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Twin Temple, amants maudits ?

Établis à Los Angeles, Alexandra et Zachary James, mariés à la ville, publieront leur troisième elpee, « Doomed Lovers », le 23 octobre sur leur propre label, Pentagrammaton Records, distribué à travers le monde par Secretly Distribution. L'annonce survient…

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Biohazard 8/8/26
Afghan Whigs

Various Artists

Cumbia Beat Vol 3 - 21 Peruvian tropical gems

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Que de bonnes ‘vibes’ offertes par Vampisoul à travers cet excellent 3ème volet de leurs compilations « Cumbia Beat » dédiée cette fois encore aux sonorités péruviennes –originaires de Lima mais aussi de partout ailleurs dans le pays andin– enregistrées entre 1965 et 1980 au cœur de la dictature militaire locale. Ce nouveau chapitre réunit des raretés du genre, quelques ‘one-hit wonder’ irrésistibles ou des pépites de la ‘huaycumbia’ (Los Demonios de Corocochay ou Los 5 Palomillas), une sorte d’hybride entre la Cumbia et le huayno (Musique populaire péruvienne remontant à l’époque précolombienne). Les morceaux sont influencés par la Cumbia colombienne, la Guaracha cubaine ou les sons psyché anglo-saxons de l’époque formant un tout euphorisant et diablement efficace !

Bunkr

Schluss

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Bunkr est un duo basse-batterie de Chaux-de-Fonds, en Suisse. Il nous propose, sur cet LP, cinq morceaux instrumentaux bâtis sur un rock brut de décoffrage qu’on pourrait qualifier de post-post-rock delirium mêlant des phases planantes bouleversées par un déferlement rageur de guitares électriques.

Ce ‘rock-trip’ sous acide bouscule si bien les conventions qu’il est difficile de classer cet ouvrage dans un genre précis tant la composition est expérimentale et fourmille d’une myriade d’idées très susceptibles d’être incorporées dans des compos au format classique.

Ces morceaux pourraient servir de bande sonore pour des movies aux images fortes de sports extrêmes sans tomber dans l’extrême.

Les fans de jam-session et d’impro-rock devraient apprécier l’exercice vu la maîtrise des instruments et la diversité interne de ces pistes interminables.

Point de vue sonore, ce produit suisse non chocolaté est surprenant par sa qualité de mixage. A écouter au casque les yeux fermés pour s’envoler vers des contrées rock’n’roll non encore explorés. Aucune mélodie à retenir. Uniquement des impressions sonores qui résonnent en échos dans votre cerveau désarçonné…

En résumé, cet opus à premier abord ardu à analyser distille son originalité au fil des écoutes. Bien que sceptique au départ, il faut avouer que la créativité des deux artistes fait tout doucement son chemin. Sûr que ces Helvètes ne laisseront pas indifférents lors de leurs prestations publiques qui, à mon humble avis, seront encore plus percutantes.

Certains aimeront. D’autres détesteront.

”Mondo Delirium” : (08:02)  annonce la couleur en ouvrant les portes du délire. Mystérieux au départ et explosif à l’arrivée.

”Schluss” : (09:18) évoque une longue descente en snowboard finissant sur des rochers.

”Truand” : (05:56) commence relax et se termine par le braquage de vos tympans. Un final en vrai hold-up sonore.

”Fou Outil” : (09:17) plus conventionnel dans l’approche, il pêche par sa longueur futile.

”Vautour” : (12:02) titre le plus psychédélique. Il commence tel un vautour planant au-dessus des cimes cherchant une victime. Il réussira par son ambiance à vous capturer dans ses pièges sonores.

Bonnie Tyler

Between The Earth And The Stars

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Bonnie Tyler, chanteuse galloise, née le 8 juin 1951, surnommée la ‘Rod Stewart’ féminine, à cause de sa voix particulièrement rocailleuse, possède son palmarès des hits comme “It’s a Heartache” (1977), Total Eclipse of The Heart” (1983) ou encore “Holding Out For A Hero” (1984).

Malgré une sortie régulière d’albums, il faut avouer qu’hormis ces trois succès, elle n’a pas publié de chansons susceptibles de défier l’éternité par-delà la Manche.

Elle représente le Royaume-Uni en 2013 au ‘Concours Eurovision de la Chanson’ mais n’y laissera pas une trace indélébile en décrochant une dix-neuvième place sur vingt-cinq.

Elle nous propose cette année “Between The Earth And The Stars”, un LP sorti en mars dernier, mais passé relativement inaperçu.

Restons les pieds sur terre. Des stars comme Rod Stewart (son pendant vocal), Cliff Richard (Shadows) et Francis Rossi (Status Quo), ont été invitées lors des sessions d’enregistrement. Seul ce dernier y apporte une intervention remarquée.

Les nostalgiques des voix torturées y trouveront ici leur compte. Bonnie Tyler a toujours ce timbre rauque si caractéristique qui reste son attrait et son atout majeur.

On épinglera quand même “Someone’s Rockin’ Your Heart”, au cours duquel Francis Rossi des Quo appose sa touche salutaire.

Le groove de l’ultime plage a également de quoi charmer, et deviendra vraisemblablement un des morceaux de l’elpee les plus ‘streamés’ sur Spotify, Apple Music, Deezer and co. Il faut avouer que ce morceau sauve un peu l’aventure.

Si ce long playing est d’une qualité sonore évidente, ignorés des radios, il rame un peu à contre-courant des tendances actuelles. Bien sûr, il y a toujours la voix incontournable de Bonnie, mais finalement, cet album est uniquement destiné au fans…

W-Festival 2019 : dimanche 18 août

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C’est déjà le 4ème et dernier jour de ce festival, mais le premier pour votre serviteur qui découvre le nouveau site. Et malgré les nombreuses critiques qui se sont abattues sur ce choix, force est de constater que celui-ci convient bien mieux à la météo fort capricieuse de ce week-end. Ce qui frappe également, dès qu’on franchit l’entrée, c’est cette piste de danse à ciel ouvert, sise face aux portiques, où une bonne trentaine de festivaliers dansent en permanence.

Néanmoins, lorsqu’on est tournaisien, cet événement, on aurait préféré qu’il se déroule encore à Amougies, car il célèbre, cette année, le 50ème anniversaire du célèbre festival ‘hippie’. Pour le remplacer, l’administration communale en a programmé un autre d’un style complètement différent, plus populaire, moins artistique, consacré aux covers bands dont Mr Cover est programmé en tête d’affiche. Cherchez l’erreur !

Bref, revenons à nos moutons, et en particulier aux Allemands de Pink Turns Blue. Et n’ayons pas peur de se mouiller, ce sera LA bonne découverte de la journée. Difficile de croire que la formation est issue de Cologne, tant la musique sonne britannique. On pense directement à Chameleons pour le côté post-punk mais aussi aux Smiths voire à Wedding Present vu son style pop/rock mélodique. Le trio n’occupe que peu d’espace sur le podium et se produit sans artifices, mais affiche une énorme maîtrise tout en éveillant beaucoup de sympathie. Un set sobre et efficace qui finalement, paraît trop court. D’autant plus qu’il va rencontrer un petit accroc technique, en fin de parcours. Les groupes se suivent ponctuellement sur la grande scène, séparée en deux parties. Et il n’y a pas beaucoup de temps mort entre deux prestations. Ce qui risque inévitablement de perturber les fins de shows, lors des soundchecks des bands qui embraient. Quand un set déborde, des auxiliaires viennent fermer les tentures. Comme au cours du dernier morceau proposé par Pink Turns Blue. Ce qui ne va pas empêcher les deux frontmen de saluer le public, mais également provoquer l’ire du drummer qui balance ses baguettes, en assistant à ce coup de force…  

Il faut aussi expliquer que c’est Peter Hook qui est ensuite prévu dans la programmation. L’ex-bassiste de Joy Division puis de New Order s’apprête à revisiter les grands classiques de ses deux formations culte. En tenue décontractée (bermuda et t-shirt narcissiquement intitulé ‘Hook’), le Mancunien est soutenu par un second bassiste, planté à sa droite et un guitariste, à sa gauche. Sans oublier le batteur et le claviériste, plantés en retrait. Mais en début de concert, Hooky utilise très peu sa basse, laissant bosser son acolyte. Il a aussi besoin de jeter de temps à autre un coup d’œil sur son chapelier. Il faut attendre « She’s lost control » pour le voir avancer sur le devant de la scène et oser ses solos de basse caractéristiques. Les tubes « Transmission » et « Blue Monday » incitent la foule à danser. Pendant « Regret », on est agréablement surpris par les voix limpides du guitariste et du bassiste, qui se transforment en choristes, évoquant la version live de l’authentique New Order. En final, « Temptation », « Ceremony » et l’inévitable « Love will tear us apart » confirment qu’on vient de vivre un show, comparable à un juke-box qui tourne en continu.

S’il a bien une formation belge qui cartonne depuis un an, et tourne inlassablement, c’est bien Whispering Sons. D’ailleurs votre serviteur avait déjà assisté à son set, 48 heures plus tôt, dans le cadre du BSF. C’est une constante, Fenne, la chanteuse, se dépense sans compter. Mais le set est quasi-identique. En outre, c’est une confirmation, il se prête bien mieux aux petites salles. On attendra donc une confirmation, à travers un futur second opus, et puis en fonction de l’évolution en ‘live’, avant de sortir les encensoirs…

Autre formation belge, mais qui célèbre ses 40 ans d’existence, Red Zebra enchaîne. Le show s’ouvre comme un défilé militaire. Peter Slabbynck est d’ailleurs habillé d’une cape de couleur kaki. Sandra Hagenaar (claviériste des Fifty Foot Combo) les rejoint ensuite le temps d’un morceau. Elle était déjà apparue, l’an dernier, au W-festival, lors du concert de Captain Sensible. Sa comparse d’Alk-a-line, Laurence, se pointe également, mais comme choriste, le temps du titre suivant. Sur « Shadow of doubt » l’ombre de P.I.L. est à peine voilée, puisque la chanson intègre une partie du refrain ‘This is not a love song’. Mais le point fort de sa prestation reste l’indémodable tube paru en 1980, « I can’t live in a living room ». L’intro qui retentit comme une sirène déclenche l’un des plus gros pogos de la journée.

On aurait aimé assister au retour de Collection d'Arnell Andrea. Malheureusement, mais il se produit sous la tente VIP et l’accès est refusé à la presse. Vraiment dommage car les spectateurs semblent très peu nombreux et on n’entend pas le moindre applaudissement de l'extérieur. Ce groupe français, proche des Cranes ou autre Christian Death en plus lyrique était, début des 90s adulés dans l'émission radio Perfecto de la RTBF 2. A noter qu’il vient de graver un nouvel opus, baptisé "Another winter".

Apoptygma Berzek est considéré comme une des valeurs sûres des festivals goth. Ce qui explique pourquoi le combo est fréquemment programmé à l’Amphi ou au Mera Luna, par exemple. Ce soir le show débute par « The weight of the world », une belle entrée en matière caractérisée par une longue intro et ses beats qui montent en crescendo en milieu de compo. La voix translucide de Stephan Groth et son look un peu androgyne font penser à Brian Molko. « Love will never die » (et son intro tirée de la cantate « Carmina Burana » de Carl Orff) retentit toujours comme un hymne. En clôture, « Until the end of the world » permet une dernière fois à la foule de s’éclater en bondissant come des kangourous. Assurément l’un des sets les plus dansants de ce festival.

Grosse déception, en revanche, pour China Crisis. Le côté pop ultra kitsch des 80’s refait surface. On pense immédiatement à la comédie satirique de Hugh Grant (‘Le come-back’) et sa caricature de tube (« Pop ! goes my heart »). Il est donc préférable de zapper pour se diriger vers la scène qui rend hommage à Olivier Daout.

Car US State of the Union s’y produit. Ce band californien est en fait originaire de Colombie. Le claviériste a d’ailleurs le tempérament chaud et quitte régulièrement sa console pour venir bondir à l’avant de l’estrade afin d’haranguer la foule. Le line up implique également un chanteur/guitariste et un batteur cool mais efficace. L’expression sonore oscille entre darkwave et synthpop, que complète quelques touches d’EBM. Des vidéos tantôt militaires, tantôt relevant de la science-fiction, sont projetées en arrière-plan. Le show est agréable à regarder, en sirotant les bières locales du stand situé à proximité (NDR : la Wieze). Un bon point d’ailleurs pour ce festival : proposer ces bières spéciales à un prix raisonnable. Ce qui n’était malheureusement pas le cas des stands de nourriture, fortement critiqués, pour les prix pratiqués.

Il est déjà presque 23 heures, et l’on approche de la clôture de ce festival. Jimmy Somerville, plutôt rare en live, va enchaîner les tubes disco. Aussi bien le dansant « You make me feel (mighty real) » enchaîné à « Tomorrow » (NDR : issu du répertoire de The Communards), en passant par « Never can say goodbye », et en fin de setlist « Don’t leave me this way », sans oublier la reprise du « I feel love » de Donna Summer, sont autant de morceaux qui ont alimenté les dancefloors de notre jeunesse. L’Ecossais (longtemps trahi par sa chevelure rousse) a eu le bon goût de s’entourer d’une dizaine de comparses. En effet, deux choristes blacks, une section de cuivres, un saxophoniste, un violoncelliste et même un contrebassiste sont parvenus à apporter une coloration vivifiante aux sonorités de claviers.

En quittant le site, on remarque la présence d’un banner qui, comme chaque année, dévoile déjà l’affiche de la prochaine édition. Il est assorti d’une intrigante annonce : ‘The moon and sun edition’. Elle est à découvrir ici

Les préventes à tarif préférentiel (early bid) débutent déjà ce 1er septembre. Attention changement de période, puisque le festival se déroulera du 21 au 24 mai, soit à partir du jeudi de l’Ascension. Qu’on se le dise ! En tout cas, Musiczine se fera un plaisir de couvrir à nouveau, cet événement.

Pink Turns Blue + Peter Hook + Whispering Sons + Red Zebra + Apoptygma Berzek + China Crisis + US State of the Union + Jimmy Somerville

Voir aussi notre section photos là

 (Organisation : W festival)

Tool

Fear Inoculum

Pré-écoute exclusive du nouvel album de Tool, « Fear Inoculum »

C'est le disque que 'Tool-e' monde veut écouter... Au-delà du jeu de mot, c'est un fait incontournable : il y a 13 longues années que les fans l'attendent, le nouvel album de Tool. Et là, on y est presque : « Fear Inoculum » paraît le 30 août prochain ! Et cerise sur le gâteau, Musiczine a été invité à une pré-écoute exclusive pour la presse du nouvel opus, dans les bureaux de Sony Music à Bruxelles.

Autant le dire tout de suite : c'est du 100% Tool et c'est un très bon cru. Les fans seront aux anges et seuls quelques critiques grincheux regretteront le manque de renouvellement du combo américain sur ce cinquième long format. ‘Never change a winning team’, n'est-ce pas ?

Produit par Joe Barresi et masterisé par Bob Ludwig, « Fear Inoculum » recèle sept longs morceaux et s'étend au total sur 85 minutes sous sa version CD. Dans la version digitale complète, figurent deux instrumentaux supplémentaires.

Mais entrons dans le vif du sujet : la chronique de cette œuvre tant attendue. La plage titulaire, « Fear Inoculum », on la connait déjà. Elle est sortie il y a 15 jours et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle place d'emblée la barre très haut. Un son de cloche tibétaine marque l'entame de ce qui peut être considéré comme une cérémonie. Car, on le sait, une des singularités de Tool, c'est de réussir à créer une atmosphère chamanique, comme si on était au milieu d'un rituel tribal. Les sons de guitare sont doux et hypnotiques et la voix de Maynard James Keenan est cristalline. Elle semble émaner d'une dimension astrale. Fidèle à une architecture sonore bien huilée, Tool ne reste pas longtemps dans la douceur mais, au contraire, fait monter l'intensité jusqu'à la déflagration post-métal dominée par le jeu polyrythmique du batteur, Danny Carey. Après de multiples méandres très 'prog', la compo s’achève par une pulsion saccadée, telle une mitraillette, à l'unisson, parfaitement dans la tradition de ce groupe hors normes. Une belle réussite, ce morceau, qui, en passant, est le titre le plus long (plus de 10 minutes) à avoir été dans le 'Billboard Hot 100 singles'.

C'est Justin Chancellor, le bassiste, qui marque de son empreinte le début de la seconde plage, « Pneuma ». Son riff sur deux cordes, communique un son inimitable. Il est relayé par Adam Jones à la guitare dans une rythmique délicieusement syncopée. Il faut dire que Tool est spécialisé dans les mesures non-conventionnelles, principalement la 7/8. Dans cette compo, ce qui surprend, cependant, c'est le break glissé au beau milieu de la chanson : des tablas indiens et une basse carrément perchée confèrent au passage un caractère oriental très séduisant. Des volutes de synthés (eh oui !) viennent nous caresser les tympans avant qu'une progression en puissance ne cède le relais à un superbe solo de guitare. La machine à remonter le temps nous ramène ici aux meilleurs moments de la 'prog' des années '70, mais avec le son du XXIème siècle. Un pur bonheur !

A l'instar de « Descending », « Invincible » est un titre que les fans ont déjà pu découvrir en live, entre autres à Werchter. Il s'ouvre sur des arpèges de gratte qui forment comme un nœud gordien. La voix de Keenan est désarmante et pure. Elle plane dans les airs, tel un aigle royal. Mais cette plénitude est de courte durée : le thème guerrier de la piste réclame une déferlante de toms et de basses, laquelle mène au refrain. ‘Warrior Struggling...’, éructe ce diable de Keenan. Dans le désormais classique 'break' inséré à mi-parcours, on retrouve un synthé qui, cette fois, ose une mélodie très accrocheuse, sur laquelle Keenan vient déposer un chant trafiqué au vocoder. Audacieux et ensorcelant !

« Descending » nous plonge tout d'abord dans les vagues d'un océan. On espère alors un changement d'atmosphère et de style mais, malheureusement, la structure de la composition reste en grande partie semblable à celle des plages précédentes. On apprécie néanmoins la précision chirurgicale manifestée par les quatre musiciens pour construire les passages les plus progressifs, ciselant avec maestria une sorte de cubisme sonique, déstructuré, à la limite du déséquilibre mais toujours harmonieux, comme une suite de Fibonacci.

Pas de doute : « Culling Voices » constitue le meilleur morceau de l'opus. Il est, en tout cas, celui qui nous a le plus séduit, à la première écoute. C'est aussi la compo la plus mélodique, et la plus calme. Après une introduction aux synthés très planante, quasi floydienne, Adam Jones égrène de jolis arpèges en haut de son manche et la mélodie créée ici par Keenan est d'une indicible beauté. ‘Psychopathy, misleading me over and over’, murmure-t-il dans un souffle. Son chant semble défier les règles du système tonal occidental, mais sans jamais les transgresser. Lentement, la chanson se développe, comme un serpent qui se faufile dans notre cerveau. Un magnifique track, qui évoque les meilleurs moments de A Perfect Circle, le side-project de Keenan.

On ne s’attardera pas trop sur l'instrumental « Chocolate Chip Trip », une 'compo' du batteur qui se résume à des sons de cloches, un loop de synthé trafiqué, au-dessus duquel le musicien s'autorise un solo poussif et sans intérêt.

Heureusement, la dernière composition de l'album, « 7empest » remet les pendules à l'heure car c'est tout simplement une bombe. Direct, comme un coup de poing asséné dans le visage ou plus métaphoriquement, comme s’il frappait immédiatement en plein cœur. Les riffs sont saturés et la voix, hargneuse. ‘There's no other like you’ s’échappe comme un cri qui sort de la gorge de Keenan. Après la bagatelle de 3 solos de guitare (NDR : ce qui semble un peu excessif !), l’album se clôture de la plus belle façon, par un impeccable unisson de tous les instruments.

En un mot comme en cent, c'est un disque superbe. Il recèle ce qui fait la quintessence de Tool depuis sa création, en 1990. On pourrait le décrire comme un labyrinthe musical qui vous guide dans un voyage transcendantal vers des mondes invisibles. Une musique, complexe, tendue, sur le fil du rasoir, semblable à  une géométrie sacrée. A chaque moment, « Fear Inoculum » inocule une joie sourde et profonde. C'est l'instrument de l'élévation de notre conscience et ça tombe bien, ‘instrument’, en anglais, se traduit par... « Tool »...

Tracklist :

  1. Fear Inoculum
  2. Pneuma
  3. Invincible
  4. Descending
  5. Culling Voices
  6. Chocolate Chip Trip
  7. 7empest

 En bonus digital :

  •  Litanie contre la Peur
  •  Legion Inoculant
  •  Mockingbeat

 Merci à Sony Music Belgium

Mise à jour du 30 août 2019: l'album est sorti! Pour écouter, c'est ici. 

 

W-Festival 2019 : samedi 17 août

Pour les fans de musique 'wave', c’est toujours un événement de retourner à Waregem. Cette ville flamande a, en effet, constitué un haut lieu de la période 'darkwave', entre 1990 et 2010. Le revival de la new-wave des années '80, qui fait recette aujourd'hui, n'était pas encore d’actualité et c'était une communauté très underground et exclusive qui se déplaçait de partout en Europe vers le Steeple, le Gaverke ou l'Expo pour communier dans le mysticisme et l'ambiance quasi-occulte des soirées gothiques. C'est donc avec un brin de nostalgie que nous foulons à nouveau le sol de l'Expo, théâtre des célèbres 'Gothic Festivals', à cette époque.

En ce weekend du 15 août, la salle accueille le W-Festival et c'est donc tout un symbole. Pour cette 4ème édition, exit Amougies et welcome Waregem. On regrettera le côté bucolique de la plaine très 'woodstockienne' du Mont de l'Enclus mais, suivant les organisateurs, le nouveau site est mieux situé, juste à côté de l'autoroute et surtout, la ville regorge d'entreprises prêtes à délier les cordons de la bourse pour soutenir financièrement l'événement.

Aujourd'hui, c'est le 3ème jour du festival et le line up est largement à la hauteur du 'plus grand festival new-wave d'Europe' car plusieurs groupes-phares de ce genre musical se partagent le haut de l'affiche, dont Killing Joke, The Human League et Nitzer Ebb.

Mais avant d'en arriver là, un programme chargé nous attend. Il commence dès 12h30 par Sono. Ce groupe hambourgeois a la lourde tâche de réveiller les festivaliers. Créé en 2001 par Lennart A. Salomon (chant, guitare), Sono propose une musique synth-pop très mélodique, abordée dans l’esprit de De/vision et Diorama. Il n'y a guère qu'une centaine de fans devant le podium, mais l'ambiance est bonne, notamment pendant « Supersonic », un titre très accrocheur. Flanqué de deux musiciens préposés aux machines, Lannart Salomon occupe bien le devant de la scène et n'hésite pas à fustiger les festivaliers qui jouent à Tetris au fond de la salle. Pendant « Flames get higher », Sono flirte avec la musique mainstream des hit-parades et en fin de set, « Keep Control » fait parfaitement mouche, grâce à son refrain mémorable. Une jolie mise en bouche pour commencer la journée...

Sur l'autre partie de la scène, place ensuite à Schmutz, un band issu des eighties, familier des festivals régionaux. Et pour cause, il est originaire de Neeroeteren, dans le Limbourg. Drivé par le remuant chanteur Guy Peeters, il est responsable d’une power-pop mélodique qui aurait parfaitement sa place aux côtés de A Flock of Seagulls. « Life is a merry go round » provoque de la réaction dans le public, déjà nettement plus présent. Le son est puissant, plus 'rock' que sur les disques et on est ravis de voir un groupe au grand complet, qui joue à 100% en live. Bien entendu, « Love games », son hit décroché en 1984, rencontre le plus bel accueil, grâce à son intro imparable au clavier (c'est le son d'un Fender Rhodes !) et son refrain mémorable.

A peine le temps de boire une bière et Portion Control embraie. Formé en 1979, le légendaire groupe anglais se singularise par le recours au 'sampling', une technique dont il est un des pionniers, et par un son EBM assez lent, caractérisé par des touches industrielles. Inspiré par Cabaret Voltaire et Front 242, son style a eu, à son tour, une influence incontestable sur la vague 'indus' de la deuxième partie des années '80, principalement sur Frontline Assembly, Skinny Puppy, Orbital, Suicide Commando et Nine Inch Nails. Sur les planches, le show est minimaliste à souhait : uniquement Dean Piavani au chant et John Whybrew derrière les machines, tous les deux vêtus de noir, et des vidéos à l'arrière-plan. Mais la machinerie du duo est efficace à souhait : « Icon », « Last of the breed » et « Hardman » affichent un aspect lourd et hypnotique qui fascine le public. « Dead Star » entretient la pression et, en point d'orgue, comme d'habitude, « Amnesia » sert de bouquet final dans un style très proche de la new beat.

Sigue Sigue Sputnik prend le relais. Ce groupe britannique a été créé en 1982 par l'ancien bassiste de Generation X, Tony James. SSS a classé trois titres dans le top 40 au Royaume-Uni, dont le célèbre "Love Missile F1-11". De la formation originelle, il ne reste plus que Martin Degville ; et quand il monte sur les planches, suivi de son team revivaliste, Sigue Sigue Sputnik Electronic, on a carrément l’impression d’être au carnaval. Coiffé d’un chapeau à plumes colorées, Martin est habillé comme un extraterrestre cyber-transsexuel. Les premières chansons, « Rocket Miss USA », « Alien Christ », « Hey Jane Mansfield Superstar » et « Teenage thunder » plantent bien le décor : un disco-punk 100% glam, à faire pâlir de jalousie Suicide et Gary Glitter. Peu importe que le show soit kitsch à souhait, l'idée est de s'amuser : et petit à petit, le public commence à réagir. Après le plus paisible « Atari Baby » et « 21st Century Boy », on a enfin droit au titre le plus attendu : « Love Missile F1-11 ». Sorti en février 1986 et produit par Giorgio Moroder, il est devenu un succès majeur dans plusieurs pays d'Europe. Une grande partie de l'auditoire chante le refrain ‘Shoot it up ...’, traduisant cette compo en un des premiers points forts de la journée !

S'ensuit une petite pause que nous mettons à profit pour tailler une bavette avec Olivier Tarabo. Le leader de Rosa Crvx nous confesse qu’il envisage la sortie d’un nouvel elpee, et qu'il pourrait être signé par Trisol. On est impatient de découvrir ce nouvel opus…

On n'attendait rien de particulier de la formation suivante dans la liste, Tyske Ludder, et pourtant on a eu une belle surprise ! Ce groupe allemand d'EBM, de ‘harsh EBM’, devrait-on plutôt dire, a sévi au sein de la vague darkwave au cours des nineties. On se souvient d'ailleurs l’avoir découvert, à l'époque, au Steeple de Waregem, si notre mémoire est bonne. Pour la petite histoire, ‘Tyske Ludder’ se traduit par ‘pute allemande’ en danois et en norvégien. Cette expression était utilisée pour désigner une femme autochtone qui avait eu des relations amoureuses avec un soldat allemand pendant la Seconde Guerre mondiale. On appréciera l'allusion, discrète, à Joy Division…

Sur le podium du W-Fest, on peut le dire, la formation teutonne à littéralement mis le feu. Emmenée par son charismatique chanteur Claus Albers, elle implique –signe particulier– deux batteurs, et l’un d’entre eux, Jay Taylor, joue le rôle de second ‘front-man’ car, bien souvent, c'est lui, qui vient au-devant de la scène pour 'chauffer' le public. Un public dont un contingent de fans ne se gêne pas pour manifester son enthousiasme. Le titre « Canossa », introduit par un irrésistible riff aux claviers, est d'une puissance étonnante. Complètement speedés (on ne sait pas à quoi), les musiciens ont l'excellente idée de reprendre « Oh La La ! » de TC Matic ; ce qui a l'heur de déclencher un beau délire dans l'Expo. ‘We Are against Fascism !’ éructe le chanteur avant que son comparse drummer n'aille faire un tour dans la fosse en emportant un de ses toms pour stimuler l'ambiance. Mission accomplie pour le combo ; et c'est carrément la folie quand retentissent les premières notes de « Panzer », le titre le plus notoire du band. Le chanteur l'interprète affublé d'un masque de Poutine sur la tête et un drapeau russe à la main. Cependant, l'apothéose est atteinte lorsque le groupe invite le public à scander « Panzer » a capella, avec juste une grosse caisse comme accompagnement. Un grand moment et, au final, un concert en forme de coup de poing !

Passer après une telle tornade, ce n'est pas un cadeau. C'est ce qu'a dû penser Darrin Huss, le leader de Psyche. Ce groupe canadien de dark synth-pop, maintenant établi en Allemagne, a entamé son parcours dans les eighties et propose une musique que l'on peut décrire comme du Soft Cell en version darkwave. Tout au long de « The Quickening » et « Uncivilized », la comparaison vocale avec Marc Almond est frappante et ce l'est d'autant plus que le gabarit de Darin Huss est comparable à celui du chanteur anglais. Sur l’estrade, le show de Psyche est sans fioritures. Aux côtés de Huss, un très discret Stefan Rabura est préposé aux machines et aux claviers et vu qu'il n'y a pas de vidéos, le point focal est concentré sur le chanteur. La setlist alterne entre titres très anciens et compos plus récentes, comme « Youth of tomorrow », sorti en 2017. Tout au long d’« Angel lies sleeping » et « Misery », Huss cherche à démontrer toute l'étendue de son registre vocal et on a peur pour sa santé lorsqu'il s'époumone au point d'en perdre son souffle. Après « Eternal », le moment est venu de ‘revenir au début des temps’ pour un touchant « Brain Collapse ». Fidèle à la tradition, Psyche termine le set par « Good bye horses », une reprise du titre signé Q. Lazzarus rendu célèbre par le film ‘Le Silence des Agneaux’, et enfin, par son 2ème. plus grand hit : « Unveiling The Secret ».

Escape with Romeo, le groupe suivant à l'affiche, constitue un changement complet de style vu qu'il pratique un rock 'dark' assez classique, quelque part entre R.E.M., Clan of Xymox et The Beauty of Gemina. Ex-Pink Turns Blue, Thomas Elbern est le leader de cette formation issue de Cologne, en Allemagne. Sur scène, il ressemble un peu à Joe Jackson, le costard et le chapeau compris. Les chansons, comme par exemple, « Helicopters in the falling rain » ou « Glitter on the snow » se distinguent par leurs arrangements soignés et, fait assez rare dans ce festival, aux solos de guitare. C'est surtout « Somebody » qui provoque le plus de réaction au sein d’un auditoire dans l'ensemble peu excité par la prestation. Le set se termine comme il a commencé, en douceur, par « It's loneliness » et le joli « Tears of Kali ».

Au lieu de monter en puissance, la programmation continue dans le mou. Et ce n’est pas la prestation de Rational Youth qui va changer la donne. Ce groupe canadien a été formé en 1980, à Montréal, par Tracy Howe, l'ancien batteur du combo punk The Normals (à ne pas confondre avec The Normal). Le line up actuel implique Howe et son épouse Gaenor. On pourrait peut-être décrire son expression sonore comme de la minimal synth véhiculant des paroles animées par une conscience politique. En ‘live’, le show est malheureusement assez décevant. Le couple accuse son âge et les compositions, que ce soit « Close To Nature », « This Side of the Border » ou « Money and Blood », sont interprétées sans relief particulier.

« Dancing on the Berlin Wall » révèle un délicieux parfum 'kraftwerkien' mais ne suffit pas à faire décoller l'ambiance. Un tant soit peu déçus, nous décidons de battre en retraite pour déguster une Kwaremont dans le fond de la salle.

C'est également de loin que nous assistons au concert suivant, celui de Mesh. Fondé en 1991, ce combo anglais propose une futurepop classique, proche d’Apoptygma Berzerk. Sur les planches, le chanteur, Mark Hockings, est toujours coiffé de son inséparable bonnet noir et son look de séducteur doit certainement toujours déclencher autant de réactions au sein du public féminin. Mais les chansons, particulièrement monocordes, ne parviennent pas à susciter notre intérêt. C'est donc sans regrets que nous décidons de faire une pause et d'aller prendre l'air, à l’extérieur… (P.B.)

Quand on parle de Lene Lovitch, on pense immédiatement à son single « Lucky number », un tube qui a tant fait danser la foule, lors de soirées dansantes de la fin des seventies et du début des eighties. Lili-Marlene Premilovich a bien encore publié l’un ou l’autre single, qui a rencontré un certain succès. Six albums aussi ! Mais progressivement, elle a plus ou moins disparu des radars, s’intéressant à d’autres formes artistiques, comme le théâtre ou la sculpture. Elle a même appris à jouer du saxophone et c’est également elle qui a écrit les paroles du plus grand hit de Cerrone, « Supernature ». Et puis, il ne faut pas oublier que son style vocal et visuel unique ainsi que ses compos expérimentales ont non seulement influencé une foultitude d’artistes, dont Nina Hagen, Dresden Dolls et même Lady Gaga, mais également la culture pop alternative. Elle s’était déjà produite dans le cadre de l’édition 2018 du W-Festival, mais un peu trop tôt dans la programmation pour votre serviteur…

Elle monte sur les planches, coiffée d’une énorme perruque de couleur rousse et vêtue d’une robe noire bordée de rubans à paillettes sur bas collants noirs. Dès qu’elle se met à chanter, son timbre vocal et ses intonations sont aisément reconnaissables. Sur les planches, elle est soutenue par un guitariste, une bassiste, également préposée aux backing vocaux, un claviériste et un drummer. Elle ôte cette moumoute à l’issue de ce premier morceau, pour laisser apparaître une chevelure de couleur jais. Si la musique emprunte un peu au punk, au post punk, à la pop, au folklore slave, les attitudes de Lene sont très théâtrales, dans l’esprit du cabaret. Ses mimiques sont particulièrement expressives, et reproduisent des sentiments de joie, sérénité, malice ou surprise. Circonstanciellement, elle souffle dans un saxophone, dans un style tour à tour musette ou free jazz. Outre « Bird song » et « Say when », elle n’en oublie pas pour autant son plus gros succès, « Lucky number » qui clôt une prestation finalement originale pour ne pas dire excentrique, parfois anarchique, mais tellement rafraîchissante…

Retour à l’electro dark wave en compagnie de Blutengel, une formation drivée par le Berlinois Chris Pohl et la chanteuse Ulrike Goldmann. Le premier possède un fameux charisme, un baryton profond. En petite tenue, la chanteuse possède une voix perçante. Sur les planches, le duo est soutenu par un guitariste, un drummer et un excellent claviériste, dont les interventions apportent une coloration symphonique à l’expression sonore, un peu comme chez Laibach. Et la foule est particulièrement enthousiaste face à un solide concert qui ne lésine pas sur les symboles traitant notamment de la mort, de l’amour, de la religion, de sexe et même de vampirisme, à travers des images projetées sur les écrans géants. Des allégories également illustrées par les lyrics mais également à travers les évolutions de la danseuse Viki Scarlet, qui apparaît même sur les planches tel un immense papillon blanc battant des ailes illuminées. Elle se déguise également en religieuse afin de s’agenouiller devant Ulrike, avant de l’enlacer et de l’embrasser langoureusement. Un set puissant, théâtral, auquel il a peut-être manqué quelques actrices, comme lors des concerts récemment accordés outre-Rhin, mais qui a déclenché une fameuse ovation en fin de parcours. Pas vraiment réceptif à ce type de musique, votre serviteur a quand même été bluffé…

Dernier spectacle pour votre serviteur, celui de Killing Joke, dont le début accuse 10 bonnes minutes de retard.

Il y a des lustres que votre serviteur n’avait plus assisté à un concert de ce combo insulaire. C’était le 17 juillet 2005, dans le cadre du festival de Dour. Et 14 ans plus tard, la musique du groupe originaire de Notting Hill n’a guère changé. Enfin si quand même. A cause du concours du claviériste, Roi Robertson (Mechanical Cabaret) dont les interventions sont plus subtiles, moins post industrielles. Coiffé d’un chapeau, il reste cependant très discret en arrière-plan. Sur les planches on retrouve toujours le guitariste Kevin ‘Geordie’ Walker, le drummer Paul Ferguson, le bassiste Martin ‘Youth’ Glover et bien sûr, Jaz Coleman, le personnage central. Cheveux noirs jusqu’aux épaules, traits déchiquetés, il monte sur scène vêtu d'une salopette bleue. Charismatique voire shamanique, chanteur à la voix cassée, rauque, inquiétante, lyrique, capable d’emprunter les inflexions à Franz Treichler (The Young Gods), il entretient une image sombre, menaçante, en grimaçant, en convulsant au rythme de la musique ou en transperçant les âmes des festivaliers d’un simple regard. Finalement, il aurait pu jouer le rôle du joker dans le film ‘Batman’. Le set est très puissant (NDR : ces infra-basses qui vous incitent à battre en retraite !) Cool, impassible, affublé d’un pantalon de training à rayures jaunes, Geordie Walker est impeccable sur sa gratte. La section rythmique broie le son au rouleau compresseur. Faut dire que la basse de Youth est un groove à elle seule ! Tribale et hypnotique, la musique de Killing Joke est noire, dérangeante, primitive et intense : elle est viscérale. Et Jaz fait son show. Il tremble de tout son être, fustige le public, l'exhorte à entrer en communion avec lui. Il vous fait croire chaque mot qu’il prononce. Mais nous délivre également un message de paix, dénonçant les conflits armés qui divisent le monde, mais en même temps craint qu'une nouvelle guerre du golfe éclate. Pas de baisse d’intensité tout au long d’un show qui a manifestement ravi les nombreux aficionados… (B.D.)

Setlist : “Tomorrow’s world “ “Wardance", “Eighties”, “Seeing red”, “European super state”, “Total invasion”, “Loose cannon”, “Exorcism”, “Pssyche”, “The wait”, “Pandemonium”.

Voir aussi notre section photos là

(Organisation : W-Festival)

Sono + Schmutz + Portion Control + Sigue Sigue Sputnik + Tyske Ludder + Psyche + Escape with Romeo + Rational Youth + Mesh + Lene Lovitch + Blutengel + Killing Joke

W-Festival 2019 : vendredi 16 août

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Lors d’un festival, il est toujours très chouette de (re)vivre une sensation de voyage à travers le temps. L’impression de parcourir quelques années en Delorean. Et cette journée du 16 août 2019 s’inscrit pleinement dans cette tradition chère à Doc Emmet Brown et Marty Mc Fly…

Dès que l’on croise les premiers festivaliers, on est comme transporté au cœur des années 80, lorsque la longueur des crêtes et la couleur de cheveux rivalisaient avec les tenues cloutées et les piercings au visage. Seul, peut-être, le nombre de tatouages en croissance exponentielle confirme que nous sommes bel et bien au XXIème siècle.

Le temps de faire valider sa place et de nouer contact avec les préposés au stand presse (très sympathiques et accueillants, par ailleurs), il faut se résoudre à abandonner Inertia et son métal progressif, en attendant donc Toyah, qui a le privilège d’ouvrir la journée de votre serviteur.

Née à Birmingham en mai 1958 (mais bon sang, quelle pêche !!!), Toyah Ann Wilcox est une sacrée ‘bombe’ d’énergie. Essentiellement connue comme la femme de Robert Fripp (depuis 1986) elle est parvenue à mener, en parallèle, une carrière d’actrice au cinéma et à la télévision (NDR : elle a même décroché un rôle dans ‘Quadrophenia’), mais a également publié 15 albums, dont « In the court of the Crimson King Queen », en 2008 (NDR : album d’ailleurs réédité en version ‘de luxe’, cette année), titre inspiré d’« In the court of the Crimson King », joyau de son mari, gravé en 1969.

S’il faut regretter quelque peu la qualité du son (on entendait très mal les backing vocals), Toyah a réussi à réveiller et tenir en haleine, pendant 45 minutes, un public encore un peu pauvre en unités.

Après « Rebel run » et « Ieya », c’est sa reprise d’« Echo beach » de Martha and the Muffins qui sonne le réveil des quelques âmes ensommeillées collées aux barrières en bord de scène. Si en plus, elle chante « Sensational » en hommage à ses fans ‘You’re sensationnal, YOUUUU’ et qu’elle est carrément déchaînée durant l’interprétation d’« I want to be free » et « Brave new world », les événements ne peuvent que bien se passer…

Très chouette moment passé en compagnie de cette artiste qui n’a rien à envier à Tina Turner en termes de ‘prestance’. En outre, elle possède une sacrée voix…

Changement de style complet en compagnie de Mlada Fronta. On passe d’une new wave bien rock à de l’électro-synthwave. Formé à l’initiative du Cannais Rémy Pelleschi (NDR : au demeurant bien seul sur les planches), au début des années 90, le projet du Français peut se targuer d’une discographie conséquente. Et pour cause, il recense la bagatelle de 15 elpees, depuis 1992. La prestation de ce vendredi se focalise sur le dernier en date, « No trespassing », ainsi que « Outrun » et « Polygon »…

Il n’y a rien à dire. C’est pro, propre et bien foutu au niveau des mélodies ainsi que du son. Rémy, noyé au milieu de ses synthés et ensevelis sous les samplers, nous sert un gig sympathique. Mais pourquoi n’échange-t-il pas un peu avec le public ? Il n’est d’ailleurs pas le seul à avoir oublié de communiquer en ce vendredi de la mi-août…

Ce reproche ne peut, par contre, en aucun cas être adressé au groupe belge resté mythique : Allez Allez !

Souvenez-vous du début des années 80, lorsque Kris Debusscher, Nico Fransolet, Serge Van Laeken et Sarah Osbourne mettaient le feu aux pistes de danse au son de leur titre éponyme « Allez Allez »…

Malheureusement, lorsque Sarah la Britannique, fila à l’anglaise, il ne restait plus beaucoup de souffle au groupe, pourtant auteur de 2 albums à succès : « African Queen » en 81 et « Promises » en 83. Le ressort semblait brisé.

Lorsqu’il publie un « best of » en 2013, on imagine que la renaissance est envisagée. Mais il faudra encore quelques années avant qu’elle ne soit véritablement effective.

Et c’est pour notre bonheur ! Car Serge, allias Marka, les frères De Busscher, et Nico Fransolet ont toujours autant de dynamisme que 35 ans plus tôt. Et ils ont eu la très bonne idée d’aller chercher la Namuroise Marie Delsaux comme chanteuse. Forte d’une carrière solo, même si celle-ci s’est révélée assez courte, mais de qualité, et toute jeune maman, Marie apporte clairement un plus au band comme en témoigne son clin d’œil adressé à Donna Summer à travers « I feel love », intégré en plein refrain de « You make me feel so young ». Elle remue Marie, et elle communique son dynamisme au groupe entier, soutenue par un Marka complètement déchaîné !

Les très funky « Marathon dance », « African Queen », « Flesh and blood » et bien entendu « Allez Allez », traversé par quelques riffs hip hop et un ‘pont’ réservé au « Good Times » de Nile Rodgers font grimper la température de quelques degrés au sein d’une fosse qui commence à s’étoffer. Ça swingue sur et en dehors de la piste…

C’est ensuite au tour de Breath of Life de débarquer sur l’estrade. On attendait beaucoup de cette formation belge, fondée en 1985 à l’initiative de Giovanni Bortolin (ex Jo Lemaire + Flouze) et d’Isabelle De Keyzer. Non seulement les musiciens excellent, y compris Didier Czepzyk à la basse et Philippe Mauroy à la guitare, mais son rock gothique est agréable à l’écoute…

Les Gembloutois accordent un set de toute bonne facture au sein duquel on épinglera notamment « HIde », « Until the day », « Living in a dream », « Naomina » ou encore « Black out »…

Hélas, 3 fois hélas, au bout d’une demi-heure, la voix haut perchée d’Isabelle devient criarde, et finit par lasser…

Nous approchons de 18 heures, et le ventre commence à sonner creux. Il est temps de se restaurer un peu, car les plats les plus consistants arrivent…

Et le premier à se présenter n’est autre que celui de Blaine L Reininger, l’un des membres fondateurs de Tuxedomoon !

Il n’a pas eu une vie facile notre brave Blaine… Entre ses multiples migrations qui l’ont amené à vivre une longue période à Bruxelles, (à plusieurs reprises, il confesse son amour pour la Belgique) et sa femme décédée dans ses bras…

Mais, il possède cette force interne qui lui confère un humour stupéfiant et une capacité à se replonger constamment dans la musique, comme le prouvent ses 18 long playings solos...

S’il faut regretter amèrement l’absence d’un véritable batteur, remplacé par une boîte à rythmes, situation qui va communiquer aux guitares, des sonorités sursaturées, et au violon, bien trop fortes, sa performance est excellente. Le premier artiste de la journée à manifester de l’interactivité auprès de son auditoire et à introduire tous les morceaux par une petite histoire, une anecdote croustillante (« Dry food for my cat ») ou émotionnelle en hommage à sa défunte épouse (« Blue sleep », un extrait de son dernier opus) …

De sa prestation on retiendra quelques moments forts comme « Foreigner », « Night air », « Mistery and confusion », mais surtout les titres-phares de Tuxedomoon, et tout particulièrement « Jinx » et « No tears » durant lequel l’assemblée de quelques centaines de fans conquis reprennent le refrain en chœur.

A l’instar de Breath of Life, on espérait également monts et merveilles de la prestation du duo anglo-suisse Lebanon Hanover et malheureusement, il faudra encore attendre… Car si Larissa Inglass est mignonne, excellente musicienne et très bonne chanteuse, et si William Maybeline possède les mêmes dons musicaux, tout en affichant un côté caricatural sympathique (NDR : son accoutrement et son jeu de scène semblent sortis tout droit d’un concert de Cure de l’époque « Charlotte sometimes »), et si la cold wave très Joy Division pratiquée par le duo est plus qu’agréable à écouter, le contact entre les artistes et la foule est proche du néant. Aucun titre n’est annoncé, et les ‘thank you’ sont aussi nombreux que les cheveux sur le crâne de Tony Levin…

Très difficile d’ajouter d’autre commentaires ou de décrire ce que L.H. a interprété, hormis le magnifique « Petals » ainsi que la mort simulée par Larissa lors du dernier morceau du set, alors que William donnait l’impression d’en retirer une certaine satisfaction morbide, en sautant tel un cabri sur l’avant de de l’estrade…

Enfin, il est l’heure du show prévu par le ‘Petit’ Nik Kershaw ! Ce serait un mensonge d’avouer qu’il n’était pas l’artiste que votre serviteur attendait le plus. Bien que fan, quand on n’a jamais eu l’occasion ou saisi l’opportunité d’aller applaudir en ‘live’ le natif de Bristol, malgré ses 3 bonnes années passées en haut des ‘charts’, on ne peut plus rater l’aubaine….

En dépit d’une balance proche du tragique durant les 2 premiers morceaux (on n’entendait que les basses…), le public présent en nombre est acquis à sa cause d’emblée, et ne lui en tient pas rigueur. Surtout que dès le 3ème titre, la qualité du son s’arrange et en nous balançant « The Riddle » à ce moment-là, il est sûr de son coup… de maître.

Nik nous offre une prestation de haut vol. En plus d’avoir conservé une qualité de voix intacte, il est excellent guitariste, et nous le prouve à travers plusieurs soli aussi qualitatifs que bien sentis. Il n’est d’ailleurs pas le seul musicien de qualité sur scène. Son groupe est vraiment très bon. Notamment Bob Knight à la batterie qui est réellement impressionnant... Kershaw n’en oublie pas pour autant ses plus grands succès : « Dancing Girls », « Don Quixote », « Wouldn’t it be good » et « I won’t let the sun go down on me », morceau qui termine le set, invitant l’ensemble de la foule à reprendre le refrain une bonne dizaine de fois pour finir en apothéose. Et on s’en voudrait de ne pas mettre l’accent, ô surprise pour ceux qui ne le connaissent pas bien, (il reprend d’ailleurs souvent également « The Lamia » de Genesis), sur sa magnifique reprise de « Ashes to ashes » de David Bowie !

Il aurait presté deux fois plus longtemps que personne ne s’en serait lassé…

Mais c’était au tour d’un petit monument belge de prendre place sur le podium juste à côté : Siglo XX !

Originaire de Genk, le line up réunit Erik Dries au chant, Antonio Palermo à la guitare, Dirk Chauvaux à la basse, Klaas Hoogerwaard à la batterie, et Chris Nells aux synthés. Et à ce jour, il a sorti la bagatelle de 19 albums studio.

Son style ‘cold darkwave’ très Bauhaus a mis le feu dans un auditoire de plus en plus nombreux. Ça ‘pogotait’ jusqu’au milieu de la fosse ! Il faut dire que les interprétations de « The naked and the death », « The art of war », « Summers die », ce qui était vraiment d’actualité vu la pluie qui s’invitait à la soirée, et « Dreams of pleasure » sont extraordinaires. Erik Dries est un vrai showman et rien que grâce à sa voix juste et puissante, il en impose sur les planches…

La formation est d’ailleurs la première à remercier l’assemblée lors du rappel, mettant d’ailleurs en danger des horaires scrupuleusement respectés jusqu’alors.

De quoi avoir même peur pour Howard Jones, programmé juste après …

Mais Howard, c’est Monsieur La Classe !

Il débarque, synthé en bandoulière, vêtu de son désormais traditionnel costume beige, slalomant entre les nombreux synthés blancs.

Chez lui, tout est douceur et majesté, gentillesse et professionnalisme. Tout est beau, aussi !

De « What is love » son titre majeur, à « Hide and seek » sa perle, en passant par « Equality », « New song », « Things can only get better » et « Like to get to know you well », les tonalités pures et majestueuses des synthés s’égrènent avec grâce, mélodie et joie.

A aucun moment, l’ambiance mise par Nik Kershaw et Siglo XX n’est retombée, même si le pogo a cédé le relais à des mouvements plus gracieux au sein d’un public amoureux.

Adorable ! A tel point qu’on s’est même habitué à sa coupe de cheveux un peu ‘perruche’, pas vraiment adaptée à sa chevelure de plus en plus clairsemée…

Chapeau Mister Jones !

Il est près de minuit, et il est décidé de terminer la soirée à l’issue de son set. Il restait pourtant encore Tony Hadley (Spandau Ballet). Mais en débarquant au stand réservé à la presse, il nous a été signifié de suite et clairement que Mister Hadley n’acceptait aucune prise de photo, alors qu’hormis « True » et « Gold », Spandau n’a jamais vraiment défrayé les chroniques ; aussi face à sa revendication aux ‘Droits à l’image’, ce sera la plus belle manière d’opposer son droit de véto. No pain, no glory !

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Toyah + Mlada Fronta + Allez Allez + Breath of Life + Blaine L Reininger + Lebanon Hanover + Nik Kershaw + Siglo XX + Howard Jones + Tony Hadley

W-Festival 2019 : jeudi 15 août

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Nouveau changement de site pour le W-Festival, qui après avoir été inauguré à Wortegem-Petegem, puis déménagé à Amougies, retourne près de ses sources, c’est-à-dire à Waregem. Dans la grande salle Expo, pour être plus précis. En passant l’entrée, on est un peu surpris par la configuration des lieux. A contrario de celui du Mont-de-l’Enclus, ils sont très concentrés. Faut dire aussi que l’an dernier, il fallait marcher plusieurs kilomètres avant d’arriver sur la plaine. Mais n’empêche, cette grande étendue exhalait un petit air de Woodstock. Et puis les émanations de friterie ou autre fast-food se dispersaient dans la nature. Mais ici, on a l’impression de pénétrer dans une sorte de petite kermesse flamande bordée de tas d’échoppes alimentaires, avec tables, bancs et parasols et où il ne manque finalement que les manèges. A l’arrière de la salle Expo, un podium baptisé Olivier Daout a été dressé pour accueillir quelques concerts. Judicieux, une tribune assise et couverte a même été aménagée. Enfin, la salle Expo est quand même impressionnante, puisqu’elle compte un peu plus de 3 700 m2. Et puis, de nombreux parkings entourent l’édifice. Donc plus besoin d’avaler plusieurs bornes avant d’atteindre le site.

La journée de votre serviteur démarre par Tristesse Contemporaine, un trio cosmopolite, établi à Paris, qui réunit le Suédois Leo Hellden, le Britannique Michael Gifts et la Japonaise Namuri Omori. Le premier se consacre à la guitare, le second au chant et la troisième aux claviers ainsi qu’aux vocaux. Responsable d’une forme d’électro-pop-indus-krautrock, très influencée par les 80’s, un peu dans l’esprit de Stereolab, le groupe va nous délivrer un set de bonne facture. Minimaliste, atmosphérique, caractérisé par ses sonorités faussement glacées, il est néanmoins desservi par la voix un peu trop limite de Mike, qui semble avoir abandonné son masque…  

Solar Fake embraie. Le leader et multi-instrumentiste Sven Friedrich possède un baryton profond, très susceptible de rappeler Andrew Eldritch (Sisters of Mercy) et les mélodies sont bien torchées, dans un style dansant à mi-chemin entre cold wave des eighties et electro-pop contemporaine. Mais rapidement, on perd rapidement le fil d’un set qui va finalement se révéler anecdotique ; une prestation contrariée par une panne de light show ainsi que des éléments visuels, malgré une cover plutôt réussie du « Papillion » des Editors…

Mauvaise nouvelle, les Primitives ont pris du retard. Et pour cause, ils ont été bloqués à la frontière. Il se produiront donc plus tard, sur la scène baptisée Olivier Daout. Malheureusement ce sera au même moment qu’Echo & The Bunnymen. Donc difficile de se couper en deux. Et c’est The Blow Monkeys qui va récupérer ce créneau horaire.

Entretemps, on est allé jeter une oreille à The obsCURE (NDR : à ne pas confondre avec un groupe bengali de pop/rock), un cover band issu du Nord du pays qui se consacre au répertoire de Cure. Of course ! Ils sont six sur les planches et il y a un monde fou sur la place. Le chanteur, Dirk Vrijs, a le même look que Robert Smith, en moins grassouillet, chante plutôt juste et la musique proposée est respectueuse de l’originale. En outre, certaines reprises sont enrichies de vidéos des mêmes compos du mythique groupe britannique. Mais, ce qui cloche, c’est qu’entre les morceaux, ce vocaliste, qui ne joue pas de guitare, laissant ce soin à deux autres musicos, s’adresse en néerlandais à ses amis, ses connaissances et tutti quanti et leur adresse même de grands signes, pour les remercier de leur présence, rendant cette forme de réincarnation, un peu saugrenue…

Fondé à Coventry, en Angleterre, The Blow Monkeys remplace donc les Primitives. Son line up est quasi-inchangé depuis le début des eighties, puisqu’il réunit le chanteur/guitariste Robert Howard alias Dr Robert, le saxophoniste Neville Henry, le bassiste/claviériste Mick Anker et le drummer Crispin Taylor qui remplace Tony Kiley. Ce quatuor a décroché quelques hits à ses débuts, dont « Digging Your Scene », « It Doesn’t Have To Be This Way », qu’ils ont interprétés, et « Animal magic », des chansons qui demeurent certainement les plus représentatives de son répertoire. Aujourd’hui son cocktail entre pop, jazz, soul, blues et funk n’attire plus qu’une poignée de nostalgiques de leur belle époque ainsi que quelques curieux. Ce sont tous d’excellent musiciens, mais au bout de quelques morceaux, le set suscite un profond ennui…

Cassandra Complex continue de tourner ; et pourtant, il n’a plus rien enregistré depuis l’an 2000, même s’il a réédité le premier elpee, « Grenade », cette année, en le remasterisant. Costard/cravate de couleur rouge, Rodney Orpheus possède toujours ce baryton caverneux si caractéristique. Pas de drummer, mais une boîte à rythmes, et quand même un guitariste, dont les interventions rappellent parfois celle de The Edge (U2) et un bassiste qui participent à une musique mêlant EBM, indus, goth rock, dark wave et synthpop. Un set bien équilibré pour une musique qui commence cependant tout doucement à être datée…

Merciful Nuns embraie, un trio allemand qui pratique une forme de gothic rock sombre et mystique. D’ailleurs, tout au long du set défilent, sur les écrans, des images et des sigles qui reflètent la passion des musicos pour l’hindouisme et la cosmographie. Habillés de noir, ils sont tous chaussés de lunettes fumées. La bassiste a enfilé un imperméable (NDR : pourtant, il ne va pleuvoir qu’à l’extérieur), le guitariste est coiffé d’un bandeau de pirate et le chanteur d’une casquette de marin. Ces deux derniers portent la barbe. Pas de batterie, mais une boîte à rythmes pour une musique ténébreuse (évidemment) qui rappelle le plus souvent Sisters of Mercy (NDR : encore !), même si le chanteur, Artaud Seth, emprunte parfois des inflexions à Mark Burgess (Chameleons). Un peu trop linéaire pour vraiment convaincre…

Décidément, les organisateurs sont parvenus à exhumer des groupes dont on entendait plus parler depuis belle lurette. Certains avaient même récolté un franc succès sur le plan international, début des eighties, décrochant par ailleurs quelques hits, avant de rentrer dans le rang ou de disparaître de la circulation. D’autres étaient également parvenus à renaître de leurs cendres. C’est le cas de Time Bandits, un combo batave dont il ne reste plus comme membre fondateur que le seul Alides Hidding. Un fameux compositeur, puisque plusieurs de ses chansons ont été reprises par de nombreux interprètes, dont Jennifer Rush et The Nylons. Chapeau vissé sur le crâne, Alides, qui se consacre à la guitare et au chant, est particulièrement interactif. Il est soutenu par un claviériste, un bassiste, un drummer et deux choristes, dont les voix sont vraiment superbes. Oscillant du r&b au blues, en passant par la pop eurovisionnaire et le disco, la musique de Time Bandits n’était pas vraiment de nature à emballer votre serviteur. Et pourtant, elle s’avère agréable à écouter. La formation s’autorise une cover plutôt réussie du « Purple rain » de feu Prince. Au cours du show, Alides feint d’envoyer une balle de golf et déclare l’avoir envoyé sur la lune. Pourquoi pas ? Bref, la performance des choristes et l’enthousiasme du leader m’ont empêché d’aller plus rapidement casser la croûte ; et pourtant, il est temps, car le meilleur arrive enfin…

Et pour cause, Echo & The Bunnymen grimpe sur les planches, un groupe emblématique, drivé par les incontournables Ian McCulloch et Will Sergeant. Le chanteur et le guitariste sont épaulés par un second gratteur, un bassiste, un claviériste et un drummer. Et en intro, on a droit à une sorte de bande sonore liturgique. Avant que le band n’attaque son set par « Rescue », un morceau tapissé de claviers rognés, alors que déjà la machine à fumée envahit l’espace scénique. Et puis difficile de ne pas tomber sous le charme de cette musique à la sensibilité émotionnelle hypnotique et profonde que souligne si bien la voix fragile et instable de McCulloch. Pendant « Villers Terrace », la compo inclut le « Roadhouse blues » des Doors ; des Doors et surtout feu Jim Morrison qui semblent parfois hanter ce set, même si pendant « Nothing lasts forever », le clin d’œil adressé à Lou Reed, à travers le « Walk on the wild side », déclenche au sein de l’auditoire des ‘doo dee doo’ chargés d’allégresse. Le son de gratte dispensé par Sergeant est tour à tour psyché, comme tout au long de « Over the wall », cristallin, à l’instar de « The killing moon », vibrato sur « Bring on the dancing water », au cours duquel le public frappe dans les mains, à connotation orientale sur « The cutter », et surf lors du titre final, « Lips like sugar », à l’issue duquel Ian balance son essuie-éponge dans la foule, avant de tirer sa révérence. Un seul morceau récent, « The somnambulist ». Du show, on épinglera encore le dansant « Never stop », au cours duquel Sergeant crée un contrepoint pour renforcer l’émotion libérée par la voix de Ian, et un hymnique « Seven seas » tout en délicatesse. Une constante, la foule reprend les refrains et même les couplets en chœur, sans pour autant que McCulloch ne cède le relais à l’auditoire. Bref, un chouette moment, intense et empreint de douce mélancolie qui fait du bien à l’âme… des nombreux nostalgiques de l’époque dorée d’Echo & The Bunnymen…

Depuis le départ de Hugh Cornwell, il faut avouer que votre serviteur ne s’est plus guère intéressé aux Stranglers. Faut dire que la quintessence de l’œuvre du band britannique se situe entre 1977 et 1990. Malgré de bonnes dispositions au chant, Paul Roberts ne s’est jamais vraiment imposé. Et d’abord recruté comme guitariste, à l’aube du millénaire, Baz Warne ne s’est reconverti au micro qu’à partir de 2006. Les deux vocalistes ne sont cependant jamais parvenus à faire totalement oublier Cornwell, raison pour laquelle les prestation ‘live’ ont alors souffert d’un goût de trop peu. En outre, Hugh était quand même un des deux compositeurs au sein de la formation, tant de la musique que des lyrics. Bref, avant d’assister au show de ces Stranglers, il y avait de quoi être dubitatif, surtout quand on a eu l’opportunité d’assister à un de leurs concerts, sous le line up originel.

Lorsque les rideaux s’ouvrent on découvre le logo du groupe de couleur jaune sur fond noir, en arrière-plan, et bien sûr le matos du combo, alors que les baffles crachent l’instrumental « Waltzinblack ». Le quatuor grimpe alors sur le podium d’un pas bien décidé. Jean-Jacques Burnel a la chevelure poivre et sel, Baz la boule à zéro, et Dave Greenfield, qui accuse quand même 70 balais, semble se cacher derrière sa panoplie de claviers. Le quatrième larron, Jim Mccauley, est un jeune batteur qui supplée Jet Black depuis 2013. Ce dernier ne participe d’ailleurs plus qu’aux sessions d’enregistrement. Et la formation semble bien décidée à en découdre avec la foule en ouvrant les hostilités par des titres percutants, pour la plupart issus des premiers elpees à l’instar de « Toiler on the sea », « I’ve been wild » et « Get a grip on yourself » qui ouvrent le concert. Car de « Peaches », le combo en a ce soir. En outre, Baz chante juste, dans un registre très proche de Cornwell. Et ça, c’est une bonne surprise ! L’attitude des gratteurs est menaçante, bien punk. La ligne de basse tracée par JJ vous rentre dedans. Warn est particulièrement incisif sur sa six cordes. Dave infiltre les compos de ses rituelles arabesques savoureusement baroques aux claviers. Il se sert d’un moog, pendant « Nice’n’sleazy ». Et le batteur dynamise l’ensemble de son drumming solide et précis. Un climat délibérément belliqueux qui va également déteindre sur les hits du groupe, comme « Skin deep », « Golden Brown » et « Always the sun », dont la foule reprend, bien évidemment, les refrains à l’unisson. La version du « Walk on by », signée Burt Bacaharach et Hal David, popularisée par Dione Warwick, est tout aussi agressive, alors que Greenfield nous réserve un petit solo vintage. Jean-Jacques Burnel se réserve le chant circonstanciellement, comme sur « Better change » ou « 5 minutes ». Et à l’issue d’« Unbroken », il nous balance quelques accords de basse sismiques avant d’embrayer par les fameux riffs qui allument « No more heroes », dont la foule, aux anges, reprend le refrain en chœur et qui clôt ce set épatant, couronné par une énorme ovation. Bras dessus, bras dessous, les musicos saluent l’auditoire, puis le sourire aux lèvres se retournent et présentent leurs séants. Humour bien punk… mais finalement une des plus belles surprises du festival…

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(Organisation W-Festival)

Brussels Summer Festival 2019 : vendredi 16 août

Ce vendredi 16 août, on est déjà à mi-parcours de l’édition 2019 du BSF. L’affiche de cette soirée propose un joyeux patchwork entre vieilles gloires des années 90, programmées sur la main stage, du rap, sur la scène du Mont des Arts et des futures stars à la Madeleine, en compagnie de Inüit et Whispering Sons. Focus d’abord de Lina sur les deux concerts principaux qui vont se dérouler sur la Place des Palais, ceux de Manic Street Preachers et Hooverphonic.

19h00, les premières notes de « Motorcycle Emptiness » crissent sous le ciel morose de ce début de soirée. Le public, certes épars, semble déjà tout acquis à la cause de nos Gallois préférés et certains spectateurs motivés sautillent déjà de bonheur dans la fosse. Le groupe qui fête cette année les 20 ans de son mythique album, « This is my truth, tell me yours », gratifie l’audience d’une setlist reprenant ses plus grands succès tout en faisant la part belle à cet elpee. Les hits s’enchainent à une folle allure : depuis « You love us » aux relents punk, à la ballade contestataire « A design for Life Bradfield ». La voix de James Dean Bradfield est intacte, malgré le poids des années (NDR : le band est né en 1986 !) et le bassiste Nicky Wire a toujours ce look bien punk très caractéristique… Le show est court, intense et sans surprise. Comme chaque année, le combo s’autorise une reprise. Après avoir adapté une compo de Rihanna et une autre de Cure, Manic Street Preachers s’attaque au « Sweet Child Of Mine » de Guns N' Roses. Version un peu molle, il faut l’avouer. On aurait largement préféré hériter d’un titre de plus de son répertoire. Dans la foule, on remarque la présence d’un fort contingent de compatriotes du groupe. Et de leur drapeau qui s’agite et claque au vent de la nostalgie… Le concert s’achève par « If you tolerate this, your children will be next »…  Signe qu’il est impératif de se tourner vers le futur…

Le temps de se désaltérer et la foule commence à s’agglutiner face au front stage. Les premières gouttes de pluie commencent à tomber… Mais serait judicieux de déjà se placer idéalement pour assister au concert de Hooverphonic. En ce qui concerne cette formation, la question n’est plus de savoir quels seront les titres joués mais bien qui les interprètera. Après avoir vu se succéder toute une série de vocalistes, c’est aujourd’hui la très jeune Lukas Cruysberghs qui se consacre au micro. Elle a vécu un véritable conte de fées pour en arriver là. En 2017, elle se présente au télécrochet ‘The Voice van Vlaanderen’ en interprétant « Mad About You ». Dans le jury, Alex Callier, tête pensante du groupe la remarque et lui offre la victoire sur un plateau. Il lui propose alors la place tant convoitée de chanteuse. Plutôt sceptique, la voix de la donzelle sur album m’avait conquise. Fallait donc vérifier sur les planches ! Et bien, Lukas semble déjà se comporter comme une artiste chevronnée. Elle chante, danse, se change en un éclair, passant du noir au rouge, et s’approprie du haut de ses 18 printemps les succès du band, les réinvente et leur donne de nouveau cette dimension un peu trip hop de ses débuts.  Son interprétation est toute en émotion par rapport à la voix puissante de Geike. Elle ouvre le concert tel un chaperon rouge, plus tard réapparaît dans une combinaison noire cintrée et bottée, avant d’adopter la cape pailletée. Elle est phénoménale sur « Mad About You », communique un côté bien plus léger à « The night before » et revisite « Jackie Kane » avec un petit côté espiègle sûrement dû à sa jeunesse. Un bien beau concert et une bien belle soirée !

Pendant ce temps, Liesbeth est déléguée pour assister aux concerts qui se déroulent en la salle de la Madeleine. La distance entre les deux points de chute, ainsi que les horaires qui se chevauchent, nécessitent, en effet, d’opérer un choix. C’est aussi la soif de découverte et la curiosité qui la guide jusqu’à la Madeleine. Inüit s’y produit. Ce jeune groupe nantais fait la part belle aux percussions sur fond de claviers électroniques, rehaussant certains de ses morceaux de cuivres. Son dernier album, « Action », est paru l’an dernier, un premier elpee qui fait suite à « Always Kevin », un Ep publié en 2017. Le set de la formation est varié et nous réserve des rythmes et mélopées tribales ainsi que de la dance sur fond de mélancolie. La prestation s’ouvre par « Body lies ». Coup de cœur immédiat ! La chanteuse, Colinne Rio, éclabousse la salle de sa fraîcheur. Elle bondit d’un côté à l’autre du podium ou va prêter main forte à l’un des percussionnistes. Colinne incite également le public à participer au show. Et tout particulièrement tout au long de « Dodo mafusi » ou encore sur une chanson revendiquée comme engagée contre la politique de Trump (« We the people »). On regrettera juste l’éclairage trop tamisé, dans le style d’une discothèque underground berlinoise. Un light show qui complique le travail de notre photographe, mais nous empêche aussi d’admirer les nombreux musiciens en arrière-plan. Mais n’empêche, une énergie (positive) est libérée tout au long du spectacle, énergie très susceptible de rappeler les fins de concerts de Foals.

Changement d’ambiance ensuite en compagnie de Whispering Sons. Son premier opus « Image », paru en 2018 a été salué par la critique. Et malgré leur jeune âge, ces Limbourgeois ont aligné les dates à une cadence impressionnante, aussi bien lors des festivals qu’en salle. Aussi serait-on tenté de dire qu’il ne s’agit plus d’une découverte. Le groupe, aujourd’hui rôdé, nous réserve un set impeccable. Même si le show et le climat qu’il entretient sont davantage captivants au sein d’espaces plus petits. Résultat des courses : le spectacle me transporte beaucoup moins que lors de précédentes prestations accordées au Salon de Silly ou à l’Eden de Charleroi, par exemple. Faut dire aussi que l’auditoire réunit beaucoup moins d’aficionados du post-punk, et un peu plus de bobos bruxellois. A mon humble avis, pas sa meilleure prestation, même si elle est techniquement irréprochable. Fenne n’a pas été époustouflante. Maintenant, est-ce dû à l’effet de stupéfaction face à la découverte du prodige qui s’est estompé ou parce que le set et la gestuelle scénique sont à présent parfaitement au point ?

De l’avis unanime, l’éclat de ce site, la convivialité des lieux et sa facilité d’accès constituent les points les plus forts de ce festival. Au final 57 000 spectateurs seront comptabilisés sur les 5 journées, de quoi réjouir les organisateurs et les 545 bénévoles qui ont contribué à cette édition.

(Organisation : BSF)

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Inüit + Whispering + Manic Street Preachers + Hooverphonic.

Renan Luce

Renan Luce

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Si pour certains, rupture amoureuse rime avec tristesse et désespoir, pour d’autres, elle constitue le premier pas d’une résurgence.

Renan Luce a choisi cette seconde option. Son aventure déchue avec Lolita Séchan, après sept ans de mariage, lui aura été au moins bénéfique sur le plan artistique.

Pourtant absent depuis quelque temps, il était parvenu à nous faire sautiller grâce à des titres plein d’entrain et de bonne humeur, notamment sur un premier album intitulé « Repenti », duquel « La Lettre » a été expédiée manu militari dans les charts radiophoniques.

Le Parisien met en mots l’entrebâillement d’une porte ouverte sur un quatrième exercice éponyme très intimiste.

Une mise à nu dans les propos sur fond de sincérité musicale richement intéressante, digne des plus grands tauliers de la chanson française comme Aznavour et Brel.

Onze chansons introspectives où Luce laisse mûrir ses pensées sur papier à travers une orchestration symphonique, un vieux rêve qu’il a enfin pu réaliser !

Un synoptique de textes poignants : "On s'habitue à tout", « Le vent fou », par lesquels le jeune homme évoque son histoire entre bois, vents, cordes et percussions accentuant la crédibilité du phrasé. De la douleur il y est question, certes, mais pas que ! Le disque se veut positif. De l’espoir d’une reconstruction pour soi « A bientôt, renouveau », à celui de sa fille Héloïse pour qui il a composé « Berlin », après un voyage dans la ville allemande.

Une chose est certaine, lorsqu’il troque sa guitare pour le piano, Renan Luce dévoile et se dévoile sans pareil par le biais d’accents musicaux finement dispersés ici et là comme pour poser des balises et montrer le chemin aux couples qui se reconnaîtront dans ces histoires.

Et si comme le laisse fantasmer la plage titulaire « Au début », l’histoire se répétait ?

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