L’appel à débrancher des Burning Heads

La formation skate punk orléanaise Burning Heads vient de partager un second extrait de son nouvel opus « All Fired Up ». Attendu pour le 16 octobre 2026, ce disque succède au titre « SOS 2 » publié début septembre. À l'aube de ses quatre décennies de…

Claud et la musique

Claud sortira son troisième opus studio, « Me and the Music », ce 23 octobre 2026. Ce…

Tommigun fait de vieux os…

Les vétérans belges de l'indie pop signent un retour marquant. Dix ans après la parution de Wooden Son, Tommigun rompt un long silence et dévoile « Heavy Bones ». Ce morceau inaugure un nouvel elpee éponyme, dont la sortie se profile pour le 20 novembre 2026…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

L7
Viagra Boys

Doom Wood 2017 : samedi 25 novembre

Écrit par

En cette froide soirée de novembre, cinq formations ont décidé de convertir cette seconde édition du Doom Wood Festival en manifestation toute aussi lourde en riffs qu’en décibels. Sur l’autel : du Drone, du Doom et du Sludge. Selon leurs vices respectifs, les groupes vont proposer des sets courts mais d’une incroyable intensité, au cours desquels chaque band aura le loisir de déverser sur la fosse, la noirceur de son âme. Un chapelet de bulles opaques et crades juste comme on les aime, et que tout amateur du genre ne devait pas louper pour la circonstance. Un peu moins de cent personnes s’étaient déplacées pour cet événement. Immersion.

Tamines, petit village de Sambreville. Les rues sont plutôt calmes voire même désertiques en cette fin de journée d’automne. Un certain contraste par rapport au déferlement de décibels qui s’annonce à 300 mètres du lieu où une place de parking est disponible pour votre serviteur. En pénétrant dans la rue de la Maison des Jeunes de Tamines, théâtre des opérations du jour, impossible de ne pas tomber sur un food-truck au menu plutôt varié et alléchant. Le bougre fera son beurre ce soir, ne manquant pas d’assouvir la faim des badaud·e·s avides de musique épaisse. Quelques personnes grillent une cigarette ou s’enfilent à leur aise une bouteille de vin face au modeste bâtiment dont l’écriteau, au graphisme digne d’un des meilleurs vendeurs de kebab, ne permet pas de se tromper sur l’emplacement. Le mur de droite de la petite salle sert de présentoir aux t-shirts, cd, vinyles et autres patches et stickers des combos qui se produisent ce soir. Au fond, l’arène.

Le Passeur entame cette soirée. Costumes noirs de rigueur, les deux musiciens se font face sur le podium, assis sur une chaise. Sur la gauche, de longues notes graves sont tirées d’une guitare, torturées par les multiples pédales de distorsion. A droite, posés une petite table, une boite à effets et un bol tibétain. Le vocaliste de la formation interrompt à intervalles réguliers le bourdonnement de la gratte, tel un parolier lançant des appels à l’aide, d’avance perdus dans l’océan. On pourrait croire à une discussion schizophrénique. Bien que certains éléments perturbateurs parasitent le set, les deux musiciens parviennent à rester dans leur bulle surréaliste. Devant eux et dos au public, une artiste laisse courir un fusain (ou du moins, ça y ressemble) sur le papier d’un flipchart. La noirceur des sons traduite en traits, formant des illustrations abstraites. Après une vingtaine de minutes, la prestation atteint son point d’orgue. Les cris s’étranglent en une envolée dépressive, la guitare n’émet plus qu’un chaos sonore et tout finit par retomber. Les musiciens quittent l’estrade aussi abruptement qu’ils y sont arrivés. Les vannes sont ouvertes. Il y plane désormais une ambiance lourde et froide qui collera au mur jusqu’en fin de parcours…

Le temps de s’offrir une bière et de s’autoriser une brève prise d’air à l’extérieur, Lethvm est déjà prêt à démarrer les hostilités. Une prestation quelque peu symbolique puisqu’elle célèbre la sortie, la veille, de son premier album « This Fall Shall Cease ». L’apocalyptique et dépressif « Wandering at Dawn » entame le concert. Les rangs se sont resserrés. Beaucoup de métalleux semblent avoir fait le déplacement pour l’occasion. Les musicos prennent pleinement possession de la scène. Pendant que Ben semble hanté par la noirceur des morceaux, ne faisant plus qu’un avec sa basse, Mathieu, le guitariste, planté à l’autre extrémité du podium, conserve un visage impassible comme s’il était enfermé au sein d’une bulle musicale hermétique. En chef d’orchestre bienveillant, Tony, quand il ne martèle pas ses fûts, veille à insuffler par sa frappe ce tempo lent et hypnotique. Face à lui, Vincent se démène comme un beau diable, tout en barbe et cheveux blonds. Ses hurlements écorchés et plaintifs –très susceptibles d’évoquer ceux du chanteur de Burzum, Varg Vikerness– le traversent de part en part. Son registre vocal est incroyable ; ce qui lui permet d’ailleurs ensuite de s’autoriser des envolées plus graves et solennelles, bras tendu vers un infini, par définition inaccessible. Ou encore cet autre instant où il préfère abandonner son micro derrière lui, s’époumonant à blanc face à l’audience. Du meilleur effet ! Peine perdue de vouloir poser le pied pour reprendre un quelconque équilibre, Lethvm vous rattrape de suite par la gorge. Alors que l’ambiance s’enfonçait dans une atmosphère sombre et dépressive, « Winter’s Journey » réveille les âmes et leur colle un coup de pied bien placé, direction le purgatoire. Quelques bras se lèvent, des applaudissements émergent mais la majorité des spectatrices et spectateurs semblent être, à juste titre, happés par les morceaux. Vincent finit par sauter dans la fosse, s’empare d’une grosse caisse déposée à côté, rue dans le public et finit par se poser face à la scène, formant à présent un duo en compagnie du batteur pour clore ce set. Tous les ingrédients sont réunis pour que Lethvm monte en puissance dans les mois et années à venir. Et surtout, qu’il ne laisse plus au fond de la gorge ce goût amer de trop peu. 

Attention, ça colle aux poumons ! Atomic Trip débarque pour la première fois, en Belgique. Il a emmené dans ses bagages un OVNI instrumental, entremêlé de Sludge et de Doom. Impliquant un batteur et deux guitaristes (dont l’un des deux n’est autre que le vocaliste de Cult of Occult, programmé en tête d’affiche), le trio va dispenser, pendant une bonne demi-heure, une musique extrêmement grasse, lente, parfois minimaliste et surtout crasseuse à souhait. Les mots sont parfois difficiles et vains à placer pour décrire une ambiance. C’est le cas ici. Le plus efficace serait peut-être de vous imaginer confiné·e dans un espace clos et que les murs se rapprochent petit à petit, à vitesse égale, finissant par froidement vous broyer, sans aucun état d’âme. Une stérilité qui se traduit également sur les planches, où les musiciens ne sont pas venus pour taper dans les mains et divertir la plèbe. C’est à prendre ou à laisser. Une hallucination acide, éveillée et partagée par celles et ceux qui se montrent ouvert·e·s et fait appel à ce qui se situe au-delà des mots. Atomic Trip a proposé ce soir un voyage, toutes fenêtres ouvertes et à contresens. Seul·e·s les mordu·e·s ont continué le périple jusqu’au bout.

C’est encore sous l’épais brouillard sonore laissé par leurs prédécesseurs que débarquent les Allemands de Phantom Winter. Deux pieds de micro sont disposés en vis-à-vis, plaçant les deux vocalistes parallèlement à la scène. Vous pouvez définitivement laisser de côté les ballons multicolores, la soirée se poursuit dans la suie. Les niveaux sonores sont pour le coup montés d’un cran, conférant aux lentes et chaotiques compositions une impressionnante couche anxiogène. Face au public, les growls impassibles et martiaux répondent aux vociférations aigues et possédées, le tout noyé dans une soupe de riffs glacés et démoniaques. Il règne une tension particulière, un confluent où l’aura nihiliste du punk finit par rencontrer l’appel funéraire propre au Doom. Seule une lumière bleue foncée, posée au sol, illumine l’ensemble de la scène, conférant aux visages des musiciens des traits aussi tirés que ravagés. Une haine froide et contenue face à un déchirement sans filtre, fréquemment entrecoupée de samples déclamatoires, qu’on pourrait croire sortis d’une chaîne de news allemande. Un peu comme si la musique de Phantom Winter reflétait un négatif inversé de la réalité, ce qui se passe de l’autre côté du miroir, ce no man’s land d’où on ne peut revenir une fois la ligne franchie. Alors que le quintet arrive petit à petit à instaurer cette ambiance atypique, les rangs se déforcent graduellement, préférant aller tailler le bout de gras à l’extérieur. Dommage !

Quelque peu éméchés, certains s’amusent à faire cracher les baffles de leur voiture parquée en face de la Maison des Jeunes. D’autres vident joyeusement leur bouteille de vin ou s’enfilent un dernier hamburger avant de se prendre la tête d’affiche dans l’estomac. Ces derniers effectuent les derniers réglages. Les vibrations parviennent jusque dans la rue. Les bouchons d’oreille sont vivement conseillés, car les Lyonnais de Cult of Occult ont plutôt la main lourde sur les niveaux sonores. Quelques spots à l’arrière inondent à présent la scène d’un rouge sang. Tous encapuchonnés, les artistes s’emparent de l’espace. Alors qu’il était plutôt discret lors de sa prestation chez Atomic Trip, caché derrière un ampli, le vocaliste a désormais laissé tomber la guitare pour s’emparer du micro et venir se planter à proximité de l’audience, pied sur l’ampli, dominant d’un regard froid et déshumanisé. La machine démarre. C’est lent, très lent. Le son emplit toute l’atmosphère, pousse les murs. Un long cri guttural sature les lieux. La décadence s’est désormais invitée aux festivités macabres. Ne cachant pas son attrait pour la boisson, le vocaliste s’abreuve d’une Rochefort en deux ou trois gorgées, nourrissant sa barbe par la même occasion, avant d’attraper et de vider, quelques instants plus tard, un gobelet rempli de houblon. La trentaine de personnes encore présente dans la fosse balance lentement la tête au rythme du claquement des cymbales. Les vibrations s’infiltrent insidieusement dans le corps, tel un venin qui grappille et infecte sans interruption les cellules saines. Une petite quarantaine de minutes, hors du temps, véritable expérience misanthropique et malsaine qui ne peut que souiller l’âme et y laisser des traces indélébiles. Seule stigmate physique de ce passage infesté : les oreilles bourdonnent dangereusement. Après avoir vomi toute leur haine, les artistes dégagent un à un de la scène, laissant les baffles hurler un larsen sillant littéralement les tympans. Le chanteur finit par remonter sur l’estrade et coupe d’un geste sec les amplis. Soulagement. La tempête est passée, il ne reste plus qu’à s’en remettre.

A l’heure où la tendance se porte plus que jamais sur la musique lisse et exempte de remous, le Doom Wood Festival prend le risque de mettre sous les projecteurs des formations atypiques et parfois loin de susciter l’intérêt général. Une organisation qui a le cran d’aller à rebrousse poils et d’offrir à son public des expériences sensorielles, davantage que des classiques prestations. Un saut à pieds joints dans la flaque d’eau, et peu importe si on en ressort les pieds mouillés. Il est donc plus que jamais nécessaire de soutenir ce type de manifestation, du moins si on veut que le Metal puisse rester cet antre d’expressions multiples, certes parfois dérangeant, mais ô combien salutaire...

(Organisation M.J. Tamines)

 

 

Arkhon Infaustus

Passing the Nekromanteion

Écrit par

Arkhon Infaustus appartient à cette catégorie de formations incontournables, qui pratiquent le metal extrême, en France. Tapi dans l’underground de 98 à  2007, il a, endéans ces quelque années, non seulement gravé quatre albums studio et deux Eps, mais s’est aussi produit sur les même planches que de grosses pointures, comme Mortician, Vader, Deicide, Enthroned et Belphegor. Une décennie plus tard, le combo parisien reprend les armes, motivé par l’idée d’être entendu au-delà de l’Hexagone, en publiant un nouvel Ep, sobrement intitulé « Passing the Nekromanteion ». En quatre titres, le band rappelle que son univers est toujours aussi oppressant. Tel un gaz sournoisement diffus, qui se répand dans un espace calfeutré, Arkhon Infaustus vient subtilement vous asphyxier. Et il est bien déterminé à y parvenir ! Ce disque plante le décor dès les premiers instants. Les envolées de gratte ‘slayeriennes’ sont soutenues par le drumming de Skvm, semblable à une marche funèbre vers la potence. Et la voix gutturale et possédée de Deviant Von Blakk vient finalement s’imposer en emplissant tout l’espace sonore. À l’image de l’artwork de ce mini album, représentant le Nécromantion (un ancien temple grec et oracle de nécromancie), la musique du duo français est non seulement très sombre, mais également bourrée de détails. Une accumulation de motifs qui se superposent les uns aux autres, jusqu’à calfeutrer toute lumière. Après quelques coups de basse bien gras clôturant un chaotique « Yesh Le-El Yadi », c’est par un sinistre titre instrumental qu’Arkhon Infaustus se retire lentement de la scène apocalyptique qu’il a engendrée. Alors que certaines formations se servent parfois de l’instrumental pour combler l’espace, Arkhon Infaustus déploie alors, et pendant dix minutes, tout son potentiel pour créer une ambiance aussi martiale que démoniaque. Bien qu’à réserver principalement à des oreilles friandes de Metal extrême, « Passing the Nektromanteion » marque un retour plutôt réussi pour le groupe français. Ou plus particulièrement de son ombre, car une demi-heure, c’est encore trop court pour pouvoir juger du réel come-back de la bête. Mais tout laisse présager que les artistes ont en réserve un bon paquet d’ondes malsaines à propager…

 

Bacon Caravan Creek

Odd places

Écrit par

Il a fallu six longues années, avant que Bacon Caravan Creek ne publie son troisième elpee. Faut dire que dans l’intervalle, les membres du groupe ont traversé épreuves et événements heureux. La vie quoi ! Les textes de cet opus sont d’ailleurs autobiographiques. Et l’attente valait vraiment la peine. A première écoute, on pense immédiatement à dEUS, Hollywood Porn Stars et Ghinzu. Mais au fil des auditions, la musique dévoile de multiples autres nuances.

Ouvrant la plaque, « Shaking river » trempe dans le folk/blues/psyché/garage, un sifflotement lorgnant vers les B.O. pour western de Sergio Leone. Un climat filmique qu’on retrouve sur le single « Bloody », une plage ténébreuse, traversée de chœurs et dont les inflexions vocales sont très susceptibles de rappeler les Beatles. Des chœurs qui infiltrent « Echoes », une ballade balisée par le piano et enrichie d’orchestrations de cordes, qui vire à mi-parcours en electro/punk. Et encore sur « The saddest man on earth », une autre ballade mais expérimentale, mystérieuse, d’abord imprimée sur un mid tempo, mais émaillée de multiples soubresauts rythmiques, de subtiles interventions électroniques, d’arrangements somptueux, de chœurs (NDR : of course !), et entrecoupée de passages atmosphériques, alors que le chanteur emprunte parfois le timbre de Richard Ashcroft. Des changements de tempo qui dynamisent le capricieux « Cassandre », une piste écorchée par des cordes de gratte grinçantes, crépitantes. Sauvage, très électrique, « Hert » replonge dans l’électro punk, mais dans l’esprit de Muse. Et l’œuvre de s’achever par « Grass ballad ». Qui est amorcée sous cette forme. Etrange, planante, parfois cosmique, réminiscente des seventies, frôlant même parfois les univers du Floyd voire d’Alan Parsons Project, avant de s’emballer définitivement… Un chouette album !

 

Broken Social Scene

Hug of Thunder

Écrit par

Il y a quand même sept longues années que Broken Social Scene n’avait plus publié d’album. C’était l’excellent « Forgiveness Rock Record ». Bien sûr, depuis, les membres du collectif ont participé à de multiples projets. « Hug of thunder » constitue donc son sixième LP studio. Auquel ont participé trois vocalistes féminines. Et tout d’abord Emily Haines, celle de Metric. Elle pose sont timbre éthéré sur l’offensif « Protest song », alors que les cordes de guitares sont carrément déchiquetées. Puis Leslie Feist. Dont le lead vocal atmosphérique nous plonge dans une forme de mélancolie rêveuse, sur le titre maître. Et enfin Ariel Engle, nouvelle recrue, dont la voix se révèle aussi stratosphérique que celle d’Elizabeth Frazer sur le plus électro « Gonna get better » ainsi que « Halfway home ». Brendan Canning et Kevin Drew sont toujours à la baguette d’une formation dont la musique reste, en général, luxuriante et célébratoire, même si certaines plages sont un peu plus downtempo. Et la plus riche, « Vanity hail kids », lorgne même vers Arcade Fire. Luxuriante et puissante comme sur le très électrique « Old dead young », la piste qui clôt ce long playing. On regrettera cependant ce recours un peu trop systématique à l’électro (synthés, boîte à rythmes) et parfois même aux samples. Pas que ces sonorités synthétiques soient envahissantes, mais plutôt inappropriées. Et puis surtout l’absence de titres véritablement irrésistibles…

 

Lew Jetton

Palestine Blues

Écrit par

Chanteur/guitariste, Lew Jetton vit aujourd’hui dans le Tennessee. Ce qui ne l’empêche pas de présenter la météo sur une chaîne de télévision locale, à Jackson. Ses débuts, il les a accompli dans le Kentucky voisin, au sein de 61 South, à partir de 1994. Et il va finalement en devenir le leader. Depuis le début de ce millénaire, le band à gravé quatre elpees, dont ce "Palestine blues", qui reflète une période difficile traversée par Jetton, ces 10 dernières années. Une décennie au cours de laquelle il a été confronté aux addictions à l'alcool et aux drogues, à la dépression, à la frustration et à l'absence de travail! "Palestine" est un quartier de Paducah qui abrite une communauté urbaine où il vit! La Palestine est aussi bien sûr un lieu de conflit, c'est un peu ce qu'il a vécu lui-même. Dix épisodes personnels, qui bénéficient, pour l'essentiel, du concours de la section rythmique de 61 South ; en l’occurrence le batteur Erik Eicholtz et le bassiste Otis Walker.

"Will I go to hell" pose d’emblée une question existentielle. Introduite par des sonorités de cordes empruntées à John Lee Hooker, la plage est rapidement contaminée par l'harmonica percutant de J.D. Wilkes (NDR : il a autrefois, milité au sein de 61 South et se consacre, depuis de nombreuses années, au chant, chez les Legendary Shack Shakers). Un brûlot abordé à la manière d’un boogie. Les riffs rythmiques sont puissants tout au long de "Oh my my", un rockin' blues dont le vocal solide ouvre la voie à envol enflammé sur les cordes. Ballade roots, "For the pain" est un morceau savoureusement suranné. Remarquable, la voix de Letton rappelle parfois celle du Van Morrison de la grande époque. Des riffs ‘rollingstoniens’ découpent "Mexico", une piste aux tonalités southern rock. Excellent ! Shuffle entraînant, "Sold us out" annonce le retour de J.D. Wilkes à l'harmonica ; et ses interventions sont toujours aussi saignantes ! Imprimé sur un mid tempo, "Don't need no devil" macère dans le delta. Les percus d’Erik tirent parfaitement leur épingle du jeu, alors que la voix est possédée et autoritaire. Très soudée, la section rythmique balise le troublant "Christ have mercy". Elle talonne les cordes du leader qui crachent des notes menaçantes. Roots/rock, "Drama" ne manque pas de charme. Une compo qui se singularise par l’excellente intervention vocale. Et l’elpee de s’achever par "Bout time", un blues/rock rapide et de toute bonne facture…

 

Rob Lutes

Walk in the dark

Écrit par

Chanteur/compositeur, Rob Lutes est issu de Montréal. Son style musical, qui oscille entre le folk et le blues, est considéré aujourd’hui, comme de l’américana! Son premier elpee, "Gravity", est paru en 2000. Et "Walk in the dark" constitue son septième. Pour la circonstance, il a reçu le concours de musiciens locaux. La prise de son s'est déroulée à Montréal. Sur les treize plages, le Canadien en signe douze, s’autorisant en outre, une reprise du chanteur folk américain, John Prine.

Roots song, "A little room" bénéficie d’une jolie mélodie. Grave et un tantinet éraillée, la voix de Rob émerge d’un ensemble, au cours duquel la basse se révèle très présente, alors que piano électrique, orgue, cordes acoustiques et électriques tissent la structure instrumentale. Abordé sous la forme d’une ballade, "There's no way to tell you that tonight" rend un très bel hommage au bluesman James Cotton. Le ton reste solennel. La voix monte facilement en puissance, alors que la guitare de Rob MacDonald se réserve un bel envol, relayé par l'harmonica de son compatriote –un pote– Guy Bélanger. Excellent! Et "Spence", au regretté guitariste bahaméen Joseph Spence, disparu voici plus de trente ans. Caractérisé par sa conjugaison de cordes acoustiques et électriques, "I am the blues" est un blues cool. Et on a même parfois que Rob chante juste en face de nous. Le titre maître est aussi le meilleur. Grâce à son sens mélodique et à sa construction harmonieuse. Mais également aux interventions d’orgue et de piano que se réserve Bob Stagg. Un véritable régal ! Le long playing recèle plusieurs ballades roots, dont le "Rocky Mountain time" de John Prine est certainement la plus intéressante. Caractérisé par la guitare quasi-manouche, "Believe in something" est souligné par l'harmonica de Guy Bélanger. Et ce dernier brille encore sur "Better past", une plage dynamisée par la basse acoustique. Deux titres qui achèvent le long playing et ne manquent certainement pas de swing.

 

Nesles

Permafrost

Écrit par

François Nesles n’est pas né de la dernière pluie, puisque son premier essai, un Ep, remonte à 1997. Soit il y a déjà 20 ans ! Son dernier elpee, « Permafrost » a été réalisé sous la houlette d’Alain Cluzeau, un personnage (parfois chanteur) qui a quand même bossé pour Bénabar, Olivia Ruiz, Hubert-Félix Thiefaine, Dinonysos, Juliette Greco, Yves Duteil, Christian Vander (Magma) et une multitude d’autres. 

En outre, quand on prend connaissance des commentaires laissés par la bio, mais aussi dans la presse hexagonale, attribuant à l’artiste des dispositions dignes de Jean-Louis Murat, Dominique A voire Alain Bashung, quoi de plus naturel que la curiosité se double d’un intérêt particulier pour cet opus.

Première constatation, l’écriture de Nesles est poétique. Mais une poésie faite de métaphores qui se collent l’une derrière l’autre afin de tramer le texte de la chanson. Dès lors, pas toujours facile de déchiffrer ces figures de style. De quoi, peut-être aussi entretenir le mystère.

Tout au long de cet opus, il a recours aussi bien à l’instrumentation organique qu’électronique. Collant finalement à un genre qui a été baptisé electronica folk. Donc aussi bien de la guitare (souvent acoustique), de l’orgue, des cordes (violon, violoncelles ou samples, on n’en sait rien), des drums, de la basse, des boucles, des chœurs, des programmations et des tas d’arrangements. Et le tout ne tient pas trop mal la route. Surtout la sèche et les instrus à archet. Quand il a recours à ces derniers, on se sent même très souvent bercé ou alors tout simplement transporté.

Le seul souci émane du ton général de l’œuvre. Un peu trop monocorde. Et la voix, en général confidentielle ou susurrée n’est pas de nature à communiquer davantage de relief aux compos. Qui baignent, le plus souvent, au sein d’un climat mélancolique, même sur si « Montagnes Vallées revisitées » et le titre maître, un sifflement allègre voire insouciant vient compenser cette amertume. De l’album, on épinglera néanmoins, l’excellent « Mes forêts », une plage à la mélodie contagieuse.

Là où le bât blesse, c’est que les pistes ne parviennent que trop rarement à accrocher. On ne jettera pas le bébé avec l’eau du bain. Surtout si c’est sur du « Permafrost ». Il va instantanément geler. Nesles a du talent, c’est sûr, mais pour l’instant, il marche un peu trop sur les plates-bandes de Miossec. Pas vraiment une bonne idée, car dernier n’a, à ce jour publié qu’un seul album qui tienne vraiment la route. Alors, mieux vaut peut-être parfois changer de chemin, si on ne veut pas se casser la figure…

 

Trailer Trash Tracys

Althaea

Écrit par

Trailer Trash Tracys a été fondé par Susanne Aztoria et James Lee, en 2011. Ce duo londonien a été rejoint, un peu plus tard, par une section rythmique. Et « Althaea » constitue son second elpee. Il s’ouvre et s’achève par un morceau instrumental, qui évoque tout simplement Japan. Les premières plages baignent d’ailleurs au sein d’un climat new wave à connotation orientale, comme le pratiquait si bien la bande à David Sylvian. Bien sûr, la voix de Susanne est plutôt atmosphérique, parfois même aussi éthérée que celle d’Elizabeth Frazer (Cocteau Twins). Le corps de l’opus s’ouvre cependant à des tas d’autres influences musicales. Comme la lounge, la pop et surtout l’électro. Mais aussi le carnaval philippin ainsi que les rythmes latinos, afros, asiatiques ou tropicaux. Sans oublier les orchestrations, plutôt soignées. Certains titres sont cependant plus complexes, voire ésotériques ou sépulcraux. Il y a même une valse (« Betty’s Cavatina ») et un slow crapuleux (« Singdrome »). Bref du grain à picorer dans un ensemble au sein duquel il est nécessaire de séparer le bon grain de l’ivraie…

 

Dani Wilde

Live at Brighton Road

Écrit par

Elle a fêté ses 32 ans et vient de signer chez l’écurie américaine Vizztone. A 22 printemps, cette chanteuse britannique avait alors décroché un contrat pour le dynamique label allemand, Ruf Records, y publiant, l’année suivante, "Heal my blues". Depuis, elle a tourné inlassablement et enregistré plusieurs long playings. Mais également participé à différents projets impliquant des chanteuses du label, auxquels avaient participé la regrettée Candye Kane, mais aussi Sue Foley, Deborah Coleman, Samantha Fish et Cassie Taylor, à des époques différentes.

Paru sous la forme d’un cd et d’un dvd, "Live at Brighton Road" est partagé entre une session acoustique et électrique. Deux fois cinq titres. Elles se sont déroulées au Brighton Road Studio, à Hassocks, au Nord de Brighton, en Angleterre.

La partie acoustique met bien en relief la voix pure et vivace de Miss Wilde ; et tout particulièrement lors du blues d'ouverture "Bumble Bee", une compo issue de la plume de la légendaire Memphis Minnie. Son frère, Will Wilde, s’y révèle particulièrement convaincant à l'harmonica. Les autres plages baignent au sein d’un climat unplugged ou si vous préférez, folk. Elle dédie "My old man" à son grand-père. Trois voix féminines l’épaulent tout au long de "Glorious day", un morceau qui s’achève en gospel, rythmes et claquements de mains compris. Le "The living years" de Mike Rutherford (Genesis) bénéficie du concours de Sarah Davison au violoncelle. 

La partie amplifiée est bien plus intéressante. Pour la circonstance, elle est soutenue par un claviériste, un bassiste, un drummer et un harmoniciste, Will en l’occurrence. "Deeper than black" ouvre la plaque. Les interventions de Mrs Wilde aux cordes sont parcimonieuses, mais chargées de feeling ; et elles montent en puissance tout naturellement. Elle adapte le classique de Jerry Leiber and Mike Stoller, "Hound dog", un blues très rythmé enregistré à l'origine par Big Mama Thornton en 1952, mais dont la version interprétée par Elvis Presley, décrochera un n°1 rock'n'roll, quatre années plus tard. Et c’est Gregory Coulson qui y tire son épingle du jeu au piano. De ses ivoires, il balise "High on your love", une compo signée par Will, un pur rock’n’roll au cours duquel Dani brille aux cordes. La fratrie se distingue encore sur le shuffle, "Don't quit me baby", l’une à la gratte, l’autre à l’harmo, dans lequel il souffle à pleins poumons. "Refugee" clôt ce long playing. Une ballade roots qui traite, bien sûr, du problème actuel des réfugiés. Une interview de l’artiste figure également sur le dvd…

 

Wolf Parade

Il ne faut pas deux loups pour diriger une meute…

Écrit par

Il y a déjà quelques années qu’on n’entend plus guère parler de Wolf Parade. Faut dire que depuis la pause que s’est réservée le band Canadien, en 2011, les deux chanteurs, Dan Boeckner et Spencer Krug ont développé ou participé à des projets parallèles. Le premier a notamment milité chez Divine Fits et Operators, alors que le second s’est essentiellement focalisé sur son aventure en solitaire, baptisée Moonface. Ce n’est qu’en 2016, que le groupe a repris le collier, publiant alors un Ep. Et dans la foulée, il a enregistré un excellent nouvel elpee, intitulé « Cry, cry, cry » Il se produisait au Botanique, dans le cadre de l’édition 2017 de l’Autumn Falls 2017. Il était donc intéressant de voir et surtout d’écouter la transposition en live de ce dernier opus…  

Après une première partie assurée par le groupe torontois, FRIGS, les membres de Wolf Parade débarquent sur les planches. Le public qui a rejoint l’Orangerie, est plutôt clairsemé.  Armé de sa gratte, Dan Boeckner se plante à gauche, et siégeant derrière son piano, Spencer Krug, a opté pour le côté droit. Le chanteur s’installe au milieu. Pas un inconnu, puisqu’il s’agit de l’ex-chanteur de Hot Hot Heat, Dante DeCaro. Après avoir participé aux sessions d’enregistrement pour plusieurs albums, il a rejoint définitivement le line up. En arrière plan, Arlen Thompson campe derrière ses fûts. Sous les applaudissements, le groupe entame le set par le single issu du dernier opus, « Lazarus Online ». Krug se concentre sur ses ivoires, tout en chantant de sa voix si caractéristique ce morceau qu’il a composé dans son style lyrique. Et les autres instrumentistes, lui emboîtent aussitôt le pas. Boeckner reprend ensuite le flambeau. Echafaudées sur les lignes de gratte, ses compositions adoptent un profil davantage punk et direct. A l’instar du dernier LP, que la formation va reprendre quasiment dans son intégralité, les deux leaders prennent la direction des événements, à tour de rôle. Malheureusement, malgré le talent des musicos et des titres, il faut bien reconnaître que les deux artistes ne parviennent pas à entrer en osmose. Y compris sur le répertoire précédent. Ainsi, la magie ne parvient pas à opérer pour les, pourtant superbes, « You are a runner and I am my fathers son » et « Modern World ». Wolf Parade est confronté à un problème de luxe : il a deux chefs de meute, et aussi talentueux soient-ils, il ne sont pas complémentaires, en ‘live’. De quoi susciter une déception bien légitime, quand on connaît le potentiel du combo. Le concert aurait pu ou dû être exceptionnel, il n’a été que satisfaisant…

(Organisation : Botanique)

Page 191 sur 1356