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Aucun remboursement de prévu pour les Lambrini Girls

Le duo punk Lambrini Girls sortira son deuxième album, « No Refunds », le 15 janvier 2027 chez City Slang. En attendant, il a partagé un tout nouveau single, « Bang Bang Bang », accompagné d’un clip vidéo. Successeur de leur premier elpee, « Who Let The Dogs…

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Dernier concert - festival

The Cure
Gary Numan

Zita Swoon

I paint pictures on a wedding dress

Lorsque Stef Kamil Carlens quitte dEUS, il décide de fonder son propre groupe. A Beatband. Mais le patronyme ne lui plaît pas trop, et il le transforme en Moondog Jr. Pas de chance, alors que sa formation commence à récolter du succès, aussi bien en Belgique qu’outre-Manche, il est menacé de poursuites judiciaires pour le choix de ce nom. Il opte alors pour Zita Swoon. Et en registre en 1997, " Sunrise 1996 score ", bande sonore d’un film de Murnau. " I paint pictures on a wedding dress " constitue donc son premier et véritable album, sous la nouvelle appellation. Un disque qui a bénéficié de la co-production de Malcolm Burn, dont la carte de visite épingle Daniel Lanois, les Neville Brothers et Emmylou Harris, et qui s’inscrit, nonobstant de plus nettes références à Captain Beefheart, Peter Hammill et à Tom Waits, dans la mouvance underground des Deus, Flower For Breakfast, Think Of One et Kiss my Jazz, avec lesquels Stef prend encore le temps de collaborer, de temps à autre. Une œuvre dont le style mystérieux, atmosphérique, légèrement jazzifiant, parvient à rencontrer l’improvisation et la structure, la sensibilité et le mordant, le sens mélodique et la recherche.

 

Zeke

Kicked in the teeth

Avec son hardcore plus proche du métal que du punk, nonobstant des lyrics révolutionnaires, Zeke campe un hybride entre Deep Purple et Suicidal Tendencies, mais en plus speedé. Une chose est sûre, ce " Kicked in the teeth " déménage…

 

Yes

Keys to ascension – Vol 2

En 1996, Yes avait déjà fait l’objet d’un double album, œuvre dont la plupart des morceaux étaient issus de son périple effectué en Californie. En particulier au Fremont Theatre de San Luis Obispo (NDR : rien à voir avec l’agneau…). Le deuxième volume de " Keys to ascension " est également double. Le premier morceau de plastique réunit des enregistrements issus du même événement. Avec notamment des versions en public de " Time and a word ", " Close to the edge " et " And you and I ". Tandis que le deuxième propose de toutes nouvelles compositions. Et pas de bonne ni de mauvaise surprise, Jon Anderson, Chris Squire, Steve Howe, Rick Wakeman et Alan White ayant à nouveau pris le soin de faire la part belle aux envolées instrumentales, dans l’esprit de " Fragile " et de " Tales from topographic oceans ". L’épisode " 90.125 " n’aura été qu’un feu de paille, Yes ne s’adressant plus aujourd’hui qu’à ses fidèles babacools…

 

Steve Wynn

Sweetness and light

Non, non, non, le Paisley Underground n’est pas mort. (NDR : sur l’air estudiantin de St Nicolas) (bis)… car il ***** encore, car il ***** encore… Chris Cacavas nous l’avait rappelé lors de la sortie de son dernier opus. Et Steve Wynn ne fait que confirmer cette impression tout au long de " Sweetness and light ". Tout d’abord, l’ex Dream Syndicate n’a rien perdu de son art à ficeler des mélodies contagieuses, sculptées dans les cordes de guitares pétillantes, chatoyantes, vibrantes, nappées de claviers le plus souvent rognés, doorsiens, et égrisées par son baryton profond, velouté. Il a ensuite bénéficié du concours de John Agnello (Dinosaur Jr, Cell) à la co-production. Enfin, son nouvel album ne recèle aucune faiblesse. Plutôt des moments forts, très forts même. Comme sur " This strange effect ", cover des Kinks, accomodée à la sauce crazyhorsienne, le flegmatique " This deadly game " et l’incandescent " That’s the way "…

 

Robert Wyatt

Schleep (1998)

Écrit par

Pour concocter son nouvel elpee, Robert a reçu le concours d’une pléiade de musiciens réputés. Notamment Paul Weller, Philip Catherine (NDR : oui, oui, celui qui vient de chez nous !), le saxophoniste Evan Parker, la tromboniste Annie Whitehead ainsi que deux ex Roxy music, Brian Eno et Phil Manzanera. L’album a d’ailleurs été enregistré dans les studios de l’ancien guitariste du groupe mythique de Bryan Ferry. Après avoir mené de multiples expérimentations dans des styles musicaux différents, Robert semble avoir fait un bond d’un quart de siècle en arrière. Hormis le premier fragment de l’opus, frappé de la griffe Manzanera, le reste de l’œuvre reprend un long flirt entre le jazz et la musique contemporaine, engagé sur les remarquables " Ruth is stranger than Rihard " et surtout " Rock bottom ", une symbiose complexe, mais bourrée de feeling que raffine le falsetto douloureux et intimiste de Wyatt…

 

Recoil

Le choix d’Alan Wilder

Écrit par

Alan Wilder a choisi Recoil, son projet. Un projet pour lequel, alors qu’il était encore au sein de Depeche Mode, il avait déjà publié deux albums (« Hydrology » en 88 et « Blooline » en 92). Mais le nouveau cd, « Unsound methods », est le meilleur à ce jour, flirtant parfois avec les sons trip hop, voire techno.

Mes disques précédents, tant chez Depeche Mode que Recoil, avaient recours à des sons électroniques et des rythmes orientés techno... Je suis un instinctif, je ne choisis pas consciemment la façon dont je vais sonner. Cette fois-ci, je m'étais juste dit que je voulais des rythmes plus groovy, quelque chose de plus desserré, de plus fluide, de plus relâché. En prenant du recul, quand je réécoute mes disques, ils me semblent tous trop rigides.

Quelle étiquette peut-on coller à ton travail?

A vrai dire, je m'en fous un peu. La plus commune semble être ‘cinématographique’ ou ‘bande-son’ d'un film qui n'existe pas. C'est probablement un peu de ça qu'il s'agit.    .

Il y a d'ailleurs des extraits de la B.O. d'‘Apocalypse Now’ sur ton disque. Pourquoi?

Oui, sur « Incubus ». Parce que c'est un de mes films favoris. Il est très sombre, très noir, très dur. Comme j'aime!

C'est dans les atmosphères sombres et oppressantes que tu te sens à l'aise. Parce que tu es quelqu'un de pessimiste?

Tout le monde me le demande, mais je ne me considère pas comme tel. Créer ce genre de musique me semble plus intéressant que de décrire la joie qu'on éprouve à avoir des enfants, par exemple... La part de moi qui s'exprime en musique est sombre et glacée, mais elle ne correspond pas à ma personne. Peut-être que mon côté sombre, je l'évacue en musique et que je n'ai plus besoin de le faire dans la vie? Je ne suis pas pessimiste, je me considère comme réaliste avec une dose de cynisme aussi. En fait, je suis quelqu'un de très ouvert, même si je choisis mes amis avec la plus grande prudence. Si je me montre parfois sec, c’est que je n’ai pas nécessairement beaucoup de temps à consacrer aux gens. Ce propos paraît sans doute égoïste, mais la vie est courte. Par exemple, je refuse systématiquement de travailler comme remixeur, parce que j'y mettrais trop d'énergie et que je préfère la garder pour moi.

L’ironie du titre

Un mot sur le titre du disque « Unsound Methods »?

Il affiche un côté ironique: ‘Unsound’ et se traduit par quelque chose comme ‘raté’, ‘mauvais’. Une méthode non correcte qui s'applique bien à la plupart des sujets du disque. ‘Stalker’ est typiquement un truc ‘unsound’...

Pourquoi ne chantes-tu pas sur cet album?

Parce que je n'aime pas le son de ma voix! Elle n'est pas atroce, mais elle est terne, un peu fade... Et puis, je ne suis pas très bon pour écrire les textes. J'ai essayé, mais l’inspiration ne vient pas naturellement. Je préfère donc laisser cde rôle à quelqu'un de plus compétent. Quelqu'un comme Douglas McCarthy, de Nitzer Ebb, avec qui j'avais déjà travaillé ou comme les trois filles (NDR : inconnues au bataillon) que sont Siobhan Lynch, Maggie Estep et Hildia Campbell. J'adore travailler en compagnie d'autres chanteurs et je suis persuadé pouvoir tirer le meilleur parti de leur voix. Je ferais un bon entraîneur, je suis capable de pousser quelqu'un à aller plus loin, à être meilleur. L’exemple parfait, c'est Douglas : voilà quelqu'un qui a du talent, mais qui ne sait pas toujours bien comment l'utiliser ni comment l’exprimer. Franchement, j'arrive à le sublimer et lui, il apprécie que je le pousse ainsi. Pourtant, ce sont juste quelques encouragements.

Recoil, c’est un groupe ?

Sûrement pas. C'est un projet en perpétuelle mutation. Il implique des collaborateurs qui entrent et sortent aux moments appropriés. J'adore travailler avec les autres, mais pas tout le temps les mêmes.

La séparation

On le sait ; en juin 95, Alan Wilder a abandonné Depeche Mode après une grosse douzaine d'années passées dans le groupe anglais. Il faut sûrement du courage pour quitter un groupe qui recueille autant de succès. Si on peut avoir l'impression qu'Alan n'y jouait que les seconds rôles, son influence occulte auprès des Gahan et Gore aura sans doute été déterminante sur le son et la popularité de ce groupe.

J'avais fait mon temps dans le groupe. J'en avais assez et j'estimais qu'au sein de Depeche Mode, on avait concrétisé tout ce que je sentais qu'on pouvait réaliser. Pourquoi continuer alors? Bien sûr, il y a eu des moments de tension, les ennuis de Dave liés à la drogue ; mais ce n'étaient pas les motifs primordiaux qui ont conduit à mon départ. Juste que cela n'allait plus!

Parce que tes idées n'étaient pas assez utilisées ?

Non, pas vraiment. J'étais capable de les faire adopter par la formation. Mais peut-être parfois, était-ce quand même un peu frustrant, je veux bien l'avouer. J'ai réalisé, c'est vrai, des trucs qui ont peu été appréciés, du moins pas à leur juste valeur par les autres membres du groupe.

As-tu hésité avant de partir?

Non, je n’ai pas hésité à quitter Depeche Mode, mais entendons nous bien, j’y ai quand même beaucoup réfléchi. C’est normal, on ne quitte pas un tel groupe sur un coup de tête. Mais là, j'en étais arrivé à un point où il fallait prendre une décision. Je n'étais plus heureux ; ni dans ma vie privée, ni dans ma vie professionnelle. J'ai donc choisi le divorce dans un cas comme dans l'autre. Peut-être ai-je commis une grosse erreur, au moins financièrement ; mais d'un autre côté, je me sens mieux dans ma peau et j'ai plus d'enthousiasme que je n'en ai jamais eu!

Quels souvenirs garderas-tu de Depeche Mode?

Il y en a des tonnes et la plupart sont très, très bons. Je ne voudrais pas qu'on se cantonne dans mes explications sur la fin de l'expérience et qu'on oublie tout le reste. Je ne suis absolument pas amer, c'est même plutôt le contraire. Je suis très reconnaissant envers tout ce qui m’est arrivé dans cette aventure. J'y ai appris énormément, spécialement au début, dans le domaine de la production. Et puis, j'y ai pris beaucoup de plaisir, notamment lors de tournées où l'ambiance était fantastique

Enfin, pour que votre info soit complète, sachez que Wilder n’envisage pas de concert pour Recoil. Pourquoi ? Parce qu'il ne voit pas comment il pourrait monter une telle entreprise. Cependant, il souhaite continuer à enregistrer dans le studio qu'il s'est aménagé, juste à côté de chez lui, dans sa maison du Sussex, à la campagne, où il lui faut à peine une heure de route, depuis Londres, pour s’y rendre... mais où il est tellement plus au calme !

(Article paru dans le n° 59 du magazine Mofo de décembre 97/janvier 98)

 

The Afghan Whigs

1965

Il en a fallu de très peu pour qu’Afghan Whigs disparaisse de la scène musicale. A cause de son leader, Greg Dulli, devenu héroïnomane, et marchant dangereusement sur les traces de Kurt Cobain. Nous sommes alors en mai 97, et Greg prend une bonne décision. Il suit une cure de désintoxication. Thérapie qui prendra de longues semaines. Une période au cours de laquelle, il va se mettre à écrire les chansons de ce nouvel album. On imagine ainsi facilement la douleur et la force qui peuvent se dégager de ce " 1965 ". Une œuvre d’un homme meurtri au plus profond de lui-même, vampirisé par les démons de la drogue, qui laisse sourdre ses peurs et ses désillusions. Mais également sa sensualité et sa colère. D’humeur noire, il laisse ainsi jaillir, de sa voix angoissée, toute son intensité émotionnelle à travers, les onze chansons de pop/rock métallique, paradoxalement blanches et ténébreuses (NDR : cherchez l’erreur !) ; mais enrichies par le timbre gospel de Susan Marshall, d’orchestrations jazzyfiantes de cuivres ou de cordes somptueuses, et épisodiquement traversées d’un piano sauvage. Un chouette elpee, conceptuel, enregistré sous la houlette de George Drakoulias, qui laisse transpirer une sensation de mélancolie et de passion fiévreuse…
 

 

Moloko

Un homme, une femme et un sampleur

Écrit par

Quand ils répondent ensemble aux interviews, Mark Brydon (le garçon) et Roisin Murphy (la fille) donnent l'impression de deux gosses occupés de se chamailler. Le premier semble peser ses mots et développe ses idées avec pondération, tandis que la seconde le reprend constamment, comme si elle craignait qu'on prête moins d'attention à sa version des événements. La différence d'âge, peut-être... Quoi qu'il en soit, le deuxième album du duo reflète cette même envie d'aller plus loin dans les directions (musicales) choisies.

Mark : Il est vrai que notre premier album était très léger. Disons: ‘insouciant’. Quand nous avons commencé à travailler sur « I Am Not A Doctor », nous n'étions déjà plus dans le même état d'esprit.
Roisin :
J'avais vingt ans quand « Do You Like My Tight T-Shirt » est sorti. On peut y retrouver tout ce que nous avions en tête depuis des années. C'est un peu comme si tu avais laissé entrer un gosse dans un magasin de jouets pour qu'il se serve. Depuis, nous avons beaucoup tourné, rencontré du monde et nous nous connaissons forcément mieux. Nous nous sommes rendu compte que si la musique était notre obsession, nous étions d'accord sur beaucoup de points. Mark est revenu à cette avant-garde, à cette fusion qu'il écoutait dans les années 80. Moi, j'étais moins dans ce trip, mais j'ai beaucoup appris, sur la musique, la musicalité, je suis devenue plus critique. Ce qui explique pourquoi nous avons pu travailler sur ce second disque, sans que des divergences ne nous bloquent en cours de route.

Ne restez pas coincés!

Considérez-vous ce second elpee comme un disque plus sérieux?

M. : Nous l'avons en tout cas travaillé plus sérieusement, de manière réfléchie pour qu’il puisse mieux atteindre sa maturité. Mais l'humour est toujours présent ; peut-être un rien plus noir, néanmoins. Ce disque est peut-être aussi plus parano, dans le sens où il nous a cette fois confrontés à nous-mêmes.
R. :
Au fur et à mesure, nous nous sommes d'ailleurs pris au jeu en nous disant: ‘Mais oui, pourquoi ne pas être un peu parano?’.

Ce qui frappe aussi sur cet opus, c'est son éclectisme musical...

R. : Nous ne sommes pas obsédés par la house, ni particulièrement fans de techno... C'est difficile de nous coller une étiquette. De toute façon, ceux qui prétendent faire un truc pur racontent des conneries. A la limite pourrions-nous nous rapprocher d'un peu plus de pureté, tant sur le plan de la musique que sur celui des mots. Mais il reste que les gens ont parfois du mal à comprendre notre musique.
M. :
Comme nous, d'ailleurs...

A propos d'étiquette, la presse en avait vite collée une sur votre premier long playing, non?

M. : Au départ, c'est vrai, les gens ont parlé de trip hop, c'est le terme qui avait été utilisé. Alors, forcément, c'était les deux ou trois mêmes références qui revenaient sans cesse : Portishead, Massive Attack... A part le fait que nous étions un type, une fille et que les samplers nous avaient permis de réaliser pas mal de choses, la comparaison, à mon avis, s'arrêtait là. S'il faut parler de références, j'irais plutôt les chercher dans les années 80, du côté des B-52's, des Talking Heads ou même de Grace Jones. Et encore, ce serait bien plus sur le plan de la mentalité que de la musique
R. :
Le public a parfois du mal à voir d'autres influences que celles qui sont strictement musicales. Sans parler de toutes celles que tu subis inconsciemment, quand tu sors en boîte par exemple, et que tu entends des tas de disques dont tu ne connais ni le titre ni l'auteur...

Quelle est alors, votre mentalité ?

M. : Jouer avec le feu! Expérimenter l’univers de la pop, par exemple. C'est dangereux. Beaucoup pensent en effet que la pop est sans contenu. Vas donc leur expliquer que tu expérimentes avec du vide, ils ne te prendront jamais au sérieux. Or, la pop peut être le champ d'investigation le plus intéressant qui soit. Et les choses y sont encore plus belles quand elles y naissent par accident.
R. :
Et en même temps, nous ne voulons pas en rester à ce stade. Il faut à la fois continuer à expérimenter, mais aussi t’engager intelligemment dans une certaine direction. Rester à expérimenter constamment est trop simple à nos yeux.

(Article paru dans le n° 66 de septembre 1998 du magazine Mofo)

 

Kent (Sweden)

C’est en Suède que ça se passe!

De Kent, vous ne connaissez probablement que le hit single, doublé d’un clip flamboyant, « If you were here ». Pourtant, le quintette suédois est très populaire dans son pays et vient d’enregistrer son troisième album, « Isola ». Juste avant de partir en tournée et de participer à la plupart des festivals de cet été, en Europe. Comme celui du Pukkelpop. A l’issue de leur excellent set, nous avons rencontré un des deux compositeurs, Martin Sköld, bassiste également, flanqué, non pas du chanteur (NDR : l’autre lyriciste), mais du claviériste Markus Mustonen…

Pour enregistrer votre dernier album, Chris Gordon, le chanteur de Baby Chaos, vous a donné un coup de main. Vous le connaissiez depuis longtemps ?

M.S. : Joakim (NDR : le chanteur), l’avait déjà rencontré, et apparemment, le courant était bien passé entre eux. Il l’a aidé à parfaire son anglais. Il n’est pas toujours facile de bien saisir la signification de ce que tu écris, lorsque tu ne maîtrises pas parfaitement une langue étrangère. Il s’est donc occupé de vérifier les lyrics et de les adapter en quelque sorte, en fonction du contexte. Je pense qu’au fil du temps, ils se sont même mis à composer des chansons ensemble…

Vous aimez Baby Chaos ?

M.S. : Pas vraiment, nous n’avons jamais écouté la moindre de leurs chansons…

Avez-vous l’intention de réenregistrer vos deux premiers albums en anglais ? Eventuellement avec le concours de Chris Gordon ?

M.M. : Non, ces chansons sont trop anciennes. Nous préférons nous concentrer sur de nouvelles …
M.S. :
Nous devrions enregistrer un nouvel album au printemps prochain, car nous avons énormément de titres disponibles, qui n’ont pas encore été enregistrés.
M.M. : Et peut-être, également, un deuxième dans la foulée, dès l’automne 99.

Toujours sous la houlette de Chris Gordon ?

M.S. : Pourquoi pas !
M.M. : C’est vraiment un chouette gars !

Est-ce que ABBA est demeuré un groupe mythique pour vous ?

M.S. : Bien sûr ! Et puis, c’est la formation suédoise la plus célèbre.
M.M. : Un jour, nous avons même eu la chance de les croiser dans un restaurant, et puis de rencontrer l’un d’entre eux…
M.S. : Aujourd’hui, ils se consacrent à la musique folk suédoise.

Paraît que louer leur studio coûte la peau des fesses. Si vous disposiez d’assez de fric, vous y séjourneriez ?

M.M. : Je l’achèterais !
M.S. : Non, nous le prendrions plutôt en location…
M.M. : Leur studio se trouve à Stockholm. Mais, lorsque nous enregistrons, nous préférons nous rendre à l’étranger. M’enfin, j’ai déjà visité les studios d’ABBA, et je reconnais qu’ils sont remarquables ; c’est probablement le plus performant de Suède…

A ce propos, votre dernier album, vous l’avez enregistré en Belgique. Dans les studios « Galaxy » de Mol très exactement. Apparemment, c’est votre producteur, Zad, qui vous l’avait recommandé. Avait-il des raisons particulières pour opérer ce choix ?

M.S. : En fait, il avait travaillé en compagnie d’autres groupes, dans le passé. Il connaissait tout particulièrement les lieux, et puis, au départ, nous souhaitions nous rendre à Berlin, là oµ la plupart des disques de Bowie avaient été enregistrés. On voulait retrouver cette atmosphère toute particulière, qu’il est toujours, jusqu’à présent, le seul à concevoir. Malheureusement, ces studios étaient en pleine phase de rénovation. Nous avons demandé conseil ; et puis Zad, nous a aiguillés sur celui de ‘Galaxy’, nous précisant, que c’était le meilleur endroit qu’il connaissait, pour y avoir déjà travaillé. Finalement, c’est vrai, c’est un endroit idéal pour bosser.

Vous avez ainsi pu rencontrer Luc Van Acker, le propriétaire de ces studios. Votre rencontre a donc dû être très conviviale ?

M.M. : Absolument. Il est même ici (NDR : au Pukkelpop). Nous avons mangé ensemble ; et puis, nous lui avons dédicacé une de nos chansons.

Bowie, c’est un mythe pour vous ?

M.S. : Nous apprécions tout particulièrement tout ce qu’il a sorti entre 1972 et 1976.

Comment expliquez-vous que le clip consacré au single « If you were here » est passé si souvent  sur MTV ?

M.M. : Je suppose qu’ils appréciaient la chanson, et puis également le clip. C’est une question de chance. Nous étions probablement dans un bon jour, lorsque nous leur avons remis la cassette…

Pas d’autres explications ?

M.S. : Non, personnellement, je n’en ai pas. Vous devriez leur demander.
M.M. : La meilleure explication ? C’est une bonne chanson !

Pas facile quand même de s’y imposer. Beaucoup de groupes américains n’y sont même jamais passés !

M.M. : Nous étions en Finlande, pour une tournée, lorsque nous avons vu le clip diffusé, pour la toute première fois, sur MTV. Du coup, on s’est foutu une bonne cuite. Mais, c’est vrai que c’était assez surprenant.

Comment expliquez-vous qu’il y ait une telle prolifération de groupes scandinaves qui s’exportent aussi bien, et notamment, suédois ?

M.S. : Je suppose que c’est parce que l’environnement musical est idéal. Il y a aussi beaucoup de monde qui est prêt à aider les groupes. Suffisamment de salles pour répéter qui ne coûtent pas tellement cher. Le gouvernement apporte également son aide d’une manière substantielle, et surtout financière. Il est assez facile de lancer une formation et de se faire payer en retour. Je pense que c’est notre tour maintenant …

Chez vous, vous êtes devenus célèbres. Pas trop de problèmes, lorsque vous souhaitez sortir et prendre un bain de foule ?

M.S. : Non, en Suède, en général, le public te laisse tranquille, respecte ta vie privée…
M.M. : Ici, ce n’est pas un problème, car personne ne nous connaît.

Je suppose que vous n’aimez pas trop les comparaisons. Mais parmi toutes celles que nous avons pu lire dans les différents articles ou bios consacrés au groupe, celles relatives à Radiohead, Mansun et à l’ensemble australien Church, nous semblent les moins absurdes. Une réaction ? Avez-vous des atomes crochus avec la scène australienne ?

M.M. : En général, nous n’aimons pas trop la musique australienne. Nick Cave, quand même. Mais pas ce que faisait INXS.
M.S. : Si je me souviens bien, The Church avait commis une excellente chanson, « Under the milky way ». C’était déjà, il y a longtemps. Mais la musique australienne ne me tente pas plus que ça.
M.M. : Radiohead est un de nos groupes préférés. Mansun, je ne connais que le nom. Je n’ai jamais écouté leurs disques. Mais  Radiohead et The Church sont de bons groupes (NDR : et certainement de bonnes comparaisons)…

(Version originale de l’article paru dans le n° 66 du magazine Mofo de septembre 1998)

Merci à Jean-Baptiste Ducrotois

Super Furry Animals

Le rock (des nineties) est mort

Écrit par

Si des prénoms comme Gruff, Guto ou Huw libèrent pour vous un parfum d'exotisme plus appuyé que d'autres comme Liam, Noel ou Damon, ne changez rien, vous avez zappé sur la bonne chaîne. Le rock anglais ne se limite heureusement pas à la Britpop et à ceux que le NME ou le Melody Maker décrivent comme incontournables. Les plateaux et les vallées du Pays de Galles abritent en effet quelques groupes précieux, comme les Super Furry Animals par exemple, dont les Gruff, Guto et autres Huw sont justement les principaux membres...

Etait-ce la bière belge, la chaleur, la fatigue ou autre chose de plus répréhensible, toujours est-il qu'au moment où Gruff le chanteur et Daffyd le batteur nous ont rejoints après avoir assuré la première partie d'Echo And The Bunnymen sur la scène de l’AB, en février dernier, ils étaient tous deux bien explosés. Par charité, l'interview a donc démarré par quelques questions simples...

Beau ? Qui ?

Que pensez-vous de votre prestation accordée ce soir?

Gruff : Je suis très content d'avoir pu jouer ici. Ce n'est pas toujours facile de devoir assurer une première partie et de ne pouvoir dispenser que des sets réduits ; mais le public était assez réceptif. Une situation agréable.

Qu’est-ce qui est essentiel chez Super Furry Animals et dans sa musique?

G. : Sans vouloir faire de généralisation hâtive, euh....
Dafydd : Nous nous intéressons aux sons, à leurs fréquences, aux mots....
G. : Aux textes aussi, aux mélodies, aux harmonies vocales....

Certaines de vos chansons me rappellent les premiers disques de David Bowie...

G. : Tu sais, je pourrais te citer une quinzaine d'artistes qui nous ont influencés. Nous n'idolâtrons pas David Bowie. Je dois avoir deux ou trois de ses albums des années 70, dans ma collection ; mais j'en possède aussi de Lou Reed, John Cale, des New York Dolls, d'Iggy Pop. Cette période nous intéresse beaucoup.

Et Tom Jones, alors ?

Certaines de vos chansons sont écrites en gallois; vous les jouez parfois quand vous êtes en tournée hors de chez vous?

G. : Oui, absolument. Il arrive parfois que nous modifiions notre set et qu'accidentellement, il n'en comporte aucune ; mais ce phénomène ne se produit pas souvent. A tout casser, je dirais que nous avons dû accorder cinq ou six concerts sans aucune chanson en gallois. Evidemment, c'est cool pour nous de pouvoir chanter dans notre langue, mais il n'y a rien de particulier qui nous pousse à le faire ou non.

Vous êtes célèbres au Pays de Galles?

D. : Ça dépend de ce que tu entends par célèbres. Tom Jones est célèbre au Pays de Galles, oui.
G. : Nous avons déjà joué dans de grands festivals, chez nous comme en Angleterre.

Qu'avez-vous de plus original que d'autres groupes britanniques?

G. : Ce n'est pas le genre de question que nous nous posons. Nous raisonnons plutôt en termes de musique. Nous ne nous voyons pas comme un groupe britannique ou gallois, même si nous avons le sentiment d'appartenir à notre communauté. Nous aurions pu venir de Belgique, du Japon ou même d'ailleurs et sortir des disques similaires ou posséder des collections de disques semblables à celles d'autres gens de par le monde. Nous avons grandi avec des disques que bien d'autres gens possèdent: de la musique anglaise, américaine, française, même belge, pourquoi pas?

Vous connaissez la musique belge?

G. : Oui, de l'industriel, Front 242 et des trucs du style…

Vous sentez-vous proches de groupes essentiels issus des années 80?

G. : Pas psychologiquement. Disons que s'il fallait faire un lien, ce serait plutôt au niveau des mélodies pop. Mais ce qui nous plaît le plus, c'est de pouvoir jouer devant un public qui n'a jamais entendu parler de nous et voir ce qu'il en pense. Dire que nous pratiquons une musique britannique, est quelque peu offensant. La musique est la musique, d'où qu'elle provienne. Elle ne doit rien aux nationalismes. C'est ce qui pourrait faire sa force, motiver les gens. Il y a des mélodies, des rythmes qui te font bouger, des émotions, ça oui.

A écouter vos disques et vos concerts, on dirait que vous accordez de l'importance aux sons bizarres que vous pouvez tirer de vos claviers...

G. : Je ne dirai pas ‘bizarres’.

Mais vous n'êtes pas seulement un guitar band ?

G. : Exactement! Nous sommes intéressés par tous les sons. Le bizarre n'a rien à voir là-dedans. Pour nous, tous les sons sont valables. Nous essayons simplement d'être inventifs, de faire fonctionner notre imagination. Il y a tellement de guitar bands chiants, des chansons qui n'en finissent plus, qui se ressemblent toutes, tu vois ce que je veux dire? On dirait qu'il y a une formule nineties, un rock nineties. Nous essayons d'écouter tout ce qui nous passe entre les mains. C'est chouette de pouvoir jouer à l’aide de différents instruments, de recourir à différentes techniques et de les pousser le plus loin possible, de mixer des idées pour notre seul plaisir.

Quel est le disque le plus chiant que vous ayez entendu ces dernières semaines?

D. : Pfff, il y en a des tonnes, tu sais.
G. : Je préfère essayer de penser aux bons trucs que nous avons entendus. Disons que la proportion de bon par rapport aux conneries doit être de 20/80. Cette semaine, j'ai entendu un auteur/compositeur américain dont le nom m'échappe à l'instant mais qui joue des trucs acoustiques vraiment accrocheurs. Ryuichi Sakamoto, c'est pas mal non plus. Je suis tombé l'autre jour sur un groupe de Bruges qui s'appelle Khon, tu connais?
D. : Ce sont vraiment des aliens. Ils jouent des trucs bizarres, très lents comme ça, plein de bruits étranges... Manifestement, ils doivent avoir une bonne raison. C'est le genre d'attitude que nous voulons aussi manifester. Habituellement, nos concerts ont un peu plus de sens parce que nous pouvons les mener à terme.

C'est frustrant de devoir assurer une première partie?

G. : Ce n’est déjà pas mal. Mais un supporting act ne peut s’exprimer qu’à moitié.

Sacrés Anglais!

A quoi peut-on s'attendre de votre part, au cours des prochaines semaines ?

G. : Je ne sais pas exactement ce qui est déjà disponible ici en Belgique. Ce mois-ci (NDLR : en mai) nous sortirons un nouvel Ep, un peu différent de ce que nous avons enregistré jusqu'ici. En septembre devrait paraître une compilation de singles devenus difficiles à se procurer. Et ensuite, nous commencerons à travailler sur notre nouvel album.

Avec une idée particulière derrière la tête?

G. : Nous aimerions pouvoir nous exprimer de manière plus ambitieuse, surtout en dehors de la Grande-Bretagne. L'Angleterre n'est jamais qu'une île à la con plantée à quelques kilomètres de 1’Europe et complètement obsédée par elle-même.

Comment jugez-vous cette manie, dont souffre la presse britannique, d'encenser tout ce qui vient d'Angleterre?

G. : Tu sais, la presse britannique a besoin de créer une nouvelle scène chaque semaine. C'est comme dans un comics: vite, il faut imaginer l'épisode suivant. Il ne faut pas prendre tout ce que les journalistes écrivent au sérieux. Mais elle manifeste quand même un certain sens de l'humour. C'est très amusant de lire toutes ces conneries.
D. : Bien sûr, nous avons eu droit à de bons articles dans cette même presse, mais ça ne veut pas tout dire. L'important reste de pouvoir se faire une opinion personnelle de ce qu’on écoute…

(Interview parue dans le n°64 du Magazine Mofo de Juin/Juillet 1998).