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Aidan Moffat (Arab Strap) en featuring sur le nouveau single de ĠENN

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The Cure

Korn

Pour aller à l'essentiel, pas besoin de grosses machines…

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Au sein de tout groupe imposant, véhiculant une image forte, il existe invariablement, au moins, un leader charismatique, à la personnalité affirmée et quelquefois très trouble aussi. Pensez à Trent Reznor ou Marylin Manson. Chez Korn, ce rôle est incarné par l’étonnant –et le mot est faible– Jonathan Davis, un Californien âgé de 29 ans.

Il semblerait que Jonathan Davis ait, lui aussi, vécu une enfance difficile suite au divorce de ses parents. Dans l’univers su rock contemporain, cette situation semble courante. Cette rupture l’a particulièrement marqué et les conséquences le poursuivent toujours. En outre, avant de devenir le chanteur attitré de Korn, Jonathan déclare avoir travaillé, dès l'âge de 16 ans, comme... assistant de médecin légiste. Afin de l’aider à découper des cadavres. Il a ainsi  entamé des études à la ‘school mortuary science’ de San Francisco. Cette expérience l’a-t-elle transformé en un angoissé chronique, doublé d'un parano qui porte la mention ‘HIV’ en tatouage sur un bras ?

Quoi qu'il en soit, Davis –qui s'exprime relativement peu–a souvent reconnu éprouver beaucoup de mal à se sentir heureux. Ce qui n'a surpris personne ! Davis reconnaît souffrir d’insomnie, née précisément de ses angoisses. « Chaque fois que le bonheur était à portée de main, un malheur m'a frappé » explique-t-il. « Le jour où ‘Follow The Leader’ est entré directement à la première place dans les charts US, j'enterrais mon grand-père! Au sommet de la gloire du groupe, je me suis séparé de ma femme... »

En clair, Davis se méfie désormais de ce bonheur. C'est sans doute la raison pour laquelle il carbure au Prozac : pour au moins connaître un certain bien-être, même virtuel… Bien sûr, son comportement n'étonnera personne, puisque pendant de nombreuses années, il a été sous l’emprise de la cocaïne et à l'alcool. Aujourd'hui, il affirme être sobre. Peut-être parce qu'il est devenu père (NDR : d'un fils prénommé Nathan, né en octobre 95), allez savoir...

Jonathan Davis en a conscience, Korn est, aujourd'hui, le porte-parole de mômes un peu paumés, pour lesquels la vie est un perpétuel combat. A ce titre, son image se rapproche sans doute de celle d'un Kurt Cobain, la surexposition médiatique en moins. « Je me sens comme ces gosses, aussi mal qu'eux » expliquait encore Davis à un journaliste d'un mensuel metal français, il y a quelques mois. « Mais peut-être avons-nous empêché que certains se foutent en l'air (...) Si la musique peut sauver des vies, elle devient spéciale et spirituelle ».

Résumons : Jonathan Davis n'est pas un joyeux drille, son approche de la vie est empreinte de négativisme. Il confirme : « Tout dans ma vie est génial alors je ne peux m'attendre qu'à quelque chose de mauvais... » Néanmoins, il se soigne. Et il y a tout lieu de le considérer comme un type intelligent qui analyse, interprète et exprime son intériorité avec lucidité. Dans l'ensemble, Korn avance. En six ans de production discographique, le groupe a enregistré une progression inimaginable, passant du statut de groupe metal alternatif voire obscur à celui de ténor de la scène rock, de véritable machine à dollars qui dispose de son propre label (Elementree Records) et de son propre festival itinérant (Family Values).

Le guitariste Brian ‘Head’ Welch avait, il y a cinq ans déjà, clairement résumé Korn en nous déclarant que ‘le rock de Korn est vrai’ : « Notre musique sert à communiquer, à nous exprimer, c'est pas pour poser ou pour amasser du blé. Nous sommes, à travers nos compos, exactement à l'image de nos personnalités. » Bon, ce genre de propos est défendu par bon nombre de musiciens, et de prime abord, il fait très ‘cliché’, mais peut-être que derrière cette réflexion, il a quelque chose de concret…

De l’influence de Faith No More sur un fan de Duran Duran

Korn a toujours été convaincu de son succès. Le bassiste Reggie ‘Fieldy’ Arvizu le confirme : « D'aussi loin que je puisse me rappeler, dans notre petit local de répète, alors qu'on n’avait pas encore accordé de concert, on était persuadé de faire de la putain de musique qui allait tout exploser ».

Kom est aujourd'hui un leader. Il a imposé son style, en profitant des brèches ouvertes par d'autres. A titre de référence, Davis reconnaît être grand fan de Faith No More dont il adore l'album ‘The Real Thing’. Initialement, durant son adolescence, il était plutôt adepte du mouvement néo-romantique et de Duran Duran ; ce qui lui avait valu une réputation d'homosexuel. « Faith No More, a été une lumière pour moi. Objectivement, il a encouragé de nombreux groupes à se former, en leur ouvrant une nouvelle voie. Ils sont les précurseurs d'un hard-rock différent. Ils ont été les premiers à introduire des éléments hip-hop dans leur musique ; et à l'époque, c’était très original ».

De Korn à Leader

Korn est l'archétype du groupe metal rock de la seconde moitié des années 90. Brûlant, ésotérique, détraqué et surtout anticonformiste. Au tout début, les choses étaient sans doute différentes. Head s’explique : « L'orientation musicale de Korn a vraiment pris son essor lors de l'arrivée de Jonathan. Toutes les chansons qui figurent sur le premier CD ont été composées à partir du moment où il a débarqué. Avant, on avait écrit plein de trucs mais on n'a rien retenu. Jonathan est vraiment une personnalité, quelqu'un de très complexe. Chez lui, s'exprimer est un besoin et Korn, c'est son exutoire, sa thérapie. C'est la raison pour laquelle nos textes sont si noirs, si angoissants ».

Korn est issu de Bakersfield (Californie), une petite cité américaine perdue et anonyme. Jonathan Davis y est d'ailleurs né en 1971. « On s'est tous ou presque connus sur les bancs de l'école » avait un jour déclaré Welch, installé au soleil dans le parc du Botanique où Korn était venu jouer en première partie de Primus, une de ses influences évidentes. « On a donc forcément joué ensemble. Après un certain temps, on s'est barré pour aller vivre à Los Angeles. On a un peu galéré. En jouant dans d'autres formations ». Les quatre autres membres de Korn ont sévi chez IAPD avant de lancer le groupe. « On a été plus funk-rock ou punk, avant de trouver notre voie, ce qui n'a pas été simple. Korn existe depuis 1991, mais on eu un mal fou à trouver un bon chanteur. Le soir où on a vu Jonathan à l'oeuvre, on a su que c'était lui ! On l'a débauché, simplement » Du groupe Sexart, où il militait. « En pratique, on a surtout évité de mettre des limites à ce qu'on allait projeter. Avoir l’impression d’être poussé dans le dos par quelque chose, sans savoir exactement de quoi il s’agit, est un sentiment assez grisant ».   

Le metal des 90’s

En 94, Korn grave un premier elpee éponyme. Le vrai démarrage du disque nécessitera quelques mois mais dès que la vitesse de croisière sera atteinte, l’ascension sera rapide. L'album deviendra disque d'or aux States et permettra au groupe de partir en tournée en compagnie d’Ozzy Osbourne, Megadeth et Marilyn Mansun, entre autres. A propos de ce premier disque, ‘Head’ nous avait expliqué : « Nous avons tenu à enregistrer en pur analogique. Le matériel utilisé date bien des années 60. Pour aller à l'essentiel, pas besoin de grosses machines. Au contraire… »

Le second opus, ‘Life Is Preachy’, connaîtra une réussite commerciale beaucoup plus rapide. En quelques semaines, il atteint le 3ème rang du Billboard aux States. Par la suite, Davis lui-même admettra pourtant que cet album n'était pas excellent. Peu après la sortie du disque, le band part en tournée dans le cadre du Lollapalooza festival. Il doit, pourtant quitter l'affiche: le guitariste James ‘Munki’ Shaffer –qui joue sur une guitare à 7 cordes– est atteint d’une méningite.

Korn devient de plus en plus énorme. Comme d'habitude, l'Amérique puritaine se fait entendre. A Zeeland, une ville du Michigan, un étudiant est renvoyé de son lycée pour avoir arboré un tee-shirt affublé du logo du groupe. Le directeur de l'école explique sérieusement qu'il considère la musique de Korn comme ‘indécente, vulgaire et obscène’.

C'est surtout grâce à l'album ‘Follow The Leader’, sorti en 98, que Korn atteint le sommet de sa popularité. Le long playing est splendide. Il lui permet d'être identifié dans les médias spécialisés comme un ensemble ‘psycho-musical de chimistes de la sensation hip-métallique’. Une définition qui cerne bien le groupe d'alors ? On n'a pas encore forgé son opinion.

Plus Korn grimpe haut, plus le groupe cherche à rester en contact avec ses fans. Son site web officiel est très actif (1). Il se lance dans une ‘Korn Campaign’ qui le voit traverser les USA d'une côté à l'autre ‘pour rencontrer ses admirateurs et signer en moyenne 2 000 autographes par jour. I1 expérimente en concert le concept de la ‘Korn Cage’, une cage en acier placée sur le podium où on installe des aficionados, pendant le show. Le groupe explique que par ce titre d'album, ‘Follow The Leader’, il insiste sur l’importance d'une nouvelle scène de musique ‘crossover’ qui le voit lui et quelques autres, comme Limp Bizkit, Coal Chamber ou les Deftones, proposer un mélange entre des musiques qui n'ont pas de frontières. Il y a quelques mois, est sorti le 4ème album ‘Issues’. Un disque au succès commercial retentissant, lui aussi. Pour la pochette, le combo a organisé un concours sur MTV. Très metal, ‘Issues’ est moins ‘crossover’ que les précédents long playings. Dans la foulée, la formation s'est lancée dans une gigantesque tournée…

(Article paru dans le n° 83 du Magazine Mofo d’avril 2000) 

(1) Korn a été parmi les premiers artistes metal à miser sur le Net (www.korn.com) pour assurer sa promo et créer un contact direct avec les fans. Les musicos ont été des pionniers pour diffuser un concert via Internet. Cette initiative leur a valu la une de ‘Time Magazine’. Il avait aussi mis tout le contenu de ‘Life Is Preachy’ à disposition des fans sur son site. Mais le standard ‘MP3’ n'était pas encore répandu, à l'époque ...

 


Nine Inch Nails

Puiser sa force dans ses faiblesses…

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Trent Reznor manie un équilibrage précis, mais complexe, entre forces et faiblesses. Difficile, sans doute, de dénicher, lors des années 90, un personnage plus central que ne l’a été Trent Reznor. Dans son domaine –le rock ‘industriel’– Reznor et son Nine Inch Nails ont réussi la combinaison parfaite : celle de tout intégrer ou presque. Progressif, pop, metal, atmosphérique, funky, hip hop, distorsions, électronique, loops : tous ces termes peuvent lui être associés, à un moment où à un autre. Il faut être drôlement fort, c'est une évidence, pour embrasser toutes ces tendances en même temps, surtout quand on est conscient de l’important déséquilibre qui existe entre tous ces concepts/termes.

Fort ou fragile

Déséquilibre est le mot qui convient parfaitement à Trent Reznor ; d'autant qu'on a l'impression, lorsqu'on se penche sur sa trajectoire, que cette situation, il l'entretient soigneusement. Il y puise une force, née de ‘ruptures’. Ainsi, l'homme reflète une image de personnage fort, puissant, sûr de lui, solidement ancré dans sa solitude dominatrice (NDR : Reznor est à lui tout seul un ‘groupe’ imposant). Mais à l'intérieur, n'est-il pas une mécanique relativement ‘fragile’ ? On apprend que Reznor a traversé, pendant deux ans, une profonde dépression, suite de la mort, à l'âge de 85 ans, de sa grand-mère, une grand-mère qui l'avait recueilli, à la séparation de ses parents, alors qu'il n'avait cinq ans, et qui l'a élevé. Il a très durement vécu l'épreuve, dit-on. Doit-on y voir le signe que s'il manipule et domine les machines avec aisance pour en extraire une musique d'une très grande puissance intrinsèque, il n'en reste pas moins un être humain parfaitement dépendant de paramètres sentimentaux. Bref, Trent a eu beau avoir ‘dompté’ Marylin Manson en produisant « Antichrist Superstar », il n'en reste pas moins vulnérable. Et quand celui qu'il a aidé à s'élever au rang de rock star ultime, lui a gentiment planté quelques coups de poignards dans le dos en se répandant dans la presse, en propos peu amicaux, à son propos, on peut croire que Trent Reznor en a été affecté.

La mort de grand-maman

En 94, Reznor avait consacré un concept album à la dégénérescence progressive d'un être humain, jusqu'à atteindre un état proche de l'autodestruction. L'année de la sortie de ce « Downward Spiral », Kurt Cobain se donnait la mort...

Reznor, lui-même, n'a sans doute jamais atteint le même niveau de dépression que Cobain, mais il a assurément connu des périodes très, très difficiles. Lui, le ‘bidouilleur’ génial, s'est soudain mis à penser que la musique ne représentait pas grand-chose. Et alors qu'il était au sommet de son art et maîtrisait sa façon de faire cohabiter les sons, les instruments, les couleurs, les rythmes et les (bribes de) mélodies, lui ne ressentait plus l'envie, le besoin de réaliser cette alchimie complexe à la fois sensorielle et mentale!

Etonnante constatation : Reznor a retrouvé le goût au travail en retournant, d'une certaine manière, à la simplicité de la vie. Il s'est isolé au bord de l'océan, à Big Sur en Californie, avec la solitude pour compagne et un piano comme thérapeute.

Trent Reznor est, sans aucun doute, un être tourmenté. Morbide, peut-être? On sait qu'il côtoie la mort tous les jours ou presque ; son studio, le célèbre ‘Nothing Studios’ est, en fait, un ancien funérarium racheté en avril 95 et dont une porte provient de la maison hollywoodienne, où a été assassinée Sharon Tate. Cet immeuble, le théâtre des méfaits perpétrés par Charles Manson en 69 (5 personnes massacrées), Reznor l'avait pris en location avant qu'il ne soit détruit. Difficile, vraiment, de ne pas accorder de signification à ces événements assez troubles.

Présenté comme timide et très introspectif (les deux sont souvent liés), Reznor exprime probablement toute une série de frustrations à travers sa musique qui, souvent, est d'une extrême intensité. Il a lui-même récemment avoué, à propos des deux années qu'il vient de vivre : ‘Ecrire s’et révélé très thérapeutique. J’avais oublié à quel point j’aimais la musique et comment elle m’avait toujours sauvé. Cette fois encore, elle m’a ramené à moi-même. Elle m’a donné la force de continuer’ Reznor puise donc clairement sa force dans ses faiblesses.

(Article paru dans le n° 81 de mars 2000 du magazine Mofo)

Superfine

Uniaxial

Mini album pour cet ensemble, apparemment insulaire, dont la démarche nous fait penser à un compromis entre Mogwai et Blonde Redhead. A cause de l’alternance de climats atmosphériques et féroces, sculptés essentiellement dans les cordes de guitares, et cimentés par la section rythmique au groove particulièrement orageux. Seuls les quelques éclats de vocaux tendres mais laconiques du chanteur, apportent une bouffée de romantisme, à une solution sonore que Superfine veut psychédélique. Pas pour rien que la formation accorde un hommage à Syd Barrett, sur la chanson du même nom. On devrait y voir plus clair lors de la sortie de leur premier et véritable opus…

Mocket

Pro forma

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Mocket est d'abord un duo. Un duo d'expérimentateurs sonores. Leurs instruments répondent aux doux noms de ‘farfisa’, ‘casio ski’, ‘juno 60’ ou encore ‘customized modulation systems’. On les imagine sans peine tripoter des tas de boutons au fond de leur cave. Et se mettre à répéter après avoir vu un bon petit film. Certainement tourné par un obscur réalisateur finnois. Mais Mocket peut aussi être un groupe. Et là ce quatuor se met à naviguer dans les eaux d'un Add (n) to X, le lyrisme électronique en moins. Quoique jamais franchement désagréable, la musique de Mocket ne marquera pas davantage les esprits. Il manque ‘un je ne sais quoi’ qui pourrait les faire passer dans la catégorie supérieure. Pourtant, le groupe ne manque pas de qualités, et est susceptible de captiver un certain public, ouvert à ce type de traitements sonores. Une prestation lors d'un festival pourrait sûrement changer les choses. Encore faudrait-il savoir sur quelle scène les faire jouer… Je proposerai entre Blonde Redhead et Add (n) to X.

Alain Souchon

Au ras des pâquerettes

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Souchon souchonne évidemment. Des musiques légères, des mots épars, des expressions enfantines et, au total, des ambiances délicieuses. On s'y plonge avec d'autant moins de réticences que Souchon fait du Souchon sans trop se répéter. Il conserve ses ingrédients personnels mais change de livre de recettes au fil du temps qui passe. Il ne dit plus "J'ai dix ans" mais raconte les humeurs d'un quinquagénaire moderne, inquiet des désastres écologiques ("Pardon"), amoureux des marchandes de glaces ("Tailler la zone")... "Au ras des pâquerettes" a été peaufiné en cinq ans - d'où son côté un peu trop léché à mon goût - avec la complicité habituelle de Laurent Voulzy et celle de son fils Pierre, responsable de la musique pour plusieurs compositions. Le disque comporte quelques morceaux plus faibles ("Une guitare, un citoyen", par exemple) mais est tiré, comme Souchon sait le faire à chaque fois, par une mélodie irrésistible qui fait le bonheur des radios (de toutes les radios, car dans toutes les chapelles on aime Souchon). Ce tube, c'est donc "Le baiser", une rêverie en mer du nord avec des parfums de Belgique et des effluves de fancy fair.

 

Clarence ‘Gatemouth’ Brown

BlackJack

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Gatemouth est un ‘touche à tout’ génial. " BlackJack" date cependant de 1978! Ce n’est sans doute pas le meilleur de Clarence, mais son intérêt réside, sans doute, dans la panoplie de styles qu’il réunit. Il s'attaque avec le même bonheur au blues, au jazz, à la country ou au zydeco.

L'entrée en matière "Here am I" (Me voici) est un blues d'une richesse sans limite. Tous les instruments sont parfaitement en place et sont joués d'une manière tellement créatrice. Et on pense tout particulièrement à la pedal steel de Don Buzard. D'ailleurs, ce "BlackJack" est un album qui laisse la part belle au country. La pedal steel se lie à la flûte de Bobby Campo pour attaquer l’instrumental country swing, "Tippin' in". Nous avons droit à Clarence le violoniste sur le superbe "Song for Renee". Etalant la joie de vivre cajun sur "When my blue moon turns to cold again". Clarence l'harmoniciste, plus rare de nos jours, très animal sur "Street corner". Clarence le guitariste bien sûr. Toujours aussi prodigieux lorsqu’il étale sa vitesse d'exécution sur le très jazzy "Pressure cooker". Et enfin, Clarence le mandoliniste, très cowboy, sur "Take me back to Tulsa". Sur la plage titulaire, il nous démontre pourquoi on l’avait tant comparé au grand T-Bone Walker ; mais il y injecte tant de sa personnalité qu'on lui baisse le chapeau sans réserve. Question dextérité, il ne doit rien à personne, ses échanges avec Don Buzard et Bobby Campo (trompette) sur ""Honey Boy" s’élèvent à un très haut niveau.

 

Skeeter Brandon & HWY 61

I'm a man of my word

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Skeeter Brandon possède une voix superbement taillée pour le blues. Chaude, puissante, à l'aise dans tous les registres. Une voix qui s'est harmonieusement développée dans l'exercice du gospel.

Skeeter s’est établi en Caroline du Nord. Il chante mais joue aussi divinement des claviers, du piano et de l’orgue. « I'm a man of my word » constitue déjà son 4è album concocté en compagnie du groupe Hwy 61, pour le label New Moon de Chapel Hill. Il avait pris les rennes de cette formation en 1990, suite au décès inattendu du leader Walter ‘Lightnin' Bug’ Rhodes. Skeeter voue énormément d'admiration à ce dernier. Il reprend d’ailleurs régulièrement ses compositions, comme ici "How old you got to be" (avec lap steel guitar) et "Now hear this". Deux changements dans Hwy 61. Si le bassiste Chris Grant est toujours au poste, Max Drake a remplacé le talentueux Armand Lenchek aux cordes et Russ Wilson a pris la place aux percussions. L'album est excellent. J’en épinglerai les remarquables blues "I'm a man of my word" et surtout "Drug avenue". Sans oublier le bien cuivré "I'm a hog for you", le Chicago blues à la Elmore James "Stop that grinnin" et un certain "Blues down in my bones" qui se promène sur les rythmes syncopés de la Nouvelle Orléans. Randy Friel, le boss du label a écrit "It ain't right". Rythmé, Skeeter le chante avec toute l'aisance et la sensibilité qui caractérisent sa voix, alors que la guitare de Max rocke ferme. Big band et piano boogie alimentent "The girls are here". Variété des rythmes, qualité des compositions et des musiciens font la part belle à cet elpee, de la 1ère à la dernière minute. Chaudement recommandé !

 

Bo Weavil (France)

Early recordings

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La Belgique avait déjà enfanté, du côté d'Anvers, ses Bo Weavils. Ceux qui nous concernent nous viennent de l'Hexagone. Au départ, ils étaient deux. Boogie Matt ‘Arrow’, chant, guitare, harmonica et Sleepy Vince Talpaert à la basse. Au hasard des tournées, ils ont engagé Lulu Lelet aux percussions.

Mais venons-en à cet "Early recordings". L'enregistrement est mono, le son est sale, très sale! Le BWBB puise son blues loin dans le passé. Dans le delta du Mississippi où tout a commencé, mais en y intégrant aussi les éléments d'amplification qui ont mis le blues urbain sur les rails dans les villes industrielles du Nord, telles que Chicago ou encore Detroit.

Boogie Matt est assez violent dans la voix, mais aussi et surtout dans la manière dont il traite ses instruments. L’harmonica sur "So loaded" et la guitare sur "Hold me" en sont de parfaites illustrations. Il se sert aussi brutalement de son bottleneck que le bon vieux Hound Dog Taylor. Cap plein sud pour "Fever boogie". L’harmonica est sans doute inspiré par Sonny Boy, mais il se révèle tellement sauvage, bestial même. C'est bien le boogie fiévreux. Pour "Big city blues", retour au Nord. Les cheminées de la Motor City crachent leur fumée noire, âcre, quasi irrespirable. John Lee Hooker se fait un demi-siècle plus jeune. Les portes du juke joint s'ouvrent pour "Drinkin' both night & day", quelque part dans le Mississippi, peut-être du côté de Rolling Fork. Un fantôme passe! Tout au long de l’album, les dix-sept titres s’égrènent ainsi, courts, musclés. Tout ne reste pas au niveau des premiers, mais l'ennui ne s'installe jamais. L'énergie déployée est monstrueuse, le jeu est très immédiat, la sueur et la moiteur s'installent. Matt peut parfois rappeler, sous cet angle, un Papa George Lightfoot ("I'm doing fine"/"That's enough"). Mais c'est bien tout l'héritage de grands du passé qui défile. Depuis Elmore James à Howlin'Wolf en passant par Robert Nighthawk, Lightnin' Hopkins ("I wonder where the women be"), Dr Ross, et même plus au Sud, Slim Harpo ("They call me the hook").

 

Blue Chamber

Arms of the blues

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Le leader de Blue Chamber, c'est Big John Dickerson. Un solide musico noir, à la voix basse bien assise, qui marque déjà 66 ans au compteur. Il s’est établi depuis quelques années du côté de Minneapolis. C’est là qu'il a formé Blue Chamber en compagnie du Paul Mayasich et du trompettiste Joe Derasmi.

Blue Chamber débute sur un ton très Memphis, un "Good man blues". La guitare de Mayasich et l'orgue de Scott Miller sont à l'unisson. Un swing cuivré hante "Make the count". La voix de Big John prend toute son ampleur, lorsqu'il chante passionnément le lent "Reap what you sow", une chanson composée par la redoutable paire, Mike Bloomfield et Nick Gravenites, lorsqu’ils sévissaient au sein d’Electric Flag. Sur un ton R&B, légèrement funky, l'ombre de l'Electric Flag passe encore sur une somptueuse partie de 6 cordes accordée à "Tell me". Mais j'aime aussi lorsque l'ambiance se fait Stax. Comme dans la version funk, cuivrée, du "Low down dirty shame" de Carey Bell ; ainsi que sur la reprise explosivement boogie du "You upset me baby" de B.B. King. Un bon album qui se termine en jug style par "Black Coffie". A souligner, la production impeccable de Jim Gaines.

 

Arthur Adams

Back on track

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Quel bonheur d'album nous a donc pondu Arthur Adams! Tout y est. Mais tout d'abord un grand coup de chapeau à l'écriture. Les heureuses mélodies se bousculent au portillon. Le blues, la soul, le R&B, et le funk se mélangent subtilement et en douceur. La guitare affiche une richesse insoupçonnée. Arthur manifeste un talent inné à sortir les bonnes notes au moment voulu ; et jamais une de trop. Le naturel transpire à chaque intervention. "Back on track" est une œuvre colorée, au sens propre comme au sens figuré. Car sur la pochette, le très noir Arthur, flanqué de sa guitare aussi noire, le complet bleu profond et la chemise rouge, pose sur fond jaune. Trop!

Adams doit être le nouveau Cray pour le siècle nouveau! Pourtant, si Arthur est un chanteur remarquable, sur cet opus, on ressent moins de chaleur et de profondeur dans sa voix, relâchement cependant compensé par une fameuse dose de relief. On pense le plus souvent à BB King. Mais aussi, et c’est plus étonnant, à un John Mayall en verve (tendez l'oreille à "Who does she think she is" et "Honda Betty"). Ou encore et surtout à lui-même. Adams est exceptionnellement personnel. Car dans son style truffé d’arrangements spéciaux, l’aventure est toujours au rendez-vous. Je vous conseille d’écouter cet album d'une traite, et vous savourerez une solide tranche de blues qui varie depuis la mélodie de "Back on track" jusqu'au final "Backup man". Arthur est basé depuis plusieurs décennies à Los Angeles, mais il est né à Medon dans le Tennessee. Question blues, son maître était bien entendu BB King. Et BB, est là, sur deux plages, échangeant chorus et vocaux sur "Get you next to me" et "The long haul"; ce dernier d'une beauté à pleurer. On dit de lui qu'il chante comme un ange. C’est vrai que l'émotion n'a pas de limite quand il interprète des titres lents, tels que "You really got it going on" ou "Rehabilitation song". Un must dans le genre!