Les rituels étranges de This Is The Kit

This Is The Kit sortira son septième opus studio, « Ghost Coat », ce 15 janvier 2027. En attendant, il a partagé le single et « Skim a Stone ». Enregistré au cœur des Rockfield Studios dans la vallée de la Wye, au sud-est du Pays de Galles, ce disque place…

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The Cure

Julien Baker

A revoir au sein d’un groupe électrique !

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Nonobstant son prénom, Julien Rose Baker est bien une fille. Elle est originaire de Memphis, dans le Tennessee. Cette auteur/compositrice/interprète/guitariste milite également chez The Star Killers (NDR : jusque 2015, le band répondait au patronyme de The Forristers), un groupe de rock alternatif, qu’elle a formé en compagnie de Matthew Gilliam. Elle a également décidé de se lancer, en parallèle, dans une carrière solo. Et a publié son premier elpee, il y a deux ans. Intitulé « Sprained Ankle » (Trad : cheville foulée), il a été bien accueilli par la critique. Très personnel, cet opus aborde régulièrement le thème de la mort. Des compos ténébreuses, mélancoliques, délicates, qu’elle propose sous la forme de folk songs. Et le second, « Turn Out The Lights », paru le mois dernier, baigne au sein d’un même climat…

Ce soir, le concert est sold out, et il fait particulièrement étouffant au sein de la Rotonde. Sur l’estrade on remarque la présence d’une gratte électrique, d’un micro et d’un synthétiseur de couleur rouge écarlate. Lorsque Julien Baker grimpe sur le podium, elle est accueillie par des applaudissements nourris. Un light show discret se focalise sur l’artiste. Elle n’adresse aucun regard à son auditoire (NDR : une forme de timidité ?) et attaque immédiatement « Over », en s’accompagnant à la guitare. Elle n’est certainement pas du genre à crier sa joie de vivre sur tous les toits ou à nous raconter des contes de fées. Agée de 20 ans, elle semble avoir le vécu d’un vétéran de 50 balais. Outre la vie et la mort, elle aborde des sujets comme les relations humaines, les désillusions, l’addiction ainsi que la foi. Elle a simplement décidé d’en parler ouvertement, d’une manière désarmante, sans cacher sa sensibilité et sa profonde sincérité. ‘I wish I could write some songs about anything but death’, confie-t-elle franchement dans « Sprained Ankle ». Que sa bouche soit carrément contre le micro ou à plus de 60 centimètres, sa voix vous prend aux tripes. Claire, lumineuse, tendre ou puissante, elle est chargée de spleen. Son toucher de guitare électrique est précis lorsqu’elle ne triture pas ses cordes. Elle embraie par son nouveau single « Appointments », aux ivoires, en chantant d’une voix haut perchée, à la limite de rompre ses cordes vocales. Le morceau achevé, elle remercie l’auditoire et rappelle que son premier spectacle accordé en Europe, remonte au 22 mai 2016. Il s’était déroulé Grand Salon, dans le cadre des Nuits du Botanique. Tout en parlant, elle réaccorde sa gratte, avant d’aborder une chanson de circonstance, « Happy To Be Here ». Mais malgré cette déclaration de satisfaction, il faut bien reconnaître que ses compos sont, en général, dispensées sur un même ton. Ce qui au bout d’une heure, suscite carrément l’ennui. Dommage ! A revoir au sein d’un groupe électrique…

(Organisation : Le Botanique)

Mount Eerie

Dans un profond recueillement…

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Il y a un peu plus d’an, l’épouse de Phil Elverum, Geneviève Castrée (NDR : musicienne et cartooniste), décédait des suites d’un cancer. Afin de faire son deuil, le Canadien enregistrait un album relatant la relation qui s’était établie entre lui, sa femme et leur jeune enfant. Un opus retraçant des évènements qui se sont produits au sein de leur famille, des ressentis personnels avant, pendant et après le moment fatidique. « A Crow Looked at Me », ce huitième opus conceptuel avait été unanimement salué par la critique. Au fil de l’elpee, seul, armé d’une sèche, Elverum y livre donc ses états d’âme. A côté du folk minimaliste proposé par le natif d’Anocortes, celui de Sun Kil Moon, dispensé tout au long de « Benji », est une véritable partie de plaisir. Pour accueillir cette performance introspective, l’Ancienne Belgique a donné rendez-vous à son public aux Brigittines. En effet, quoi de plus approprié qu’une ancienne église pour aborder un sujet aussi bouleversant.

L’auditoire qui a répondu présent ce samedi soir sait pertinemment que l’ambiance ne sera pas à la fête. Dans l’ancienne église, les chaises ont été disposées en rangs, face à la scène. À 20h, tout le monde est installé. Phil Elverum, alias Mount Eerie, est vêtu d’une chemise à carreaux et entame sa séance d’introspection. Outre celui de la musique et de la voix, pas un seul bruit ne vient perturber ce silence qui règne au sein de l’édifice. On peut entendre les doigts du Canadien glisser sur les cordes de sa guitare acoustique. Derrière cette voix illusoirement douce et apaisée, on sent logiquement poindre la douleur. Il enchaîne les morceaux de son dernier LP en n’adressant que quelques timides mots au public qui ne manque cependant pas d’applaudir lors de chaque intermède. L’artiste va également nous réserver quelques nouveaux titres qui s’inscrivent dans la droite lignée du dernier long playing. Et dans la seconde partie, reprendre d’anciennes compos.

Il est difficile de juger le concert de Mount Eerie tant la charge émotionnelle portée par Phil Eleverum est immense. L’ancienne église des Brigittines convenait parfaitement à cet exercice. Cependant, il faut bien avouer qu’après une heure de concert, musicalement, on a rapidement fait le tour. Et au cœur de cette atmosphère pour le moins recueillie, il n’était pas toujours facile de rester concentré…

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

Flotation Toy Warning

The Machine That Made Us

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A ce jour, cette formation n’avait enregistré qu’un seul album, « Bluffer’s Guide to the Flight Deck ». Ce qui lui avait valu le flatteur –mais peu rémunérateur– statut de groupe culte… Encensée par la critique mais boudée par le grand public, cette œuvre puisait ses sources chez quatre formations alternatives, nées au cours des 90’s : Grandaddy, Mercury Rev, Flaming Lips et Sparklehorse. Et les mélomanes qui avaient eu la chance de découvrir cet opus à l’époque, imaginaient, sans doute, que ce disque allait rester un ‘one shot’…

Pourtant, 13 ans plus tard, le groupe ouvre un nouveau chapitre. Baptisé « The Machine That Made Us », il bénéficie du soutien de la toujours aussi audacieuse maison de disque française, Talitres. Quelle influence le temps allait-il avoir sur le génie musical de Flotation Toy Warning ? A l’écoute des 10 magnifiques titres… on serait enclin à dire : strictement aucune ! Dès l’inaugural « Controlling the Sea », on retrouve ce lyrisme et ce mélange unique de mélodies imparables rappelant Mercury Rev au sommet de sa forme ainsi que ce sens de la théâtralité, principalement incarné par la voix si singulière de Paul Carter. D’autres pistes, telles que le somptueux « Due to adverse weather conditions all of my heroes have surrendered », enrichi d’une myriade de cuivres, et le tout aussi réussi « Everything That is difficult will come to an end », enrobé de chœurs célestes, achèvent de nous convaincre, tout en espérant qu’il ne faudra pas 13 ans à ce combo anglais pour accoucher d’un successeur à ce nouveau chef-d’oeuvre !

Un regret ? La pochette. Pas vraiment à la hauteur. Mais bon, vu le contenu, on ne fera pas la fine bouche.

 

Spectrale

²

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Sous le vaporeux patronyme de Spectrale, se cache le side project de Jeff Grimal, guitariste et vocaliste de The Great Old Ones, un groupe français de Post-Black Metal atmosphérique. Mais attention, on est ici loin d’un bis repetita ! L’artiste propose, en effet, tout au long de ce premier effort, des compositions uniquement acoustiques et quasi-instrumentales. Mais au-delà des morceaux, le musicien invite à découvrir un univers céleste, transcendant et très susceptible d’aiguiser les cinq sens. Pour que la magie puisse sereinement opérer, c’est par de lentes rafales de nappes hypnotiques et répétitives, à la sèche, que le maître de cérémonie va, progressivement, vous déconnecter de la réalité. Rien ne sert de résister, vous finirez par perdre pied. Car la suite va nous réserver une escapade de près de trois quarts d’heure, voguant d’une phase exploratoire à une autre, ponctuée par des moments de joie pure et de traversées autant épiques (« Monocerotis Part2 ») que dépressives (▲). Quelques légères envolées de violoncelle et de discrets bruitages astraux viennent pimenter la pérégrination. Après une démo et un split (NDR : voir la chronique ici), publiés en 2016, Spectrale dévoile ici sa première incarnation (NDR : présenté sous un très beau digipack blanc et doré, agrémenté d’illustrations dessinées par Jeff Grimal), prête à délicatement prendre soin de votre âme et à lui faire vivre intensément quelques expériences extrasensorielles. A écouter au casque, allongé et les yeux fermés. Bon voyage !

 

AqME

AqME

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En vieux grec, ‘Acme’ signifie l’apogée. Le huitième elpee du quatuor de Pantin est tout simplement éponyme. Après un heureux évènement, Charlotte, la bassiste, a réintégré le line up. Trois longues années ont été nécessaires pour concocter ce nouvel opus, un disque dont les douze plages ont été mises en forme et mixées par le drummer, Etienne Sarthou. Quant au mastering, il a été confié au Suédois Magnus Lindberg.

Bref, « Ensemble » ouvre la plaque, une plage au cours de laquelle les interventions de Julien, à la six cordes, sont quand même particulières. « Tant d’Années » survole l’histoire parfois torturée de ce quartet, un quartet tellement soudé autour Etienne, le véritable chef d’orchestre, mais également le préposé aux fûts, il faut le rappeler !

« Refuser le Silence », c’est dans la nature des musicos… 

A l’instar d’« Enfant de Dieu », plage qui figurait sur le long playing « Dévisager Dieu », « Enfant du Ciel » soulève, une nouvelle fois, des questions relatives à la religion.

Reuno, le chanteur de Lofora, épaule Vincent sur « Rien ne nous arrêtera ». Conjuguant puissance et subtilité, les vocaux sont particulièrement réussis. Ce titre bénéficie d’un clip réalisé par Mathieu Ezan (voir ici).

« Si Loin » est de loin, le meilleur morceau de l’album

 « Tout Est Supplice » et « Un Damné » devraient enrichir la setlist des prestations ‘live’ du combo.

« Meurs ! » est une plage à la fois ténébreuse et mélancolique.

Sur le nerveux « Une Promesse », voix et cordes sont poussées dans leurs derniers retranchements.

« Se Souvenir » se distingue par ses cordes limpides et sa mélodie accrocheuse.

Envahissantes, les cordes de gratte qui alimentent « M.E.S.S. » finissent par devenir dérangeantes. Ce qui n’empêche pas la voix d’adopter un ton rageur après 2’30, avant que la compo (NDR : 6’ quand même !) ne prenne une autre direction. Une fin de parcours qui nous laisse cependant un peu sur notre faim…

Naked (In A Sphere)

Afterglow

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Considéré comme une star dans son pays, Ásgeir Trausti acquiert progressivement une solide réputation sur le Vieux Continent. Ses concerts sont d’ailleurs, le plus souvent, joués à guichets fermés. Paru en 2014, son premier album, « In The Silence », avait été particulièrement bien reçu par la critique. 

Sur ce second elpee, il a décidé de délaisser quelque peu son folk, pour embrasser des textures davantage électroniques.

Le long playing s’ouvre par le titre maître. Les sonorités délicates des synthés se superposent en couches et bercent la voix veloutée et atmosphérique d’Ásgeir. Transcendé par l’électronique, ce folk vaporeux invite au voyage afin d’y découvrir les volcans et fjords islandais. Et « New Day » est de la même veine.

Ecrit dans son village natal, « Laugarbakki » démontre toute la maîtrise du songwriting de l’artiste. Electro/soul, « Unbound » a certainement été influencé par James Black. « Stardust » se distingue par la voix exceptionnelle de l’Islandais.

« Here Comes The Wave In » et « Underneath It » sont parsemés d’incantations shamaniques et divinatoires. Les ivoires et la voix sont en parfaite communion tout au long du paisible « I Know You Know ». L’influence de Bon Iver est palpable sur « Dreaming » et « Hold ».

Retour au folk originel, torturé, mais tendre sur « New Day » et « Fennir Yfir ». Les interventions à la gratte se révèlent aussi belles que soignées.

La version deluxe est enrichie de deux remixes. Un d’« Afterglow » et l’autre d’« Unbound ». Et nous réserve en bonus tracks, « Where Is My Mind ? » et « Trust ».

Un superbe opus à emporter sur une île déserte. Ásgeir se produira en concert le 18 novembre 2017, au Trix, à Anvers.

 

Evan Dando

Baby I'm bored (Réédition)

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Hormis la vente des droits d’auteur liés aux compos des Lemonheads, par le label Atlantic à l’écurie Fire, rien ne justifie la réédition du seul opus solo d’Evan Dando. Un disque qui était paru en 2003. Il y a 8 ans que l’Américain n’a plus rien publié. Et c’était un album de reprises (« Varshons »)... enregistré par The Lemonheads.

Pour rappel, Evan Dando en est le leader. Ce groupe de grunge/garage a rencontré un certain succès ; ce qui a permis à Dando d’incarner un statut de rock star ‘cool’. Malgré une notoriété nouvellement acquise, de nombreux musiciens de l’époque ont alors disparu de la circulation, suite à des abus en tous genres. Et malgré des interruptions plus ou moins longues dans son parcours, ainsi que d’innombrables changements de line up, The Lemonheads, semble au bout du rouleau… ou si vous préférez, âgé de 50 ans, Dando est manifestement en panne d’inspiration… 

Néanmoins, cette réédition permet de redécouvrir (outre l’artiste) un album qui n’a pas pris une ride. Le songwriting de l’Américain est d’une efficacité redoutable. Son mélange de folk et de rock fait aussi bien la part belle aux solos déstructurés qu’aux interventions à la sèche. La musique de ce band bostonien navigue à la croisée des chemins du folk, de l’alt rock (NDR : et tout particulièrement celui de Pavement) et de la pop californienne. Et Evan avait l’art de torcher des mélodies accessibles, en tirant parti de compos pas toujours nécessairement faciles.  

On précisera que la réédition est tout de même enrichie d’un second cd réunissant des morceaux enregistrés en ‘live’, des versions alternatives, des instrumentaux et quelques flip sides. 

En un LP solo, Dando est parvenu à faire un sans faute et, finalement à réaliser ce que tout compositeur cherche à atteindre, parfois en vain.

Par contre, cette réédition ne semblait vraiment pas indispensable…

 

Future Islands

Un show dans le show…

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Depuis la sortie de son album « Singles », en 2014, Future Islands est entré dans la cour des grands, et tout particulièrement au sein de l’univers indie rock. La preuve ? Ce soldout enregistré rapidement pour son concert prévu à l’AB, ce vendredi 10 novembre. Si bien que les organisateurs ont rapidement décidé de programmer un concert supplémentaire, le lendemain. Ce qui a donc permis au groupe d’investir la salle bruxelloise, le temps d’un week-end, pour venir présenter son dernier elpee, « The Far Field ». Pourtant, à contrario du dernier LP, le second n’a pas reçu que des critiques favorables auprès de la presse spécialisée. Restait donc à vérifier si ces compos passaient mieux en ‘live’ ; surtout quand au sait que le band établi à Baltimore jouit d’une solide réputation sur les planches…

Le supporting act est assuré par Zach Mexico, un combo issu de la Caroline du Nord, d’où est d’ailleurs originaire Future Islands…

A 21 heures, les lumières s’éteignent, et les baffles crachent une version du « Gimme Gimme Gimme (A man after midnight) » d’Abba, au synthé,  sous les acclamations d’un public déjà enthousiaste. Dès le refrain achevé, le band grimpe sur l’estrade. Arborant d’imposantes rouflaquettes, Samuel T.Herring s’installe au centre, le bassiste, William Cashion, à gauche et Gerrit Welmers, le claviériste à droite. Et un drummer, se plante en retrait. Passé les remerciements d’usage, le quatuor attaque « Beauty of the Road », un morceau qui figure sur le dernier long playing. Si les instrumentistes sont statiques, Herring est particulièrement hyperactif et le restera jusque la fin du set. Il arpente le podium de long en large, s’autorisant même des pas de danse improbables. Il semble hanté par les compos, vit chaque parole prononcée et se met parfois à rugir de manière improvisée. Son show est un show à lui tout seul. Parfaitement exploité, l’éclairage crée des ambiances propres à chaque morceau. Elles sont même capables de transiter du plus sombre au disco, dans ce dernier cas de figure, l’occasion de sortir la boule à facettes. Mais si les titres du dernier album vont alimenter une bonne partie du concert, la formation va également inclure quelques plages issues du précédent. Pour le clôturer, le band va nous réserver ses tubes, « Seasons (wanting on you) » et « Spirit ». De quoi déclencher les acclamations inévitables d’un public qui se sera déhanché pendant une bonne heure et demie. Finalement, Future Islands a confirmé sa réputation de groupe de scène et surtout mis une nouvelle fois, en exergue, le charisme de Samuel T.Herring...

(Organisation : Live Nation + Ancienne Belgique)

 

Ayo

Citoyenne du monde… peut-être pour plus très longtemps…

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Après avoir pris une pause de quatre longues années, Ayo est de retour. Sa famille s’est agrandie, et elle a pris le temps de s’y consacrer. Elle vient donc de publier son nouvel elpee. Il est éponyme. Un disque frais et très personnel. Elle est venue le défendre sur les planches de l’ABBox, ce jeudi 9 novembre. La salle est presque comble.

Le décor est très simple. Une immense toile noire est tendue en fond de podium. Des tentures de couleur blanche sont disposées le long de celle-ci. Vers 20 h 50, on entend une voix et des sonorités de gratte semi-acoustique. Ils émanent de l’arrière-scène. Coiffée d’un chapeau noir qui surmonte un foulard coloré de fleurs, elle fait son apparition. Les mêmes motifs qu’on retrouve sur son paréo et son t-shirt. Elle a enfilé, en outre, un jeans moulant de teinte noire et est chaussée de hautes bottes brunes. Elle est rayonnante. Et entame « I’m Walking » en solo. Puis les musicos viennent la rejoindre. Dont deux claviéristes. Le premier est perché sur une estrade. L’autre, sur un tapis posé sur le plancher. Et un drummer. Egalement sur un petit podium surélevé. Au centre. A ses pieds, on remarque la présence d’un cajon, mais il servira de décoration. Pas de bassiste.

Ayo est heureuse de revenir dans le circuit ; et elle le signale. Son sourire met de suite à l’aise. Tout au long d’« I’m Not Afraid », le guitariste se sert de pédales wah wah alors que le préposé au Hammond tapisse l’ensemble de ses interventions. Pendant « Who », elle invite le public à reprendre le morceau en chœur et à frapper dans les mains. Tout en chantant, elle signale qu’il y a longtemps qu’elle est venue à Bruxelles. Elle demande si le public est bien présent, s’il peut faire du bruit et danser. La fosse s’enflamme. Premier extrait du nouvel opus, « All I Want » nous entraîne sur les plages de Kingston. Une compo aussi ensoleillée et lumineuse que la voix de l’artiste. Elle confesse qu’installée à Brooklyn, à côté de l’école de ses enfants, elle a enregistré ses nouveaux titres, dans sa chambre, à l’aide de son ordinateur ou de son téléphone portable. Et est fière de l’avouer. Influencée par Bob Marley, Jimmy Cliff, Stevie Wonder et Billie Holiday sa musique mêle folk, reggae, pop, soul et une once de hip-hop. Elle aime retourner à ses sources. Ses messages politiques sont profonds. Elle dénonce toutes les dérives et les inégalités de ce monde. Place ensuite au mix « Is Love Is A Killer / Sweet Dreams » (NDR : oui, oui, l’énorme succès décroché par Eurythmics, en 1983). Un reggae pur et dur guidé par la guitare rythmique, alors que percus et ivoires prennent leur envol. Ayo a vécu 10 ans à Paris. Une ville qu’elle affectionne. Et elle lui rend un ode à travers « Paname » (NDR : le clip est disponible ici).

Elle déclare, et dans la langue de Molière, être gitane et citoyenne du monde. Et peut être que demain, elle n’existera plus…

La complicité entre Ayo et ses musicos est authentique. Et cette connivence se ressent en ‘live’. « Why » où pourquoi il faut oublier les frontières entre les pays. Ayo slame son texte, sur ce titre plus rock, dominé par les percus. La voix devient plus soul sur le bouleversant et plus paisible « I’m Fool ». « Complain » démontre, une fois pour toutes, le rôle fédérateur du drumming. Et le préposé aux fûts excelle dans cet art. Il reproduit les coups de matraque assénés par la police, lors des manifestations, sur « Boom Boom », un morceau qui relate les abus commis des forces de l’ordre. « Slow Slow » est empreint de tendresse. Ayo s’approche du bord de la scène et interpelle ‘Ida’, sa préceptrice. Elle descend dans la fosse et part à sa rencontre. Des retrouvailles ponctuées de longues embrassades. Ayo s’excuse et fond en larmes même. Un grand moment d’émotion ! Le set s’achève par le funkysant « Live Is Real ».

En rappel, Ayo revient seule sur les planches, armée de sa gratte semi-acoustique et nous délivre « Letter By Letter » ainsi que « Love And Hate ». Avant que ses musicos ne la rejoignent pour nous réserver le notoire « Down On My Knees »…

(Organisation : Ubu Production + Pom Prod)

Benjamin Clementine

Le monde étrange de Benjamin Clementine…

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Benjamin Clementine est un phénomène musical et visuel. Sa voix de ténor est souvent comparée à celle de Nina Simone.
Il explique la genèse de son nouvel opus sur la toile : ‘C'est l'histoire de deux mouches vagabondes qui cherchent un parc. Je ne suis ni un politicien ni un prophète. En revanche un artiste qui crée uniquement pour divertir est un escroc. J'espère que cet album va atteindre son objectif dans la lignée de « At Least For Now ». Merci pour votre gentillesse, votre patience et votre soutien sans faille’. Ce soir il est venu défendre son deuxième concept album, « I Tell A Fly », dans le cadre de sa ‘Wandering Tour’ ; mais dans un désordre déroutant. Une démarche artistique pas toujours facile à comprendre…

Il est 20h45 lorsque les lumières s’éteignent. Deux spots inondent d’une lumière bleue autant de grandes cibles ajourées et tournantes placées en fond de scène. Les cibles représentent la ‘Roue du Temps’. La scène s’éclaire par l’arrière. Trois silhouettes déambulent entre et autour de deux podiums sur lesquelles sont placées des mannequins blancs et nus. Il sont six au total, partagés entre un même nombre de femmes enceintes, d’enfants et d’hommes dont l’un, assis sur un siège haut, à l’écart, tourne le dos à l’auditoire. Sur l’estrade de gauche, on remarque la présence d’un ampli et d’une basse et sur celle de droite est installé un kit de batterie. Elles sont surélevées. On imaginerait aisément cette musique interprétée en ‘live’ par des personnages en costume, ayant presque l'impression en l'écoutant, qu'il manque un spectacle vivant à regarder. Mais le Londonien assume son originalité.

Déroutant, « Farewell Sonata » ouvre le set. Après l’intro au piano, on ne peut plus classique, la compo dérive en chœurs distordus, drumming enlevé et vocaux fédérateurs. En outre, des sonorités de clavecin, à la limite de la distorsion, finissent par s’inviter. Les trois silhouettes sont vêtues de salopettes de couleur bleue. Le bassiste et le drummer ont les pieds nus. Benjamin est chaussé de bottillons noirs. Pas de trace de piano sur scène. Ses sonorités sont reproduites par des samples. Ce soir, Benjamin va se concentrer sur son chant et sa chorégraphie. Mais il va énormément bouger sur les planches. Et être interactif. Ce qui est surprenant dans son chef.

On assiste alors à une forme d’opéra baroque, au cours duquel la voix particulière, mystérieuse, chaude et grave de Benjamin va se mêler à ses propres chœurs en falsetto. Un spectacle tout en ombres et lumières, abordé à la manière des premiers films muets de Chaplin ou de Buster Keaton, et sonorisé par les interventions de Clementine, aux ivoires et aux vocaux.

« God Save The Jungle » est enrichi de somptueux arrangements. La voix est empreinte de délicatesse. Des roadies ramènent un nouveau mannequin. Benjamin se promène assis sur une charpente métallique à roulettes. Cette chanson véhicule un message. Celui des réfugiés et des fantômes d’Alep. Clementine déclare que la ‘Jungle’, ce n’est pas Calais. Il parle du terrorisme, des métastases qui se propagent, du sentiment d’étrangeté face au monde qui prend de plus en plus de place en lui. Il a du vécu. Ce qui le transfigure et le transcende. Et il embraie alors par « Calaisfornia ». Clementine pousse sa voix à la limite de la rupture sur « Better Sorry Than A Safe », alors que les notes de clavecin et de piano sont toujours désaccordées. Le spectre de Freddy Mercury plane. Mais c’est la section rythmique qui tisse le fil rouge. Il enfile son long loden sombre avant d’aborder « Phantom Of Aleppoville ». Profonde, la voix devient inquiétante.

Pendant « One Awkward Fish », Benjamin prend le mannequin d’un enfant dans ses bras et le promène sur le podium. Il lui ôte un bras avant de le jeter dans la foule. Le berce, et in fine, fait mine de l’inhumer. Et il chante alors, en decrescendo, sans micro, jusqu’au dernier souffle. Mais son ultime vagissement provoque des éclats de rire dans l’auditoire…

Pendant le plus pop et sucré « Jupiter », Benjamin entoure un autre mannequin, que les roadies ont de nouveau apporté sur l’estrade, d’un immense drapeau américain. Le light show est rouge et chaleureux. Le Britannique s’autorise alors une pause de 10 minutes et plaisante avec le public.  

Lorsque Benjamin s’exprime dans un français approximatif, de nombreux spectateurs esquissent un sourire. Il ose cependant ! A travers des mots, des interjections ou des calembours, comme celui consacré à Marine ‘Lepine’. Pendant « Paris Cor Blimey » on décèle des emprunts au « Clair de Lune » de Debussy, mais ils s’intègrent merveilleusement dans un ensemble agrégeant les musiques baroques et symphoniques du XIXème siècle tout en suscitant des angoisses semblables à celle provoquées par films de vampires des années 20… 

Les roadies ramènent un autre mannequin d’enfant, un siège et une TV d’une autre époque, sur les planches, avant que ne débute « By The Ports Of Europe ». Benjamin s'assied sur la chaise devant la TV. Il élève la voix, soutenue par ces rituelles sonorités de claviers désaccordés, en incantations shamaniques dans un registre propre du castrat. Puis se redresse et sollicite la foule qui l’accompagne en chœur… comme si elle s’était transformée en chorale. Benjamin se tait et apprécie cet élan. Il semble ému. Et un tonnerre d’applaudissements conclut la chanson. « Quintessence » et « Ave Dreamer » baignent dans une forme de recueillement. Les trois artistes saluent l’auditoire et se retirent ; mais on est sûr qu’ils vont revenir sur les planches.  

Dans le noir, on devine l’installation d’un piano à queue. Même s’il a découvert une autre facette de Benjamin Clementine, votre serviteur attend impatiemment sa prestation en mode piano/voix. Sous les ovations de la fosse, il revient sur l’estrade torse et pieds nus, vêtu d’un pantalon large de couleur noire et de son éternel loden. Il s’installe derrière son instrument. Tous les mannequins ont été rassemblés autour du piano. Après « I Won't Complain », il enchaîne par « Condolence ». Dès les premières notes, c’est l’hystérie dans la foule. Clementine semble quelque peu déstabilisé. Avec humour, il l’invite à se lâcher (‘You Scream’). Une réaction qui va durer plus de cinq longues minutes. Mais quand le calme revient, on n’entend plus une mouche voler. Pendant le bouleversant « London », l’auditoire reprend à nouveau le refrain en chœur, et une seconde fois a cappella, simplement soutenu par les ivoires.

Deuxième encore pour Benjamin Clementine, dont la prestation va dépasser allègrement les 120 minutes. Deux jours plus tôt, à Bordeaux, le concert s’est limité à une heure… Le public réclame « Cornerstone ». L’artiste signale que faute de cordes, ce n’est pas possible et que le morceau suivant sera le dernier. Alors il se lance dans un titre inédit, « The Great Lafayette ». Le show terminé, il se lève et salue le public conquis qui lui accorde alors une énorme ovation.

(Organisation : Live Nation)

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