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La vérité selon RORI

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Mitch Kashmar

Nickels & dimes

Écrit par
Mitch est né en 1960. A Santa Barbara, en Californie. Il fonde son premier groupe, les Pontiax, en 1980. Une formation qui écume la région avant de s'établir à Los Angeles. En 1985. A l'époque, les Pontiax enregistrent l'album "100 miles to go". Chez Blue Sting, le label belge cher au boss de Parsifal, Nico Mertens ! Le combo emprunte alors à différents styles : Chicago, Texas, Louisiane et West Coast. Mitch s’impose comme un excellent chanteur/harmoniciste ; et il ne manque pas d'impressionner Kim Wilson, James Harman et William Clarke en personne.
 
L’opus swingue dès "Dirty deal". La technique et le son de la guitare de Jr Watson sont facilement reconnaissables dès les premiers accords. Il n'attend d’ailleurs guère plus d'une minute avant de prendre sa première envolée. Constituée de Ronnie James Weber à la basse et de Richard Innes aux drums, la section rythmique porte les solistes. Kashmar ne tergiverse pas davantage pour se réserver un solo inspiré par Sonny Boy Williamson. Le titre maître est imprimé sur un tempo funky. Watson est toujours aussi brillant ; mais l’originalité procède de l’éclat affiché par l’harmonica. Pour le plus grand plaisir de nos oreilles, l’homme a indiscutablement un style bien personnel. Le West Coast swing est omniprésent. A l’instar de "New York woman". Non seulement Mitch souffle divinement et chante d'une voix bien assurée et très musicale, mais c’est également un excellent compositeur. L'ensemble joue avec légèreté et justesse. "Just show it to me" en est une nouvelle démonstration. Pour la circonstance, le piano sautillant de Bob Welsh met le nez à la fenêtre, immédiatement talonné par les cordes au débit insatiable de Junior. Chicago blues, "Lizzy Mae" est un slow très dépouillé écrit et chanté par Abu Talib. Alias Freddy Robinson, il joua naguère pour Little Walter, Howlin' Wolf et John Mayall. Des instants d'intense émotion ! Kashmar hausse allègrement le rythme et s'engouffre dans un sémillant «Gettin' drunk», au cours duquel Watson se distingue en coupant ses notes littéralement au couteau. Bob Welsh est passé au piano et joue à la manière d'Otis Spann pour interpréter "Backy Ann", une compo lente inspirée par le Chicago blues. Il y a bien longtemps qu’on avait plus entendu parler d’Arthur Adams ; et pourtant ce chanteur/guitariste noir est bourré de talent. Sa voix est incroyable. Et c’est avec un grand plaisir qu’on le retrouve ici pour chanter son "Knock 'em dead". Des rythmes syncopés ou variables balaient le "I don't play" de Willie Dixon. "Whiskey drinking woman" constitue le dernier blues lent à fleur de peau. L’ambiance navigue quelque part entre Chicago et Baton Rouge, un thème proche de Guitar Slim que colore Junior Watson, tel un chien fou et si passionné, d’un solo sublime. Retour au swing pour "We're sittin' home tonight". Sur un tempo proche du "Honky tonk" de Bill Dogett, le piano se trémousse alors que l'harmonica ne tarde pas à s'éclater sur un très haut niveau. Après «Who», un dernier west coast swing, l’opus s’achève par l’instumental dynamique "Runnin' off at the mouth". Ce Mitch Kashmar est un merveilleux harmoniciste. A cet égard, je félicite Andy Chortkoff. Après nous avoir permis de découvrir le superbe opus de Mannish Boys, son Delta Groove remet le couvert pour Mitch Kashmar. Il se produira au prochain Spring Blues d'Ecaussinnes, au sein des West Coast Winners, une formation qui implique Frank Goldwasser, Leon Blue, Freddie Roulette et Sugar Pie Desanto. En 2004, il y était déjà présent ; mais chez Top of the Harps, en compagnie de Doug Jay et de Birdlegg.

Kid 606

Resilience

Branle-bas de combat chez les fans de Kid606 : l’homme abandonne la drill’n’bass pour une électro moins revêche, teintée de hip hop, d’ambient et d’electronica warpienne. Evaporées donc la chair de poule et l’hypertension nerveuse, place aux nappes bien tendues, aux rythmiques reggae et à la frime old school ! Forcément, ce regain de simplicité surprend de la part d’un esthète du beat qui crisse et qui tabasse : on aurait presque l’impression qu’il ne s’est pas foulé la cheville pour accoucher de ce disque (le sixième)… Heureusement c’est joli, à défaut de réellement nous taquiner l’oreille. Mention spéciale au bourru « Xmas Funk », à l’aérien « I Miss You » et au triste « Audition », qui dévoilent une palette sonore originale, du moins pour les adeptes du Kid. Le fusil ainsi changé d’épaule, Kid606 espère se faire de nouveaux potes dans la sphère électronique… Opportuniste ? Non : juste une nouvelle mise à nu, moins sanguine et plus intime. Fallait quand même oser.

KillCity

White Boys Brown Girl

Écrit par
Durant les années 80 et 90, Alan McGee a signé sur son label Creation tout ce qui a compté et compterait un jour : Primal Scream, Oasis, Ride, Jesus & the Mary Chain, My Bloody Valentine, Super Furry Animals, etc. Quelques dépressions et abus de drogues plus tard, il a fondé une nouvelle structure, tout aussi fantasque que la précédente et dénommée Poptones. C’est ici qu’on été signés les Anglo/Gallois de Kill City. Un quatuor emmené par Lisa Moorish à la voix et Pete Jones à la basse. Une musique typiquement anglaise : des programmations rythmiques directes, des guitares électriques vitaminées et une attitude punk qui n’oublie pas les mélodies pop. Les premières écoutes du disque ne sont pourtant pas flatteuses : on a l’impression d’entendre encore une autre de ces productions très eighties qui commencent à saturer le marché. Les quelques ‘hommages’ appuyés sont d’ailleurs proches du pastiche. La mélodie de voix et la batterie de « New York in My Pocket » sont piqués au « Disorder » de Joy Division. Ces quelques réserves passées, il faut reconnaître que les morceaux sont plutôt bons. On notera le très pop « Hooligans On E » (co-écrit par l’ex Libertines Pete Doherty), hymne « lad » par excellence. « ‘T Is a Pity she’s a Whore », « Just Like Bruce Lee », ballades pop up-tempo. Dans un registre plus calme, l’électro western de « Strychnine » fait aussi son effet. La plage titre est quant à elle déclinée en pas moins de 3 versions, dont un remix d’Andrew Innes (Primal Scream). Au bilan, on n’ôtera pas à ce disque ses qualités indéniables (surtout les compos), mais la production peu inspirée de l’ensemble risque de lui filer un coup de vieux prématuré.

Kill The Young

Kill the Young

Écrit par
Originaires de la région de Manchester, ces jeunes gens nous proposent leur premier opus. Une oeuvre inspirée par le rock américain (Smashing Pumpkins) et le rock anglais (Placebo, Smiths). La voix de Tom Gorman évoque celle d’un Richard Ashcroft pré pubère qui aurait écouté plus de new wave (Cure pour le son des guitares et basse) et moins les Stone Roses. Une collection de chansons mixée par Flood (U2, New Order et beaucoup d’autres) à l’énergie toute juvénile et à la théâtralité totalement assumée. Cette plaque devrait surtout donc plaire aux éternels adolescents et aux adolescents tout court qui vont visiter les cimetières les jours de pluie, le walkman vissé aux oreilles, pour oublier leur spleen, en entendant la voix chevrotante de Tom qui crie « I got no proobleemmmss…. ». Et les autres ? Ils peuvent passer leur chemin.

BB King

The great BB King

Écrit par
Paru en 1960 sur le label américain Crown, cet elpee fait aujourd’hui l’objet d’une réédition sous la forme du compact disc. Ce cinquième opus de B.B. réunit des plages enregistrées chez Modern records depuis 1952. La plaque s’ouvre par "Sweet sixteen", un superbe blues enregistré à l’origine par Big Joe Turner, en 1952. Une plage qui est considérée aujourd’hui comme la plus notoire de B.B.. Tout y est : la voix si expressive et musicale ; la guitare qui répond sans cesse au chant. Un merveilleux exemple du savoir faire de cette légende vivante du blues. Ce titre avait atteint la 2ème place des charts R&B en 1960.
 
"Quit me baby" est un blues mid tempo. B.B. est toujours au sommet. Les cordes de Lucille sont bien en avant. Autre superbe blues lent, "I was blind" bénéficie du concours de chœurs masculins : ceux des Kings Men ! Une participation très convaincante. Les titres de bonne facture se succèdent. A l’instar de "What can I do" ou encore de "Some day somewhere", une compo introduite par une guitare fragile et un vibraphone. Le disque recèle également trois succès mineurs décrochés en 1954-55 (NDR du R&B !) : le "Sneakin' around" de Jessie Mae Robinson, "Ten long years" (NDR : un classique de B.B. !) caractérisé par cette voix qui vous flanque des frissons partout, et "Whole lotta love", une plage rendue célèbre par le Led Zeppelin et ici découpée par un riff particulièrement acéré, réminiscent d’Elmore James. B.B. chante nerveusement "Days of old" devant sa section de cuivres au grand complet. Il y dispense un solo impeccable. Chacune de ses notes fait mouche. Ce tracklist figurait sur l’elpee originel. Ace nous gratifie ici de huit bonus tracks, dont six n’avaient jamais été édités à ce jour. Et tout d’abord "Young dreamers", une ballade soul sans grand intérêt, nonobstant la présence d'arrangements de cordes. Très rock'n'roll, "Bim bam" date de 1956. Le piano est sautillant. Les choeurs sont plutôt désuets ; mais le solo accordé par Plas Johnson au sax ténor est vraiment explosif ! Pour votre info, sachez que B.B. n'aimait pas cet enregistrement… Le morceau de plastique recèle encore une reprise classique du "Trouble in mind" de Richard Jones. BB chante également "Down now". Sa voix est bien moins haut perchée que de coutume. Le piano de Lloyd Glenn est impeccable. Lucille opère une sortie discrète mais déterminante. Les quatre plages finales sont reproduites en stéréo et bénéficient de la participation des musiciens du saxophoniste Maxwell Davis. Tout d’abord une très bonne (NDR : et nerveuse !) version du "Broke and hungry" de Sleepy John Estes. Ensuite le "Shotgun blues" de Lightnin' Hopkins. B.B. chante cette cover très virilement et laisse éclater ses cordes. Il vit son blues. B.B. interprète deux de ses compositions : "What a way to spend the night" et "A woman don't care". Du King pur et dur. Pas de cuivres. Un accompagnement minimaliste : un piano et bien sûr une guitare acérée, largement amplifiée.

King Me

Happy Happy

Écrit par
Le quatrième opus de King me, « Happy Happy », n’est vraiment pas une invitation à faire la fête… En cette période estivale propice aux sourires de circonstance, cette plaque risque de plomber l’ambiance de plus d’une soirée mojito… Un peu comme si David Lynch décidait de retirer son costard pour exhiber ses abdos (?) blafards avant une démonstration exhibitionniste de Capoeira. Chocking ! ‘You’ve got all my sympathy’ chante King Me dans « I’ll go where the sun goes ». Ils ont toute la nôtre aussi ; même si leur elpee n’est pas un chef d’oeuvre et que leurs complaintes lo-fi proches de Mogwaï, Quickspace ou même Muse (« The Happy Heather ») risquent fort de foutre tout le reste de notre été en l’air. Dans le style, il faut reconnaître, qu’ils ne manquent pas de courage...

Jack Adaptor

Jack Adaptor

Écrit par
Jack Adaptor est sûrement un des pires noms de groupe jamais entendu (pourquoi pas s’appeler Guitar String tant que vous y êtes ?). Mais comme le dit le dicton, on ne juge pas un livre par sa couverture. Votre serviteur s’est donc scrupuleusement plongé dans l’univers sonore concocté par Paul Frederick (chant) et Christopher Cordoba (guitare et production). Pendant les années nonante, nos deux compères ont officié chez Family Cat, groupe indie pop dont la réputation n’a pas traversé la Manche. La galette commence bien mal par « Everything is Free », cornichonnerie bourrée de solos de guitare et de boîtes à rythme hip hop estampillées ‘eighties’. Le niveau remonte dès le très Mc Cartney « When I Used To Have A Show », morceau qui prouve que nos deux gaillards savent écrire des chansons, et des bonnes. Le problème procède de la surenchère d’effets et de gimmicks qui rendent les plages totalement indigestes. Dommage, car à force de vouloir plaire à tout prix, Jack Adaptor massacre des compos de haut niveau.

Juke Joints

Let it roll

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Se proclamant les ‘Masters of rock rollin blues’, ce groupe zélandais fort sympathique roule sa bosse depuis 23 longues années. Une formation qui manifeste une énergie (NDR : une pêche si vous préférez) incroyable sur les planches. De véritables ‘entertainers’ ! Lorsqu’ils se produisent près de chez vous, ne les manquez sous aucun prétexte ; vous ne serez pas déçus. Parce qu’ils donnent tout ce qu’ils ont dans le ventre. Nonobstant leur longévité, la formation n’a rien perdu de cette soif insatiable de jouer le blues, le boogie ou le rock'n'roll. Un quartet drivé par un personnage souriant et chevelu : le drummer Peter Kempe. Il est soutenu par le fidèle John ‘Sonnyboy’ Van der Broek à l'harmonica, Michel Staat à la guitare et Peter Van Merode à la basse.
 
Quel chemin parcouru depuis leur "Dancing shoes", un premier elpee paru en 1986. Depuis, la formation a commis dix albums dont quatre live : "Live in Bogrum" en 89, "One, two, five …live" en 96, "Willie Foster and the Juke Joints – Live!" en 99 et enfin "Live in Ireland" en 2001. Sans oublier le Dvd "Live at Moulin Blues" en 2002. Je le répète, c’est en public que les Joints prennent toute leur dimension.
 
Peter (NDR : la casquette rouge Bud bien vissée sur le crâne) démarre sur les chapeaux de roue par une version très puissante de "Millions miles from nowhere". Du Juke Joints pur et dur. C’est ce qu'ils font le mieux. Le baromètre est déjà dans le rouge. L’orage gronde. Un climat entretenu par "Treat my baby", une compo au cours de laquelle Boogie Mike Staat se détache habilement, tandis que complètement allumé, Sonnyboy se déchaîne sur son Mississippi saxophone. Que du bonheur! Marcel Scherpenzeel est un des meilleurs gratteurs hollandais. Et il le démontre sur les deux plages pour lesquelles il a ramené sa slide. Tout d’abord sur le titre maître, un boogie brûlant entretenu par un son sale et râpeux (NDR : indispensable lorsqu’on entre dans un tel registre) et "I'm in the mood", un shuffle classique, très Chicago blues, au cours duquel Marcel pousse Boogie Mike dans ses derniers retranchements. Et c'est du tout bon! Sonnyboy empoigne son accordéon et pousse son petit air zydeco lors de la reprise très rock'n'roll du "Marie Marie" de Dave Alvin. "Double talk" et "You got to move" émargent à un Chicago blues rock assez classique. La voix de Rory Gallagher semble être réincarnée chez Peter, pendant que Sonnyboy s'envole à l’harmo. L’enregistrement de l’opus a bénéficié du concours de deux membres de Barrelhouse, une très ancienne et notoire formation de blues batave : la délicieuse vocaliste Tineke Schoemaker et le redoutable pianiste Han Van Dam. Et c’est une excellente surprise ! Notamment lors de l’adaptation du "Louella" signé par la longiligne chanteuse louisianaise Marcia Ball et le "99 pounds" de Don Bryant. Tineke et Han parviennent ici à brider le tempérament explosif de leurs amis de Kwadendamme. La plaque recèle deux instrumentaux : "Blues for the soul" (NDR : un slow blues inspiré par Ronnie Earl, mais qui ne colle pas vraiment au style des JJ) et "The rumble", un fragment particulièrement réussi qui permet aux solistes de se mettre en évidence. Lorsqu’ils enregistrent un album, les Joints ne manquent jamais d’adresser l’un ou l’autre clin d’œil à celui qu’ils considèrent comme leur maître : le regretté Rory Gallagher. Hanté par l’esprit du célèbre et mythique musicien irlandais, Peter empoigne sa mandoline et la gratte furieusement pour chanter le célèbre "Bullfrog blues". L'album s’achève par une version puissante et catégorique du "Steve's Last ramble" de l'Américain Steve Earle ; un réquisitoire implacable parcouru par la rythmique métallique de Staat. Si à ce stade, les Juke Joints peuvent déjà prétendre nous avoir gratifié d’un excellent opus, ils ont le bon goût de nous accorder généreusement trois rappels. "After hours" comme ils disent. Tout d’abord l'instrumental "Out of the blue", destiné à mettre en exergue le souffle généreux de Mr Van der Broek. Ensuite un nouvel hommage à Gallagher : "'k gae wee naer uus toe". Peter s’y réserve la mandoline pour chanter - dans la langue de Vondel - l'imparable "Going to my hometown". Enfin "Boogie at midnight". Un concentré du potentiel de cette redoutable machine de guerre musicale que sont les Juke Joints. Suivant la formule consacrée : ‘Don't forget to boogie’…

Juliette

Mutatis Mutandis

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Juliette est un paradoxe sur pattes. Certains ont tendance à la considérer comme une débutante, alors qu’elle n'a plus 20 ans (elle en a 40) et qu’elle en est à son 6e disque. D’autres en font leur héroïne anti-Star Academy, alors qu’elle a collaboré avec Olivia Ruiz, une ex-candidate en quête de réhab… Bien sûr, Juliette ne s’est pas fait connaître via la télévision, mais quand même. Revenons à notre sujet : cet excellent 6e disque. La Toulousaine Juliette (de son vrai nom, Juliette Noureddine, immigrée de la 3e génération, d'origine kabyle) n’a pas maigri : elle est toujours aussi ronde que ses lunettes, mais son inspiration, elle non plus, n’a pas perdu de poids. Qu’elle consacre une chanson aux bonnes, aux chérubins ou aux ados colombiens perdus dans un monde que la drogue a rendus fous, la chanteuse n’abandonne pas sa bonne humeur, sa verve, sa fantaisie, mettant en scène ses chansons comme de mini-pièces de théâtre… ‘Pour moi, dit-elle, le CD est un support publicitaire à mon travail sur scène. Pas l'inverse.’ Le titre du nouveau disque « Mutatis Mutandis » (c’est traduit dans les pages roses du livret du CD !) insinue que Juliette a changé. Bien sûr, c’est toujours de la chanson française assez classique, mais, il est exact qu’elle semble pour la circonstance sublimée par les qualités de l’extravertie interprète : fabuleux sens du spectacle, énergie brute, goût pour les mots et délicieux humour. Qu’est-ce qui a réellement changé alors ? Peut-être une tendance à jouer davantage avec son ordinateur, à programmer des samples, à parler latin (il y a une chanson en latin tirée d’un texte de Charles Baudelaire), à essayer de faire danser les gens, et puis aussi une propension nouvelle à faire des duos, mais pas avec des chanteurs de métier. Non, ici c’est avec Guillaume Depardieu ou avec l’ex-Deschiens François Morel sur un sautillant « Mémère dans les orties » qui raconte une dispute de couple sur un ton feutré. Tous ces changements seront-ils suffisants pour ouvrir Juliette au grand public, ce qui est la logique étape que doit franchir sa carrière à ce stade ? Franchement, ce serait mérité.

Janez Detd / Green Lizard

Killing me

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Plus proche de Green Day que des Sex Pistols, Janez Detd défend les couleurs du punk rock belge avec panache. Il y a plus de huit semaines que le combo est n°1 dans le top 50 de Studio Brussel. Pas vraiment fréquent pour un groupe belge, punk de surcroît, de faire la nique à Rammstein ou à Coldplay. Déjà trois mois que l’album « Killing Me » est paru. La plage titulaire de cette plaque adulée par les ados flamands vient de bénéficier d’une gravure en single, ou plutôt sous le format d’un split-single, puisqu’on retrouve en ‘flip side’ deux titres du groupe Green Lizard qui milite dans le même registre. Et pour votre information sachez que jusque la fin de l’année 2005, les 50 premières personnes qui se présenteront à un concert de Janez Dedt recevront ce split Ep.

Doug Jay

Jackpot!

Écrit par
Douglas H Jay est né en 1953. A Pensacola, en Floride. Sa famille émigre de la Virginie au Texas, en passant par Rhode Island, la Californie, Hawaï, avant de se fixer enfin à Washington D.C. Inspiré comme beaucoup de ses contemporains par Little Walter, Doug taquine très vite l'harmonica. Ses débuts professionnels remontent à 1976. Il incorpore les All Stars from Charlottesville, en compagnie desquels il enregistre l'album "Tip your waitress", en 78! En 80, il rejoint le groupe de Bob Margolin. En 1990, il tente sa chance à San Francisco en compagnie du guitariste local, Anthony Paule. Ils commettent un premier elpee en 93 : "Until we meet again". Le band s'embarque alors pour l’Europe. Il va d’ailleurs y accomplir de nombreuses tournées. Entre-temps, il revient à Washington pour graver un nouveau long playing : "Get it while it's hot", flanqué d’Alex Schultz et de Big Joe Maher.
 
Il semble cependant de plus en plus attiré par le Vieux Continent et réunit ses nouveaux Blue Jays en Allemagne ; musiciens qui participent à la confection de cet opus. En l’occurrence le guitariste/chanteur Christoph "Jimmy" Reiter, le bassiste (NDR : un Néerlandais !) Jasper Mortier (ex-Sugarcane et Boyd Small) et le batteur André Werkmeister.
 
L'album s'ouvre par "In the darkest hour". La guitare de Christoph Reiter imprime un riff cher à Magic Sam. Une excellente entrée en matière ! Et vous pouvez me croire, Reiter est capable de faire sonner sa guitare sur un axe Chicago West Side. Il aligne de petites grappes de notes dans un style proche du Jump de la côte Ouest! Doug prend le relais et signe une entrée dynamique sur "I'll do anything for your love". Et c'est encore Christoph qui se met en évidence. Il joue d'abord en rythmique pour épauler la basse et la batterie, avant de s'envoler en solo. Les Blue Jays s'inspirent de la Louisiane et de New Orleans en particulier, tout au long du titre maître. Et la prestation au piano de l'excellent teuton, Chris Rannenberg, n’y est pas étrangère. Instrumental plaisant, "Giddy-up" permet enfin à Doug de manifester son talent, qu’on pourrait facilement comparer à Little Walter. Chicago shuffle, "Real bad girl" permet aux musiciens de se réserver de bonnes parties. Doug et Rannenberg notamment. Plage divertissante, "Ya hoodoo me" fleure bon les parfums exotiques. Tout est parfaitement en place. Guitare et harmonica se conjuguent en parfaite harmonie. Le tempo s'envole sur "I jump". Une parenthèse - bien entendu - dans le style jump californien. Jimmy s’y inspire largement de Hollywood Fats! Mais pour la circonstance, Doug se révèle bien plus proche de Rod Piazza voire de William Clarke. Excellent! Et "Just say so" est sculpté dans le même moule. Le swing envahit alors l’espace sonore. Lors du "When I get lucky" de Floyd Dixon, la formation s'étoffe. Le piano de Chris et deux saxophones évoluent à l'avant-plan. Thomas Feldmann et Sax Gordon Beadle en décousent avec l'harmonica. Le groupe adapte deux compositions d'Otis Spann : le saignant "It must have been the devil" (impliquant Rannenberg en pole position au clavier) et le plus lent "Half ain't been told". Cette dernière plage libère beaucoup d'émotion. Et Christian (très Spann en effet) ainsi que Doug sur l'instrument chromatique tirent leur épingle du jeu ! Mr Jay et Reiter ont co-écrit le funkysant "I know what's been goin' on". Acides et largement amplifiées, les cordes aigues et amplifiées s’agitent devant l'orgue de Roel Spanjers. Le duo a également composé "Tumbleweed", un instrumental surf. Cet album de bonne facture s’achève par une compo signée Doug et Jasper : "Each & every day" ; un léger boogie blues inspiré des swamps louisianais, au cours duquel Doug Jay se réserve un solo dans les aigus.

Jennifer Gentle

Valende

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Chaque été, le cinéma américain nous offre son lot de gentils petits films d’épouvante… Le fantôme d’une fillette ère entre les murs d’une vieille maison coloniale délabrée, perdue au milieu des bois de la Nouvelle Angleterre. Chuchotements, vieilles poupées en porcelaine et dentelles jaunies par le temps sont bien souvent les seuls indices dont dispose le héros du récit appelé à résoudre l’énigme ; une énigme qui l’entraînera également au milieu des bois encore verts ; mais dont les feuilles mortes sont déjà balayées par un vent de début d’automne. A moins que la réponse ne se trouve dans une de ces chambres aux fenêtres continuellement ouvertes et dont les rideaux, rongés par les mites, flottent au gré des bourrasques… C’est cette ambiance, vaguement glauque mais fleurant bon la végétation et l’été indien, qui émane de ce troisième opus de Jennifer Gentle. Fondé en 2000, récemment signé par Sub Pop, le duo italien nous offre, par l’entremise de « Valende », un joli petit cadeau de fin d’année… Constitué de plages pop bucoliques et spectrales, cet opus donne un aperçu de ce que pourrait produire la rencontre improbable entre les Beatles et le cavalier sans tête de Sleepy Hollow. Hormis « I do dream you », titre dingo aux influences garage 60’s, et « Hessesopoa », délire bruitiste hautement dispensable, tout le reste de l’oeuvrette nous convie ainsi à un apaisant banquet mortuaire célébré au milieu des saules pleureurs ; paradoxe absolu d’un disque au pouvoir d’attraction presque dérangeant…

Jim Liban

Hot tongue and cold shoulder

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Excellent harmoniciste, Jim Liban force le respect auprès de ses pairs. Il est d’ailleurs un des favoris de l’ami Français, Benoît Blue Boy. Peu connu de ce côté de l'Atlantique, il avait entamé sa carrière pendant les années 60, dans l’A.B Skhy. Au cours des 70’s et des 80’s, il dirige Short Stuff ; un ensemble absolument inconnu chez nous. Une formation responsable d’un collector intitulé "What time is it?". Jim vit toujours à Milwaukee, dans le Wisconsin. Il sort rarement de sa tanière. Ses trop rares albums ont été chroniqués par votre serviteur. "All corned up" est un instrumental qui évolue constamment sur un tempo lent. Jim y démontre toute la puissance naturelle de son souffle, tout son feeling, toute l'émotion qui se dégage de son jeu apparemment fort simple mais combien efficace.
 
Le guitariste Perry Weber a composé "Hot tongue and cold shoulder". Très syncopé et bien soutenu par les percussions de Jimi Schutte, le titre maître est introduit par sa guitare réverbérée. Chicago Southside blues alangui, "I've got a job" évolue dans un style proche de Jimmy Rodgers voire d’Eddie Taylor. Jim chante en soulignant à chaque fois ses vocaux d'une petite phrase qui tue, à l'harmonica. Curieux, assez spartiate, le backing est limité à la guitare et aux drums. Pas de basse. Mais le plus impressionnant reste le son qu’il communique à l'harmo. Un peu comme si l'instrument s'acquittait du chant! Liban a écrit "Maxwell street", en pensant certainement à Jimmy Reed. Il chante dans le micro astatique en donnant une certaine distance à sa voix. Il souffle comme un possédé dans l'instrument à bouche. L'effet rythmique est garanti. "I say what I mean" persévère selon le même schéma. Une compo qui frétille. Un peu comme si vous aviez des fourmis dans les jambes. La ligne rythmique est toujours minimale, simple, même lorsqu’elle est échafaudée par la guitare. L'harmonica décolle quand et où il veut. La sobriété et l'efficacité régissent "Someday baby". L'harmonica est joué sans filet, si proche de nous. Perry Weber revient chanter son "Big fat woman". La ligne rythmique est plus consistante. A cause sans doute d’une guitare barytone actionnée par Jim Liban. Les recettes simples sont souvent les meilleures. Tout au long de l’onctueux "If you think", Jim jouxte les climats poisseux des swamps louisianais. Il faut l'entendre vivre son instrument. Au cours de cet exercice, il y offre tout son corps, toute son âme. A l’instar d’un homme orchestre des années 50, "I'm a selfish man" ne bénéficie que d’un accompagnement squelettique. Une énergie débordante habite Jim lors de l’interprétation de "You can't hurt me anymore". Il exprime ainsi son bonheur de chanter tout en dispensant ces courtes phrases accrocheuses. L'harmo bave, dévore. Une technique développée depuis Sonny Boy Williamson 2. Trop court, cet opus s’achève comme il a commencé : par un instrumental paisible intitulé "145 blues". Un morceau d'une efficacité rare, qui laisse encore Liban montrer les dents en exécutant son jeu.

Jimmy Barock

We used to build wings at night

Écrit par
Quatuor batave, Jimmy Barock nous vient de Groningen. Et « We used to build wings at night » constitue son tout premier Ep. Un disque qui a reçu le concours de Zlaya (Sonic Youth, Motorpsycho) à la masterisation. Les six titres de ce morceau de plastique évoluent dans un registre noisy pop/rock assez ténébreux, sorte de croisement improbable entre un Buffalo Tom moins véloce et un Afghan Whigs moins soul. C’est d’ailleurs le timbre vocal écorché, tourmenté, d’un des deux chanteurs qui rappelle le chant de Greg Dulli. Plus claire, celle du second vocaliste atténue cependant cette impression de vague à l’âme. Côté instrumental, non seulement les deux guitares se conjuguent impeccablement, mais bénéficient surtout d’un drumming à la fois riche, souple et tribal. Prévu pour la fin de l’année, leur premier opus devrait nous en apprendre davantage…

John and The Sisters

John & The Sisters

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Cet album est fruit de la rencontre insolite entre le chanteur John Dickie et le groupe canadien The Sisters Euclid. Une formation drivée par le chanteur/guitariste Kevin Breitt qui implique Ian Desouza à la basse, Gary Taylor aux percussions et Rob Gusevs aux claviers. Mais pourquoi insolite ? En fait, nous sommes ici dans le domaine de l’expérimentation que le label qualifie de blues cosmique voire issu d'une autre planète. Je n’irai pas jusque là ; mais une chose est sûre ce blues contemporain est vraiment singulier !
 
Kevin a forgé sa réputation en accompagnant Cassandra Wilson et surtout Norah Jones. Il avait déjà commis un album l'an dernier en compagnie de Harry Manx : "Jubilee", un disque également paru chez Northern Blues Music. Une voix d'enfant clame "Il était une fois". Un piano apparaît timidement. Puis soudain, c’est le choc : "Too damn big". John éructe ses vocaux d’un timbre puissant, graveleux, furieux ; comme s’ils sortaient d'outre-tombe. Impressionnant ! Le son est extraordinaire. Et la production très réaliste de Kevin Brett n’y est pas pour rien. Le son des cordes entretient un cycle infernal, dérangeant. Les voix fusionnent pour pénétrer la jungle instrumentale. Difficile d’assimiler cette fresque sonore. La section rythmique, et en particulier sa basse saturée, plombe littéralement "Only one". John continue à cracher son venin. Mais il est bientôt rejoint par Suzie Vinnick. Quel contraste ! Son timbre tout en beauté est un véritable havre de paix. Et il évolue au beau milieu de cette fureur impitoyable qui reprend bientôt le dessus. Impassible, le piano de Gusevs épouse un profil très rythmique. Blues lent, "Big bomb" reflète une longue épopée. Une plage étrange. Les arrangements sont complexes. Des cuivres et des cordes s'entrechoquent. Nous ne sommes plus très loin de l’univers de Zappa. Rien n'est facile, mais rien n'est laissé au hasard. Le son est passé à la moulinette avant d’être habilement reconstitué. Nonobstant son titre, "Gun" se révèle plus calme, plus paisible. Pas de stress, même si Breitt arrache de ses cordes des sonorités incroyables et bouleversantes. Tout au long de l’hypnotique "L.A", les percussions soutiennent le rythme auquel les instruments s'accrochent. Et en particulier l'harmonica de Dickie. Les vocaux sont ici repris en chœur, accentuant encore une fois cette atmosphère perturbante et claustrophobique. John interprète "Pralene" d'une voix incroyable. Il est d’abord uniquement soutenu par un, avant que le rythme n’éclate dans un rock'n'roll sidéral. L’orgue atmosphérique cède sa place à slide aventureuse. Elle s'évade, divague, préludant la célébration d’un délire sonore intégral. "Faithful" bénéficie d’un vocal plus paisible, proche du gospel. L'orgue se mue en harmonium. A cet instant précis, nous ne sommes plus très loin d'Harlem. Mais n’imaginez surtout pas que l’aventure des Sisters est terminée… "A better way" renoue avec le blues. Un blues tellement complexe. Pourtant, une guitare très humaine vient se projeter au sein de cet univers sonique. Le timbre de John s’est lové dans la douceur pour aborder la sage complainte de "Money changes everything". "Penguin walk" marque un retour au rythme échevelé. Un delta blues à la sauce Sisters. Une slide particulièrement solide écrase tout sur son passage. Probablement un des meilleurs fragments de l’opus. Mystérieux et menaçant à la fois, "Love to stay, gotta go" achève l’elpee. Les accords plaqués sur la guitare sont lourds. L'harmonica accentue la sensation de mal-être. Le Howlin' Wolf du 21ème siècle vient peut-être de naître. Cet opus éponyme est une oeuvre conceptuelle. Blues sans doute. Avant-gardiste, sans aucun doute. Une véritable découverte. Mais que les puristes n'apprécieront probablement pas.

Johnny Max Band

Ride and roll

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De son véritable nom Johnny Max, John McAneney est canadien. D’origine écossaise, il s’est installé à Toronto, dans Ontario. Ce chanteur est déjà considéré comme un vétéran de la scène blues locale. Il la partage souvent en compagnie d’artistes du coin comme Downchild, Jeff Healey, Jack Dekeyzer, Fathead ou David Rotundo. Il anime également le "Sunday Night Soul", un radioshow pour lequel il peut compter sur Chuck Jackson, le chanteur du Downchild Blues Band, comme partenaire.
 
A ce jour, il avait commis deux elpees : "Long gone train" en 2000 et "In the doghouse….again!" en 2002. Pour ce dernier opus, il avait reçu le concours de Kenny ‘Blues Boss’ Wayne au piano. Johnny a conservé le même guitariste depuis plus de 25 ans : Kevin ‘Hurricane’ Higgins. Il est cependant épaulé aujourd’hui par le drummer Duncan McBain, le bassiste Uli Bohnet et le claviériste Martin Aucoin.
 
L'album s'ouvre royalement par un shuffle puissant et entraînant : "Please don't go". Un parangon du groupe. Toute la force de frappe nous laisse bouche bée. La section rythmique est bien soudée. Le piano semble libéré et la guitare manifeste beaucoup de vécu. La formation produit déjà un max de groove. "Brown's line" persévère dans le rythme. La voix de Max affiche une aisance et une force tranquille qui impressionnent l'auditoire. Le tempo s'accélère brutalement et vire au rock’n roll pour attaquer le titre maître, une reprise de Brownie McGhee. Higgins s'en donne à cœur joie sur sa Fender Telecaster tandis que Duncan imprime une rythmique de type chemin de fer. Direction Memphis lors de la reprise du "Angel of Mercy" d'Albert King. L’orgue Hammond opère son entrée sur ce blues lent. Kevin dispense un solo étincelant, assez proche du style pratiqué par Magic Sam Maghett. Ballades blues/soul, "Watcha gonna do" et "Long gone train" séduisent par leur ligne mélodique. "Walking in Jerusalem" constitue la plage la plus roots. Une adaptation d'un morceau traditionnel caractérisée par la voix conquérante, la slide acoustique et quelques percussions tribales. "I heard a rumour" repose sur le riff classique de Howlin' Wolf. L'effet est imprimé très sereinement par les accords de Kevin. Il restitue bien l'ambiance du blues urbain de Chicago des années 50. Martin ajoute ses chapelets de notes de piano en arrière-plan. Tel un shouter issu de Kansas City, Johnny attaque "Mad at me". Sa voix chaude et puissante fait merveille tout au long de ce titre qui swingue. Toujours en retrait, le fidèle Higgins abat un travail considérable. Constantes, ses cordes affichent une présence rassurante derrière le chanteur. La version du "Shake 'em on down" de Bukka White est une synthèse parfaite du style adopté par JMB. Tel un Chicago shuffle imprimé sur un tempo modéré, il affiche une puissance et une efficacité rythmiques impressionnantes. A cause, bien entendu, de la la Fender de Higgins. Derrière ses ivoires, Aucoin semble heureux. Très downhome, la sortie de Kevin est un petit bijou. En outre, elle exhale des humeurs parfumées par le Delta. "Mimico" bus" s’approche du Memphis blues. La voix de Johnny domine naturellement ce décor sonore traversé par l'orgue Hammond B3 de Martin. "Junko partner" constitue un autre excellent moment de cet elpee. Particulièrement imprégné du sud, proche des bayous, il est investi par la slide paresseuse, un piano syncopé et des percussions ancrées à la Nouvelle Orléans. Et la voix de Mac accentue davantage cet aspect nonchalant. Le bonheur ! Cet opus de bonne facture s’achève par "I like women", un funky R&B chanté d’un timbre nasillard, proche de Dr John. Mais la surprise ultime procède du chant gospel de Mr Max, des vocaux qu’il accomplit a capella. Alternant judicieusement compositions personnelles et covers, cette œuvre nous permet de voyager au sein de différentes sphères du blues ; un périple opéré avec intelligence et feeling... Un opus enregistré et produit par Alec Fraser (NDR : il est actuellement bassiste chez le Jimmy Bowskill Band), au sein de son studio Liquid.

Al Jones

Bittersweet

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Al Jones vit en Allemagne depuis plus de 25 ans. Un chanteur/guitariste de couleur noire qui s'est forgé une solide réputation dans les milieux du blues, du R&B et du funk. Faut dire qu’il a tourné et tourne encore beaucoup à travers l’Europe. Il lui est ainsi déjà arrivé de partager les planches de Champion Jack Dupree, Willie Mabon, Louisiana Red ou encore Sonny Rhodes. Et compte parmi ses idoles Sonny Rollins, Jimmy Reed et Ray Charles. Il a commis une flopée d’elpees ; ses plus récents répondant aux patronymes de "Payin' our dues", "Movin' 'n' groovin", "Hot & heavy", "Watch this!" et "Sharper than a track". Pour enregistrer cet opus, il a reçu le concours de son band, au sein duquel on retrouve Thifo Kreitmeier au sax ténor, Thomas Bauser à l'orgue Hammond, Peter Kraus aux drums et Dr Will aux percussions.
 
Découpée en 12 fragments, cette nouvelle plaque est équitablement partagée entre compositions personnelles et reprises. Bien rythmée, une guitare ouvre "Too long". Une compo qui glisse rapidement à une relecture du registre d’Albert King. Impliquant orgue et cuivres. Robuste, alerte et convainquant, ce R&B est dominé par la guitare. Dommage que la voix d'Al ne parvienne pas à émerger de ce volume sonore produit par ses musiciens. Sa voix n’est pas assez puissante. Ce qui ne l’empêche pas de poursuivre par le funky "Got to be tough". Assez Memphis sound, très dansant, le Hammond B3 reflète une forme certaine d’enthousiasme. Constituée de Kraus aux drums, de Dr Will aux percussions et d’Al Morris à la basse, la section rythmique est solide. Les percus restent à l'avant-plan pour propulser une version surprenante du "You don't love me" de Willie Cobb, une plage quasi tribale caractérisée par une prise de son très originale du chant, des cuivres et de l'orgue. Pour la circonstance, le sax ténor de Thilo est à la fête! Toujours sous l’emprise des percussions, le "Give me all your lovin'" de Kim Wilson se mue en shuffle torride. Al y opère un excellent solo sur les cordes face à la basse métronomique de Uwe Knüppel et le Fender Rhoades (NDR : un piano électrique !) de Thomas. Mr Jones est hanté par Albert King lorsqu’il exécute le titre maître. Une plage très funky illuminée par une savante utilisation de la section rythmique. Al file enfin à Chicago pour accomplir une version très musclée et speedée du "I need you so bad" de Magic Sam. Et c’est très réussi ! Le "Nobody wanna die" de Don Nix a été traduit en slow blues fin de soirée. Indolent, le ton volontiers dramatique, il conjugue orgue chaleureux et guitare bien sentie. Instrumental, "Felusome luck" manœuvre dans un style propre (NDR : qui a dit général ?) au Al Jones Band. Al rend enfin hommage à son maître, son presque homonyme Albert King, sur "Won't be hangin' round", un autre excellent blues lent. Plus que probablement une des meilleures plages de l’opus. La cover très rapide du "Checkin' on my baby" de Sonny Boy Williamson met le feu à la scène. Les musiciens chantent en chœur. L'orgue Hammond s'emballe. Il devient même impressionnant tout au long de "Demands", un fragment qui bénéficie d’arrangements rythmiques particulièrement imposants. "Relax" achève cet elpee. L’atmosphère est étrange, exotique. Tino Kreitmeier est passé à la clarinette. L'harmonica de Fred Selichter déchire l’univers sonore. La machine R&B d’Al Jones Band est tellement bien huilée qu’elle doit faire un véritable malheur sur les planches. Plus qu’une impression, c’est une conviction…

Chris Jones & Steve Baker

Gotta look up

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Steve Baker est né au sud de Londres. En 1953. Dès la fin des sixties, il se met à jouer de l'harmonica, en s’inspirant essentiellement de Paul Butterfield et de l'anglais Duster Bennett. Il s’intéresse ensuite au folk et au country blues. En 1975, il rejoint les harmonicistes Henry Heggen et Rory Mc Leod auprès de Have Mercy (Jug Band). Véhiculant une étiquette de ‘rocking harmonica blues band’, la formation a l’opportunité de se produire en Allemagne. Et notamment à Aix-la-Chapelle et à Hambourg.
 
En 77, Have Mercy commet son premier opus : "Boodlam". Après avoir partagé un duo en compagnie de Tom Shaka, il décide de suivre Franz Joseph Degenhard, un chanteur politique allemand. Une aventure qui va durer près de 12 ans. La suivante subsistera une bonne décennie. Avec Tony Sheridan pour partenaire. A cette époque, Hohner (NDR : manufacture d'harmonicas) l’engage pour promouvoir l’utilisation de l'instrument diatonique. Un contrat qui débouchera par la sortie d’un Harp Handbook, en 1990. Trois ans plus tard, il relance Have Mercy pour concocter un nouvel elpee. Il sera éponyme et paraîtra chez Crosscut. Les expériences suivantes vont le conduire à prendre pour coéquipier, un guitariste. Et notamment l'Allemand Abi Wallenstein ainsi que Chris Jones. En compagnie de ce dernier cité, il grave quelques opus : "Slow roll" en 95, "Everybody's crying mercy" en 98 et enfin "Smoke & Noise" en 2002. Tous les trois chez Acoustic Music.
 
Chris Jones est né en 1958. A Reno, dans le Nevada. En 1976, il entre à l’US Army et est envoyé en Allemagne. A Wiesbaden très exactement, où il est caserné. Depuis, il n'a plus guère quitté ce pays. Excellent guitariste, il est surtout réputé pour sa technique du picking sur l'instrument acoustique. A ce jour, il est responsable de cinq albums solos, dont le dernier, "Roadhouses Automobiles", remonte à 2003.
 
« Gotta look up » a été enregistré en juillet dernier à Hambourg. Chris chante et se réserve toutes les guitares. Steve se consacre à l'harmonica et Martin Röttger (un invité !) les percussions. La plaque s’ouvre par "Damn good run", une ballade atmosphérique et relaxante. Nonobstant sa conception particulièrement folk, "Elena's smile" maintient ce climat intimiste. Plus rythmé, "U get what U pay" lorgne davantage vers le blues. Baker en est le principal responsable. Il joue ici une partie fort intéressante, à partir de quelques phrases de base… "One word" marque un retour à l’ambiance cool. Une nouvelle ballade empreinte d’une grande tristesse. "Coal tatoo" se révèle bien plus intéressant. De timides percussions commencent à balayer cette indolence sonore. La mélodie est excellente. Le climat entretenu par le trio nous entraîne sur les pistes poussiéreuses du Sud des Etats-Unis. Une plage très roots signée Billy Ed Wheeler. L’harmonica communique ici un tel sentiment de nostalgie, qu’il en approche la notion du beau. Et ce n’est pas accident de parcours, car l’instrumental "Doublecrossed" suscite une sensation semblable : à en pleurer! Le scénario se reproduit lors de la cover du "Vigilante man" de Woody Guthrie, un fragment empreint d’une grande sensibilité. Ballade country roots, "Goin' down that road feelin' bad" opère un retour dans le Sud. Cet opus ne rencontre guère d’éclats ni de grandes prouesses techniques, mais il en émane quelque chose de troublant qui ne peut laisser indifférent…

Tutu Jones

Live

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Johnny ‘Tutu’ Jones Jr nous vient du Texas. De Dallas très exactement. Un bluesman, ma foi, encore fort jeune, puisqu’il n’a pas encore quarante ans. Un personnage qui s’est déjà forgé une solide réputation dans l’univers du blues ; il était d’ailleurs à l’affiche de l’édition 2005 du festival Spring Blues d'Ecaussinnes. Dès sa tendre jeunesse, il baignait déjà dans le blues. Faut dire qu’au sein de son milieu familial, son oncle jouait du piano, son père de la guitare et sa mère de la batterie. Et lorsque le clan organisait des jams à la maison, il n’était pas rare de retrouver parmi les invités Little Joe Blue ou encore Freddie King Jr (NDR : le fils du géant !) Et puis son père, Johnny B Jones, avait sévi dans le backing band de Freddie King.
 
Tutu débute sa carrière comme drummer. Il accompagne alors des stars du R&B comme Z.Z Hill ou Johnnie Taylor ; mais également Al T.N.T Braggs et même RL Burnside. Il passe progressivement à la guitare et au chant. C'est John Stedman, du label JSP, qui lui permet de concocter son premier elpee : "I'm for real". En 1994. Son deuxième paraît chez Bullseye : "Blue Texas soul". En 96. Et le suivant, en 1998 : "Staying power". Nous attendions donc impatiemment son nouvel opus. Qui vient de sortir sur le label d'Austin, Doc Blues records. Et c'est un live ! Une manière idéale de savourer le blues de Tutu Jones. Il est soutenu par son band : Don Landry aux drums, Wes Stephenson à la basse et Ronnie Bramhall à l’orgue. Et si Tutu est encore un jeune bluesman, il faut lui reconnaître des talents de vieux routier, car si une bonne partie de son répertoire est empruntée aux maîtres du style, il parvient à s’approprier leurs compos, tant il vit ses chansons. Il les vit en y mettant tout son cœur, toute son âme, tout son corps. Il les transpire par tous les pores.
 
Son set s’ouvre par un blues lent qu'il affectionne tout particulièrement : le "Sunday morning love" de Bobby Bland. Sa voix puissante possède déjà pas mal de vécu. Elle est idéale pour cet exercice de style. Sa guitare produit des phrases qui épousent parfaitement le chant. Déjà à la recherche de son dieu Freddie, il reprend un de ses classiques : le fameux "Goin' down" de Don Nix, bien sûr. La section rythmique libère tout le groove nécessaire et indispensable pour communiquer les vibrations de la scène. Il s'attaque alors au célèbre "Have you ever loved a woman" qu'il avait déjà mis en boîte pour l'album "Blue Texas Soul". L’adaptation est superbe. L'orgue Hammond bien présent. La voix dominatrice. Tutu laisse éclater tout son feeling sur les cordes, la supplication d'amour dans la voix. "Sweet woman" ouvrait son premier elpee. Une plage tout en rythme, funky, saturée de R&B. Mr Jones replonge aussitôt au cœur du blues. A travers "The milkman game (NDR : issu de "Staying power") ; un slow blues brûlant, envoûtant, empreint de désir et de sensibilité. Dans un style qui évoque parfois un Buddy Guy au sommet de son art. Sans le moindre artifice : juste ce qui émane du plus profond de lui-même. Un ‘smoking blues’ au cours duquel l’intervention de Ronnie Bramhall à l’orgue particulièrement brillante. Tutu adore le R&B. Le vrai : celui de Memphis, époque Stax. Et tout d’abord Otis Redding. Sa version de "My girl" en est la plus belle illustration. Il enfile alors le manteau de Freddie King pour exécuter "Shake what your Mama gave you", un instrumental qu’il interprète avec puissance et détermination. Il vit tellement son blues, que sa voix peut éclater en sanglots. A l’instar de "Little blue bird". Un slow blues à vous flanquer des frissons partout. A cet instant, sa guitare libère un maximum d’émotion. Passion et douceur font même ici bon ménage. En fin de concert, Tutu donne un bon coup de manivelle et insuffle le maximum de rythme au "Teenie Weenie" de Little Milton. Cet opus nous propose, en bonus track, une reprise de "The sky is crying" commise lors d’un précédent show. Pour la circonstance, Tutu est entouré d’autres musiciens ; mais la prise de son est incontestablement de moins bonne qualité. Nonobstant ce titre dispensable, je vous recommande chaudement cet opus…

Judas Priest

Angel of Retribution

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Dire que ce nouvel album du Priest est l’une des rondelles métalliques des plus attendues de 2005 relève du pur euphémisme. Quinze ans après la sortie du brutal « Painkiller », le monstre du heavy british revient plus fort que jamais, sous sa formation originale. Le grand ordonnateur Rob Halford est de retour, après quelques essais plus ou moins fructueux en compagnie de Fight, Two, et Halford. Le résultat est évident. La nouvelle œuvre confirme que jamais Tipton, Downing et Halford n’ont été meilleurs que lorsqu’ils bossent ensemble.
 
Même si « Angel of Retribution » révèle quelques fautes de goût, et s’il n’atteint pas la force d’un « British Steel » ou d’un « Defender of the Faith », il pourra trôner sans honte auprès des classiques du combo au lourd palmarès. Un titre énorme ouvre les hostilités : « Judas Rising ». Martelé par la double grosse-caisse de Travis, il entrera bien vite dans le patrimoine des incontournables du quintette de Birmingham. Taillé pour les salles de concerts, « Deal With the Devil » accélère la cadence. Halford n’a rien perdu de son timbre de voix très agressif et les riffs de guitares s’enchaînent sans défaillir. De loin le titre le moins marquant de l’album, « Revolution » est pourtant le premier single qui en est extrait. Son approche moderne et son refrain ‘bateau’ ne colle vraiment pas à l’image du Priest. Dans un registre inhabituel, et mid-tempo, « Worth Fighting For » laisse à Rob l’occasion d’utiliser sa voix naturelle, comme à l’époque de « Sad Wings of Destiny » ou de « Sin after Sin ». Une agréable pause avant les deux tornades qui s’enchaînent : « Demonizer » et « Wheels of Fire ». Deux fragments qui évoluent dans un style de composition auquel le combo nous avait habitués à la sortie de « Painkiller ». Plus qu’anecdotique, la ballade « Angel » nous invite à passer à la plage suivante. « Hellrider » et son riff particulièrement efficace nous invitent à un sauvage headbanging, la guitare en carton en bandoulière ! Si « Angel of Retribution » constitue probablement l’œuvre la plus ambitieuse jamais entreprise par la machine Judas, la grosse surprise procède de la présence d’une plage avoisinant les 14 minutes au final époustouflant : « Lochness ». Un riff sabbathien, un refrain sublime, des solos émouvants. Ce titre est à ranger auprès du classique des classiques « Beyond the Realms of Death ». Le prêtre est de retour ! La tournée qu’ils accompliront en compagnie des Scorpions et de Paradise Lost confirmera l’état de santé de l’institution anglaise plus de trente ans après sa formation.

Jugalbandi Trio

Doab

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A la croisée du jazz et de la musique indienne, la musique de ce trio belgo-indien vaut la peine d’être découverte. Le pianiste Fabian Morini (Aka Moon), le tabliste Suman Sarkar et le flûtiste Fabian Beghin (qui a participé à la confection de l’album de Jawhar, paru l’an dernier) se sont associés pour concocter huit pièces qui s’inspirent de la musique classique du nord de l’Inde. Ceux qui apprécient les travaux de jazzmen ‘orientalisants’ comme Yusef Lateef ou encore John Coltrane devraient trouver leur bonheur dans cette collection envoûtante. A noter, l’excellente qualité sonore du disque, qui donne aux instruments un relief et une chaleur rarement entendus dans les productions jazz nationales.