La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

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Julia Drouot a coupé court…

De ses années de conservatoire, il reste à Julia Drouot peut-être le goût de ses fugues, non pas celles qui se jouaient au XVIIème siècle dans les salons des cours européennes, mais celle qui se chausse de semelles de vent. La chanteuse et compositrice a…

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Des Pyramids en Europe…

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Tim Nordwind (ex-OK Go) et Drea Smith (ex-He Say/She Say) forment le duo post-punk californien (Los Angeles) Pyyramids. De leur rencontre improbable est né « Brightest Darkest Day », un premier album attendu pour le 15 avril prochain.

‘On en sort groggy, charmé, et impatient de le réécouter, encore et encore, jusqu’à épuisement du tympan et de notre cœur palpitant.’ (Carole Boinet, Les Inrocks)

‘Ça sonne comme du Fleetwood Mac teinté de musique urbaine’ (Paul Lester, The Guardian)

Pour découvrir le clip de « Do You Think You’re Enough” sur Youtube, c’est ici

 

 

 

Les Herbes Amères des Shades.

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Trois ans après avoir gravé leur deuxième album, « 5/5 », chez Tricatel et déjà neuf années après leurs débuts, les Shades nous reviennent avec leur troisième essai, intitulé « Les Herbes Amères ».

En toute indépendance, le groupe le publie sur son propre label, Mélodie Mentale.

Tourné vers les productions anglo-saxonnes, ce disque est annoncé plus musclé que les précédents, et pourrait bien être le coup de pied dans la fourmilière qu'on attendait d'eux...

Pour découvrir la vidéo de « 1999 », un premier extrait de cet elpee, c’est ici

 

 

 

 

 

Deerhunter enregistre dans un garage, la nuit…

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Après la sublime parenthèse « Atlas Sound » de leur chanteur Bradford Cox, les Américains reviennent. Un cinquième album signé sur 4AD qui s’enfouit sous des structures labyrinthiques, un songwriting minutieux qui ne peut s’empêcher d’éclabousser de classe et de grâce un rock intemporel. Pas assez crâneurs pour se pavaner sous les projecteurs, pas assez dociles pour se laisser apprivoiser sans préliminaires, ces esthètes d’Atlanta appartiennent à la race des pur-sang.

Si l’on se fie à l’annonce lancée sur Twitter par les membres des Black Lips, ‘Nocturnal Garage’ serait leur meilleur. Une merveille de rock comateux et raffiné qui succéderait au déjà excellent « Halcyon Digest ».

« Nocturnal Garage », album qui aurait été enregistré la nuit dans un garage, est déjà considéré comme l’un des événements de ce printemps foutrement embouteillé au niveau des parutions discographiques.

En attendant la sortie officielle de l’album prévue pour le 6 mai prochain, « Deerhunter » nous offre un premier single en écoute ici http://youtu.be/bYUENZQ84-E

Tracklist:

Neon Junkyard
Leather Jacket II
The Missing
Pensacola

Dream Captain
Blue Agent
T.H.M.
Sleepwalking
Back To The Middle

Monomania
Nitebike
Punk (La Vie Antérieure)

 

Night Beds

Country Sleep

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Night Beds est un projet initié par Winston Yellen, citoyen de Rocky-Mountain à Nashville. L’homme fait honneur à ses origines en distillant sur « Country Sleep », son premier LP, une agréable procession de morceaux louvoyant entre Americana, Country et Folk. On retrouve sur cette galette une large palette d’influences, parfois un peu trop flagrantes, mais toujours usée avec justesse. Impossible, par exemple, de ne pas penser à Ryan Adams à l’écoute de « Ramona » ou « Borrowed Time », Eliott Smith pour « Cherry Blossoms » ou encore à Fleet Foxes sur « Even If We Try » et « 22 ».

Pour « Country Sleep », Yellen s’est évertué à composer dix morceaux d’une beauté fragile, parcourus d’une voix passionnée qui emporte instantanément l’auditeur vers des paysages autrefois arpentés par des Johnny Cash et June Carter. En 34 minutes à peine, Night Beds nous fait le tour du propriétaire mais il n’en faut pas plus de 10 pour succomber totalement et irréversiblement aux charmes de ce « Country Sleep » resplendissant. Hautement et chaudement recommandé.

Premier arrêt en Belgique pour Yellen et ses cinq musiciens ce 4 avril à l’ABClub en compagnie de Matthew E. White.

 

Orchestral Manœuvres in The Dark (OMD)

English Electric

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On sonne à la porte. Je regarde par la fenêtre.

Ah, zut ! Eux ?

J'enfile un ciré et chausse des bottes en caoutchouc.

Je vais ouvrir...

Je souris poliment à Andy McCluskey et Paul Humphreys.

- ‘Ah oui, on m'avait dit que vous alliez repasser. Quoi de neuf depuis votre naufrage en 2010 ?’

Et bing !

Je me reçois un gnon dans l'estomac.

Magistral de puissance. Un de ces coups de poing qui vous laisse haletant sur le carrelage.

D'ailleurs, c'est là, à même le sol, que je finis l'écoute d’« English Electric », le douzième opus d'OMD.

Et je ne suis pas prêt de me relever.

Je me suis fait avoir, en beauté.

L'effet de surprise a énormément joué, c'est sûr.

Comprenez ! Je ne m'y attendais pas. Absolument pas…

J'avais abandonné le groupe agonisant, il y a bientôt trois ans.

Un peu moqueur, j'avais nargué la bête blessée.

Faut dire que « History Of Modern » était une insulte définitive (ou semblait-elle définitive du moins) à la carrière de ce groupe aussi mythique que jadis authentique (ou l'inverse, je ne sais plus).

Nous en étions restés là, au bord d'un gouffre. Orchestral Manoeuvres complètement noyé dans le dark.

Bouffi, méconnaissable, la viande encore bien saignante, les plaies purulentes, les tripes à l'air, l'animal gisait presque mort. Un vrai carnage. La bête s’était dévorée elle-même.

Un exemple rare d'auto-cannibalisme avéré.

Pas beau à voir !

Un spectacle grisant d'horreur.

Le rictus facile, la morve exaltée par quelque vieux sentiment nostalgique, j'y étais allé personnellement de bon cœur à ruer de coups, ce corps flasque promis aux vers.

Ainsi, après l'effet d'étonnement suscité par son retour, je m'attendais à une nouvelle salve de vomi gluant et j'avais donc pris soin de m'équiper en conséquence.

Sans m'attendre le moins du monde au dénouement.

Pourtant, j'étais prévenu.

C'est écrit en blanc sur fond noir, sur l’arrière de la pochette : 1. ‘Please Remain Seated’

Pfff ! Faisant fi à cette sommation, j'avance le nez haut, la narine frétillante, cherchant à humer le parfum nauséeux de la barbac refroidie.

Et donc, je suis accueilli par cette fameuse estocade.

Les larmes vibrantes au bord des cils, un filet de bave scintillant à la commissure de mes lèvres ouvertes béatement dans un sourire médusé, je me recroqueville et me laisse emporter.

Les mélodies retrouvées, le sens aventureux, le regard fièrement jeté dans le rétroviseur, l'audace jetée sur les épaules comme un manteau d'humilité et non plus comme une peau de chagrin.

Ma vue est brouillée mais j'en suis certain.

Ces ombres qui se dessinent et ondoient nonchalamment au dessus de mon squelette ratatiné, forment à nouveau le corps de ce groupe auteur par le passé de ces succès dorés, tant de fois fredonnés, maintes fois dansés.

« Enola Gay », souviens-toi ! Oui, je me souviens. J'ai failli t'oublier. Depuis, je t'avais rangé dans les allées poussiéreuses de mes archives sacrées, de celles qu'on ne ressort qu'avec respect, tentant d'oublier le mal qui a été fait.

Bien sûr, j'aurais dû m'en douter !

‘Enola Gay, it shouldn't ever have to end this way’

Et donc, OMD est revenu. Revenu venger sa mémoire. Et rappeler ce qu'ils étaient. Ceux qu'ils étaient.

Inespéré !

Un frisson me parcours l'échine. En montant. En descendant. Une salvatrice dose d'« Electricity » qui surgit de ma mémoire.

Mais le bonheur est bel et bien présent.

Car là où tout foutait le camp sur leur dernier témoignage en date, des sons antidatés, périmés, vérolés, aux compositions branlantes, branleuses, biaisées, « EE » s'offre aujourd'hui une seconde jeunesse, un vrai retour aux sources.

OMD ne semble plus courir après le futur. D'ailleurs « The Future Will Be Silent ».

OMD embrasse à pleines lèvres son passé (« Kissing The Machine »), titre composé par McCluskey et Karl Bartos en nonante trois, après le départ de Kraftwerk et qui figure sur l'album « Esperanto » de ce dernier.

OMD revient et je ne veux plus le quitter (« Stay With Me »)

OMD est redevenu OMD

La belle esthétique enfin au service de la musique, tous deux enfin réconciliés, le graphisme comme support d'une musique retrouvée et non plus présent pour sauver les meubles dans un mouvement tangiblement fossile.

Alors, pendant que je m'épanche en sincères excuses, Andy et Paul me gratifient d'une « Final Song » qui jette une poignée de sel sur cette belle plaie sucrée ouverte sur mon cœur.

‘Vous partez déjà ? Et les gars, c'est quand que vous revenez ?’

En concert, le 20 mai 2013 à l'AB.

 

Pascal Pinon

Twosomeness

Écrit par

Comptabilisant à peine 319 575 habitants, l’Islande exporte en moyenne une trentaine de groupes, sur toutes les scènes mondiales, chaque année. Autour des gros moteurs tels que Bjök, Sigur Rós, múm, Emiliana Torini…, l’île du Nord du Monde satellise une multitude de formations moins connues, dont la touche particulière participe à la magie naturelle propre aux pays scandinaves. Spécificité singulière, qu’on aime ou pas, indice d’un talent indéniable. Une féérie et une poésie uniques inspirées des paysages majestueux du Nord. Pour l’anecdote, 40% de la population islandaise se plait à croire aux elfes et aux fées. Ensuite, la nature exceptionnelle, les couleurs inédites des paysages semblent composer elles-mêmes des mélodies et créent des atmosphères uniques. Une communauté d’artistes solidaires qui collaborent régulièrement ensemble autour du génial fédérateur Jón Þór Birgisson (leader de Sigur Rós).

Pascal Pinon est un de ces artistes talentueux, moins exposé médiatiquement. A l’instar de Sóley, Ólof Arnalds, Seabear, Sin Fang, Ampop, Dead Skeletones, Gus Gus, Bang Gang and many more.

Parfois, des mélodies se conjuguent aux humeurs, aux émotions éprouvées lors de moments difficiles de la vie, suscitant des raz-de-marée émotionnels inattendus qui vous submergent littéralement. Une combinaison qui vous plonge au cœur même des profondeurs et vous guide, vous entraîne à travers les turbulences de sentiments confus. C’est alors que « Twosomeness » devient thérapie douce. Un instant suspendu aux lèvres du mystère où l’âme rejoint l’essentiel ; un instant qui efface les matins glacials et lézarde d’ajourés le ciel bitumineux. Moment précis où le soleil enfin peut darder ses rayons pour éclairer le monde de mélodies magiques et tendres.

Les voix splendides des sœurs jumelles Jófríður et Ásthildur décochent leurs armes les plus délicieuses pour peindre une atmosphère folktronica déstructurée et apaisante. Les bruits maladroits et sourds des bandes des machines et le doux bourdonnement du background renforcent une ambiance captivante et claustrophobe. Effet tout particulièrement palpable sur le délicieux « Evgeny Kissin » appuyé de ses chœurs choraux.

« Twosomeness » : un plaisir rare et beau.

  

Piano Club

Colore

Écrit par

Les Liégeois du guilleret Piano Club ne trompent pas leur monde en choisissant le titre de leur nouvel album ! « Colore » est en effet une parfaite synthèse de pop sucrée, joyeuse et soyeuse. Hyper-mélodiques mais pas faciles ni lisses, les 10 titres annoncent enfin les premiers rayons de soleil que nous avions quasiment oubliés. Cette lumière salvatrice, d’ailleurs incarnée par ces deux trompettistes sur la pochette, annonce des jours nouveaux… Anthony Sinatra (Hollywood Porn Stars) emmène sa bande sur les traces de Phoenix et de leur euphorisant « Litzomania », c’est-à-dire vers des hauteurs qui s’attaquent purement aux émotions positives à travers des tubes efficaces et pas racoleurs. Des claviers sautillant d’« On the Wagon », en passant par les réminiscences ‘Metronomiesques’ de « Wyelm », les rythmes frénétiques et joyeux de « Me & Myself », la bonne humeur communicative d’« Ain’t No Mountain High », en terminant par l’euphorisant « A Day Like a Year »… Chaque extrait de « Colore » finira de vous convaincre de l’efficacité de l’ensemble. Et puis difficile de résister à une bande de jeune garçons clamant leur amour pour la star des 80’s, Oliva Newton-John sur l’ultra efficace… « Olivia » ! « Colore » ou l’album pop belge de 2013 ?

Les scènes du Royaume n’ont en tout cas qu’à bien se tenir car les Liégeois se produiront le 12 avril au Nijdrop à Opwijk, le 20 avril au Belzik Festival à Herve, le 27 avril Au Cercle Saint Jeanne à Ferrières, le 29 avril au Café Vidéo à Gand et dans le cadre du festival Les Aralunaires, les 3 et 4 mai.

 

Kevin Selfe

Long walk home

Écrit par

Kevin Selfe est un artiste méconnu. Et pourtant, ce Virginien a été signé par le label californien de blues notoire, Delta Groove. Il a décroché un diplôme en météorologie, à l'université de Raleigh, en 1995. Il décide cependant de tourner le dos aux prévisions climatiques, pour embrasser une carrière musicale, et tout particulièrement dans l’univers du blues et de la soul. En 97, il rejoint le groupe local Fat Daddy Band. Il y militera six ans et participera à l’enregistrement de trois elpees. Il passe alors chez Little Rodger & The Cheap Thrills. En 2005 enfin, il fonde son propre groupe, Kevin Selfe & The Tornadoes. Au cours de sa carrière, il a accompagné des légendes comme Eddie Clearwater ou Carey Bell.

La formation grave un premier opus en 2006, "Selfe-Contained". Il s’établit alors à Portland, dans l’Oregon et remonte ses Tornadoes. Le combo publie "Playing the game", en 2009. Kevin se réserve le chant, la guitare et l’harmonica. Il est soutenu par le drummer notoire Jim Bott (Mannish Boys, Mighty Flyers) et le bassiste Alan Markel (Insomniacs). Il signe les onze plages et assure la production du long playing.

"Duct tape on my soul" ouvre la plaque. Du west coast jump bien nerveux, cuivré et tout en swing. Le coup de balai de Bott se charge de rendre l’ensemble homogène. Selfe s’autorise déjà un envol largement inspiré par T-Bone Walker. "Mama didn't raise no fool" est une compo aussi rythmée. L'harmoniciste californien Mitch Kashmar se réserve également une sortie remarquable ; mais il est relayé par Kevin qui ne tient plus en place. Le spectre de T-Bone plane à nouveau sur "Moving day blues", un slow blues à la texane. Gene Taylor (Fabulous Thunderbirds/Blasters) siège derrière le piano. Une superbe piste, au cours de laquelle, talonnée par le front de cuivres, la guitare se débride et s'envole vers les sommets. Retour aux origines du Delta pour "Last crossroad". Un chouette boogie qui adopte un profil plus minimaliste, limité au bottleneck et à la section rythmique. Caractérisé par un riff cher au regretté Magic Sam, "Dancing girl" nous transporte dans le Westside de Chicago. Kashmar est au chant. Le solo de  Kevin est éblouissant. Une slide aux intonations métalliques contamine "Midnight creeper", un morceau de plus de 7’ qui baigne au sein d’un climat sombre et lugubre. Boogie woogie amusant, "Walking funny" est illuminé par la dextérité de Gene Taylor sur ses 88 touches en ivoire. "Too much voodoo" est sans doute la plage la plus contagieuse. La mélodie accroche facilement. L'orgue de Dover Weinberg y est sans doute pour quelque chose, mais également la guitare dont les sonorités semblent être empruntées, à Mark Knopfler au sommet de son art. "Second box on the left" baigne dans le swing et lorgne du côté de Guitar Watson sur une piste au cours de laquelle les saxophones se libèrent. "The blues is my home" opère un dernier saut dans le Delta avant de céder le relais à "Put me back in jail", un blues rocker galopant qui termine l'aventure, tel un Jimmy Reed hyper speedé …

 

Soldout

More

Écrit par

Retour gagnant pour Soldout, assurément.

Evitant l’écueil d’un enlisement prévu par certains, le duo se réinvente sur cet album en manifestant une verve synthétique mâtinée d’une sensualité à fleur de peau pour donner à ce « More », au nom plus que pertinent, une saveur bien particulière.

Entre hier et demain, sans même prendre la peine de se demander lequel choisir, Soldout choisit l’instant (« Right Now », en ouverture) et explose d’inventivité à chaque plage, nous offrant le plaisir de les (re)découvrir.

Qu’on ne s’y trompe ! Derrière chaque mélodie, au détour de chaque boucle, se dessine un travail ample et méticuleux contrebalancé par une spontanéité juvénile.

Et c’est sans doute là que réside le subtil équilibre qui régit le travail de notre duo.

Affichant une belle maturité et se drapant dans ses différentes ambiances aux nuances de gris, ce disque se déguste d’abord, puis se dévore ensuite avec bonheur.

Les yeux fermés, comme dans cet extatique moment d’orgasme que semble illustrer la pochette, se répétant à l’envi.

Arrivés à l’âge adultes, celui musical, Charlotte et David savent à présent doser parfaitement les différents ingrédients qui faisaient voici peu autant les défauts que les atouts majeurs de leur projet.

Intègres, ils s’investissent totalement dans leur travail et personne ne pourra leur reprocher de vouloir plaire à tout prix, à quiconque, même si au détour de cet elpee et des quelques dates de cette année, le succès devrait méritoirement leur ouvrir les bras, sur leur chemin.

C’est tout le mal qu’on leur souhaite!

 

Andy T - Nick Nixon Band

Drink drank drunk

Écrit par

Nick Nixon est originaire de Nashville, dans le Tennessee. C’est loin d’être un débutant, puisqu’au cours des sixties, il était un des piliers de la scène blues locale. A l’époque, il a bien connu le Band of Gypsies de Jimi Hendrix et Billy Cox. Dans les 70’s, il relevait de l’écurie Chess. Il a publié plusieurs elpees sous son propre nom. Dont "No end to the blues", en 2001, pour le label hollandais Black Magic et "Back down south", en 2005. Le présent opus a bénéficié du concours de l’Andy T Band, une formation drivée par le guitariste Andy ‘T’ Talamantez, un musicien d'origine californienne qui a beaucoup tourné en compagnie de Guitar Shorty et Smokey Wilson. Il avait collaboré à l’enregistrement de "Ready to roll", un elpee crédité à Smokey Wilson and The Andy T Band, publié en 2003.

La cover du "Midnight hour" de Clarence Gatemouth Brown baigne dans le Texas blues. La voix de Nick est puissante. Andy se révèle gratteur de grande classe. Ron Jones s’autorise une intervention au saxophone. Blues lent, "Don't touch me" est issu de la plume de Johnny Guitar Watson. Sous cette nouvelle version, Mr T ne dispense que les notes nécessaire devant le piano de Christian Dozzler (NDR : cet-ex Mojo Blues Band est de nationalité autrichienne). La voix est très expressive tout au long du titre maître, une compo signée Yom Hambridge et Gary Nicholson. "Have you seen my monkey" nous plonge dans le zydeco. L’accordéon de Dozzler s’impose, pendant qu’Andy se déchaîne sur ses cordes. Piste instrumentale, "Dos danos" est alimenté par des échanges de guitares entre Andy et le Texan Anson Funderburgh (NDR : il se charge également de la production). "No end to the blues" opère un retour dans le blues. Miss Markey et Nick se partagent les vocaux. Kevin McKendree siège derrière le piano. Et il y brille de mille feux ! Imprimé sur un mid tempo, "On my way to Texas" est une compo bouleversante. A cause des cordes d’Andy, inspirées de Freddie King. "Hi-heel sneakers" est un classique du blues signé Tommy Tucker. La voix de Nick est superbe. Anson Funderburgh assure la rythmique, dans l’esprit de Jimmy Reed. Dernier blues lent du long playing, "Life is too short" est chargé d'émotion. Mr T gratte parcimonieusement ses cordes. Anson se réserve encore la rythmique sur "You look so good", Hash Brown, l'harmonica. Une formule qui ressemble étrangement à la paire Funderburgh/Sam Myers, qui a sévi autrefois. De bonne facture, cet elpee s’achève par la cover du "I got a woman" de Ray Charles, une version dont la touche ‘tex mex’ est apportée par l'accordéon de Dozzler.

 

Justin Timberlake

The 20/20 Experience

Écrit par

On ne change pas une équipe qui gagne. Justin Timberlake, qui a mis sa carrière musicale sur pause après le carton planétaire de « Futuresex/Lovesounds », en 2006, pour se concentrer sur d’autres projets, notamment cinématographiques (Alpha Dog, The Social Network, Bad Teacher, In Time, etc.), déboule à nouveau en compagnie de Timbaland pour un troisième LP aussi laborieux qu’addictif. « The 20/20 Experience » confirme le fait que Timberlake n’est pas le genre de mec à pourrir nos oreilles pour le bien de son portefeuille. Alors qu’il aurait pu tomber dans la facilité, mot d’ordre du R’n’B commercial contemporain, Justin reprend son affaire là où il l’avait laissé, en concentrant tous ses efforts sur l’écriture plutôt que le style. Tout du long des neuf morceaux de cette nouvelle galette, on reconnaît la patte Timberlake/Timbaland entre mille.

La paire s’est amusée à édifier neuf monuments du R’n’B, pour une durée totale de 64 minutes. Comptant une moyenne de près de 7 minutes par morceaux, « The 20/20 Experience » demande à être apprivoisé avant de pouvoir en savourer toutes les subtilités. Il y a d’abord des morceaux comme « Suit & Tie », son duo en compagnie de Jay-Z, un « Let The Groove In » qui porte bien son titre, et « Mirrors », second single et sorte de « Cry Me A River » bis, qui sont de ceux qui hurlent au tube instantané. Mais également des compos plus difficiles d’approche, comme « Strawberry Bubblegum » et « Spaceship Coupe » dont la longueur paraît à priori rébarbative. Il faut donc bien deux ou trois piqûres de rappel pour succomber aux charmes de l’ensemble de ce « 20/20 Experience », disque qui rétablit Timberlake sur son trône de prince incontesté du R’n’B. Une place qui lui revient de droit, envers et contre tous les nouveaux prétendants du genre.

 

Vendetta

World Under Fire

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Forts de l’héritage légendaire d’Iron Maiden et de Judas Priest, les Britanniques nous proposent un brûlot dans la plus pure tradition de la New Wave Of British Heavy Metal. Des premiers, ils gardent les duels de guitare, l’emphase et la dimension épique, allant chercher chez les seconds l’aspect plus couillu, les riffs flirtant parfois presque avec le thrash. Préférant les mid tempos heavy aux cavalcades power, le groupe évite ainsi de lasser, et propose un troisième elpee aux ambiances graves, loin des clichés du genre. La voix d’Edward Box est plus proche de celle d’Halford que de Dickinson, même si elle évite brillamment de tomber dans la pale copie.

Pas de quoi empêcher Vendetta d’aller puiser ses influences ailleurs ; et notamment dans le hard rock, voire l’AOR par moments, à l’instar de Matchpolitik qui partage des sonorités avec le Dokken de la belle époque. « World Under Fire » est un album de métal traditionnel plus agressif que la moyenne, et c’est loin d’être un défaut !

 

Denison Witmer

The ones who wait

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Originaire de Pennsylvanie (NDR : du Lancaster plus précisément), Denison Witmer est un personnage plutôt discret. Pourtant le songwriter étasunien compte, parmi ses amis, quelques grosse pointures comme Sufjan Stevens, J.Tillman ou encore Rosie Thomas. En outre, il n’en est pas à son premier album (NDR : intitulé « Safe Away », il remonte à 1998), puisque « The Ones who Wait » constitue déjà son huitième. Une œuvre composée dans des conditions particulières. Et pour cause, l’artiste avait entamé l’écriture de cet elpee, en 2008 ; mais il a dû prendre une pause, afin de s’occuper de son père, au seuil de la mort. Ce n’est que bien plus tard, que Denison a repris le processus de composition. Le disque est d’ailleurs dédié à feu son paternel.

Personnage taciturne, Witmer n’en reste pas moins talentueux. « The ones who wait » est découpé en onze plages classieuses et paisibles sculptées dans du folk. Mais pas dans du folk morbide, comme on aurait pu le craindre. D’ailleurs, Denison ne sombre jamais dans le pathos.  

Les premières compos de la plaque proposent des pistes plus atmosphériques. L’instrumentation est soignée. La voix de Witmer est empreinte d’une grande douceur. Un peu comme chez Cass McCombs, mais sans jamais tomber dans l’emphase des derniers essais du Californien. Le disque recèle deux morceaux plus énergiques (« Influence » et « Every Passing Day »), avant d’en revenir à la forme épousée en début de parcours. 

Franchement, Witmer Denison mériterait enfin de conquérir le Vieux Continent. D’ailleurs, « The ones who wait » se consomme sans modération…

 

Blues Traveler

Suzie cracks the whip

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Blues Traveler est, à l’instar de nombreuses formations rock américaines, réputée pour ses jams. Elle aime se produire sur scène, pour y dispenser des concerts interminables, et chaque soir différents. Dans l’histoire du rock le plus célèbre est manifestement le Grateful Dead, un combo californien (San Francisco) qui a marqué de son empreinte l'acid rock des sixties. Depuis, d’autres lui ont emboîté le pas. Dont l’Allman Brothers Band, Widespread Panic, Phish et Govt Mule…

Blues Traveler est originaire du New Jersey. Ce groupe est né en 1987. A sa tête, le génial harmoniciste John Popper et le gratteur Chan Kinchla. Le line up implique également trois autres musiciens. Son expression sonore est assez complexe. Fondamentalement rock, elle invite néanmoins une foultitude d’autres courants, comme le blues, le funk, la soul, le folk ou le psychédélisme. Eponyme, son premier long playing est paru en 1990. Il faut attendre le quatrième opus, "Four", pour atteindre la reconnaissance internationale. Ce sera en 1994. Le combo se produit lors du 25ème anniversaire du festival de Woodstock, et y récolte un certain succès. Il tourne même en première partie des Rolling Stones. En août 1999, leur bassiste Bobby Sheehan, est retrouvé mort, suite à une overdose. Le band décide néanmoins de poursuivre l’aventure, en compagnie de Tad Kinchla, le frère du guitariste. « Suzie cracks the whip » constitue leur 14ème elpee, si on compte leurs trois disques enregistrés ‘live’.

"You don't have to love me" ouvre les hostilités. L’impact est immédiat. Une compo, par ailleurs, sortie en single. Tout est bien en place. Le lead vocal est enrobé de chœurs. Popper s’autorise déjà une sortie sur sa musique à bouche, en distillant très rapidement ses notes. "Recognize my friend" débute tout en douceur. Le rythme s'accélère progressivement, mais la mélodie est naturelle. On ressent le bonheur des musicos de chanter à l’unisson. "Devil in the details" baigne au sein d’un même climat empreint de sérénité. C’est Chan qui se réserve alors un billet de sorite sur ses cordes. "All things are possible" trempe dans le reggae. L’orgue de Ben Wilson se fond dans le tempo. Popper en profite pour dessiner des arabesques sur son instrument. Solide blues rock, "Things are looking up" est propulsé par les solides percussions de Brendan Hill. Le refrain est enchanteur. La machine, parfaitement huilée. Un climat propice aux envolées. Ce dont profite, sans attendre, John. La voix féminine de Crystal Bowersock  rejoint Popper sur "I don't wanna go", une plage fluidifiée par l’orgue. Tout comme sur "Nobody fall in love with me", un morceau plus pop, avant que l’harmonica ne déchire, tel un coup de tonnerre, l’univers sonore. Popper est vraiment un prodige sur son instrument. Caractérisé par les changements de rythmes parfaitement combinés, "Cover me" constitue manifestement une des meilleurs plages de l’elpee. Sautillant, le piano est insatiable, alors qu’on assiste à une nouvelle fête de la musique à bouche. Le long playing ne souffre d’aucune faiblesse. La production est soignée. L’ensemble, homogène. Et puis, il y a ce petit côté pop qui transparaît instantanément des compos. Signé Chris Barron, un ami de jeunesse de John à l’époque où Blues Traveler et Spin Doctors partageaient le plus souvent la même affiche, "Saving grace" est sculpté dans le rock…

 

Chickenfoot

Lv

Écrit par

Chickenfoot est manifestement un super groupe de hard rock. Le line up implique le chanteur Sammy Hagar, longtemps membre de Montrose et Van Halen, mais qui a également accompli une carrière individuelle. Le guitariste Joe Satriani, ensuite. Un maître technicien que l'on ne présente plus. Le bassiste Michael Anthony (ex-Van Halen) et le drummer Chad Smith (ex-Red Hot Chili Peppers) complètent l'équipe. Eponyme, leur première œuvre était sortie en 2009. La suivante s’intitulait "Chickenfoot III". Elle est parue en 2011, et il n'y a pas eu de « II »! La formation a choisi pour logo l'emprunte d’un pied de poulet (NDR : c’est également celui du symbole de la paix!) Cet elpee a été immortalisé ‘live’ et propose une face A et une B, qui naturellement figurent sur le même CD.

La première partie réunit quatre titres issus de la tournée "Different devil", opérée en 2012. A l’époque, Kenny Aronoff assurait la batterie. La première piste, "Lighten up", a été enregistrée à Chicago. Puissante, sculptée dans le hard rock, elle est entretenue par des éminents spécialistes du genre. Hagar est l'archétype des chanteurs du style, mais sa voix n’est jamais criarde. Cependant, la vedette est incontestablement Joe ‘Satch’ Satriani. Il torture sa guitare Ibanez et aligne un nombre incalculable de notes. Nous les retrouvons à Seattle quelques jours plus tard pour "Big foot", un hard rockin' blues marqué au fer rouge par la puissante section rythmique, bien à l’avant-plan. Toujours prêt à bondir, Joe maîtrise parfaitement son sujet. Dans le passé, Satriani a tourné en compagnie de Deep Purple, et on s’en rend compte en écoutant "Last temptation". Plus paisible, "Something going wrong" permet au mélomane de souffler quelque peu. La guitare de Joe est bien sentie ; il démontre ici qu’il est capable d’injecter de la sensibilité dans ses compos.

La seconde partie remonte au mois de septembre 2009. A Phoenix. Et elle est épatante. Chad Smith est préposé à la batterie. Excellente, "Oh yeah" est une plage plutôt funky, imprimée sur un mid tempo. L’intervention sur les cordes est particulièrement remarquable. Le dialogue échangé entre Sammy et Joe rappelle très fort ceux entre Plant et Page, chez Led Zeppelin! Une approche zeppelinesque qu’on retrouve tout au long de "Down the drain", "Turnin' left", "My kinda girl" et "Learning to fall", une finale tout en douceur. Ces morceaux figuraient tous sur le premier long playing…

 

Micah Gaugh

The Blue Fairy Mermaid Princess

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Si vous n’êtes pas particulièrement branchés sur le jazz, comme votre serviteur, sachez que l’écoute de cet album risque fort de vous paraître difficile. Le label français Africantape n’y est d’ailleurs pas allé avec le dos de la cuillère pour nous dénicher cet ovni musical. Pas sûr que cette publication fera grossir ses ventes, mais je ne pense pas que ce soit l’objectif de l’écurie. 

Le Micah Gaugh Trio est, vous vous en doutez, drivé par son leader, Micah Caugh, un New-Yorkais qui jouit d’une certaine notoriété dans l’univers du jazz. Au sein du trio, il assure le saxophone, le chant ainsi que le piano. Derrière les fûts, on retrouve Kevin Shea que l’on avait déjà aperçu chez Hey !Tonal ou encore Talibam. Enfin, l’Irlandais Daniel Badwell se réserve la contrebasse. Une belle brochette de musiciens. « The Blue Fairy Mermaid Princess » synthétise quatorze heures de séances d’enregistrement. Il a donc fallu opérer des choix ! Qui figurent sur cet elpee ; soit douze morceaux pour environ trois-quarts d’heure. Un sacré travail d’épuration ! Jusqu’à mi-parcours, si vous n’êtes pas allergique au jazz, l’expression sonore passe plus ou moins bien la rampe. En grattant un peu, on y décèle des mélodies et l’ensemble n’est pas trop déstructuré. Bref, c’est abordable. Passé ce cap, les événements se corsent. Personnellement, j’ai rapidement perdu pied et une forme d’ennui a commencé à m’envahir.

Techniquement, c’est impeccable. Les musicos maîtrisent parfaitement leurs instruments. Mais pour réellement appréhender leur musique, il est nécessaire d’être ouvert au free jazz. A l’impro si vous préférez. Sans quoi, on décroche rapidement. 

 

The Haarp Machine

Disclosure

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En ouvrant l’album, « Esoteric Agenda » pourrait nous induire en erreur. Nous faire penser que The Haarp Machine est un énième groupe de death metal brutal et technique. Mais c’est pour mieux brouiller les pistes, car dès le milieu de la chanson, par un passage oriental plus que surprenant, elle ouvre une boîte de pandore à la richesse musicale hors du commun. The Haarp Machine est le genre de groupe qui peut tout se permettre. Il n’utilise pas sa virtuosité comme une excuse à une démonstration vaine et vide de sens, mais au contraire pour livrer un exercice de style mêlant allègrement death metal, rock progressif, jazz, musique orientale, voire classique à la faveur de chansons construites à la manière d’une symphonie. En ce sens, la formation rappelle (toutes proportions gardées) The Human Abstract, même s’il faut bien reconnaître que ces derniers sont beaucoup plus impressionnants dans leur intégration et leur maîtrise de l’aspect classique de leur musique.

Au-delà des notes, ce qui étonne chez ce band, c’est l’excellente réputation et la notoriété dont il dispose depuis plus d’un an, alors que « Disclosure » constitue son premier opus. Quelques extraits (instrumentaux) lâchés sur le net, des changements de line up survenus alors même que T.H.M. enregistrait le disque, combiné aux origines d’Al Mu’Min (NDR : guitariste et tête pensante, il est couvert d’un keffieh sur toutes les photos du groupe), et des paroles engagées, ouvertement anti-américaines, conspiratrices, (dont HAARP est justement un bel exemple) ont suffi à créer le buzz autour du premier Ep du team. Résultat, la sortie de ce premier long playing est devenu un véritable petit évènement.

Ce qui n’ôte rien à la musicalité de l’ensemble, car « Disclosure » est avant tout une aventure musicale riche et intense. Elle ne se laisse pas apprivoiser facilement tant elle est parfois complexe, mais elle devrait ravir les fans du genre.

 

H.E.A.T.

Address The Nation

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Les groupes suédois ont en commun un goût du travail bien fait. Du hard rock en passant par le death metal, le thrash, le heavy ou dans le cas qui nous occupe, l’AOR, on sait que dans la plupart des cas, un album suédois sera, à tout le moins, professionnel, bien produit, souvent bien composé et écrit. H.E.A.T. ne déroge pas à la règle, et offre ici un troisième essai fort bien construit, dans un style que ne renieraient pas les fans de Journey, Foreigner, voire Europe ou même Bon Jovi. Au programme donc, une belle collection de chansons aux refrains fédérateurs, servie par une production certes un peu artificielle (inhérente au genre), mais néanmoins efficace. Elle est signée Tobias Lindell, connu pour son travail opéré pour Europe, justement.

Cet album marque aussi l’arrivée au chant d’Erik Gronwall, loin d’être un inconnu en Suède, puisqu’il est le vainqueur de l’édition 2009 du télé crochet ‘Swedish Idol’. Pas la peine de partir en courant ! Certes, il y a plus crédible sur un CV pour un fan de classic rock ; mais il faut bien reconnaître que le timbre aigu du chanteur et son emphase contenue, qui flirte souvent avec la pop, voire la variété, sied à merveille au style pratiqué. Le combo n’hésite d’ailleurs pas à réemployer les recettes qui faisaient le succès de tous les tubes pop rock des années 80 (caractérisé par ses interventions au saxophone, « In And Out Of Trouble » ne dénoterait pas sur un album de Huey Lewis and The News !!) 

Passéiste à souhait, ultra mélodique, parfois un peu téléphoné, mais toujours efficace, Address The Nation ne trahit pas son style, s’assume très bien, et se laisse écouter avec plaisir !

 

Chuck Leavell

Back to the woods

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Originaire de l’Alabama, Chuck Leavell est pianiste. Il est âgé de 60 balais. Il a milité chez l’Allman Brothers Band, au cours des fameuses années 70. Un bon bout de temps. Il a ensuite fondé Sea Level. Depuis plus de 30 ans, il tourne en compagnie des Rolling Stones. Il a également épaulé, entre autres, Eric Clapton, George Harrison et Govt Mule. Dans ses moments libres, Chuck se consacre à ses plantations d’arbres, près de Macon, en Géorgie. Dans ce domaine, il jouir d’ailleurs d’une fameuse réputation.

Il a publié cinq albums sous son nom. Le dernier en date, il l’a sous-titré "A tribute to the pionners of blues piano", en hommage à ces pionniers qui ont tant apporté au blues, dès les années 30, à l’instar de Leroy Carr, Roosevelt Sykes ou encore Little Brother Montgomery.

Et c’est par "No special rider", une compo signée LBM que démarre l’elpee. Les rythmes sont manifestement empruntés à la Nouvelle Orléans. Créatif mais bien maîtrisé, le piano s’illustre face à une solide section rythmique. Leavell est un disciple de Leroy Carr. Il reprend d’ailleurs cinq titres du Texan. Carr était un formidable pianiste. Il s’est le plus souvent produit en duo, en compagnie du guitariste Scrapper Blackwell. Et la paire a donc aussi beaucoup enregistré ensemble. Alcoolique notoire, il est décédé alors qu’il avait à peine trente ans. Ce qui ne l’a pas empêché de graver une trentaine d’elpees.

Chuck chante d’une voix pudique, "Evening train". Keith Richards est préposé à la sèche. Danny Barnes, un multi-instrumentiste texan, capable de s’illustrer tant dans le blues, le jazz, la country que bluegrass, chante et se réserve le banjo sur "Naptown blues". Et la guitare acoustique, tout au long de "Low down dirty". Toujours issue de la plume de Carr, "Mean mistreater" est une autre adaptation parfaitement réussie. Faut dire que les parties vocales sont assurées par Miss Candi Staton, notoire dans l’univers de la soul et du gospel ; et son timbre chargé de feeling fait vraiment la différence. Memphis Slim était un remarquable pianiste de blues et de boogie woogie. Il a vécu les dernières années de son existence, en France. Johan Mayer se charge de la six cordes, sur la version très agréable du "Wish me well" de John Len Chatman. Superbe blues lent, "Losing hand" figurait au répertoire de Ray Charles. Face aux saxophones, les interventions de Davis Causey (NDR : il a joué en compagnie de Leavell, chez Sea Level) à la guitare, sont bouleversantes. Le titre maître, "Back in the woods", a été écrit par Charlie Spand, au cours des années 20. Cette compo est encore considérée aujourd’hui comme une énigme du blues. Otis Spann était l'un des plus grands pianistes du blues. Il a sévi pendant les années 50 et 60, à Chicago. Il a aussi longtemps milité chez le Muddy Waters Band. Quel plaisir de retrouver son "Boots and shoes", façonné par les cordes électriques de Keith Richard et John Mayer! Une cover de Skip James, un artiste attachant issu de Bentonia, dans le Mississippi : "If you haven't any hay". La fête aux ivoires s’achève comme elle a commencé, c’est-à-dire par un titre de Little Brother Montgomery, son plus célèbre ; en l’occurrence "Vicksburg blues" que chante et joue respectueusement Mr Leavell… Passionnant !

 

The Mahones

Angels & Devils

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Quant on évoque le punk celtique, on pense immédiatement aux Pogues. Puis à Flogging Molly, qui en s’exilant outre-Atlantique est sans doute un des responsables de la propagation du virus. Issu du Massachussetts, Dropick Murphys va en devenir un symbole. Mais paradoxalement, on parle moins souvent de The Mahones. Une formation canadienne. Issue de Kingston, dans l’Ontario, très exactement. Elle a entamé son parcours début des 90’s, et donc s’est forgé une belle expérience. Son premier elpee remonte à 1992 (« Clear The Way ») et « Angels & Devils » constitue son neuvième opus. Et si vous imaginez que ce band a mal vieilli, vous vous trompez d’histoire d’amour, car son précédent long playing (« The Black Irish ») a purement et simplement décroché le prix du meilleur album punk, décerné par l’Independant Music Award,

Dès que le cd est lancé, on s’imagine facilement participer aux agapes, dans un pub, un soir de St Patrick ; et la Guinness coule à flots. Clichés ? Certainement, mais, difficile de ne pas y penser, quand on entend ces sonorités de banjo, de mandoline, de flûte irlandaise ou encore de Bodhran (sorte de tambourin irlandais). Heureusement, leur style ne s’arrête pas ces poncifs. N’hésitant pas à puiser ses influences hors des circuits conventionnels. Et notamment chez Social Distorsion. Et même Rancid. A cause de la voix de Finny McConnel, plutôt proche de celle de

Le punk celtique old school de The Mahones a la capacité de nous mettre de bonne humeur tout en nous invitant à se défouler. Ce qui n’a pas empêché le combo de se réserver un titre mélancolique, une ballade intitulée « The Waiting

Et pour que votre info soit complète, sachez quand même que lors des sessions d’enregistrement, The Mahones a bénéficié de la collaboration de musicos issus de la scène punk canadienne. A l’instar de Ken Casey (Dropkick Murphys), Rene de la Muerte et Colin Irvine (The Brains).

 

James Montgomery

From Detroit… to the Delta

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Né à Detroit en 1949, James Montgomery est chanteur et harmoniciste. Il drive également son propre Blues Band, un groupe qu’il a fondé en 1970. Ce combo est considéré comme le leader de la scène blues issue de New England, une région sise au Nord des USA, réunissant six états dont le Massachussets, le Connecticut et le Rhode Island, entre autres! Dès 1974, il est signé par le label Capricorn, pour lequel il grave "First time out". Il a partagé la scène de nombreuses grosses pointures du blues. Et c’est avec une pointe d’émotion qu’il se rappelle s’être produit en compagnie de Muddy Waters, au Mall de Boston. Il a tourné durant plusieurs années comme membre du backing group de Johnny Winter Band. Sa discographie personnelle est assez conséquente. Si le blues créé à l'origine dans le Sud est passé progressivement dans le Nord, suite à l'émigration massive des Noirs, vers les grandes villes à la recherche du travail, on assiste aujourd’hui au phénomène inverse. Et pour cause, les amateurs de blues n’hésitent pas à effectuer un pèlerinage, à la recherche des racines. C'est ce qu'a voulu accomplir Montgomery, depuis Detroit, la grande ville industrielle, afin de retourner vers Clarksdale, au cœur du Delta.

"Intoxicated" démarre bien de Detroit. Largement cuivré par les Uptown Horns, ce R&B déménage. Solide, la section rythmique porte le souffleur qui opère sa première escapade. Contaminés, tous les musicos chantent en chœur, cette compo chargée d’intensité. Signé par l'incontournable Willie Dixon, "Same thing" nous entraîne sur la route du Sud. En acier, le rythme est imprimé par le riff de guitare amplifié de George Mc Cann. James s’autorise une sortie puissante et remarquée sur son harmonica. La slide lorgne déjà vers le Mississippi. "Little Johnny" évolue sur un tempo plus élevé, mais sur celui du chemin de fer. James est soutenu par deux anciens membres d'Aerosmith, Brad Whitford aux cordes et Joey Kramer à la batterie, mais surtout son ex-boss, Johnny Winter qui se déchaîne sur sa Firebird slide. "Motor City is burning" est un titre qui a été popularisé par John Lee Hooker. Montgomery le chante d'une voix grave proche de John Lee. Il crache ses poumons dans son instrument devant les coups de boutoir de Kramer. Séduisante, dansante, "I don't want to have a heart" est une plage légèrement teintée de funk par les cordes rythmiques de McCann. Et James en profite pour s’illustrer sur son instrument chromatique. Les percussions lourdes d'une work song et les accents métalliques de la slide ouvrent "Delta storm", avant que la compo ne glisse vers une ballade R&B bien cuivrée et rythmée. James est convainquant aux vocaux. La surprise ? Le traitement infligé au classique de Bo Diddley, "Who do you love". Un motif rythmique, hypnotique, répète nerveusement le refrain, mené comme une rap party, par le spécialiste DMC, soutenu par un accompagnement qui vire au heavy metal. Rien de tel qu’un bain dans le Delta pour reprendre ses esprits. A l’instar de "Put your money where your mouth is", dont le rythme nonchalant est entretenu par la guitare slide. La version du "Hit the road Jack" de Percy Mayfield est excellente, très personnelle et fort originale. Le tempo est enlevé. McCann est très inspiré aux cordes. Miss Charise White, une ancienne Raylette de Ray Charles, apporte son concours aux vocaux. De bonne facture, cet elpee s’achève par la brillante et bouleversante cover du "Black Cadillac" de Lightnin' Hopkins. On replonge dans le Delta, lors de cette plage, caractérisée par la présence de James Cotton en personne, qui se réserve l’harmonica!