Les rituels étranges de This Is The Kit

This Is The Kit sortira son septième opus studio, « Ghost Coat », ce 15 janvier 2027. En attendant, il a partagé le single et « Skim a Stone ». Enregistré au cœur des Rockfield Studios dans la vallée de la Wye, au sud-est du Pays de Galles, ce disque place…

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The Mannish Boys

Shake for me

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Les Mannish Boys constituent, en quelque sorte, la genèse du label californien Delta Groove. Et pour cause, il a été fondé par Randy Chortkoff, pour lancer la carrière de cette formation. L’écurie, tout comme le groupe, célèbrent donc au même moment leur cinquième anniversaire, ponctuant cet événement par la sortie du cinquième album du band ; un combo qui a été nominé aux Blues Music Awards en 2007, 2008, 2009 et 2010. Excusez du peu! 

Chortkoff est également l'harmoniciste chez les Mannish Boys. Et bien sûr, pour enregistrer ce nouvel opus, le combo a reçu la collaboration de la crème des musiciens blues de Los Angeles, dont le talentueux pianiste Fred Kaplan (Hollywood Blue Flames), qui apporte son concours à la majorité des titres.

L'ouverture est royale. La guitare de Nick Curran ouvre le feu face aux cuivres. Il pète le feu et affiche une classe pas possible ! Mais le son de sa gratte est vraiment pourri. Ce qui n’empêche pas la voix chaleureuse de Finis Tasby de venir se poser délicatement sur cette cover du "Too tired" de Maxwell Davis. Une performance de choix qui se poursuit tout au long du medley "Mona"/"Willie and the Hand jive" (Bo Diddley/Johnny Otis), un morceau imprimé sur le Diddley beat, bien sûr. La section rythmique libère un fameux groove, alors que le chanteur/guitariste maison, Mike Zito, soutenu par Bobby Jones, se charge des parties vocales. "Reconsider baby" est une compo signée Lowell Fulsom. Finis chante ce west coast blues classique, pendant que Goldwasser y apporte ses touches subtiles à la six cordes (NDR : il faut reconnaître que depuis qu’il s’est exilé en Californie, le Français mène une brillante carrière). "Educated ways" est issu de la plume de Chortkoff. Une excellent compo au cours de laquelle il se réserve la slide, mais aussi démontre toute son adresse et sa vivacité au bottleneck, devant les ivoires de Kaplan. "Half ain't been told" campe un duo émouvant entre la voix puissante de Bobby Jones et le piano de l'invité Rob Rio. Figurant au répertoire d'Otis Spann, cette plage rend hommage à l'inoubliable accompagnateur de Muddy Waters. Chanté par Goldwasser, "Number 9 Train" alimente un autre duo. Primaire, primitive même, la slide est talonnée par les percus de Bott qui empruntent le rythme du chemin de fer. "Last night" est un superbe slow écrit par Little Walter, un Chicago blues auquel participent Tasby, Franck et Fletcher aux guitares, et dans le rôle de souffleur, Rod Piazza en personne. Il s’y révèle impeccable ! Le "Hey now" de Ray Charles est interprété à la manière du Genius, par Bobby Jones devant les cuivres et les cordes de Mr Fletcher. La même équipe remet le couvert lors d’une version saignante du "You can't be beat" de Howlin' Wolf. Les arrangements baignent dans le West Coast jump. Le boss se concentre à l’harmo, alors que Kirk et Randy se déchaînent aux cordes. Et la suite ne faiblit jamais. "Black nights" évolue dans un registre proche de BB King. "The bullet" exhale une grande envolée instrumentale. Toute en swing, elle met en exergue des échanges époustouflants entre Fletcher, Nick Curran et le piano boogie woogie de Kaplan. Chortkoff a certainement composé "Those worries", en hommage à George Smith. Empreint d’une grande sensibilité, et caractérisé par la présence de Lynwood Slim sur l'instrument chromatique, ce blues lent est dominé par la voix puissante et graveleuse de Jones. Et on n’est pas au bout de nos (bonnes) surprises. Arthur Adams chante son "Raunchy", un morceau inévitablement funky. Les sonorités de sa guitare sont très spécifiques, un peu comme si l’artiste et l’instrument ne faisait qu’un. Randy en profite pour souffler dans son harmo diatonique. Johnny Dyer n’a pas perdu ses bonnes habitudes. Il assure les vocaux tout au long de "Champagne & reefer", en rendant hommage à son vieux et regretté compagnon Muddy Waters. Mitch Kashmar le soutient à l'harmonica. Bobby Jones interprète encore "You've got bad intentions", à la manière des grands blues shouter. Fletcher s’autorise une nouvelle sortie impériale. Big Pete Vander Pluijm est également de la partie. Et c’est une surprise. Le Batave rend à son tour un hommage. Mais à Lester Butler. Sur "Way down South". La finale. Il chante et souffle énergiquement auprès de Kid Ramos à la guitare et Andy Kaulkin au piano. Un superbe album qui mérite déjà sa place parmi les meilleurs disques de blues, pour l’année 2010…   

 

Kiss The Anus Of A Black Cat

The Nebulous Dreams

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J’avoue avoir rarement entendu un nom de groupe aussi original. Pas vraiment séduisant, mais au moins, ce patronyme a le mérite de nous annoncer l’ambiance au sein de laquelle leur musique macère ; soit une atmosphère malsaine, glauque et inhospitalière. En effet, ce patronyme rappelle un ancien rituel célébré par les sorcières pour invoquer le malin. Tout un programme !

Le troisième opus de KTAOaBC est paru chez Conspiracy. Stef Heeren a donc délaissé le label gantois KRAAK, pour se réfugier auprès d’une écurie jouissant d’une plus grande notoriété. Et pour cause au sein de ce label, militent des groupes comme Red Sparowes, Year Of No Light ou encore Nadja.

« The Nebulous Dreams » propose 3 morceaux en à peine 30 minutes. Une œuvre qui nous entraîne au cœur d’un univers trouble, étrange, et surtout rarement exploré par un groupe bien de chez nous. « Between Skylla And Charybdis » ouvre l’elpee. Une plage de 15 minutes au cours de laquelle des bruits stridents envahissent une solution sonore texturée par des violoncelles en couche, des nappes d’orgue et d’autres instruments indistincts. Progressivement un tempo lent, accablant s’impose. A l’issue d’un crescendo de 8 minutes, on se retrouve aux portes des ténèbres. C’est alors que Stef Heeren pose son timbre grave, tel un prédicateur. Il met alors un terme à cet office dark folk. Une intervention que n’aurait pas reniée David Eugene Edwards (Woven Hand) ou encore Nick Cave. Place au drone ensuite. Un drone hypnotique, sordide, gothique, écrasant, hanté de chœurs macabres, qui enveloppe « Dypthich » de mystère. Il faut attendre le dernier morceau de ce mini-elpee pour s’extraire quelque peu de cet univers tourmenté. Pas au point de faire la fête, néanmoins. Un peu moins glauque, « Miserere » conjugue accords de guitare acoustique et chœurs mystiques. De quoi ramener un peu de sérénité, au moment d’achever ce « Nebulous Dreams »…

La musique de Kiss The Anus Of a Black Cat évolue à la croisée des chemins de Sunn O))), Woven Hand et Nick Cave. Mais si elle est particulièrement sombre, elle est aussi très belle. Pas très accessible au mélomane lambda, je l’avoue. Stef Heeren a plus que probablement un don pour provoquer la nausée chez les âmes sensibles. Quoiqu’il en soit à l’écoute de ce « Nebulous Dreams », impossible de rester indifférent. Vous êtes prévenus !

 

Hayseed Dixie

Killer Grass

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Pour comprendre le jeu de mots qui se cache derrière le nom ‘Hayseed Dixie’ il faut savoir qu’au départ, ce groupe se consacrait exclusivement à des reprises d’AC/DC en version country/hillbilly/bluegrass. Paru en 2001, « A Hillbilly Tribute to AC/DC » (NDR : vivement conseillé à tous les fans d’Angus & Co) a permis au monde entier de découvrir le ‘Rockgrass des montagnes Appalaches’. Au cours des neuf dernières années, bien d’autres disques de reprises (mais aussi de titres originaux) ont complété la discographie de ces quatre rigolos. Citons par exemple l’excellent « Kiss My Grass » qui en 2003 revisitait à la sauce bluegrass dix compos issues du répertoire du célèbre quatuor maquillé new-yorkais ou encore « A Hot Piece Of Grass » responsable d’avoir fait rocker le pays des cow-boys, grâce à ses versions country du « War Pigs » de Black Sabbath ou des « Black Dog » et « Whole Lotta Love » de Led Zeppelin.

Pour son huitième opus, « Killer Grass », Hayseed Dixie a vu les choses en grand et propose, en plus du Cd, un Dvd bourré de surprises toutes plus hilarantes les unes que les autres. Parlons de la galette musicale en premier lieu. Comme il en a pris l’habitude depuis quelques années, le gang mélange ses réinterprétations de classiques du rock et du hard rock à ses compositions originales. Celles-ci sont d’ailleurs plutôt désopilantes. Sur « Alien Abduction Probe »,  par exemple, Barley Scotch (chant, guitare et violon) raconte les douleurs récurrentes dont souffre son fondement depuis qu’il s’est fait enlever par des extra-terrestres. Sur « Underneath the Bed », il demande des explications à sa compagne à propos d’un préservatif retrouvé sous le lit dans l’une de ses chaussures. Sur « Tolerance » il explique qu’il aimerait donner un peu de sa ‘tolérance’ à son prochain. Et surtout à ceux qui imaginent qu’elle est insuffisante dans le monde ; car il est devenu si tolérant à l’alcool et aux drogues douces, qu’il n’arrive plus à s’envoyer en l’air.

Si tous ces titres originaux nous font bien rire, c’est surtout sur les reprises que les quatre Yankees parviennent à nous faire prendre notre pied. Autant vous dire que le ‘rockgrass’ 2010 est une excellente cuvée. Une fois de plus, Hayseed Dixie s’est attaqué à du lourd. En premier lieu, une version géniale du « Bohemian Rhapsody » de Queen dont le clip hilarant (qui pastiche la célèbre vidéo originale des Anglais) figure aussi sur le Dvd. Ensuite, les relectures bidonnantes du « Sabbath Bloody Sabbath » de Black Sabbath et du « Won’t Get Fooled Again » des Who ainsi qu’un « Rambling Man » du Allman Brothers Band comme vous ne l’avez jamais entendu. Pour terminer, le combo qui, en général se cantonne aux covers de rock plutôt classique, opère deux incursions jouissives dans des univers musicaux littéralement différents. La première en adaptant à sa sauce « Omen », titre signé par les Anglais industrieux de Prodigy ; l’autre, en opérant une petite incursion dans la musique classique, lors d’un « Eine Kleine Nachtmusik » de Mozart, rebaptisé pour la circonstance en « Eine Kleine Trinkmusik », mieux adapté à la philosophie du groupe.

La rondelle digitale et versatile quant à elle contient six clips vidéos, réalisés il est vrai, avec des moyens limités, mais tellement bourrés d’humour que l’on prend un réel plaisir à les regarder. Hayseed Dixie, nous gratifie aussi de quelques ‘tutoriels’ sympathiques : une époustouflante leçon de banjo accordée par le Reverend Don Wayne Reno et une autre de basse acoustique dispensée par Jake ‘Bakesnake’ Byers. Ce dernier explique d’ailleurs aussi, dans une autre vidéo instructive bourrée (on l’espère en tout cas) d’humour noir, comment se débarrasser d’un cadavre encombrant (NDR : souvenez vous que l’album s’intitule « Killer Grass »). Quelques petites vidéos amusantes ont aussi été ajoutées à l’objet, comme par exemple, une publicité filmée par le groupe pour une grande marque de préservatifs ou une jam sympathique exécutée en compagnie d’un percussionniste africain.

Signalons pour terminer que, si les musiciens aiment se donner des airs de ‘bouseux du sud profond’, leur Dvd est à la pointe de la technologie. En effet, Hayseed Dixie a eu l’excellente initiative de faire plaisir aux ingénieurs du son et aux producteurs en herbe en proposant l’intégralité de son album en fichiers audio multipistes permettant à tout un chacun de remixer les titres à sa guise, pour peu qu’il soit en possession d’un logiciel comme Pro-tools, Garage Band ou Logic.

Que vous soyez cow-boy, camionneur ou fan de rock, « Killer Grass » est l’album indispensable si vous voulez vous payer une bonne tranche de rigolade. Merci Dixie !

 

General Fiasco

Buildings

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Qu’est-ce qui pourrait pousser trois jeunes Irlandais à se jeter dans la gueule du loup, heu du rock ? Une tradition ? Un héritage abandonné par leurs aînés des Cranberries voire de U2 ? Alors là, pas vraiment. Le seul point commun entre ces 3 groupes procède de leur origine : une île occupée par leurs meilleurs ennemis british, c’est tout ! Ah si, il y en existe une autre évidemment : ils jouent de la musique ; mais chez General Fiasco, pas vraiment du même tonneau que celle de leurs illustres compatriotes. Mais qui donc se cache derrière ce pseudonyme bizarre ? Fiasco général ! Amusant, révélateur, annonciateur ? Il faut espérer que leurs qualités musicales soient inversement proportionnelles à leur patronyme.

Au sein de la formation, militent les frères Strathern : Owen au chant et à la basse ainsi qu’Enda à la guitare. Un combo complété par un ami de lycée : Stephan Leacock, qui se réserve les drums. Leur carrière débute en 2007 par quelques concerts ‘discrets’ ; cependant, ils sont vite repérés par des formations de plus gros calibre telles que The Wombats ou The Pigeon Detectives, pour n’en citer que deux. Un single sera l’élément déclencheur de leur courte carrière. « Rebel Get By » paraît en novembre 2008 et, jouant au cachet sur les émissions musicales de la BBC, ils sont rapidement considérés comme un des dix meilleurs espoirs à venir du rock britannique.

Deux ans plus tard, nos trois ‘gamins’ nous présentent leur premier album, « Buildings ». Et ici, ça se corse. Il y a deux façons de voir les choses. On aime pour la fraîcheur, le côté gentil rock inoffensif ou alors on jette vite fait ; vu justement un manque d’originalité évident. Personnellement, j’aime assez cette musique facilement accrocheuse, pas trop compliquée et qui entre bien dans l’oreille dès la première écoute. Evidemment, c’est pas réellement original, mais les dix plages ne sont pas non plus désagréables à se déverser dans les oreilles. J’épinglerai même quelques belles réussites telles que « Sinking Ships », vraiment superbe, « Ever so Shy » qui déménage pas mal ou encore « I’m not Made of Eyes » que ne renierait pas Snow Patrol, par exemple.

En conclusion, personnellement, j’aime assez ce style un peu facile mais tellement à la page actuellement ; n’en déplaise aux détracteurs grincheux de General Fiasco. Je dirais même plus, j’en redemande. A quand le prochain Jonas Brothers par exemple ? Le fiasco, c’est peut-être bien les ‘critiques casseurs’ qui se le prendront en pleine poire un de ces quatre…

 

Eric Frasiak

Parlons-nous

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« Parlons-nous » constitue le quatrième album d’Eric Frasiak. Originaire des Ardennes françaises, ce chanteur est né il y a déjà plus de 45 ans. Pas vraiment une star, vous en conviendrez ! Pourtant cet auteur/compositeur/interprète gagnerait à être un peu plus connu ou plutôt moins méconnu ! Ses chansons ne manquent pas de style. Les textes tiennent la route et certaines de ses compos lorgnent carrément vers le ‘rock’. Mais en général, elles embrassent un style ‘chanson française traditionnelle’, ce qui n’est en rien une tare, bien au contraire.

Le parcours de cet illustre inconnu (NDR : avant de recevoir ce cd, j’avoue ne jamais avoir entendu parler de cet artiste) est assez particulier. Fan de François Béranger à l’adolescence, admirateur également de Ferré, Lavilliers, Springsteen, Pink Floyd et Genesis, entre autres, il garde de cette époque un goût prononcé pour les textes de ses compatriotes et la qualité musicale des seventies des autres. Agé de 19 ans en 1983, après avoir chanté dans les MJC et autres bals populaires des reprises de son idole, il tente l’expérience de l’enregistrement de ses propres compositions. La réussite lui tourne le dos et son album ne verra pas le jour… Retour donc à la case départ pour Frasiak ; et comme il faut bien vivre, les petits boulots alimentaires (roadie ou figurant, commercial, manœuvre ou soudeur) se succèdent.

Le virus de la chanson le reprend en 1996 (NDR : il compte alors déjà 33 ans au compteur) et la scène le démange. Il remonte sur les planches avec un certain succès, mais uniquement au sein des circuits locaux… Malgré tout, un premier album voit le jour en 2003. Signé par Frasiak et les Passagers, « Repartir à zéro » porte bien son nom. C’est en effet un nouveau départ qu’il prend dans le milieu de la chanson. Connaissant son petit succès, Eric persévère, sort un second opus intitulé « Itinéraires », en 2006 ; et même un live, en 2008. Il est vrai que l’accès à ‘la profession’ est devenu beaucoup moins difficile depuis une dizaine d’années.

Fin 2009, il publie le résultat de son troisième séjour en studio. Quinze titres tous écrits de sa plume, sauf un : « Vingt ans ». Qu’il emprunte magistralement à Léo Ferré. A l’écoute des quinze plages, on constate que Frasiak ne parle pas pour ne rien dire. Chaque texte délivre un message qui lui tient à cœur. On retrouve une certaine sincérité dans ses propos ; sincérité ou authenticité qui ne risquent guère de lui ouvrir, malgré tout, les portes de la reconnaissance… Les ondes n’ont pas pour habitude de ‘pousser’ un espoir de 40 ans bien tassés. Il en parle d’ailleurs très bien dans « Les bonimenteurs », chanson pleine d’humour et de dérision… Autres titres qui feront le bonheur des amateurs du genre : « T’étais pas né » vraiment splendide de musicalité et d’intelligence, « François Béranger » en hommage à son modèle d’il y a une trentaine d’années et « Le tango de la jetset », dont le texte sonne ‘tellement vrai’.

Quinze titres pour une heure de musique plaisante et qui ne suscite jamais l’ennui. Bon nombre de ses contemporains ne peuvent en dire autant !!!

 

Thibaut Derien

Le Comte d’Apothicaire

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Après avoir publié deux albums en 2003 et 2005, en compagnie du groupe De Rien, Thibaut a choisi la solitude pour concocter son dernier projet, « Le Comte d’Apothiciare ». Un disque qu’il a réalisé (presque) seul sous son véritable patronyme, Thibaut Derien. Néanmoins, il a quand même bénéficié de l’un ou l’autre petit coup de pouce. Parmi lesquels on épinglera les compositeurs Cyril Giroux et Benjamin Scampini, ainsi que Bertrand Louis qui participe activement aux arrangements.

Suivant son habitude, Thibaut nous emmène sur les chemins de la vie, à travers des textes poétiques où fleurissent allègrement les jeux de mots ou les tournures de phrases originales, voire comiques. L’humour est omniprésent tout au long des douze titres de cet elpee. Simples, tendres et romantiques, les chansons parlent de tout et de rien. Et nous plongent dans une forme de surréalisme où poésie et musique aux relents classiques semblent faire bon ménage. Mais trop de fantaisie tue la fantaisie. Car, si prescrite à doses homéopathiques, cette œuvre peut paraître plaisante, au fil de l’écoute, on se rend compte que les compos souffrent parfois d’un manque de relief. Ce qui explique, sans doute pourquoi, elles deviennent lassantes. Quoiqu’inégal, l’opus recèle quand même quelques titres intéressants. Et je pense tout particulièrement à « Les Acouphènes », au cours duquel il partage un duo en compagnie de François Hadji-Lazaro ou encore « Mon disque d’or », dont le texte original ne manque pas de piment. Bref, un disque ‘bon enfant’, mais qui ne laissera pas de souvenir impérissable…

 

Casse Brique

Glumour

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Dans le domaine de la musique alternative, le label liégeois Honest House est incontestablement un ‘must’. Surtout en Belgique ! Depuis 2005, cette écurie est devenue un vivier de talents en devenir. Faut croire que les patrons de cette boîte ont le nez creux ! Car chaque groupe découvert est une future pépite. D’ailleurs, entre Frank Shinobi, Taïfun ou El Dinah, difficile d’opérer un choix. Et ce n’est pas le groupe bruxellois, avant-dernière signature du label, qui nous fera changer d’avis. Au contraire.

Casse Brique est un duo bruxellois réunissant Julien Coti (guitare, basse) et Maxime Thomas (batterie). Leur style ? Du math rock ! Dans la lignée de Battles, Don Caballero, Shellac ou encore Tartuf. Différence, mais elle est de taille, Casse Brique, a contrario de bon nombre d’artistes évoluant dans cet univers très caractéristique, a le bon goût de ne pas sombrer dans l’intello à outrance. A l’instar d’un Don Caballero, trop souvent obnubilé par ses équations sonores, au point d’en oublier son rock. Tout au long de « Glumour », la maîtrise manifestée par le tandem est impressionnante. Et pourtant leur solution sonore demeure constamment énergique et vivifiante. Les boucles de guitare et de basse se superposent impeccablement, pendant que les fûts tremblent sous les coups métronomiques de Thomas. Sur cet album rien n’est à jeter. Les riffs ravageurs vous guettent constamment. Les cassures sont plus surprenantes les unes que les autres. Du tracklisting, j’épinglerai tout de même « Rideau Disco » et puis surtout « -12 Newtons », morceau au cours duquel les deux compères sortent leurs tripes avant d’embrayer sur le titre suivant…

Après avoir vécu une année creuse, la scène musicale belge reprend manifestement du poil de la bête. Et Casse Brique en est certainement la plus belle illustration. Mais l’endroit où le combo est le plus performant, c’est sur les planches. Il y casse littéralement la baraque (NDR : oui, je sais le jeu de mots est facile). Sur scène ou plus exactement devant la scène. Car chez Casse Briques les prestations ‘live’ se déroulent au niveau du sol. De quoi créer une ambiance toute particulière. Et puis, si vous souhaitez vérifier mes propos, je vous invite à vous rendre soit au Century Rock de Mouscron ce 24 avril ou encore le 29 avril au café Central à Bruxelles, où ils s’y produiront.

 

Blind Melon

For My Friends

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Si vous êtes trentenaire, avez grandi à l’écoute du phénomène Guns N’Roses ainsi que vécu l’avènement du Grunge (Nirvana, Pearl Jam, Soundgarden,…), Blind Melon constitue pour vous un groupe-phare issu des 90’s. Presque un classique, quoi ! Mais Blind Melon est surtout devenu notoire, pour avoir publié un elpee éponyme en 1992, sur lequel figurait le futur tube « No Rain », une compo dont le clip est devenu culte (NDR : on pouvait y observer une abeille empâtée, exécuter des pas de danse). Un épisode qui leur avait permis d’atteindre le sommet des charts ; et puis surtout d’ouvrir pour des artistes ou des groupes aussi légendaires que Neil Young, The Rolling Stones ou encore Guns N’Roses. Il faut dire que l’ami d’enfance de Shannon Hoon, vocaliste du groupe, n’était autre qu’Axel Rose. Ce dernier l’avait d’ailleurs invité à chanter sur quelques-unes de ses chansons. Véritable OVNI musical, Blind Melon évoluait alors hors des sentiers battus. Son style ? Il le puisait essentiellement dans le rock classique. Et en particulier chez Grateful Dead, Led Zeppelin, le Velvet. Et bien sûr au sein de la scène ‘seattlenesque’ de l’époque. Le tout était souligné par la voix nasillarde, très caractéristique de Shannon Hoon. Malheureusement, la suite des événements va tourner au drame. Shannon est de plus en plus accro à la came. Et en 1995, lors de leur tournée destinée à promouvoir leur deuxième long playing, « Soup » (NDR : pas vraiment une réussite !), il succombe à une overdose. Il était âgé de 28 ans. Cette disparition sonne le glas de l’aventure de Blind Melon, même si quelques disques posthumes, dont « Nico » en 1996, ainsi que quelques compiles, verront le jour au cours de la décennie qui va suivre… De quoi faire marcher le business…

Au cours de cette longue période, les ex-membres du groupe empruntent des chemins différents. Soit en fondant leur propre band, soit en incorporant une formation existante. Mais vraiment rien de transcendant. Treize années plus tard, les musiciens décident de se réunir. Et de recommencer l’aventure. Ils auditionnent toute une série de vocaliste ; et portent finalement leur choix sur l’ex-Rain Fur Rent, Travis Warren. Et la nouvelle mouture de Blind Melon enregistre un troisième album, intitulé « For My Friends ».

On se demandait quand même quel allait être le résultat de ce come-back. Pas trop mal, il faut le reconnaître. Les références rock classiques, sont toujours bien présentes. Pourtant quelques titres (« Sometimes », Tumblin’ Down », « Last Laugh ») recèlent des accents pop davantage ‘beatlenesques’. Quant au timbre de Travis Warren, il campe un hybride entre celui de Shannon Hoon et d’Elliot Smith (NDR : oui, je sais, cette analogie est plutôt morbide…) Ce qui finalement, confère à sa voix une spécificité bien personnelle. Quant à cet opus, il a le mérite d’aller au-delà du revivalisme et mérite donc une certaine attention.

Une chose est sûre, en concoctant « For My Friends », Blind Melon vient de rouvrir un livre dont en pensait l’histoire terminée. Comme quoi, il ne faut jamais jurer de rien. Evidemment, ce n’est pas ce type de musique qui va nous rendre notre jeunesse. Mais puisque Kurt Cobain n’est plus et que Guns N’Roses ferait mieux de plus être, pourquoi Blind Melon ne pourrait-il pas renaître… 

 

Balthazar

Applause

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Décidément, le vivier du rock belge est inépuisable. Notre planète musicale nationale est bien en ébullition. Originaire de Courtrai, Balthazar est né dans le courant de l’année 2004. A cette époque, les membres du combo flamand sont encore teenagers. Et pour cause, ils ont à peine plus de seize printemps. Ce qui ne va pas les empêcher de décrocher le premier prix du concours ‘Humo's Rock Rally’, organisé par KBC. Dans la foulée de ce premier succès, ils enregistrent un Ep et s’associent à Raymond van Het Groenewoud, un musicien flamand notoire dans le Nord du pays. Sans oublier leur première apparition au festival de Dour, lors de l’édition 2007, au cours d’une prestation qui n’est pas passé inaperçue.

En 2010, soit six ans plus tard, la vingtaine tout juste entamée, le groupe change déjà de line up. Exit le batteur et le bassiste d’origine. Place à un quintet : quatre garçons et une fille pour réaliser leur premier album. Maarten Devoldere se réserve le chant et les claviers, Jinte Deprez, la guitare, Patricia Vanneste, le violon et le synthé, Simon Casier, la basse et pour terminer Christophe Claeys, la batterie. Prévu initialement à l’automne 2009, la sortie de l’elpee a été retardée de plusieurs mois. Et finalement, leur premier-né « Applause », vient de tomber dans les bacs.

A l’écoute de cet opus, on peut parler d’heureuse surprise. Balthazar dispense une musique riche, intelligente, tout en fraîcheur, basée sur les rythmes rock, pop rock voire dream pop aux arrangements parfois jazzy. Les 11 morceaux qui peuplent leur elpee sont d’excellente facture et tous très bien ‘construits’. Aucune plage ne semble à la traîne et rivalise d’excellence. On sent poindre des influences issues d’horizons divers ; et notamment puisées chez Arctic Monkeys ou Gorillaz, pour ne citer qu’elles.

Vraiment, ce quintet courtraisien apporte quelque chose de nouveau, de rafraîchissant. A aucun moment, je n’ai eu envie de zapper une plage ou de vite me réfugier sur la suivante. Plein de maturité et de richesse, « Applause » est plus qu’une réussite, c’est un petit sac de 11 pépites que je vous recommande chaudement. En outre, s’ils se produisent pas trop loin de chez vous, levez-vous braves gens et n’hésitez pas à aller les applaudir ; ces « Applause », Balthazar les mérite amplement…

 

Yeasayer

Odd Blood

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En 2007, Yeasayer nous proposait « All Hour Cymbals », un album dont le rock indé teinté de world naviguait manifestement à la limite de l’expérimental. Un œuvre difficile d’accès, balisée par des rythmes africains hypnotiques, qui au fil du sillon, pouvait se révéler lassante. En fait, plusieurs écoutes étaient nécessaires avant de pouvoir appréhender l’univers riche et complexe de cet elpee. 

Trois ans plus tard, la formation new-yorkaise opère son comeback en publiant « Odd Blood », un disque à premier abord plus accessible, mais toujours d’aussi bonne facture. Un opus clairement divisée en 2 parties. Trempés dans la pop, les 5 premiers titres se démarquent radicalement de leurs anciennes productions. Mais le combo a pris soin de préserver cette folie douce, une spécificité qui est en quelque sorte sa marque de fabrique. Conduit par un riff quasi-reggae, hydraté de claviers et traversé de chœurs délirants, « Ambling Alp » constitue un tube potentiel. Et peut-être même le futur hit pour ce début d’année (NDR : après ceux de Two Doors Cinema Club et de Gaëtan Roussel, bien entendu…) Enrichi de chœurs africains, et pigmenté par un étonnant solo de guitare, « Madder Red » est d’une redoutable efficacité. « I Remember » et surtout le tropical et dansant « O.N.E. » identifient deux autres petits hymnes pop. Le second volet d’« Odd Bloods » évolue dans une galaxie sonore plus proche de celle d’« All Hour Cymbals », quoique expurgée de ses divagations inutiles. Un morceau comme « Love Me Girl » lorgne même vers l’univers décalé et extravaguant d’Of Montreal. Une excellente plage couverte de superbes accents world. Du tracklisting, seul le morceau d’entrée, « The Children », fait un peu tâche d’huile. Cette voix trafiquée passe mal la rampe. Elle en devient même, au fil de l’écoute, pénible. Certainement la compo la plus faible de l’elpee.

Sans quoi, toutes les autres plages rivalisent d’excellence. En privilégiant même la concision. Certains fans risquent néanmoins d’être déçus par l’évolution du groupe. Perso, je m’incline en écoutant leur musique à la fois brillante, étrange, riche, barrée et mélodique. Une expression sonore qui s’adresse tant aux jambes qu’à la tête. Et qui parvient à réussir ce challenge à la perfection. Mon premier coup de cœur pour 2010 ! Et puis ce n’est quand même pas un sacrilège de préférer l’opus de cette formation de Brooklyn, à celui d’Animal Collective, paru l’an dernier, dont ils partagent, curieusement, le même secret pour soigner leurs harmonies vocales…

 

The Bloody Beetroots

Born To Be Wild

Écrit par

Depuis 2007, deux hommes masqués sèment la terreur sur les dancefloors du monde entier. En 2009, décidés à prouver à la planète que le paysage musical italien ne se limite pas à des Zucchero, Ramazotti et autres Pausini, The Bloody Beetroots publient « Romborama », un premier album alliant puissance et férocité. Après avoir mis le public du festival I Love Techno sur les genoux en novembre dernier, le duo a réuni une foule de masochistes sous le toit de l’AB pour un concert chaud boulette.

Ce qui est certain, c’est que The Bloody Beetroots attire un public jeune. Très jeune. Début des vacances de Pâques oblige ? Quoiqu’il en soit, le parterre, d’une moyenne d’âge de 17 ans tout au plus, bouillonnait comme jamais. Après quelques bons beats électro dispensés par Highbloo, en première partie, la scène de l’AB est prête à accueillir les terroristes du BPM. Et dès les premières notes de l’intro de « Domino », leur nouveau single, les premiers rangs sont secoués d’un mouvement de foule comparable à celui qu’aurait pu provoquer un Rage Against The Machine (!!!) Impressionnant ! Les petits jeunes, manifestement surexcités, vont, l’espace d’une petite heure, en avoir pour leur argent.

Derrière leurs masques, Bob Cornelius, Tommy Tea et leur batteur doivent certainement étouffer tant l’atmosphère est moite et l’ambiance, survoltée. Tout à leur honneur, The Bloody Beetroots propose un vrai ‘live’. Un contraste rafraîchissant, comparé aux artistes coincés derrière leur laptops. Ici, la gratte en prend pour son grade, les synthés s’affolent et la batterie est à deux doigts de l’implosion. Le climax du set sera atteint lors de l’énorme hymne rave « Warp 1977 » qui, l’espace de 3 minutes à peine, parviendra à retourner l’ensemble de la salle. « Talkin’ In My Sleep », « I love The Bloody Beetroots », « Romborama » et autres « Have Mercy On Us » achèveront brillamment le travail des maestros.

Après en avoir pris plein les oreilles, le constat est irrévocable, The Bloody Beetroots sont, sans aucun doute, les nouveaux Prodigy. Ou, pour être tout à fait précis, les Prodigy des moins de 18 ans. Mais peu importe votre âge, si vous êtes en possession d’un ticket pour Rock Werchter 2010, il s’agira assurément de l’un des concerts du festival à ne rater sous aucun prétexte.

(Organisation : Live Nation)  

Jean-Louis Murat

Un show très électrique

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Jean-Louis Murat est donc allé enregistrer son dernier album à Nashville. Aux studios ‘Ocean Way’. Il a ainsi pu bénéficier du concours de la crème des musiciens de studio locaux. Mais surtout s’immerger dans un climat country/blues/rock, style musical qu’il affectionne tout particulièrement, tout en prenant le soin de préserver sa plume, qu’il plante élégamment dans la poésie française. Sa tournée passait ainsi par le Grand Mix de Tourcoing. Une bonne occasion de voir et surtout d’entendre l’Auvergnat sous un profil très électrique. D’autant plus que pour accomplir ce périple, il a entraîné ses fidèles musicos. C’est-à-dire Fred Jimenez à la basse, Denis Clavaizolle aux claviers et Stephane Reynaud aux drums.

La salle est déjà bien remplie, lorsque la Lilloise Lena Deluxe (NDR : très jolie fille, il faut le souligner !) monte sur les planches. Elle est seule et s’accompagne à la guitare électrique (NDR : elle la troque contre un ukulélé en fin de parcours), a recours à des bandes préenregistrées et se sert d’une multitude de pédales pour essayer de donner du relief à ses compos. Car c’est ici que le bât blesse. Elle explique d’ailleurs qu’en général, elle est soutenue par une drummeuse et un bassiste. Mais sans leur concours, le set est trop linéaire pour pouvoir décoller. Dommage, car elle possède une superbe voix. Sensuelle, presque de sirène. Et puis, elle prend le temps d’expliquer dans la langue de Molière, ce qu’elle chante dans celle de Shakespeare. Des lyrics qui abordent régulièrement le thème de la mort. En fin de parcours, elle recueille des applaudissements nourris. Et c’est amplement mérité…

Une vingtaine de minutes plus tard, le Jean-Louis Murat Band entre à son tour en scène. Jean-Louis s’installe à gauche, de manière à pouvoir déambuler le long de la scène. Allant parfois à la rencontre de ses musiciens, tous placés vers la droite du podium. L’éclairage est sobre. Beaucoup de bleu, du mauve, et surtout de lumière blanchâtre. Et puis toute une série de baladeuses disséminées sur l’estrade. Un peu comme pour recréer un univers urbain. Le set s’ouvre par « Ginette Ramade ». L’intro est déjà psychédélique. A plusieurs reprises, le band va d’ailleurs nous balancer quelques préfaces du style bien senties. Et Jean-Louis s’en donne à cœur joie sur sa six cordes. Tant au vibrato qu’à la distorsion. Manifestement, Neil Young constitue bien une de ses influences majeures. Et lorsque le claviériste commence à rogner ses sonorités, c’est même aux Doors qu’on se met à penser. Le combo embraie par « La mésange bleue ». Superbe mélodie qu’il se met à siffloter, en bout de course. S’ensuivent « Taïga », « Pauline », le plus allègre « 16 heures, qu’est ce que tu fais ? », le mid tempo « Falling in love », les lancinants « Mousse noire » et « Chanter est ma façon d’errer » ainsi que « Taormina », des morceaux qui alimentent une intensité fiévreuse que n’aurait pas renié un groupe issu du Paisley Underground (NDR : pensez à Dream Syndicate et Green On Red). Et puis, il y a la voix de Murat. Belle, profonde, sensuelle (NDR : surtout pour la gent féminine !) Sa présence sur scène est incontestable ; mais sa réserve dresse une sorte de mur face à son public. Un peu comme s’il vivait dans son monde. Une spectatrice lui lance un compliment sur sa prestation. Murat lui répond qu’elle est trop gentille. Elle lui rétorque alors, à raison, un ‘faut l’dire quand t’es bon, hein Jean-Louis !’ Il est apparemment gêné ; et s’il y avait un trou de souris, il s’y serait sans doute caché. Timidité maladive ? Sans doute ! Mais une chose est sûre, elle a raison, l’interlocutrice. Et le public (NDR : constitué essentiellement de personnes de plus de 30 ans) commence enfin à s’en rendre compte. Car effectivement, le set est excellent ! Une audience qui aurait pu, qui aurait dû même s’enflammer bien plus tôt. Un bémol quand même, la densité du son ne permet pas de comprendre distinctement les lyrics. Et parfois, il faut bien tendre l’oreille pour pouvoir en saisir le contenu. Mais Murat y met tellement de passion et de conviction qu’ils finissent par entrer dans les têtes. Des chansons qui traitent toujours autant de l’amour, du désir, de la mort ou de la violence, mais également de l’errance et du plaisir. Probablement autobiographiques. Et l’hypnotique « Yes sir » en est probablement la plus belle illustration. Au fil du concert, on se rend compte du talent de Fred à la basse. Dont les cordes sont capables de dessiner des lignes latines, viscérales, percussives, un peu comme s’il voulait communiquer à l’expression sonore des accents salsa. La prestation s’achève par « Se mettre aux anges ». Un slow dont les lyrics de toute beauté, sont paradoxalement empreints de pudeur et d’érotisme…

En rappel, il entame une nouvelle intro luxuriante, mais réminiscente du Spencer Davies Group (ce clavier !) Le tempo est tribal. Le groove impressionnant. Moment choisi pour nous balancer « Comme un incendie ». Le titre parle de lui-même. Murat a enfin le sourire. Il empoigne ensuite un rack pour y poser son harmonica, dans lequel il y souffle, un peu à la manière de Toots Thielemans, pour interpréter le jazzyfiant « Les voyageurs perdus ». Jean-Louis présente alors ses musiciens (NDR : excellents de bout en bout, il faut le reconnaître) et achève le concert par le ténébreux et douloureux « L’examen de minuit ». Acclamations unanimes et enfin soutenues. Un très bon Murat, ce soir. Il est 23h15. Minuit, ce sera l’heure à laquelle on rejoindra nos pénates…

(Organisation Grand Mix)

Josh Rouse

Voyage, voyage...

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A l’heure où les giboulées de mars se déchaînent sous le ciel belge, un homme débarque. Il a emmené, dans ses valises, une huitième œuvre qui sent bon la mer, le sable, les cocotiers. Pour la dernière étape de sa tournée européenne, Josh Rouse a désigné Bruxelles comme terre d’accueil d’un soir. Il y présente « El Turista », un disque à écouter les yeux fermés.

Cependant, les pérégrinations ibériques de Josh Rouse n’ont manifestement pas convaincu énormément de monde en Belgique. D’abord prévu à l’ABFlex (configuration mi-assise, mi-debout), c’est finalement sur la scène de l’ABBox que l’Espagnol de cœur a dû déposer ses bagages. Dans la salle, un parterre très clairsemé est venu applaudir l’homme qui, comme lors de son dernier passage dans cette même salle, ne s’est pas embarrassé de musiciens additionnels. A l’exception d’un pianiste/guitariste. Rouse et son partenaire ouvrent le bal par « Lemon Tree », extrait de « El Turista », suivi de « The Man Who Doesn’t Knwo How To Smile », un titre interprété à l’origine sur « Subtitulo » en compagnie de sa bien-aimée Paz Suay. Le chanteur, surpris par le silence régnant dans la salle, détend l’atmosphère en balançant quelques plaisanteries bien senties et, surtout, une succession de titres estivaux propice à oublier le temps pourri à l’extérieur.

Ainsi, « I Will Live On Islands » précède les étincelants « Flight Attendant », « Winter In The Hamptons », « Come Back » et « Las Voces ». Le chanteur exhorte d’ailleurs le public, un peu trop timide à son goût, à participer aux chœurs de cette dernière. Il n’en faut pas beaucoup plus pour entendre l’assistance hurler d’une seule voix les ‘ooooh’ et ‘aaaaah’ du refrain dans une bonne humeur contagieuse. Le set, dans son ensemble, est une irrésistible invitation au voyage qui aurait pu, néanmoins, avoir encore plus d’impact si Josh Rouse avait (un peu plus) privilégié ses compositions hispanophones.

Après une courte pause, l’homme et son musicien reviennent pour un très attendu « 1972 » suivi de « It’s The Nighttime ». Un court rappel qui laisse le public, enfin chauffé, sur sa faim. Les deux hommes reviennent donc pour un ultime ‘encore’, au cours duquel ils interprètent, au sein du public et sans micro, le génial « Love Vibration ». Après une bonne heure et demie de soleil dans les oreilles, le retour sous la pluie bruxelloise n’en sera que plus douloureux…

Setlist :

Lemon Tree
The Man Who Doesn’t Know How To Smile
I Will Live On Islands
Sunshine
Las Voces
Sweet Elaine
Winter In The Hamptons

Hollywood Bass Player 
Flight Attendant
Come Back
Sweetie
Summertime

Valencia
Quiet Town
Sad Eyes

1972
It’s The Nighttime

Love Vibration

(Organisation : Ancienne Belgique)

Gonjasufi

A Sufi and a Killer

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A force de marquer les esprits par leurs trouvailles sorties de nulle part, les Anglais du label Warp sont attendus au tournant, chaque fois qu’un de leurs poulains publie un disque. Quand le nom de Gonjasufi a commencé à alimenter certaines rumeurs, on s’en frottait les mains tout en se réservant un poste d’observation stratégique. Plantés au coin d’une rue, on attendait l’arrivée du nouvel olibrius. Mais il nous a de nouveau surpris, en empruntant un autre chemin. Il a quitté son désert iranien (NDR : pas la peine de chercher son lieu de naissance, il ne figure sur aucune carte existante). Et tel un fier et puissant Nabuchodonosor, le chaman Gonjasufi est bien décidé à convertir toutes celles et tout ceux qui voudraient l’approcher. Peu d’informations circulent au sujet de ce Gonjasufi. Un réel mystère qui parvient à amplifier le trouble autour de sa personne et nous renvoie sans cesse à des recherches infructueuses. Qui est cet homme ? De quel pouvoir a-t-il hérité ? A quelle sauce va-t-il nous manger ?

Monté tel un patchwork pop-rock, « A Sufi and a Killer » repose sur la volonté de mixer une quantité styles ‘décoiffants’. Si la pop est ligne maîtresse, le funk, le rock, le blues et le crunk traversent ce fil conducteur de sonorités hallucinantes. Posées bout à bout, ces cellules souches se fragmentent et cristallisent pour profiler les méandres hypnotiques de cette œuvre. Véritablement scotchés aux sons, on se laisse surprendre à descendre la pente, à grandes enjambées, pour remonter une colline l’instant d’après. Jamais à bout de souffle, « A Sufi and a Killer » libère une positivité motivante et salvatrice. Un handicap vient cependant grever l’expression sonore ; et il est de taille : la voix gutturale et particulière du chanteur. Sans cesse larmoyante ou essoufflée, elle communique un profil ténébreux aux compos. Mais ce qui pourrait se traduire en faiblesse, se transforme rapidement en force. Et pour cause, cette situation nous pousse à être beaucoup plus attentifs aux arrangements et aux orchestrations. Bien plus complexe qu’il n’y paraît à première écoute, « A Sufi and a Killer » est un disque audacieux et dérangeant ; mais il touche au sublime…

 

Chris Garneau

El Radio

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A l’instar de « Music For Tourist », le premier recueil de Chris Garneau, « El Radio » aura mis du temps avant de trouver sa place au sein des bacs belges. Mais une fois de plus, l’attente en valait la peine. Le petit prince du folk mélancolique propose treize morceaux écrits durant sa première tournée mondiale. Divisé en quatre parties, une pour chaque saison, « El Radio » est un disque légèrement moins apathique que son prédécesseur. Toujours aussi proche de ses influences (Eliott Smith, Sufjan Stevens…), le Bostonien privilégie cette fois les mélodies légères, vaporeuses.  

Sous-titré ‘April Showers’, le premier quart d’« El Radio » offre une mise en bouche fort théâtrale, portée par une grande envolée symphonique trompeuse (« The Leaving Song »), avant de tenir ses promesses printanières (« Dirty Night Clowns », « Raw and Awake »). S’ensuit une partie estivale (‘Il fait chaud’) dévoilant un Chris Garneau gavé aux antidépresseurs. Un vrai petit miracle comptant les excellents « Hands On the Radio » et « No More Pirates » et se clôturant par un « Fireflies » évoquant distinctement le « Piano Solo » de Gonzales. « Lucioles en re Mineur », l’alter-ego instrumental de ce morceau ne fait qu’amplifier ce sentiment.

La route vers le bonheur semble encore être quelque peu tortueuse pour le jeune homme, comme le dévoile le quart automnal (‘In Autumn’) et hivernal (‘Winter Songs’) du disque. Mais, dans son ensemble, « El Radio » marque les premiers pas de Chris Garneau vers un positivisme qui ne pourrait lui être que salutaire à long terme…

 

Son Of Dave

Shake a bone

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Benjamin Darvill est né à Winnipeg, au Canada. Il est âgé de 43 ans et a choisi pour pseudo Son of Dave (NDR : on suppose qu’il s’agit du fils de Dave). Au cours des 90’s, il a milité chez les Crash Test Dummies. Il s’est établi à Londres, il y a une dizaine d’années. Il affectionne se produire en solitaire, vêtu d’un costard trois pièces ‘années 50’, une cravate très colorée, parfaitement nouée autour du cou, et coiffé d’un couvre-chef en feutre. Il chante, joue de la guitare, des percus (NDR : modestement !) et de l’harmonica, dans lequel il souffle comme un possédé. Il cite d’ailleurs James Cotton et Sonny Boy Williamson 2 comme maîtres. Il signe une bonne partie de son répertoire, même s’il n’hésite pas reprendre, à sa sauce, d'authentiques canons du blues, à l’instar de "Mannish boy", "Rollin' & tumblin'" ou encore "Crossroads". C’est le producteur Alex McGowan qui l’a découvert. Dès leur première rencontre, McGowan l’invite à entrer en studio ; mais il faudra plusieurs mois avant que Benjamin n’accepte la proposition. Son of Dave aligne alors successivement "02" en 2006 et "03", en 2008. Pour votre info, sachez qu’auparavant, il avait déjà sorti un opus intitulé "01". Sans oublier un long playing publié, avant 2002, sous le patronyme de Wild West Show. Manifestement, Darvill ne se creuse pas trop les méninges pour choisir le titre de ses elpees. Et prend sans doute, pour exemple, la discographie du Led Zeppelin.

Pour concocter ce nouvel album, il a traversé l'Atlantique et s'est rendu à Chicago, sous la houlette de Steve Albini. Une œuvre dont le style, né d’un mélange de blues et de pop, est toujours aussi déjanté. "Rock & roll talent show" ouvre la plaque. Les sonorités déversées par l’harmonica sont nerveuses, saccadées, industrielles. Les percus sont assurés par une boîte à rythmes. Puis une voix frémissante, ample, susceptible de pousser des cris indescriptibles, comme si elle émanait d’outre-tombe, entre en scène. Déjà l’intensité est à son paroxysme et on est proche de l’envoûtement. D’ailleurs, on ne  se rend guère compte que nous venons de glisser vers le titre maître. Une compo imprimée sur le rythme du chemin de fer. Le train est lancé à toute vapeur sur les voies ferrées. Il se rend vers l'Ouest lointain. Il règne sur cette plage un climat de transe permanent, proche de la jouissance. Furtivement, une vision de la Louisiane se dessine, lorsque l’harmo emprunte la sonorité improbable d’un accordéon décharné. La fatigue commence à produire ses effets. "She just danced all night" s’insinue lentement et s’enroule tel un serpent autour d’un arbre frêle. La voix devient soudainement proche. Les percussions campent bien sur leur position. La musique à bouche va et vient. Et pénètre votre subconscient de plus en plus profondément. Le timbre vocal est susceptible d’embraser plusieurs octaves. En cours de périple, on imagine débarquer sur une plage de Kingstown. Et pour cause, la rythmique de "Voodoo doll" emprunte un profil quasi reggae. A cet instant, Robert Plant passe pour un vieux sage. Retour au calme lors de l’indolent "Guilty". Une compo séduisante qui baigne intégralement dans le blues. Tant le chant que les petites phrases instrumentales, destinées à entretenir un climat chaleureux. "Revolution town" est une compo fébrile et spasmodique. Dave est véritablement possédé par sa musique. Et on n’est pas au bout de nos surprises, puisque bien que balisé par un harmonica, "Stiletto" concède une véritable mélodie. "You all but stay" est un autre titre lent. Un blues qui a du vécu. Tout au long de cette plage, il démontre qu’il est capable de créativité. Saturé de techno funk blues, "Ain't nothin' but the blues" relève spécifiquement du concept Son of Dave. "The way we roll 'em" clôt cette œuvre. Un morceau qui nous replonge au sein d’une autre époque. Celle angoissante et oppressive, au cours de laquelle les esclaves noirs trimaient dans les champs de coton. Une œuvre fort originale, concoctée par un personnage très énigmatique…

El Gran Fellove

Mango Mangüé

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Les expéditions Vampisoul n’en finissent jamais! Pour la circonstance, le voyage nous entraîne au pays du mojito et des Cohíba. Direction Cuba. La Havane pour être plus précis. Objectif : (re)découvrir les plus grands succès de Francisco Fellove Valdés. Comment ? En savourant cette compile rééditée par le label espagnol.

Né en 1923, ce chanteur/percussionniste constitue un véritable mythe de la musique cubaine. Mais sa notoriété, il l’a construite lors de ses shows. Surnommé ‘El Gran Fellove’, il est parvenu à faire trembler l’île de Castro, en dispensant une solution sonore émoustillante, fruit d’un mélange de mambo, guaracha, cha-cha-cha et autres styles populaires latino. Entraînante, elle est, en outre, régulièrement pimentée d’une forme particulière de scat (improvisation vocale faite d’onomatopées) qu’il a inventée et baptisée ‘chua-chua’.

Ce recueil est intitulé « Mango Mangüé », un titre inspiré d’une chanson originale de Miguelito Valdés, compo qui a été adaptée par de nombreux artistes, dont Tito Puente, Celia Cruz, Charlie Parker, etc., et bien sûr El Gran Fellove ; dont sa première version remonte à une époque où il n’avait encore que 16 ans !

Dès l’ouverture, nous sommes transportés sous le chaud soleil de Cuba. Rythme mambo, bongos virevoltants et accords vibrants de piano plantent immédiatement le décor ambiant. « El Jamaiquino » est incontestablement son plus grand hit. Un hymne crossover de ska/mambo, caractérisé par son condensé de scat et ses percussions éloquentes. Dès les premières notes de ce morceau, on est littéralement atteint par une fièvre irrésistible. Véridique ! L’elpee s’intéresse également à son répertoire écrit à la fin des 50’s et au début 60’s ; un répertoire qui regorge de pépites. Vous connaissez sans doute le Buena Vista Social Club. Et vous appréciez leur musique. Tout comme la salsa et les percus créatives. Alors, ne passez pas à côté d’El Gran Fellove (donc de cet opus, remasterisé, pour la circonstance), vous le regretteriez… Encore une initiative judicieuse du label Vampisoul ! 

The Sojourners

The Sojourners

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The Sojourners, c’est avant tout une communauté chrétienne soucieuse de l’équité sociale. Leur crédo se focalise ainsi sur la foi, la justice et la paix. C'est aussi le nom choisi par un trio de chanteurs noirs qui se sont retrouvés, il y a quelques années à Vancouver, pour y enregistrer, sous la houlette du producteur Jim Byrnes.

Marcus Mosely est originaire de Ralls, un petit village texan. Il a chanté dans l'église locale avant que son talent de vocaliste ne soit reconnu dans le monde entier. Ron Small est né à Chicago, mais il a élu domicile au Canada, il y a plus de 50 ans. Il chante le gospel et s'est forgé une réputation dans les clubs jazz de Toronto. Will Sanders lui, nous vient d'Alexandria, en Louisiane. Toute son existence, il a trempé dans le gospel. Dans le style, c'est un véritable passionné. Après avoir accompli leurs sessions auprès de Byrnes, le trio entre en studio. Nous sommes alors en 2007. Et il y concocte "Hold on", un premier elpee. Un disque qui bénéficie du concours de Steve Dawson à la mise en forme.

Et c’est toujours à ce personnage que le groupe fait appel, pour produire cet opus éponyme. Un Dawson qui se charge, en outre, des parties de guitare. Une équipe de collaborateurs talentueux s’est également impliqué pour soutenir notre trio de vocalistes. Dont Mike Kalanj à l'orgue Hammond B3 ainsi que Geoff Hicks et Keith Lowe pour la section rythmique. Et tout ce beau monde participe à la confection d’un univers sonore au sein duquel se mêlent allègrement gospel, doowop, R&B, soul et blues.

Dès l'ouverture, les trois voix entrent en parfaite communion. Gospels, mais fortement teintées de R&B, elles sont balisées par l'orgue Hammond chaleureux, pendant que Dawson apporte une touche contemporaine à ce "Nobody can turn me around". Les cordes cristallines soulignent parfaitement les chœurs, tout au long de "Brother Moses smote the water". Pas étonnant que nos Sojourners citent comme influences, le Golden Gate Quartet, Edwin Hawkins, les Five Blind Boys from Alabama et les Staple Singers. La guitare électrique de Steve occupe une place importante au sein de cette fresque sonore guidée par la passion. Bien en avant, la slide affronte les trois voix sur un "Great day" bien participatif. Le timbre pur de Will Sanders illumine "Another soldier gone" et "When I die", deux douces ballades aux accents country. Cette couleur country est davantage prononcée sur "It's hard to stumble", une plage enrichie par la présence d'une guitare National aux accents métalliques et d'une pedal steel. "Strange man" est imprimé sur un rythme plus rapide, un blues pur et dur, guidé par la voix de Marcus Mosely et vivifié par l'orgue Hammond de Kalanj, en effervescence. Ron Small possède lui aussi un organe remarquable. Son intervention a capella, sur l’intro de "Lead me guide me", est vraiment bouleversante. Dawson communique des accents rock à la cover très réussie du "The neighborhood" de Los Lobos. Caractérisée par de solides échanges entre la slide et le piano électrique, cette chanson constitue un vibrant plaidoyer en faveur des droits civiques et de la justice sociale. Autre reprise : le "Death don't have no mercy" du Reverend Gary Davis. Une version particulièrement réussie, épatante, dominée par le banjo et la lap steel guitare hawaïenne (NDR : à vous flanquer des frissons partout) de Steve Dawson. Dans le style, c’est un excellent album !

 

The Rodeo

Music Maelström

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Afin d’illustrer son aventure musicale, Dorothée Hannequin a choisi un pseudonyme particulièrement judicieux : The Rodeo. Et pour cause, elle évite d’abord ainsi la comparaison facile avec la célèbre copine de Corbier et Jacky. Et puis et surtout, il s’agit d’une anagramme parfait de son prénom. Enfin, il colle parfaitement à sa musique, lorgnant continuellement vers l’Ouest américain ! Sa carrière musicale a d’ailleurs été lancée lors d’une soirée ‘open mic’ à l’Hôtel Utah (d’où le titre de son premier Ep), à San Francisco, au cours de laquelle elle s’était mise en évidence.

« Music Maelström » constitue le premier elpee de cette jeune française qui a beaucoup voyagé aux States. Elle en est d’ailleurs revenue la tête remplie d’images de western. Un disque produit par le Texan Stuart Sikes, personnage déjà responsable de méfaits de qualité commis en compagnie de The Walkmen ou Cat Power. Un opus découpé en morceaux pop/folk fragiles, émouvants, empreints d’une grande sincérité. Pas question d’exercices de style, dont s’étaient rendues coupables les sœurs de First Aid Kit, récemment. Elle pose sa voix profonde, légère, sur une instrumentation intimiste : accords de guitare le plus souvent acoustiques, percus discrètes, un zeste de flûte, d’ukulélé ou de xylophone ainsi que quelques maracas… Belle preuve de confiance en soi, elle a réservé les meilleures compos de « Music Maelström », en fin de parcours. Une manière audacieuse, mais intelligente, d’éviter l’essoufflement sur la longueur. Et je pense tout particulièrement au superbe « High Resolution World », une plage intense et déstructurée, au très mélodieux « Hand Shadow » ainsi qu’au bouleversant « I’m Gonna Leave You ». Cette Française qui rêvait de devenir Américaine a donc réussi sa tentative de réappropriation de la culture musicale yankee, tout en s’érigeant un univers personnel ; et ce malgré quelques passages à vide, à l’instar des trop scolaires « In The Radio » et « Little Soldier ».

En Europe, la Suède n’est donc officiellement plus la seule nation qui rêve du pays de l’oncle Sam. Les frenchies s’émancipent et concrétisent leurs ambitions avec talent. De très bonne qualité, ce cocktail de country, de folk et de pop devrait même se savourer dans le premier ‘saloon-PMU’ du coin !

D’après le MySpace de l’artiste, The Rodeo se produira dans le cadre des Nuits Botanique ce 14 mai. Mais pas de trace de sa présence, pour l’instant, sur le site du Bota…

Laberinto

Mask Of A Thousand Faces

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Au début des années 90, le métal cherchait à se renouveler en mariant les genres. La fusion était partout. On mixait tout et n’importe quoi. Funk, Rap, Jazz, World Music tout passait à la moulinette métallique.

L’Amérique latine, comme le reste du monde, n’était pas épargnée. En 1989, à Caracas au Venezuela, quelques solides gaillards se prennent au jeu. Ils décident d’injecter massivement des percussions traditionnelles afro-américaines, à un cocktail de métal lourd et de hardcore. Ils choisissent pour patronyme Laberinto (Labyrinthe en espagnol) et, dans la foulée, baptisent leur création artistique de ‘Metalatino’. Dès 1992, le groupe s’expatrie et s’installe à Amsterdam, bien décidé à faire découvrir son style multiculturel révolutionnaire aux Européens. De son pied-à-terre batave, Laberinto édite album sur album : “Laberinto" (1995), "Priority" (1996), "Freakeao" (1998), “Laberinto Live" (2000), "Another Style” (2000), “Decada" (2003) et “The World Might Suck – Laberinto Featuring Osdorp Posse” (2008). Les Vénézuéliens se forgent aussi une sérieuse réputation scénique en tournant aux quatre coins du monde.

En  2010, Abel Canizales (Guitare), Marco Toro (Batterie & Percussion), Gregorio (Basse) et Miguel Padron (Percussion) durcissent le ton et recrutent un frontman  hollandais charismatique et burné répondant au nom de Ronny Tuinman. Cette évolution vers un style plus extrême est plutôt judicieuse ; et pour cause, leur nouvel opus, « Mask Of A Thousand Faces », devient l’album ultime du métal ethnique : furieux et exotique à la fois. Une basse qui slappe autant qu’elle groove, d’énormes riffs de guitare, des percussions tribales, des soli à faire pâlir n’importe quel adepte du shredding et une voix hurlée, à la limite du métal et du hardcore. L’appellation ‘Metalatino’ semble soudainement bien réductrice : ‘Samba Post-Thrash’, ‘Funk Metal Extrême’, ‘Metal Urbano-tribal’, ‘Carnavalcore’ tous ces termes correspondraient mieux au Laberinto millésimé 2010. On pense bien sur à Sepultura, à Soulfly pour le côté métal moderne, extrême et tribal, mais aussi aux Parisiens d’Abinaya pour les percussions savamment intégrées. Laberinto y ajoute ses influences typiquement latino, mais aussi du funk, du groove et du feeling, le tout servi par une technique remarquable.

Laberinto vient de livrer sa meilleure réalisation en vingt-et-une année d’existence. Un voyage ultime entre modernité urbaine et tradition tribale. Ne passez pas à côté de cette plaque !

 

Kazumasa Hashimoto

Strangeness

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Kazumasa Hashimoto n’en est pas à son coup d’essai. Déjà responsable d’une discographie comptant 5 éléments (4 LPs et 1 B.O.), le Japonais propose un cinquième recueil studio d’une qualité inattendue. « Strangeness » est le type même de disque dont la sortie (trop) discrète constitue un véritable gâchis pour l’auteur. Il ne faut être pas forcément familier à l’univers d’Hashimoto pour deviner, dès la première écoute, que l’homme a de la suite dans les idées.

« Strangeness » unit très subtilement une pop bucolique à des arrangements post-classiques. Et pour la première fois de sa carrière, le maestro introduit des parties chantées au sein de ses compositions. Gutevolk, artiste relativement inconnue dans nos contrées, accompagne au micro son compatriote. La combinaison des douces vocalises de Hirono Nishiyama (NDR : le vrai nom de Gutevolk) et de la touche éthérée des arrangements d’Hashimoto confère à l’ensemble une fascinante atmosphère séraphique.

Un seul reproche est à adresser à ce « Strangeness ». Le disque se clôture sur le titre-maître, une plage instrumentale de plus de 20 minutes qui, sans être tout à fait lassante, aurait gagné à n’en compter que la moitié. Mais peut-être est-ce là la manifestation d’un esprit nébuleux préférant l’abondance des idées au confinement pur et simple de l’imagination… Vivement conseillé.