L’aurore de Lathe of Heaven…

Issu de Brooklyn, Lathe of Heaven sortira son nouvel elpee « Aurora », le 29 août. Né d’un processus d'improvisation, cet opus est propulsif, captivant et structuré, abordant des thèmes lourds et incorporant des influences littéraires. En attendant, la…

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Bénabar les regarde danser…

Bénabar est de retour et nous propose un nouveau single intitulé « Elles dansent », un titre fondamentalement pop, joyeux et émouvant, qui raconte une histoire de famille ou d’amis dans laquelle chacun pourrait se reconnaître : un moment de joie et de liberté…

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Leo Sayer

Voice in my Head

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Léo Sayer est surtout connu pour les quelques hits commis au cours des années 70 (NDR : et notamment 'When I need You', un single qui avait décroché le numéro 1 dans les charts US, en 77). Hormis quelques compilations, son dernier CD 'Cool Touch' date de 90. Il nous revient avec un CD généreusement fourni: 15 titres dont aucun ne fait 'remplissage'. Sa voix à la jeunesse intacte est claire, chaude, expressive et volontiers haut perchée. Il propose une pop variée et optimiste à l'ancienne, légère et joyeuse, sacrifiant très peu à la modernité. Des ballades bluesy ('You thrill me') ou plus pop mais sans mièvrerie ('I never knew', 'Voice in my head') côtoient des rythm and blues décochés avec conviction et énergie (NDR : compo affiliée à James Brown, 'Don't look back' intègre des cuivres qui claquent) et d'autres au groove plus serein ('Running Man' évoque plutôt Rod Stewart). Caractérisé par son refrain futé et ses draperies de cordes, 'We got away with it' est efficacement relayé par des voix féminines. Un hit potentiel à l'énergie soul blanche digne de Hall & Oates. Léo compose tout, parfois en collaboration (quatre titres), et n'est jamais pris en défaut d'inspiration. Autre point fort : l'assise rythmique. Elle est solide et toujours parfaitement en place. La production est fort classique mais attentive et les arrangements sont riches. Aucune révolution, mais un solide album, sans réelle faiblesse, marquant un retour plutôt sympathique. Si les genres évoqués plus haut sont votre tasse de thé, ne le boudez pas.

Scenario Rock

Endless Season

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Depuis quelques années, Mehdi Pinson et Ludovic Therrault vivent cloisonnés dans une bicoque et s’enfilent leurs disques et films préférés. Logiquement, cette longue période de gestation érudite devait aboutir à un projet de mélomanes endurcis. Désormais, c’est sous l’étiquette « Scenario Rock » que sévissent les deux compères. Tombés sous le charme épileptique du simple « Skitzo Dancer », nous attendions énormément (trop ?) du premier album de la paire française. Malheureusement, le large panorama des préférences artistiques du duo s’empêtre dans une sorte de soupe au chou musicale et le disque rêvé peine à trouver son véritable fil conducteur. Plutôt synopsis rock que Scenario Rock, nos deux amis s’en vont coucher la somme de leurs influences sur cet « Endless Season ». Au carrefour de leurs goûts, nous retrouvons le London Calling de The Clash (« Endless Season »), la légèreté du timbre de Sting (« Natural Flavour ») ou l’agressivité électrisante des premiers Beastie Boys (« Cruisin’ »). Sur album, Scenario Rock mélange le tout dans un grand chaudron de dance et de funk. La mixture cuit à feu doux. Et pourtant, à force de les réécouter, les derniers titres du disque commencent à sentir le cramé. Mais plutôt que de tout laisser flamber, il vaut parfois mieux couper le gaz. Au moins, nous pourrons encore goûter à cette drôle de recette…

Matt Schofield

Siftin´ thru ashes

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Originaire de Manchester, ce jeune guitariste anglais fait son petit bonhomme de chemin. Lentement mais sûrement. Il n'a pas encore trente ans et s’est converti au blues à l'écoute de la discothèque de son père. Il fonde son premier groupe à l’âge de 13 ans, une formation au sein de laquelle milite déjà son claviériste actuel : Jonny Henderson. A 20 ans, il rejoint la formation de l'harmoniciste Lee Sankey en compagnie de laquelle il tourne quatre années et enregistre deux albums : "My day is just beginning" et "She's not alone". A la fin du siècle dernier, il était impliqué au sein de cinq formations différentes ; et notamment dans le backing group du chanteur/guitariste Ian Siegal et du pianiste Dino Baptiste. Il tourne ensuite avec Dana Gillespie pendant une période de deux ans. En 2000, il partage le projet de la chanteuse Corinna Greyson. En 2002, il rejoint Earl Green, l’ex-vocaliste de Paul Lamb et d'Otis Grand. Il est alors sollicité pour accompagner la tournée du Lester Butler Tribute Band, un périple destiné à rendre hommage au défunt chanteur/harmoniciste des Red Devils et de Thirteen. Dans la foulée, il rejoint le chanteur/harmoniciste de ce Tribute band. Qui milite alors chez les Urban Achievers. Un Néerlandais qui répond au patronyme de ‘Big’ Pete Vander Pluym. En 2003, il forme enfin son groupe qui implique bien sûr Jonny et Evan Jenkins à la batterie. Le combo avait déjà commis un premier opus : "The Trio, Live".
 
 
Le band s'envole dès "All you need". Matt dispense immédiatement de petites grappes de notes qui démontrent sa dextérité naturelle. L'orgue Hammond constitue un élément indispensable dans le décor sonore. Matt chante la plage titulaire. Sa voix est plutôt hésitante et frêle, mais son timbre demeure très musical. Un peu dans le style de Robben Ford. Pas étonnant d'ailleurs que sur les cordes, son style – qui me fait également penser au plus célèbre des frères Ford – évolue également dans un registre aussi jazzyfiant. Ses deux acolytes sont d’excellents instrumentistes. Ainsi, le drumming sémillant d’Evan Jenkins manifeste une grande légèreté. Mais c’est surtout l’organiste Jonny Henderson qui fait étalage de sa classe innée. Ce claviériste s'inspire beaucoup de ses maîtres : Jimmy Smith et Jimmy McGriff. Instrumental sculpté dans le jazz, "Djam" ressemble à une jam, mais de très bon niveau. Schofield y est remarquable. Slow blues impérial imprimé sur un tempo très lent,"Lights are on, but nobody's home" est esquissé par une guitare réminiscente du grand Mike Bloomfield. L’effet est saisissant et l'orgue Hammond omniprésent. Schofield empoigne sa guitare sèche pour reprendre "The letter", le hit des Box Tops. La version n'a rien de révolutionnaire mais est fort bien ficelée. A cause de l'orgue Hammond et des échanges vocaux. Et puis des accords jazzyfiants, créatifs et émancipés de la guitare électrique qui prennent naturellement le relais. Autre blues lent "Back at Quare one" est également un classique. Très bien ficelé, il démontre la complémentarité exemplaire des trois musiciens. Le guitariste s’inspire pour la circonstance de BB King ; mais y insuffle tous les artifices susceptibles d’être développés par un aussi jeune musicien. Funky et très rythmée, "People say" ne suscite guère d’intérêt. "How I try" évolue dans une ambiance au développement jazzyfiant très prononcé. Les instruments sont très bien joués. La connivence entre le guitariste et l'organiste est permanente. Blues rythmé, "On my way" navigue dans un univers très proche de BB King. Contagieux, l’orgue exerce toujours la même fascination. Compo lente, très atmosphérique, "Middle ground " possède toutes les caractéristiques jazz rock d’un Robben Ford. De l’excellent travail ! Les percussions de Jenkins marquent de leur empreinte "Hard lines". Une finale qui manifeste une puissance hors du commun. Nonobstant leur jeunesse, les musiciens démontrent manifestement qu’ils ont de la bouteille. Et qu’ils sont capables de concocter un opus de bonne facture. Pour votre information, sachez qu'un album enregistré en public par le trio vient de paraître : "Live at the Jazz Café!". Nous espérons vous le présenter tout prochainement.

Supersystem

Always Never Again

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Quant à savoir quel est le groupe qui le premier a introduit des éléments disco/électro dans son rock, on laissera le débat aux velléitaires spécialistes. Certains s’y adonnent sans guère de subtilité mais avec de belles retombées sur les dancefloors (Radio 4, LCD Soundsystem), d’autres allient plus finement les beats syncopés et les riffs acérés (Hot Hot Heat, Q and not U). Supersystem s’inscrit dans les suiveurs du genre (cf. The Fever) pour un résultat mitigé. Le 1er opus de ce quatuor (en fait le trio El Guapo rencontré chez Dischord plus un batteur!) propose de fait de l’electro-funk-rock à la (grosse) louche sans pour autant nous mettre hors d’haleine (le comble!) Les beats électroniques et les nappes synthétiques de rigueur sont omniprésents, les mélodies emballent nettement moins. Et il faut attendre la seconde moitié d’album pour y trouver moins d’uniformité et plus d’excentricité, le groupe se rappelant son passé aventureux (voir El Guapo). De quoi leur accorder une deuxième chance?

Matt Sweeney & Bonnie 'Prince' Billy

Superwolf

Après le coup de l’album-cover introspectif (« BPB Sings Greatest Palace Music ») augurant d’un possible essoufflement créatif (faire des covers de ses propres chansons, n’est-ce pas…), quel virage pouvait donc bien négocier le chantre de l’alt-country, Will Oldham, songwriter de génie à la barbe étouffante ? Pour beaucoup, ce nouveau disque du jeune prodige américain devait représenter un cap. Ca tombe bien, c’est le cas : « Superwolf » pourrait même être le meilleur album de Will Oldham depuis « I See A Darkness », diamant folk-country aux reflets plus que noirs (demandez à Johnny Cash). Sans doute est-ce dû à la présence en renfort musical du rockeur Matt Sweeney, vu chez Chavez et chez Zwan. C’est lui qui signe les mélodies, pour une fois moins tentaculaires, et surtout davantage lumineuses. Steel ou acoustique, la guitare ici ne gémit plus comme si c’était son dernier souffle : au contraire elle vibre de tout son corps, comme guérie des maux de l’esprit. Celui d’un homme qui enfin se libère de ses tics (la voix, pas geignarde), en repoussant tout confort. C’est bien là le talent de Will Oldham : ne jamais satisfaire, et être satisfait. Sans cesse rester sur le qui-vive, en émoi, dans le doute, indifférent à la critique et aux attentes, sincère et authentique. Des magiques « Goat and Ram » et « Lift Us Up » au poignant « Blood Embrace » (du Will Oldham à son climax qualitatif), « Superwolf » est un disque magnifique. A chérir pour toujours.

Stinking Lizaveta

Caught Between Worlds

‘Coincé entre deux mondes’, c’est sûr que ce n’est pas trop la fête. Comme ces types qui restent dans le coma toute leur vie, à végéter en attendant leur mort, ou les grands romantiques qui marinent entre deux femmes (l’ex, la future), le cœur presque à l’arrêt. C’est une image, et celle qu’évoque la musique de ces types n’est pas jolie à voir. Guitare/basse/batterie, le truc habituel ; mais une formule mise ici au service d’un prog metal instrumental très rarement inspiré. Ca ne vaut pas un Noxagt, un Uzeda ou ce genre d’avant-garde électrique. Stinking ? Mmmm, pas bon.

Subway

Empty Head

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Mesdames et messieurs, prenez garde! Il n'est point question de confondre les guitares hurlantes des Subways avec le laptop rétroactif de Subway. L'un n'est pas l'autre. Et irrésistiblement, l'effacement du ‘s’ plonge le rock'n'roll dans les limbes de la musique électronique. Désormais, toute confusion sera sévèrement sanctionnée. Parmi les sentences, relevons les plus abominables: une croisière sur le Nil en compagnie de Lemmy de Motörhead, un brûlage de couilles sur les effets pyrotechniques de Rammstein ou encore une séance d'hypnose mensuelle légalement orchestrée par Orbital sur la base de Guantanamo. Un peu de concentration sera donc requise pour la lecture de cette chronique. Il est ici question de Subway. Oui, oui, on parle bien de musique électronique, rassurez-vous… Ce premier disque de Subway, c'est également l'occasion d'aborder la naissance d'un nouveau label: Sunday Best. Pour la petite histoire, Rob Da Bank, son fondateur, est l'illustre remplaçant du regretté John Peel, le mythique programmateur de Radio One. Saluons donc la venue de cette nouvelle entité militant pour la cause des musiques électroniques (organique, électro-clash, electonica, etc). Pour fêter son avènement sur le marché, Sunday Best lance Subway, curieux projet immergé dans trente années de musiques électronique. Les instigateurs de l'aventure Subway se nomment Alan James et Michael Kirkman. Depuis quelques années, ces deux pionniers recouvrent leurs intuitions mélodiques d'un son chaud et habité. Egalement patrons du label Nuphonic, nos électroniciens en chef en connaissent un rayon sur l'histoire des musiques mécaniques. Habitué des tournées en compagnie de Tiefschwarz, Peter Kruder ou Norman Jay, le duo distille une allégeance de douceur ("Missing Link") et de quiétude dans un univers feutré de mille sonorités. Les moments-clefs, de l'ordre de l'étonnant "Testing", foisonnent de part et d'autre de cet "Empty Head" réjouissant et sans fin. Les limites de l'exploration électronique sont à nouveau repoussées…

The Subways

Young For Eternity

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En ce début de siècle, le rock’n’roll célébrait son cinquantième anniversaire. Cette grande fête nous valait bien un petit retour. Et de retour en détour, on ne cite plus les dons fastueux (The Strokes, The White Stripes, Black Rebel Motorcycle Club, The Hives, Franz Ferdinand, etc.) et les épouvantables bourgeons puants (The Vines, The Von Bondies, The Organ, etc.) enfantés par l’industrie du disque. Alors, que penser du cas The Subways ? La réponse est certainement à chercher du côté de « Young For Eternity », première livraison discographique du trio anglais. Dans cette histoire, Billy tient la guitare et éructe sa fougue populeuse pendant que Josh se tient derrière ses fûts et alimente un martèlement fluctuant mais efficace. Enfin, la délicieuse Charlotte supporte fièrement le poids de sa basse et assure de jolis refrains d’une voix de jouvencelle effarouchée. Au mur, le tableau de cette ‘jeunesse éternelle’ se dessine. Sur disque, on notera une énergique avidité, une passion débordante et les éternelles erreurs de… jeunesse. The Subways n’a pas commis le chef d’œuvre ultime, n’a pas perpétré une collection de morceaux infaillibles. C’est dit. Mais relevons le point positif essentiel : cet album est jouissif et opportuniste. Dès l’ouverture (« I Want To Hear What You Have Got To Say »), on comprend que The Subways ne se limitera pas à l’étoile filante aperçue au hasard de notre super lorgnette d’observation. Néanmoins, à l’écoute de « Holiday », on sait que le disque va également partir à l’assaut d’une terrible courbe ondulatoire. Et que dans certains cas, la tortueuse ascension sera pénible. Pourtant, le trio fait preuve de courage et impressionne ses concurrents directs le temps d’un « Rock & Roll Queen » hyper jouissif. C’est simplet, bénin comme une attaque de fourmis en Antarctique. Mais le brûlot parvient à nous saisir les tripes et c’est bien là l’essentiel. Par pure fraîcheur ou par candeur disgracieuse, The Subways trahit parfois ses origines : Billy n’hésite pas à clamer d’un égosillement nasillard piqué au répertoire Gallagher que sa formation est anglaise. « Oh Yeah », c’est l’autre tube spontané et viscéral de ce « Young For Eternity ». De l’énergie et un refrain balourd et hop : dans la popoche ! En résumé, The Subways vient de signer une sympathique entrée en matière. Evidement, pas de quoi tuer un roast-beef !

Becki Sue

The L.A.B Results

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Issu du Nord Ouest américain, du côté de Seattle, Beckie Sue & Her Big Rockin' Daddies est un blues band qui monte. Enfants chéris de la Washington Blues Society, ils sont considérés là-bas comme un powerhouse hipshakin' blues band. Jim King en est le leader. Chanteur, harmoniciste et saxophoniste, il est épaulé, bien sûr, par Miss Beckie Sue. Ils partagent d’ailleurs les vocaux. Un line up qui implique également Tom "T Boy Neal" Boyle aux guitares, Les White à la basse et Jeff Hayes aux drums. En 2002, Boyle avait d’abord fondé le T-Boy Neal Band, un combo au sein duquel militaient déjà Beckie Sue et White. Puis il a transformé le patronyme en Big Rockin' Daddies.
 
L'album a été enregistré ‘live’. Au Little Auditorium in the Back (L.A.B) de Seattle. Boyle ouvre l’elpee. King se réserve le saxophone. Signé Otis Rush, "Easy go" est une plage instrumentale inspirée paradoxalement par … Albert Collins. Beckie Sue chante "Natural born lover", un shuffle introduit par un harmonica puissant. Elle dispose d’une bonne voix, naturellement forte. Elle n’a pas besoin de la forcer. En outre, Jim King est manifestement un souffleur qui promet. Beckie poursuit sur un tempo effréné le "Mean mean man" de Wanda Jackson. Les cordes impriment ce rythme qui galope littéralement. Jim est passé avec le même bonheur au sax ténor qui ‘honke’ à merveille. Les Daddies reprennent de manière respectueuse le "Crosss-eyed cat" de Muddy Waters. Du bon Chicago blues davantage proche de Howlin' Wolf. Jim King chante et joue de l'harmonica comme s'il avait quatre poumons. Quel souffle ! Jim se réserve le chant et le sax tout au long du "Whiskey drinkin' woman" de Lonnie Johnson, un blues classique au cours duquel Boyle dispense un jeu inspiré par le Chicago Westside. Beckie Sue rassemble toutes ses forces pour exploser le très jump "No! I aint gonna let you go". Poussée par les hurlements du saxophone, sa voix possède énormément de punch. Elle me rappelle même une certaine Candye Kane. Ce qui n'est guère étonnant lorsqu’on sait que cette dernière avait également repris ce titre sur "Home cookin", son premier album. Les Rockin' Daddies s’éclatent alors dans un répertoire archiconnu, mais avec tellement de brio. A l’instar de leur adaptation du "I got love if you want it" de Slim Harpo. Du bonheur à l'état pur ! Jim et Beckie se partagent les vocaux devant la section rythmique soudée par les cordes de Boyle. Les vibrations montent encore d'une cran pour "Call me rockin". King est époustouflant à l'harmo. Ses interventions semblent tellement faciles. Son souffle est inouï, impressionnant, foudroyant. Jim a beaucoup écouté Little Walter. Il le démontre en attaquant "Just your fool", chanté pat Miss Becki. Le "Waterbed Lou" de Sax Gordon Beadle autorise une petite pause pour les vocalistes. Une nouvelle occasion pour King d’étaler son talent au sax. Ponctué d’une superbe envolée de T-Boy Neal aux cordes, la cover d’"I can't stop it" de Jim Liggins marque un retour au jump. Le "Mean mistreater" de Muddy Waters est très nerveux. Becki pousse un peu sa voix face à l'harmonica magique de King. Les White et Jeff Hayes soutiennent parfaitement l’édifice sonore. Des rythmes de rumba introduisent "Stranger blues", une finale chantée par Becki et ponctuée par les riffs du sax ténor. La guitare de Boyle s’y révèle aérienne. Après une bonne trentaine de secondes de silence, l’opus nous propose encore une reprise a capella d’"I can't stop it". J'apprécie beaucoup cet album. C’est d’ailleurs mon coup de cœur du mois.

Hubert Sumlin

About them shoes

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Hubert Sumlin est une des dernières légendes vivantes du blues. Né fin 1931 à Greenwood, dans le Mississippi, il passe une bonne partie de sa jeunesse dans l'Arkansas. Il accomplit ses premiers pas musicaux à Memphis, en compagnie de l'harmoniciste James Cotton. Hubert est incontestablement un des guitaristes les plus éminents du Chicago blues urbain d'après-guerre. Il forgera essentiellement sa célébrité à partir de 1954, en participant à l’aventure du Howlin' Wolf Band.
 
Guitariste inventif et créatif, il a marqué de son empreinte des classiques tels que "Built for comfort", "Killing floor" ou "Wang dang doodle"! A la mort du géant en 76, il accompagne le saxophoniste Eddie Shaw au sein du Wolf Gang. Depuis, il a multiplié les collaborations avec beaucoup d'autres artistes. En fait, Hubert chante peu. Victime d'un cancer du poumon en 2002, il a subi une opération chirurgicale. Et apparemment, il est sur la voie de la guérison. Ce qui ne l’empêche pas d’être demeuré un fumeur invétéré et un éthylique impénitent !
 
« About them shoes » a été concocté en avril 2000, sous la houlette de Keith Richard ; mais il n'était jamais sorti. Tout au long de ce concept album, Hubert Sumlin interprète le répertoire de Muddy Waters. Lors des sessions d’enregistrement, Hubert avait réuni un backing group particulièrement solide ; et notamment des anciens du Muddy Waters Band (Bob Margolin à la slide et Paul Oscher à l'harmonica), des grands noms du blues contemporain (Mudcat Ward à la basse et David Maxell au piano) ; et enfin, Levon Helm (NDR : du Band) à la batterie. En outre, toute une série d'invités se partagent les parties vocales. Au menu : 13 plages. Sept écrites par Muddy, cinq par Willy Dixon ; et la plage finale est signée Sumlin! Le résultat nous réserve un grand moment de Chicago Southside blues. Hubert n'est plus au sommet de son art à la guitare ; n'empêche, les musiciens en présence parviennent à élever très le haut le niveau l'ensemble. L’opus s’ouvre par "I'm ready". Eric Clapton chante et joue de la guitare auprès d'Hubert. Un Clapton comme on aime l'entendre. Le son dispensé par Paul Oscher à l’harmonica est très agréable à l’oreille. Paul est un redoutable souffleur sur l'instrument chromatique. Issu de la plume de Waters, "Still a fool" est un slow blues au son largement dépouillé. Les accents sont volontiers dramatiques. Les guitares sont partagées entre Hubert et Keith Richard. Ce dernier assure les parties vocales ; et surprise, au sein de cette atmosphère, sa voix passe bien ! Minimaliste, la section rythmique est assurée par des potes à Keith : George Receli (Bob Dylan Band) et Blondie Chaplin (ex-Beach Boys et Band). Le "She's into something" de Dixon marque un changement de style. L'ambiance de la Nouvelle Orléans est ici reproduite. Authentique louisianais qui joua chez Dr John et les Neville Brothers, George Receli chante d'une voix graveleuse, pendant que James Cotton souffle dans l'harmonica. Plus de doute, nous sommes chez Muddy Waters pour un merveilleux "Iodine in my coffee", chanté par le bassiste noir Nathaniel Peterson (ex Savoy Brown). Paul Oscher est émouvant dans son jeu. Maxwell y va de son Otis Spann au piano. Margolin se montre éblouissant à la slide ; et enfin, Hubert prouve qu'il a plus que de beaux restes. Peterson chante également "Evil" et un tonique "Don't go no farther" au cours desquels Hubert semble retrouvé. Chaplin chante le southside shuffle puissant "Look what you've done". La même équipe y prend son pied. Hubert manifeste davantage de franchise dans sa sortie. Paul Oscher chante "Come home baby" et souffle à la manière de George Smith. Divin ! Quel bonheur d'entendre ces musiciens partager cet esprit commun. Un grand moment! Eric Clapton revient chanter "Long distance call", un des grands blues lents de Waters. L'authenticité manifestée par Oscher, Margolin et Maxwell mérite le respect! David Johansen (ex-New York Dolls, Buster Pointdexter) vient donner de la voix sur deux plages : "The same thing" et "Walkin' thru the park". Préparé à la sauce moderne, elles épinglent de sublimes interventions d’Oscher à l’harmo. En fin de parcours, George Receli chante encore "I love the life I live, I live the life I love", soutenu par des chœurs et les guitares de Keith Richard et de Sumlin! Pour clôturer l’opus, Hubert se met enfin à chanter son "This is the end, little girl". Il conjugue ses cordes acoustiques avec celles de Keith, pendant que Paul Nowinski se charge des parties de basse. Un moment d'émotion que l’on partage allègrement ! Si vous souhaitez en connaître davantage sur la vie d’Hubert Slim, je vous invite à vous plonger dans la lecture d’"Incurable blues", un bouquin écrit par Will Romano et paru chez Backbeat Books.

The Sunday Drivers

Little Heart Attacks

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A les entendre, on pourrait penser que ces chauffeurs du dimanche répètent dans une petite ville de la banlieue de Manchester. On imagine bien un grand « Union Jack » accroché au mur du local de répèt’ et un buste en plâtre de Liam Gallagher posé sur un ampli pour motiver les troupes… Mais on s’aperçoit qu’on a tout faux. Ces cinq gaillards viennent de Toledo (Espagne) et ont beaucoup dû écouter les Byrds, les Beatles ou encore les Kinks. Aucune audace sonore ou musicale n’est donc à espérer sur cet album qui bénéficie d’une solide exposition européenne grâce au label Naïve. Attendez-vous plutôt à une collection de chansons essentiellement pop-rock où les guitares et l’orgue Hammond se taillent la part du lion. Un ensemble de bonne tenue dont on regrettera la production fadasse et quelques morceaux qui s’étirent un peu abusivement au de-là des cinq minutes (quand 3 auraient largement suffi). Néanmoins, trois fragments très chouettes et estivaux haussent le niveau : la ballade « Often », le très Beach Boys « Can’t You See » et « Tears and Years ».

Supergrass

Road to Rouen

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Les albums de Supergrass se suivent et ne se ressemblent pas. Et « Road to Rouen », leur cinquième opus studio, en est une parfaite illustration. Découpé en 9 fragments pour 36 minutes, le disque a été enregistré en France. En Normandie. Dans une grange aménagée en studio. Ce qui explique sans doute le titre de l’elpee. Lors de l’enregistrement de « Life on other planets », en 2002, la formation avait laissé transparaître certaines affinités pour les Beatles et le Floyd. Elles sont ici beaucoup plus présentes. Le Floyd (« Wish you were here », « Dark side of the moon ») et les Fab Four (« Sergent Pepper’s », « Abbey road »), mais aussi ELO. A cause de ces arrangements majestueux, symphoniques, ‘philspectoriens’ ; et puis du concours d’un quatuor à cordes. Sans oublier le rôle de plus en plus important joué par le quatrième larron : Robert Coombes (NDR : le frère de Gaz) au piano et aux claviers. Ce qui donne la fausse impression d’écouter un disque plus mature, plus paisible. En fait l’ardeur juvénile est toujours bien présente ; mais n’est plus aussi immédiate. Et il faut plusieurs écoutes pour pouvoir apprécier toutes les nuances disséminées tout au long de l’œuvre. C’est ainsi qu’on y décèle des accès très prononcés de funk (parfois blanc). A l’instar du tire maître qui a recours au même type de boîte à rythmes utilisé par Sly & the Family Stone, voici déjà 35 ans (NDR : souvenez vous d’« I want to take you higher » immortalisé par le long métrage consacré au festival de Woodstock !). De l’entrée en matière, « Tales of Endurance (part 4, 5 & 6) », balayé d’accords de guitare sèche comme Jimmy Page le dispensait sur le 3ème tome du Led Zeppelin. Ou encore du capricieux « Sad girls » et ses multiples clins d’œil adressés à « Day in the life » ou à « I am the Walrus ». En tenant compte bien sûr de ces arrangements maximalistes décrits ci-dessus. A moins qu’ils n’émargent au psychédélisme. A l’instar d’un « Roxy » bien exotique, qui s’achève dans une sorte de cacophonie philharmonique (NDR : ça rime !). Ou de l’hymnique « Kick in the teeth ». Plus conventionnel, nonobstant ses sonorités de guitare ‘byrdsiennes’. Dans un style totalement différent « Low C » est hanté par le spectre de John Lennon. Gaz croone même en reverb. Et puis il y a ce piano sonore qui s’évade, en fin de parcours, dans le jazz. Guitare slide, maracas et percussions donnent le ton à une polka aussi amusante que contagieuse « Coffee in the pot ». Un interlude qui ne dure que l’espace d’une minute trente. Et en final, « Fin » (NDR : fallait le trouver le titre !) nous entraîne dans un univers sonique, majestueux, que ne renierait ni les Flaming Lips, ni Mercury Rev… Un must !

Stoney Curtis Band

Acid blues experience

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Chanteur/guitariste largement inspiré par Jimi Hendrix et Robin Trower, Curtis Feliszak est originaire de Riverdale, dans le Chicago southside. Il entame sa carrière à Chicago, mais émigre rapidement à Los Angeles où il fonde le Stoney Curtis Band. En 1994. Au sein du line up, on retrouve déjà Charlie Glover à la batterie. Il faut cependant attendre 2002, pour voir la formation sortir "Alive and unleashed", un double CD enregistré en public.
 
« Acid blues experience » est paru au cours de cet été 2005. L’univers sonore y est très électrique. Très amplifiée, la guitare sert de toile de fond à la voix de Stoney. Mais cette guitare envahit régulièrement l’espace sonore. Elle est même très dense tout au long du titre d’ouverture, "Last train to Chicago". L’intensité y est omniprésente. Une leçon d'efficacité ! La formule est toute trouvée. La pression est maintenue. Le tempo ne varie guère. Quoique toujours bien maîtrisée par Stoney, la guitare gémit et vocifère. Puissant, "Evil woman" adopte un ton hard blues. Dans le style, la musique ne manque pas d’allure. La section rythmique manifeste une cohésion indéniable. Dès "Bullets", les choses se précipitent. La guitare se couvre d’accents ‘hendrixiens’. On navigue en plein heavy metal. Le trio infernal écrase tout sur son passage. Il est destructeur. Stoney peut s’appuyer une section rythmique particulièrement solide : Charles Glover II aux drums et Colby Smith à la basse. Tout au long de cette plage menaçante, les changements de rythme se multiplient, rejetant le hard rock de Motörhead chez les poids légers. Shuffle instrumental, "Mulholland shuffle" est bien plus proche du blues. Curtis y étale toute sa dextérité. Il multiplie les notes en passant en revue toute la panoplie des effets maison. Puissant, "Crashin' down like thunder" constitue le slow blues de rigueur. Curtis sature d’électricité son "Red House Blues", mais l’absence de feeling blues (NDR : principalement dans le domaine des vocaux) fait cruellement défaut. Une introduction acide et déjantée prélude "Around the world", une nouvelle incursion dans le domaine du hard rock pur et dur. Si "Colors" émarge à la pop vigoureuse, "Soul love" nous réserve une gentille ballade. Surprenant ! "Like a man" nous replonge dans le hard rock, avant que "Baby needs lovin" ne renoue avec un rockin' blues enlevé. L’elpee s’achève par "World without you", une très longue plage à l’atmosphère paisible. Un disque destiné aux amateurs de guitare technique et largement amplifiée.

Stream Of Passion

Embrace The Storm

Écrit par
En 1995, le prolifique musicien hollandais Arjen Lucassen crée le conceptuel Ayreon, projet ambitieux qui rassemble la crème des musiciens européens de prog et de métal. Il en est le chef d’orchestre, le maître à penser, le compositeur, le producteur… Pour la première fois en l’espace de dix ans, le grand (par la taille et le talent) multi instrumentiste blond forme un combo dont il fait intégralement partie. Oubliez les derniers Nightwish, Autumn et autre Epica. Le groupe ‘à chanteuse’ de 2005 n’est autre que ce succulent Stream of Passion. Lucassen a trouvé la perle rare, une parfaite diva qui répond magistralement à ses aspirations lyriques et métalliques. La mexicaine Marcela Bovio est un ange, aussi à l’aise dans les titres heavy chantés dans la langue de Shakespeare que dans les balades piano-voix déclamées en espagnol. On ne remarque pas toutes les subtilités de l’œuvre à la première écoute. A prendre graduellement, « Embrace the Storm » nous grise, nous enivre, tant par la beauté des riffs de guitare expansifs, que par la section rythmique parfaitement synchro. Des traits de violons, un piano coureur, une ligne de viole et le majestueux talent vocal de la belle qui n’est pas sans évoquer celui de Anneke de The Gathering. Rien que ça ! Stream of Passion est l’album incontournable de ce mois, une plaque qui marie des éléments gothiques à des structures progressives, des ambiances typiquement métal à des envolées hispanisantes. Superbe !

Stuurbaard Bakkebaard

Whistle Dixie

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‘Favori de tribord Favori de bâbord’ est la traduction littérale du nom de ce trio hollandais, déjanté et doué pour le brassage des genres. Véritable groupe de scène (remember Dour 2004), Stuurbaard Bakkebaard est une sorte de super band où on aurait réuni Beck, G Love et E (de Eels). Le trio propose, à l’occasion de ce 3e album, une succulente salade mixte, où le blues côtoie la soul, le rock’n’ll et un hip hop bourrin. On apprécie particulièrement le jeu sautillant de la contrebasse, la variété des percussions et le travail sur les voix (“Home Made Blondie”). Des compositions originales et nerveuses (une guitare qui se lâche de temps en temps, “Dope” ou “Stoke”), avec des retournements de situation mélodique (dEUS est passé par là), renforcent l’impression d’étrangeté charmeuse de cet opus. Où dieu merci, pour une fois on n’a pas recours à l’électronique pour remplir les blancs. “Whistle Dixie” vient de leurs tripes et remue les nôtres.

Subtitle

Young dangerous heart

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Subtitle est le projet solo du MC/producteur Giovanni Marks. Originaire de la côte ouest des Etats-Unis, l’homme fait aussi partie du groupe Labwaste (NDR : responsable il y a peu de l’album « Zwarte achtegrond ») et participe à un nombre incalculable de projets plutôt confidentiels. Cet album reflète les goûts du bonhomme : hip hop, rock, mais aussi free jazz et électro (dans la lignée des productions les plus rêches du label Warp). Le flow un peu plat et monotone de Giovanni est rehaussé de beats plutôt originaux et quelquefois efficaces (surtout sur « Leave Home », le très bon « I Feel Nothing » et le titre maître). L’atmosphère abstraite évoque Anti Pop Consortium et l’écurie Anticon ; alors que certains morceaux titillent facilement les nerfs, comme ce « Fast food/fast death », aussi difficile à écouter qu’une impro sauvage d’Albert Ayler. Pas facile d’accès donc, cet elpee se révèle fort intéressant pour sa créativité (surtout à la prod) ; même si on regrettera le manque de feeling et de chaleur que dégage l’ensemble.

Shipping News

Flies the Fields

Un nouveau bon disque des Américains (Chicago) de Shipping News ! Comme si ces types étaient abonnés à l’excellence, ignoraient tout du mauvais goût, avaient compris les règles d’or du mathcore, de l’EMO, voire du slowcore quand ils osent la jouer profil bas. « Axons and Dendrites » donne le ton : louvoyant entre colère rentrée et accalmie post-déprime, c’est un titre déjà phare, que ne renieraient peut-être pas les Broken Social Scene… Puis les guitares stoppent net pour repartir en vrille, et c’est la panacée post-rock (« Louven »), d’un genre cette fois plus acariâtre : on dirait du Isis en moins doom, pour plaire aux filles et aux garçons sauvages. Le meilleur nous vient de « (Morays or) Demon », une décharge noisy entre Tool (la voix) et Fugazi : « It’s not an act of war », mais ça y ressemble quand même… Avant l’armistice « It’s not too late », toujours ce calme après (avant ?) la tempête rock. Bob Weston (Shellac) aux decks, Fay Davis Jeffers (Pit Er Pat) au chant sur « Untitled w/ Drums », et ces ruptures de tons qui mènent nos sens à l’hypnose : Shipping News réalise ici un sans faute, et signe peut-être bien son album le plus coriace et le plus inspiré. Quand à ceux qui s’inquiètent pour le chat de la pochette, Shipping News les rassure : il va bien malgré l’aluminium ; et on ronronne avec lui de plaisir. Ici l’auditeur échaudé n’a pas à craindre l’eau froide : que meure donc toute méfiance, à l’égard de ce rock douloureux mais ô combien fébrile.

Hank Shizzoe

Out and about

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Hank Shizzoe est né en Suisse. En 1966. Il vit d’ailleurs toujours à Berne et est un peu considéré comme un chantre, chez les Helvètes. Très apprécié par Crosscut, il avait déjà commis quatre albums studio pour le label allemand : "Low budget" en 94, "Walk" en 96, "Plenty of time" en 98, un opus éponyme en 2001 et un double live ("In concert") - pour lequel il avait reçu le concours de Sonny Landreth - en 2003. Hank vient de fonder une nouvelle formation : The Directors. Mais il participe également à des tas d’autres projets musicaux ; apportant notamment sa collaboration à la chanteuse Claudia Bettinaglio, aux Alpinistos, à Max Lässer ou encore à Toni Vescoli,...
 
Au sein des Directors, Hank se réserve le chant, les guitares, le bouzouki, la lap steel, l’ukulele et assure la composition. Oli Hartung se consacre exclusivement aux guitares. Enfin la section rythmique est composée de Michel Poffet à la basse et de Christoph Beck aux drums. Pour enregistrer « Out and about », la formation a bénéficié de la participation de quelques amis invités. La musique est très éclectique. Elle oscille de la chanson intimiste, presque acoustique, aux plages les plus électrifiées. A l’instar de la plage qui ouvre le disque : "Out and about". Les riffs de guitares sont coriaces, volontairement lourds. La lap steel se détache de l’ensemble. Très roots, "Your luck will find you" est une ballade très mélodique. L’orgue émet la sonorité légère d’un accordéon. Bien dans le tempo, Hank est ici au sommet de son art. La transition opérée par "Happy man" s’opère toute en douceur. Polo Hofer s’acquitte des répliques vocales devant le piano et la slide. Cet intimisme vaporeux domine encore "Do it now". La lap steel de Hank ronronne. Sa voix chaleureuse alimente une ambiance propice à rester au coin du feu. Western swing et mélancolie hawaïenne imprègnent "Jam". L'amplification est à nouveau branchée pour aborder "Wrong numbers". Le son de la lap steel est particulièrement réverbéré et prend un envol très métallique. "Between rhythm and blues" repose sur un riff que n'auraient pas renié les meilleurs hard rockers du temps passé. La slide flirte avec les autres guitares sous le regard inquiet de Poffet et de Beck, responsables d’une assise rythmique de plomb. Michael Poffet ne tient plus en place et dirige la manœuvre lors du bref et décapant "Mrs Hippy" ; c’est le moment choisi par les guitares de s’autoriser un véritable délire. "Stumble through the desert" marque le retour à la douceur. Ce qui n’empêche pas les différents instruments d’élaborer une trame complexe. Tout est superbement mis en place dans le monde sonore de Shizzoe. La voix de Claudia Bettinaglio apporte une certaine délicatesse à la mélodie éthérée de "Fuzzy" ; mais également à celle de "Long lists". Dans un style au sein duquel Shizzoe excelle... La précision du jeu des musiciens est très perceptible tout au long du swinguant "These are the days" et puis lors de la finale "That's who I am". Hank Shizzoe et ses amis viennent d’écrire un nouvel épisode de l’histoire de la roots music. Et il est particulièrement captivant !

Shooting At Unarmed Men

Soon There Will Be…

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Ce disque a autant de chance d’approcher les ondes, qu’un pingouin de se promener dans les rues de Londres. Mais là n’est pas le problème. Car cette décharge d’électricité comble largement notre incurable dépendance aux distorsions furieuses, aux mélodies candides plaquées sur deux accords impétueux. Pourtant, le scepticisme était de mise avant de pousser le disque de Shooting At Unarmed Men dans le lecteur. Ce n’est rien de l’écrire : Shooting At Unarmed Men ne doit son existence qu’à la dépouille de Mclusky. Jon Chapple, son bassiste, fou, parfois cagoulé, souvent givré ayant décidé de rejoindre une autre équipée d’énergumènes chopés du ciboulot. Et à l’écoute du premier album de la formation galloise, il convient de s’agenouiller, d’admettre que ce nouveau départ flirte avec la réussite. Shooting At Unarmed Men agrippe la folie par le col et la traîne dans ses derniers retranchements. L’énergie, la fraîcheur de ce disque, l’envie bordélique de déménager le quartier à grands coups de riffs cinglants inspirent un album puissant, brutal, diablement mémorable. La démence s’est emparée des guitares pour balancer de solides morceaux : « Take Care of Business », « Four-Eyed McClayvie » ou le fulgurant « There’s a reason It’s Called The Easy Way Out ». Une camisole au cou, cet album chancelle dans les couloirs d’un hôtel psychiatrique où les locataires portent des noms mystiques : Nirvana, Melvins, Mclusky, Pixies. Quelqu’un aurait-il aperçu un martien ?

Ian Siegal

Meat & potatoes

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Ce jeune musicien anglais est né dans le Sud profond de l'Angleterre. En 1971. A 16 ans, il découvre le rock'n'roll avant de se tourner vers le blues. Il choisit alors pour nouveau dieu : Muddy Waters. A 20 ans, il fonde son premier groupe : Mr Siegal. Dont il transforme le nom en Ian Siegal and the Score pour commettre son premier elpee, "Picture postcards". Il s'installe alors à Londres et rencontre d'autres compatriotes comme Lee Sankey, harmoniciste de talent, en compagnie duquel il joue régulièrement. Il opte enfin pour patronyme de son band : le Ian Siegal Band. Une formation responsable l'année dernière de l’opus "Standing in the morning". Paru sur le label allemand Taxim, ce disque a été très bien accueilli par la critique. Ce qui lui a sans doute permis de tourner en première partie des Rhythm Kings de Bill Wyman.
 
"Sugar rush" emprunte un bon tempo. La section rythmique soutient les cordes du soliste Matt Schofield. Une section qui pour la circonstance réunit la basse d’Andy Graham, les drums de Nikolaj Bjerre, l’orgue hammond C3 de Jonny Henderson et la guitare rythmique de Ian. La voix de Siegal est très musicale. Il est capable de la moduler à souhait. Et même d’emprunter le timbre caverneux de Howlin' Wolf. Un timbre qui peut se faire étrange et hypnotique. A l’instar de l’excellent « Revelator ». Face au riffs de guitare, la sonorité des cordes accentue cette impression d’insolite. Siegal possède un solide talent de compositeur. "Butter side up" baigne au sein d’une certaine sérénité. Très présente, la voix ne manque pas de caractère. Dans un registre proche de Chris Rea. "Drowned my sorrows" marque un changement radical de style. Les percussions se manifestent d'entrée sur un chant incantatoire auquel réplique les choristes. Pour la circonstance, Ian a choisi une guitare National steel, à la sonorité bien métallique. Plage funky, "Brandy balloon" baigne au sein d’un certain exotisme. Un soupçon de reggae filtre dans le rythme. L'orgue d’Henderson se fond au cœur de ce climat propice au dialogue échangé avec la batterie. Rejoint par l'harmonica de Giles King, la guitare acoustique ouvre une parenthèse rafraîchissante de blues rural chez "Work". "She got the devil in her"/"I gotta try baby" baigne au sein d’une atmosphère Delta. La voix majestueuse de Ian domine son sujet. Les cordes s'enflamment alors que cette rythmique lancinante persiste. L'arrangement est royal. Une plage qui monte lentement mais sûrement en puissance. La voix devient surpuissante, expressive, impressionnante. On entre alors clairement dans le monde du southside de Muddy Waters. L’organe de Ian est à nouveau remarquable lors de son interprétation de "Falling on down again", un R&B particulièrement lent. Et Jonny, à l’orgue, mène parfaitement sa barque. L’univers sonore est pour la circonstance très proche de celui d’Otis Redding époque Stax. Encore que les inflexions de la voix me font plutôt penser à l'Irlandais Van Morrison. Le tempo s'élève pour le R&B "Bloodshot". Une plage enflammée par une solide partie de cordes exécutée par Schofield. L'Interlude #2 trahit une nouvelle fois l’admiration sans bornes qu’il porte à Waters. Un vrai bonheur ! Le jeu de slide du maître est fort bien respecté. "Magdalena" opère une autre brillante incursion sur l'axe Mississippi – Chicago. La voix caverneuse de Howlin' Wolf revient chatouiller nos oreilles. Très bien ficelé, le titre maître est définitivement tourné vers le Delta. Le timbre vocal de Ian Siegal y est sculpté comme un joyau. La guitare lorgne du côté de John Lee Hooker voire de Lightnin' Hopkins. Un must pour 2005!

Siegel Schwall Band

Flash forward

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Corky Siegel (chant, harmonica, piano) et Jim Schwall (guitare, chant) fondent, au beau milieu des sixties, le Siegel-Schwall Band, un des groupes pionniers de blues blanc aux States. Le tandem se partage la composition. Et engage Sam Lay aux drums. Un vétéran qui milita au sein du Little Walter Band à la fin des 50s, puis accompagna Muddy Waters et Howlin' Wolf, avant de rejoindre le Paul Butterfield Blues Band. Le line up sera complété ultérieurement par le bassiste Rollie Radford, un personnage qui rejoindra le groupe peu de temps avant sa première séparation. La formation commettra de nombreux elpees jusqu'à leur split, en 1974 ; dont le tout premier éponyme. En 1966, chez Vanguard. En 88, l’ensemble se réunit lors d’un concert accordé à Chicago. Un opus ‘live’ (sorti chez Alligator) immortalise cet événement : "Reunion Concert".
 
« Flash forward » constitue donc le premier album studio du Siegel Schwall Band, depuis 32 ans. Evidemment si on ne tient pas compte de la discographie en solitaire des deux leaders. Et notamment les deux opus de Corky Siegel et son Chamber Blues : "Corkie Siegel's Chamber Blues" ainsi que "Travelling Chamber Blues show!". Les deux musiciens blancs sont donc à nouveau soutenus par une section rythmique bien noire. En ouverture, "Afraid of love" épouse la structure rythmique de Jimmy Reed. Corky se réserve l’essentiel de la partie solo. A l’harmonica. Assis derrière ses drums, Sam assure les vocaux. Très rythmique, la guitare fait preuve d’une grande efficacité ; mais les choeurs sont plutôt encombrants. Corky chante son "Déjà vous", une compo très rythmée, assez boogie. Son jeu d'harmonica n'est guère éloigné du style pratiqué par Sonny Terry. Le chapitre instrumental est très intéressant, brillant même ; malheureusement j’émettrai de nettes réserves pour le chant et surtout les chœurs pathétiques de Rollo et de Miss Marcy Levy. J'apprécie beaucoup Sam Lay. Il a écrit et chante "Goin' back to Alabama". Corky y démontre qu’il est bien meilleur instrumentiste que vocaliste. Jim Schwall signe "The underqualified blues", un slow blues largement inspiré par Muddy Waters. Il chante un peu mieux que Siegel. L’intervention à l’harmonica est sublime. Proche de Little Walter voire de James Cotton elle transpire le vécu. Le piano est bien présent et joue parfaitement son rôle. A l’instar d’un Bob Margolin épaulé par Muddy, Jim opère sa sortie. Rollo Radford (le bassiste) a écrit le récréatif et un peu fêlé "Krazy". En outre, il chante d'une voix plus mâle que ses amis blancs. La plaque recèle cependant quelques plages plus faibles : "Can't stop" et son rythme reggae, "On the road" aux accents country (NDR : Jim se consacre pourtant à la mandoline) ou encore "Twisted", un peu trop calqué sur le classique "Killin' floor". Mais dès que Sam Lay revient sur le devant de la scène, les compos retrouvent, comme par magie, toute leur intensité. A l’instar du boogie "Rumours of Long Tall Sally", un des sommets de l'album… mais surtout un fragment qui inspire les deux solistes. Ballade délicate chantée d’un timbre grave par Rollo, "Pauline" est imprimé sur un tempo subtil. En finale, le très downhome blues "Stormy weather love" est empreint d’une grande sensibilité. Sam Lay la chante avec beaucoup de feeling et de sensualité. Bien qu’affichant de solides atouts, "Flash forward" nous laisse un peu sur notre faim. Bien sûr, les musiciens sont d'un niveau plus qu'honorable, et en particulier Siegel ; mais il faut reconnaître que le bât blesse dans le domaine des vocaux.