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Open’er 2013 : jeudi 4 juillet

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Une fois n’est pas coutume, une petite touche de géographie s’impose avant d’attaquer mon compte-rendu. L’Open’er festival se déroule à Gdynia, au (centre) Nord de la Pologne, en bordure de mer Baltique. Des vols low-costs relient Eindhoven ou Cologne à Gdansk (2 heures). Et la compagnie régulière scandinave vous propose même des vols à prix modérés vers Gdynia ou Gdansk, au départ de Bruxelles, avec escale en pays nordique (3 heures y compris cette escale). Seulement voilà, il faut s’y prendre à l’avance, et je ne reçois mon accréditation qu’après d’âpres négociations (merci à Johan), et moins d’une semaine avant le jour ‘J’ ! Je suis donc encore parti pour un long chemin de croix, et un nouveau voyage ‘à l’arrache’, en compagnie de deux acolytes. Après s’être levé à 4h30 du mat’, il a fallu combiner voiture, avion (via Varsovie), train (comptez 6 heures pour le trajet Varsovie-Gdynia), bus, tram et de longues marches, pour atteindre le site du festival. Soit le jeudi soir vers 20 heures. Mais si l’affiche s’aligne sur celle de Werchter, la desserte des lieux est bien plus organisée. Navettes de bus en permanence, débarquement des festivaliers à proximité de l’entrée du site, et surtout de grands espaces qui ne donnent jamais l’impression de devoir vivre dans une boîte à sardines. En fait, l’événement se déroule en bordure de l’aérodrome Kosakowo.

Ma soirée débute par la fin du set de Tame Impala. A l’instar de leur fameux clip « Elephant », le jeu de lumière est plutôt flashy et kaléidoscopique. Tout comme pour leur dernier album, « Lonerism », la musique oscille entre rock expérimental et psychédélisme. Un concert qui aurait gagné à se dérouler sous un chapiteau plutôt que sur ce podium central. La chaleur de l’après-midi a laissé place à des averses incessantes. Mais c’est surtout une pluie d’applaudissements qui s’abat en fin de parcours…

Les techniciens s’activent sur l’estrade (NDR : il n’y a que peu de temps mort entre chaque prestation). Deux grands pylônes d’éclairage à l’arrière de la scène forment un A et un M inclinés. Pas de doute donc, les Arctic Monkeys vont débouler sur les planches. Et l’entamer par un « Do you wanna know », issu du dernier opus. Enchaînant aussitôt par deux tubes qui remontent à leurs débuts, en 2007, « Brianstorm » et « Dancing shoes ». De quoi se rendre compte de l’évolution du groupe, en ‘live’, sur 5 ans. Un show beaucoup plus mature et posé, à l’image de son leader, Alex Turner. Un petit incident technique causé par la guitare durant « R U mine » ne perturbera même pas le déroulement minuté du concert.

Car les surprises, elles se dénichent ailleurs. Comme sur l’Alterklub stage, où Matisyahu termine sa prestation. Il s’est produit, il y a quelques jours, en Belgique, dans le cadre du Couleur Café. Et comme lors du festival bruxellois, l’ambiance y est plus conviviale. Quelques milliers de personnes assistent au spectacle, devant cette seconde scène en plein air, contre quelque dizaines de milliers sur la principale. La formation propose un savant mélange de reggae, dub et hip-hop. Les interventions du guitariste sont particulièrement solides ; il nous balance même des riffs capables de prendre le relais de la beatbox. Le leader, Matthew (Matisyahu en hébreu), nous réserve une véritable démonstration au chant, passant d’un registre à l’autre avec puissance et décontraction à la fois. En outre, l’aspect religieux (juif hassidique) n’est pas trop pompeux. Bref, un artiste à redécouvrir.

Mais il est déjà minuit, le moment choisi par Nick Cave pour s’emparer de la scène principale. Il a publié, il y a quelques mois un LP intitulé « Push the sky away », qui m’a laissé mi figue-raisin. Et le line up est aujourd’hui orphelin de pions majeurs, comme Mick Harvey et Blixa Bargeld, même s’il a été compensé par le renfort d’Ed Kuepper. Néanmoins, l’Australien va une nouvelle fois démontrer qu’il reste une bête de scène. En nous réserver un véritable best-of. Le quinquagénaire se dépense comme un beau diable. Il ne reste pas figé au milieu de l’estrade, et vient le plus souvent chanter en front-stage, auprès de ses fans. Il n’hésite pas à demander aussi à son auditoire quel titre il souhaite entendre. Lui répondant meme par un ‘OK, we’ll play “Red right hand” for you, it’s a song from the Arctic Monkeys’. De quoi clôturer sur une note humoristique, cette soirée déjà bien chargée, sachant que les jours suivants ne seront pas davantage de tout repos, pour les jambes et les oreilles.

 

Couleur Café 2013 : dimanche 30 juin

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Carton plein pour le festival Couleur Café qui à son terme peut se targuer d’avoir écoulé tous les sésames disponibles. L’événement bruxellois a réussi à rassembler 27 000 personnes par jour, malgré une affiche plus sexy sur papier qu’en pratique. Et le soleil, invité surprise de la veille, reprend également ses quartiers au-dessus de la capitale, de Tour & Taxis, du Titan et des artistes qui y défilent. Mais les véritables gagnants de la soirée, c’est sous un chapiteau Univers surchauffé qu’on va les dénicher.

Pas de pieds de plombs aujourd’hui. Le choc de la nouvelle configuration des lieux, et de la dénaturation intégrale du bar ‘Papafoufou’ auquel j’ai prêté mes services des années durant, est enfin amorti. Je me rends donc, avec un plaisir certain, vers le chapiteau Univers pour y découvrir le Mos Def nouveau, celui qui se fait désormais appeler Yasiin en privé, depuis qu’il a trouvé la foi. Le sympathique préposé au vidéoclub de « Be Kind, Rewind » est pour la circonstance accompagné du Robert Glasper Band. Une fusion lumineuse de Jazz et Hip Hop, qu’écoute religieusement un public manifestement captivé par l’union du flow du rappeur et des envolées de saxo de son compère. Tout comme Xavier Rudd la veille, on ne pouvait pas espérer mieux comme entrée en matière.

Après cette mise en bouche fort agréable, les festivités se poursuivent du côté du Titan où Calexico monte en selle. Le soleil et les tubes hispano-ricains d’un Joey Burns grisonnant et de son équipée font bon ménage. L’ingé son de la scène principale est toujours dans le coma, mais l’assemblée clairsemée sur les flancs permet à votre serviteur de se glisser un peu plus près des Arizoniens, histoire de profiter correctement des superbes « Victor Jara’s Hands », « Crystal Frontier », « Para » ou des jolies reprises de « Guns Of Brixton » et « Alone Again Or… » Un premier passage à Couleur Café qui aurait pu (ou dû) rameuter largement plus de monde que celui présent devant l’estrade.

Petite modif’ dans la prog. Ou grosse, pour les fans de Patrice. Pas encore arrivé, le Teuton ? Quoi qu’il en soit, le set prévu à 21h45 sur le grand podium est déplacé à la ‘Move’ à… minuit. De quoi faire grincer les dents de ses aficionados. Pour le remplacer, Salif Keita, originellement prévu également sur la deuxième scène plein air. Mais à peine un petit quart d’heure après le début de la prestation du Malien, on observe un exode impressionnant vers l’Univers.

Et le chapiteau est littéralement pris d’assaut. Les Freeks sont là. Univers déborde comme il a rarement débordé. A l’image du Dance Club du festival Pukkelpop, en 2010. Parce que le collectif Die Antwoord était très attendu. S’il avait pu aisément combler la grande scène, au moins les Sud-Africains ne souffriront pas d’une qualité sonore approximative. Et c’est à plein volume que DJ Hi-Tek dégaine son intro « DJ Hi-Tek Rulez » devant un parterre de surexcités. Yo Landi Vi$$er et sa voix de crécelle le suit de très près sur un « Fok Jullie Naaiers » au cours duquel Ninja débarque afin de poser son rap. Suivent des « Wat Pomp », « Fatty Boom Boom » et autres « Rich Bitch » qui font monter la pression. Le duo et leur DJ assurent le show, danseuses, décors et bizarreries incluses. A l’heure du combo « Baby’s On Fire » et « I Fink U Freeky », le constat est simple : Die Antwoord est un rouleau compresseur qui écrase et soulève tout sur son chemin. Un petit « Enter The Ninja » vient clôturer le spectacle et calmer les esprits pour la dernière ligne droite du festival. Niveau ambiance et affluence, Die Antwoord s’en sort plus que haut la main, ce dimanche.

Une très petite touche de CeeLo Green, sans costume extravaguant, pour achever la 24ème édition de Couleur Café, du côté de la grande scène. Accompagné d’un live band et de danseuses-aguicheuses, le ‘LadyKiller’ d’1m60 max ouvre les hostilités par un « Bright Lights, Bigger City » et sa version du « Need You Tonight » d’INXS, détruits par la sono. Je n’attendrais donc pas de voir Selah Sue débarquer sur les planches (comme elle avait fait la veille pendant la prestation de Wyclef Jean et quelques minutes auparavant du côté de son acolyte Patrice) pour « Please » et prends la poudre d’escampette immédiatement après sa reprise plutôt moyenne de « Let’s Dance » de Bowie.

Ainsi donc s’achève la mouture 2013 du festival bruxellois qui, de mon point de vue, a perdu énormément en charme et en convivialité, en l’espace de 3 ans. Sans oublier les prétentions solidaires des premières années, repoussées au loin, dans la cabane au fond du jardin. Les pages du dernier weekend de Juin 2014 risquent fort de rester vierges dans mon agenda.

Mais ne jamais dire ‘jamais plus’ !

(Organisation Couleur Café)

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Couleur Café 2013 : samedi 29 juin

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Deuxième jour de fête au cœur de la capitale. Et le ciel adresse un pied de nez aux prévisions météorologiques. Amen ! Retour sur le site amputé de Tour & Taxis pour un samedi affichant complet depuis belle lurette. La raison principale de la fermeture des guichets ? Sans aucun doute les grands gagnants de la course aux tubes en 2013. En l’occurrence Macklemore & Ryan Lewis, que sont venus applaudir en masse une horde de kids branchouilles.

Pas une gouttelette de pluie ce soir. Une aubaine pour les festivaliers qui ont vécu la version ‘Douroise’ de Couleur Café, la veille. C’est même sous un soleil radieux et fort à-propos que se déroule le concert de Xavier Rudd sous l’Univers. Le multi-instrumentiste australien, seul sur les planches, parcourt sa discographie insulaire face à un parterre conquis. Le set est en dents de scie, mais tout le monde s’en fout. La musique du bonhomme se prête tellement à l’ambiance du festival qu’on n’en retient que les hauts. « Follow The Sun », chantonne le surfeur. On répond donc à ses ordres pour filer vers la grande scène.

Sur le Titan, c’est une belle inconnue qui chauffe la foule. Cette assistance s’agglutine lentement mais sûrement afin d’assister aux spectacles des artistes qui vont se produire par la suite. Andy Allo est un peu le pari du Couleur Café. Une chance pour la belle Camerounaise qui effectue là ses premiers pas sur une scène de cette taille et y prend manifestement son pied. Le Funk de la préposée aux guitares chez les New Power Generation de Prince n’est pas des plus transcendants, mais sa bonne humeur communicative et les touches de saxo qui pimentent ses compos suffisent à se laisser aller à deux ou trois pas de danse. « People Pleaser » clôture son set en trahissant ses influences ‘Princiennes’ ; et le groove libéré laisser penser la demoiselle foulera encore les planches du festival, lors d’éditions futures.

C’est une petite demi-heure plus tard que les stars de cette édition prennent possession du Titan. Mais votre serviteur décide quand même de rester sur place. Devant le podium, un public jeune (voire très jeune) se comprime à la mode ‘boîte à sardines’, tandis que les parents et les blasés optent pour les flancs. Les adeptes du Thrift Shopping sont également bien présents pour ajouter un peu de Couleur dans ce Café qui manque un peu de fantaisie, lors de cette édition. Macklemore et Ryan Lewis débarquent à l’heure prévue face à un parterre déchaîné. Sur les côtés, le son est tellement ‘pourrave’ qu’on comprend à peine les (looooongues!) litanies de Macklemore à qui un fan lui offre la même veste en fourrure portée dans le clip de « Thrift Shop », saveur d’aisselles en bonus, comme il le soulignera en plaisantant. Un « Thrift Shop » lancé étonnamment tôt, puisque qu’il est plus ou moins programmé lors du troisième morceau de la setlist. L’énergie y est, les tubes défilent et Ray Dalton rejoint ses camarades pour chantonner, comme en studio, le « Can’t Hold Us », en fin de parcours. Le tube actuel sera même le plus fédérateur du festival. Les ‘nanananananana hey’ sont hurlés de toutes parts, autant par les fans que les allergiques. Puis hop, une seconde vague de « Thrift Shop » pour secouer une dernière fois les énervés de l’auditoire et puis s’en vont.

23h40, le traditionnel feu d’artifice anime pendant un petit quart d’heure le ciel de Bruxelles. Quelques instants plus tard, nous v’là à nouveau sous la coupole de l’Univers pour juger une nouvelle fois de l’efficacité des Birdy Nam Nam. Et c’est une première, depuis un petit moment, rien à redire. Les quatre maîtres du turntablism et du scratch effectuent un sans-faute en nous réservant des versions explosives des « Jaded Future », « The Parachute Ending » et autres « Defiant Order ». Les anciens champions du monde de DMC n’ont toujours rien à craindre de leurs homologues C2C.

Malgré son emplacement de fortune, je me dirige tout de même du côté de la scène Move, où JoeyStarr se prend pour Fatman Scoop, en compagnie de son B.O.S.S. Soundsystem. Le condensé efficace de beats electro et dancehall distillés par les trois boss et JoeyStarr termine le travail entamé par Birdy Nam Nam. Le rappeur français se fait ici très clairement plaisir et partage celui-ci dans une bonne humeur qui aurait traversé tout le parterre, si celui-ci n’était pas forcé de se démener sur un lit de cailloux. Hormis les solides défauts des lieux, mission accomplie pour Couleur Café qui a offert à son public une seconde journée bien plus intéressante que la précédente.

(Organisation Couleur Café)

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Couleur Café 2013 : vendredi 28 juin

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L’affiche plus ou moins clinquante de l’édition 2013 du Festival Couleur Café 2013 s’est traduite par une envolée particulièrement rapide des tickets. Au programme de ce weekend, quelques jolis noms, d’autres moins, et deux ou trois habitués. Mais surtout, une nouvelle config’ qui n’est pas pour ravir les fidèles de l’événement. Pas plus que le ciel qui plombe le secteur, ce vendredi.

Après s’être accordé une petite infidélité l’an dernier, votre serviteur est de retour sur le domaine de Tour & Taxis pour l’édition 2013 de Couleur Café. Premier constat choc à l’arrivée : la section principale de la rue du ‘bien manger’ (une moitié avait déjà été rayée de la carte en 2011) n’est plus. Relayée dans un hangar sombre au fond du site, et rebaptisée ‘Palais du bien manger’, elle a perdu toute convivialité. Autre modification importante, le chapiteau ‘Fiesta’ a également été éradiqué pour faire place à une deuxième scène en plein air, dressée à l’endroit le plus exigu du site, sur un sol jonché de cailloux de toutes tailles. La tente ‘Univers’, elle, a été préservée et n’a subi qu’un simple déménagement, de la droite vers la gauche. Mais de manière générale, la configuration se prête de moins en moins à un événement de cette ampleur, qui a déjà perdu un bon 50% de son espace initial.

Le temps d’absorber le nouvel aspect des lieux, dû aux nombreux projets immobiliers dans et autour de Tour & Taxis, il est déjà impératif de sortir sa veste d’hiver. Le temps de profiter des dernières notes accordées par Aloe Blacc, sur la grande scène, à la masse de demoiselles courageuses rassemblées aux premiers rangs. « I need a Dollar » chantonne le Soulman, tandis que les nuages s’amassent sans l’ombre d’un relâchement.

La pluie a du bon pour le rappeur français Kery James, qui se produit sous un ‘Univers’ full et motivé. Musicalement, le rap français n’est pas trop ma came, mais le petit arrêt sous la grande tente démontre une nouvelle fois le côté fédérateur du style. Des premiers aux derniers rangs, les gens dansent, suivent les instructions de celui qui avait fait ses premiers pas à Couleur Café, en 2008. Mais, non, musicalement, ça ne le fait toujours pas pour moi.

Détour vers le Titan, où le son est tout aussi naze que deux ans plus tôt. Nneka foule ses planches pour la troisième fois. Le style est plutôt attendu, et la demoiselle égale à elle-même. Larmes incluses. Le temps et le ton un peu trop sirupeux de la Nigérienne m’incite à abandonner le périmètre plus vite que prévu.

Un tour du propriétaire s’impose donc avant de rejoindre le podium Univers pour l’explosion de guitares annoncée. Outre le village associatif, qui est désormais réduit à 4 ou 5 stands tout au plus, le marché souffre également de la restructuration et se retrouve désormais perdu entre le Titan et le chapiteau Univers. Quant à la nouvelle scène en plein air, baptisée ‘Move’, tout a été déjà dit plus haut. Moins d’espace, moins de confort.

L’éclaircie de la journée proviendra de l’énergie dispensée par Skip The Use en ‘live’. Mat Bastard est une véritable pile sur patte. Le gars passe 50% de sa prestation à sauter dans tous les sens, et sa bonne humeur est ultra-communicative. Entre « Give Me Your Life », « Ghost » et leur reprise du « Song 2 » de Blur, les Lillois ne laissent aucun répit à la foule. Sans aucun doute l’heure la plus sympathique d’une première journée assez décevante.

Un peu plus loin, Wyclef Jean s’empare de la grande scène et balance son (seul) tube « Hips Don’t Lie », sans Shakira mais soutenu par un big band qui s’en sort pas mal, avant d’interpréter un medley des Fugees, sans grande conviction. D’ailleurs pas convaincu pour un sou, ma soirée se clôture sur un chouia de Jimmy Cliff, peu transcendant, puis une Sister Bliss totalement absorbée par ses platines. En même temps, jouer un DJ-Set sur l’estrade principale et sous la pluie pour pas beaucoup plus de 150 personnes, la DJette a dû connaître mieux dans sa carrière…

(Organisation Couleur Café)

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Les Nuits Botanique 2013 : lundi 13 mai

Conversation enregistrée, il y a quelques semaines, entre le photographe et le rédacteur.

A : Seb, ça te dirait d’aller shooter Savages ?
S : Sava- quoi ?
A : ‘Sa- va - ges’ (NDR : prononcez ‘sa-vais-gise’).
S : Tu penses que ça va me botter ? »
A : Absolument, c’est du post punk pratiqué par un groupe de filles !
S : Ah, idéal pour shooter, alors…
A : Oui, et elles font sensation en Angleterre. Elles sont déjà passées dans l’émission de Jools Holland et joué dans de grandes salles.
S : Alors OK, on y va !

Après avoir publié un premier Ep réunissant des titres immortalisés en ‘live’ (« I’m here »), Savages a gravé, en ce début mai, son premier elpee. Il s’intitule « Silence Yourself ». Au menu, du rock conjugué au féminin digne de la quintessence punk, new wave et gothique, qui a sévi au cours des eighties. On pense, bien sûr, inévitablement à Joy Division, Fugazi et Siouxsie and The Banshees. Les plages de l’opus sont entrecoupées de moments plus feutrés, susceptibles de sonoriser une BO de cinéma d’auteur. La chanteuse, Jenny Beth, a d’ailleurs composé quelques musiques de film, avant de fonder son band. Un projet impliquant quatre superbes filles capables d’insuffler une énergie nouvelle, à un mouvement qu’on pensait définitivement consommé.

Pas de préambule, elles nous plongent immédiatement dans le vif du sujet. Classieuses, réservées mais efficaces, elles nous mettent d’emblée en confiance. Pas de clins d’œil aguicheurs ni envolées mielleuses et encore moins de tentative d’hameçonnage. Et pourtant, on se sent à l’aise, et on entre dans leur set, comme illuminé par un sourire intérieur. C’est d’ailleurs ici que se situe la complicité entre le public et le groupe. Une impression de plénitude vous envahit. Le sens mélodique est soigné. Tout est exprimé de manière juste et entière. Et les surprises ont de quoi ravir, car on ne s’y attend jamais vraiment. Jamais mièvre ou passive, cette énergie vibre clairement en notre for intérieur et communique des émotions qui nous transportent. Et à ce titre on leur est reconnaissants.

Ce soir, l’Orangerie baigne dans le rock en noir et blanc. N’en déplaise aux machos, les demoiselles nous remuent instantanément les tripes. Leur show est irréprochable. Le quatuor manifeste une assurance et une sérénité que nous ne soupçonnions pas. Elles revisitent le passé en se servant du présent, afin de nous faire revivre des moments inoubliables. 

Le noir et blanc démodé ? Punk is dead ? On se le demande, en voyant aussi une grande partie du public composée de vieux ‘corbeaux’ qui hantent les soirées pour nostalgiques des 80’s. Mais rien n’est moins sûr ce soir. En ce qui concerne Savages, le revivalisme a retrouvé toute sa saveur sauvage…  

Setlist : 1.City's Full /2.I Am Here /3.She will / 4.Fuckers / 5.No Face / 6.Strife / 7.Waiting For A Sign / 8.Flying To Berlin / 9.Give Me A Gun / 10.Another War /11.Hit Me Play /12.Shut Up/13.Husbands

Français expatrié à Londres, Johnny Hostile avait été invité à entamer la soirée. Au départ, il est producteur. C’est également lui le cofondateur de Pop Noire. Un label qui a notamment signé Lescop. Et sa compagne n’est autre que Jehnny Beth, la vocaliste de Savages. Pas étonnant qu’elle vienne rejoindre Johnny, pour partager un duo, au milieu du set. Et ce petit chassé-croisé entre amoureux, sur les planches, est émouvant. Post/punk, la musique de Hostile lorgne parfois vers Neon Judgment. En plus ténébreux. Comme si elle cherchait son chemin pour atteindre le bout du tunnel. Et le lightshow accentue cette impression. A mon humble avis, pour bien cerner cette expression sonore, reconnaissons-le fort intéressante, il faut une oreille avertie ou tout au moins, avoir eu le loisir d’écouter et de réécouter les disques de cet artiste, avant d’assister à sa transposition en ‘live’.

Aes Sedai et Sébastien Leclercq

Savages + Johnny Hostile

(Organisation Botanique)

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Les conditions météo pourries de ces dernières semaines ont malheureusement été l’invité surprise de cette 20ème édition des Nuits Botanique. Un froid de gueux qui aurait été plus supportable dans le Grand salon cosy et chaleureux du Museum où le triple concert de ce lundi soir était initialement prévu. Finalement déplacé vers la fraîcheur hivernale d’un chapiteau tremblant sous des bourrasques clairement venues du Nord, le public timide et transi s’était blotti devant la scène frissonnante pour accueillir le folk-rock mélodique de Swann, le folk-pop surréaliste d’Ólöf Arnalds et le pop-rock ‘pleurnichard’ de Tom McRae. Une configuration globalement acoustique et intimiste qui aurait décidément apprécié un espace plus confiné. 

A l’âge de 23 ans, Swann est déjà considérée comme l’un des porte-drapeaux français dans le registre folk-rock. Elevée au Velvet Underground par des parents mélomanes, Chloé s’affirme très vite comme une songwriteuse et multi-instrumentiste (guitare, piano, harmonium…) de talent. Forte de ses qualités d’écriture et de son potentiel vocal, la jeune chanteuse fait une entrée remarquée en présentant un premier disque plaisant intitulé « Neverending », ce soir, sur les planches du chapiteau.

Vêtue d’une robe de soirée légère à carreaux noirs et blancs et flanquée d’une guitare acoustique, Swann balance des mélodies gracieuses et impose progressivement la force de sa patte musicale héritée de Patti Smith, Cat Power ou encore Lou Reed face à un public plus glacé que glacial. Et pour cause. Une ambiance de fin du monde règne sur un parterre peu habité ; le vent cogne aux portes et aux fenêtres d’un chapiteau vacillant, son sifflement se glisse sur la toile et ses airs frigorifiques s’engouffrent, pétrifiant les âmes. Un léger frémissement d’hésitation envahit la scène. Pourtant, Chloé, soutenue par ses deux musiciens, ne se laisse pas démonter et balance les sons électriques de « Show Me Your Love » et la reprise de « Bobby Brown (Goes Down) » de Frank Zappa. Le charme finit par opérer et le visage d’ange de Chloé se couvre d’un sourire soulagé pour clôturer un set plutôt réussi.

Swann ne jouit certainement pas de la notoriété et du don de communication de son ainée folkeuse Lou Doillon (voir compte rendu du 12 mai ici) mais elle possède une qualité bien plus précieuse, le talent !

Habituée aux grands froids du Nord, l’Islandaise Ólöf Arnalds ne semblait aucunement contrariée par le temps hivernal de ce mois de mai (NDR : notons au passage le nombre important d’artistes scandinaves et principalement islandais programmés à l’affiche des Nuits 2013 : Sóley, Ólafur Arnalds, Junip, Rebekka Karijord, Valgeir Sigurðsson… un bel indice du dynamisme politico-culturel rencontré dans les pays traversés par le Cercle Arctique.) Seule sur l’estrade, armée d’une sèche noueuse et affichant une touchante timidité, l’une des membres actives du célèbre collectif Múm nous livre une curieuse version acoustique de son troisième elpee solo, « Sudden Elevation », sorti le 4 février dernier sous le label Konkurrent. Prestation surréaliste ne ressemblant en rien à la version studio du long playing. Un bric-à-brac de morceaux bricolés, tantôt chantés en anglais, tantôt en islandais, et comme improvisés. La chanteuse islandaise nous raconte des histoires banales sur un ton badin qui, dans un premier temps, surprend le public, puis le captive par la grâce déconcertante de sa naïve sincérité. Elle est émouvante, désarmante. Ses histoires légères nous parlent d’une ville islandaise où il ne se passe rien. Où le seul divertissement se résume au passage mensuel d’un cargo. Comparé à celui d’Ólöf, le pays de Candy ressemble à un manga trash. Bref, l’ovni Ólöf vient de s’abattre sur les planches du chapiteau.

Musicalement, les mélodies voyagent entre un genre traditionnel islandais, des reprises de Caetano Veloso et des ballades interprétées dans la langue de Shakespeare. « Return Again » nous propose une mélodie fragile, presque friable, bercée d’une voix paradoxale, angélique et malicieuse, d’arpèges de guitare graciles et rêveurs. Un air désinvolte et coquin qui sillonne la setlist d’un concert réinventant des peines de cœur magiques, éclatées et irréelles. Un son aux harmonies simples mises au service d’une voix ondulante qui flirte incestueusement avec celle de ses ainées Stina Nordenstam et Anja Garbarek.

 Malgré une prestation scénique très sage, le chant lyrique nous réserve pourtant quelques moments d'exception et emporte l'auditeur vers des territoires inconnus. Ainsi, « Call It What You Want » s’énerve et s’élève aussitôt vers les univers oniriques de Joanna Newson ou Karen Dalton. Une voix singulière dont elle joue comme d’un instrument.

Il y a deux ans, la chanteuse islandaise nous confiait : ‘Depuis l’adolescence, je joue pour les mariages, les enterrements. J’aime ce rôle communautaire : jouer pour la famille, être avec les gens quand ils ont des choses à célébrer’. Cette année, l’artiste venue du Nord a dignement contribué à fêter les 20 ans du festival bruxellois.

Eric Ferrante

Ólöf Arnalds  + Swann                                                                                                           
(Organisation Botanique)

 

 

Les Nuits Botanique 2013 : dimanche 12 mai

Ce dimanche de semi-gueule de bois, entre relents de biture frénétique et heures de sommeil faussement réparatrices, je trace. Direction la capitale. J’y ai rendez-vous avec le jeune Irlandais Mmoths et les Canadiens psychotiques de Blue Hawaii, le tout dans le cadre idyllique du Botanique, au Museum, pour être plus précis.

19h30 : arrivée sur place, une bouteille de vin sucré dans le gosier et une excitation à peine cachée, avant d’assister aux prestations pour lesquelles je me suis déplacé.

Récit de voyage d’un illuminé, catapulté dans les étoiles …

Première note, première escapade onirique, confortablement installé à quelques mètres seulement de Mmoths et son band, dans un fauteuil rouge sang. Incapable de regarder ces trois génies trop cokés s’affairer sur le podium, c’est la tête balancée en arrière et les yeux fermés que je contemple le spectacle. Mes membres fatigués sont tiraillés entre spasmes et frissons, à mesure que les rythmes saccadés défilent.

Coup d’œil furtif à ma gauche, à l’instant où retentit la genèse de « THNX », ma comparse a reconnu l’air, un sourire discret mais heureux traduit un certain apaisement… ses yeux sont clos, elle nage probablement dans un océan de délire poétique, non loin du mien.

Mais le voyage est trop court, trop beau aussi ; une demi-heure de rêverie et le réveil, douloureux, la lumière agressant mes pauvres yeux. Je l’aperçois vider les lieux, sans un mot, sans un geste, tête baissée, laissant comme seuls souvenirs ses machines et instruments entassés.

Une blonde houblonnée et sa fidèle compagne Cancerette sont nécessaires pour retrouver pleinement ses esprits. Quelque part, assis sur les marches, l’esprit encore à moitié perdu dans les nuages, on essaye de mettre des mots sur ce qui vient de se produire. Mais il est trop tôt pour établir ce genre de constat, la seule chose qui ressort de ce semblant de conversation est un émerveillement exprimé sous forme d’onomatopées, quelque chose entre ‘waow’ et ‘ouf’.

Second round émotionnel en compagnie de Blue Hawaii. Les débuts sont psychédéliques, enivrants et majestueusement touchants. Vissé sur ma chaise en bois, je me délecte de ces mélodies enivrantes, portées par la voix gracieuse et fluette de Raphaelle. Visiblement à l’aise sur les planches, la demoiselle communique énormément avec son audience, lui confiant des anecdotes de tournées, quelques états d’âme et ressentis timidement annoncés.

Exhortant le public à se lever, le duo opère un revirement club aussi surprenant qu’impressionnant. Le résultat met du temps à se propager dans les travées ; et il faudra 3 morceaux supplémentaires pour que le public n’explose de joie, délaissant les doux fauteuils du Museum.

Le résultat donne une version alternative et intimiste du « Gnanmankoudji » que Laurent Garnier avait laissé éclater à Pleyel. Le temps d’un rappel en apothéose et le groupe s’en va, le devoir accompli, ayant indéniablement marqué et touché l’assemblée du Botanique.

Un nouvel arrêt houblonné s’impose avant de quitter le Bota, pour récupérer physiquement et psychologiquement. Je croise les deux Canadiens préparant le stand ‘merchandising’ et, incapable de résister à l’envie de leur dire un mot, je demeure bloqué, comme subjugué, incapable d’articuler autre chose qu’un ‘merci’ à peine murmuré. Je reçois en guise de réponse un timide mais sincère ‘Thank you for coming’ de la souriante chanteuse. Il ne m’en fallait pas plus pour repartir le cœur léger, leur LP sous le bras mais surtout la tête pleine de souvenirs, ceux d’une soirée majestueuse que je risque de revivre à maintes reprises lors de mes rêveries, qu’elles soient éveillées ou dans les bras de Morphée.

Adrien Fassotte

(Organisation : Botanique)

Mmoths + Blue Hawaii


Ne perdons pas de temps à tâcher de convaincre les pisse-froids qui hurlent au népotisme ou à convertir l’élite néo-folkeuse venue rechercher la perle rare alternative lors de cette onzième édition des Nuits Botanique. Dimanche soir, Lou Doillon était venue jouer ses morceaux artisanaux composés dans l’intimité de sa cuisine et inspirés de ses chagrins d’amour. Sans aucune prétention de génie artistique, la chanteuse française avait choisi les planches d’un Cirque Royal archi-complet pour revisiter l’intégralité de ses « Kitchen sing dramas » issus de son premier long-playing produit par Etienne Daho et mixé par le Cassius Philippe Zdar. « Places » (2012), un album intimiste folk-rock influencé par les sons de son enfance.

Certes, à travers cette nouvelle expérience, l’actrice, comédienne, mannequin tente d’effacer cette image qui lui colle à la peau. Celle d’une hit girl, d’une ‘modeuse’ branchée, d’une ‘jet setteuse’ qui transite entre Paris et Londres. Pourtant, un concert déjà complet lors de sa prestation à l’Orangerie du Botanique, accordé le mois de décembre dernier, nous avait déjà convaincu qu’elle pouvait compter sur un public fidèle. Maintenant, reste à savoir si celui du Cirque Royal était venu en masse pour voir l’égérie de Givenchy et de Karl Lagerfeld ou pour découvrir l’univers musical de cette jeune auteure-compositrice-interprète de 30 ans au parcours atypique.

C’est un Cirque Royal plongé totalement dans le noir et illuminé d’une très belle scénographie qui attendait Lou Doillon et ses quatre musiciens. Cinq lampes vintage en arc formant un C de taille XXL planté au-dessus de chaque acteur sert de décor. Un décor original et judicieux pour éclairer les premières notes de la ballade poignante, « I.C.U ». Pas un mot dans la salle. Le public reste scotché à chaque inflexion vocale, à chaque souffle. Le timbre plaintif mais décidé, autoritaire mais vulnérable, s'égare dans l'air et invite le spectateur, accroché à chaque syllabe, à des rêveries douces-amères chantées dans son anglais maternel. Lou Doillon possède cette espèce de sauvagerie douce qui intrigue et s’accorde à merveille au genre musical qu’elle a choisi d’embrasser ce soir. Un folk aux ambitions aériennes et traversé d’influences universelles, communes et ensorceleuses.

Progressivement, ses talents d’oratrice réchauffent la salle. Un don naturel de communication qui séduit rapidement l’auditoire. Tantôt malicieuse, tantôt charmeuse, elle nous raconte son concert comme un roman autobiographique chargé de complaintes, de drôleries et de confidences. C’est alors que la comédienne reprend le dessus et nous inflige quelques plaisanteries croquignolettes en introduction de « Hushaby », morceau qu’elle aime écouter au volant de sa voiture les yeux fermés ou de « Devil Or Angel » où Lou Doillon s’amuse à imiter le cri du loup et invite le public à la suivre. Why not !? Bref, toute une mise en scène qui régale l’assistance et en ferait presque oublier la musique.

Le répertoire tantôt folk, tantôt country, tantôt soul, et plutôt facile, revisite les standards du rock et s’architecture autour de compos souvent trop légères. Une femme sous influence qui jouerait à réinventer les tubes ensorceleurs de Marianne Faithfull, Patti Smith ou encore Lou Reed, qui ont bercé son enfance.

Ne soyons pas trop sévère. Plusieurs standing ovations et plusieurs rappels (quatre !) nous confirment que le pari musical de Lou Doillon est plus que réussi. Le public est ravi et l’artiste ne veut plus quitter l’estrade.

Répertoire épuisé et public affamé, l’actrice reconvertie se doit d’improviser. Et tout d’abord, sur une reprise ‘originale’ de Clash qui arrive à point nommé. Accompagnée par le guitariste François Poggio, la folkeuse de l’Hexagone entame  « Should I stay or Should I go » comme si c'était un standard made in Nashville.

Rassurée par sa prestation, la chanteuse se lance sur la scène pour quatre longs rappels. D’abord, seule, guitare acoustique entre les mains, jouant sa première composition sur deux accords. Sa maladresse à la six cordes est presque touchante. On pense à la fin d'un repas de famille. Ce moment délicat, un peu gênant, où la petite dernière vient réciter le poème appris à l'école. Ne soyons pas cynique car, si la guitare ne sonne pas, la voix fait des merveilles. Enfin, une dernière reprise plus étonnante : « I go to sleep », chanson écrite par Ray Davies pour le Kinks, en 1964, que populariseront Chrissie Hyde et les Pretenders, en 1981. Et, plus récemment, subtilement réarrangée par la chanteuse britannique Anika, en 2010.

Amateur ou non, le public franchit les portes du Cirque Royal, le sourire aux lèvres, heureux d’avoir partagé l’univers musical de la nouvelle songwriter française.

Eric Ferrante

Lou Doillon

(Organisation Botanique)

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Les Nuits Botanique 2013 : samedi 11 mai

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L’espace réservé par la programmation des Nuits Botanique aux musiques alternatives et expérimentales n’a pas fait défaut ce samedi soir au Cirque Royal. Ainsi, sous les projecteurs du Cirque, le producteur allemand Sascha Ring alias Apparat –l’un des piliers du milieu électro berlinois– y présentait son dernier projet « Krieg und Frieden (Music for Theatre) », la bande-son surprenante de la récente pièce de théâtre de Sebastian Hartmann inspirée par le chef-d’œuvre de Tolstoï, Guerre et Paix. Une soirée sono-visuelle à laquelle étaient également conviées les nouvelles « Images Du Futur » de l’excellent groupe canadien Suuns qui nous livrait son nouveau matériau sonore sorti le 5 mars dernier, sous le label Secretly Canadian. Autre invité de marque, le trois-pièces français Aufgang dont l’électro-baroque-expérimental peu conventionnel conjugue ingénieusement musique classique et électronique pour des shows généralement explosifs.

Il fallait, comme il se doit, une ambiance feutrée, une scène plongée dans l’obscurité et un décor dépouillé pour accueillir les mélodies alambiquées des Canadiens de Suuns. Sans détour, le quatuor de Montréal nous plonge dans les profondeurs viscérales de sa dernière exploration. Hormis les manœuvres dynamiques de « Powers of Ten », les morceaux se veulent globalement moins rageurs, moins bruts, moins immédiats que par le passé. Les orages magnétiques de « Bambi » sont sous contrôle et laissent moins de place à l’improvisation.

Ne prenez pas peur. Les morceaux restent néanmoins toujours infectés par cet esprit sombre, vicieux et contrarié. Ils sont simplement plus travaillés, mieux calculés, plus pensés. Une maîtrise live que l’on peut distinctement entendre sur « 2020 », « Mirror Mirror » ou « Sunspot ».

Les Montréalais pyromanes continuent férocement à jouer avec nos nerfs et enchainent les chansons branlantes et psychotropes, minimales et obsédantes. Chantés la mâchoire crispée, les murmures mélodieux et angoissés de Ben Shemie plongent l’auditoire dans un monde parallèle et intriguant. Un concert cathartique aux couleurs du monde contemporain instable dont il est le reflet. Chansons du désordre qui illustrent leur engagement physique et intellectuel lors des manifestations qui se sont déroulées l’année dernière à Montréal. Une musique qui s’inscrit résolument dans son époque. Le résultat final est profond de sens, d’équilibre et de déséquilibre, tant dans l’écriture et le son que dans la vision créatrice. Des « Images Du Futur » écrites dans ‘le climat enthousiaste et excité, d’espoir et de frustration’ d’un Québec au bord de la crise de nerfs. 

Partisans actifs aux manifestations des étudiants québécois en 2012 et survivants d’une tournée interminable consécutive à la sortie de « Zeroes QC », accomplie en 2011, Ben Shemie et Joe Jarmush semblent pourtant, par moments, manquer de souffle sur scène. En effet, certains titres comme « Minor Work » enthousiasment moins et montrent quelques signes de lassitude. Petits détails pour une grande prestation de Suuns sur les planches du Cirque Royal.     

La suite du programme risque de surprendre davantage, d’assommer ou de passionner. C’est selon. Quoi qu’il en soit, l’expérience inédite d’Apparat reste impressionnante.

C’est après s’être évadé d’une vieille usine berlinoise abandonnée où il a enregistré les dix pistes de « Krieg und Frieden » durant plus de quatre semaines, en compagnie d’un orchestre de 30 musiciens, que Sascha Ring décide d’arpenter les routes pour exposer son nouveau projet atypique sur les scènes internationales.

Une exclusivité dénichée par les programmateurs des Nuits Botanique censée ravir les oreilles des amoureux de musique expérimentale avant qu’elle ne tombe entre les mains des plus gros festivals européens (Brighton, ‘Primavera Sound de Barcelone’, etc.)

Grand nom de la scène musicale berlinoise, créateur de dreamscapes, Sascha Ring aka Apparat aime tisser des textures et peindre des paysages sonores étourdissants. Il a le talent pour conjuguer son et image et se plaît à créer des univers multiformes capables d’explorer les sens et les émotions. La création d’une bande-son pour le théâtre n’est d’ailleurs pas un exercice qui lui est totalement étranger. Au cinéma, il s’était déjà livré à ce type d’exercice expérimental lors du dernier long-métrage de Jacques Audiard (« De rouille et d’os ») ou encore pour la série Breaking Bad.

Les planches du Cirque Royal tombaient comme une évidence pour faire place aux frasques audiovisuelles du génie allemand. Un écran géant comme seul décor et cinq artistes sur le podium. Côté jardin, trois musiciens. Côté cour, deux magiciens de l’image aux techniques peu conventionnelles. Tandis que le jardin se lance dans des airs de cordes (violon, violoncelle) lugubres voilés de couches de musique électronique, les deux vidéastes projettent en direct des images en totale synchronisation avec le son. Une technique particulière qui consiste à passer des filtres (ou autre matériau) avec une dextérité impressionnante sous un faisceau lumineux à une vitesse proportionnelle au rythme de la musique. Un fond d’écran qui s’anime de taches noires et d’éléments figuratifs abstraits à la vitesse du son. Plus les couches électroniques se superposent, plus les cordes montent crescendo et plus l’écran s’anime jusqu’au bourdonnement final et anxiogène de « Blank Page » où l’image s’efface. C’est que   lumière et son s’allient et se consolent, se taisent ou bien s’éteignent, signant, dans cet accord obscur, la fin de ce voyage en terre inconnue. 

Bref, un phénomène inexplicable. Plus facile à saisir au cœur battant de la présence, à éprouver en cet instant de grâce fugitif que nous offre la scène. Les mots nous font défaut pour le décrire. Seul le silence fait sens et transmet le vrai son. 

Eric Ferrante

Apparat + Suuns + Aufgang

(Organisation Botanique)     

Les Nuits Botanique 2013 : jeudi 10 mai

Ce jeudi, au Cirque Royal, les organisateurs des Nuits du Botanique s’étaient lancés un challenge en programmant deux artistes islandais, Ólafur Arnalds et Valgeir Sigurðsson, ainsi qu’un songwriter insulaire, Will Samson. Le CV des deux Scandinaves est bien typiquement islandais. Normal quand on apporte régulièrement sa collaboration à Sigur Rós ou Björk. Un curriculum vitae surfait ou une notoriété méritée ? C’était la première question que l’on pouvait se poser avant ce concert ? La deuxième question pertinente était de savoir comment ils allaient se débrouiller pour transposer leur musique éthérée et contemplative, en live ?

En entrant au sein du Cirque Royal, je constate que le challenge tenté par les organisateurs, n’est pas complètement relevé. En effet, lorsque Will Samson ouvre le bal, les sièges sont bien occupés, mais pas le parterre. En fait, le public n’est manifestement pas venu pour applaudir cet artiste. M’enfin, il est à peine 20 heures, et les spectateurs devraient gonfler l’auditoire, au fil du temps…

Will Samson chante, joue de la guitare et se sert généreusement de ses pédales. Il est flanqué d’un joueur de lapsteel. Pendant une demi-heure, il va nous entraîner dans un univers proche de celui d’un Bon Iver. Sa voix est cristalline. Délicates, limpides, et mélancoliques, ses chansons sont sculptées dans un folk atmosphérique et bucolique. Il aligne des titres issus de son dernier opus, « Hello Friends, Goodbye Friends ». Et le public est ravi de la performance de ce troubadour des temps modernes…

Il est 20h50 et place à Valgeir Sigurðsson. Au départ, c’est un ingénieur du son. Il a notamment travaillé pour Björk (comme signalé ci-dessus), mais également Feist, CocoRosie ou encore Camille. Paru l’an dernier, son dernier elpee s’intitule « Architecture of Loss ». Le Scandinave s’installe derrière ses claviers. Il est soutenu par une violoniste et un violoncelliste barbu. Manifestement, les trois musicos sont des virtuoses ; mais au bout de 20 bonnes minutes, on doute de leur capacité à subjuguer les foules. D’ailleurs, les personnes debout viennent progressivement s’asseoir sur les gradins. Il n’y a même plus assez de sièges. Les morceaux sont longs et soporifiques. Les jeux de lumière inexistants. Après une heure de concert, on est soulagé de les voir débarrasser le plancher…

En compagnie d’Ólafur Arnalds, on espère enfin pouvoir se réveiller quelque peu. Une tâche qui risque d’être compliquée, vu l’état de léthargie dans lequel Sigurðsson a plongé l’auditoire. Quand on connaît le post-rock néo-classique du producteur/multi-instrumentiste, on ne doit clairement pas s’attendre à une explosion instrumentale, mais on peut toujours espérer un spectacle qui parvienne à nous transporter.

Ce soir, Arnalds est entouré d’un quatuor à cordes, soit trois violonistes et un contrebassiste. Un line up susceptible de donner de l’envergure à l’expression sonore. Vers 22h, l’Islandais s’adresse rapidement au public. Il lui demande de chanter un air, qu’il utilisera ensuite comme boucle. Il se plante ensuite derrière son piano à queue. A première vue, l’ensemble a de la gueule. Cependant, à l’instar de son compatriote, Arnalds ne s’intéresse guère au sens du spectacle. Les opportunités offertes par une salle comme le Cirque Royal, sont négligées. Difficile de croire que Woodkid s’est produit au même endroit, quelques jours plus tôt ! Il y a bien un semblant de projection, mais difficile de faire plus minimaliste. Quant au lightshow, l’un ou l’autre sport s’allumera bien lors des trop rares envolées musicales, mais pas davantage. La musique est belle, mais en ‘live’, c’est insuffisant. Dans ces conditions, autant écouter l’album sous le casque, le résultat sera plus probant.

Finalement, la révélation nous est venue de Will Samson. Non seulement ce songwriter est bourré de talent, mais il le démontre sur les planches. Tout en publiant de bons disques. Car si les disques des deux Islandais sont visionnaires, atmosphériques et lyriques, leur transposition en ‘live’ est d’un ennui mortel. Il existe une énorme différence entre composer pour des artistes de la trempe de Sigur Rós ou de Björk (NDR : voire mettre en forme leurs œuvres), et se produire devant un public. L’aspect visuel a également son importance. La native de Reykjavik et la bande à Jónsi connaissent toute l’importance du visuel. De quoi regretter le déplacement ce soir. Du moins, c’est mon cas…

Béber

Ólafur Arnalds & strings  + Valgeir Sigurðsson + Will Samson

(Organisation Botanique)

 

Une délégation américaine avait été conviée ce jeudi soir à la Rotonde pour défendre les couleurs de l’indie rock made in USA. Humeurs folk-rock à tous les étages représentées par les New-Yorkais (Brooklyn) de Woods et le talentueux songwriter issu d’Alabama, Matthew Houck. Une Rotonde archicomble. Public nombreux brûlant d’étancher sa soif de nouveaux crus sonores, de se griser aux réverbérations originales de « Muchacho », le dernier album de Phosphorescent.

Vous l’avez de suite compris, les ultra-productifs musiciens de Woods (sept albums en sept ans !) servaient tout juste ici d’apéricube. Un apéritif certes de qualité et long de 50 minutes : le tout récent « Bend Beyond ». Mené par la voix falsetto de Jeremy Earl, le quatuor de Brooklyn va nous balancer un folk-rock nostalgique des seventies, mais en y ajoutant une vigueur suffisante pour annoncer le retour attendu de Matthew Houck. Un concert de bonne facture et rassurant qui jure cependant par son manque d’originalité. Rares, en effet, sont les artistes dont la productivité intensive rime avec talent créatif. Le plus souvent, talent et temps s’assonancent et se conjuguent.                

Phosphorescent livre au public un univers où se croisent et s’enchevêtrent les paradoxes. Il est des œuvres singulières qui ne peuvent voir le jour que grâce aux ombres projetées par mille contradictions, mille douleurs qui se sont tues. Telle est la source inépuisable de la beauté de cet opus. D’emblée, Matthew Houck brouille les pistes. Folk alternatif, alt-country, rock sous influence seventies ? Il nous laisse perplexes, nous mystifie. Inutile de le définir, de lui coller un style. Il n’est pas là où on l’attend. Écoutons simplement et laissons-nous guider par sa musique. Une seule constante se dégage de ce flou artistique : un chant troublant et poignant, des mélopées plaintives et doloristes qui nous bouleversent et subliment l’espace subtil de ses plus belles chansons. La voix plaintive (légèrement nasillarde), rauque et friable du chanteur s’est déniché un écrin de résonances sur mesure. Mise en valeur comme jamais, sa troublante singularité recouvre ici toute sa force suggestive, sa puissance émotive, ses envols nostalgiques et sa mélancolie.  

Muchacho présente des morceaux impeccables et quelquefois magiques. Il distille splendeur et beauté à des doses enivrantes, presque létales. Il invoque le soleil par des lamentations obscures et funèbres, irradie tristesse et mélancolie, trace les sentiers d’un cœur à la dérive qui sait bien que l’amour est un feu qui dévaste, comme cet anneau de feu qu’on porte autour du doigt. Qu’il est aussi chose légère, futile. Frivolité désabusée.

Deux mélodies jumelles ouvrent et ferment le concert, nous accueillent et nous congédient. Un prologue, « Sun, Arise! (An Invocation, An Introduction) » et « Sun’s Arising (A Koan, An Exit) » en guise d’épilogue. Ces deux morceaux périphériques, chantés sur un ton psalmodique et lancinant, et comme sortis du fond des âges ou d’un futur antérieur improbable, évoquent des incantations nocturnes aux harmonies limpides d’une beauté vénéneuse conçue pour envoûter dès la première écoute et vous happer mortellement vers les récifs. Entre gospel et new age, c’est la voix même atemporelle et ténébreuse des sirènes qui nous effleure et nous étreint.   

 Ensuite, tombe « Song for Zula », un joyau resplendissant issu des sédiments de l’âme country classique, mais innovant et futuriste. Cela fluctue, on ne sait trop… puis, ça y est : nous lâchons prise. L’envoûtement nous cerne de toutes parts, devient plus prégnant, plus intense. Six minutes de grâce et d'émotion. Un lamento sans cesse réitéré. Musique paradoxale et singulière délicatement orchestrée autour de la voix au pouvoir hautement émotionnel de Houck, où les synthétiseurs, la pedal steel guitar et quelques violons s’étreignent et se s’entremêlent pour charmer nos oreilles de sublimes accords.

La dissonance vient des paroles. Matthew Houck se livre à un véritable exercice de style paradoxal de haute voltige. Sérieusement affecté par un chagrin d'amour récent, il tord le cou aux mirages sentimentaux et rogne les ailes narquoisement aux amours transcendantes. Il paraphrase le mythique « Ring of Fire »: ‘Some say love is a burning thing that it makes a fiery ring’, mais à cet éclat flamboyant de l’amour qui brûle et dévaste, succède un frivole ‘Oh but I know love as a fading thing – just as fickle as a feather in a stream’. Au fond, rien n’est plus profond que le superficiel. Tout dandy qui se respecte le sait d’instinct et le proclame sans ciller. La musique sublime du morceau en témoigne. Car tout art véritable nous apprend qu’il n’est pas de belle surface sans une redoutable profondeur. Tragédie de l’inconséquence ? Peut-être. Mais sublimée jusqu’à l’incandescence d’être sans adjectifs. Du reste, cette chanson est d’une facture remarquable. Un seuil que l’on ne se lasse pas de franchir, qui nous retient mille fois avant de nous laisser aller plus loin pour découvrir d’autres gemmes peut-être plus discrètes mais non dénuées de beauté.

« Ride On/ Right On » et « A Charm/ A Blade » s’illustrent par leur verve enjouée et l’entrain tout en conférant couleur et profondeur à cette œuvre brillante. « Terror in the Canyons (The Wounded Master)” est une autre fichue merveille. Un piano émouvant. Des paroles inspirées. ‘Il fut un jour un fauve et une cage, un acteur qui saignait et puis la scène qui s’entrouvrait comme en abîme. Cela aurait pu durer l’éternité entière ou quelques brefs instants…’ « Muchacho's Tune », valse malingre bercée par un ensemble mariachi du troisième type, nous convie à communier avec une promesse de rédemption en affichant une élégance aussi brutale que franche. Valse étrange aux paroles magiques qui débouche sur un autre sommet vertigineux et étourdissant, « A New Anhedonia », une ballade soul hantée, rappelant Bon Iver. J’évoquais les paradoxes et les contradictions de cet LP ; parlons à présent d’avers et de revers : « The Quotidian Beast » pourrait bien être le côté pile ou face (chacun choisira) de ce météorique morceau de ciel qu’est « Song for Zula ». Une chanson majeure qui, pendant plus de 7 minutes, nous hypnotise et nous séduit. Avant que le soleil ne surgisse tout à fait, il nous reste un arrêt de plus, « Down to Go », autre preuve, s’il en faut, que nous sommes en présence de l’un des plus beaux crus dont on puisse s’enivrer en ces temps difficiles et plutôt déprimés. Bref, entre espoir et tristesse, ruines et construction, le concert tâtonne dans le clair-obscur de paradoxes foudroyants et capte souvent la lumière. D’emblée, Matthew Houck nous livre les pièces maîtresses de son sixième et certainement meilleur long playing.

Ce jeudi, dans la salle de la Rotonde, le public est conquis. Le concert le comble au-delà même de ses attentes. Tout contribue à le griser. Les claviers fous de Scott Stapleton et la puissance des drums de Christopher Marine qui accélèrent le rythme. L’originalité hors pair de Matthew Houck qui réinvente le genre folk-rock, alt-country (NDR : l’elpee a été produit par John Agnello). A l’instar de « Song for Zula » où l’originalité se fait chair sonore. L’orchestration est parfaite autour de la voix de Houck. Et elle raconte précisément de belles histoires. Elle réverbère toute la charge d’émotion afin de communier intensément avec sa présence vocale… Tout est en place, rien ne déborde. Un concert où il fait bon vivre. Cette ivresse tranquille exclut tout débordement et vous situe au centre de la présence phosphorescente, en vous gardant juste vivants.

Enfin, Matthew Houck, l’air un peu désabusé, revient seul sur l’estrade pour accorder deux rappels. La salle entière est silencieuse, les mouches mêmes suspendent leur vol, pour écouter…

Hypnotique !   

Eric Ferrante

Phosphorescent + Woods

(Organisation Botanique)

 

‘Je suis alternatif, mais pas confidentiel’, nous confie Lescop dans les loges du Botanique après le concert qu'il vient d’accorder dans le cadre des Nuits Botanique. ‘Je n'aime pas le côté élitiste de certains dans le monde de la musique underground. Les grands groupes qui ont compté, comme Einstürzende Neubauten, Joy Division, New Order ou même Indochine, on les a vus à la TV. Ils se sont inscrits dans une culture populaire qui proposait des filtres pour emmener les gens vers autre chose.’ Ce pari, rendre populaire une musique plus alternative, Lescop, de son vrai nom Matthieu Peudupin, est clairement occupé de le gagner. Sa ‘pop wave’ minimale, qu’il chante dans la langue de Molière, évolue entre Daho, Taxi Girl, Indochine et Joy Division. Teintée d'éléments 'dark', elle rencontre un beau succès. Le hit lumineux « La Forêt » et l'album éponyme ont révélé au grand public un artiste talentueux et discret.

Il s’agit déjà du troisième concert de Lescop, au Botanique, en un an. En mai 2012, il assurait la première partie du regretté Daniel Darc ; et en novembre, il nous avait gratifié d’un set archi-sold-out, au sein de l’intimiste La Rotonde. A cette occasion, il avait promis qu'il reviendrait pour un show plus long au sein d’une salle plus grande. C’est chose faite.

L’Orangerie est comble lorsque le band monte sur scène et c'est l'hypnotique « Paris s'endort » qui ouvre efficacement le bal. Classieux et discret, Lescop s’est planté au milieu du podium. Comme d’habitude, il est vêtu d'un simple polo, d'un jean et de chaussures Converse. Sur l’estrade, il est flanqué à nouveau de Cédric Leroux (ex-Phoebe Killdeer) à la guitare (NDR : physiquement, on dirait qu’il est né d’un croisement entre Prince, Fred Chichin et Phil Lynott). Il affiche une grande maîtrise sur sa gratte, en exécutant des mouvements saccadés et épileptiques. A droite, on retrouve Antoine de Saint-Antoine, l'acolyte des débuts dans le groupe Asyl. Il est préposé à la basse et aux chœurs. Par rapport au concert de La Rotonde, le line up compte deux musiciens supplémentaires. Multi-instrumentiste et co-compositeur des musiques du premier opus, Gaël Etienne se charge principalement des claviers ; mais le changement le plus notoire nous vient de la présence d’un batteur. Ce qui donne beaucoup plus de pêche au son en ‘live’. 

La formation poursuit son voyage au cœur des villes, via « Ljubljana » et « Los Angeles ». Entre les deux chansons, Lescop salue le public et prétend –non sans une pointe d’humour– qu'il se souvient de tous ceux qui étaient présents lors de ses précédents concerts. « Le Mal, Mon Ange » séduit par sa rythmique hypnotique mais on regrette évidemment l'absence de la voix féminine, assurée sur l'elpee par Dorothée De Koon. D'une façon générale, Lescop a nettement gagné en aisance par rapport aux concerts précédents. Derrière son micro, concentré et les yeux fermés, il ressemble à Ian Curtis. Ses mouvements ne manquent pas d’aisance. Il les anime d'élégants déhanchements légèrement androgynes. Pourtant, il avoue lui-même, en interview, qu'il ressent toujours le trac sur scène et qu'il a recours à l'hypnose pour se préparer. Enchainement parfait, place à « Hypnose », une compo qui traite de cette pratique, suivi d'un « Marlène » aux accents très postpunk.

La musique, très filmique, de Lescop est influencée par le cinéma, surtout les réalisateurs Jean-Pierre Melville, Fassbinder et Schlöndorff. « La Nuit Américaine » en est une preuve évidente, même s'il nous précisera plus tard qu'il n'avait pas encore vu le film de Truffaut, quand il l'a écrite. Etonnant! La chanson est très bien accueillie et on sent que le concert arrive à son premier paroxysme. Au milieu du morceau, le groupe s'arrête et construit une progression en intensité typiquement electro, qui débouche sur un final tout en puissance. Regardez ce superbe moment ici

Pas le temps de souffler et il embraie par le hit, « La Forêt » ! Le public acclame chaleureusement les premières notes de basse et le rythme minimal de batterie. Lescop campe en front de scène et son interprétation est impeccable. Nous dansons en remuant la tête, comme ensorcelés par cette mélodie envoûtante. Dans les passages instrumentaux, les musiciens se déchaînent et Cedric Leroux nous gratifie d'un superbe solo, exécuté sur sa guitare rouge écarlate. Pour voir ou revoir cette interprétation de la « La Forêt », c’est ici.

Après le frénétique « Un Rêve », Lescop poursuit par « Le Vent », un morceau consacré aux ‘souvenirs brûlants’. Il la dédie à Daniel Darc, ‘le mec qui m'a donné envie d'écrire’, confiera-t-il plus tard lors de notre entretien. Le moment est touchant et clôture idéalement la première partie du concert.

Une courte pause et le combo revient sur le podium, pour aborder le très calme « Tu m'écrivais souvent », le premier morceau issu de la plume de Lescop. Un inédit, qui sera inclus sur la réédition du premier long playing, prévue pour l'automne. « Slow Disco » évoque quelque peu « La Forêt », mais en plus lent. Et enfin, le set atteint son second paroxysme :  « Tokyo, La Nuit ». L’intro est d’abord lancinante, lourde, quasi métallique, avant l’explosion de guitares. Et puis, cette rythmique est vraiment infernale. Gaël Etienne a abandonné ses claviers et il a rejoint le bord de l’estrade, armé de sa guitare. Le public est aux anges et chante le refrain en levant les bras au ciel. Lescop est impérial. Il les lève aussi en faisant le signe ‘V’ ; et, à cet instant, on se demande s’il n’a pas l’intention de sauter dans la fosse, comme il l’avait fait à la Rotonde. Mais non, il reste sur les planches. Tel un chef d'orchestre, il marque les dernières mesures de ce morceau d'exception et vide les lieux après avoir remercié un public conquis. Regardez la vidéo de ce moment unique: https://www.youtube.com/watch?v=qffQM5WxyCo

Un concert en tout points parfait, que votre serviteur eu la chance de pouvoir prolonger en compagnie de mes amis Vincent et Valéria dans les loges, pour une mémorable interview de Lescop, suivie d'une nouvelle hallucinante escapade avec le groupe dans ‘Bruxelles, La Nuit’...

Setlist: Paris s'endort, Ljubljana, Los Angeles, Le Mal Mon Ange, Hypnose, Marlène, La Nuit Américaine, La Forêt, Un Rêve, Le Vent. Rappels: Tu m'Ecrivais Souvent, Slow Disco, Tokyo La Nuit.

En première partie de Lescop, nous avons pu découvrir deux ‘supporting acts' français. Tout d’abord, Superpoze, un jeune beatmaker caennais transformé en homme-orchestre. Seul aux claviers et au contrôleur MPC d'Akai, il a proposé une musique instrumentale electro, dans l’esprit des labels Ninja Tune ou Warp. Ensuite, Yan Wagner et sa troupe ont dispensé un set electropop/new-wave, mais aux accents un peu trop 'house/dance' à mon goût.

Philippe Blackmarquis

Lescop

(Organisation : Botanique)

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