Fence n’en a rien à foutre…

Le combo rock limbourgeois Fence sortira son nouvel album, « Nobody Gives A Fuck », le 16 octobre 2026. Un titre qui laisse peu de place à l'imagination, quoique... Propulsés par un nouveau batteur, Wim Coppers, installé derrière les fûts, les musiciens de…

Un clip d’animation pour le nouveau single d’Σtella

L'artiste grecque Σtella dévoile son nouveau single intitulé « Belinda ». Cette nouveauté s'accompagne d'un clip officiel au format visualizer, dont les illustrations sont nées sous la plume de la chanteuse elle-même, complétées par les animations de Yokanima…

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Dernier concert - festival

Jon Spencer
The Cure

Cody ChesnuTT

My Love Divine Degree

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Guère prolifique (NDR : 3 elpees en 15 années, c’est quand même peu), Cody ChesnuTT n’en délivre pas moins pour autant des œuvres d’une indéniable qualité. Sa soul teintée de r&b, rock et jazz défie les lignes habituelles du genre, à l’instar de son ‘pimpé’ d’un double ‘T’. « My Love Divine Degree » n’est cependant pas simplement un autre album de soul. Il pourrait à priori sembler un brin bordélique et manquer de véritable accroche –hormis, sans doute le contagieux « Africa The Future », une plage caractérisée par son riff funky– mais il recèle surtout des morceaux à tiroirs, à l’instar de « She Ran Away » qui se laisse pourtant apprivoiser progressivement. D’ailleurs, au fil des écoutes, les pépites soul, parfaitement produites par Anthony Khan (Kanye West, Common, John Legend), se profilent. Dont l’immédiat et funky « It’s in the Love », le plus bluesy « So Sad To See », un « This Green Leaf » aux accents gospel, le reggae décalé « Shine on the Mic » ainsi que le lo-fi –et punk dans l’âme– « Make a Better Man ». Si dans le futur, cet artiste continue à proposer des opus de la même trempe, on ne lui tiendra pas rigueur s’il a encore besoin d’une demi décennie pour composer de nouveaux morceaux…

 

King Child

Meredith

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C’est la sortie du premier album d’un duo franco-belge. Lyonnais, Prat n’est pas un inconnu, puisque avant de se lancer dans ce nouveau projet, il a milité comme drummer au sein du backing group de Joe BeL, qu’il a quitté, il y a déjà deux ans. Chez King Child, il se consacre également au Therevox (NDR : un clavier/synthétiseur analogique) et au piano électrique. Bruxellois, Quentin Hoogaert se réserve le micro et la gratte semi-acoustique. Ce n’est pas la première fois que ces deux musicos partagent une même aventure, puisqu’ ils avaient déjà collaboré à celle de Leopold Tears et, plus tard, de Redrocks, un combo neo prog lyonnais. Le line up de King Child implique également le bassiste David Kostman (ex-Morpheus Secrets et Dario Mars and The Guillotines), le guitariste Philip Bolten (ex-We Stood Like Kings, il a également côtoyé Elia Fragione, Denis K et Magy Tyson) et le pianiste de jazz Camille Mouton (il milite chez le Honey Jungle Trio ou au sein de son propre quartet). Les trois musicos se consacrent également aux synthés.

Ce premier opus nous invite à vivre un voyage intemporel. Mais ce qui frappe à première écoute, c’est la voix de ténor de Quentin. Couvrant plusieurs octaves, elle évoque tour à tour Ozark Henry, Thom Yorke et surtout Matthew Bellamy.

Le titre maître ouvre l’elpee.

 « 23 Février » raconte l’histoire d’une fille victime de harcèlement dans la rue. Une chanson écrite entre les attentats de Paris et de Bruxelles. La voix de Quentin semble modulée comme un instrument. Les ivoires illuminent cette ballade délicate. 

« Désert » traite des dégâts causés par l’homme à notre planète, un comportement qui provoque cataclysmes et changements climatiques. Une véritable ode à l’écologie participative.

Expérimentaux, « Ghost Dance » et « Grief » adoptent un profil plutôt prog/rock.

Synth/pop, « Bending Time » nous replonge dans les eighties, sans doute dans l’esprit de Crowded House, même si on y décèle des traces d’XTC.

Inspirée de Claude Debussy, « 1ère Arabesque » constitue la pièce centrale du long playing, une piste propice au calme et au recueillement...

 « Butcher », « Monsters » et « Opal » baignent au sein d’une forme de mélancolie douce, et tout au long de ce dernier morceau, le spectre de l’irlandais Duke Special plane...

Chargé d’émotion, « True Romance » met une dernière fois en exergue le talent vocal de Quentin…

Finalement, bon nombre de titres de cet LP pourraient servir de B.O. à des courts-métrages consacrés à des hommes ou des femmes, dont l’existence est parsemée d’obstacles…

 

London Grammar

Le minimum syndical !

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C’est le second concert de London Grammar au Lotto Arena, en deux jours. La première date a rapidement été décrétée sold out ; les organisateurs ont donc décidé d’en ajouter une deuxième. Fondé en 2012, ce trio britannique réunit la chanteuse/pianiste Hannah Reid, le claviériste/percussionniste Dominic 'Dot’ et le guitariste Dan Rothman. Il pratique un cocktail d'electronica, de trip hop et de pop, qu’on pourrait situer à la croisée des chemins de Florence + The Machine, James Blake et The XX. Son nouvel opus, « Truth Is A Beautiful Thing », est paru en juin 2017, un disque pour lequel le groupe a reçu le concours de plusieurs producteurs prestigieux. La formation est ensuite partie en tournée pour le défendre. Un long périple dont c’est la dernière représentation ce soir…

Vu le retard accumulé, suite aux embouteillages sur la route, votre serviteur débarque à la fin de la prestation accordée par Lo Moon. Le temps de se faufiler afin de se dénicher une place idéale, le plus près possible du podium, et le set est terminé. Une indication quand même : la claviériste est plutôt jolie et possède une solide voix.

Place ensuite à London Grammar. Le light show est composé de trois immenses rampes de spots. Deux latérales et une frontale. Cette dernière réunit uniquement de petites leds. Dot se plante à droite, au milieu de ses claviers, ses congas et sa batterie, face à la foule. Hannah est calée entre son micro et son piano droit, placé de biais. Dan a opté pour la gauche, parmi ses claviers et près de sa gratte.

L’atmosphérique « Who Am I », ouvre le set. C’est un extrait du second opus. La fin de parcours de « Flickers / Help Me Lose My Mind  » se distingue par son rythme imparable. Hannah s’installe derrière les ivoires pour aborder « Nightcall ». Dot signale timidement qu’il s’agit de la dernière date de la tournée. On savait ! Pour le reste, on ne peut pas dire que les musiciens soient très bavards, sur les planches. Empreint de mélancolie, le registre vocal d’Hannah Reid est proche de celui d’Adèle. Et il impressionne tout au long du fabuleux « Hell To The Liars ». Les hits déclenchent l’enthousiasme au sein de la fosse, et particulièrement « Wasting My Young Years », « Hey Now », « Stay Awake  » ainsi que le superbe « Sights ». Elle épate à nouveau en interprétant « Rooting For You », a capella. Mais au fil du concert cette voix finit par lasser. Elle est sans doute exceptionnelle, cristalline, fragile, mais elle épouse constamment les mêmes modulations. On y cherche même de l’émotion. En outre, les musicos ne sont guère interactifs. L’expression sonore manque de relief. Le line up semble trop léger pour se produire en concert. Il y manque une section rythmique organique, de type basse/batterie. Et on ne peut pas dire que le son soit vraiment au point. Enfin, 70 minutes, rappel compris, c’est quand même peu pour une formation dont la popularité est croissante. C’est d’ailleurs ce qu’on pourrait qualifier de minimum syndical !   

(Organisation : Live Nation)

Pur les photos, c’est ici

Channel Zero

Des Flamoutchs et de la bonne humeur !

Écrit par

Après avoir gravé « Exit Humanity », le 27 octobre dernier, Channel Zero est venu défendre son septième LP studio sur les planches du Zik Zak, à Ittre, ce dimanche 10 décembre. Les fers de lance du Metal en Belgique se sont, par la même occasion, adjoint les services d’un nouveau mercenaire, Christophe Depree. Loin d’être un inconnu sur la scène locale, le guitariste sévit depuis bientôt trente ans au sein du band thrashy After All et injecte à présent également ses riffs dans les morceaux de Channel Zero. Une mini-tournée de huit dates dans le plat pays, dont deux en Wallonie, afin d’exposer par l’exemple la nouvelle mouture du combo. Compte-rendu à l’autopsie.

L’année 2017 égrène ses derniers jours et a profité de la nuit pour recouvrir le paysage belge d’un léger manteau blanc. Insignifiant pour le grand monde, mais imposant pour la modeste Belgique. Ittre n’est pas nécessairement connue pour ses frasques rock’n’rollesques, mais force et de constater qu’il commence à se créer quelque chose autour de cette ancienne école de musique devenue un antre à décibels. Quelques routes sinueuses mènent finalement à un paysage industriel, plongé dans l’obscurité et arrosé par une pluie froide d’hiver. Il suffit d’ouvrir la portière pour se prendre une drache. Évidemment ! En suivant les badauds on finit par entrer dans une petite salle à l’éclairage tamisé, plus large que profonde, où l’ambiance paraît de suite décontractée. Typiquement le genre d’endroit à fréquenter en pantoufles tant on se sent vite chez soi. A l’exception près que de mes enceintes ne sort que très rarement « Like a Virgin » de Madonna…

Après avoir été le second groupe à ouvrir la journée du samedi de l’Alcatraz Festival, en août dernier, King Hiss poursuit à présent sa conquête du Royaume. Malgré une apparente linéarité au niveau des compos, la formation envoie du lourd. Optant pour des sonorités plutôt Heavy en début de set, les Meninois vont progressivement dérouler un Stoner ample et rond comme il se doit. Al dente ! Jan, le vocaliste, impressionne par sa puissance vocale. Et tout particulièrement lors du morceau éponyme, dont le premier couplet est interprété a capella, un pied sur l’ampli, le corps tendu en un élan, afin d’expulser un maximum d’air de ses poumons, électrisant la fosse face à lui. En une grosse demi-heure, King Hiss a pu démontrer qu’il avait du punch dans les tripes. Certains de ses morceaux trottent longtemps dans votre tête, ne demandant qu’à être réécoutés a posteriori afin d’en savourer tout le potentiel. Il est fort à parier que ces gars issus de Flandre-Orientale feront encore parler d’eux à l’avenir…

Alors que Channel Zero s’était permis d’enrichir la scène d’un décor, quelques jours plus tôt, à Bruxelles, c’est aujourd’hui sur un mode plus old school que le quintet va se produire en ‘live’. En effet, seul un backdrop frappé du logo du groupe surmonté d’un crâne de bouc est accroché à l’arrache en arrière-plan. La batterie de Seven Antonopoulos repose sur un podium et la peau blanche des grosses caisses a été peinte du logo de la formation. Le drummer est d’ailleurs le premier à monter sur les planches, l’œil gauche bardé d’un sparadrap blanc (une indiscrétion sur les réseaux sociaux permettra d’apprendre que le musicien s’est blessé la veille, atteint par un éclat de baguette dans le globe oculaire). Pas le choix, il va falloir ce soir viser juste ! Il est suivi de près par Mikey Doling, tignasse ébouriffée et vêtu d’un t-shirt rappelant ses origines californiennes. De racines, il en est également question en observant le t-shirt à l’effigie de ‘La Muerte’, enfilé par le bassiste Tino De Martino, puisqu’il milite également au sein de ce band metallo-punk bruxellois. Pourtant discret, le bracelet éponge du nouveau venu, Christophe Depree, ne manquera pas lui aussi de montrer ses origines, rappelant subtilement qu’il gratte nerveusement depuis quelques années sous la bannière Thrash d’After All. Et puis, comme d’habitude, habillé de noir et chaussé de ses éternelles New-Rock, Franky De Smet Van Damme est le dernier à débarquer, micro à la main.

Après une tournée acoustique et un show d’entraînement accordé en ouverture des Guns N’ Roses, en juin dernier, Channel Zero est désormais bel et bien de retour sous sa forme métallique. Alors qu’il aurait été classique de dégainer par un morceau de son nouveau long playing, c’est par « Dark Passenger » (NDR : et c’est une surprise), titre d’ouverture du précédent opus, « Kill All Kings », que le concert s’ouvre. Le volume sonore décoiffe, et le public, majoritairement composé de trentenaires ainsi que quadras, opine directement du crâne. « Ammunition » et « Hot Summer », issus de « Feed Em With A Brick », plongent tout le monde dans le bain. Il faut aussi dire que Franky a l’art de mettre à l’aise. Il a un sens de l’humour bien belge. D’ailleurs, pour lui, les tensions qui dressent Nord et Sud du pays ne veulent pas dire grand-chose. ‘Bonsoir Ittre’, lâche-t-il, l’accent flamand bien prononcé. ‘Bon, allez, ce soir on va parler français… on est passé ici de l’autre côté de la frontière linguistique, on n’est plus chez les Flamoutches !’, ajoute-t-il ironiquement Manifestement, en cette soirée hivernale, il est particulièrement en forme...

Le band continue son exploration dans le temps en s’attaquant au groovy « Fools Parade » de 96, suivis d’« Unsafe » et « Héroïn ». De quoi ravir les fans de la première heure. Il faudra donc attendre un tiers du concert avant que Channel Zero ne commence à interpréter quelques compos de son nouvel elpee. ‘Bon… vous savez qu’on vient de sortir un album hein !’, déclare le vocaliste. ‘Qui l’a déjà acheté… ? un… deux… trois… quatre… cinq ! Allez, c’est déjà pas mal, on sera peut-être à dix à la fin de la tournée’, poursuit-il en se marrant. « Blood Letters » embraie, ce qui permet de découvrir enfin une nouvelle face de la palette vocale du chanteur, s’évadant davantage dans des envolées plus aiguës et mélodiques ; constat qui ne fera d’ailleurs que se confirmer tout au long d’« Exit Humanity ». S’il venait un jour à ne plus chanter, nul doute que Franky pourrait alors se tourner vers le one-man-show. ‘Mesdames, c’est un peu le moment émotionnel de la soirée… tu vois, ce moment où tu touches ton nipple et que ça te fait de l’effet… Et bien c’est maintenant !’, donnant dès lors le coup d’envoi de « Let the Games Begin ». La petite salle est désormais baignée dans les tons rouges, accentuant le côté intimiste de ce morceau langoureux.

Mais l’ambiance de fête s’impose à nouveau très vite, Franky invitant non seulement les membres de King Hiss à les rejoindre sur l’estrade, mais également les gars de Fleddy Melculy qui rencontre un beau succès, particulièrement en Flandre, et spectateurs de la soirée pour l’occasion. ‘Aussi des flamoutches !’, indique Franky en désignant les artistes. Avant que le vocaliste de Fleddy Melculy ne pousse la chansonnette sur « Bad To The Bones », l’ensemble des musicos présents sur les planches sont invités à affronter le ‘Channel Zero Challenge’ : vider chacun une bouteille de bière en moins de trois secondes. Quelques instants plus tard, une autre guest est invitée à grimper sur le podium, sous les acclamations unanimes de la foule. Et pour cause, tout metalhead qui se respecte connaît Anik, une véritable icône dans le milieu. Longtemps propriétaire du célèbre –voire culte !– magasin Hard Rock Market, situé dans le centre de Bruxelles (et contrairement à ce qui avait été annoncé dans les médias, toujours bel et bien ouvert!), elle a conseillé plusieurs générations de passioné(e)s de musique forte… ‘Faites un putain de bordel pour Anik’, réclame Franky en s’adressant à l’audience, face à une Anik aussi timide que modeste, comme de coutume (NDR : une ambiance quasi familiale, on vous l’annonçait !) Le band ne manquera d’ailleurs pas de chaleureusement remercier cet auditoire d’être toujours aussi fidèle : ‘On a tous plus ou moins autour des cinquante balais à présent. Si vous n’étiez pas là à nous soutenir, on serait juste chez nous en train de nous branler dans le fauteuil’, avoue le chanteur, potache. ‘Pas vrai, madameke ?’, en interpellant un quinqua aux premiers rangs. ‘Tu vas voir, tu vas venir chanter avec moi bientôt, on va reprendre du Slayer !’

Malgré son récent engagement au sein de la formation, force est de constater que le courant passe déjà très bien entre Christophe Depree et Mikey Doling. Il faut dire aussi que ce dernier n’était autre que la roadie technique de Mikey depuis quelques années… Plus d’une fois durant le show, il suffira d’un échange du regard entre les deux musiciens pour qu’ils se retrouvent au centre de la scène, s’affrontant fraternellement à coups de riffs. Plutôt en retrait pendant l’heure et demie de concert, Tino De Martino finira néanmoins par se frayer un chemin entre les deux guitaristes afin de se faire porter dans la fosse tout en martelant sa basse.

Le set touche à sa fin et les dernières balles, de choix, sont tirées. Après un « Help » largement entonné en chœur par la foule et « Suck My Energy » toujours aussi puissant, entrecoupés de riffs d’Iron Maiden et de Pantera, Channel Zero finit au chalumeau en balançant une reprise du « Reign in Blood » des maîtres du Thrash, Slayer. Chose promise, chose due ! Alors que le public s’était contenu tout au long du set, il n’en fallait pas plus pour finalement mettre le feu aux poudres et déclencher quelques bousculades dans la bonne humeur. Mais les Belgo-Américains ne pouvaient évidemment pas prendre congé de leurs fans sans leur jouissif « Black Fuel », ultime occasion de donner de la voix en cette soirée décidément aussi puissante que festive. C’était en tout cas, un vrai plaisir de constater que Channel Zero, qui rappelons-le, avait rempli six fois d’affilée l’Ancienne Belgique lors de sa reformation en 2010, a été loin de faire la fine bouche ce soir face à une audience de taille plus réduite que d’ordinaire. Au contraire même (et preuve de son professionnalisme) : il est parvenu à injecter une perfusion de bonnes ondes, typiquement rock’n’roll. C’est sans aucun doute que son bonheur communicatif à se produire sur les planches a contaminé l’ensemble de l’auditoire. On recommence quand ?

Setlist : Dark Passenger - Ammunition - Hot Summer - Fools Parade - Unsafe - Heroin - Blood Letters - Exit Humanity - Let The Games Begin - Bad To The Bone - Dashboard Devils - No more - Wish You Well - Mental Breakdown - Refugee - Help - Suck My Energy - Reign in Blood (Slayer cover) - Black Fuel.

(Organisation: Zik Zak)

Channel Zero, Evil Invaders et King Hiss se sont également produits au Trix à Anvers (Org: Alcatraz Music), ce 15 décembre. Les photos sont à découvrir ci-dessous.

 

Destroyer

Thanks for braving the storm !

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‘Thanks for braving the storm !’ ce sont les mots de remerciement adressés au public par Dan Bejar (alias Destroyer) pour clôturer son set. Il est vrai qu’il fallait s’armer de patience et de courage pour rejoindre la capitale quelques heures plus tôt. Tempête de neige et routes glissantes étaient au rendez-vous. Ce n’est d’ailleurs qu’au pied levé que votre serviteur remplace son confrère Adrien, forfait de dernière minute. Mais surprise à l’arrivée, bien que pas sold-out, la Rotonde est pleine à craquer, ce soir…

Nicholas Krgovich se charge d’ouvrir la soirée. Ce songwriter et multi-instrumentiste canadien est surtout connu pour avoir milité au sein de différentes formations. Il n’a entamé sa carrière solo que depuis quelques années. Ce soir, il berce l’assemblée de ses ballades folk réconfortantes. D’ailleurs la plupart des spectateurs restent assis. Seul au clavier et assez laconique durant une grande partie du set, le Canadien va se lâcher tout à la fin. Il nous parle longuement de son périple qui se termine ce soir et de la météo belge. Ou encore de sa crainte de reprendre l’avion par ce temps agité. Il invite ensuite plusieurs musiciens de Destroyer (le batteur, bassiste et saxophoniste) à le rejoindre sur les planches. Grand fan de Sade, il clôture le show par « Somebody broke my heart » (NDR : une histoire, inspirée de son histoire vécue, selon ses propos). 

Il est facile de voir que cette date est la dernière d’une longue tournée européenne. En effet Dan Bejar (alias Destroyer) arrive en titubant sur le podium. Visiblement éméché, il n’a pas moins de trois verres à la main (un de bière nationale, un de vin et un autre d’alcool). Il s’appuie tout au long du concert sur son pied de micro. Cheveux hirsutes, pantoufles aux pieds et chemise débraillée, il ressemble à un type, tout juste réveillé au lendemain d’une bonne cuite. Mais sa voix balaie rapidement la Rotonde, et nos doutes sur sa prestation vont vite s’envoler. La set list fait une part belle au dernier album « Ken » (NDR : ce qui tombe bien car il figure dans le Top 20 consacré à l’année 2017, de votre serviteur).

« Sky’s grey » ouvre le bal. Les compos oscillent entre titres introspectifs un peu sombres, et morceaux caractérisés par des envolées de guitares et cuivres. Un peu plus tard, « Tinseltown Swimming in Blood », au cours duquel les notes de basses sont bien accentuées, se révèle davantage post punk. L’ombre Mark Sandman (Morphine) plane aussi au-dessus de certaines compos. Sur « Chinatown », le saxophoniste passe allégrement de son instrument à une boîte de bidouillages sonores. Alors que « Cover from the sun » monte en crescendo, les vocalises semblent calquées sur celles de Brett Anderson (Suede). Bref, Destroyer est bien plus qu’une parenthèse dans la longue vie artistique du Canadien qui participe également aux aventures de  New Pornographers et Swan Lake. Et il le prouve une dernière fois lors du rappel en s’autorisant un « Bay of pigs » développé, au cours duquel le trompettiste et le saxophoniste vont se révéler particulièrement affûtés.

(Organisation : Botanique)

Arsenal

Idéal pour faire la fête !

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C’est le vingt-deuxième concert sold out du groupe Arsenal à l’Ancienne Belgique depuis 2001. Si le premier avait été programmé au Club, tous les autres se sont déroulés dans la grande salle.

Un sixième elpee est en préparation pour Arsenal. Baptisé « In The Rush Of Shaking Shoulders », sa sortie est prévue en 2018. En attendant, un premier single vient de paraître, et il s’intitule « Amplify ». Les sessions sont toujours en cours, des sessions auxquelles Scott McCloud (Girls Against Boys), mais également d’Edaoto and The Afrogenius Band, un combo nigérian qui pratique de l’afro-beat participent. Et c’est d’ailleurs ce band qui assure le supporting act. Mais pas seulement… 

Hendrik Willemyns s’était rendu au Nigéria pour réaliser un reportage pour sa série télévisée littéraire, ‘Paper Trails’. Et lors de ce séjour, il était tombé sous son charme. Mais comme ce pays est également le berceau de l’afro-beat, il est parti également à la recherche de rythmes susceptibles d’inspirer de nouvelles compos. Et pour y parvenir, il a invité Edaoto et son backing group. Il ne faut pas oublier que quinze années plus tôt, en concoctant « Oyebo Soul », le band avait puisé ses sources musicales au cœur du continent africain.

Originaire de Lagos, Edaoto and The Afrogenius Band ouvre donc le bal. La section rythmique est solide. Le bassiste joue de son instrument, en le poussant à la limite de la rupture, tout en dansant sur place. Et le drummer jouit d’une belle technique. Plutôt généreux, le leader se consacre au dejmbés et à la gratte semi-acoustique, alors que le second guitariste dispense des sonorités dignes de Tinariwen, plongeant ainsi les compos dans une forme de blues du désert. Une entrée en matière idéale pour chauffer l’ambiance !

Le concert est sold out, comme les quatre autres représentations de la formation anversoise, programmées à l’AB. Chez Arsenal, le line up est inchangé. Léonie Gysel se charge du lead vocal. Rayonnante et toujours aussi sexy, elle attend pourtant un heureux événement. Mirko Banovic se consacre à la basse et Bruno Fevery à la gratte. Les sonorités dispensées par le premier sont le plus souvent ronflantes et celles du second, funkysantes. Le drummer, Dirk Loots et le percussionniste, David Donnat, trônent sur une estrade. Outre les chœurs, Mathias Bastiaans jongle entre six cordes et les claviers. Légèrement en retrait, Hendrik se réserve les synthés et les machines, alors que John occupe tout l’espace scénique, invitant régulièrement le public à se remuer. Ce soir il va très peu se consacrer à la guitare et se concentrer sur son chant. Et puis, n’oublions pas le concours de deux choristes féminines…

« Low Sun-Long Shadow » ouvre le set. C’est un des cinq extraits du nouvel opus que la troupe va nous proposer ce soir. Léonie agite ses maracas. Les percus s’emballent. John débarque des loges en tournant les mains et en exécutant une danse africaine. Les deux rampes latérales inondent les artistes de lumières blanches et bleues. John ne tient déjà plus en place. Hendrik danse sur place tout en triturant ses machines.

« Black Mountain (Beautiful Love) » est à la fois indé et dansant. La voix de Léonie colle parfaitement à ce titre à la fois sucré et métissé. Mais hormis deux compos, elle va surtout soutenir les choristes. L’une d’entre elles, Mathues va se réserver le lead vocal pour également deux morceaux, « Temul (Lie Low) » et « High Venus ».

Fleurant bon le sud, ses fleurs, ses fruits doucereux et son vin de porto, « Estupendo » et « Saudade 1 & 2 » sont interprétés dans la langue de Luís de Camões. Le public connaît les paroles et les reprend par chœur.

Extrait d’« Obeyo soul », « Amelaka Motinga » nous invite à opérer une timide incursion en Afrique. Car après la parenthèse « Whale », le concert plonge carrément dans l’afro-beat. Même que le spectre de Fela Kuti commence à planer. Funk, jazz, et culture Yoruba y font bon ménage. « Amplify », le nouveau single, incite les spectateurs à se déhancher. Dans les gradins, Eduato et ses musicos exhortent la foule à suivre ce conseil. Ils vont ainsi mettre l’ambiance, une bonne partie de la soirée. Festifs, leur bonne humeur est communicative. John les en remercie. Et en guise de morceau final, « Melvin », va littéralement mettre le feu à l’AB ! Il fait très chaud et les pieds commencent à souffrir.

En rappel, John annonce que le morceau suivant sera ‘du Slayer à la mode jazz’ ; en l’occurrence, « A Bend In The River ». Et c’est l’inévitable « Lotuk » qui clôt le spectacle. Tout le monde a bien dansé, ce soir. Et en même temps a réussi à oublier ses soucis de la vie quotidienne. Si vous souhaitez participer à une semblable fête l’an prochain, sachez qu’Arsenal se produira au Lotto Arena d’Anvers, fin décembre 2018. On s’y donne rendez-vous ?

(Organisation : Live Nation et Ancienne Belgique)

 Voir aussi notre section photos ici

 

Orchestral Manœuvres in The Dark (OMD)

Obligatoirement Magistral et Divin...

Ce 6 décembre, dans la hotte de Saint-Nicolas, il y a OMD (Orchestral Manoeuvres in the Dark) et Holygram, au sein de la salle De Roma, à Anvers. Un présent résolument 'dark', car les formations émargent à la 'new-wave', l'une comme pionnière et fondatrice (OMD) et l'autre, bien que jeune pousse, prête à reprendre le flambeau.

La jeune pousse, Holygram, est un quatuor colonais extrêmement prometteur. Il s’était illustré dans le cadre du festival Amphi, à Cologne. Au programme, un post-punk sophistiqué, aux frontières de la shoegaze et du krautrock. Lorsqu'il entame « Hideaway », impossible de ne pas penser à The Cure, The Chameleons mais aussi à The Jesus and The Mary Chain! Le chanteur, Patrick Blümel, ressemble quelque peu à Liam Gallagher ; mais ici s’arrête la comparaison. La setlist privilégie les plages du premier Ep (NDR : un éponyme) ; et tout particulièrement le superbe « Still There ». Mais les deux compos inédites, « She's Like The Sun » et « Signals », laissent entrevoir une évolution vers un style plus éclectique.(Pour les photos, c'est ici)

Après une pause de 30 minutes, OMD prend possession de la scène. Cette formation anglaise, issue de Liverpool, a marqué les années '80 en dispensant une new-wave électronique spécialement mélodique et très dansante. Formée en 1978, elle a connu une ascension fulgurante jusque dans les nineties, où elle a été balayée par les mouvements grunge et britpop. Mais en 2006, elle s'est reformée, surfant sur une vague nostalgique des eighties. A contrario d’une belle brochette de groupes 'rétros', OMD a préféré composer de nouveaux morceaux, enregistrant d’ailleurs trois long playings : « History of Modern », « English Electric » et, cette année, le petit dernier : « The Punishment of Luxury ».

Après une intro sur bande, constituée de « Art Eats » / « La Mitrailleuse », le show commence par deux titres récents, « Ghost Star » et « Isotype », tous deux extraits du nouvel opus. Sur l’estrade, on reconnaît le chanteur, Andy McCluskey. Derrière lui, aux claviers, on retrouve son compère, Paul Humphreys, la cinquantaine, les cheveux grisonnants et un visage de poupon souriant. Constat remarquable : les deux autres musiciens : Malcolm Holmes, à la batterie, et Martin Cooper, préposé aux synthés ainsi qu’au saxophone, sont les membres du line up ‘live’ emblématique, soit celui de 1980.

'Nous avons aussi des anciennes chansons', ironise McCluskey en introduisant « Messages », un morceau qui date de 1980. La réaction du public est enthousiaste. Il est clair que l'écrasante majorité des quadragénaires et quinquagénaires présents s’est déplacée pour entendre les hits de l'époque dorée '79-85!

« History of Modern (Part 1) » prouve néanmoins qu'OMD est encore capable encore d’écrire des hits, 30 ans plus tard. Le riff au synthé est simple mais d'une efficacité redoutable. Et Humphreys d'entamer un pas de danse. ‘I know why we play in Antwerp : it's because the people like my dancing', déclare-t-il, sur un ton humoristique… typiquement britannique.

Sur « (Forever) Live and Die », le claviériste abandonne son instrument pour venir chanter au devant du podium, alors que McCluskey le remplace derrière les claviers. Paul reste seul au micro pour « Souvenir », une compo qui nous rappelle de très beaux... souvenirs, avant que « Joan of Arc » et « Maid of Orleans » n'imposent leurs atmosphères hypnotiques et fascinantes. Le roulement de batterie de « Maid of Orleans » ainsi que la mélodie au mellotron nous transportent au cœur d’un univers médiéval, mystique et presque dark folk. Un grand moment, ponctué par une ovation de plusieurs minutes.

« Of All the Things We've Made » est interprété en formule quasi-acoustique. Les quatre musicos sont alors tous disposés au devant de la scène. Le batteur joue d'un simple tom sur pied ; ce qui nous permet d'apprécier la musique sans les interventions de batterie, qui, sur l'ensemble du concert, se sont révélées bien trop lourdes et bruyantes.

‘Is the sound loud enough ?’, s’enquiert McCluskey. ‘Because it's the end of the cultural part : now it's time for pop and kick-ass dance music !’ « So In Love » et « Locomotion » démontrent une fois de plus l'étonnante capacité de ce combo anglais à composer des chansons irrésistibles qui incitent furieusement à se remuer. Certaines parties vocales préenregistrées, sont circonstanciellement destinées à soutenir McCluskey. On ne lui en tiendra pas rigueur, vu ses incroyables performances, derrière le micro, accordées tout au long du set.

Les hits se succèdent à un rythme effréné : « Sailing On The Seven Seas », composé en trio avec Nick Kershaw, cède le relais au dernier titre du show, « Enola Gay ». Sans doute le plus grand hit décroché par la formation, en 1980. Un morceau 'explosif', qui emporte les fans au septième ciel ; et en fin de parcours, l’ensemble de l’auditoire tape dans les mains en criant 'Hey !' sur le tempo de la boîte à rythmes. Les musiciens se retirent, laissant la machine jouer 'ad libitum' avec le public : très fun !

Le combo revient sur le podium pour « Walking on the Milky Way », suivi du dispensable « If You Leave ». 

Enfin, « Electricity », son premier single gravé en 1979, parvient une dernière fois à faire grimper la tension devant une fosse... survoltée...

Une conclusion ? On a vécu un excellent concert, car ces vétérans ont donné une leçon cinglante aux formations contemporaines. Tout y était : génie musical, énergie, présence, humour et modestie. On regrettera juste la présence trop envahissante de la batterie (cette caisse claire assourdissante!) et l'utilisation par moments un peu trop systématique de 'gros' sons de synthé plus modernes. Une déception quand on apprécie davantage les sonorités vintage, voire même lo-fi des années '79-'85. OMD est un groupe de 'minimal synth', s'il vous plaît, pas de 'maximal synth' !

Mais ne boudons pas notre plaisir : ce soir, l’acronyme OMD aurait tout aussi bien pu se traduire par ‘Obligatoirement Magistral et Divin’... (Pour les photos, c'est là)

Setlist :

Art Eats Art/La Mitrailleuse (Intro)
Ghost Star
Isotype
Messages
Tesla Girls
History of Modern (Part 1)
One More Time
Dreaming
(Forever) Live and Die
Souvenir
Joan of Arc
Joan of Arc (Maid of Orleans)
Time Zones 2016 (tape)
Of All the Things We've Made
What Have We Done
So in Love
Locomotion
The Punishment of Luxury
Sailing on the Seven Seas
Enola Gay

Encore:

Walking On The Milky Way
If You Leave

Electricity

Photo : Grégory Lécrivain

Org: De Roma, Anvers

 

Mountain Bike

La der des der ?

Écrit par

Ce serait le dernier concert de Mountain Bike. Les quatre joyeux drilles auraient décidé de mettre leurs vélos au clou… Une info qui est tombée via un communiqué de presse laconique. En fait, la formation a décidé d’arrêter la compétition et de prendre une pause, car pour eux, la musique reste une passion et ne constitue pas un job à plein temps. Après avoir couru de nombreux shows à travers le monde, remporté des tas d’étapes et même décroché des maillots jaunes, les cyclistes peuvent se targuer d’afficher un fameux palmarès. Leur parcours s’arrête donc ici, en souhaitant que ce ne soit pas une décision définitive… Il ne fallait donc pas manquer cet évènement.

Le supporting act est assuré par Mind Rays. Il y a du peuple, au sein duquel on remarque la présence des quatre membres de Mountain Bike. Quartet gantois, Mind Rays pratique un punk/rock/garage old school. Et il est venu présenter de larges extraits de son dernier elpee, « Nerve Endings ». Energique, sauvage, sa musique se caractérise par ses accords de gratte incisifs, ses drums sauvages, frénétiques et, une ligne de basse ronflante. Le chanteur se démène comme un beau diable. Oscillant entre 1 et 2’30, les titres sont courts. A revoir…

Mountain Bike a publié, en mars 2017, un second opus baptisé « Too Sorry for Any Sorrow ». Un disque davantage pop que vraiment garage. Les refrains y sont davantage accrocheurs et les mélodies soignées. Mais quand il est sur les planches, le combo franco-belge aime faire la fête et permettre aux spectateurs d’y participer. Des canettes de houblon d’une célèbre marque belge sont disposées au pied de chaque cycliste. Il faut éviter la déshydratation, dans l’effort. Depuis 2012, le line up réunit Etienne (chant, guitare), Charles-Antoine (guitare), Aurélien (batteur) et Stefano (bassiste). Tous les potes et les aficionados on répondu présent pour assister au set des vététistes…

La première partie est plutôt pétillante. On y reconnaît « Absolutely », « Is That All About The Money » « This Lonely Place » et « Escape Plan ». Furtivement, dans votre esprit, les références aux Kinks, à Oasis, à Ty Segall, aux Stranglers ou encore aux Buzzcocks se mettent à circuler. Au bout de 40’, Etienne signale que le premier acte est terminé.

Les musicos sont partis se changer et reviennent sur l’estrade en calbuttes et tee-shirts de basketteurs. Un look qui reflète parfaitement leur humour au second degré. Et puis cette envie inextinguible de faire la nouba. En compagnie des spectateurs qui vont d’ailleurs participer à un lancer de boîtes de bière, mais également oser le crowdsurfing. Le set s’achève par une solide reprise du « The Sweater Song » de Weezer. Etienne invite, ensuite, tout le monde à prendre un dernier pot au bar. Généreux, Mountain Bike n’est donc pas seulement porteur d’eau, mais aussi de houblon. Une chose est sûre, il ne s’est jamais caché dans le peloton. D’ailleurs on espère déjà que lorsqu’il reviendra sur la route (NDR : le plus rapidement possible), il mettra le grand braquet… 

(Organisation : Ancienne Belgique)

RIVE

Complices dans la musique comme dans la vie…

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Treize années déjà que le Centre culturel de Soignies organise son ‘Août en éclat’. Gratuit et pluridisciplinaire, ce sympathique festival se déroule dans le centre historique de la ville.
Un évènement qui fédère à lui seul une vingtaine de spectacles. Outre ceux consacrés à la musique, il accueille un village des enfants, un marché du monde et des saveurs ainsi que des animations de rue.
Votre serviteur se dirige tout droit vers les loges de Rive, binôme électro pop sexué, découvert en novembre 2016 à Frasnes-lez-Anvaing dans les locaux de la Cense de Rigaux, un ancien corps de ferme gracieusement réhabilité, avec goût et raffinement…
Un véritable coup de cœur !
Formé en 2015, le tandem s’est rapidement illustré en décrochant des prix au dernier Franc’Off de Spa ainsi qu’au Bota, dans le cadre du concours ‘Du F. dans le texte’…
Plutôt populaire dans le plat pays, le tandem vient tout juste d’achever une prestation dans le cadre du festival ‘Les Solidarités’, à Namur… Il reste très en verve malgré une fatigue légitime…

Vous avez l’un et l’autre évolué au sein de projets plutôt rock. On pense notamment à ‘Juke Boxes et Arthur’. Aujourd’hui, vous formez un binôme éléctro pop en proposant des textes dans la langue de Molière. C’est un sacré changement, non ?

J. : Notre projet a pris forme, fin 2015. Nous écoutions pas mal d’électro auparavant comme celle proposée par Moderat ou Breton. Virer vers ce style musical s’est opéré assez naturellement. Quant aux textes, ils sont dans notre langue maternelle, parce qu’elle est agréable autant à parler qu’à écouter. Elle offre une palette de nuances tant dans le sens, que dans l’interprétation. Je pense que c’était un bon choix. Nous n’en retirons que du positif !

Si cet idiome permet d’insuffler davantage de subtilités dans le texte et le chant, il est plus difficilement exportable que l’anglais… Est-ce une manière de privilégier l’artistique au détriment du marketing ?

J. : Je partage ton avis ! Le français permet effectivement de faire passer davantage de subtilités. Chanter dans la langue de Voltaire nous a probablement ouvert plus d’opportunités. Nous avons ainsi joué en Suisse. Les gens ont accroché assez vite au concept. C’est très agréable. Je suis à chaque fois surprise d’un tel engouement ! Nous devrions décrocher quelques dates au Québec. En France également. Il n’y a aucune préméditation de notre part. Nous avons mené à bras le corps ce projet, sans penser une seule seconde à l’aspect stratégique ou marketing. Ne perdons pas de vue que le français s’exporte aussi. Tu sais, nous ne sommes pas les seuls à avoir fait ce choix. J’ai même l’impression que, depuis quelque temps, une nouvelle scène francophone prend progressivement forme. La Femme, en est un bel exemple. Je suppose que la formation parvient à tourner dans des pays non francophones…
K. : Personnellement, je m’en fous complètement. J’ai la chance de pouvoir faire de la musique que j’aime. Le reste n’a pas d’importance…

Lorsqu’on choisit de chanter en français, il est souvent aussi difficile de trouver un compromis dans la manière de poser les sons, la musicalité et les textes. Or, à l’écoute de votre Ep, l’équilibre est atteint. La patte de Rémy Lebbos ? Comment cette collaboration est-elle née ?

J. : Nous avons coopéré sur d’autres projets auparavant. Nous avions apprécié sa vision du travail. Nous lui avons apporté nos arrangements et lui est parvenu à magnifier le tout intelligemment. Que demander de plus ? Il est très précis et rigoureux dans son approche. Il comprend très vite le niveau d’exigence des artistes. C’est aussi un personnage haut en couleur, humainement. Nous sommes vraiment satisfaits du produit fini. Et pourquoi pas une nouvelle collaboration dans le futur ?

Il y a quelques années, Kévin, tu t’es rendu en Angleterre pour y monter un projet. On ressent dans la musicalité de Rive des relents anglo-saxons. Est-ce que ce voyage a façonné la façon dont tu conçois la musique ? Cette filiation s’est-elle dessinée naturellement ?

K : J’ai découvert la chanson française pratiquement à la naissance de Rive. J’en écoutais très peu. J’ai baigné dans la culture anglo-saxonne grâce à cette sonorité particulière et l’émotion qu’elle véhicule à travers l’instrumentation. Si tu écoutes attentivement nos compositions, tu te rendras compte de la dualité permanente entre la puissance de l’électro et la douceur des mélodies. Les textes ont du sens et recèlent ci et là quelques jolies métaphores. Juliette a énormément de talent !
J. : Les textes poétiques et ouverts étaient notre leitmotiv. J’ai par contre remarqué qu’ils pouvaient connaître parfois un double sens, ce qui n’était absolument pas prémédité. Par exemple, « Nuit » parle de toutes celles qui ont mené des combats féministes dans les années 70 afin de se réapproprier la sphère publique. Pour moi, le message est très clair. J’en ai parlé il n’y a pas très longtemps dans une interview. Des amis l’ont écoutée et m’ont avoué n’en avoir pas saisi le message. Mais, tant mieux ! Au final, chacun crée sa propre histoire.

Les événements se sont précipités pour vous. Rive est né en 2015. Vous remportez douze prix au dernier Concours ‘Du F. dans le texte’ en mars 2016. Un premier Ep est salué par la critique. Est-il plus stimulant d’avancer dans un projet en réalisant des objectifs à court terme ?

K. : Participer à ce concours a été le détonateur de notre carrière. Nous venions de réaliser un titre en studio. Nous l’avons envoyé et avons été sélectionné à notre grande surprise. Même si nous en rêvions, nous ne nous y attendions pas. Nous nous sommes retrouvés au pied du mur en quelque sorte. Nous n’avions d’autres choix que d’avancer. Et pour y parvenir, il fallait bosser dur. Les efforts ont payé ! Nous avons gagné les demi-finales et ensuite la finale. Nous avons raflé douze prix au total, ce qui n’est pas mal quand même. Nous étions assez fiers de nous. Ce succès inespéré nous a encouragés à poursuivre encore et toujours dans cette voie. Ce concours nous a permis aussi de rencontrer du beau monde avec lequel nous travaillons et de te parler, par exemple, aujourd’hui. Cette aventure est merveilleuse…
J. : Aujourd’hui, la dynamique de travail que nous nous sommes fixée nous permet d’anticiper. Nos échéances restent sur le court et le moyen terme. Pas le long terme, car le monde de la musique est tellement instable qu’il est difficile de s’y projeter dans le futur. On essaie d’avoir un maximum d’actualités aussi. Ce qui nous permet au moins de rester positif par rapport à ce que l’on fait et de continuer à travailler le plus fidèlement possible !

Vous venez de m’expliquer que participer à un concours, comme celui ‘Du F. dans le texte’, sous-entend un investissement personnel important : l’enregistrement d’une démo, tenir vingt minutes devant un jury d’experts et trente pour la finale. Aviez-vous une ligne de conduite tracée en terme de dynamique ?

J. : Pour être franc avec toi, nous n’avions que peu de dynamique de travail. On s’intéressait aux sorties d’albums et aux concerts. Nous avons connu des hauts et des bas. C’est le propre de tous les musiciens, je crois. Ce qui est chouette dans ce projet, c’est que nous n’avons pas eu de temps mort jusqu’à présent. A vrai dire, nous avons toujours vécu dans l’urgence. Produire un set de vingt minutes, de vingt-cinq ensuite, de trente et enfin de quarante-cinq. Ici, on sait qu’on doit tenir au-delà d’une heure. Ce n’est pas évident. Il n’y a pas vraiment de latence. Il y a toujours du travail et du coup, on garde toute l’énergie nécessaire… 

Le contraste est étonnant. Juliette incarne le côté ouaté de la formation par la douceur dans le grain de voix, une ligne mélodique sulfureuse et une pointe de mélancolie. Et Kévin, ton drumming est plutôt tribal. Sur scène, la magie opère. Comment vous définiriez-vous l’un par rapport à l’autre ? Complices ou complémentaires ?

J. : Pour moi, il y a les deux sans aucun doute !
K. : Je pense qu’effectivement, il existe de la complicité et de la complémentarité. Ca ne fait aucun doute. Rive est un projet commun ! On compose ensemble, on s’occupe des arrangements, des mélodies, etc. Nous avons chacun un rôle à jouer sans la moindre rivalité. Juliette et moi avons vécu nos chansons en amont au moment de leur confection dans notre home studio. Tu nous as déjà vus en concert, tu as donc remarqué que c’est sur scène qu’elles s’expriment véritablement. Ma batterie me procure un côté instinctif, voire animalier. Lorsque je suis face au public, je vis pleinement les compositions. J’ai parfois l’occasion de voir mes prestations en replay, je le conçois, j’exécute de drôles de gestes. Et alors ? Ca me fait plutôt rire ! Je te rassure, dans la vie de tous les jours, je suis quelqu’un de très calme et posé…
J. : Nous sommes assez complices dans la musique, mais aussi dans la vie. Il y a plus de dix que l’on se connaît. Ici, on vit en colocation, c’est pour te dire… On se voit donc tous les jours. Ca aide ! C’est même plutôt une chance. Nous sommes assez complémentaires aussi. Je m’attache aux mélodies, aux paroles et à l’aspect des chansons. Kévin, lui, se consacre davantage aux arrangements. Il n’y a aucune compétition entre nous. Les tâches sont bien réparties. C’est très agréable de travailler de cette manière…

A votre avis, la mouvance electro pop/dream pop dresse t-elle un pont entre les musiques du passé et une véritable modernité ou alors doit-elle être perçue comme un fossoyeur du rock’n’roll ?

K. : Je ne pense pas qu’il faille voir les choses sous cet angle. C’est l’époque qui veut ça. Aujourd’hui, il y a plus de techniques et de technologies qu’auparavant. Les musiciens aiment expérimenter. Certains de nos titres regorgent d’arrangements, d’autres moins. En tous cas, nous pouvons sans problème les adapter en piano/voix.
J. : Sur les planches, il y a une batterie, une guitare et un piano. Nous restons attachés aux instruments. Nous aimons en jouer, c’est sûr ! Je partage l’avis de Kévin, quand il affirme que tenter de nouvelles expériences peut devenir très vite agréable. A la maison, nous disposons de matériel assez minimaliste qui ne nous coûte pas très cher. Juste un ordinateur et une carte son. Ce qui nous apporte plus d’autonomie. On prend le temps de chercher et de composer à notre rythme. On reste assez libre…

« Vermillon » a été financé par la plateforme de crowdfunding ‘Kiss Kiss Bang Bang’. Est-ce que le financement participatif est devenu une formule inéluctable aujourd’hui ?

J. : Non, ce n’est pas un passage obligé. Chacun finance ses projets comme il le sent. Ce métier est difficile. Des moyens financiers importants sont exigés. Pour ma part, je crois qu’il faut vivre avec son époque. J’estime qu’il faut considérer cette démarche comme une prévente, nous assurant au moins d’écouler quelques albums.
K. : Se produire en duo rend forcément la part contributive de chacun plus importante. Lorsque tu milites au sein d’un quintet par exemple, ce sera de facto plus facile parce que l’investissement par tête de pipe sera moins important mathématiquement. D’où cette idée du crowdfunding.

Sur cette plateforme, le don maximal (850€ ou plus) donnait droit notamment à un concert privé chez le donateur. Avez-vous obtenu le succès escompté ? Dans l’affirmative, combien de concerts ont été accordés sous cette forme ?

J. : Nous n’avons pas eu cette chance (rire). Le projet était encore peu connu. Nous n’avons donc pas eu le succès escompté (rire).

A propos de l’artwork, que représente la symbolique du corps modelé ‘Renaissance’ et le bateau à la place de la tête ?

J. : Il faut appréhender ces éléments sous l’angle du contraste. Le corps de cette femme au buste corseté représente l’enfermement, tandis que le bateau, lui, tend vers l’imaginaire et le rêve. Tu as envie de crier ‘Allons à l’attaque, larguons les amarres’. Une jolie manière d’aborder la vie en quelque sorte…

Le clip de la chanson « Vogue » vous a propulsés auprès du grand public en cumulant plus de 115 000 vues sur Vimeo. Le clip réalisé par Julie Joseph évoque le même contraste que la chanson. Aviez-vous des idées bien définies sur le sujet ou lui avez-vous laissé carte blanche ?

K. :  Julie était notre colocataire. Nous avons vécu ensemble et sommes restés très proches. Nous avons vraiment démarré le projet ensemble. Nous à la musique et elle à la réalisation du clip. C’était une chouette collaboration !

Vous étiez déjà bookés dans certains festivals avant même la sortie de votre premier Ep. Au final, vu la crise que traverse l’industrie musicale, les concerts ne sont-ils pas plus un environnement et le disque un prétexte ?

K. : Les programmateurs avaient écouté les morceaux préalablement. Je pense que le disque est important en tant qu’objet. Nous y avons mis tout notre cœur. Il s’agit donc d’une carte de visite à ne pas négliger. Lorsque nous jouons en live, la dynamique est différente. Les gens qui ne te connaissent pas nécessairement viennent te voir et apprécient ou pas, l’univers musical dans lequel tu tentes de les porter. Je dirais que le disque et les concerts se complètent assez bien. Quitte à choisir, nous préférons quand même la scène…

Vous êtes d’origine française ! La Belgique est souvent perçue de l’extérieur comme un pays surréaliste à bien des égards. Comment percevez-vous cette assertion ?

K. : C’est drôle que tu poses cette question parce que nous en discutions justement tout à l’heure dans la voiture. La Belgique est un pays qui accueille énormément de festivals. Le public est réceptif et sympa en général. Il existe aussi pas mal d’échanges entre les groupes. Nous avons découvert de belles choses depuis que nous y sommes. Je trouve qu’on a beaucoup de chance de vivre et de jouer dans ce pays…

La mode est aux reprises iconoclastes. Il y a quelques minutes, sur scène, vous avez formidablement repris un titre de Léo Ferré. Là maintenant, si vous deviez tenter à nouveau le coup, quelle chanson choisiriez-vous ?

K. : En ce qui me concerne, j’aimerais reprendre un titre de Françoise Hardy. J’adore cette artiste. Juliette l’ose parfois et sa version lui va très bien.
J. : Avant de reprendre un morceau, il faut déterminer ce que l’on peut y apporter. Il faut pouvoir accomplir les tâches étape par étape, sans se précipiter. D’abord l’aimer et ensuite lui apporter une plus-value, sans quoi l’exercice risque d’être inutile…

FùGù Mango

Le travail de composition doit être rapide, sinon, ça ne fonctionne pas…

Écrit par

Souvenez-vous ! Jean-Yves et Vincent Lontie s’étaient d’abord illustrés au sein de Bikinians. Deux Eps, publiés respectivement en 2008 et 2009 leur procureront d’ailleurs une critique impressionnante dans les pages d’un célèbre magazine français, qui les compare alors à Oasis et Supergrass. Les deux frangins fondent alors Fùgù Mango en 2013. En compagnie d’Anne Hidalgo (basse, percus, synthés) et Frank Baya (drums). Ce dernier a été cependant récemment remplacé par Sam Gysen. Depuis, la formation s’est davantage orientée vers une musique qu’on pourrait qualifier de cocktail subtil entre pop, afro et électro…
C’est dans le cadre de la treizième édition du festival ‘Août en éclat’ que la fratrie est venue défendre l’étrange déclamation d’amour « Alien Love », un arc en ciel brut, riche en émotions. Un entretien qui va s’avérer particulièrement chaleureux et sympathique…

Vous avez fait appel à du beau monde pour collaborer à l’enregistrement de votre premier opus, comme Luuk Cox (Stromae, Girls in Hawaii, Roscoe) et Alex Gopher. Peut-on affirmer aujourd’hui que Fùgù se donne le moyen de ses ambitions ?

V : On a beaucoup tourné pendant trois ans afin d’expérimenter les morceaux. Nous voulions vraiment marquer le coup en réalisant ce premier album. Raison pour laquelle nous nous sommes entourés des collaborateurs les plus pointus dans le domaine. A commencer par Luuk Cox, compositeur, producteur, interprète et multi-instrumentiste hollandais. Il a joué chez Buscemi et a formé Shameboy, en 2004, un projet de musique électronique éclectique. Son expérience nous a été fort utile.
J-Y : Luuk a une bonne connaissance de la musique des vingt voire même des trente dernières années. On en a conclu, que c’était une bonne idée de travailler avec lui. Nous avons enregistré à l’ICP de Bruxelles. C’était une très chouette expérience. Ce studio regorge d’instruments en tout genre : guitares, synthés, percussions classiques et autres. Luuk a l’habitude d’y bosser. Il est donc un peu chez lui (rires). On y a passé douze jours au total. Ensuite, nous nous sommes rendus en Angleterre pour le mix. Là-bas, nous avons reçu le concours d’Ash Workman qui a notamment bossé pour Metronomy, mais également Christine & The Queens. Puis, enfin, le mastering a été opéré à Paris par Alex Gopher, musicien et réalisateur artistique français de musique électronique.
V : Alex ressentait bien la pulse dans laquelle nous souhaitions nous diriger, ce mix de musique acoustique et électronique. Luuk et lui avaient déjà travaillé ensemble auparavant.

« Alien Love » est un titre surprenant pour un elpee. Par quel hasard, l’avez-vous choisi ?

V : C’est également celui d’un morceau de notre album. Sans doute le plus surréaliste. Il raconte l’histoire d’un alien qui débarque sur terre afin de suivre des cours dans le domaine de l’amour et le sexe. Au départ, il s’agit d’un délire que nous partagions auprès d’Anne (NDR : Hidalgo)…
J-Y : On estimait que la compo reflétait parfaitement le climat du disque. Ce choix nous paraissait assez évident. Ce qui me plaît dans cette chanson, c’est le mélange des genres : il y a de l’électro, beaucoup de percussions, des nappes de synthé, des claviers et des guitares. Elle est assez complète dans la sonorité. En outre, les voix de Vince et d’Anne se complètent à merveille.

Lors d’une interview, vous avez déclaré que vous étiez fans des accidents musicaux. Le départ de votre batteur attitré (Frank Baya) vous a amené à utiliser des percussions électroniques et à programmer certaines mélodies sur des machines, ce qui réduit la flexibilité au profit de la rigueur. S’agit-il d’une remise en question ou tous simplement de maturité nouvellement acquise, dans le processus musical ?

V : C’est une excellente question ! Lorsque nous avons réalisé cet LP, nous nous sommes fortement remis en question. FM devait évoluer ! Pas mal de sons samplés sont davantage disponibles aujourd’hui sur le net, ce qui élargit grandement notre champ d’action. C’est un travail de recherche qui nous a quand même pris entre six mois et un an. Le temps nécessaire pour dénicher ce qui nous plaisait vraiment. Tu parlais de maturité. Oui, je confirme ! Il en faut dans la composition et dans la maîtrise de celle-ci. Lorsque tu bosses en production, face à un ordinateur, tu es dans le ressenti. Mais quand tu crées une chanson, tu dois puiser dans ton expérience pour définir des directions ou des grooves. Certains morceaux ont bénéficié du concours de batteries électroniques. L’ICP regorge de petits bijoux technologiques. Les fûts traditionnels n’ont pas été oubliés pour autant. Au final, le rendu procure un produit assez riche et complexe…

Ces machines apportent une coloration très 80’s. Et parfois, difficile de ne pas penser à Fleetwood Mac. Une filiation que vous revendiquez ?  

V : Oui, effectivement ! C’est ce que Luuk nous a avoué de suite, au studio ICP, lorsqu’il a entendu les maquettes. Il était très content que nous l’ayons choisi parce qu’il apprécie beaucoup notre univers. Comme je te l’ai déclaré tantôt, c’est quelqu’un de pointu dans le milieu. Il nous a permis de partager son vécu en nous communiquant de belles références d’albums, et notamment « Rumours ». Personnellement, « Tango In The Night » m’a particulièrement marquée ; les sonorités de cette chanson sont géniales. Il nous a aussi conseillé d’écouter « So » de Peter Gabriel. J’ai découvert une sphère musicale qui m’était jusque là inconnue…

Si je puis me permettre, n’était-ce pas justement le jeu de Frank qui incarnait l’âme de Fùgù Mango ?

V : Frank a apporté beaucoup au groupe, c’est vrai. Au départ, c’est moi qui ai mis en place le set up de drums. Mais lorsque je les crée, les patterns ne sont pas vraiment adaptés pour les batteurs. Raison pour laquelle celui qui assure la rythmique sur FM doit faire preuve d’une grande souplesse parce que l’exercice n’est pas des plus traditionnels. Les beats sont désarticulés, si tu veux. Néanmoins, notre projet reste très ouvert et ludique. Celui qui se démerde un peu sur cet instrument pourrait facilement donner sa touche personnelle. Je ne pense pas que le gars aurait énormément de difficultés. En session live, Sam Gysen, notre batteur, a su faire preuve de tact et d’intelligence afin de conserver ce fil rouge particulier et unique.

En parlant de Sam Gysen, qui a notamment bossé pour Arno et Arsenal, comment l’avez-vous rencontré ? Est-ce que la passation de flambeau s’est déroulée sans heurts ?

V : Nous avons gardé des contacts avec Frank Baya. On ne s’est pas brouillés ! Il remplace d’ailleurs Sam dans son groupe de musiciens africains. La rencontre n’a rien de spectaculaire puisque c’est par l’entremise de notre ingé son que nous l’avons croisé. Ils sont tous deux originaires de Gand. Et le contact a été immédiatement excellent. Il était emballé par le projet. Mais outre Fùgù, il en mène d’autres. C’est un résident régulier du ‘Charlatan’, un bar à Gand. Il y mixe plus d’une fois par mois. Il est particulièrement connu en Flandre. Il aime faire danser les gens en live !

Généralement, on décide d’aller voir un groupe sur scène, après avoir écouté son disque. Le vôtre déclenche un processus contraire. De quoi être persuadé que celles et ceux qui vont l’acheter ou l’ont déjà acheté, ont d’abord assisté à un de vos concerts…

V : L’album est un aperçu de ce qu’on est. Les live sont plus vivants et énergiques. Explosifs même ! En enregistrant « Alien love », notre premier objectif était de combiner la pop des eighties à une certaine modernité. Je crois que c’est plutôt réussi ! Nous sommes assez fiers du produit fini. Il est agréable à écouter et dégage une énergie hors du commun…

Le début d’une longue série alors ?

V : Nous nous sommes remis à composer. Notre optique est la même : essayer de transmettre cette énergie d’ensemble.

Mais cet opus est-il suffisamment taillé pour le live ?

V : Il a été d’abord pensé pour le studio. Nous avons composé et enregistré dans notre home studio. La principale difficulté a donc été de l’adapter à la scène…
J-Y : Auparavant, nous travaillions de manière différente. Au début, les idées émergeaient essentiellement de jams ou de morceaux rôdés en live. Pour cet album on a été davantage dans un travail de réflexion.

Une bonne musique naîtrait de la complicité entre ses musiciens. Vous confirmez ?

V : Jean-Yves et moi, nous sommes frères. Tu dois donc te douter que ce n’est pas facile tous les jours (rires). Je pense qu’il est important de créer, d’étonner les autres, de faire plaisir et d’animer, c’est la base d’une bonne dynamique de groupe. FM est très familial. On se connaît depuis pas mal de temps, ce qui rend le déroulement des opérations encore plus intenses. Tu sais, on n’a pas forcément besoin de se parler pour se comprendre. Il serait vraiment dommage que cette connexion nous échappe un jour. Mais, pour l’instant, on avance bien dans le processus de gestion du combo. On est parvenu à exploiter au maximum les qualités de chacun. On a ainsi évité de perdre du temps. Le travail de composition doit être rapide, sinon, ça ne fonctionne pas…

Vous avez commencé vos répétitions dans une cave sans fenêtres. Pour ce long playing, vous avez emménagé dans un studio à la campagne. Le single « Blue Sunrise » reflète justement cette sensation de liberté et d’évasion. Est-ce que ce nouvel environnement de travail a influé sur le développement créatif ?

V : Absolument ! On a beaucoup travaillé l’été, ce qui a rendu les conditions de travail, plus agréables. Je dirais que cet environnement a sans doute contribué à la couleur de notre disque, même si la partie studio était forcément plus confinée.
J-Y : Bénéficier d’une vue magnifique donne des ailes effectivement. Les idées deviennent tout de suite plus simples. Je crois que c’est important pour favoriser la créativité. Lorsque tu regardes par la fenêtre, tu contemples de grands espaces. Tu te sens libre. Ce qui est sympa dans ce genre d’endroit, c’est que tu peux prendre ta gratte et riffer tranquillement sur la terrasse quand tu veux. Tu rentres dans une sorte de bulle. Une transe qui peut durer plusieurs heures…

Vous avez repris « Golden Brown » des Stranglers, un standard musical qui permet sans doute de se faire connaître plus facilement en touchant un public plus large. Est-ce qu’il s’agit d’un ‘one shot’ ou peut-on imaginer un exercice du même style dans le futur ?

V : On a déjà repris un titre de Noir and Haze qui s’intitule « Around », dans le passé. Une chanson qui avait été d’ailleurs interprétée par Solomun. Cette question est une pure coïncidence parce que figure-toi que nous venons récemment de franchir un nouveau cap. En fait, on s’est attaqué à un standard du rock français, « J’aime regarder les filles » de Patrick Coutin. Mais oui, ces deux reprises, on les joue parfois en soirée et elles plaisent au plus grand nombre.
J-Y : La compo de Coutin est très psyché rock. On a vraiment voulu la redynamiser. A l’instar de « Golden Brown », qui n’a rien à voir avec la version originelle. C’est cet écart qui rend l’exercice périlleux. Mais, ces versions resteront toujours une belle expérience.
V : Oui, ce sont des compos d’une puissance inégalable. C’est comme si tu étais au volant d’une voiture confortable. Tu roules et tout va bien (rires). J’aime cette métaphore !

Vous baignez dans l’univers de la musique depuis plus de vingt ans maintenant. Cette longévité vous permet-elle de prétendre à une certaine crédibilité sur la scène belge ?

V : Je dirais plutôt que cette longévité a fédéré petit à petit une masse de gens autour du projet ! Cette notoriété ne s’est pas construite du jour au lendemain. Nos tournées s’étendent aujourd’hui au-delà de la Belgique. On a un label en France et on y accomplit des tournées. Mais pas que ! En Allemagne aussi. Parmi les autres pays étrangers dans lesquels nous avons eu la chance de se produire, je citerai la Croatie, l’Italie et la Slovénie. Ces périples sont nécessaire, si tu veux vendre ton produit. En Belgique, nous avons été beaucoup aidé par Paul-Henri Wauters, le programmateur des Nuits Botanique. Il nous a ouvert pas mal de portes. Mais, une réussite n’est possible que si le projet séduit les gens. Et c’est plutôt fâcheux, dans le cas contraire…

Quelques dates d’une tournée précédente ont été assurées en présence des sœurs BINTI (NDR : elles sont égyptiennes !). Ce qui a rendus vos compos plus douces et sucrées. Envisagez-vous de remettre le couvert prochainement ?

V : Oui, je te rejoins ! Je pense qu’une des filles est retournée en Egypte récemment. Nous avons encore des contacts avec elles. Nous les avons d’ailleurs revues lors d’une fête privée, il y a quelque temps. Non, pour être honnête, ce n’est pas au programme. A l’époque, elles devaient nous accompagner pour un seul show, au Bota. Les spectateurs ont accroché, on a donc décidé de réitérer l’exercice. C’était une expérience fabuleuse, mais il était compliqué d’assimiler tous ces nouveaux paramètres, sur les planches. On s’est rendu compte aussi que nous devions concéder tout un pan de notre dynamique ; mais, je persiste à dire qu’elles possèdent un talent inné. D’autre part, je pense que nous avons suffisamment d’objectifs à atteindre pour cette année. Le premier sera le visuel que nous souhaitons mettre sur pied, dans le cadre de notre spectacle prévu à l’Ancienne Belgique, en février prochain. Nous allons collaborer avec une boîte française. On va se relancer dans le DJing aussi. Mais dans un cadre plus ambitieux que nos tentatives précédentes. On souhaite communiquer davantage de sensations. Tout en conservant cet esprit festif…

 

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