale. S’ouvrant sur un rythme paisible, "If tears were dirt" change de profil, lorsque les accords puissants de la gratte se muent en notes, à la limite de la dissonance. Une gifle cinglante et le sommet de cet Ep. Les deux dernières pistes émargent au folk. Les cordes acoustiques y enrobent la voix de Mazzari…

 

Chris Bergson Band

Bitter midnight

Écrit par

Chris Bergson est issu de New York City. A l’origine, ce chanteur/guitariste s’intéressait essentiellement au jazz. Ce qui lui a permis d'accompagner quelques grandes voix du style, dont Norah Jones. Il se convertit progressivement au blues et publie alors "Blues for some friends of mine", en 1997, ainsi que "Wait for Spring", en 2000. Cinq elpees plus tard, dont un "Live at Jazz Standard", gravé en 2014, il nous propose ce "Bitter midnight". Manifestement, au fil du temps, il s’est forgé une solide réputation…

"Pedal tones" ouvre la plaque. Un funky blues élaboré qui met bien en exergue le traitement à la slide, une intervention rappelant un Little Feat originel. Southern blues/rock enlevé, "520" baigne au sein d’un univers proche de l’Allman Brothers Band. A cause de l’attaque bien spécifique de la guitare, mais également de la voix, proche de Greg Allman, ainsi que de l’orgue injecté par Craig Dreyer. Lorsque Chris s’inspire de BB King sur ses cordes, le résultat est remarquable. Son doigté et son feeling exacerbé font mouche sur "Just before the storm", mais également "Bitter midnight", un blues lent bien cuivré. Mr Bergson nous invite à pénétrer au cœur du blues, et tout particulièrement dans le delta du Mississippi. Et le voyage est vraiment excitant, une expédition au cours de laquelle sa slide se révèle gouailleuse tout au long d’"Explode and contain" et "61st & 1st", au cours duquel il nous réserve un envol créatif face au Wurlitzer de Craig. Indolent, "Blues for Dave" plonge à la racine du blues, une piste caractérisée par une intervention à la slide, empreinte d’une grande sensibilité. "Another day" évoque Procol Harum, une très belle plage entretenue par la voix chaleureuse et l'orgue Hammond de Craig Dreyer. Chris se produira au Pays-Bas et en France, en mai, juin et juillet prochain…

 

Joel Dasilva

Everywhere from here

Écrit par

Joel Da Silva est originaire de Chicago, mais vit aujourd'hui à Fort Lauderdale, en Floride. Le père de ce chanteur, guitariste et compositeur, était brésilien. "Everywhere from here" constitue son dernier elpee. Il réunit dix plages, pour la plupart issues de sa plume…

"Shake" ouvre la plaque. Un blues/rock accrocheur d'excellente facture qui était déjà paru sous la forme d'un single. Solide ballade, "Everyday man" aurait pu figurer au répertoire d’Eric Clapton. Face à l'orgue de Tom Regis, Joel chante d'une voix intimiste, et son envol aux cordes est chargé de feeling. Un climat étouffant baigne "Down in the Delta". La guitare ne tient pas en place tout au long de cette excellente plage inspirée par Howlin' Wolf. Dynamisé par les percus et l'accordéon d'Alejandro Sanched, "Bad world" nous entraîne au cœur de l’ambiance louisianaise, et plus particulièrement néo-orléanaise. Le drummer imprime un tempo écrasant tout au long de "This day I bleed", un morceau qui semble se complaire au sein de cette atmosphère lourde, entretenue par les cordes acoustiques et électriques, avant que Dasilva ne se déchaîne sur sa gratte devenue menaçante et ravagée. Shuffle chaleureux, "Spell on me" révèle des musicos très soudés. A l’aide de ses cordes, Dasilva revisite ses racines brésiliennes, lors de l’instrumental "My brazilian soul", un titre qui clôt cet LP. 

 

The Districts

Popular Manipulations

Écrit par

Sorti en catimini, au mois de juillet dernier, le nouvel opus de The Districts est passé relativement inaperçu si on le compare au mini ‘buzz’ qu’avait provoqué la sortie de son précédent. Cette constatation laissait-elle présager un semi naufrage pour ce toujours très difficile album de la confirmation ? Et bien pas du tout…

Après avoir accompli leurs débuts au lycée, dans leur petite ville de Lititz (NDR : c’est en dans leur Pennsylvanie natale), les quatre potes décident de fonder un groupe, en 2009. Après avoir gravé deux Eps et elpee, ils sont adoubés par la respectable maison Fat Possum, afin de concocter leur très réussi second elpee, « A Flourish and a Spoil », un disque produit par l’illustre John Congleton (The Walkmen, Explosion in the Sky, Elvis Perkins). Et il était toujours derrière les manettes sur certains titres de « Popular Manipulations », une œuvre qui élargit avec classe les horizons des jeunes Américains. Le leader de ce band yankee, Rob Grote –qui parodie habilement, tantôt Isaac Brook (Modest Mouse) ou Bowie (« Aperoplane »)– peut s’appuyer sur une expression sonore qui navigue entre rock lyrique (« Violet »), ballades d’obédience pop (« Fat Kiddo »), envolées rock psyché (« Will You Please Be Quiet ») ou petites perles indie telles qu’« Ordinary Day ». La palette s’est élargie sans pour autant négliger l’énergie ‘grunge’ des débuts. Que demander de plus ?

 

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