Fence n’en a rien à foutre…

Le combo rock limbourgeois Fence sortira son nouvel album, « Nobody Gives A Fuck », le 16 octobre 2026. Un titre qui laisse peu de place à l'imagination, quoique... Propulsés par un nouveau batteur, Wim Coppers, installé derrière les fûts, les musiciens de…

Twin Temple, amants maudits ?

Établis à Los Angeles, Alexandra et Zachary James, mariés à la ville, publieront leur troisième elpee, « Doomed Lovers », le 23 octobre sur leur propre label, Pentagrammaton Records, distribué à travers le monde par Secretly Distribution. L'annonce survient…

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Alice Cooper

Paranormal

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Faites le test : colportez autour de vous qu’Alice Cooper a gravé un nouvel album et attendez les réactions. Il est alors probable qu’on vous réponde : ‘Quoi, il chante encore ?’ Et pas qu’un peu qu’il chante encore ! Bien qu’affichant bientôt 70 balais et plus d’un demi-siècle au compteur, à arpenter les scènes, le maître de l’‘horror show’ propose son vingt-septième opus (!), « Paranormal ». Sorti six ans après « Welcome 2 My Nightmare », il est divisé en deux parties.

Cette énième édition du bal des horreurs débute par un surprenant titre éponyme, aux sonorités plutôt pop. L’homme au serpent aurait-il décidé de voguer sur d’autres rives ? Quoi qu’il en soit, il est aidé à la rame par –ni  plus ni moins– Roger Glover, le bassiste de Deep Purple. Il faut attendre le single, « Paranoiac Personality », pour être rassuré : le fibre du Hard Rock est toujours aussi vivante chez le père du Shock Rock. Jusqu’à sonner très ‘ZZtTopien’ sur « Fallen in Love »… même trop pour que… ah ben oui, c’est bien Billy Gibbons, guitariste et vocaliste du trio Texan, qui apporte son concours à la gratte et aux vocaux…

Ce nouvel LP s’inscrit dans un contexte particulier. Celui de l’univers des contes. Ainsi Cooper et son ami producteur en ont écrit vingt. Et douze ont été retenus pour être traduits en chansons. 

Alors que « Dynamite Road » aborde la sinistre rencontre entre un groupe de musique et le Malin, « Fireball » évoque un cauchemar apocalyptique au sein duquel est empêtré Alice, avant que ce dernier ne finisse par se réveiller et contempler la fin du monde de ses propres yeux. Ou encore « Genuine American Girl », qui dépeint la transsexualité d’un gars bien décidé à le faire savoir. Ce titre figure d’ailleurs sur le second CD de « Paranormal », suivi de « You and All of Your Friends ». Deux morceaux à la saveur particulière, vus qu’ils ont été enregistrés en compagnie du guitariste Michael Bruce, du bassiste Dennis Dunaway et du batteur Neal Smith –soit le line up originel du backing group d’Alice Cooper (NDR : hormis, malheureusement le guitariste Glen Buxton, décédé en 97)– au cours de la première partie des années 60 ! Exhalant un léger fumet de ‘bouche-trou’, six titres interprétés en live (à Colombus, en 2016), viennent combler ce second disque. On ne cachera néanmoins pas sa joie de réécouter des classiques tels que « School’s Out », « Feed my Frankenstein » ou encore « No More Mr. Nice Guy », bien que ces enregistrements n’apportent rien de bien neuf à l’ensemble.

Un peu déroutant en début de parcours, « Paranormal » permet finalement de passer un bon moment de rock’n’roll aux spectateurs•trices de ce grand parc d’attractions autant kitsch que cauchemardesque, bâti pierre par pierre pendant plus de cinquante ans par cette incontournable icône. On pourrait certes tergiverser sur l’utilité de la seconde plaque, mais au risque alors de se limiter à une seule et donc de se priver de cet épisode revivaliste, illustré par ces deux morceaux, qui traversent la zone grise de cette fin d’opus. Après une telle longévité, autant ne pas bouder son plaisir.

 

Natalia Doco

El Buen Gualicho

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« El Buen Gualicho » (*), c’est le titre du nouvel album de Natalia Doco. Ce n’est pourtant pas une invitation lancée par l’artiste pour aller visiter le Jurassic Park ! Il fait suite à « Mucho Chino », publié en juin 2014. Quelques collaborateurs cosignent les chansons interprétées dans la langue de Molière, dont Belle du Berry (Paris Combo), le duo Yépa et Florian Delavega.

Découpé en 14 plages, cet opus a été mis en forme par Axel Krygier. On y retrouve la nostalgie de la solitude et ses doutes. Mais surtout la puissance de l’inspiration du continent sud-américain, à travers la cumbia, la chacarera et la copla.

Natalia enfonce ses pieds nus dans la terre de ses ancêtres pour y puiser une énergie nouvelle, convoque la lune et les esprits, incarne le pouvoir féminin ancestral en se servant de voix multiples.

Le clip d’animation « Respira » est un véritable exercice de respiration propice à la méditation, un hymne à la lutte contre le repli sur soi, au combat des pensées négatives, des doutes, des peurs et des douleurs qui envahissent notre quotidien. Et Natalia invite le mélomane à tenter personnellement cet exercice de pleine conscience (voir la vidéo ici) 

* NDLR : d’après la bio, ce titre se traduirait par l'incantation bienfaisante ; mais en investiguant quelque peu sur le net (Wikipedia, notamment, mais pas seulement), on apprend que le Gualicho était une espèce de dinosaure qui a vécu en Patagonie, c'est-à-dire au sud de l’Argentine d’aujourd’hui. Or l’artiste, qui s’est installée à Paris, en 2011, est née à Buenos-Aires, qui se trouve –bien sûr– en Argentine. Et un vieux fossile comme le rédac’ chef ne pouvait passer à côté de cette troublante coïncidence… n’en déplaise aux adeptes de la pensée unique…

Le titre maître servirait, en quelque sorte, de rituel à Natalia Doco, lorsqu’elle a l’esprit tourmenté et qu’elle souhaite le libérer en retournant aux éléments purificateurs de la nature : l'eau, la terre, le feu et l'air. Ou si vous préférez la nature encore à l’état sauvage. Comme celle qu’on retrouve encore en Patagonie. Il y a même des forêts, des volcans, une chaîne de montagne et des glaciers…

Heir

Au peuple de l’abîme

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Au diable les introductions suaves et mélancoliques ! Ce premier effort accompli par Heir entre directement dans le feu de l’action en balançant dans les dents et dès les premières minutes, une salve de blasts incisifs et dévastateurs. Après avoir publié un premier Ep, l’an dernier, dont les trois titres figureront un peu plus tard, sur un split, partagé entre Spectrale et In Cauda Venenum, le combo toulousain dévoile, sur « Au peuple de l’abîme », cinq compositions totalement originales. D’entrée de jeu, « Au siècle des siècles » laisse augurer un Black Metal aussi rapide que chaotique, avant de se poser et devenir plus aérien et contemplatif. Se servant d’un chant articulé et pratiqué dans la langue de Molière, Heir ouvre une porte permettant d’accéder à son univers par la voie des paroles. Une approche pas toujours très habituelle au sein de ce style musical ; mais encore faut-il rappeler que signée chez Les Acteurs de l’Ombre, elle a plutôt l’habitude de s’extirper des sentiers battus. Sortir de l’ornière, il en est également question à propos de la linéarité dont pourrait souffrir le long playing. Alors que les morceaux ont une propension à adopter un ton uniforme, le combo parvient à déjouer cette impression de lassitude par le biais de certaines suspensions dans le temps ou encore grâce à quelques motifs musicaux hypnotiques, permettant dès lors de nous immerger au cœur d’un sombre périple (NDR : en dernière partie de l’« Heure d’Hélios », par exemple). La recette apparaît, certes classique, mais fonctionne ici plutôt bien : vous rouer de coups afin de vous vous laisser ensuite, lentement, prendre conscience de ce qui vous a été asséné. Galopant sous le blason du Post-Black Metal –le titre L’Âme des Foules, collant aux poumons, en est certainement le bel exemple tant il parvient à récupérer les ficelles du Black tout en les nouant à d’autres styles– Heir propose un premier album studio tout à fait convaincant et laisse entrevoir de beaux horizons ténébreux devant eux.

 

Kevin Morby

City Music

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Album après album  –et quasiment sans la moindre faute de goût– l’ex-guitariste de Woods, également leader de The Babies, est parvenu à se forger une place de choix au sein de la pourtant très concurrentielle scène indie-folk contemporaine. Son 4ème opus, « City Music », devrait même asseoir son aura de messie folk et –peut-être– élargir son cercle d’admirateurs, tant il s’avère d’une imparable qualité…

Si le jeune songwriter est toujours sous haute influence du sacro-saint duo Dylan/Reed, il est bien loin de pasticher ses très recommandables idoles. Enregistré en Californie, sous la houlette du magicien Richard Swift (Foxygen, Damian Jurado, The Shins), cet opus est partagé entre compos citadines, très susceptibles de libérer une pure émotion urbaine (NDR : les 7 minutes tortueuses du somptueux « City Music »), velvetiennes (« Dry Your Eyes ») et plages ensoleillées, à l’instar du particulièrement bipolaire et très mélodique « Crybaby » ou encore d’un « 1234 », inévitablement hanté par les Ramones…

Véhiculant des accents surannés, mais judicieusement remis au goût du jour, cet opus conjugue rock et folk, au sein d’une atmosphère typiquement new-yorkaise…

Moses Sumney

Une voix hors du commun !

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S'il est un artiste à suivre en cette fin d’année, c'est sans conteste Moses Sumney. Non seulement il est le petit protégé de Solange Knowles, mais il suscite l’admiration de David Byrne ainsi que de Sufjan Stevens. Originaire de Los Angeles, il a aussi reçu la collaboration d’Andrew Bird et de Beck. Il lui aura fallu trois ans pour écrire son premier essai. Un opus intitulé « Aromanticism ». On avait hâte de le découvrir en ‘live,’ ce lundi soir, au Botanique. Preuve de l’engouement provoqué par l’artiste, la Rotonde est pleine à craquer.

Il est 21h lorsque les lumières s’éteignent. Deux musiciens viennent s’asseoir aux extrémités du podium et plantent le décor sonore, en superposant les lignes de cordes. Quelques minutes plus tard, Moses Sumney grimpe à son tour sur l’estrade et s’installe derrière les trois micros posés au milieu de la scène. Il est vêtu d’amples vêtements de couleur noire et sa carrure en impose. Dès les premières paroles, il confirme tout le bien que l’on pouvait penser de lui. Sa voix est un instrument à part entière ; et elle est même capable de monter dans les aigus avec une aisance déconcertante. Il s’en sert également pour construire des boucles. Et semble même y prendre du plaisir. Une technique qui crée inévitablement une certaine ambiance. Il enchaîne les morceaux de son premier et seul elpee, en n’oubliant pas le superbe « Lonely World ». Mais nous réserve également quelques nouveaux morceaux, ainsi qu’une reprise du « Come to me » de Björk. Si on a pu lire dans certaines interviews qu’il était timide, sur les planches, il est vraiment cool. Il n’hésite d’ailleurs pas chambrer le public, notamment lorsqu’il l’invite à chanter. Les deux musicos qui l’accompagnent affichent une belle maîtrise de leurs instruments. Le bassiste troque circonstanciellement le sien contre un saxophone. Et le guitariste brille sur ses cordes, en jonglant littéralement entre ses pédales d’effets. En l’absence de section rythmique et vu la complexité des morceaux, la performance des deux acolytes a de quoi impressionner.  Au bout d’une heure, ils laissent Moses Summey seul sur les planches. Armé de sa gratte, il attaque alors « Man on the Moon », un titre qui figurait sur l’album « Mid-City Island », paru en 2014, avant d’embrayer par le superbe « Plastic ». Enfin, il conclut le concert par « Doomed », assis derrière un piano à queue, démontrant ainsi toute sa polyvalence…

En l’espace d’une heure et demie, Moses Sumney n’a pas failli à sa notoriété nouvelle acquise. Rarement, on a entendu une voix pareille. Elle est même hors du commun. Une chose est certaine, on devrait encore entendre parler du Californien, au cours des prochains mois.

(Organisation : Botanique)

Fink

Un artiste à suivre de très près…

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Ce soir, l’Ancienne Belgique est en mode Box. Pas ce qui était prévu au départ. Mais vu le manque de réservations, cette disposition s’imposait. N’empêche, il doit bien y avoir 900 personnes pour accueillir Fink.
Chanteur, guitariste, compositeur et producteur anglais, Fin Greenall, aka Fink, compte huit albums à son actif, publiés en 20 années de carrière (NDR : au départ, il était dj). Et son dernier, « Resurgam », est paru en septembre dernier. Un disque pour lequel il est revenu à un élecro/folk plus classique.
Pas de supporting act, mais un film projeté sur un grand écran partagé entre séquences assez différentes, parmi lesquelles on épinglera les étapes de la fabrication d’un vinyle et des extraits de concerts notoires, qui se sont produits en Grande-Bretagne, depuis les 60’s jusque l’an 2000. 

Vers 20h45, les lumières s’éteignent. On remarque la présence des fidèles acolytes de Tim ; en l’occurrence le drummer/guitariste Tim Thornton et le bassiste Guy Whittaker, un musicien atypique, particulièrement doué, qui va se servir de trois basses différentes, une à 6 cordes, une à 5 et une autre à quatre, montée sur une énorme caisse électro-acoustique. Le line up est enrichi d’un second gratteur et d’un deuxième drummer, qui va également se consacrer aux claviers. Fink est coiffé d’un petit chapeau mou.

Le light show est constitué de 3 grillages garnis de spots placés derrière chaque artiste et d’autres assemblages réunissant de petites lampes leds montées sur des supports qui ressemblent à des trépieds de claviers. Le light show ne va pas seulement se focaliser sur les artistes, mais également la fosse.

Le set s’ouvre par « Warm Shadow ». Puissante ou tendre, mais bien maîtrisée et chargée d’émotion, la voix de Tim est impeccable. En outre, il est particulièrement interactif avec la foule. Et percutant, son toucher de gratte est à la fois hanté par JJ Cale et Keziah Jones. Le backing group affiche une technique irréprochable. Et tout particulièrement la section rythmique. Caractérisée par ses mélodies envoûtantes, la musique oscille entre folk’n’blues austère, trip hop brumeux et dub aérien. Lors des morceaux les plus intenses, quatre des musicos se consacrent à la gratte électrique. Fink s’est aussi réservé l’une ou l’autre compo, en solo, en s’accompagnant aux ivoires. Et le résultat s’est révélé savoureux. Un artiste à suivre de très près…

(Organisation : Live Nation)

Kings of Edelgran

Kings of Edelgran

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Derrière le patronyme Kings of Edelgran (Trad : « Rois du Sapin ») se cachent Jérome Caudron et Josias Delcourt, deux Belges aujourd’hui établis à Bruxelles. C’est en 2013 que ce projet a pris forme. Un an plus tard, le duo publie un premier Ep. Ce qui va le pousser à participer à différentes compétitions, comme le Concours Circuit ou le Humo’s Rock Rally. Et lui permettre d’acquérir un certain crédit. Il vient de graver son premier elpee. Sur lequel figurent notamment les pistes de l’Ep. Et pas seulement. Onirique, son folk/rock ouvre de grands espaces au sein desquels s’engouffrent échos et delays. Outre les drums, la guitare et les claviers, des cuivres chaleureux enrichissent ponctuellement les morceaux. Les crescendos sont parfaitement maîtrisés, à l’instar de l’excellent « Fire and Gold » ou de « Fillan ». 

Dans leurs interviews les deux Belges citent volontiers Bon Iver, Volcano Choir ou encore Asgeir comme influences majeures. Elles sont flagrantes ! Parfois à l’excès. Les pictogrammes qui figurent sur la pochette rappellent même cruellement le dernier long playing de la bande à Justin Vernon.

Malgré d’incontestables similitudes, cet elpee s’avère de toute bonne facture. Et son écoute est plaisante. Suscitant une envie de quitter l’oppression urbaine pour les grands espaces. Ou si vous préférez… de partir en vacances !

 

Death Angel

Du Thrash qui a du cœur

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Le Trix d’Anvers accueille, au beau milieu du mois de novembre, trois grandes pointures du Thrash : Testament, Annihilator et Death Angel. L’occasion de revenir sur l’actualité de ces derniers. Ont-ils prévus quelque chose de neuf sous le sapin ? Quel regard portent-ils sur leur 9ème elpee studio, « The Evil Divide » ? Quelques réactions recueillies en backstage, peu avant le lancement des hostilités.

Après un trajet en voiture pour le moins chaotique –le mois de novembre nous réservant, en cette fin d’après-midi, tout l’éventail des joyeusetés météorologiques qu’il a en stock– votre serviteur débarque enfin dans la salle anversoise en accusant un quart d’heure de retard. Le temps de passer un coup de téléphone à la ‘tour manager’, afin de lui signaler ma présence sur les lieux, elle répond, un peu confuse, devoir d’abord régler un petit problème et qu’elle me rejoindra plus tard. S’il faut patienter, alors autant lier l’utile à l’agréable et jeter un œil aux mouvements qui se produisent dans la salle de concert. Quelques roadies sont au turbin. Ils préparent la stage pour le show de Testament, la tête d’affiche du jour. Une imposante silhouette observe ce qui se déroule sur le podium. C’est Chuck Billy, le chanteur de Testament. Fidèle à son surnom, ‘The Chief’, il vérifie que tout soit en ordre. Assister au soundcheck de ce band yankee, il y a pire comme situation, dans la vie. La ‘tour manager’ finit enfin par arriver. Ce ne sera finalement pas le guitariste Rob Cavestany qui répondra à mes questions –il est encore dans les bras de Morphée– mais bien son acolyte, Ted Aguilar. On s’adaptera, ‘keep it rockin!’

C’est aujourd’hui la troisième fois cette année que vous foulez le sol belge. Les fans du groupe qui y vivent, n’ont donc pas d’excuses à faire valoir s’ils n’ont pas eu l’occasion de vous voir en concert, au cours de l’année 2017 !

Ted Aguilar : (il rigole) oui, en effet ! Et c’est aussi la seconde date à Anvers. On y était déjà passé cet été, dans le cadre de l’‘Antwerp Fest’ (NDR : qui s’est déroulé le 9 juillet) ! Mais la dernière fois qu’on a mis les pieds ici au Trix, c’était lors du ‘Thrashfest’, en 2010. Suicidal Angels, Exodus et Kreator étaient également à l’affiche.

Votre dernier long playing en date, « The Evil Divide », est maintenant sorti depuis un peu plus d’un an. Quoi de neuf à l’horizon ?

Un an et demi pour être précis ! Concernant notre prochain LP, on en a en effet déjà discuté ensemble… On a bien quelques idées, mais encore rien de concret. On va sérieusement se remettre à l’ouvrage après les fêtes de fin d’année. Quoi qu’il en soit, c’est de toute façon prévu !

Comptez-vous composer des morceaux dans le style de ceux qui figurent sur votre précédent opus ?

Ah… c’est une question à laquelle il est toujours difficile de répondre… Quand on compose, on ne pense pas nécessairement à ce qu’on a fait auparavant. On souhaite simplement réaliser les meilleures chansons possibles. D’autant plus que quand on se met à écrire, on n’a jamais vraiment une vue d’ensemble au moment présent. Du moins, en ce qui me concerne. Ce n’est que lorsque le master est prêt, que je m’assieds, je l’écoute et peux enfin conclure : ‘Ah ouais, je vois enfin ce que ça donne maintenant…’ (il rigole). Je ne suis pas le compositeur principal, je possède donc encore moins cette vision globale. Il m’est donc quasi impossible de présager ce qu’on va produire… On va écrire et puis on verra bien !

Dan le processus d’écriture chez Death Angel, vous composez d’abord la musique ou les paroles ?

La musique ! Rob (NDR : Cavestany, le guitariste principal) est généralement le premier à composer, sur base de quelques-unes de ses idées ou un squelette du morceau qu’il a imaginé. On se voit ensuite, lui et moi. On en parle jusqu’au moment où on sent qu’on tient quelque chose de concret. On passe finalement à l’enregistrement et on envoie le tout à Mark (NDR : Oseguada, le chanteur de la formation). C’est à partir de cet instant que Mark commence à prendre son stylo et du papier et qu’il se lance dans l’écriture des lyrics… Il a toujours besoin de la musique au préalable. Il est incapable d’écrire sans support. Il doit ressentir les mélodies avant que les idées ne se mettent à germer.

Dans quel état d’esprit étiez-vous lorsque vous avez composé votre dernier long playing ?

C’est une bonne question ! Je pense qu’on souhaitait un résultat davantage Heavy et un peu plus mélodique. L’album précédent, « The Dream Calls for Blood » (NDR : paru en 2013), était vraiment très Thrash. On a bien sûr conservé cet aspect rentre-dedans au niveau de la rythmique, mais musicalement, la coloration est bien plus Heavy. Mais bon, on reste évidemment un groupe de Thrash. Mais quand tu écoutes une chanson comme « Father of Lies », surtout le début du morceau, tu ressens cette petite touche propre à Black Sabbath. Et de manière plus générale dans « Lost »… Tu sais, quand Rob a écrit ce titre, il pensait à l’ambiance si particulière qui règne en festival, quand tout le monde lève les bras et crie en même temps. Il voulait vraiment que ce morceau incite les festivaliers à chanter. Je pense que nous étions dans cet état d’esprit à ce moment-là : insuffler une ambiance de festival, tout en parsemant ça et là, la compo de quelques touches de Heavy.

Te souviens-tu du groupe ou du morceau qui t’a transmis le virus du Metal ?

… (il prend le temps de réfléchir) Wow, ça remonte ! Je pense que c’était du Black Sabbath… mais la période au cours de laquelle Dio était au chant (NDR : à partir donc de 79). Je n’ai vraiment découvert les compositions impliquant Ozzy Osbourne que plus tard. Je pense que c’est à cette époque que j’ai flashé sur ce qu’était le son typiquement lourd du Metal. Je me souviens aussi de l’album « Mob Rules ». Sa pochette était vraiment terrifiante. En réfléchissant, c’est un des premiers skeuds de Metal que j’ai écouté…

Le 20 janvier prochain, vous vous produirez en compagnie d’autres bands pour une soirée caritative afin de venir en aide à Sean Killian, le vocaliste de Vio-Lence (NDR : atteint d’une cirrhose, récemment diagnostiquée, il est en attente d’une transplantation). Pour vous, la solidarité n’est pas un vain mot ?

En apprenant cette terrible nouvelle, quelques groupes de la Bay Area dont Exodus, Testament et évidemment le nôtre ont décidé d’organiser un show ensemble et d’y jouer, entre autres, quelques morceaux de Vio-Lence. Toutes les recettes de cette soirée seront destinées à Sean pour son traitement. On espère du peuple pour ce concert un peu particulier et que de généreux donateurs assistent au spectacle. Je pense aussi qu’entouré de tous ses amis issus de la Bay Area, ce soutien devrait lui apporter du réconfort. On va prendre du bon temps tous ensemble…

…et vous reproduirez ce même type d’action en fin d’année, à l’occasion de votre Xmas Show, les 15 et 16 décembre prochains, à San Francisco, afin de venir en aide aux victimes des incendies qui ont ravagé le nord de la Californie, en octobre dernier.

En effet, on a décidé de leur reverser une partie des revenus issus de la vente des tickets et du merchandising. On y vendra également quelques trucs sympas du groupe, dont notamment l’une ou l’autre guitare. On fera de notre mieux !

L’espace contigu de la backstage de Death Angel, environs 8m², commence à devenir un peu à l’étroit pour quatre personnes. En effet, au cours de l’interview, le batteur Will Caroll et le vocaliste Mark Oseguada nous ont rejoints dans la loge. Ce dernier, sort à peine de la douche et ne porte qu’un essuie de bains autour de la taille. Il est d’ailleurs occupé de se brosser les dents. Un cadre quelque peu surréaliste ! Il est temps que je quitte temporairement mes hôtes du jour, pour les retrouver une poignée de minutes plus tard, sur les planches…

Interview réalisée le dimanche 12 novembre, au Trix d’Anvers.

(Merci à Nuclear Blast d’avoir permis cette rencontre !)

Archive

Nous sommes un groupe de pop/rock… expérimental.

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Le Festival de Ronquières se singularise, depuis ses débuts, par une affiche aussi populaire qu’éclectique. Il y en a vraiment pour tous les goûts : du hip-hop au folk, en passant par le rap et le rock ! Sans oublier, pour être au goût du jour, des pointures de l’électro, comme PFR ou encore Kid Noize…
Après un passage remarqué en 2013, le collectif britannique Archive est venu lui aussi fouler les planches installées près du Plan Incliné, dans le cadre de cette sixième édition, pour défendre un long playing, sans doute moins accessible que les précédents, « The False Foundation ».
Plutôt expérimental, il divise un public pourtant habitué à ses évolutions musicales. Il emprunte aussi bien au rock qu'à la musique électronique et au trip hop ; mais au fil des opus, son style est devenu de plus en plus déroutant.
Initialement prévue vers 17 heures, l’interview est sans cesse reportée, le car véhiculant le combo ayant pris énormément de retard. C’est finalement vers minuit trente qu’elle va se dérouler en backstage, en compagnie d’une des chevilles ouvrières, Danny Griffiths (NDR : l’autre, c’est Darius Keeler), passablement exténué d’une journée riche en émotions.
Les cernes sous les yeux en disent long… Votre serviteur, pourtant persévérant, comprendra plus tard pourquoi son hôte est peu prolixe ! La vie d’artiste est parfois mise à rude épreuve !
Le musicien se livre bon gré mal gré au jeu des questions/réponses dans la langue de Shakespeare.

Ronquières est un festival très diversifié. Comment appréhendez-vous votre set face à un public qui n’est pas forcément venu pour Archive ?

Ce festival propose une affiche variée, c’est vrai ! Je suis tout à fait conscient qu’une frange de la foule ne s’est pas forcément déplacée pour Archive. Ce qui ne me pose aucun problème ! C’est justement cette démarche qui est intéressante. Des gens vont découvrir un univers musical qu’ils ne connaissent pas et se charger ainsi de nous procurer une certaine notoriété, par la même occasion. C’est l’effet domino !

L’électronique est très présente dans vos compositions. Une volonté de s’éloigner du rock ?

A vrai dire, je milite au sein du groupe depuis sa création. J’en connais donc toute l’histoire et son évolution. Comparer Archive à de la simple musique électronique serait un peu réducteur ! Au travers nos différents albums, nous avons tenté, avec plus ou moins de succès, de mêler l’électronique au rock en y ajoutant une touche d’orchestration. Aujourd’hui, notre souhait est de revenir à une base un peu plus électronique. Pour nous en donner les moyens, nous avons construit un studio analogique en Angleterre et utilisé du matériel ‘old school’, lors des sessions.

« The False Foundation », votre nouvel elpee, exige davantage de maturité en terme d’écoute que les précédents. Qu’en pensez-vous ?

On peut dire qu’à l’exception d’« Axiom » (2014), de « With Us Until You’re Dead » (2012) et « Restriction » (2015), nous avions l’habitude de proposer des disques un peu plus commerciaux. « The False Foundation » est sans doute un peu moins accessible, c’est vrai ! Il s’adresse à un public qui affiche une plus grande maturité musicale. Mais cette tendance s’est développée naturellement, à vrai dire. Nous sommes issus de l’underground et la créativité est un paramètre naturel chez nous.

Vos elpees sont tous différents. La prise de risques est-elle dans vos gènes ?

C’est véritablement dans la culture d’Archive. Ne jamais se reposer sur ses lauriers ! Créer, toujours et encore. Expérimenter d’autres sons et les tester lorsque nous entrons en studio. Si tu veux continuer à exister, il est nécessaire se dépasser constamment. C’est la recette de notre pérennité. Je pense sincèrement que nous n’aurions pas pu arriver à ce stade, sans une telle dynamique de travail.

Le groupe devient-il de plus en plus expérimental au fil du temps ?

On nous catalogue, effectivement, comme un band expérimental. Pourtant, dans notre répertoire figurent des chansons plus abordables. Au final, je dirais que nous sommes un groupe de pop/rock… expérimental.

Au fond, « Fuck U », résume un peu ton analyse ?

Oui, quelque part, ce titre incarne bien Archive ! Le message véhiculé est très fort.

Archive et les voix féminines, est-ce une grande histoire d’amour ?

Absolument ! En live, comme en studio, on privilégie ce type de collaboration. C’est un peu l’ADN de la formation. D’ailleurs, nous disposons de quelques titres en préparation dans lesquels nous pourrions y intégrer des voix féminines. Nous devons encore étudier cette opportunité.

Certaines de vos compositions sont plutôt longues. Deux morceaux de plus de 7’ figurent encore sur « The False Foundation ». On est loin du format radio. Pourquoi persister dans ce type de structure ?

Encore une fois, la démarche d’Archive est tout à fait naturelle. Nous ne cherchons pas à rentrer dans un cadre radiophonique à tout prix ! Notre travail recevra toujours un écho auprès de celles et ceux qui affectionnent notre macrocosme. Si tu aimes, tant mieux. Dans le cas contraire, passe ton chemin.

Vous avez joué en première partie de Muse, au Parc des Princes. Une forme de consécration ?

A l’époque de la tournée qui a suivi la sortie de « Lights », notre agent nous a proposé d’assurer le supporting act de Muse. Nous ne pouvions évidemment pas refuser une telle opportunité ! Le trio a découvert notre univers et l’a manifestement apprécié. Nous étions très contents. Cette date a enrichi notre carte de visite !

Vous vous êtes produits à Londres en avril et en juin. Pourquoi ne parvenez-vous pas à vous faire une place au soleil au Royaume-Uni, alors que c’est votre pays d’origine ?

Il assez difficile pour un groupe comme le nôtre de percer dans de grosses villes comme  Manchester, Liverpool ou encore Southampton. Et ce, pour des raisons plurielles ! D’abord, nos chansons bénéficient rarement d’une place de choix sur les ondes radiophoniques. La culture musicale est diamétralement différente en Belgique et en France. Ces pays sont nettement plus enclins à diffuser nos compos. Je les en remercie vivement d’ailleurs ! Je me rappelle tout de même avoir entendu certaines plages de notre dernier album sur ‘Radio 6 music’, qui appartient à la BBC. Ce qui est plutôt prometteur. Mais, je ne m’inquiète pas de cette situation ! Il faut aussi relativiser ! Le contexte économique actuel est difficile. Aujourd’hui, rares sont les organisateurs qui peuvent se permettre de payer des groupes renommés. On s’est déjà produits à Londres où nous avons vécu une très belle expérience. Prochain objectif : l’Amérique !

De nombreux changements sont intervenus au sein du line up depuis vos débuts. Est-il enfin devenu plus stable, aujourd’hui ? Quelles sont les forces de la nouvelle mouture ?

La colonne vertébrale du band est constituée de Darius, Danny, Pollard et Dave, depuis maintenant quatorze années. Si pour certains, ces changements peuvent se révéler source de problèmes, en ce qui nous concerne, ils ont été bénéfiques. Aujourd’hui, comme tu peux le constater, nous existons toujours. Je crois qu’il faut considérer ces tribulations de manière positive. Les personnes qui se sont succédées au sein du band ont apporté un plus, permis d’évoluer, de se surpasser, de se remettre en question et d’explorer des styles différents. La base s’est consolidée au fil du temps. Il est maintenant stable ! J’espère ne plus connaître les avatars rencontrés à l’époque. En live, la base est immuable. Par contre, en studio, la présence d’autres musicos nous permet d’expérimenter et de disposer d’une palette de couleurs sonores plus large.

Vous avez composé la bande originale du long métrage Michel Vaillant ? Ce film s’est soldé par un échec ! L’expérience a quand même été intéressante ?

Le film était vraiment de la merde ! En bref, la bande originale était bien meilleure. Je n’avais alors pas encore rejoint la formation. Mais c’était tout de même une bonne expérience !

En début d’entretien, tu as déclaré que quelques nouveaux morceaux avaient déjà été ébauchés. Vous envisagez de graver un nouvel opus, dans un futur proche ?

Je peux juste te dire que nous sommes de retour en studio. Nous bossons en compagnie de collaborateurs que nous souhaitions impérativement inviter. Pour l’instant, il ne s’agit que d’un travail d’écriture et d’enregistrement. Il est toutefois encore trop tôt pour en parler. Nous avons aussi un autre projet destiné à une boîte célèbre de jeux vidéo. C’est tout ce que je peux te dire aujourd’hui.

 

Mat Bastard

La langue, c’est un chemin, pas une destination…

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Aulnoye-Aymeries, petite ville du Nord de la France, accueille maintenant depuis plusieurs années, un festival éclectique baptisé ‘Nuits Secrètes’, chaque dernier week-end du mois de juillet.
Il a vu défiler des artistes comme Alain Bashung, Bernard Lavilliers, Neneh Cherry, Selah Sue, Vitalic, Funkadelic & Parliament, Laurent Voulzy, Alain Souchon, Deluxe, Casseurs Flowters, Julien Doré et bien d'autres.
Proposant un peu plus de 70 concerts, répartis sur trois jours, son affiche a de quoi satisfaire un grand nombre des mélomanes !
Les parcours secrets –le fleuron des Nuits– sont, bien sûr, toujours intégrés au programme. Le principe ? Grimper dans un bus, vitres calfeutrées, pour une destination et un concert dont on ignore le lieu et le nom de l’artiste ou du groupe.

Votre serviteur a fixé rendez-vous à Mat Bastard, de son véritable nom Mathieu-Emmanuel Monnaertune, une des figures de proue du mouvement punk, en France. En compagnie de potes du lycée, il avait fondé son tout premier groupe Carving, une aventure qui s’est déroulée de 1994 à 2007.
Mais, c’est grâce à Skyp The Use, un combo formé en 2008, que sa notoriété va grimper en flèche. Le band est rapidement invité à se produire dans des festivals internationaux, et assure même des premières parties pour Trust et Rage Against the Machine. Le divorce par consentement mutuel est cependant acté fin 2016.
Armé d’une batterie de nouvelles compositions et l’envie de renouer avec ses vieux démons, Mat rappelle ses vieux copains d’antan, Mike et Olive.
Plus engagé et énervé que jamais, il décide d’offrir (de s’offrir) un premier album solo sobrement intitulé « LOOV ». Percutant, il recueille une critique favorable unanime.
C’est pour causer de cette actualité brûlante, de son parcours musical et de ses rapports établis entre lui et le peuple, que ce tête à tête est prévu. Il ne durera que quelques minutes…

Skip The Use a décroché un statut jamais atteint par une formation rock régionale et rarement dans l’Hexagone. Pourtant, tu as monté un nouveau projet. La musique est-elle, pour toi, comparable à une famille ou un couple dans lequel il y a parfois des remises en question nécessaires ?

A vrai dire, je n’en sais rien. C’est très difficile à expliquer. La différence essentielle entre un couple et un groupe, ce sont les sentiments qui animent la relation. J’aime ma femme ! Quant à mes comparses, je les appréciais. C’est tout ! Il ne faut pas tout mélanger. Lorsque je crée un band, c’est par idéal et parce que j’ai envie de le fédérer autour d’un concept particulier, au moment le plus opportun. Si l’une des parties s’éloigne de l’essence même de ce partage, je ne vois pas l’intérêt de continuer l’aventure. Nous ne voulions plus simplement faire de la musique pour les mêmes raisons. Mais, jamais, je ne dirais des musiciens que je côtoyais qu’ils étaient des connards. J’ai vraiment vécu une aventure humaine exceptionnelle et j’en garde de bons souvenirs…

As-tu un besoin permanent de changement, d’expériences et de découvertes ?

La vie est une longue route au cours de laquelle chaque individu apprend de ses expériences. Au sein de STU on a vécu une belle histoire artistique et humaine. Mais, au fil du temps, je ne souhaitais plus faire de concessions. Lorsque tu joues en groupe et que tu as la responsabilité d’écrire la musique et/ou les paroles, tu dois recevoir l’assentiment des autres membres. Ce qui, en cas de désaccord, peut devenir très vite compliqué. Ce n’est pas toujours évident à gérer ! Dans ce projet, je suis seul aux commandes. J’ai forcément plus de latitude. Il m’appartient d’emprunter les bonnes directions et d’assumer mes erreurs. Est-ce que c’est mieux pour autant ? Pas forcément ! Mais, ce n’est pas un problème. Il n’y a pas de bonne ou mauvaise solution en la matière. Perso, j’avais envie de vivre une aventure solo. Les autres souhaitaient travailler en compagnie de quelqu’un d’autre. Nos chemins se sont séparés de manière naturelle au bon moment. C’était une bonne décision, je pense. Je me sens moi-même dans ce nouveau projet. Mon disque et la tournée marchent bien. Que demander de plus ?

Pourtant ton single, « More Than Friends », n’est pas tellement éloigné du style proposé par STU. Le virage va s’opérer en douceur ?

Non pas vraiment ! Dans l’imaginaire collectif, j’étais juste le gars qui se concentre sur le micro et fait le mariole sur scène. Or, sans aucune prétention de ma part, j’étais la cheville ouvrière. J’écrivais les chansons. Ma plume est la même aujourd’hui, projet solo ou pas. Mes idéaux et mon combat sont identiques aussi. Tu sais, j’ai commencé la musique en 1993, au sein de Carving, un groupe punk. Une belle aventure qui a duré 17 années ! J’ai bien bourlingué quand même. Mon disque est un condensé de toutes ces années auquel j’ai ajouté les belles collaborations réalisées et tout ce que j’ai pu découvrir aux Etats-Unis. Il est donc normal d’y déceler des similitudes avec mon passé. C’est même mieux ainsi, finalement. De toute façon, à quoi bon dire le contraire ?

Le tandem électro/pop A-Vox (Anthéa et Virgile) a participé à l’enregistrement de ce morceau. Par quel hasard les as-tu rencontrés ?

J’ai également une casquette de producteur et de réalisateur. Et quand je les ai rencontrés, j’ai trouvé leur projet intéressant. Ils dégageaient vraiment quelque chose. Nous avons travaillé dessus ensemble, durant quelques mois. Nous nous sommes ensuite rapprochés ; à tel point qu’aujourd’hui, Anthéa partage ma vie. Elle est devenue mon épouse. Cette chanson raconte cette histoire étrange. Comment passer d’une relation purement artistique à une liaison plus personnelle et intime ? J’ai bien compris qu’un groupe implique souvent des concessions car il y règne une certaine démocratie et qu’il est difficile d’y imposer des règles.

Comme tu l’as souligné, par ailleurs, un projet solo permet de réaliser un travail nettement plus incisif et introspectif. Mais paradoxalement, la coopération de tes potes Mike et Olive, ex-Carving, ne traduit-elle pas le premier pas vers un travail plus collectif que personnel ?

Non, il ne faut pas voir ces événements sous cet angle. Il faut bien distinguer les différents paramètres. La réalisation, la production et l’écriture d’un disque impliquent un travail plutôt personnel, voire introspectif. Sur scène, je restitue ce résultat auprès de mes musiciens. A ce moment là, je ne suis plus seul. Nous sommes cinq en tout. Un vrai travail collectif. Plus qu’un groupe même, une famille ! C’est une notion qui est d’ailleurs très importante à mes yeux. Il me serait difficile d’agir autrement. Je connais le personnel qui m’entoure depuis des années. Que ce soit celui qui boucle les dates, les techniciens, les musicos, les gars de la maison de disque etc. Nos femmes et nos gamins respectifs se connaissent. J’ai vraiment besoin de cette filiation. Lorsque je produis ou réalise des albums, je ne change pas d’équipe, j’y suis très attaché.

Tu as passé toute ta vie artistique en groupe. Quel sentiment éprouves-tu quand tu vois ton propre nom sur la pochette d'un disque ?

Pour être franc avec toi, je m’en fous complètement. Je n’ai jamais été fan des noms sur les pochettes. C’est d’ailleurs sans doute le dernier sujet auquel je pense lorsqu’il s’agit de finaliser le disque. Est-ce que c’est la meilleure manière de considérer ce chapitre ? Je n’en sais rien… Tu n’es pas le premier à me poser cette question. C’est drôle de voir à quel point ce détail suscite autant d’interrogations. Ce qui m’intéresse, c’est la prise de position, le débat et l’échange à travers les compositions. Que le disque existe et les chansons prennent vie me suffisent amplement.

A propos de ce projet, tu as déclaré avoir ressenti l’envie d’écrire des choses. Mais, tu composais déjà les paroles chez STU. Comment abordes-tu ton processus d’écriture ?

La façon d’aborder les thématiques n’a pas vraiment changé. J’ai toujours écrit, que ce soit pour moi ou les autres. Le processus est assez identique à chaque fois. Ce qui fait la différence essentielle, c’est la culture ou le style du groupe pour lequel tu proposes ta plume. J’ai commencé à bosser sur mon projet en 2014 alors que je figurais toujours au sein de la formation. Lorsque la matière première s’est accumulée, j’en ai conclu que je disposais d’un stock suffisant pour le mettre en forme sur un support. Ces chansons étaient davantage incisives et personnelles. Elles n’auraient pas collé au répertoire de STU…

L’anglais est-il un obstacle à la francophonie ? La plupart de tes compos sont interprétées dans la langue de Shakespeare. Pourtant, le français permet de véhiculer des messages.

Du temps de STU, je voulais un jour m’adresser à la France toute entière. J’ai écrit « Etre heureux ». La seule chanson en français. J’ai réitéré cet exercice ici à travers « Vivre mieux ». Je ne pense pas que parler anglais soit vraiment un obstacle à la francophonie. Je crois que ce sont des conneries tout ça ! La langue, c’est un chemin, pas une destination ! Dans tous les cas, je ne suis pas venu défendre l’identité nationale de mon pays. Je suis fier de groupes comme Justice, Daft Punk, Phoenix ou encore un artiste comme David Guetta. Ils représentent bien la France à travers le monde. Je suis content que ces artistes décrochent des ‘Grammy Awards’ aux Etats-Unis. Sincèrement, je me tape qu’ils exercent leur art en anglais ou en français. Si c’était en chinois, ce serait pareil ! Je suis un fan inconditionnel de Brel, de Renaud et d’Arno. J’adore le texte et j’estime que les chansons sont bien plus belles lorsqu’elles véhiculent un message fort quelle que soit la langue utilisée. Je n’ai aucun souci avec ça ! Il s’agit plus de fainéantise que d’idéologie.

Au fond, l’artiste doit-il se servir de son statut pour véhiculer certains messages ?

Je ne pense pas que ce soit une obligation en soi, mais pourquoi pas ! Je respecte des gars comme Kendji ou Maître Gims qui baignent plutôt dans l’‘entertainment’. STU appartenait également à cette dynamique. Je ne dis pas que c’est mal, mais elle ne me correspond pas du tout. Encore une fois, j’aime susciter la prise de position à travers les compos. Quitte à avoir le projecteur, autant le mettre sur quelque chose et non sur quelqu’un !

Justement, tu as évoqué aussi le féminisme à outrance, par exemple. Au fond, l'artiste sait mieux que quiconque utiliser son micro pour combattre les inégalités sociétales ou mêmes politiques ?

Cette chanson a été un vecteur de débat. Les gens l’ont écoutée et entendue. C’est un exercice intéressant. Il permet l’échange et l’ouverture d’esprit. Et fait grandir…

A cet égard, les réseaux sociaux restent une bonne alternative…

Personnellement, j’utilise beaucoup les réseaux sociaux. En terme de communication et d’information, on ne fait pas mieux ! On en parle souvent à cause des dérives qu’ils peuvent engendrer. Mais, c’est simplement une question d’utilisation et d’apprentissage. Récemment, j’ai posté un article que j’estimais touchant. D’autres internautes l’ont lu et ont commenté. Chacun a apporté sa pierre à l’édifice. C’est la magie du partage !

Au final, tout ne reposerait que sur des codes linguistiques ?

Je pense que le véritable obstacle à l’humanité, c’est l’obscurantisme et l’ethnocentrisme. Tantôt, tu me parlais de la langue française. Ici, nous sommes à Aulnoye-Aymeries, pas très loin de Roubaix et de Lille. Y vivent des Arabes, des Africains, des blancs, des Chinois et des Turcs. Certains parlent correctement le français et d’autres pas. Vas chercher un kebab chez un turc qui ne parle pas ta langue. Tu l’auras ta bouffe, crois-moi ! Où est le problème ? On s’en fout franchement! Il ne faut pas rechercher là-dedans une identité nationale. C’est ensemble qu’on la créée !

Au fond, Wallons et Flamands, même combat ?

Les Wallons et les Flamands ne forment qu’un sur l’échelle nationale ! Pas de communautarisme stp ! Personnellement, je considère ces querelles politiques et linguistiques complètement ridicules ! Quelle perte de temps et d’énergie ! Lorsque je me rends dans ton pays, je vais en Belgique. Point final ! Jamais je ne me spécifierai voyager au Nord ou au Sud du pays. J’ai notamment vécu à Wezembeek-Oppem et à Bruxelles et pourtant j’ai des potes issus de Charleroi et de la Louvière. Tout se passe bien, tu sais… En outre, ton pays a été pendant longtemps précurseur dans pas mal de domaines. Et j’aime le rappeler. Alors, tu sais, la langue, une fois encore, c’est un débat qui n’a pas lieu d’exister !

 

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