La nation fantôme de The Besnard Lakes…

Le septième opus de Besnard Lakes, « The Besnard Lakes Are the Ghost Nation », paraîtra ce 10 octobre, confirmant ainsi son statut de l'un des groupes les plus constants de ces 20 dernières années, dont la vision et la qualité sont difficilement égalables…

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Cephas & Wiggins

Shoulder to shoulder

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John Cephas et Phil Wiggins sont des spécialistes du Piedmont Blues, un style proche du ragtime institué sur la Côté Est des Etats-Unis. Joué en picking, il est caractérisé par une attaque très particulière des cordes, le pouce se chargeant de la rythmique, et les autres doigts de la mélodie. Rev Gary Davis, Blind Willie McTell, Bling Boy Fuller, Blind Blake, Pink Anderson et Barbecue Bob en sont les plus illustres représentants. John et Phil se sont rencontrés en 1977, lors du Smithsonian Folklife Festival de Washington, DC. Rejoints par le pianiste Big Chief Ellis, ils fondent Barrelhouse Rockers. Nonobstant le décès du Big Chief, ils décident de continuer l’aventure en duo. Objectif : mettre en valeur le contenu historique et culturel de leur musique. ‘Bowling Green’ John Cephas est guitariste. Agé de 76 ans, il est originaire de Washington. Phil Wiggins, harmoniciste. Egalement issu de la capitale fédérale, il n’a que 52 balais. Il reconnaît pour influences majeures Sonny Terry, Sonny Boy Williamson I et Big Walter Horton. Si on tient compte de "Together in Las Vegas", uniquement téléchargeable via leur site web, "Shoulder to shoulder" consitue leur dixième opus. Leurs trois derniers elpees étaient déjà parus sur le label Alligator : "Cool down" en 96, "Homemade" en 99 et "Somebody tell the truth" en 2002.

Dignes successeurs de Sonny Terry et Brownie McGhee, Cephas et Wiggins nous proposent tout au long de cet "Epaule contre épaule", un country blues traditionnel habillé de sophistication urbaine. Un disque partagé entre compos personnelles et reprises de chansons traditionnelles. "Ain't seen my baby" ouvre le feu. Un fragment vivace au cours duquel John chante et gratte les cordes de son instrument pendant que le prodigieux Phil envahit le reste de l’espace sonore, à l’aide de son harmonica bien disert. Petit bijou, "I did do right" semble sortir tout droit de Chicago. A cause de la présence du piano d’Ann Rabson des Uppity Blues Women, dont le jeu est manifestement inspiré par le grand Big Maceo Merriweather. Wiggins s’y révèle à nouveau sublime. Le chant de John est bouleversant sur le blues traditionnel "Catfish blues". Ce classique du Mississippi avait été d’abord enregistré par Robert Petway. Mais c’est la version de Skip James qui a été choisie. L’adaptation du "Suzie Q" de Sonny Boy Williamson I est détonante, dynamique. Le concours d’Ann Rabson y est encore pour quelque chose, car elle transforme tout ce qu’elle touche en boogie woogie. Ann est toujours aux ivoires pour aborder deux classiques. Tout d’abord le "Dirt road" de Charley Patton. Et ensuite le "Broke and hungry" de Sleepy John Estes, une plage au cours de laquelle elle sort de nouveau le grand jeu. "Three ball blues" marque un retour au Piedmont blues. John chante seul ce morceau signé Blind Boy Fuller en s’accompagnant à la guitare. Il passe à la formule du duo pour interpréter "Brother, can you spire a dime?". Et à celle du quartet sur "I won't be down" et "Seattle rainy day blues", Ann Rabson se réservant le piano et Andrew Volpe la basse. Cet album d’excellente facture s’achève par "The blues three ways", une longue plage immortalisée ‘live’, le 7 mars dernier, au Democratic Club de Washington. Pour la circonstance, le line up avait bénéficié du concours de Daryl Davis, un pianiste noir réputé pour son boogie woogie (NDR : il a notamment côtoyé Chuck Berry, Elvis Presley et les Coasters). Et sa collaboration s’inscrit parfaitement dans le contexte émotionnel qui émane des musiciens, sur les planches. En outre, Phil Wiggins y est à nouveau bouleversant. Un très bon album!

Beirut

Gulag Orkestar

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Le tour de l’Europe en 37 minutes. Point de départ, les Balkans. Les écouteurs sur les oreilles comme seul bagage, on se laisse aller à errer sur des terres inconnues et pourtant si familières. La chaleur de l’accueil des autochtones suffit à réchauffer les cœurs. Et à sécher des larmes inopinées, exacerbées par la froideur de l’atmosphère. 33 minutes. L’Europe centrale, déjà. Non pas cette triste et morne Europe. Une autre, plus insolite, dont les traits sont esquissés par l’imagination d’un jeune prodige. 19 minutes. Retour aux Balkans. L’époustouflante beauté de ces contrées devient presque insupportable. Tant de choses à découvrir en si peu de temps… 8 minutes. La virée touche presque à sa fin. Une torture. Encore quelques photographies mentales avant que tout ne disparaisse. 1 minute. Le souffle coupé, on se prépare pour un atterrissage qui risque de s’avérer brutal. Fin du voyage. Le choc du retour à la réalité est trop douloureux. Les yeux fermés, on appuie à nouveau sur la touche play. Décollage instantané.

Si vous remarquez Beirut/Beyrouth sur une carte de Brooklyn, ne vous inquiétez pas, ce n’est pas un rêve. Zach Condon, petit prodige américain de 20 ans à peine s’offre sur « Gulag Orkestar » un indéniable coup d’éclat (d’état ?). Carte postale universelle, son premier essai très largement inspiré de l’univers de Kusturika et des orchestres balkaniques, s’inscrit comme l’une des plus belles réussites musicales de l’année. Plus qu’un chef d’œuvre, une pure merveille.

Line Adam & Quatuor Thaïs

Sculptures

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Huit juillet 2006. Dans le ciel, le soleil culmine, inondant de ses rayons les rives de l’Ourthe. Sous une chaleur torride, presque tropicale, 12 sculpteurs internationaux s’apprêtent à donner le coup d’envoi du Symposium de sculpture monumentale de Comblain-au-Pont. En parallèle, un autre évènement ouvre ses portes au public : le Festival Confluences, dédié à des artistes issus du monde du jazz, de la musique du monde, des musiques classique et contemporaine. La création, l’ouverture et l’improvisation demeurent les trois axes directeurs de ce nouveau festival, fruit d’un dialogue permanent entre musique, sculpture et poésie. A l’affiche, figurent 6 concerts, dont une création mondiale : « Sculptures », 12 œuvres originales écrites par Line Adam. Tour à tour classique, audacieux, impétueux ou nostalgique, son univers musical brode une œuvre totale. En sa compagnie, le Quatuor Thaïs se fait caisse de résonance de ses musiques intérieures. Violons, violoncelle, flûte traversière et piano s’entrecroisent ainsi au gré de ces fascinantes « Sculptures ». A découvrir.

Zoe

Make it Burning

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Zoe ! Un nom pas tout à fait inconnu au sein du petit monde du metal en Belgique. Le groupe français a réussi avec panache la périlleuse mission d’ouvrir le dernier Schwung Festival… et donc de partager une affiche sur laquelle figurait Status Quo, Ted Nugent et autres pointures du hard rock international. « Make it Burning », premier opus des Dunkerquois, est une authentique surprise. Il s’inscrit dans le registre heavy/stoner rock qui déboîte sévère en libérant une véritable avalanche de riffs imparables et plombés. L’énergie dévastatrice libérée évoque Fu Manchu, Motorhead, Queens of the Stone Age ou encore Five Horses Johnson, et on imagine aisément Zoë flirter avec nos gloires nationales Cowboys and Aliens et Southern Voodoo. Le groove électrisant de « Think today », les décharges atomiques procurées par « Make it Burning », « Free born Man » ou « Coming Down », devraient mettre à genoux tous les amateurs de stoner, Américains compris. D’une densité hors norme, la plaque, deviendra à coup sûr un classique du rock qui suinte l’huile de moteur et sent le bourbon. Zoë a accouché d’un album irrésistible. Ne passez pas à côté de l’aubaine !

The Watchman

High acres

Écrit par

Ad van Meurs a emprunté le sobriquet de ‘The Watchman’ lors de son passage au RockFest de Prague. En 1988. Spécialisé dans la roots music (NDR : il préfère le terme rhythm & folk contemporain) ce singer songwriter a commis un opus éponyme en 1991, alors qu'il tournait aux Etats-Unis. Des sessions d’enregistrement que le Néerlandais a opérées à New York et au Texas. Il monte le Watchman Band en 1992 et embraie par un second elpee : "Narcisse". Il se produit alors inlassablement en Europe et aux States où il concocte "Peaceful artillery". En 1994. Disque qui sera suivi par "Broken lock & rhyme" en 96 et "Flight over life" en 97. Sa vie musicale est ainsi partagée entre longs périples et sessions d’enregistrements, qu’il ponctue par la sortie d’un album annuel. Pourtant son dernier long playing remonte déjà à 2004, "Weep on, willow". Une œuvre de blues léger!

Ad a composé l’intégralité des textes et toute la musique de cet elpee. Les prises de son, le mixing et la production ont été assurées par son épouse et compatriote, Ankie Keultjes. Il a bien sûr reçu le concours de ses musiciens : Stephan Jankowski aux guitares, Théo Wijdeven à la basse et Eric van der Lest aux drums ; ainsi que de quelques amis invités. Des guitares bien séduisantes ouvrent "Eagle lander", un instrumental caractérisé par la pureté de la ligne mélodique et la complémentarité entre le dobro de Van Meurs et la guitare acoustique de Stephan! Le titre maître nous entraîne au cœur de l'ambiance glauque des vieux ports, un climat que n'aurait pas renié notre Arno national ; mais pour la circonstance, les voix d'Ad et de sa tendre Ankie se conjuguent en douceur, face à l’incontournable accordéon de Pim Kops et le piano de Gerard de Graaf. Jankowski est un gratteur extrêmement compétent. Il souligne le vocal d’Ad, tout au long de "The ring", de sa guitare espagnole, sur un ton de jazz suranné. "Dumbo" baigne au sein d’une même atmosphère hispanique mais allègre. L’aspect festif est entretenu par les percussions et la guitare électrique de Gene Williams. Sa "doobie guitar" répète à l'infini le motif rythmique cher aux Doobie Brothers ; cependant, la palme revient à Stephan, qui laisse éclater sa classe naturelle aux côtés du djembé d'Osama Mileegi! Empreinte de romantisme et de tristesse, "Autumn blues" mêle folk, blues et jazz. Une plage limpide parcourue par la guitare étincelante de Jankowski. Quand une recette marche, pourquoi s’en priver ? "The river" recourt ainsi aux mêmes ingrédients : la corrélation entre cordes acoustiques, dobro et les percussions d'Osama. Ankie Keultjes interprète "Sleepless in Ostend" d’un timbre suave et romantique, une chanson subtilement traversée par les riffs du sax baryton de Menno Romers qui sonnent comme la sirène d'un vieux ferry quittant le port flamand. Bien posée, la voix grave de Watchman berce "The big ocean" dans la douceur du folk, pendant que la guitare de Stephan emprunte les accents d'une mandoline. Savant dosage de folk, de chansons et de roots, ce nouvel album du Watchman s’avère, ma foi, fort agréable à écouter…

 

 

 

Winnebago Deal

Flight of the Raven

Écrit par

Winnebago Deal n’est pas un néophyte sur la scène stoner underground. Formé par le tandem Ben Perrier et Ben Thomas, il écume les clubs d’Oxford depuis 1999, tout en revendiquant son adhésion à une forme de hard rock réputée pour son esthétique nouvelle. Sur le plan musical, le groupe doit autant à Black Flag qu’à Kyuss ou Turbo Negro. Des influences évidentes dès les premiers balbutiements du combo qui gagne la confiance d’un plus large public en assurant les premières parties de Fugazi, des Dwarves et de High on Fire. Proclamé meilleur espoir anglais par le magazine Kerrang, en 2003, le groupe signe un contrat chez Double Dragon Music et commet son premier elpee en septembre 2004. C’est lors de la tournée accomplie en compagnie de leurs amis de Mondo Generator qu’un véritable engouement des médias spécialisés et de la presse underground va se déclencher. Produit par Jack Endino, le « Monsieur Bleach » de Nirvana, « Flight of the Raven » est le prolongement logique de l’album « Dead Gone », soit le fruit des amours entre un Queens of the Stone Age sous acide et un Black Flag encore boutonneux. Agréable, mais pas indispensable.

Ubi Maior

Nostos

Écrit par

Nouveau venu sur la scène prog italienne, Ubi Maior n'est pourtant pas constitué de débutants. Il réunit des musiciens au background particulièrement varié, allant du blues au métal. Seul le clavier Gabriele Manzini est familier du milieu. Il a été membre du groupe 'The Watch', véritable clone italien de Genesis dont les cellules souche ont été prélevées entre 'Trespass' et 'Selling…'. Heureusement, rien de tout cela ici. Ubi Maior propose certes un prog italien typé seventies, mais se positionne d'emblée parmi les plus personnels et les plus intéressants. Le chanteur Mario Moi, archétype de la 'voix' italienne, est plus sobre que la plupart de ses collègues de la botte. Même s'il intervient souvent, son chant n'en devient jamais lassant. Toutes les plages sont abouties et affichent leur identité. Est-ce parce qu'elles s'attachent plus à des sensations et des états d'âme qu'à des récits? Elles sont en tout cas plus contrastées, plus profondes et plus versatiles que la moyenne. Les passages à la légèreté toute italienne sont contrebalancés par d'autres plus tourmentés ou violents. La douceur et la délicatesse méditerranéennes souffrent alors de quelque intempérie nordique. Les musiciens, au jeu très varié, sont irréprochables. Mention spéciale pour la belle complémentarité claviers/guitares. La production est sobre mais sans faille. Le tout est emballé dans une superbe pochette. Des débuts vraiment prometteurs.

Todd

Comes to Your House

« Play Loud » : le genre de sacerdoce rock’n’roll qui fait toujours du bien à lire, à l’heure où la musique ne doit surtout pas déranger, surtout en plein souper (la pochette). Pourtant, écouter Todd remplace au mieux le digestif après le dessert : plus besoin de déboucler posément sa ceinture, mieux vaut tout de suite sortir de table et aller pogoter dans le jardin, en piétinant les jonquilles et bastonnant les poules. Parce qu’écouter « Comes to Your House » de Todd, c’est comme revenir à l’état primal de l’espèce humaine : celui d’avant la parole (le chant, éructé), d’avant les politesses (les textes, sombres), d’avant la contrition (on se lâche, bordel). La civilisation ? On se pose la question. L’hygiène, la pureté, la sagesse ? « Amenez-moi un homme sain d’esprit et je vous le guérirai » (C.G. Jung). Une bonne cure de « Comes to Your House » devrait largement faire l’affaire. A taaable !

Sufjan Stevens

The Avalanche

Écrit par

Sufjan Stevens sait raconter des histoires. Souvent autobiographiques, elles n’en sont que plus belles. Touchantes. Pourtant, évoquer Sufjan Stevens devient douloureux. La starification du garçon provoque, chez nous, une foule sentimentale sans précèdent. Avouons-le : on aurait apprécié que Sufjan demeure notre secret le mieux gardé. Mais on le savait trop beau, trop doué pour s’arrêter au bord d’un lac après un « Seven Swans » (2004) rédempteur. Un an plus tard, ce banjo illuminé, ces accords acoustiques et cette voix d’ange devaient pousser les curieux à venir humer « Illinoise ». Fin du secret. Terminé. L’album de la consécration aiguillait Stevens en direction du panthéon des singers-songwriters. Ses chansons, d’une beauté désarmante, venaient remplacer Elliot Smith dans les cœurs transpercés des fans et mettaient en avant un artiste illuminé, capable de chanter la grande Amérique par le prisme d’une humanité confondante.

Suite à ce succès (inespéré ?), Sufjan Stevens laisse aujourd’hui tomber « The Avalanche », chutes sonores abandonnées lors de la confection d’« Illinoise ». Certes, on pourrait crier au scandale, affirmer que notre meilleur copain tire sur une corde commerciale bien tendue. Rien de tout cela. Cette Avalanche de chansons constitue la preuve irréfragable du talent inébranlable de Sufjan Stevens. Cet homme est un héros. Et on l’aime. Pour ces qualités et ses (petits) défauts. Oui, Stevens est faillible. Pourquoi s’obstine-t-il à livrer trois versions alternatives de « Chicago » lorsque la version enregistrée sur « Illinoise » demeure inégalable ? Pourquoi persévère-t-il à signer des albums marathoniens (près de 80 minutes au compteur) ? Toutes ces questions trouvent certainement réponses dans l’esprit éclairé de Stevens. Nous, on reste là. A écouter ces merveilleux débris. Magnifique carcasse sonore pour laquelle de nombreux artistes se battraient toute une vie. Insolent, Sufjan Stevens leur balance ses magnifiques déchets. On en connaît qui vont encore faire les poubelles...

Rainer Ptacek

The best of – 17 miracles

Écrit par

Rainer Ptacek est né en 1951. En Allemagne de l'Est. Il n'a que 6 ans lorsque sa famille s'installe aux Etats-Unis. Au cours des années 70, il se fixe définitivement à Tucson, dans l'Arizona. Déjà, il est passionné de musique et de blues en particulier. Guitariste, il se spécialise avec bonheur dans le domaine de la slide. Qu’il exerce au sein de groupes électriques : son trio Das Combo ou encore Giant Worm. Mais c'est surtout en solitaire que Rainer démontre toute l’étendue de son talent. Que ce soit armé de son dobro ou de sa National steel, il se révèle éblouissant. Son répertoire est partagé entre ses propres compositions et reprises, notamment de son bluesman favori : JB Lenoir. Malheureusement, Rainer n'est plus de ce monde. Il nous a quittés en novembre 1997, victime d'une tumeur au cerveau. Il n'avait que 46 ans. Le label allemand Glitterhouse a réédité toute sa discographie. Tout d'abord, celle qu’il a commise chez Das Combo. Et notamment "Barefoot rock with", un elpee paru à l'origine en 1986, et produit par son ami Howe Gelb, le leader de Giant Sand. Ainsi que "The Texas tapes". En 1993. Pour la circonstance, il avait reçu le concours de musiciens de ZZ Top. Sous son patronyme, ensuite : "Worried spirits" et "Nocturnes". Sans oublier la trilogie éditée à titre posthume : "Alpaca lips", "Live at the Performance Center" et "The farm", concoctée quelques mois avant sa mort. Son label vient donc d’avoir l’idée lumineuse de lui consacrer ce "Best of", un recueil qui réunit des plages issues de ses albums commis en solitaire, enrichi de deux inédits, en fin de parcours.

"17 miracles" est partagé, vous vous en doutez, en 17 morceaux! Peu de titres issus de ses opus antérieurs. Un seul de son tout premier, en compagnie de Rainer and Das Combo : le merveilleux et très électrique "Life is fine". Une compo dont l’intensité rappelle étrangement le meilleur de Neil Young, lorsqu’il est flanqué de son Crazy Horse. Donc lorsqu’il est le plus déjanté et le plus viscéral. Deux fragments relèvent de son premier elpee solo, "Worried spirits" : "Losing ground" (NDR : très inspiré du country blues) et "River of real time". Opus instrumental, "Nocturnes" a été réalisé au sein d’une chapelle perdue dans le désert. Le choix s’est porté sur "Within you without you", une plage à la beauté immaculée empreinte d’une extrême fragilité. Cinq fragments ont été extraits d'Alpaca lips". Et notamment "Rudy with a flashlight", la plage d'ouverture caractérisée par la sonorité étrange, limpide du dobro ; "The good book" une compo dont il émane un certain mysticisme des cordes, et que balaie discrètement une section rythmique veloutée ; ou encore un "Rude world" parcouru de vibrations surréalistes. Quatre morceaux du "Live", immortalisé en juin 1997 lors d’une prestation en solitaire, figurent sur cette plaque. Dont le très intimiste "One man crusade", "The farm", illuminé par un vocal bouleversant ; et puis surtout "One wrong turn", une chanson tellement proche du blues simple et pur du prestigieux Ry Cooder. Deux titres relèvent de "The farm" : "Junkpile", dont la fusion entre acoustique et cordes amplifiées suscitent une sensation de mal être, et le paisible "Oasis". Reste donc les deux inédits. Tout d’abord "Love buys love". Interprété sous une formule électrique, il est investi par une mélodie quasi pop et sublimé par ce merveilleux timbre d'archange. Et enfin, "Miss the Mississippi" qui achève la plaque. Une chanson raffinée par un piano léger, les cordes et cette voix divine. Et pour que votre information soit complète, sachez que Patti Keating, son épouse, a rédigé les notes de pochette. Son objectif : essayer de maintenir vivant, le souvenir de Rainer.

Charlie Musselwhite

Delta hardware

Écrit par

Charlie Musselwhite est né en 1944 à Kosciusko, dans le Mississippi. Cette légende vivante du blues est un des rares musiciens blancs à jouir d’une reconnaissance incontestable au sein de la communauté artistique de couleur noire. Son parcours y est sans doute pour quelque chose. En effet, à l’instar des bluesmen les plus célèbres, il a émigré vers les villes du nord. Il s’est ainsi arrêté à Memphis. Suffisamment longtemps pour hériter du surnom de Memphis Charlie. Il emprunte ensuite la Highway 51 pour se rendre à Chicago. Il y fréquente très vite le Southside ; quartier si dense en blues urbain qu’il en devient, tout comme Paul Butterfield et Mike Bloomfield, un des artisans du renouveau du blues. Il part ensuite vers la côte Ouest. A San Francisco, très exactement, la capitale de la contre-culture. Il vit toujours aujourd'hui en Californie. Il a commis une quantité impressionnante d'albums. Son premier, "Stand back", remonte ainsi à 1967! Au cours de son existence, il a traversé des moments difficiles. Notamment à cause de sa dépendance à l’alcool. Un démon qu’il est finalement parvenu à vaincre, il y a quand même bien longtemps. Il bénéficie aujourd'hui d'une notoriété exemplaire. Musicien d’exception, Charlie est un homme attachant qui se remet sans cesse en question. Tous ses derniers albums sont, en effet, fort différents! Sa moisson de nominations est impressionnante. Et tout particulièrement les WC Handy Awards. Il vient d’ailleurs de décrocher son19ème prix comme meilleur harmoniciste blues pour l’année 2006!

Lors de l’enregistrement de "Delta hardware", il a reçu le concours de sa toute jeune équipe de scène : le prodigieux guitariste norvégien Chris "Kid" Andersen, le bassiste Randy Bermudes basse et le drummer June Core. L'inspiration de Charlie nous propulse dans le Delta du Mississippi ; et tout naturellement du côté d'Oxford, dans les collines, là où se forge le son Fat Possum. Cependant, sa muse principale demeure le Chicago blues urbain. Et pour la circonstance, il est fort électrique. Charlie semble avoir opéré un retour dans le passé. A l'époque de ses débuts discographiques. Dans les années 60. Largement amplifié, son rock est largement teinté de tonalités rock. Faut dire qu’il dispose de musiciens rêvés pour y parvenir : une section rythmique sans faille et surtout un guitariste qui peut tout se permettre. Et toujours avec le même bonheur. Kid Andersen peut ainsi s’attaquer, sans jamais faiblir, au west coast jump en compagnie du maître du genre, Junior Watson. Ou encore se frotter au blues conventionnel. Quelle que soit la nature de la solution sonore, pourvu qu’elle soit blues, il se sent comme un poisson dans l'eau. Et en sa présence, le vieux Charlie brille de mille feux!

"Church is out" ouvre l’opus. Andersen plaque sèchement des riffs sur la guitare. L’entrée en matière est très rock, surprenante, mais très bien construite. La voix de Charlie occupe le devant de la scène ; mais son harmonica ne tarde pas à décoller pour atteindre, déjà, le sommet de son art. La slide du Kid se révèle très primaire tout au long du "One of these mornings" de Little Walter. Elle fixe cependant la ligne de conduite. Nous ne sommes guère loin des sonorités austères issues des juke joints poussiéreux du Mississippi. June Core imprime son tempo sur le rythme du chemin de fer. Blues bien amplifié, "Sundown" me rappelle "Rock me baby". Les musiciens libèrent un groove puissant qui a le don d'allumer l'harmonica du patron. "Black water" est un cri de désespoir et de colère face à l'étendue des dégâts causé par l'ouragan Katrina à la Nouvelle Orléans. Mais c'est surtout un discours de révolte dénonçant l'inaptitude des autorités politiques lors de ce désastre. Une atmosphère lourde envahit cette plage. Andersen accomplit une sortie brillante en reverb. Cette technique avait fait la renommée de Peter Green, à sa grande époque. Plus près de nous, Ronnie Earl l’avait adoptée. Charlie se met alors à souffler dans son harmonica comme lui seul sait le faire. L’émotion est à peine contenue, la douleur permanente. "Invisible ones" remet les mêmes questions sur le tapis! Confrontées aux percussions de June, les cordes balancent de petits riffs acérés pour marquer l'empreinte du boogie sur "Clarksdale boogie". Charlie chante cette plage de son timbre monocorde tout en répondant à ses propres vocaux de son instrument à bouche, pendant que Kid emprunte de petites phrases à feu John Lee Hooker, l’ami fidèle de Musselwhite! Pour la circonstance - et ce sera la seule entorse - il a recours aux samplers et aux loops pour accentuer le climat hypnotique entretenu par la section rythmique. En outre, des voix ‘live’ sont extraites du Red's Juke Joint de Clarksdale. Charlie attaque alors "Just a feeling", un classique écrit par Little Walter. Mais on reconnaît à peine sa version. Semblable à une manifestation de fureur, cette musique ressemble étrangement à celle du Cream, 40 ans plus tôt. Un peu comme si Charlie se mettait à souffler aux côtés d'un Clapton encore juvénile. Quoique très dynamique, sa reprise du "Gone too long" de Billy Boy Arnold est plus conventionnelle. Une opportunité rêvée pour briller à l'harmonica. Charlie a empoigné la guitare électrique pour exécuter "Town to town", un downhome blues assez rudimentaire. Le climat est cependant saturé de feeling et d'émotion. Ce superbe album s’achève par "Blues for yesterday", un Chicago shuffle. Ou si vous préférez un blues pour la route. Tout est parfaitement en place. Parfaitement soudés, les musiciens s'envolent, une dernière fois, vers les sommets…

 

 

Lo-Fi-Fnk

Boylife

Écrit par

Qui a pissé dans la soupe du chef ? Bizarre. Après avoir entendu « City », le titre ouvrant le premier opus de Lo-Fi-Fnk, c’est Patrick Hernandez et son fameux « Born To Be Alive » qui nous trotte dans la tête. Passé cette étrange sensation, on peut enfin se concentrer sur l’indietronica des Suédois. Enfin presque. Il y a toujours cet arrière-goût qui nous poursuit. Signé sur Moshi-Moshi Records, le duo nous avait déjà gratifiés d’un titre électrifiant, « Change Channel », repris sur la compilation du label (« Can You Hear Me Clearly », sorti en février dernier). On en attendait donc beaucoup de ce premier ouvrage. A l’arrivée, le résultat est plutôt mitigé. « Boylife » jongle dangereusement entre aigreur et douceur. Bien qu’elle ne manque de piquant, la solution aurait été bien plus digeste sans les vocalises. Brusquement, ces dernières nouent l’estomac et provoquent un effet nauséeux. Dommage ! L'essai abrite pourtant quelques perles égarées telles que « System » ou « Change Channel ». Ne serait-ce que pour ces dernières, « Boylife » vaut tout de même qu’on lui prête une oreille. Attention aux effets secondaires. ‘You see you were born, born, born to be alive’…

Loose Fur

Born again in the USA

Écrit par

Une balade en forêt, une partie de foot, se torcher la tronche dans un bar. Quelques exemples du passe-temps entre potes quand on s’ennuie ferme. D’autres font des disques. Jeff Tweedy, Wilco en chef, Glenn Kotche, batteur de son état (chez Wilco notamment) et leur compère sorcier multi-instrumentiste Jim O’Rourke (le Brian Eno du nouveau siècle) sont de ceux-là. Ces trublions ont initié le projet en concoctant « Loose Fur », album de six (longs) titres aux accents acoustiques. En 2003. Ils remettent le couvert sous la forme d’un « Born Again In The USA » en forme d’échappatoire à la pression de leurs carrières respectives. Inévitablement, le concept peut apparaître comme une récréation, impression qui se renforce à l’écoute du guilleret et siffloté « Ruling Class » mais on perçoit rapidement que la force motrice et créative de l’échappée belle vogue au-delà de ces considérations. Les bonshommes, trop pétris de talent pour se la couler douce ne font rien d’évident. Rock cabossé (« Hey Chicken »), folk futuriste (« Answers To Your Questions »), mélodies piétinées tout en cassures (« Apostolic »). Ils restaurent même à une certaine idée du krautrock, marotte de Tweedy ces dernières années, via l’interminable et planant « Wreckroom ». Ces gars doivent avoir une drôle de conception du fun. Certes, si cette parenthèse est moins indispensable que leurs récents travaux, elle demeure néanmoins une admirable façon de passer le temps.

Guther

Sundet

Écrit par

Duo allemand responsable d’un premier album passé relativement inaperçu (« I Know You Know »), Guther signe un élégant retour. Une production qui fleure bon l’enregistrement maison, entre quatre yeux, en toute complicité. Une voix féminine vous accueille, vous fait découvrir leur charmant petit intérieur et vous séduit ostensiblement. Le léger accent teuton ne doit pas y être pour rien. Alors on fait le tour du (et de la) propriétaire, on s’installe et on finit par se sentir comme chez soi. La pop est propre sur elle, ronde et d’un énervement contenu. Capable de s’emballer, de se fâcher toute rouge, mais sans pour autant réveiller les voisins. Entre intimité chaleureuse (les guitares minimalistes, la mélancolie de surface) et cavalcades oniriques (l’assurance de certaines compositions plus enlevées), les maîtres des lieux savent recevoir. Petit bémol, certaines pièces manquent parfois d’ampleur (arrangements brut de fonte) ; et on se sent un peu à l’étroit. Du calme, pas de quoi déserter les lieux non plus. Home sweet home…

The Flaming Lips

At War With The Mystics

Bush à la présidence des Etats-Unis, c’est bien de musique qu’il s’agit : de Peaches à Bruce Springsteen, des Pet Shop Boys à Morrissey, nombreux sont les artistes qui ont sorti ces derniers temps des disques cathartiques, en prise directe avec le monde qui les entoure. « At War With The Mystics », le dernier album des Flaming Lips, se révèle ainsi, dès son titre d’ouverture (« The Yeah Yeah Yeah Song »), une charge féroce contre l’impérialisme mystique de Bush et de sa confrérie. Mais cette question, même posée avec tant d’élégance et de puissance (ce disque est le plus rock des Flaming Lips), est-elle celle qu’on retiendra à l’écoute de ces 12 titres ? Comme d’habitude Wayne Coyne délire dans un coin de sa tête, invitant ses démons (la religion, le fanatisme, le cosmos) à une surprise party d’enfer, où tout le monde se défonce en sniffant de l’hélium. Résultat : c’est mieux qu’un épisode des Teletubbies, même si à la fin on se souvient à peine du trip qui vient de secouer notre colonne vertébrale.

Autant le dire tout de go : « At War With The Mystics » n’est pas le meilleur album des Flaming Lips… Mais ses meilleures chansons valent bien quelques buvards d’acide. « The Yeah Yeah Yeah Song » rappelle qu’on peut se fâcher tout rouge (contre le pouvoir en place, l’idiotie maîtresse du monde) tout en gardant le sourire. Le riff de « The W.A.N.D. » surprend par son acharnement (rock’n’roll !). « Pompeii Am Götterdämmerung » nous envoie en orbite, objectif lune (grande ballade psychédélique !) Et puis, on est certain d’une chose : même si Wayne Coyne et ses deux potes (qui reviennent de loin…) donnent l’impression que l’amour est la clé de tous nos problèmes, on sait bien qu’au fond d’eux-mêmes ils n’en sont pas si sûrs… C’est ce qui est touchant : écouter enfin une musique profondément humaine, faite par des types qui ont les mêmes peurs que nous. Des chics types, vraiment.

 

 

Justine Electra

Soft Rock

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Pérégrination cocasse. Le soleil australien de Melbourne devait vraiment taper très fort le jour où la jeune Justine décida d’embarquer ses valises sous la grisaille berlinoise. Berlin, sa Porte de Brandebourg, son ours d’or et son « Tresor » techno ne pouvaient laisser la petite Justine indifférente. Elle s’improvisait ainsi DJette, se liait d’amitié avec Schneider TM et remportait le trophée du ‘Red Bull DJ’. En toute logique, ce périple historique aurait dû nous guider aux portes d’un disque électro. Mais non. Sur « Soft Rock », premier album de Justine Electra, les platines sont en berne. Ses rêves électroniques de côté, la demoiselle nous chante ses songes les plus intimes, doux et romantiques. Ces belles chansons acoustiques s’adressent aux admirateurs d’Aimee Mann (« Fancy Robots »), aux amoureux de Stina Nordenstam (« My Best Friend », « Autumn Leaves »). Justine Electra esquisse également les tendres contours d’une musique personnelle (« Killalady », « Calimba Song »). Son « Soft Rock » nous drague sans prétention. Charmant à défaut d’être étonnant.

The Dead 60s

The Dead 60s

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Minuit. Les ruelles sombres et désertes de Londres s’illuminent. La ville est en état d’alerte. D’un coup, d’un seul, les habitants envahissent les trottoirs. L’annonce de la résurrection des défuntes sixties a provoqué l’effet escompté. Le peuple danse frénétiquement à chaque coin de rue. Reprenant le flambeau du rock ska là où Madness ou The Specials l’avaient abandonné, The Dead 60s ravive le souvenir d’un genre trop longtemps laissé pour compte. Sorti fin mai 2005, l’éponyme de la formation britannique a malheureusement souffert de la surexposition de certains confrères apparus en même temps sur la scène british. Hard-Fi pour ne pas les citer. Relégués au second plan, le combo publiera à deux reprises « Riot Radio » qui n’atteindra que la 30e position du chart anglais… à deux reprises ! Le single « Ghostfaced Killer » ayant quelque peu amélioré sa situation, le quatuor décide, à l'heure où il enregistre son second essai, de rééditer le premier. Exit les titres « New Town Disaster » et « Just Another Love Song ». Ils sont remplacés sans révérence par « Ghostfaced Killer » (absent de la première version) ainsi que la plage instrumentale « Soul Surivor ». Etrange remaniement qui n’enlèvera cependant rien au charme de la plaque. Bien que The Dead 60s ait un peu de mal à convaincre sur scène, le groupe démontre toute l’étendue de sa puissance sur ces 13 morceaux gravés. En témoignent les engageants « Riot Radio », « Red Light », « Train To Nowhere » ou « Loaded Gun ». La formation aura sacrément ramé mais le résultat en vaut la chandelle. D’ailleurs, dans les rues de Londres, on danse encore…

The Dears

Gang of Losers

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Deux ans auparavant, Martin Pelland, le bassiste de The Dears, confiait à Musiczine qu’il souhaitait de tout cœur que, pour le prochain album des Dears, ‘les journalistes laissent les références de côté’. Raté ! Encore une fois, t’y échapperas pas mon vieux... Malheureusement pour Murray Lightburn et ses potes, « Gang Of Losers » confirme l’étiquette ‘The Smiths version 2000’ collée au dos de la formation canadienne depuis la sortie de « No Cities Left ». Dans la droite lignée du disque précédent, le nouvel essai n’a, par conséquent, rien d’étonnant. Faisant la part belle à des morceaux pop et radiophoniques à l’instar de « Ticket To Immortality », « There Goes My Outfit » ou « I Fell Deep », le nouveau recueil du combo recèle quelques titres moins étudiés et, paradoxalement, plus recherchés tels que « You And I Are A Gang Of Losers », « Death Or Life We Want You » ou « Whites Only Party ». On regrettera l’absence de plages plus épiques à l’image de « Expect The Worst / ‘Cos She’s A Tourist », qui venaient pimenter « No Cities Left ». Hormis "I Fell Deep", même les vocalises féminines passent ici en sourdine. Aucune grande surprise donc, mais un disque qui plaira à tous ceux qui ont apprécié l’essai précédent.

Canned Heat

Instrumentals 1967 – 1996

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Le plus célèbre groupe de boogie blues de la planète dispose d’une discographie contemporaine très riche. Et à cet égard, il faut remercier le label allemand Ruf qui s’est beaucoup investi pour l’étoffer. Il a ainsi édité "Blues Band" en 1999, "Boogie 2000" et "The Boogie House Tapes Vol1" (NDR : référence manifeste à la Boogie House d'Overijse, de notre Dr Boogie national, fan inconditionnel du Heat) en 2000, "Friends in the can" en 2003, "The Boogie House tapes Vol2" en 2004 et enfin cet "Instrumentals 1967 – 1996". Cette nouvelle collection est bien entendu consacrée à l'exercice instrumental. Elle revisite différentes époques du Heat dont la plus prestigieuse : la première. Et pour que votre information soit complète, sachez qu’un livre écrit par Fito de la Parra et paru en 2001 : "Living the blues", un bouquin sous-titré "Canned Heat's story, of Music, drugs, death, sex and survival". Tout un programme !

Ce recueil s’ouvre par "Parthenogenesis", l'instrumental le plus ambitieux concocté par le band. Près de 20' de folie ! Ce morceau figurait sur le double elpee "Living the blues", une œuvre parue en 1968. Une période assez révolutionnaire, il est vrai, pour la rock music! Cette fresque expérimentale est un collage de différents fragments destiné à mettre en exergue les divers musiciens. L'harmoniciste Alan Wilson pour "Five owls" et lors d’une aventure indienne intitulée "Raga Kafi". Un voyage permanent sur les cordes, imaginé par Sunflower Vestine. L'évasion de Fito réservée à "Snocky" ; mais également une partie assez brève, chantée par Bob Hite face au piano de John Mayall. Un morceau judicieusement baptisé "Bear Wires", immortalisé à l'époque de la sortie de "Barewires", long playing de Mayall. Sans oublier la présence de l’excellent bassiste Larry Taylor. Ces cinq musiciens de base chez Canned Heat figurent encore sur cinq autres plages qui datent de 67 à 1970. Dont "Mi Huautla", un titre qui met bien en valeur la puissance du souffle de Wilson à l'harmonica face aux percus de la Parra. Flanqué de Vestine et Hite, le jeu magique de Wilson est encore démontré tout au long de "Down in the gutter but free". Ces deux plages figuraient sur l'album "Hallelujah", commis en 1969. Et pour ceux qui adorent le swing et le jump, le bonheur est dans "Skat" ; un extrait de "Future Blues" caractérisé par la présence de cuivres et d’un piano boogie woogie, mais surtout par la basse extraordinaire de Taylor. Nous retrouvons le Heat en 71/72, au sein duquel milite un guitariste injustement méconnu : Joel Scott-Hill. Il se révèle talentueux et étonnement moderne lors du jump "Hill Stomp", et affiche une puissance impressionnante, aux côtés de Vestine et Hite, sur le boogie primaire "Caterpillar Crawl". Il faut ensuite faire un fameux bond dans le temps pour rejoindre le Heat. En 1990. Bob Hite n’est plus de ce monde depuis bien longtemps. C’est désormais Fito de la Parra qui dirige le boogie band. Et Fito est un excellent recruteur. Il déniche ainsi le prestigieux Junior Watson ; celui qui contaminera le combo de son style west coast jump. Et c’est manifeste sur "Hucklebuck", une compo parcourue par la basse acoustique de Junior ; ainsi que "JJ Jump", rehaussé par la présence de l’harmoniciste James "T" Thornbury. Matt Lucas n'a probablement pas la technique et la dextérité de Junior Watson ; mais c'est un guitariste qui allie inventivité et feeling. Très imbibé de l'esprit du Heat, il laisse disserter sa slide tout au long de "Gorgo boogie". Watson est impliqué lors des trois dernières plages. Elles sont cependant parues en 94, 95 et 96, sous différents line up. Quelle que soit la formule, il y justifie toute l’étendue de son talent. Soutenu par Mark Goldberg et Fito, il se révèle même impressionnant lors de la version ‘live’ de "Mambo tango". La plaque s’achève par le "Blues after hours" de Percy Mayfield. Un late night blues à la T-Bone Walker, caractérisé par la présence de Ron Shumaker aux 4 cordes. Un disque à la fois excellent et diversifié!

 

Caroline

Murmurs

Originaire d’Okinawa, cette jeune fille de 24 ans a été découverte par le label Temporary Residence Ltd. sur MySpace. Son premier album semble avoir été moulé dans un écrin de glace. De celle qu’on trouve en Islande, pays de Björk et d’Emiliana Torrini. Il y règne une ambiance de berceuses, cristallines, quand il est temps d’aller dormir et que plus rien n’importe. Est-ce comparable à un retour à l’être originel, encore vierge de toute déformation existentielle ? Ecouter ce disque c’est comme secouer ces petites boules de cristal, à l’intérieur desquelles se trouvent de minis paysages enneigés. Le temps semble s’y être figé, et c’est réconfortant. Caroline Lufkin chante d’une voix à faire chialer les anges de la chapelle Sixtine. Sa musique est câline, parce qu’elle est faite de clochettes, de harpe, de piano, de bleeps et de cordes. Sensibles. Une musique proche de celle dispensée par des artistes comme Anja Garbarek, Emilie Simon, Joanna Newsom et l’internationale de l’indietronica rêveuse (Morr Music, Plop, Moshi Moshi,…), Caroline nous plonge, tout au long de « Murmurs », au cœur d’une fébrilité somme toute très masculine. Viens là que je te cajole, ta musique sonne à mes fesses comme du talc de bébé.

Al Basile

Groovin´ in the Mood Room

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Al Basile et Duke Robillard se connaissent depuis plus de trente ans. Ils partagent une même passion pour le blues et le jazz. Et puis les aventures musicales de Basile ont souvent croisé celles du célèbre guitariste. Joueur de cornet talentueux, Al a sévi, comme premier trompettiste, au sein du big band notoire, Roomful of Blues. De 1973 à 75. Il a également collaboré à l’enregistrement de tous les elpees de Duke Robillard depuis 1988 (NDR : le premier, "You got me", est paru chez Rounder). Mais Al dispose de plusieurs cordes à son arc. Non seulement c’est un excellent instrumentiste, mais il est également chanteur, compositeur, arrangeur et poète. Il a commis son premier elpee en 1989 : "Down on Providence Plantation". Enseignant, il a pris sa retraite l'année dernière. Il en profite donc pour écrire. "Groovin' in the Mood Room" constitue son cinquième opus. Une œuvre qui démontre sa volonté de se réserver à l'écriture et au chant, délaissant volontairement (et sans doute provisoirement) ses instruments.

Dès l'ouverture, "I got to be the boss", le ton est donné. Un blues rock solide, fortement imprégné de R&B. La voix puissante domine. Elle me rappelle même celle de John Fogerty. Cette excellente composition aurait d’ailleurs pu sortir, tout droit, des bayous louisianais. La cohésion de l’ensemble est impressionnante. Il est vrai que les acteurs ne sont pas des débutants : le bassiste Marty Ballou, le drummer Mark Teixeira et le génial guitariste Duke Robillard. Le rythme prend son envol sur "How much better (better can get)". La voix mâle maîtrise son sujet lors de cette plage sculptée dans le pur rock'n'roll. La guitare du Duke balise parfaitement cette route sonore propice à l’envoûtement. La section rythmique manifeste une puissance de feu étourdissante. "She's on the mainline" fait instantanément mouche. Un R&B caractérisé par la présence des cuivres : Doug James au sax ténor et Al au cornet. "Picked to click" opère un retour au blues dépouillé. On a l’impression d’être englué dans les eaux poisseuses des swamps. La voix est bien posée. Le climat paisible. Légèrement réverbérées, les cordes de Robillard libèrent un maximum d’expression en un minimum de notes. Un travail de maître! "Your turn to pay", constitue, à mon humble avis, la plus belle composition de cet opus. Une ballade douce-amère, indolente, empreinte d’une grande mélancolie. La voix d’Al véhicule ces émotions. Passionnément. Toujours aussi fidèle, Duke y ajoute sa sensibilité personnelle. Avec flamme et intelligence. Une plage absolument remarquable. La musique d'Al Basile est souvent imprimée sur un même tempo. Mais elle se garde bien d’être répétitive. Au contraire. Chaque plage recèle un certain volume d’originalité. Même "Baby sister", une compo inspirée par le "Little sister" de Doc Pomus, interprétée autrefois par Elvis Presley. Al chante passionnément ce morceau embrasé par l'orgue Hammond de Bruce Bears. Autre point culminant de l’elpee, "I'm in the mood" nous entraîne dans une aventure psychédélique. A cause des cordes de Robillard. Trafiquées, puis recomposées à l'envers. C’est le moment choisi par Ballou pour prendre un peu de liberté sur les 4 cordes de sa basse. Trempé dans le southern rock blues, "The show must go on" aurait pu figurer au répertoire des Allman Brothers Band et devenir le théâtre de grands échanges instrumentaux. Duke s’y réserve un petit voyage divertissant. Plage également fort intéressante, "Your rights" est particulièrement inspirée par la country. Un peu à la manière de Delbert McClinton. Duke joue du dobro, de la guitare et, pour la première fois de sa carrière, accorde un solo au piano. Couvert d’accents très fifties, "Take my word for it" est profilé sur un rockabilly. Le rythme libère une bonne dose de groove. Un fragment illuminé par une intervention très métallique de Duke, proche de Scotty Moore. Ballade soul empreinte de délicatesse, "Be a woman" est fluidifiée par l’orgue Hammond. Nous ne sommes ici pas tellement loin de "Your turn to pay". L’histoire d’une vieille Cadillac Eldorado, datant de 1957, hante "Coffee and Cadillacs", un morceau qui marque un retour au rock'n'roll façon Chuck Berry. Cet opus d’excellente facture s’achève par un chanson dédiée à son fidèle ami (NDR : devinez qui?), "You satisfy".