Light Asylum lève le voile sur un nouvel album

Peu de groupes peuvent se targuer d'avoir le statut de 'groupe culte', mais c'est clairement le cas pour Light Asylum. Emmené par la voix énigmatique de Sharon Funchess, le projet basé à Portland, dans l'Oregon, a secoué le petit monde de la musique…

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Aidan Moffat (Arab Strap) en featuring sur le nouveau single de ĠENN

ĠENN dévoile aujourd'hui « Jaguar Sun », un nouveau single en collaboration avec Aidan Moffat d’Arab Strap. Le titre sort au format digital ainsi qu'en 12’’ sur le label Rock Action Records, fondé par Mogwai, et accompagne l’annonce d’une tournée européenne…

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PiaS Nites 2014 : samedi 15 mars

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Des PiaS Nites, il y en a aujourd’hui un peu toute l’année et même en France. Celles qui se déroulent à Tour & Taxis, en mars, en sont à leur cinquième édition. Deux jours au cours desquels le label met en vitrine les formations phares de son catalogue. Et comme on ne change pas une formule qui gagne, pas de modification majeure n’est à constater dans les aménagements des lieux. Faut dire que les deux dates affichent à nouveau sold out. Consacré à l’électro, le vendredi soir a bénéficié du concours de grosses pointures comme Paul Kalkbrenner, Vitalic VTLZR, The Magician ou encore Tiga. Le samedi est réservé au pop/rock.   

Pour cette nouvelle édition, les organisateurs ont tout misé sur deux des formations belges les plus illustres. En l’occurrence dEUS et Girls in Hawaii. Mais également sur plusieurs découvertes, dont le projet solo du chanteur de Balthazar, Anderlecht, et la jazzwoman, Mélanie De Biasio. Un désistement, celui de Baxter Dury. A charge de John Grant (NDR : qui avait fait sensation quelques mois plus tôt au Botanique), du duo allemand Milky Chance ou encore de l’Anglais d’East India Youth de pallier à son forfait, The Spectors et Champs complétant l’affiche.

Les hostilités débutent vers 18h30, mais il faut attendre le set du duo teuton Milky Chance pour que les choses sérieuses commencent. Quoique responsable d’un tube intitulé « Stolen dance », il faut bien avouer que la paire ne jouit pas d’une grande célébrité. L’un est armé d’une guitare acoustique et l’autre se charge des claviers. Leur cocktail d’électro/folk/reggae est plutôt plaisant, mais hormis les singles, il ne parvient qu’en de trop rares occasions à enthousiasmer l’auditoire…

Après ce concert sympathique, on avait hâte de découvrir la jazzwoman Mélanie De Biasio dans un contexte qui ne lui était pas forcément favorable. C’est la petite salle qui accueille la jeune Belge. Elle prend bien le temps de construire les atmosphères. Son dernier opus recèle de subtils morceaux, de véritables pépites. Sa voix est simplement magnifique et les arrangements particulièrement soignés. Le set baigne au sein d’un climat feutré. Malheureusement, il ne correspond pas à l’événement. Le public, principalement venu pour se défouler, ne prend pas la peine de s’en imprégner. Trop bavard il rompt même le charme qui émane de l’atmosphère ambiante…

La première tête d’affiche débarque à 21h45. Pourtant, pour accueillir les Wallons de Girls in Hawaii, l’énorme hangar de Tours & Taxi n’est pas comble. Ce qui va d’ailleurs porter préjudicie à la qualité du son ; mais le groupe est en forme. Tous leurs titres majeurs sont interprétés. « I’m not Dead » est attaqué en début de parcours. « Sun of the Sons » figure également sur la setlist. Qui ne néglige pas pour autant le plus ancien répertoire. Dont l’indétrônable « Found in the Ground ». Si rien d’exceptionnel ne se produit au cours du spectacle, c’est toujours avec un grand plaisir que l’on assiste à un concert de Girls in Hawaii.

Accusant un léger retard, John Grant prend le relais. La petite salle est loin d’être bondée. Certains spectateurs ont choisi ce moment pour s’hydrater ou se sustenter, d’autres ont décidé de squatter les premiers rangs pour assister au set de dEUS. Tant pis pour eux ! Barbu, l’artiste est toujours aussi charismatique. Et il va nous livrer une prestation digne de celle accordée au Botanique, l’an dernier. Il est vêtu de noir, tout comme la troupe qui l’accompagne. Le set s’ouvre par les morceaux les plus paisibles de ses deux albums, dont le superbe « I Wanna go to Marz ».  Son électro/folk séduit les mélomanes présents. A mi-parcours, il change de registre et propose des titres plus dansants, aux rythmes syncopés mais communicatifs. Il est plus ou moins 23 heures, lorsque l’Américain nous réserve « Queen of Denmark ». Un final rituel. C’est également l’apothéose de ce concert. La puissance et l’émotion réunies en une seule chanson !

Vingt ans après la publication de leur majestueux « Worst Case Scenario », dEUS était invité aux PiaS Nites pour conclure en beauté la soirée. Les Anversois étaient attendus de pied ferme. La grande salle est alors quasiment remplie. Vu le 20ème anniversaire de la sortie de leur premier elpee, on s’attendait à retrouver quelques titres de cet opus dans la set list. Un seul nous sera accordé, « Suds and Soda ». Dommage ! A la place, le show s’est concentré sur le dEUS aux six cordes. En fait, le combo a essentiellement puisé dans le ‘best of’ de son répertoire. Dont « Roses », « Instant Street » ou encore « Little Arithmetics ». Les années se suivent et se ressemblent. En ‘live’, on ne constate plus vraiment de grande évolution chez le band, même si Tom Barman et sa troupe continuent d’assurer sur les planches.

La cuvée 2014 des PiaS Nites est plus qu’honorable. Les découvertes et les têtes d’affiche ont honoré leur contrat. Mais si les prestations étaient de bonne facture, il faut reconnaître qu’il a manqué un grain de folie. Baxter Dury avait sans doute la carrure pour nous l’apporter ; mais comme il a brillé par son absence…  

Organisation PiaS

(Voir aussi notre section photos ici)

 

Festival La Ferme 2014 : samedi 8 février

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Pour une première, le festival a répondu aux attentes.
Celles de son organisateur pour commencer. Car la soirée a tenu toutes ses promesses recueillant de très bons échos de la part d’un public venu, si pas nombreux, du moins enthousiaste.
Pour les spectateurs ensuite, qui pour un prix dérisoire ont profité d’une excellente soirée, dans un cadre prestigieux à l’acoustique exceptionnelle.
Enfin pour les groupes qui ont rarement l’occasion de se produire dans un tel espace où toutes les conditions sont réunies pour optimiser une performance.
En résumé, cette première édition en appelle donc forcément une seconde ; et on l’espère, un succès croissant.

Obligations du week-end obligent, j’arrive un chouia trop tard et manque la performance des Anglais de The Physic House Band, que certains qualifieront par la suite d’‘honnête’.

Grand bruit ne sera donc pas fait de leur passage.

A contrario, Scarlett O’Hanna marque de son empreinte le début de soirée par une prestation enlevée et nerveuse qui contraste avec certains de ses shows plus intimistes.

En formule trio, les compositions prennent corps et résonnent différemment, s’accaparant l’espace ; ce qui n’est pas une mince affaire dans ces lieux à la voûte céleste haut perchée.

Une maîtrise parfaite de son sujet et une attitude authentique soulignant un répertoire finement ciselé. Pas à dire, cette jeune fille à la silhouette découpée dans la pellicule du film « I’m not there » a la carrure d’une belle promesse.

Les Billions Of Comrades n’ont pas eu le même impact, même si leur concert plein d’énergie a suscité l’intérêt d’un public attentif.

Contrairement à ce qu’ils m’avaient laissé entrevoir au PacRock en septembre dernier, leur set de ce soir semblait convenu et formaté.

Un Electro Rock enlevé mais peu convaincant au final.

Les Japonais de Lite, quant à eux, vont ravir les amateurs de Math Rock, grâce à leurs prouesses techniques moulinées à coups de bravoure.

Autrement dit, tout ce qui m’exaspère et surtout m’éreinte rapidement.

Ok, c’est super bien foutu, balancé avec un savoir faire épatant, et dans le registre, ils se démarquent certainement, là où bon nombre se contentent de singer les maîtres du genre.

Mais comme vous vous en doutez, ce n’est pas ma tasse de thé.

Je laisse donc refroidir mon effusion et m’en vais tranquillement siroter quelques bières dans le hall dont la décoration élégante est dédiée aux artistes de passage en ces murs (et ils sont légion, notamment par le biais de l’émission D6bels).

Pendant ce temps, les Français de Quadrupède préparent leur set face à votre serviteur.

Assurant l’interlude avant la tête d’affiche de ce soir, le duo de bipèdes va s’exécuter dans un périmètre circonscrit à quelques centimètres carrés.

Ce qui n’enlève rien à la qualité de leurs titres mélancoliques lovés dans une fourrure hirsute tachée de rythmiques imparables.

Un très bon moment malheureusement noyé dans une lumière un peu crue.

Enfin, lors de la clôture, les très attendus Irlandais de Girls Names vont nous offrir le set que la plupart d’entre nous attendaient impatiemment depuis des mois.

Pour rappel, un passeport égaré en dernière minute à la frontière, avait forcé le band à faire l’impasse sur leur dernière mini tournée, et en particulier leur participation au Pacrock festival de Pont-à-Celles.

Fiers détenteurs d’un des meilleurs albums de l’an passé (« The New Life ») aux résonances divinement New Wave sans jamais être éculées, les quatre jeunes gens ont certainement apprécié l’accueil réservé par une frange de fans réunis devant de la scène et marquant, avec entrain, leur joie de les entendre ici même.

Une joie néanmoins atténuée par l’absence totale de titres antérieurs à leur dernier opus.

Exit donc les morceaux pourtant irrésistibles de « Dead To Me », album de deux mille onze qui regorgeait d’hymnes nihilistes absolument incontournables.

‘Bury Me In A Wall Of Sound’ clamaient-ils à l'époque, sur un air détaché. Mais plus aujourd'hui manifestement, alors que nous, nous attendions fébrilement de les porter aux nues.

Ce soir, malgré l’efficacité de titres plus matures, le set semble un rien trop linéaire, là où justement des plages comme « I Lose » auraient assurément fini de mettre à terre un public largement acquis à leur cause.

Une attitude sans doute honnête mais qui laisse planer le doute sur les raisons d’un tel renom d’un passé encore si présent.

Et les explications de la bassiste après coup n’ont certainement pas convaincu les quelques fans venus l’interroger (‘nous ne savons plus les jouer’ semblant une bien mince excuse).

Mais ne boudons pas notre plaisir.

Le quartet a au final délivré un excellent concert, de loin le meilleur d’une soirée résolument ouverte aux découvertes.

Alors que les fûts de bière se vident dans un dernier râle (émis principalement par des gosiers encore secs), le rideau se referme sur la naissance d’un festival, encore petit, mais qui pourrait bien, à l’instar d’un certain micro festival liégeois, grandir et faire parler de lui.

(Organisation : Ferme du Biéreau / Centre Culturel Du Brabant Wallon)

 

Sonic City 2013 : dimanche 1er décembre

Après une première journée marquée, entre autres, par les excellentes prestations de The Black Angels et de OM, le festival nous propose, de nouveau, une programmation très éclectique sélectionnée par les 'curateurs' : BEAK>.

Après Camera, dont nous avons malheureusement raté le set, Thought Forms se produit face à  un public clairsemé. Le line up réunit le drummer Guy Metcalfe, la jolie Charlie Romijn et Deej Dhariwai, tous deux au chant et à la guitare. Le trio vient de publier son deuxième album. Intitulé « Ghost Mountain », il est paru sur le label Invada Records de Geoff Barrow. Comme quoi, le monde est petit... La musique oscille entre drone, shoegaze et post-métal. Moments calmes et éruptions sonores quasi grunge alternent, mais dans l’ensemble, le résultat est un peu trop neutre pour capter notre attention.

A contrario de la formation suivante. Et sans aucun problème. Encore un trio. Formé à Brooklyn, dans l’état de New York en 2012, il réside aujourd’hui à Osaka. Baptisé ZZZ's, il pratique une forme de no-wave expérimentale teintée de post-punk nippon. D’apparence, les trois jolies Japonaises semblent frêles et inoffensives ; mais quand elles commencent à jouer, on prend une claque dans la gueule. Ligne de basse ronflante et hypnotique, batterie déconstruite, guitares cinglantes et vocaux passant du cri primal aux murmures : c'est une expérience unique, un peu comme si Liars, Bauhaus et Einstürzende Neubauten avaient décidé de faire un boeuf. Une excellente découverte! Pour voir la vidéo live, c’est ici.

Pour suivre, Vex Ruffin nous réserve son hip-hop lo-fi aux accents punk. Il ne parviendra pas à empêcher votre serviteur de rejoindre la zone 'chill out' pour y boire un excellent café Latte...

Avant d’aller assister à une performance très attendue, celle de Dirty Beaches. Il s’agit d’un projet imaginé par Alex Zhang Hungtai, un Taiwanais établi à Montréal. Mâtiné de krautrock, son post-rockabilly-lo-fi-psyché est excellent. Il navigue quelque part entre Suicide, Can et Iggy Pop. Malheureusement, en ‘live’, cette mixture ne passe pas. Le son est trop brouillon, noyé sous des tonnes de feedback et l'artiste chante en tournant le dos au public ; ce qui finit par devenir très agaçant. Seul "I Dream In Neon" parvient à sortir du lot. Il est d’ailleurs excellent. Dommage!

Connan Mockasin n’avait, à mon humble avis, pas sa place dans ce festival. Enfin, celles et ceux qui aiment la pop néo-psychédélique acidulée de cet artiste néo-zélandais ont estimé que le concert était excellent, non conventionnel et chargé d'émotion. Paraît que c'est la fille d'un des curateurs qui a réclamé la présence de cet artiste néo-zélandais. No comment...

Heureusement, l'affiche a prévu une suite bien plus intéressante. En l’occurrence Savages. Basé à Londres, ce quatuor féminin constitue véritablement une des révélations internationales de l'année 2013. Drivée par la Française Jehnny Beth (Camille Berthomier), la formation est responsable d’un premier opus. Baptisé "Silence Yourself", il marie à la perfection le post-punk d’un Siouxsie And The Banshees au rock shoegaze à la Sonic Youth, le tout enrichi par un sens poétique digne de Patti Smith. Sur l’estrade, il n'y a rien à dire : tout est parfait. La guitariste Gemma Thompson (la reine du sustain), la bassiste Ayse Hassan et la drummeuse Fay Milton accompagnent impeccablement Jehn. Après avoir concédé un inédit en ouverture ("I Need Something New"), les morceaux s'enchaînent et montent en intensité. "She Will" et "No Face" y contribuent largement. Jusqu'à ce que Jehn décide d’interroger l’auditoire. Elle leur demande : ‘You think it was fast?’, avant de céder le relais à "Hit Me", un rouleau compresseur qui déboule à 200 beats par minute. La reprise de Suicide, "Dream Baby Dream", constitue cependant le seul point faible d'un set qui s’achève en beauté par une version de "Fuckers" de plus de 10 minutes. Grandiose!

Cette journée est décidément placée sous le thème ‘Girls Power’. Et pour cause, à travers son projet Pharmakon, la New-yorkaise Margaret Chardiet pratique une forme de power death noise' diabolique. Sur le podium, la jeune et jolie blonde va faire trembler les murs du Kreun. A l’aide d’une plaque de fer et en se servant de pédales loop, elle crée des séquences bruitistes industrielles très violentes, sur lesquelles elle vient poser des cris et des éructations apocalyptiques. Au cours de son show, elle va même descendre dans la fosse, comme un véritable possédée. On cherche un exorciste!! Son set n'a en fait duré que 15 minutes, mais les spectateurs, médusés, ne sont pas prêts de l'oublier!

Enfin, en toute logique, ce sont les curateurs du festival, en l’occurrence BEAK>, qui sont chargés de clore les festivités. Ils se produisent devant une foule compacte et religieusement attentive. Le trio implique le drummer Geoff Barrow, le bassiste Billy Fuller et le claviériste/guitariste Matt Williams. L’an dernier le combo était déjà présent pour cette affiche. Et il avait dispensé une prestation très relax, pleine d'humour. ‘C'est la première fois que nous sommes têtes d'affiche d'un festival’, ironise Barrow. La musique baigne dans un krautrock réminiscent de Neu!, même si l’ensemble concède des accents dub lo-fi. Le set manque un peu d'énergie, jusqu'au moment où le band attaque "Wulfstan II", un excellent morceau qui soulève des cris d'enthousiasme au sein d'un public conquis. La formation accorde un rappel sans même quitter la scène et c'est tout en douceur, par "Battery Point", que s’achève un festival en tous points irréprochable. Vivement l'année prochaine!

Pour la section photos c’est ici

(Organisation : De Kreun, Courtrai)

 

Sonic City 2013 : samedi 30 novembre

Le Festival Sonic City est un festival annuel organisé par De Kreun à Courtrai. Le concept est le suivant : un programmateur (‘curator’ en anglais) est désigné pour établir le line-up du festival, un peu comme pour le célèbre festival All Tomorrow's Parties, en Angleterre. Grâce à ce principe, chaque édition de Sonic City est évidemment différente. C'est inéluctablement un nouveau regard, un point de vue original, porté sur la scène contemporaine, impliquant des choix surprenants et débouchant sur une grande diversité musicale. Après Suuns en 2012, le programme de cette sixième édition a été confiée à BEAK>, le groupe de Geoff Barrow, un des fondateurs de Portishead.

Le festival affiche sold-out mais heureusement, ce n'est pas la cohue. Manifestement, les organisateurs ont veillé à ne pas dépasser les limites de capacité de la salle. Le confort est donc idéal : on peut circuler sans problème, le son et les lumières sont parfaits et l'espace 'chill out' aménagé à l'extérieur permet de fumer une cigarette, de manger un hamburger veggie ou de boire un café Latte en se pressant autour des 'chaufferettes'.

La programmation de BEAK> fait la part belle aux musiques alternatives qui ont le vent en poupe pour l'instant : krautrock, ambient, shoegaze, noise, le tout baignant au sein d’une atmosphère générale assez 'dark' du meilleur acabit.

En débarquant vers 17h, il était difficile d’assister aux concerts de Tourette, MXLX et Father Murphy. Sur les planches, Forest Swords, le projet du musicien et producteur anglais Matthew Barnes, propose une musique electro-dub-psyché aux accents drone. Se réservant les claviers et la guitare, Barnes est soutenu par un bassiste. Les lumières sont minimales, tout comme les vidéos, un florilège de lueurs évanescentes et de corps filmés en noir et blanc. Intéressant mais sans grand intérêt pour votre serviteur.

Changement d'ambiance en compagnie de Haxan Cloak, un patronyme sous lequel se cache en fait un musicien d'avant-garde basé à Londres, Bobby Krlic. Seul devant la table où sont placés ses claviers et ses contrôleurs, Krlic élabore une musique ambient/drone minimale, lugubre, voire apocalyptique. Malheureusement, le son est beaucoup trop puissant, surtout dans les aigus et les infra-basses ; ce qui rend l'expérience un peu difficile à supporter.

La formation suivante, OM, constituera la grosse révélation de la journée. Emmené par Al Cisneros, également impliqué dans Sleep, ce trio californien propose une musique expérimentale/drone/post-metal/doom complètement hypnotique. Cisneros, sorte de Jerry Garcia moderne, tire de lentes séquences répétitives et envoûtantes de sa basse Rickenbacker. L'effet qu'il utilise, l'Octaver, double chaque note à l'octave, conférant au son une ampleur et une présence uniques. Ses vocaux ressemblent à des prières psychédéliques, comme des mantras aux accents arabes ou indiens. Emil Amos se charge des drums. Quant à Robert Lowe, il se plante à droite. Un personnage vraiment étonnant. Affichant un look afro-américain à la Morgan Freeman, il développe tantôt des nappes de synthés modulaires, tantôt des lignes lancinantes à la guitare-synthé et surtout prodigue des mélodies vocales aiguës, à la limite du falsetto. Un superbe concert! Regardez-en un extrait vidéo ici 

Nouveau changement radical de style pour ADULT., le groupe américain de Detroit composé du couple Nicola Kuperus (chant) et Adam Lee Millerand (synthés). Notoires en Belgique (ils se produisaient encore à Bruxelles en mai dernier), ils pratiquent une musique électronique synth-pop aux accents postpunk. Les sons sont résolument vintage et la voix de Kuperus, trafiquée par les effets, évoque Siouxsie et Bestial Mouths. Certains apprécient. Perso, pas trop ma tasse de thé. Surtout cette voix nasillarde et dissonante qui finit par m'agacer. Notons quand même que le duo s’est donné à fond pour ce dernier concert de leur tournée et sont parvenus à établir un bon contact avec le public.

Mais une grande majorité des spectateurs s’est clairement déplacée pour la tête d'affiche. En l’occurrence The Black Angels. Pour rappel, elle nous vient d’Austin, au Texas. Réunissant Alex Maas (chant), Stephanie Balley (batterie), Christian Bland (guitare), Jennifer Raines (orgue) et Nathan Ryan (basse), la formation est devenue un des fers de lance de la musique rock néo-psychédélique. Leur patronyme est issu d’une compo du Velvet Underground (“The Black Angel's Death Song”). Rien à reprocher à leur show. Il a été impeccable. Un son parfait, des vidéos colorées à souhait, un band bien en place et un Alex Maas en pleine forme. Il manquait peut-être juste une petite touche de folie pour rendre la prestation mémorable. Regardez la vidéo live là

Enfin, le Britannique James Holden a déroulé sa techno-electronica aux accents chamaniques et psychédéliques : un point d'orgue idéal pour une première journée de festival enrichissante à tous points de vue.

Et pour les photos c’est ici

 (Organisation : De Kreun, Courtrai)

 

Crossing Border 2013 : dimanche 17 novembre

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Rendez-vous annuel mêlant musique et littérature, le Crossing Border, comme son nom tend à l’indiquer, se moque des limites et des frontières, linguistiques ou autres.
Faisant escale à La Haye, Enschede et Anvers depuis quelques années, cet évènement fait la part belle à la poésie, qu’elle soit chantée, déclamée ou juste posée sur papier.
Une sorte de foire intellectuelle, sans aucun sens péjoratif, ni prétention, qui prend ses quartiers le temps d’une soirée dans le magnifique théâtre de l’Arenberg.

L’affiche y est donc bigarrée (et pas similaire d’une ville à une autre), et les précédentes éditions anversoises ont déjà vu défiler du beau monde.
Musicalement, cette année paraissait un moins rien audacieuse, et surtout, avait la particularité de proposer simultanément trois têtes d’affiche susceptibles d’attirer le même monde.
Au vu du line up, cette situation constituait une décision mystérieuse et pas très inspirée.
Il fallait donc opérer un choix ce soir, et ne pas se tromper.

D’un côté Savages, quatre indomptables donzelles qui transfigurent les genres (du Post Punk à la Cold Wave, au hasard). Des genres tellement laminés par des groupes se proclamant dignes héritiers ou tout simplement étiquetés à tort et à travers depuis maintenant trois décennies.
D’un autre côté, Aidan Moffat, l’Ecossais et son accent pâteux à couper à la scie circulaire qui depuis la fin de feu Arab Strap se décline en collaborations multiples et souvent ennuyeuses.
Enfin, les Anglais de These New Puritans, emmenés par leur singulière tête pensante, énigmatique génie transcendé par la douleur que lui réclame le long et difficile processus créatif débouchant sur des œuvres à nulle autre pareille.

Choix cornélien pour beaucoup, mais évident pour ma part.

Je débarque donc au rez-de-chaussée sur le coup de vingt-deux heures.

L’espace baptisé ‘Club De Ville’ se remplit rapidement. Signe qui ne trompe pas et souligne l’intérêt général : la plupart des artistes qui se sont produits jusqu’alors se concentrent, tantôt derrière la scène, tantôt devant.

C’est qu’il est fait grand foin de « Silent Yourself », premier album de Savages, et peut être encore plus de leurs prestations.

Votre serviteur, absolument convaincu par leur concert accordé au Pukkelpop, n’avait qu’une hâte : les revoir et me laisser joyeusement violenter les conduits auditifs dans un endroit encore plus propice à l’extase.

« I Am Here » pose le constat d’emblée.

Jehnny Beth, Gemma Thompson, Fay Milton, et Ayse Hassan ne sont pas venues pour faire de la figuration.

Leur musique, viscérale et charnelle galvanise. Et elles entendent bien l’exposer avec force et respect. Ainsi la leader n’hésite pas à imposer des codes stricts à leur auditoire. A prendre ou à laisser. Déjà, lors de leur passage au Botanique, un message barrant l’entrée de la salle demandait expressément l’extinction des GSMs.

Ici, ce sont les photographes qui se voient intimer la plus grande discrétion pendant l’exécution des titres.

Camille Berthomier (alias Jehnny, ex-John & Jehn) peut dès lors paraître prétentieuse ou tout du moins intimider.

Néanmoins, il est aisé de comprendre que le personnage qu’elle campe en ‘live’ exige un abandon total qui se nourrit en retour de l’attention totale des spectateurs et ne peut souffrir d’inutiles distractions.

Bien qu’enrhumée, sa voix n’en laisse rien paraître et ses yeux grands ouverts dans le vide captent l’énergie palpable qui se dégage autour d’elle comme un spectre sonore.

Le set gagne en intensité, alors que défilent les déjà incontournables « Shut Up », « City’s Full » ou encore « She Will » ou « Husbands » (malgré les problèmes techniques rencontrés par la bassiste lors de ce morceau).

Enfin, le point d’orgue, la sentence finale : ‘Don’t let the fuckers get you down’ susurre Jehnny avant que « Fuckers » ne prenne toute son envergure et explose à nos faces réjouies.

C’en est fini ! Les escarpins rouges de la frontwoman s’éclipsent dans la fureur du bruit.

Mes oreilles saignent.

Le rouge et le noir se sont encore épousés en des noces barbares.

Il me reste une vingtaine de minutes de These New Puritans à consommer. Alors je gravis quatre à quatre les marches menant à l’intimité de la salle de théâtre, pour la circonstance dénommée ‘La Zona Rosa.’

Je prends place dans un des sièges de velours rouge et laisse mon attention se faire happer.

Malheureusement, le set en est déjà à son amorce finale.

« Fields Of Reeds » résonne comme  une oraison funèbre et sonne le glas de cette nuit.

Quel regret tout de même d’avoir dû faire ce choix.

« V (Island Song)» achève leur prestation.

La réaction du public semble pour le moins partagée.

Alors que certains spectateurs quittent la salle à quelques minutes de la fin, je vois une jeune fille se dresser et manifester son enthousiasme en applaudissant à tout rompre.

Certes, le travail de Jack Barnett n’est pas des plus accessible, et l’étendue de son talent le dépasse parfois lui-même. Il n’est donc pas étonnant que sa musique, exigeant de nombreux efforts, laisse certains spectateurs non préparés à quai.

Pour le peu que j’ai pu voir et vu de la complexité de « Fields of Reed », son dernier opus paru cette année, je regrette donc d’avoir à peine eu le temps de goûter à cet étrange objet du désir.

Pour le reste ?

Un set enjôleur et convaincant de Radical Face, emmené par un Ben Cooper en grande forme, jouant sur les inflexions de son diptyque « A Family Tree ».

Un John Grant classe dont la prestation jouissait d’une grande qualité sonore.

Un RM Hubbert seul face à ses convives, pour la plupart plus absorbés par leur repas.

Armé de sa seule gratte folk, l’ex-El Hombre Trajeado a difficilement tiré son épingle du jeu. Et le renfort d’Aidan Moffat, en fin de parcours, n’a pas réellement sauvé la situation.

Enfin, signalons encore l’efficacité de Caveman, dont l’énergie et l’entrain ont visiblement compensé le manque évident d’originalité de leurs compositions.

Au final, reste cette pénible impression d’être passé à côté d’un grand moment en en ayant préféré un autre.

(Organisation : Crossing Border)

 

Voix de Femmes 2013 : dimanche 27 octobre

Écrit par

La caserne Fonck accueille les derniers concerts du festival. Le classico vient de se terminer. Impression curieuse que celle de passer de l'agressivité du match à la douceur paisible de la performance de Silvia Perez Cruz. La salle, plutôt bien garnie, écoute religieusement les chansons lumineuses de la belle Espagnole.

Silvia Perez Cruz est accompagnée de Ravid Goldschmidt, joueur de hang, cet instrument suisse récent à la forme de soucoupe volante et au son cristallin. Nous aurons d'ailleurs droit à un petit cours sur ce très bel instrument durant le concert. Car la belle est bavarde et n'hésite pas à se lancer dans de longues tirades sur sa musique mais aussi sur le plaisir qu'elle a d'être présente parmi nous. Elle n'hésite d'ailleurs pas à prolonger sa prestation autant qu'elle le peut et quitte presque à regret l’estrade. Il est vrai que le public est très réceptif ; et lui non plus n'a pas envie que ce moment de grâce s'achève.

Le duo LLama (le patronyme que les deux protagonistes ont donné à leur projet) nous entraîne dans des réinterprétations de morceaux traditionnels empruntés notamment au fado ("Lagrima") et au flamenco ("Luna"). En effet, Ravid Goldschmidt propose quelques notes de hang et la chanteuse improvise en différentes langues (plusieurs dialectes espagnols et portugais). Un concert du duo n'est donc jamais tout à fait semblable à un autre. La voix de Silvia est exceptionnelle et cette musique intimiste nous plonge dans une certaine méditation. L'atmosphère est presque familiale tant la talentueuse Ibère est accueillante, décontractée et chaleureuse. On a l'impression d'être invité chez elle tant elle a pris possession de la salle. Le concert se termine par une adorable version du morceau "Everything Will Be Fine" de Bill Evans". Le public applaudit à tout rompre, conscient qu'il vient d'assister à la performance d'une artiste hors norme.

Dominique Pinto alias Dom La Nena reprend le flambeau. Affichant un look de lycéenne sage, on a du mal à croire que sa carrière est déjà bien remplie. La Brésilienne exilée à Paris a en effet accompagné de nombreux artistes renommés comme Jane Birkin, Moriarty, Etienne Daho, Camille ou Piers Faccini. Flanquée de son fidèle violoncelle et parfois soutenue par une guitare ou un bandonéon, elle nous emmène dans son univers délicat et nostalgique. Sa voix douce et enfantine se marie agréablement au folk intimiste emprunté à la saudade de ses origines. Malgré son aspect timide, elle prend vite le contrôle du public et parvient à le faire participer plusieurs fois. Heureusement, le spectacle ne tourne pas trop à la fête d’une troupe scoute autour du feu de camp. Sans doute, parce que les interprétations sont excellentes. Caressantes et rafraîchissantes, aussi.

Caressante, Christine Salem ne l'est certainement pas. Cette Réunionnaise est l'une des rares voix féminines du maloya, sorte de blues hérité des esclaves, longtemps interdit sur l'île. Un blues rythmé puisqu'il n'est accompagné que de percussions dont le fameux kayanm, idiophone traditionnel peu connu dans nos contrées mais abondamment utilisé dans les territoires d'outremer. Deux percussionnistes participent également activement au show en s’autorisant des blagues potache ou en motivant le public à rentrer dans la danse. Les rythmes me déconcertent un peu. Je n'arrive pas à y déceler la transe attendue mais une partie de l'auditoire y trouve son compte et se déhanche avec délectation. Christine Salem en grande prêtresse vaudou, fait rebondir sa voix grave sur les percus ou sur de simples claquements de main. On retrouve la musique africaine des origines, brute, sauvage, tribale. Mais il manque sans doute un peu trop de sens mélodique dans cette solution sonore hyper répétitive, y compris dans les chants, pour m'emporter totalement. Une nouvelle fois, le public est amené à participer et le concert se conclut dans une sorte de karaoké africain. Impressions mitigées donc, mais grand bol d'énergie.

Le festival Voix de Femmes s'achève. Il m’a permis de faire de magnifiques découvertes musicales et humaines. Une réussite artistique qui aurait mérité plus de public. En effet, les concerts se sont déroulés devant une centaine de spectateurs en moyenne, ce qui est quand même assez peu au regard de la qualité des artistes proposées. Après avoir réalisé ma petite enquête, j'ai relevé au moins trois bonnes raisons. D’abord, la plupart des artistes étaient inconnus ou peu connus (le côté découverte ne fonctionne pas vraiment), la promotion était insuffisante, d’ailleurs pas mal de gens n'étaient même pas au courant de l’existence du festival ; et enfin, le prix d'entrée était un peu rebutant (22 euros à Liège, cela passe mal). Pour ma part, je me réjouis de découvrir la programmation de la prochaine édition, en espérant qu'elle sera encore plus éclectique et ouverte à toutes les musiques du monde et qu'elle nous permettra encore d'entendre la voix des sans voix.

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Voix de Femmes 2013 : samedi 26 octobre

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La troisième soirée du festival n'a pas attiré la grande foule. Le public semble s’être déplacé plus par curiosité que par véritable passion. Pour preuve, le peu de mains levées quand la tête d'affiche, Mélissa Laveaux, demande qui connaissait son projet. Moins de magie que les deux soirées précédentes mais une programmation éclectique et des artistes heureuses d'être présentes.

La soirée débute par le duo stambouliote Seni Görmem Imkansiz. Deux jeunes filles timides se font face et nous entraînent dans un univers mélancolique oriental. Se servant de deux synthés, une boîte à rythmes et un melodica, elles délivrent une electronica sombre et contemplative. Leurs voix graves s'enlacent et flottent sur les mélodies nostalgiques du melodica. Empruntant parfois des motifs musicaux du folklore turc, elles se marient plutôt bien aux sonorités froides des synthés et les légères rythmiques industrielles. On pourrait penser à une version orientale du groupe islandais Múm. Mais les morceaux sont souvent trop évanescents et finalement pas aussi originaux qu'on l'avait présagé. On a régulièrement une impression d'inabouti. On sera quand même attentif à leur évolution. Un premier album va bientôt sortir.

Changement radical de style chez Mélissa Laveaux. Cette Canadienne d'origine haïtienne vit aujourd’hui à Paris. Ce soir, elle arbore un magnifique boubou et de grosses lunettes de hipster. On lui donnerait sans hésiter le rôle de la gouvernante black sympa dans un soap américain des années 60. Une décennie qui influence d'ailleurs parfois sa musique. On va assister à un concert agréable, sans réel temps mort mais sans moment impérissable non plus. Les morceaux les plus efficaces sont au final les mêmes que sur le long playing : "Postman", "Generous Bones" et Pretty Girls", soit une pop rock fraîche et positive mâtinée d'éléments africains et enrichie de chouettes mélodies au clavier. Et le set se termine juste avant de devenir lassant.

La yourte est bondée pour accueillir Sarah Carlier. La Belge semble même être l'artiste la plus attendue par le public. Les différents morceaux sont d'ailleurs applaudis à tout rompre et la belle Sarah en est ravie. Il faut dire que ce petit band acoustique réunit d’excellents musiciens, et les titres de l'album entre folk et soul se succèdent de manière homogène. L'atmosphère est agréable, détendue, intimiste mais chaleureuse. Une véritable symbiose s’établit entre la formation et les spectateurs. Une petite touche de reggae, une reprise de Sting ("Mad About You") et une fort bonne version de "Goin Back To My Roots", fatalement aux accents disco, confirment tout le talent du groupe. Sarah Carlier n'est pas qu'une créature d'Internet, c'est un vrai talent susceptible de toucher un large public.

Il nous reste à découvrir une autre artiste exilée à Paris : l'Israélienne Riff Cohen. Curieux personnage que cette Riff. Physique et posture de mannequin, un peu ingénue, un peu potiche, elle est finalement assez nature. Les premiers titres  ressemblent à des comptines en français récitées sur des compositions largement inspirées par la musique orientale. Si la tentative est intéressante et les touches de luth et de darbouka plutôt réussies, c'est tout de même assez peu convainquant et même légèrement horripilant. Elle se révèle néanmoins plus à l'aise lorsqu'elle chante en hébreu, du rock sombre assez emphatique traversé par un violon oriental. Sa voix grave, à la limite de la justesse, se marie mieux à ces ballades tragiques. L'originalité de la ravissante idiote se manifeste encore dans une détonante reprise du "Bambino" de Dalida, entre punk tragique et guinguette orientale. Mais définitivement, elle me fatigue plus qu'elle m'intrigue, une opinion apparemment partagée par pas mal de spectateurs puisque la salle s'est vidée au fur et à mesure du concert.

Il ne me reste plus qu'à rejoindre mes pénates…

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Voix de Femmes 2013 : vendredi 25 octobre

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La deuxième soirée du festival est celle qui a attiré le plus de monde. La présence de Rokia Traoré n’y est pas étrangère. Mais la révélation est venue d'Ukraine.

En effet, le premier concert a conjugué poésie et folie issue d'Europe de l'Est. Quatre personnages en tenue folklorique, trois femmes et un homme forment DakhaBrakha (donner/prendre en ukrainien). Les dames portent de longues robes blanches et arborent de magnifiques couvre-chefs entre chapka et bonnets de horse guards. Assis l'un à côté de l'autre, face au public, la troupe a fière allure.

La musique est en permanence rythmée par différentes percussions assez hypnotiques. Par-dessus se posent quelques notes étirées de violon et d'accordéon qui créent une atmosphère étrange et envoûtante, à la fois folklorique et d'avant-garde. La même impression se dégage de la polyphonie de la troupe. Des chants traditionnels originaires d'Europe de l'Est, puissants et harmonieux, aux inflexions étonnantes, qui se répondent, se chevauchent et sont relancés sans cesse par des petits cris. On a même droit à une partie rapée assez délirante de la part d'une des interprètes. Tour à tour, dans ce foisonnement d'informations soniques, surgissent des imitations de bruits de la nature (elles utilisent notamment des appeaux), les vibrations d'une guimbarde ou les notes de toute une série d'instruments ethniques issus du monde entier. Alternant envolées franchement dansantes et moments de suspension, DakhaBrakha a emporté et bluffé l'assistance. Chaudement conseillé si le groupe repasse dans nos contrées.

Une légère pluie tombe sur Liège et je me dirige vers la yourte où se produit Mirel Wagner. Le premier opus de cette Finnoise d'origine éthiopienne a bouleversé plus d'un amateur de folk. Pas de chance, toutes les places sont déjà occupées et je vais à nouveau me résoudre à braver les intempéries. Les chansons de Mirel sont intimistes, presque confidentielles. Elles s'écoutent religieusement. Assise sur le sol, les yeux fermés, la Nordique d'adoption enchaîne les morceaux à la guitare sèche. Le moment est peut-être un peu trop solennel pour un vendredi soir. Un peu plombant aussi, il faut bien le reconnaître et les conditions dans lesquelles j'assiste au concert, rajoute encore au pathos. Un groupe de bourgeoises sort de la tente, le rire nerveux aux lèvres. ‘Bon, où est ma boîte d'antidépresseurs’ lance l'une d'elles. Agaçant pour l'amateur de folk neurasthénique que je suis mais compréhensible. Mirel Wagner interprète son album et notamment les bouleversants "No Death" et "Red" mais aussi de nouvelles compositions. Le prochain elpee ne s'annonce pas plus joyeux. Le concert s'achève devant très peu de spectateurs, les autres sont déjà partis applaudir Rokia Traoré. Mirel ne méritait pas une telle réception.  

C'est donc trempé, frigorifié et un peu affligé que je découvre Rokia Traoré. La transition n'est pas trop abrupte puisqu'elle entame son set par ses morceaux les plus calmes et les plus nostalgiques ("Ka Moun Ké", "Mélancolie"). C'est joli, c'est appliqué mais les chansons me touchent moins que sur le long playing. Il me manque peut-être la production de John Parrish… Ce sentiment mitigé va me poursuivre jusqu'à la fin du set. On assiste à un show bien huilé, impeccable de maîtrise et superbement interprété (un remarquable batteur notamment) mais jamais, je ne me sentirai totalement emporté. C'est bien mais pas extraordinaire. Cependant, le public était venu pour danser et il en a eu pour son argent. Après ce début en douceur, les percussions se débrident, les choristes se transforment en danseuses et Rokia montre tout son talent de guitariste. Le concert se clôture sur une reprise de Gloomy Sunday qui ne fait pas oublier la version de Billie Holyday. Un spectacle un peu trop conventionnel à mon goût donc ; mais les artistes de la veille avaient sans doute mis la barre trop haut.

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