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Aidan Moffat (Arab Strap) en featuring sur le nouveau single de ĠENN

ĠENN dévoile aujourd'hui « Jaguar Sun », un nouveau single en collaboration avec Aidan Moffat d’Arab Strap. Le titre sort au format digital ainsi qu'en 12’’ sur le label Rock Action Records, fondé par Mogwai, et accompagne l’annonce d’une tournée européenne…

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La musique, ça se passe dans l’oreille plutôt que le cerveau…

John Cummings et Stuart Leslie Braithwaite, membres de Mogwai, sont plus à l'aise derrière une guitare que devant un journaliste. Ils balbutient deux mots, se regardent et replongent dans leur mutisme... Durs à décoincer, les deux Ecossais, âgés respectivement de 21 et 23 ans! Mais on croit y être arrivé. Après avoir sué...

Evacuons d'abord la question obligée sur l'étiquette ‘post-rock’, puisque Leslie ne manifeste aucun enthousiasme à fournir une réponse: "Pff... Si les gens veulent utiliser ‘pop-music’, c'est bon aussi. Et ‘music’, tout court, me paraît encore mieux". "Avant, nous étions égoïstes, auto-satisfaits", finit par avouer John. "mais demain, nous serons des requins durs et déterminés". "Ouais," rigole Leslie "notre ambition est de devenir fameux et d'avaler la concurrence". Pour arriver à bâtir leur mur de guitares, tous deux mettent en avant les vertus du travail, presque exclusivement. "On a énormément bûché", avouent-ils, la bouche en cœur. "Et si c'était si facile, tout le monde aurait créé cette musique avant nous. Pour ‘Young Team’, notre premier véritable album, on n'avait pas assez écrit de chansons en entrant en studio. Aussi, en prenant du recul, on s’est rendu compte que le résultat n'était pas satisfaisant. Ici, on a le sentiment de s'être vraiment pris en mains, d'avoir consacré beaucoup de soin à ce projet. Ce qui, paradoxalement, nous a semblé plus facile". Ah oui? "Il doit y avoir plusieurs raisons. La principale est sans doute que nous avions enregistré ‘Young Team’ à Glasgow, une ville où on avait évidemment nos habitudes. Résultat: on n'était pas totalement concentrés. Pour la circonstance, nous sommes allés à Buffalo, près de la frontière canadienne, un endroit très tranquille qu'on ne connaissait pas. On y a bossé douze heures par jour".

Le titre de ce deuxième album, dont la sortie est imminente, s’intitule ‘Come On Die Young’. En référence au vieux mythe du rock? "Non", corrige John, "ce n'est pas vraiment sérieux. Ce titre s’inspire de l’histoire d'une bande qui a sévi plusieurs décennies dans les rues de Glasgow. Mon père en faisait d'ailleurs peut-être partie... On est vite tombés d'accord entre nous pour utiliser cette expression de gang. C'est un peu sarcastique". Après ‘Young Team’, on a encore droit à un titre incluant le mot ‘Young’. Pour insister sur leur jeunesse? "C'est une coïncidence. Oui, nous sommes jeunes. Mais le fait d'être jeune induit forcément une comparaison avec d'autres personnes, ce que nous ne souhaitons pas spécialement".

L'intervention d’Iggy

On reproche souvent à la musique de Mogwai, presque totalement instrumentale, de verser dans une sorte d'intellectualisme. Ils sont d'accord? "On n'est pas des intellectuels", intervient John, "ce qui n'empêche pas de penser. A mon sens, la musique doit d'abord être brute, émotionnelle et naturelle. Si on doit réfléchir à la musique, c'est peut-être qu'elle n'est pas aussi bonne qu'on pourrait le croire. La musique, ça se passe dans l'oreille plutôt que dans le cerveau. Malgré tout, lors des interviews, forcément, on est amenés à la théoriser. Mais ce n'est pas nécessairement sans intérêt, c'est plus intellectuel qu'athlétique en tout cas". "Au collège", continue Leslie, "j’ai dû analyser la musique classique et c'est cette étude qui m'en a éloigné. On peut réfléchir bien sûr, mais il ne faut pas aller trop loin, l'important c'est d'écouter"

Le nouvel album de Mogwai s'ouvre sur ‘Punk Rock’, un titre où on entend une sorte de discours prononcé par... Iggy Pop! "Il est très intelligent et très sage", estime John. "On a piqué ses propos lors d'une interview accordée à la  télé. Elle collait parfaitement au feeling de notre album. C'est aussi un bon résumé de notre opinion sur notre musique". "En fait", renchérit Leslie, "on avait enregistré ce morceau comme un instrumental. On a collé le bout d'interview et le résultat sonnait impeccablement bien. C’est tout ! Non, on n'a pas demandé d'autorisation, mais on fait appel à la sagesse d'Iggy. De toute façon, ce n'est sûrement pas de notre part une recherche de profit. Alors...".

Défi et séduction

Ont-ils quand même l'impression que leur musique est accessible? "Certains éléments le sont", estime John, "Mais tout le monde possède un avis différent sur la question, non? Personnellement, je ne pense pas que le ‘country & western’ soit particulièrement accessible ; et pourtant, il y a plein de gens qui en écoute". "Parfois", précise Leslie, "on essaie d'être élémentaires, de garder les chansons en un état fort simple, mais celles-là, on ne les aime pas particulièrement. Pour moi, chaque chanson doit être un défi, et si elle n'est pas accessible au grand public, ce n'est pas rédhibitoire. Le tout est de combiner le défi et la séduction. C’est ce qui est difficile à réaliser, aussi bien d'un côté que de l'autre d'ailleurs".

On conclura l'entretien sur le côté surréaliste d'une tournée promotionnelle à laquelle le groupe est confronté pour la première fois. "On doit parfois faire face à des questions inattendues. Un journaliste américain nous a demandé un truc bizarre où il était question d'un Tampax qu'on trempait dans un verre de vodka. Je n'ai pas tout compris. Mais de toutes manières, cette question n'était pas aussi étrange que la réponse que nous luis avons réservée."

"Très souvent, lors des interviews, une question revient régulièrement sur le tapis : quand allons-nous nous décider à composer une musique de film. Mais ça, c'est quand on veut! Moi, je me verrais bien composer pour un film d'horreur ou pour un James Bond. Ou mieux encore pour un Batman réalisé par Tim Burton". Quand on lui dit que la place est prise par Danny Elfman, le visage de Leslie s'illumine: "C'est vrai que c'est un des rares bons compositeurs de musique de film".

Interview parue dans le n° 72 (avril 99) du magazine Mofo

 

The Herbaliser

Very hip hop

Écrit par

En l’espace de trois albums, tous parus sur Ninja Tune, Jake Wherry et Ollie Teeba se sont construit une réputation des plus festives. Si leur formation ne s’appelle pas The Herbaliser pour rien, leurs prestations live (on se souviendra d’un set très chaud accordé lors d'un récent Axion Beach) y sont aussi essentielles. Curieusement, pourtant, elles sont moins hip hop que ne pourrait le laisser supposer une bonne partie de la discographie de ces deux Britons. Une impression que confirme « Very Mercenary, le petit dernier. Ollie Teeba nous en donne son explication…

Ce qui frappe d'emblée, sur ce nouvel album, c'est la quantité de rappeurs invités. A dessein?

Nous avons toujours voulu atteindre un équilibre parfait entre musique et rap. A nos débuts, nous ne connaissions qu'un rappeur. Ce qui explique pourquoi « Remedies » ne recelait qu'une plage hip hop. Depuis, nous avons eu l'occasion de rencontrer des gens, et surtout, de nous développer musicalement, donc d'affiner notre idée de départ. Musicalement, les disques de hip hop sont trop souvent simplistes et linéaires ; c'est le rappeur qui y apporte du rythme et des couleurs. Au fil du temps, nous avons acquis une grande liberté musicale que nous restituons maintenant en dessous des raps...

Et vous continuez à jouer des instrumentaux. Qui ressemblent à de la musique de film, parfois...

C'est à cause de ce que je viens d'évoquer. Mais oui, ils peuvent susciter nombre d'images dans la tête de l'auditeur. En fait, le but de notre musique est surtout de créer des atmosphères. Elle ne véhicule d’autre contenu particulier. Il y avait un grand nombre de chouettes breakbeats funky sur notre premier album ; mais il manquait cruellement ces atmosphères et ces émotions. A l'époque de "Blow Your Headphones", nous avons voulu corriger le tir en explorant cette musique, mais la plupart de nos expérimentations nous ont emmenés dans son spectre le plus sombre et étrange. Aujourd'hui, nous avons tout simplement appris à mieux nous exprimer.

Que deviennent alors toutes ces collaborations dont « Very Mercenary » s'est enrichi?

Sur scène, nous jouons essentiellement des instrumentaux, pour diverses raisons. Emmener tout ces invités nous coûterait trop cher évidemment, et puis ces périples les empêcheraient de poursuivre leurs propres activités. D'autre part, comme je l'expliquais, entraîner un rappeur dans cette aventure, restreint la liberté d'expression des musiciens Et jusqu’ici, nous sommes toujours arrivés à compenser l'absence de voix sur scène, par la richesse des musiques. Ce qui n'empêche pas l'un ou l'autre invité de nous rejoindre occasionnellement, comme les Dream Warriors à Toronto, il y a peu. Et comme nous tournons aussi en compagnie de Roots Manova, il est probable que nous lui accordions également un peu de place.

God save the rappers

L'évolution actuelle du hip bop britannique te satisfait?

Le hip hop britannique reprend du poil de la bête. Mais je ne m'attends pas à ce qu'il explose aussi aux Etats-Unis au point d'influencer leurs rappeurs ; parce que les Américains sont convaincus que le hip hop est né chez eux…

Le hip hop anglais n'a aucune influence hors d'Angleterre?

Il y a moyen d’établir un parallèle avec le rock anglais des années 50 et du début des années 60. A l'époque, il n'était qu'une imitation de la scène américaine. Même les Beatles, au départ, jouaient une sorte de r’n’nb. Progressivement, les musiciens et les auteurs ont acquis une certaine expérience qui leur a permis de développer un son britannique qui, à son tour, est parti à la conquête du monde. Les Anglais ont élaboré leur propre style de rap, leur propre manière de concevoir les beats pour donner naissance à d'autres genres. A mon avis, la jungle est née, et du hip hop, et elle a déjà fait son chemin hors de Grande-Bretagne.

Ah?

Ce constat est perceptible au sein des plus récentes productions hip hop issues de New York. Busta Rhymes par exemple, utilise des sons et des raps très rapides. Missy Elliott, c'est définitivement drum'n'bass dans un sens. Et ces sons-là sont typiquement anglais. A la fin des années 80 et au début des années 90, le hip hop britannique est devenu de plus en plus rapide, notamment au niveau des breaks, avec des gens comme Silvah Bullet, Blade, Hijack...

Quelle grosse ‘règle’ du hip hop The Herbaliser a-t-il brisée?

La plus évidente, à mon avis, est que nous utilisons de vrais instruments de musique. Mais je ne sais pas s'il faut vraiment parler de règles. En tout cas, celles qui existent sont constamment redéfinies. Prends un hip hop old school comme celui de Sugar Hill Gang : à l'époque, la technique du sampling digital n'existait pas. Les rappeurs invitaient donc des groupes à jouer pour en récupérer la musique. La situation a évolué depuis le développement du sampling. Certains me disent encore et toujours que les roots du hip hop ne comportent pas d'instruments live; c'est une connerie!

Ce qui explique la présence d’un titre comme « Who’s the realist », sur votre album...

Oui, il traite de ce type de sujet : chacun avance sa propre définition du vrai hip hop ; ce qui, déjà, enlève pas mal de sens au terme lui-même. Tout dépend finalement de l'endroit d'où tu viens et de la perception que tu en as. Pour moi, un bon hip hop, c'est un bon texte, des bons scratches et un peu de 2-toning. Pour certains, ce que fait Puffy n'est pas du vrai hip hop parce qu'il est trop commercial. Pourquoi? Les disques de Sugarhill sont commerciaux! Il ne fait rien de bien différent de « Rapper’s delight » qui est du Chic avec du rap plaqué dessus. Pourquoi ce que fait Puff Daddy ne serait-il pas du hip hop? C'est de la merde, d'accord, mais bon...

(Article paru dans le n° 72 d’avril 99 du magazine Mofo)

dEUS

Cette fois, c'est du sérieux! (archive du mois)

Écrit par

Et de trois! Transférés sur une ‘major’, les Anversois ont manifestement emprunté la voie d'un plus grand professionnalisme en concoctant "The Ideal Crash". C'est en tout cas le sujet sur lequel Tom Barman a tenu à insister. Si son groupe n'a pas définitivement troqué les robes à fleurs pour les trois pièces, il semble pourtant bien que le dEUS new look soit arrivé...

Nouvel album, contrat récent chez une ‘major’; tout baigne pour vous?

Eh bien... Nous sommes restés les mêmes! La relation avec Island est toujours bonne. Pas mal de remous ont secoué les firmes de disques, ces jours-ci. Je ne dirai pas que nous ne les avons pas ressentis, mais quand même, l'atmosphère générale a un peu changé. Beaucoup de gens ont perdu leur job, des groupes se sont fait virer. Chez Island, récemment, ils en ont mis quatre à la porte! Il faut dire aussi que nous sommes la seule formation du label à ne pas avoir éclaté complètement. Ce qui donne quand même l'impression qu'ils croient en nous. That's a good feeling!

C'est vrai que dEUS a enregistré quelques changements de line up. C'est grâce à toi que la sauce a chaque fois repris?

Comme je suis à l'origine de dEUS, c'est normal que ma présence provoque les effets les plus intenses. Mais il y a eu des moments où je n'y croyais plus. Et puis d'autres d'incroyable bonheur. Celui de tomber sur des gens aussi talentueux que Stef ou Rudy. Aujourd'hui, nous sommes six puisque Tim, de Superstars, nous a rejoints. Pour une raison bien simple: en live, nous ne pouvions pas tout jouer à cinq. Je trouve génial qu'il ait accepté d'être incorporé. Il a 22 ans, du talent et sait tout faire, des guitares aux claviers en passant par le chant et la scène où il a une présence remarquable. Et il est tout jeune. Pas que nous soyons vieux, même si Jules a déjà 40 ans, mais Tim dégage tellement d'enthousiasme que ces 8 mois de studio n'ont pas réussi à nous achever!

dEUCE!

Ce nouvel album, si l'on en croit certaines rumeurs circulant notamment sur le net, aurait dû inclure une chanson dédiée à Martina Hingis... C'était une blague?

Jeeeesus, non, c'est vrai! Mais elle ne figure pas sur l'album. Elle s'intitule "You Can't Deny What You Liked As A Child". C'est un bon morceau, plus up tempo, qui sert de face B à "Instant Street", le premier single. J'ai toujours rencontré quelques problèmes à écrire un texte de ce genre, qui est... disons, plus éclatant, que des choses plus sombres. En fait, j’étais dans l’avion pour Malaga. Et en feuilletant un magazine, je découvre une photo hyper sexy de Martina Hingis que j'apprécie beaucoup. Elle est géniale, cette tennis woman! Elle n'est pas très jolie, mais sexy. Et puisque j'ai aussi vécu une histoire de sportif (NDR : lui, c'est le squash), j'ai combiné les deux...

Tu aurais pu tomber pire! Sur une photo de Martina Navratilova par exemple...

Oui, mais son nom n'apparaît pas dans le texte, hein (rires)!

C'est la première fois que tu en consacres un à quelqu'un de bien réel?

Disons plutôt que mes chansons combinent la réalité et la fiction. Comme l'année passée a été vraiment moche pour moi sur le plan sentimental, je n'ai pas eu trop de mal à écrire. En fait, c’était comme une révélation! J’estime même que cet album constitue un grand pas en avant, tant du point de vue des paroles que du chant. Pour la première fois d'ailleurs, j'ai beaucoup travaillé les parties vocales.

Tu as suivi des cours?

Non, pas du tout, mais j'ai beaucoup bossé. Dans le groupe, nous avons toujours été critiques sur le feeling du chant. Je ne sais pas si c'est vraiment frappant, mais cette fois, je chante bien plus qu'auparavant. Les textes sont aussi plus élaborés. J'ai même vécu des moments de pure extase! Par le passé, au stade des démos, ce n'était jamais pareil. Quand j'avais une hésitation, j'appelais Craig qui est un peu mon arbitre à ce point de vue. C'est un bon écrivain, il est complètement honnête et m’indique toujours si telle ou telle phrase sonne cliché ou stupide. Voilà. Ceci dit, ce n'est pas la première fois que je consacre une chanson à une personne. En fait, tu peux chanter sur tout. Hier, j'écoutais la compo d’un groupe dont le texte parle d’une taverne et de sandwiches au thon. Et c'est un joli morceau!

dE-USA

Qu'avez-vous retiré de votre expérience américaine?

On a eu une très, très bonne presse, mais ce périple n'a rien donné. Rien! D'ailleurs, je ne veux plus jamais travailler avec la maison de disques là-bas! Mais nous nous sommes bien marrés! Nous avons joué en compagnie de Morphine, de Blur. Nous devions aussi partager l’affiche de Cake, mais la formation a finalement annulé. Les musiciens étaient épuisés. Mais, et c'est assez ironique, nous avons accordé de très bons concerts dans des petits clubs, devant 100 personnes à peine. A San Diego, par exemple; waow!

Quelles ont été les réactions du public américain en découvrant un groupe belge comme le vôtre?

Il était bien sûr conscient de notre nationalité et il a bien réagi. Mais ce qui est ironique, c'est que nous avons aussi eu d'excellentes réactions de la part des journalistes. A New York, le ‘Village Voice’ nous a consacré une page entière. Et nous avons joué de bons concerts à New York. Mais dEUS n'a rien vendu! Bien sûr, je sais que Rome ne s’est pas construit en un jour, mais entre ‘rien’ et ‘un tout petit peu’, il y a toujours une différence...

dEUS reste finalement ‘le’ groupe belge, mais il y a eu une période où tu souhaitais en voir davantage. Ce n'est toujours pas le cas, dirait-on...

Tu rigoles? Et K's Choice? Bon, ce n'est pas à moi de déterminer au sein de quel créneau ils évoluent, mais en tout cas, c'est un grand groupe belge. Soulwax marche pas mal non plus. Ils fonctionnent bien en Wallonie? C'est timide? Ah... Et Zita Swoon? En tout cas, moi je trouve qu'il y a beaucoup de bons groupes. Et qu'ils durent. Au début des années 90, on a cru que le milieu allait éclater en une foule d'artistes ; mais ce dénouement ne s’est jamais produit, même si on a pu penser le contraire à un certain moment... Prends Dead Man Ray; ils vendent beaucoup d'albums. Soulwax aussi, comme Zita Swoon. D'accord, à une certaine époque, c'était dEUS et point final. Mais c'est fini, aujourd'hui. Quand je vais assister aux concerts de ceux que viens de citer au Vooruit, c'est sold out! Bien sûr, ce sont des groupes qui ne se rendent pas souvent à l'étranger, parce que la maison de disques... parce que blablabla... On connaît les raisons. Et donc, forcément, en dehors de la Belgique, c'est encore K's Choice et nous. Et Hooverphonic.

Tu as pu suivre tout ce qu'on réalisé tes ex-collègues de dEUS?

Ouais, bien sûr. Bon, Rudy, je ne peux pas le suivre parce qu'il sort trop de disques. Mais oui, bien sûr... On se voit aussi souvent... De plus en plus en fait; à un moment, ils étaient en Belgique et moi constamment en tournée. Aujourd'hui, Stef et moi sommes tous les deux à Anvers, et je le vois chaque semaine.

Will & les autres...

Tu étais un grand fan de Will Oldham; c'est toujours le cas?

Oui, absolument! Son dernier album, je n'écoute plus que ça! Je m'endors chaque soir avec! Textuellement, il va de plus en plus à l'essentiel. A ses débuts, ce n'était pas le cas, mais maintenant, c'est vraiment joli. J'adore ses textes. C'est le meilleur; tout simplement!

D'autres auteurs t'inspirent de la sorte?

Oui, Beck! On parle toujours de son show et de ses samples, mais jamais de ses textes. C'est pareil pour Tricky dont j'aime beaucoup le style. Et hormis Palace, évidemment, il y a aussi les vieux poèmes et Randy Newman.

Tu n'avais pas un projet de collaboration en compagnie de Tricky?

Je l'ai rencontré à quelques reprises. C'est un mec très étrange. En fait, c'est lui qui avait pris contact. Mais le projet n'a jamais abouti. Et puis, c'était il y a longtemps...

Ton apparition sur l'album de Cinerex, c'est le genre d'escapade salutaire?

Oui, parce que c'est intéressant de combiner ma façon d'écrire, qui est assez vieux jeu, et leur connaissance des ordinateurs. Les deux titres que nous avons composés ensemble datent déjà un peu. J'ai écrit "One Advice, Space" avec Kelvin, ici, chez USA Import (NDR : disquaire anversois) où il travaille, après trois jours horribles qui m'ont laissé complètement cassé à tous les points de vue. Le jour où on s'y est mis, tout est sorti en une seule fois. Kelvin l'a enregistré, loopé et je l'ai proposé au groupe. Craig y a rajouté quelques éléments musicaux, et puis voilà, il figure sur l'album. J'adore ce titre!

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L'an 2000, et après?

"Je ne pense pas que dEUS vendra des millions et des millions d'albums", déclare modestement Tom Barman. "Mais je crois que nous pouvons toucher un public plus large que celui que nous atteint actuellement". Quant aux fans purs et durs, qu'ils se rassurent, le groupe ne s'arrêtera pas d'ici l'an 2000 pour cause d'envie de film manifestée par son leader, Comme le laissait sous-entendre une interview parue dans ‘Humo’. Cette envie est cependant toujours présente: "C'est un projet sérieux, même si je n'aime pas trop en parler parce que ça fait ‘plan de carrière’. Mais j'y tiens. Je tourne des clips, je viens d'achever un court-métrage, j'ai collaboré à la création d'un opéra, donc oui, j'y tiens absolument". L'une des principales préoccupations de notre homme pour les mois à venir sera par contre sa... santé! "J'ai eu de gros problèmes de dos l'an dernier, notamment une hernie atroce. Il paraît que cette situation est consécutive à l'arrêt brutal d'un sport intensif. Et probablement aussi aux cigarettes, à la bière et à une vie irrégulière. Finalement, la santé, c'est le plus important".

The Ideal Crash

Huit mois de dur labeur, en Espagne notamment, auront été nécessaires au groupe pour accoucher de cet officiel troisième album studio. Passé le cap des problèmes techniques (dEUS a commencé par des démos fignolées), l'enregistrement final s'est achevé sous la houlette de David Bottrill (Tool, Real World) dont la patte est, le moins que l'on puisse dire, caractérisée par une grande maîtrise technique. "Nous cherchions effectivement un technicien confirmé plutôt qu'une force artistique", explique Tom Barman. "Nous souhaitions un album qui sonne mieux, plus plein dans toutes les zones du spectre auditif". D'où la présence, discrète, d'un quatuor à cordes et d'un certain nombre de plages plus calmes. D'une certaine manière, sur plastique comme sur scène, dEUS semble être devenu plus pro. En septembre 98, au Botanique, certains auront peut-être trouvé les Anversois trop parfaits, mais c'est la direction qu'ils souhaitent emprunter, au risque d'avoir l'air, un jour, trop sages: "Nous avons vécu cette époque où toutes les improvisations nous semblaient cool. Aujourd'hui, nous avons envie de changer. Nous avons en tout cas appris que s'il était permis d'être nonchalants, et nous le resterons, il y avait aussi des limites. Et un public qui paie sa place de concert! Les gens se demanderont peut-être, en découvrant ce disque, où sont passés les amplis qui explosent. Mais voilà, nous ne pouvons pas toujours refaire la même chose"...

Interview parue dans le n°71 du magazine Mofo de mars 1999

 

Blondie

La Vengeance d'une Blonde

Écrit par

Ressorti du frigo après 16 ans d'absence, Blondie n'est pourtant pas un produit périmé. A plus de 53 balais, Debbie Harry collectionne encore les... cheveux, laissant au caillou de Chris Stein, la pérennité de la coupe grisonnante. Les hommes noirs qui flanquent la toujours pulpeuse ‘baby doll’ sont certes un peu plus ventripotents qu'au début des années 80, mais grâce à "No Exit", cette bande de quinquas a repris son parcours musical là où elle l'avait laissée...

Ils proposent toujours une pop légèrement aseptisée qui a du goût lorsqu'elle est bien dégelée. Avec l'âge, voilà même qu'elle en devient succulente... Alors quoi, Blondie reformé, c'est à nouveau pour pouvoir garnir le garde-manger? Et puis d'abord, était-ce difficile de faire sonner ce nouvel album comme les anciens?

Debbie Harry: Non, c'était très naturel, puisque nous avons toujours eu un son bien à nous.

Il semble un peu plus poli, plus doux qu'autrefois...

Chris Stein: C'est peut-être un peu ‘glossy’, à cause du rap qui a entre-temps percé. Pourtant, j'avoue aimer cet album, et même le préférer à certains anciens. Mais c'est vrai qu'il est moins trash que les précédents.

Est-ce un résumé de ce que vous avez fait auparavant?

Jimmy Destri: Yeah, exactement. Nous avons eu la même démarche que pour les anciens albums, c'est-à-dire que nous voulions y mettre les influences que nous avons subies. Et en 16 ans, elles ont été nombreuses.

Blondie For All

Croyez-vous bénéficier du revival punk qu'on observe actuellement?

C.S.: Non, parce que nous n'avons pas l'impression de faire du revival mais de reprendre notre travail là où nous l'avions laissé. Les Sex Pistols m'ont déçu quand ils se sont reformés ; je pensais vraiment qu'ils allaient entrer en studio pour pondre un nouvel album. La différence entre la musique des Pistols et la nôtre, c'est que la leur est plus limitée en terme de hits. Et puis, Blondie pratique des musiques multiples comme le ska, la dance... Tous les genres qui nous viennent à l'esprit se retrouvent dans ce disque.
D.H.: La chanson qui traite, par exemple, des vampires se voulait une contribution de Blondie à la scène gothique. Pour nous, Coolio était le choix évident pour interpréter le côté rap de celle-ci.

Tu te considères comme la mère du rap?

D.H.: Oh yes (rires)! Non!
C.S.: Yo! Mother!
D.H.: Quelque part, je suis très fière du fait que nous ayons contribué à en faire quelque chose de légitime et de populaire. Mais je pense que le rap était tellement puissant qu'il y serait parvenu sans notre intervention. C'est tout simplement arrivé plus tôt grâce au succès de "Rapture".
Clem Burke: Pour ma part, j'ai contribué à une chanson reggae et un morceau plus jazzy inspiré du travail de Debbie chez les Jazz Passengers.

Qui espérez-vous ce disque va-t-il intéresser ? Les gens qui avaient 20 ans en 82 ou... 

C.S.: Tout le monde et chacun! J'espère que ce disque touchera des gosses qui n'ont jamais entendu parler de Blondie. Notre désir le plus cher est d'apercevoir plus de kids dans les salles. Mais beaucoup de gens viennent aussi nous voir parce que durant notre première époque, nous étions un groupe assez limité en termes de concerts et beaucoup de fans n'ont jamais eu l'occasion de nous voir jouer live. Mais le public des premiers rangs semble déjà plus jeune que celui qui se tient derrière... C'est le Blondie Viagra Tour (rires)! D'ailleurs, on est tous sous Agra, sauf Debbie bien sûr!

Vous sentez-vous toujours Blondie, comme à l'époque, lorsque vous montez sur scène ?

C.S.: Oui! Malheureusement, la réalité est très différente (il se marre)!

Debbie dans le ‘Muppet’

Debbie, ton rôle dans les Jazz Passengers était-il très différent de celui que tu as au sein de Blondie?

D.H. : Oui. Ma position était plutôt celle de l'artiste invitée. Leur routine était établie depuis 11 ans. Sur la scène jazz, c'est plutôt un groupe culte sur lequel le succès populaire a peu de prises. C'est donc un univers totalement différent du milieu rock. En termes d'idéologie aussi: leur vie est véritablement dédiée à la musique. Ils pensent vraiment que la pop music n'est qu'une blague. C'était donc très facile pour moi, et très élégant aussi puisque que je n'avais qu'à penser à la musique et me considérer comme une artiste. Formidable!

Blondie avait beaucoup plus de succès en Europe qu'aux Etats-Unis...

J.D.: Sauf à New York, notre ville. Mais c'est vrai, beaucoup de gens du Midwest croyaient que nous étions un groupe anglais. Nous appartenons à la pop culture. Chris et Debbie étaient très proches d'Andy Warhol.

Voyez-vous un lien entre vous, Sonic Youth et les Pixies, un autre groupe américain plus populaire en Europe qu'aux States?

D.H.: Oui, bien que nous ayons eu plus de succès aux States que les Pixies. Mais nous avions une collection de chansons plus variées, certaines marchant là-bas et pas du tout ici, et inversement. "Denis", par exemple, a cartonné ici mais n'a rien fait aux States.

Debbie, quels souvenirs as-tu de ton travail en compagnie d’Iggy Pop? Ensemble, vous aviez enregistré "Swell Party" de Cole Porter...

D.H.: J'adore travailler avec lui! C'est un type formidable et une inspiration pour tous!
C.S.: Oui, moi j'ai de grands souvenirs de l'enregistrement de "Zombie Birdhouse", l'album d'Iggy Pop auquel j'ai participé. Nous avons de terribles souvenirs des premières parties que nous faisions pour lui dans les années 70.

Debbie, de quoi es-tu la plus fière: d'avoir travaillé comme Bunnie dans un bar ou d'être apparue dans le "Muppet's Show"?

D.H.: D'avoir participé à l'aventure du "Muppet's Show", bien sûr. Les Muppet's constituaient une expérience fabuleuse. Jim Henson était génial, à la fois très créatif et professionnel. C'était instructif de voir comment il travaillait. Les marionnettistes avaient de si jolies mains et n'arrêtaient pas de parler entre elles d'ailleurs.

Interview parue dans le n° 71 de mars 99, du magazine Mofo.

Garbage

Etat des lieux

Remplir Forest National après avoir seulement sorti deux albums, n’est pas à la portée de tout le monde. C’est pourtant la performance que vient de réussir Garbage. Faut dire que depuis quatre ans, le quatuor a beaucoup tourné, sans jamais oublier la Belgique. Et que malgré son succès, il n’a pas attrapé la grosse tête. Ce qui explique, sans doute pourquoi, il attire la sympathie, aussi bien du public que des médias. Leur simplicité et leur gentillesse sont plus que légendaires. Il serait d’ailleurs malheureux de ne pouvoir se forger une opinion, lorsqu’on a la chance de les rencontrer pour la quatrième fois. Pas le temps, cette fois, de parler de la pluie et du beau temps. Quinze minutes nous étaient imparties. Butch Vig et Steve Marker ont donc fait le maximum pour nous dispenser une interview à la fois riche et intense…

Dans quel état d’esprit êtes-vous quelques heures avant d’accorder un concert dans une des plus grandes salles de Belgique?

S.M. : C'est incroyable. Lorsque nous avons commencé à booker la tournée, c’est un des premiers endroits à avoir été sold out! Nous devons compter une foule de fans, ici, en Belgique.

N'avez-vous pas parfois peur d'être dépassé par la situation? Comment faites-vous pour garder la tête froide?

B.V. : Ce n'est pas facile du tout (rires). Heureusement, nous avons de la bouteille. Nous ne sommes pas forcément plus malins, mais nous avons en tout cas cette faculté de pouvoir garder les pieds sur terre, quand les événements se précipitent autour de nous. Et nous l’avons démontré tout au long des nombreux concerts que nous avons accordés, ainsi que lors de la sortie de notre premier album qui a cartonné un peu partout dans le monde... Des expériences auxquelles nous avons pris beaucoup de plaisir. Le groupe a ainsi pu rester très soudé, et je crois que cette ‘union sacrée’ explique notre calme au sein de la tourmente…

Vous avez beaucoup eu recours à la technologie sur votre dernier album. N'avez-vous pas peur de perdre l'élément humain dans vos chansons? Et qu'à brève échéance, les hommes cèdent leur place à des machines?

S.M. : Ce serait cool que nous puissions nous asseoir en attendant que les machines fassent tout le boulot, non? Imagine un peu que lors de l’enregistrement de notre prochain album, toute la programmation soit mémorisée sur ordinateur ; mais que lors du bug de l'an 2000, au réveillon de 99, nous perdions toutes les données, parce que toutes les machines se seraient crashées. Nous serions alors obligés de sortir un album folk, avec des guitares acoustiques (rires). Du bluegrass... de la country, parce que nous n'aurions plus accès à nos synthés...

Vous n'avez jamais joué ‘unplugged’ pour MTV?

B.V. : Ils ne nous l'ont jamais demandé. Mais nous en serions capables. Nous avons donné quelques concerts acoustiques. Avec des guitares sèches, une batterie jazz et ce genre de matériel. A Portland dans l'Oregon, notamment, devant près de 10 000 personnes. Bien sûr, nous étions plus nerveux sur scène, mais nos chansons n'ont cependant rien perdu de ce traitement.

Parfois, ça fait du bien, de jouer en acoustique?

B.V. : Oui, c'est agréable. Et puis, l'essence même de la chanson est toujours présente. Juste les guitares et la voix de Shirley.

Il y a une cover de Big Star sur le single, vous en êtes de grands fans?

S.M. : Oui, mais « Thirteen » est la seule chanson que nous n’ayons jamais jouée d'eux. C’est un grand groupe. Alex Chilton s’est toujours montré à la hauteur, aussi bien au sein des Box Tops, de Big Star qu’en solo. C'est une chanson que Shirley a toujours voulu interpréter, parce qu'elle trouvait que le texte pouvait prendre une signification différente, s'il était chanté par une femme. Peut-être que nous la chanterons ce soir, je ne sais pas encore. (NDR : ils l’ont interprétée !)

Si vous aimez Big Star, vous devez alors également apprécier Teenage Fan Club et les Posies?

S.M. : Oui, surtout les chansons des Posies.

Sur votre nouvel album, Shirley a écrit l’essentiel des textes, mais ils semblent faire référence à la vie de Butch. C'est vrai? Si oui, pourquoi?

S.M. : Tu penses vraiment que les textes ont un rapport avec la vie de Butch, alors qu'ils ont été écrits par Shirley, c'est ça? Qu'est-ce que tu en dis, Butch?
B.V. :
(Apparemment ennuyé) Lorsque Shirley nous a rejoints, les lyrics se rapportaient à des épisodes qui nous concernaient. « Version 2.0 » inaugure ses premiers textes pour Garbage. Elle en est d’ailleurs responsable à 95%. Je crois qu’aujourd’hui, Shirley se sent mieux quand elle écrit. Ils peuvent être interprétés de différentes manières selon les auditeurs. C'est vrai que certains donnent l’impression d’avoir l'air d'être écrits par un voyeur, quelqu'un qui porte un regard sur des événements qui lui sont extérieurs ; mais cette façon d'écrire relève de son interprétation personnelle. A part ça, je ne peux pas t'en dire plus (rires).

Dans la chanson « Temptation waits », Shirley clame : ‘Je suis un vampire qui attend son heure…’ Partagez-vous une même perspective gothique que celle des Cramps?

S.M. : Les Cramps? Haaaa... Nous aimons les Cramps! Mais personne ne nous a jamais posé cette question. C'est peut-être de là que nous tirons notre nom. Va savoir!
B.V. :
Ils ont toujours véhiculé cette espèce de vibration psychobilly, ce truc un peu fou. Nous possédons un de leurs clips : ils jouent dans une espèce d'asile d’aliénés, en Californie, et au bout d'un certain temps, tu ne peux plus faire la différence entre le groupe et les patients. C'est assez surréaliste. Là où je discerne un parallèle entre eux et nous c'est que Shirley a cette faculté de pouvoir se glisser dans la peau d'un personnage ; ce que ce groupe new-yorkais faisait très bien. Surtout Lux Interior.

Et ce côté gothique, alors?

S.M. : Disons que c'est un peu plus ‘tongue in cheek’, un peu ironique. Certains journalistes nous accusent parfois d'être gothiques. On a un peu de mal à les comprendre. On ne se déguise pas en croque-morts, on ne reprend pas de vielles chansons de Cure, de Siouxsie & The Banshees ou de Bauhaus. Peut-être que cette image vient de la manière dont Shirley interprète un personnage gothique. Enfin  intrinsèquement, nous sommes peut-être un peu gothiques. Mais alors un peu.

« Special » est un hommage à Chrissie Hynde des Pretenders. Que représentent les Pretenders pour vous?

B.V. : Leur premier album est absolument génial. Grand groupe, grandes chansons, Honeyman-Scott était un tout bon guitariste. La semaine dernière, nous avons joué à Wembley, c'était sold out. Chrissie Hynde nous a rejoints sur scène pour chanter « Only Happy When It Rains ». Pour nous tous, cette rencontre restera inoubliable. C’était incroyable ! Le simple fait d'entendre sa voix, et de voir comment elle a pu soulever l’enthousiasme de milliers de gens, m’a donné la chair de poule... Coup de bol, on avait mis le son bien clair, et quand on l’a réécoutée, après dans le bus, tout le monde était sur le cul. A ce jour, c’est déjà un des grands moments de notre tournée. Elle est une de nos idoles. Shirley adore sa façon de chanter, et quand elle joue de la guitare, elle a un de ces looks. Elle a toujours été un ‘role-model’ pour nous. En plus, nous avons pu discuter avec elle après le concert. Elle est vraiment gentille, très marrante et intelligente.

C'est vrai que vous avez dû payer votre place quand vous avez joué chez vous, à Madison, parce que tout le monde avait demandé une exonération?

S.M. : Nous avons dû payer notre place?
B.V. :
Non, nous avons reçu des tickets gratuits. En fait, c’était la première fois que nous jouions au Dane County Coliseum, qui est une des plus grandes salles de concert du coin. Je crois que sur la guest-list, il y avait à peu près 500 personnes. Tout le monde voulait obtenir un backstage. Cette situation a failli tourner à l'émeute. Comme le public était chaud, nous en avons profité pour tourner quelques plans de foule. C’était vraiment très intense. Après le concert, nous sommes allés dans un bar qui est un peu notre QG officieux, et là aussi c'était la folie. C'est amusant de jouer chez soi, en sachant que tous tes fans de la première heure seront présents pour t'encourager...

Garbage figurait sur une compile intitulée « Women of the 90's ». Imagine qu’il y en ait une autre qui sorte sous titre « Boys of the 90's », vous y figurerez aussi?

S.M. : J'espère! Nous ne sommes ni vraiment un boy band, ni vraiment un girl band. Nous sommes un peu des deux. Les deux perspectives sont présentes au sein de Garbage. J'espère effectivement que nous figurerons sur ces deux compilations.

Jérémy & Bernard Dagnies.

(Merci à Didier Stiers)

Version originale de l’article paru dans le n°70 du Magazine Mofo de février 99

 

Unbelievable Truth

La mélancolie, un passage obligé…

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Chez Unbelievable Truth milite un certain Andy Yorke, le frère de Thom, leader de Radiohead. Une formation née en 1993 et responsable d’une pop pleine de douceur et de mélancolie. Un peu à la manière des si belles ballades dispensées par REM ou Radiohead. Une musique imprégnée d’émotions, de fragilité et de chaleur que le trio tente de faire partager avec son public. L’an dernier sortait « Almost here », un premier album tout simplement splendide. Une des nombreuses raisons qui nous ont poussés à s’intéresser de plus près à une future locomotive de la pop anglaise et qui est déjà une révélation à nos yeux. Nigel, batteur et producteur du groupe nous donne ses impressions quelques mois après la sortie de l’album.

-  Sur certaines compositions de votre premier album, "Atmosphere", vous avez introduit une section à cordes. Pourquoi avoir opté pour de tels arrangements?

J'aime ce type de formule, même si je ne suis pas enclin à en abuser. Pour certaines chansons, le violon semblait être la meilleure solution. Une section à cordes procure une atmosphère à la fois étrange et délicate…

-  Pourquoi la mélancolie est-elle considérée de manière si positive chez Unbelievable Truth?

Je crois que tous les membres du groupe partagent ce sentiment. Nous avons tous eu des expériences quelque peu douloureuses. La mélancolie n'est pas négative. C'est davantage une émotion qui vous en procure d'autres... encore plus intenses. Je pense malgré tout qu'il y a une différence entre la mélancolie et la tristesse. Les sentiments de faiblesse, de pessimisme, de tristesse, d'impuissance, sont assez particuliers. Ils n'ont rien à voir avec la mélancolie qui est plutôt un passage, un processus que l'on traverse. Selon moi, la tristesse, la déprime, c'est comme une sorte de piège, de cul de sac.

-  Le nom de votre groupe, Unbelievable Truth (NDR : traduisez ‘vérité incroyable’) a-t-il une signification particulière ? Penses-tu qu’il soit impossible de découvrir la vérité ? Et cette vérité est-elle unique ?

Je suis incapable de répondre à la question. Pas mal de gens nous ont demandé des renseignements sur le nom du groupe. Unbelievable Truth, ce sont deux mots qui sonnaient bien. C'est pour cette raison qu'on s'appelle ainsi. Parfois, je me pose quand même des questions sur ce sujet... mais je n'ai pas encore trouvé de réponse. (NDR : en fait, il s’agit tout simplement du titre d’un film de Hal Hartley, sorti en 1989)

-  Apparemment, vous ne voulez pas devenir des rock-stars. Un choix délibéré?

Nous nous concentrons sur ce que nous faisons. Il y a des formations qui ne visent qu'un seul objectif, devenir d'énormes célébrités, sans aucun souci artistique. Actuellement, des groupes comme les Spice Girls ou les boys band illustrent bien cet état d’esprit. Je ne suis pas convaincu de leur souci artistique. Je pense aussi à des formations pop qui sont uniquement capables de reproduire les B-sides d'Oasis. C'est aussi une question d'argent. On veut être riche. Et un des moyens pour arriver à ses fins est de former un groupe, de sortir un disque et de se remplir les poches, si ça marche... mais après?

-  REM, Jeff Buckley, Crowded House, Nick Drake. De bonnes références pour vous?

REM a eu beaucoup d'influence sur nous. Les 3 autres un peu moins. En fait, nos références proviennent de différentes sources. Throwing Muses, par exemple, et toute la musique acoustique des USA nous ont beaucoup marqués. Le son du groupe est une combinaison de trois expériences individuelles. J'aimais écouter la musique progressive des 70's. Jason était plutôt branché ‘hip hop’. Quant à Andy, il était habitué à écouter des groupes postcard comme les Smiths, James ou Orange Juice.

-  Qu'est-ce que représente Talk Talk pour U.T.?

Andy est un grand fan des deux premiers albums de Talk Talk. Et lorsque nous avons produit ce disque nous nous sommes demandé comment ils auraient fait à notre place. Nous avons essayé d'éviter une construction trop traditionnelle des chansons, et opté pour l'introduction de petits éléments qui donnent au disque une atmosphère toute particulière.

-  Peut-on dire qu’« Amost here » soit un concept album ?

Non, ce n'est pas vraiment comme dans la musique progressive. Nous nous sommes concentrés sur la place à donner à chaque composition de l'opus. Mais je parlerais plutôt d’enchaînement plutôt que d’élaboration d'une œuvre entreprise avec l’intention d’en faire un concept album. Lorsque vous écoutez les Pixies, c'est un peu la même chose. Sans le vouloir, lorsqu'on met bout à bout chacune de leurs compositions, en partant de leur première chanson à la toute dernière de leur carrière, on a l'impression que cela forme un tout. Nous voudrions faire quelque chose de semblable. Mais je ne suis pas convaincu que cela soit une réussite totale.

-  N’est-il pas trop difficile, pour un jeune groupe, de compter pour chanteur, le frère de Thom Yorke ?

Non, pas vraiment. En fait, c’est surtout la presse anglaise qui y fait allusion. Même si Andy est le frère de Thom, nous ne faisons pas vraiment la même chose que Radiohead. Le public qui vient nous voir n’est d’ailleurs pas celui qui achète les disques de Radiohead.

-  Unbelievable Truth est un groupe plutôt intellectuel. Une attitude qui va à contresens des ensembles issus de l’actuelle scène britannique. Un commentaire ?

C’est sûr, nous sommes plus intellectuels que bon nombre de groupes anglophones. Et nous avons d’ailleurs été fortement critiqués à ce sujet. C’est une caractéristique très particulière de la Grande-Bretagne. La plupart des Anglais considèrent l’intellect comme quelque chose de mauvais. Pourtant, je crois que la qualité musicale n’a rien à voir avec le niveau d’éducation. Dans la musique, tu peux venir de n’importe quel milieu et faire quelque chose de très bien. Il n’y a pas d’obstacle pour faire de la bonne musique.

(Article paru dans le n° 70 du magazine Mofo de février 1999)

 

The B-52’s

Time capsule

Nouvelle compile pour ce groupe georgien, d’Athens très exactement, qui a marqué l’histoire de la pop/rock américaine entre 1978 et 1985. C’est à dire jusqu’au décès de son guitariste et membre fondateur, Ricky Wilson. Responsable d’une musique sucrée, insouciante, bourrée d’humour, caractérisée par un beat légèrement funk, épileptique, un orgue farfisa intrépide et un son de guitare popularisé vingt ans plus tôt par les Ventures, les B 52’s pouvaient aussi compter sur la complémentarité des vocaux juvéniles de Cynthia Leigh et de Kate Pierson, qui répondaient au débit déclamatoire de Fred Schneider. Le groupe va d’abord accumuler les hits à une cadence vertigineuse : " Rock lobster ", " Planet claire ", " Give me back my man " ou encore " Party out of bounds ". Et la liste est loin d’être exhaustive. Puis connaître une traversée du désert jusque 1988, avant de connaître une résurrection glorieuse lors de la sortie de l’album " Cosmic thing " et surtout du single " Love shack ". Commis en 1992, le très énergétique elpee " Goodstuff " coïncidera cependant avec le départ de Cindy… Bonne nouvelle, après six années d’absence, elle a réintégré le noyau. Qui s’apprête à enregistrer un nouvel album. D’ailleurs, sur cette compilation, qui réunit la plupart des tubes des B 52’s, on y remarque deux nouvelles compositions, " Hallucinating Pluto " et " Debbie ", hommage à la chanteuse du mythique Blondie…
 

 

Rocket From The Crypt

RFTC

Si Rocket from the Crypt entretient une image revivaliste empruntée aux sixties (cheuveux gominés, vêtements clinquants mais uniformisés, tatouages, attitude scénique théâtrale), musicalement ce groupe pratique un garage punk pur et dur. A l’instar de Rocket From The Tombs, formation issue de la mi-seventies, devenu légendaire faute de succès. Pour mieux situer le style de ce sextet californien, de San Diego très exactement, imaginez la rencontre entre les Stooges et Dexys Midnight Runners. Soit du métal urbain et de la soul de type " Stax ". Faut dire que si RFTC possède deux guitaristes à la dégaine féroce, il peut compter sur une section rythmique solide et viscérale, mais surtout sur deux cuivres talentueux. Un trompettiste et une saxophoniste. Ce qui donne une coloration très chaude aux hymnes sauvages, rebelles, mais également chargés d’ironie et d’humour grinçant, chantés d’une voix puissante, gutturale, par Speedo…
 

 

Stabbing Westward

Darkest days

En treize années d’existence, Stabbing Westward a consommé plus de quarante musiciens. Seule constante, la présence des membres fondateurs, en l’occurrence, Walter Flakus et Christoher Hall. Ce dernier est, en outre, l’âme et la cheville ouvrière du groupe de Chicago. Une formation qui traîne l’étiquette de formation industrielle depuis ses débuts. A cause de l’utilisation de machines et de boîtes à rythmes. Or, si sa musique fait appel à la technologie moderne, elle utilise surtout des instruments bien conventionnels, tels que guitares, basse, claviers et drums. Et ce " Darkest days " justifie ce concept, le combo y gommant (définitivement ?) toutes les allusions post Ministry ou post Nine Inch Nails pour se rapprocher du punk pop hymnique, vindicatif et tribal d’un Killing Joke…
 

 

Joy Division

Heart and soul (Box 350’)

Écrit par

Le 18 mai 1980, Ian Curtis se suicide. Un acte désespéré qui met fin à l’histoire d’une formation mancunienne pas ordinaire, mais dont l’importance ne sera vraiment mesurée que beaucoup plus tard….

Flashback. 1977, Bernard Albrecht, Stephen Morris, Peter Hook et Ian Curtis assistent à un set des Sex Pistols. C’est le déclic. Ils décident de monter un nouveau groupe : Warsaw. Après quelques concerts, ils gravent un Ep : " An ideal for living ", vinyle devenu aujourd’hui quasi introuvable. Quatre titres qui figurent sur le troisième volume de ce box, en compagnie de plusieurs inédits, de ‘Peel sessions’, de démos et de raretés. Le disque n’a guère de succès et le quatuor adopte un autre nom : Joy Division. Un patronyme qui ne fait pas l’unanimité au sein de la vox populi. Parce qu’il évoque implicitement un quartier de prostituées réservé aux gardiens des camps de concentration, durant la deuxième guerre mondiale. Le combo cultive, en outre une image noire, décadente, ambiguïté qui lui vaudra d’être assimilé à l’extrême droite. Ce que les musiciens réfuteront toujours, expliquant que leur attitude est destinée à faire passer une certaine idée de l’angoisse et du désespoir. Plus qu’une idée, un sentiment ! Partagé par leur environnement direct. Faut dire, qu’à l’époque, tout comme Liverpool et Birmingham, Manchester est sinistre et sordide. Peuplée de chômeurs, d’alcooliques invétérés. Tous victimes de la récession économique. Un tableau si bien illustré par ces détestables usines désaffectées. On comprend mieux pourquoi le ton d’" Unknown pleasures " est aussi désespéré, tellement amer. " Glass ", " She’s lost control " et " Interzone " reflétant particulièrement ce climat froid comme le marbre…  Cette œuvre est ici intégralement reproduite sur le premier tome de ce box ; mais enrichie, pour la circonstance, de titres posthumes, certains remasterisés, et puis du single " Transmission ", réponse au nihilisme d’ " Anarchy in UK " des Pistols.

Ensuite les événements vont se bousculer. Joy Division sort son premier chef d’œuvre, " Love will tear us apart ", une chanson qui paradoxalement n’entrera dans les charts qu’après la mort de Curtis. C’est à peu près à cette époque que le label Factory lance le second album studio, " Closer ". Un journal intime partagé entre incantations lourdes d’angoisse et de sensibilité (" The eternal ") et poussées de fièvre, d’agressivité (" Atrocity exhibition "). Un épisode retracé sur le deuxième volume de ce box et étendu à d’autres inédits, le fameux flexi-disque " Komakino-Incubation ", pressé à l’origine, à seulement 25.000 exemplaires, ainsi qu’à sept extraits de " Substance ", compile parue en 1988.

Ian Curtis, leader charismatique, écrivain talentueux, torturé par les visions pessimistes de Kafka sur le XXème siècle, de plus en plus souvent en proie à des crises d’épilepsie, met un terme à son existence, et en même temps à celle du groupe. Il entre ainsi dans la légende de l’histoire du rock’n’roll, à l’instar de Jim Morrison, Hendrix et bien d’autres ; avant d’être imité près d’un quart de siècle plus tard par un certain Kurt Cobain. Mais était-il indispensable de couper le cordon ombilical avec la vie pour assurer sa pérennité ? Nous en doutons. Pire, en général, ce genre d’acte n’a jamais profité qu’aux nécrophages…

Bonne initiative, le box évite de revenir sur " Still ", document " live " aussi brouillon que dispensable. Mais n’oublie pas les prestations en public de l’ensemble. Immortalisant sur le quatrième CD des prestations accordées tantôt au " Factory " de Hulme, au " YMCA " et au " Lyceum " de Londres, et enfin au " Winter garden " de Bournemouth. Des témoignages beaucoup plus intéressants et surtout enregistrés dans de meilleures conditions. En outre, Peter Hook y a ajouté une bande démo, qu’il a retrouvé tout récemment, recelant " Ceremony ", et " I’m in a lonely place ", interprétés par Joy Division, compositions qui seront ensuite gravées par New Order. Mais là, c’est une autre histoire…