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Tedeschi Trucks Band

Dans leur trip !

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Englué dans les embouteillages, votre serviteur débarque en retard, à l’Ancienne Belgique, pour assister au concert du Tedeschi Trucks Band. Faudra donc se contenter d’un emplacement au premier balcon. Dès lors si la situation n’est pas problématique pour écouter la musique, elle l’est davantage lorsqu’on souhaite observer les mouvements des artistes…

Le groupe a été fondé à Jacksonville, en 2010, par un couple, réunissant Susan Tedeschi and Derek Trucks. Ce dernier n’est autre que le neveu du batteur et membre fondateur de l’Allman Brothers Band. Agé de 39 ans, il y a d’ailleurs sévi de 1999 à 2014, année de fin de parcours du mythique band géorgien. Au sein de ce nouveau projet, il se consacre à la guitare. Tout comme son épouse, qui se charge des vocaux.

Sur les planches, la paire est soutenue par un collectif de 10 musicos. En l’occurrence, les drummers Tyler Greenwell et JJ Johnson, plantés sur leur estrade, en arrière-scène, le bassiste Brandon Boone (NDR : qui a remplacé Tim Lefebvre) et un préposé aux claviers (Hammond, …), qui semble sortir tout droit du Quartier Français de la Nouvelle Orléans. Sans oublier les trois choristes, dont un possède une voix proche de Joe Cocker, et un trio de cuivres constitué de Kebbi Williams à la trompette, Ephraim Owens à la trompette et Elizabeth Lea au trombone, cette dernière participant également aux chœurs.   

La voix de Susan est à la fois soul et sablée ; puissante, elle évoque même celle de Beth Hart. La setlist va nous réserver de nombreux extraits du dernier elpee du Tedeschi Trucks Band, « Signs », paru en février dernier, mais également cinq reprises de classiques signés Willie Nelson, Bob Dylan, Spooner Oldham, The Box Tops et Matthew Moore.

Oscillant entre blues, rhythm and blues à coloration 70’s, funk et americana, le répertoire est bien chargé de groove, concédant cependant certains morceaux plus langoureux. Bien que techniquement irréprochable, Derek est plutôt discret sur les planches. Son toucher de cordes rappelle qu’il a fréquenté le Berklee College of Music comme John Mayer et Eric Krasno. Il se produit le plus souvent aux côtés du claviériste, parfois quand même, près de son épouse, et se laisse même voler la vedette par ses musicos, qui vont même s’autoriser de nombreux solos. A l’instar de « Sweet Inspiration » de Spooner Oldham, au cours duquel chaque cuivre va y aller de son petit numéro. Le show va aussi permettre aux deux batteurs de mettre leur talent en exergue, démonstration soutenue par les choristes qui vont se muer en percussionnistes. On aura même droit à un moment plus exotique, fruit d’un cocktail entre musique indienne, rock, jazz et gospel, nous replongeant dans l’univers de Beatles sous influence…

Une constante quand même : on a l’impression que les musiciens vivent dans leur trip et ne se soucient guère de l’auditoire, celui-ci respectueux, se montrant pourtant très attentif. 

En rappel, la troupe va attaquer « Space Captain », une composition que Joe Cocker interprétait déjà chez Mad Dogs & Englishmen. La cerise sur le gâteau !

Setlist : « Shame », « High & Mighty », « Do I Look Worried », « Somebody Pick Up My Pieces » (cover Willie Nelson), « Down In The Flood » (cover Bob Dylan), « Don't Know What It Means », « The Letter » (cover The Box Tops), « Sweet Inspiration » (cover Spooner Oldham), « Let Me Get By », « Laugh About It », « When Will I Begin », « Midnight In Harlem », « Part of Me », « I Want More ».

Rappel : « Space Captain » (cover Joe Cocker)

(Organisation : Ancienne Belgique et Gracia Live)

 

Steve Hackett

Taking Belgium by the Sound...

Dans la liste des guitaristes les plus influents de l'histoire du rock, Steven Richard Hackett occupe une place toute particulière. Membre essentiel de Genesis pendant la période emblématique du combo (de 1971 à 1977), ce Londonien s’est forgé un style fluide, éthéré et hyper-mélodique, reconnaissable entre mille. Ce soir, il établit ses quartiers dans le Kursaal, à Ostende, pour présenter un nouveau spectacle solo, articulé autour de l'album culte de son groupe d'origine, « Selling England By The Pound »...

‘C'est le premier concert de la tournée ‘Genesis Revisited 2019’, annonce d'emblée le musicien après le premier titre. Vêtu très simplement de noir et arborant son inséparable écharpe en velours rouge, il est, suivant son habitude, d'un abord très discret, voire timide. On le sait, Steve Hackett ne porte pas de masque de renard ni de costume à motifs fleuris ; ce n'est pas Peter Gabriel ! Toute l'émotion est concentrée sur la musique et la sublime Les Paul dorée, dont il tire des sons cristallins, d'une beauté quasi-mystique.

La première partie du show est en quelque sorte un ‘panaché’, au cours duquel il interprète trois morceaux de son tout nouvel opus, « At The Edge of Light » : « Under the Eye of the Sun », « Peace » et « Fallen Walls and Pedestals » ; mais surtout six pistes de « Spectral Mornings », son chef-d'œuvre, qui fête ses 40 ans cette année. On se délecte ainsi de petites perles comme « Every Day », jouée en lever de rideau, « Tigermoth » en version instrumentale, « The Virgin and The Gypsy », taquiné à la douze cordes, suivies de « Clocks - The Angel of Mons », une évocation de l'ange qui, selon la légende, a protégé l'Armée anglaise lors de la bataille de Mons en 1914 et, enfin, la sublissime plage titulaire, fantomatique à souhait, probablement sa plus belle composition enregistrée en solo.

Fait étonnant, tant son dernier LP que « Spectral Mornings » traitent tous les deux de la vie après la mort. ‘A l'époque, en parler revenait à être traité de hippie’, ironise l'artiste ; ajoutant, ‘Aujourd'hui, la science s'est emparée du sujet et parle de phénomènes quantiques...’ Tiens, tiens, Sir Hackett serait-il également intéressé par les thèmes liés à l'élévation de conscience ?

Après une courte pause, place au plat de résistance du spectacle et ce n'est pas encore l’heure du souper (« Supper's Ready »), mais l'interprétation intégrale de « Selling England By The Pound », l'œuvre mythique de Genesis. Paru en 1973, « Selling... » constitue un des plus grands succès critiques, artistiques et commerciaux (numéro 3 en Angleterre) de la formation de rock progressif. Entre parenthèses : son titre revêt aujourd’hui une résonance particulière, à l'heure du Brexit...

En redécouvrant « Selling... » en live, on est frappé par l'incroyable richesse de cet elpee, tant au niveau des mélodies que dans les harmonies et les textures sonores. Mais, par-dessus tout, cette musique est d'une incroyable puissance. Elle vient, entre autres, de l'intensité du chant de Peter Gabriel, reproduit ce soir à la perfection par l'Américain Nad Sylvan (Agent of Mercy). Ce n'est plus Nicky Beggs, parti rejoindre Steven Wilson, qui se charge de la basse, mais bien le Suédois Ronald Reingold. Rob Townsend (flûte, saxophone et clarinette) et Roger King (claviers) sont, eux, de fidèles acolytes.... de voyage (hum...) pour Steve H. Par contre, pour Craig Blundell, qui milite également au sein du backing group de Steven Wilson, il s’agit d’une première car il vient juste de rejoindre le band afin de remplacer Gary O'Toole. Hackett se fendra d'ailleurs d'une petite remarque admirative pour l'efficacité manifestée par le musicien qui est parvenu à maîtriser le nouveau répertoire en si peu de temps.

Comme il fallait s’y attendre, « Firth of Fifth » constitue un des moments les plus magiques du concert. Un tour de force musical illuminé par un solo d'anthologie à la gratte. Pourtant, alors que déchirante, la mélodie suit son cours, soudain, le Maître oublie une note au passage ; ce qui n'a pas échappé aux oreilles de votre serviteur. Mais il se rattrape bien vite, entraînant le public dans un univers onirique, hallucinant de beauté. Au moment de la célèbre note qui reste perchée sur un long 'sustain', le spectre de Carlos Santana se met à planer. De quoi soutenir la thèse selon laquelle ce dernier a exercé une influence sur le jeune Steve, au début de sa carrière. Mais les guitaristes que Steve a, à son tour, influencés sont légion. Parmi ceux-ci figure Eddie Van Halen, qui a déclaré avoir développé sa technique de 'tapping' sur le manche après avoir vu Hackett en concert avec Genesis.

La partie finale du show nous permettra de découvrir un titre inédit de ce groupe légendaire, « Dejà Vu », une démo qui n'avait pas été retenue pour le tracklisting de « Selling... » mais que Hackett est parvenu à finaliser de nombreuses années plus tard, en 1996 très exactement, après avoir, précise-t-il, reçu ‘la bénédiction de Peter Gabriel’, qui avait composé l'ébauche originale. 

Avant que le rideau ne tombe, le public prend en pleine face « Dance On A Volcano », un brûlot extrait de « A Trick of The Tail ». Quant au rappel, il s'ouvre sur le très rythmé « Myopia », suivi du bien nommé « Los Endos », un instrumental idéal pour servir d’outro au concert... Le point d'orgue idéal pour une prestation en tous points exceptionnelle. No doubt, tonight, Steve Hackett has been 'taking Belgium by the Sound'....

Setlist

Set 1:

Every Day
Under the Eye of the Sun
Fallen Walls and Pedestals
Beasts in Our Time
The Virgin and the Gypsy
Tigermoth
Spectral Mornings
The Red Flower of Tachai Blooms Everywhere
Clocks - The Angel of Mons

Set 2 (Selling England by the Pound):

Dancing With the Moonlit Knight*
I Know What I Like (In Your Wardrobe)*
Firth of Fifth*
More Fool Me*
The Battle of Epping Forest*
After the Ordeal*
The Cinema Show*
Aisle of Plenty*
Déjà vu
Dance on a Volcano*

Encore:

Myopia / Los Endos / Slogans

Organisation: Live Nation

Ericnemo

Fragile

Écrit par

Ericnemo est loin d’être un néophyte, car outre sa carrière solo, il a milité et milite encore au sein de plusieurs groupes, composé des B.O. pour le cinéma et le théâtre et participé à l’enregistrement de nombreux albums, comme musicien de studio.

Multi-instrumentiste, cet auteur-compositeur appartient à la scène toulousaine et nous propose son premier opus en solitaire, un disque qui fait suite à un Ep 6 titres, publié en 2003.

« Fragile » a uniquement été gravé en vinyle et en digital. Le deuxième album est uniquement disponible en MP3 (code également à l’intérieur de l’elpee), et se consacre davantage à la chanson française, et se révèle globalement moins intéressant…  

Bref on se consacrera à l’essentiel, soit aux dix plages de ce long playing, qui mêlent des guitares bien rock aux mélodies pop et à la poésie française. Le tout parfois teinté d’un zeste d’électro. Et si le résultat tient parfaitement bien la route, il n’est pas vraiment facile à cerner. On décèle quand même quelques références classiques, qui oscillent de H-F Thiefaine (le climat au sein duquel baigne « Les autres ») à William Sheller (l’enlevé « Ceux qui l’ont quitté »), en passant par Bob Dylan (« Quand j’étais vieux », souligné par un harmonica et tapissé par des claviers rappelant ceux que Garth Hudson, l’organiste du Band), Serge Gainsbourg (les arrangements de « L’impossible ») et même les Beatles (« A la renverse »). Il doit certainement y en avoir d’autres, mais elles sont bien cachées. Certaines pistes libèrent même une fameuse intensité électrique, à l’instar du percutant « Puzzle », alors que d’autres (« Papillon », notamment) sont enrichies de chœurs. Bref cet opus ne manque certainement pas de charme, mais son équilibre est fragilisé par la voix un peu trop monocorde, quoique claire, d’Ericnemo, qui véhicule des textes probablement autobiographiques, mais restitués dans un contexte existentiel au sens large du terme… 

Roméo Elvis

Quand un rêve se réalise…

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Ce samedi 20 avril, Roméo Elvis se produit à Forest National. 8 500 personnes sont attendues. Le concert est donc soldout. Hier, il entamait sa tournée au Zénith de Paris. Roméo reconnaît d’ailleurs y avoir été impressionné, mais que, ce soir, il est chez lui à Bruxelles. Il vient de publier son véritable premier album, « Chocolat », il y a 8 jours à peine et il est déjà numéro 1 des ventes en Belgique et 3 dans l’Hexagone. Chouette initiative, le public bénéficie d’une distribution gratuite de chocolat, à l’entrée. 

L’Or du Commun et Lord Gasmique assurent les supporting acts.

Agé de 20 printemps, Stéphane-Antoine Eklou a choisi pour patronyme Lord Gasmique. Il est soutenu par un second Mc’s et un préposé aux manettes, planté derrière une table placée à droite. Pendant 20 minutes, il va parler d’or, inviter l’auditoire à lever les mains en l’air, devant une fosse encore dispersée, mais déjà bien en forme…

L’Or du Commun embraie. Un set plus court, mais dispensé dans le même esprit que celui accordé à l’AB, ce 12 avril (voir compte-rendu ici). Quelques moments forts : « Truman show » et surtout « Homosapiens » qui va encore mettre le feu à l’auditoire ; mais pas de smartphones ouverts pendant « Telephone », pour recréer le fameux tapis d’étoiles…  

Roméo Elvis s’est établi près de Forest et avait un jour imaginé qu’il allait remplir FN. Son rêve s’est donc réalisé.

Un grand rideau jaune masque l’arrière de la scène. Sous les cris, les applaudissements et les infrabasses qui résonnent derrière la tenture qui finit par tomber, Roméo crie ‘Bruxelles ‘. Il est attaché à un harnais, balance les pieds, et atterrit à l’avant du podium. Un immense écran de lumière inonde les planches. Ses musicos sont perchés sur deux estrades lumineuses. Celle de droite héberge le drummer Sammy Wallens et Victor Defoort à aux claviers. Celle de gauche, Lennard Vink (NDR : un Néerlandais) aux claviers et Benoît -Asian Rocky - Do Quang aux machines. Ces trois derniers se consacrent également, suivant les circonstances, aux grattes (basse ou guitare). Deux d’entre eux et Roméo vont même conjuguer leurs six cordes sur « Drôle de question ». 

Le titre maître de son elpee ouvre le show. Elvis nous réserve ensuite un « Dessert » gouteux et savoureux. Chaud-boulette, le public réagit au ¼ de tour. On est loin des petits concerts accordés en compagnie de ses potes de Motel, devant une centaine de personnes, et pour lesquels la setlist était calée dans un ordinateur. De gros moyens ont été mis en œuvre pour rendre ce concert exceptionnel (light show, vidéos, scène mobile rectangulaire manœuvrée par les fils métalliques depuis le plafond, susceptible de se transformer en écran ou rampes de spots). Pendant « Respirer », « Normal » et « Parano », calligraphiés, les titres s’inscrivent un peu partout sur les écrans en arrière-plan. Sur ce dernier morceau, le fils de Marca et de Laurence Bibot vient au bord du podium pour libérer son flow aux paroles poétiques. Le refrain de « Bébé Aime La Drogue » est repris en chœur par la foule. Premier invité, casquette blanche vissée sur le crâne, Zwangere Guy participe à l’interprétation de « Kuniditdoen (« We Zijn Overal »). L’union fait la force, vive la Belgique ! Le setlist recèle de larges extrais de « Chocolat », mais également des classiques issus des Eps « Morale », « Morale 2 » et « Morale Deluxe ». « Pogo » (NDR : une plage chantée en duo avec M, sur disque) provoque inévitablement cette danse virile dans la fosse. Génial ! Roméo se roule au sol, comme s’il se débattait pour échapper à des démons intérieurs. Sa sœur, Angèle, est bien sûr de la fête. Ils apparaissent, tous deux, en haut de la scène mobile. Elle et son frangin se partagent les vocaux sur deux compositions plus paisibles, « J’ai Vu » et « Tout Oublier ». La foule est alors aux anges.

Autre guest, Lomepal vient booster «1000 Degrés ». Et en rappel, « Malade » va littéralement retourner la salle. Pour votre serviteur, c’est le concert de l’année.

Setlist : « Chocolat », « Dessert », « Bébé Aime La Drogue », « Respirer », « Drôle de Question », « Les hommes Ne Pleurent Pas », « Kuniditdoen (« We Zijn Overal ») », « Normal », « Pogo », « J’ai Vu », « Tout Oublier », Lenita », « Dis-Moi », « Parano », « 300 », « 1000 Degrés », « Tu Vas Glisser », « Trois Etoiles », « Ma Tête »

Rappel : « Bruxelles Arrive », « Nappeux », « Malade ».

(Organisation : Back In The Dayz)

L’Or Du Commun

L’Or Du Commun… des mortels…

Écrit par

L’Or du Commun est un trio de hip hop bruxellois dont le deuxième album, « Sapiens », est paru en novembre dernier. Un disque qui fait suite à un Ep 9 titres intitulé « Zeppelin », publié en 2017, sur lequel figure le single « Appolo », une compo boostée par le concours de Roméo Elvis. Actuellement en tournée à travers la France, le groupe se produisait ce vendredi 12 avril, à l’AB de Bruxelles. Sa seule date en Belgique. Composée d’un jeune public multiculturel, la salle est comble ce soir…

Si cette scène noir-jaune-rouge s’est emballée au cours des trois dernières années, il faut reconnaître qu’elle est occupée de se stabiliser. Pas de s’essouffler ! Certains représentants décollent, d’autres restent à quai. Après 6 ans d’existence, le crew a mûri, grandi et pris de l’assurance tout en restant très proche de son public. De la bande rigolarde, bourrée d’énergie boom bap décalée à la Saïan Supa Crew, la formation a conservé la spontanéité, la simplicité, mais en rendant le propos plus personnel.

Le supporting act est assuré par Peet, un pote à Roméo Elvis, Caballero & Jeanjass et Hamza. Il a pour devise : ‘Viens voir le doc-teur et n’ai pas peur !’, en référence aux paroles d’une chanson de Doc Gyneco. Ce jeune artiste bruxellois est un amoureux du rap. Il est à la fois autodidacte, beatmaker, rappeur et ingé son.

Sur l’estrade, il est accompagné de deux Mc’s, dont un se charge des platines.  Il va nous proposer de larges extraits de son Ep (NDR : un 8 titres baptisé « Peat »). Extrêmement interactif, il invite un jeune vêtu d’un t-shirt à l’effigie de Ronaldo, à monter sur le podium. Il parle avec décontraction et sans prise de tête sans autre but précis que de parler de la vie quotidienne, de la réflexion sur le monde et des soirées entre amis. Il est aussi bien influencé par le rap anglo-saxon qu’hexagonal, mais aussi par le jazz et la house.  

Bref, Peet a assuré son rôle de chauffeur de salle en parvenant à faire sauter en cadence, l’ensemble de l’auditoire.

L’Or du Commun implique trois Mc’s : Swing, Primero et Loxley, ainsi que le Dj Junior Goodfellaz. Ce soir, le band est épaulé par un second préposé aux manettes.

C’est sous une vague d’applaudissements que ODC déboule sur les planches au sein d’une atmosphère qui baigne dans les teintes bleutées. Et dès le premier morceau, « Antilope », c’est le coup de massue. Une compo qui se réfère à Jean D’Ormesson, à travers sa citation, ‘Ne meurent que ceux qui ont vécu’. Lent mais constant au début, le flow est alors stimulé par le public qui reprend les paroles en chœur. Un public particulièrement réactif. Faut dire que les artistes on la niaque et mouillent littéralement leur chemise. A la manière de Big Flo et Oli, ils déménagent sur les planches. Les vibes sont excellentes. « Léon » et « Prison vide » abordent la dure réalité de l’existence. On sent qu’il y a du vécu dans les lyrics. A la demande des musicos, la foule se lance dans un « Pogo ». Le set va nous réserver quelques surprises, sous la forme d’invités. Tout d’abord Lous, mais sans ses Yakuza. Plutôt jolie, de grande taille et mince, elle est vêtue tout de blanc. Mais lorsqu’elle chante sur « Rose », sa voix puissante prend vraiment aux tripes. Un impact renforcé par la présence d’une guitare. Résultat des courses, c’est la folie tant sur le podium que dans la fosse et aux balcons. Tout le monde est debout ! Les ‘Yé’ et les ‘Yo’ fusent de partout. Isha, ensuite. Pour « Nos Gênes », qui va également mettre le souk dans la salle. Et enfin Felle, qui va également soulever l’enthousiasme de l’auditoire tout au long de « Poignée de punchline ». 

Pendant « Téléphone », un des Mc’s demande également aux spectateurs, d’une voix vocodée, d’allumer leurs portables. La réaction est immédiate et on assiste à l’éclosion d’un tapis d’étoiles. Magique ! ODC est ravi d’être là et va le signaler à plusieurs reprises. « Sous les Pavés » a été écrit en hommage à leur ville d’origine. C’est dans une euphorie générale que les paroles du refrain sont reprises en chœur par le public. « Homosapiens » est sans doute la plus belle chanson écrite à ce jour par ODC. A cause de sa prose, mais aussi de sa charge émotionnelle.

Bref un concert au cours duquel peuple et artistes sont véritablement entrés en communion. Et si vous souhaitez vivre ou revivre ce concert, on vous invite à cliquer ici.

https://youtu.be/YDEJqgCzHoQ

Setlist : « Antilope », « Léon », « Prison Vide », « 1000 », « Slalom », « Rose », « Pogo », « Cercle », « Nos Gênes », « Téléphone », » Sous les Pavés », « Homosapiens », « Truman Show », « Poignée de Punchline », « Sunglasses De Style », « Vrai », « Apollo ».

Rappel : « Sur Ma Vie »

(Organisation : Ancienne Belgique)

Giorgio Moroder

Bientôt 80 berges et toujours plongé dans les 80’s…

Écrit par

Agé de 79 balais, Giorgio Moroder est souvent considéré comme un des pionniers du disco, de la dance music et de l’électro. Il a entamé sa carrière en 1960, comme bassiste, au sein du backing group de Johnny Hallyday. Son premier hit, « Looky looky », remonte à 1970. Il a collaboré avec de nombreux artistes, parmi lesquels Donna Summer, Cher, Blondie, David Bowie, Debbie Harry, Freddie Mercury, Bonnie Tyler ou encore Pat Benatar sont les plus notoires. Outre ces coopérations et sa discographie personnelle, il a également composé plusieurs B.O. de longs métrages, dont celles de ‘Midnight Express’ et ‘Scarface’ qui d’ailleurs ont été oscarisées.

Moroder est l’une des personnalités les plus influentes de l’industrie musicale. Il est le premier à avoir introduit un rythme répétitif dans la musique de danse, se jouant des lois de l’harmonie et plaçant le synthétiseur au cœur de sa démarche. C’était déjà en 1963.

Ce soir, il se produit à l’Ancienne Belgique devant un public réunissant essentiellement des quadras, quinquas et sexas. Il est venu défendre une sorte de ‘Best Of’ de sa carrière, longue de 55 ans. Intitulé « A Celebration Of The 80’s », ce spectacle théâtral, visuel et musical se consacre aux moments les plus marquants de son parcours.

Sur les planches, il est soutenu par 13 musicos ; et c’est lui qui va jouer le chef d’orchestre et le chauffeur de salle. Une toile est tendue en arrière-plan sur laquelle est mentionné, en lettres bleues, ‘Giorgio Moroder’ (NDR : une inscription sans doute destinée à celles et ceux qui ne le savaient pas encore !). Il s’installe derrière une immense table posée en avant-scène sur laquelle reposent, au centre, des claviers. Face à son pupitre, des images vidéo seront projetées sur l’écran géant. Parfois aveuglant, le light show, composé de spots à leds et de stroboscopes, est parfaitement synchronisé à l’expression sonore.

Les musiciens sont perchés sur des estrades disposées à des hauteurs différentes : un drummer et un percussionniste à gauche, un préposé aux synthés au centre, un quatuor à cordes (trois violons et un violoncelle) à droite, et en bas à gauche, un guitariste et un bassiste qui doublent également aux synthés. Sans oublier trois vocalistes féminines et un masculin qui vont se relayer ; ce dernier pour deux morceaux, le reste du temps, se fondant dans les chœurs. 

Le set s’ouvre par le « (Theme From) Midnight Express » d’Alan Parker. Souriant, rayonnant même, Moroder demande à la foule –en anglais, français, allemand et italien– si tout va bien et si elle est contente d’être là ce soir. Ponctuant sa déclaration d’un grand rire. L’effigie de l’artiste –chevelure, moustache et grosses lunettes qu’il a, bien évidemment, chaussées sur son nez– est maintenant projetée sur la toile. Il accompagne le public en frappant dans les mains. Place ensuite à une version plus funky du hit de Donna Summer, « Love To Love You Baby ». Sept titres de The Queen of Disco seront adaptés au cours du show. Il n’en n’oubliera pas pour autant son vieux tube « Looky Looky », l’un ou l’autre soundtrack de film (‘Flashdance’, ‘Berlin’, ‘Top Gun’), ainsi que sa cover de Daft Punk, « Giorgio by Moroder », morceau qui lui avait permis de renouer avec le succès en 2013. Mais l’essentiel de son répertoire se focalisera sur les 80’s. En fin de set, il chante « Cat people », en compagnie de David Bowie ressuscité en hologramme. Et « Last Dance », suivant la même technique, de Donna Summer.

Georgio Moroder va nous accorder deux rappels, non prévus dans la setlist, ponctuant ainsi un set de 120 minutes. La boule à facettes au plafond a ranimé le souvenir de la jeunesse de votre serviteur, et il en avait des étoiles plein les yeux…    

Setlist : « (Theme From) Midnight Express »,  « Love To Love You Baby » (cover Donna Summer), « The Never Ending Story » (cover Limahl), « Bad Girls » (cover Donna Summer), « On the Radio » (cover Donna Summer), « Chase », « Together in Electric Dreams » (cover Philip Oakey & Giorgio Moroder), « From Here To Eternity », « Flashdance... What a Feeling » (cover Irene Cara), « Giorgio by Moroder » (cover Daft Punk), « Take My Breath Away » (cover Berlin), « Danger Zone », « Right Here, Right Now », « I Feel Love » (cover Donna Summer), « Cat People », « MacArthur Park » (cover Jimmy Webb), « Last Dance » (cover Donna Summer).

Rappel 1 : « Hot Stuff » (cover Donna Summer).

Rappel 2 : « Call Me » (cover Blondie)

(Organisation : Greenhouse Talent)

Julia Jacklin

Sans voix, il n’y a pas d’écho (Bélaïd Saïdji)

Écrit par

Julia Jacklin est chanteuse et compositrice. Une Australienne responsable de deux albums à ce jour. Le premier, « Don’t Let The Kids Win », remonte à octobre 2016. Deux années de tournées intenses et une déception sentimentale plus loin, elle enregistre son second, « Crushing », un elpee paru en février dernier. Elle s’était déjà produite à deux reprises, au Club, en première partie de Whitney. Elle pratique une forme d’alt country teintée de dream pop et reconnaît, pour influences majeures, Billy Bragg, Björk, Doris Day, The Andrews Sisters et Leonard Cohen.

Il y a déjà pas mal de peuple dans le club, lorsqu’Olivia Bartley, alias Olympia, débarque. Elle assure le supporting act. Blonde, plutôt jolie, cette Australienne (NDR : elle est originaire de Melbourne) chante d’une voix fragile et atmosphérique en s’accompagnant à la gratte électrique. Interactive, elle possède un humour décapant. Elle entame son set par « Biscuits » (NDR : pas aux ivoires, comme sur disque, mais à la guitare). Son toucher de cordes est empreint de délicatesse et évoque celui d’Annie Clark, aka St Vincent. « Somewhere To Disappear » monte graduellement en puissance. Tant la voix que ses cordes, à la fois métalliques et nerveuses. Sa setlist est puisée au sein de ses long playings « Resurrection » et « Self Talk », dont « Smoke Signals », un morceau à la mélodie contagieuse. Pas de trace de « Honey » cependant, mais en 30’, l’artiste est quand même parvenue à afficher de nombreuses facettes de son talent. Franchement, c’est une excellente surprise !  

Setlist : « Biscuits », « Somewhere To Disappear », « Smoke Signals », « Atlantis », « Nervous Riders », « Shoot To Forget », « Star City ».

Place ensuite à Julia Jacklin, la tête d’affiche. Soutenue par un backing group, impliquant un drummer, un bassiste ainsi que deux guitaristes, l’un masculin et l’autre féminine, cette dernière doublant aux claviers et aux chœurs, elle se réserve le micro et la gratte. Dès qu’elle a grimpé sur les planches, elle signale être enrhumée et rencontrer un petit problème de voix. Pour tenter de la sauver, son gratteur lui file son verre de whisky. Lorsque les trois sixcordistes conjuguent leurs instruments, l’intensité est alors à son apogée. Malheureusement, la voix de Julia manque cruellement de relief, et empêche le concert de véritablement décoller. Dommage ! A revoir en pleine possession de ses moyens…

Une petite déception largement compensée par le récital d’Olympia…

Setlist : « Body », « Eastwick », « Leadlight », « Motherland », « Don't Know How To Keep Loving You », « Good Guy », « When The Family Flies In », « Don't Let The Kids Win », « You Were Right », « Turn Me Down », « Pool Party », « Head Alone », « Pressure to Party ».

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

The Young Gods

La musique n'appartient à personne...

Ne pas connaître les Young Gods constitue une fameuse lacune dans sa culture musicale. Originaire de Fribourg, en Suisse, ce trio a vu le jour en 1985. Seul membre permanent depuis sa naissance, Franz Treichler en est le chanteur, guitariste et compositeur. Fin des années '80, les ‘Gods’ ont élaboré une musique véritablement innovante, fruit d’un cocktail entre indus (pensez à Einstürzende Neubauten), EBM (imaginé par Front 242), krautrock (en l’occurrence celui d’un de ses pionniers, Can), psychédélisme, blues, rock et punk, au travers d’une approche purement postmoderniste. Dès le départ, la formation a choisi de tourner le plus possible hors de ses frontières, et notamment en Angleterre, où elle a rapidement acquis le statut de groupe culte. Mais c’est grâce à son long format « TV-Sky », paru en '92, que son succès a véritablement explosé, et tout particulièrement aux États-Unis. Elle y a partagé les planches avec rien moins que Nine Inch Nails. En passe de devenir des stars planétaires, les musiciens ont préféré adopter une approche plus ‘indie’, en privilégiant les labels alternatifs et en se réservant une totale liberté de création. Après avoir connu quelques changements de line-up, vécu diverses expériences solos et s’être accordé une période de pause, le band est de retour. En février dernier, il a ainsi publié un nouvel elpee, baptisé "Data Mirage Tangram". Une pure merveille !

Si vous n'êtes pas encore convaincus, sachez que de nombreux artistes et groupes célèbres ont admis avoir été influencés par les Gods, comme par exemple Nine Inch Nails, Ministry, The Edge (U2), Mike Patton (Faith no More) et surtout David Bowie. Le White Duke avait confessé que, pour écrire son album « Outside », publié en 1995, il avait beaucoup écouté les Young Gods.

Aujourd'hui, outre Franz Treichler, le line up du combo implique le claviériste Cesare Pizzi (membre fondateur, il avait quitté le navire en 1988, avant d’opérer son retour en 2012) et le drummer Bernard Trontin, présent depuis 1997.

C'est ce trio que Musiczine a rencontré le lendemain de son concert, accordé au Botanique de Bruxelles.

Un peu d’étymologie d’abord. Pourquoi avoir choisi comme patronyme, The Young Gods ?

Franz Treichler : Je travaillais dans un club à Fribourg et les Swans y avaient accordé un concert en '83 ou en '82. Le lendemain du show, j'ai récupéré la setlist sur le podium sur laquelle y était consignée une chanson intitulée « Young God »... Je l’ai conservée, et 3 ans plus tard, quand on a fondé le groupe, j'ai pensé qu’il correspondait parfaitement à ce que nous représentions à l'époque.

Il véhicule également une signification philosophique ?

FT : J'ai choisi le nom pour plusieurs raisons. Tout d'abord, on peut le considérer comme un synonyme à ‘être humain’. Nous sommes tous de jeunes dieux. Nous ne serons jamais des dieux mais nous exprimons ce désir, cette aspiration. On le voit, par exemple, dans la tendance actuelle du ‘transhumanisme’ aux États-Unis, où ses adeptes veulent devenir immortels grâce à la technologie. C'est une aspiration humaine qui existe depuis des milliers d'années.

Les dieux, ce ne sont donc pas les musiciens du groupe...

FT : Non ! (rires) Ce nom ne révèle pas la nature de notre musique. Et puis, c'est cool parce qu’il incite les gens à réagir en fonction de leur personnalité. S'ils ont le sens de l'humour, ils déduiront qu’il est marrant. Tandis que les intellectuels ou snobs s’insurgeront en se demandant pour qui on se prend. Il existe donc comme un effet miroir dans cette appellation...

Quel a été votre premier 'flash' musical, au cours de votre adolescence ?

Cesare Pizzi : Pour moi, c'est Kraftwerk. J'étais déjà musicien quand j'ai découvert cet univers, un son, une spatialisation, un groove déclenché par des machines : ça m'a vraiment frappé ! C'était aussi la première fois que j'entendais un vocodeur. Je ne comprenais pas comment il était possible de manipuler de telles textures sonores. Et ce jour-là, j'ai cessé de jouer de la basse (rires).
Bernard Trontin : Perso, quand j'étais jeune, à Genève, j'avais un ami anglais, dont le frère aîné rapportait des vinyles d'Angleterre, et j'ai eu un flash en entendant les groupes de glam-rock comme Slade, T-Rex, etc. Le premier disque que j'ai acheté était un album de T-Rex. Le son de la guitare était révolutionnaire.

Et Bowie également ?

BT : Bowie aussi bien sûr, mais surtout plus tard lors de sa période allemande. Drummer, j’ai vécu d'autres flashes, plus tard, qui m'ont incité à jouer de la batterie comme aujourd’hui, mais mon premier flash, c'était T-Rex.
FT : Mon frère, de 5 ans mon aîné, m’a initié à la musique, en particulier lorsqu’il a ramené le 33trs « Meddle » de Pink Floyd. Je me souviens qu’un jour, alors que j'étais seul à la maison, j'ai poussé le premier morceau de l'album, « One of These Days » à plein volume. Sur cette compo une voix hurle, à un certain moment, ‘One of these days I will cut you into pieces’. Et ma réaction a été : ‘Wow, c'est quoi ce truc ?’. Ce sera une 'épiphanie', comme disent les Anglais.

Une révélation ?

FT : Oui. Et donc, mon désir de communiquer des sentiments par le biais de la musique se réfère beaucoup aux vieux disques du Floyd. C'est ce genre onirique qui te transporte dans un autre monde.

Vos références constituaient une très bonne base pour commencer la musique : l'électronique, le glam et le prog/psyché !

FT : Oui, pour passer ensuite du psyché-glam-rock-électronique ! (rires)

En tout cas, toutes elles alimentent d'une certaine manière la musique des Young Gods. En ajoutant, évidemment, le côté ‘industrial’. Elle est le résultat d’un 'crossover' entre différents styles, abordé à la manière de Nine Inch Nails ou Radiohead. Un kaléidoscope d'influences intégrées et restituées par une signature unique.

FT : Merci !

Parlons du nouvel opus. Il est parfaitement en phase avec les anciennes productions, mais, en même temps, il ouvre la porte à quelque chose de nouveau...

FT : Je suis d'accord. Jusqu'à présent, depuis le retour de Cesare, on se focalisait surtout un répertoire soit, composé à l'origine par nous deux, soit, plus tard au gré des différents line up et en compagnie de Bernard, depuis 1997. Ici, par contre, il a été écrit à 100% par nous trois. Nous nous connaissons depuis les années '80 mais on n'avait jamais coopéré sous cette forme auparavant.

C'est aussi unique parce que vous avez réalisé l'album en improvisant...

BT : Tout a été composé au festival de jazz de Cully, en Suisse, où on nous a proposé une résidence permettant d'improviser en public dans un club. C'était un vrai défi pour nous car on n’avait aucune idée de ce qu'on allait faire et si le résultat serait publiable. C'était aussi une occasion de rebattre les cartes et de se lancer dans de nouvelles expérimentations. Et ça a fonctionné.

C'est sans doute pourquoi le disque est si cohérent. Comme dans les années ‘70, c'est une série homogène de chansons qui tracent un parcours à travers différents univers.

BT : Oui, c'est cohérent parce que tout a été composé par les mêmes personnes, au même moment et au même endroit.

La résidence 'jazz' s'entend aussi un peu dans la chanson « Moon Above », qui affiche un côté jazzy...

BT : Oui, c'est carrément du free jazz.
FT : Quand on enregistrait le morceau, on a perdu le métronome, ce qui nous a permis d'improviser une rythmique 'free'. (rires)
BT : C'était en quelque sorte un accident. Il y a souvent des accidents qui sont exploités dans l'art.

Parfois, le son devient plus 'ambient', un peu dans l’esprit d’ECM, le label de jazz expérimental...

BT : Oui, absolument !

Et je pense tout particulièrement à Terje Rypdal...

BT : Oh mon Dieu : tu connais Terje Rypdal ?

Oui ! Il existe un élément commun, un côté aérien, voire cosmique. Comme dans une de ses compositions, « Den Forste Sne »…

BT : Oui, je connais ce morceau.
FT : Cette comparaison est très juste...

Parlons maintenant de l'impact des Young Gods. De nombreux artistes ou groupes très célèbres ont confié qu’ils avaient été influencés par vous, dont David Bowie...

FT : C'est drôle parce que le premier single que j'ai payé de ma poche, c'était « Jean Genie » de Bowie.

A propos, sais-tu d'où vient ce titre ?

FT : Non.

C'est un jeu de mot sur le nom de Jean Genet.

FT : Et bien, tu m'apprends quelque chose...

En restant dans le thème de l'influence, Picasso avait prononcé cette célèbre phrase : ‘Les mauvais artistes copient, les vrais artistes, eux, volent’.

FT : C'est tellement vrai ! Pourquoi voudriez-vous copier quand vous pouvez voler.

La différence étant...

FT : ...que lorsque vous copiez, les gens se rendent comptent que vous copiez, alors que lorsque vous volez, l'objet est entre vos mains, il a changé, vous vous l'êtes approprié. De toute façon, la musique n'appartient à personne. Tout le monde est influencé par tout le monde. Les musiciens qui nous ont cités comme influence étaient précisément ceux qui nous ont influencés au début. Bowie était un personnage très curieux qui cherchait toujours de nouveaux débouchés et nous, on a toujours fait pareil. Depuis qu’on est ados, on achète des disques… qui finissent par nous influencer. Après tout, rien n'est jamais original à 100%. L'originalité se manifeste lorsque vous allez au-delà de vos influences. Donc, la phrase de Picasso est un peu ironique mais elle est vraie. C'est pourquoi les artistes, à mes yeux, ont trop souvent tendance à exagérer quand ils parlent de leurs 'créations'. C'est un bien grand mot. Personne ne sait exactement ce qui se trame pendant le processus de création. Et il est impossible de reproduire ou de dupliquer le processus par la suite. Vous devez à chaque fois repartir à zéro. C'est précisément ce qui rend l'art si précieux.

Vous avez toujours adopté une démarche très artistique...

FT : Oui et une approche carrément anarchiste. Pour nous, la propriété est un vol. Au début, on utilisait beaucoup les samples et les échantillonnages, qui, pour une grande part, provenaient de vinyles d'autres artistes. En créant de cette manière, on voulait montrer que l'on pouvait produire du neuf avec du vieux. Un historien de l'art dirait que c'était du post-modernisme, car nous nous sommes appropriés des éléments de différentes périodes pour bâtir quelque chose de nouveau. Dans un sens, c'était aussi du 'readymade' à la Duchamp, vu qu'on prélevait quelque chose pour le replacer dans un autre contexte. Comme, par exemple, combiner du Mozart et du heavy metal. Ce qui paraissait surréaliste ; mais finalement, notre approche était 100% instinctive. On voulait démontrer qu'il n’existe qu'une seule musique. Le rock, quand il devient trop conservateur, perd de sa valeur. On voulait prouver que jouer du rock sans guitare était réalisable, mais en produisant ces sonorités à l’aide d'un clavier. Montrer qu'il est possible d'introduire de la musique classique ou de la musique concrète dans le rock. Ce sera une surprise totale à l'époque. Le public a vraiment été secoué par nos 3 premiers albums. C'était imprévisible. Il ignorait ce qui allait arriver ensuite. Sur disque, parce que la dynamique pouvait changer radicalement en une seconde, mais aussi sur scène, parce que, par exemple, en ‘live’, il n’y avait pas de guitariste qui exécutait un mouvement pour dispenser un son très puissant. Un tel son pouvait surgir à tout moment sans avertissement, complètement brut. L’état de réceptivité du spectateur devait être différent. Ses oreilles et ses sens, plus ouverts. Au cours des nineties, on a essayé de surprendre à nouveau en modifiant la formule et en explorant d'autres horizons musicaux...

Vous avez un lien particulier avec la Belgique, je crois ? Ne fût-ce que par celui qui est votre booker depuis les débuts, Peter Verstraelen ?

FT : Oui ! En plus, notre deuxième album, « L'Eau Rouge » a été publié par PiaS et on a sorti plusieurs albums sur ce label. On a également enregistré « TV-Sky » au studio ICP, à Bruxelles.

Et vous entretenez des liens étroits, je crois, avec pas mal d'artistes belges, et notamment avec ceux de TC-Matic et Front 242…

FT : TC-Matic, c’était un modèle à nos débuts. Sur leur premier album, Arno chantait en français de façon naturelle, en vidant ses tripes ; et pour la première fois, sans que cette formule ne sonne 'chanson française'. Et avec une attitude punk. Grâce à lui, j'ai compris qu'il ne fallait pas avoir peur de chanter en français. Les 2 premiers albums des Young Gods sont exclusivement interprétés dans cette langue et, paradoxalement, ils ont eu plus de succès en Angleterre qu'en France. Ainsi, on se détachait à nouveau du 'dogme' rock et on adressait un pied-de-nez à la ‘police du rock’….

Et Front 242 ?

FT : On a assuré de nombreuses premières parties pour eux, au début. La formation était beaucoup plus connue que la nôtre. Elle avait déjà gravé « Headhunter ». On partageait le même label. Et on est toujours restés en contact.
CP : Le groupe a ressorti un de ses premiers elpees, je crois ?

Tu parles sans doute d'UnderViewer, le projet de deux d'entre eux, Jean-Luc De Meyer et Patrick Codenys, qui date d'avant Front. Il y a deux ans, ils ont réédité leurs titres originaux dans des versions modernisées et remasterisées : un album fantastique !

BT : A l'époque, j'écoutais aussi un groupe belge, Univers Zéro.

Ah oui, je connais.

BT : C'était un groupe expérimental prog, très sombre.

Il était un peu dans la mouvance de Magma, je crois.

BT : Oui. Les musiciens se servaient d’instruments électriques mais aussi d’un basson, d’une vielle et d’un harmonium : un mix intéressant ! J'étais très impressionné par leur batteur, Daniel Denis.
CP : Il y a aussi Sttellla ! (rires)
FT : On est très proches de La Muerte également. On rencontre aussi régulièrement dEUS. Et récemment, on a été invités par Triggerfinger pour un concert spécial à Louvain. On a beaucoup d'amis en Belgique...

Pour écouter l'interview complète en audio, c'est ici

Pour lire la chronique du concert des Young Gods au Botanique : en français, c'est là et en néerlandais, ici.

Merci aux Young Gods, au Botanique et à David Salomonowicz

 

 

 

Idles

Une claque dont il faudra bien des concerts pour se remettre…

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Véritable révélation outre-Manche, Idles est également parvenu à percer sur le Vieux Continent. La preuve ? Plus aucune place n’était disponible pour assister à son concert programmé en Belgique ; en l’occurrence à Anvers. Souhaitant résolument découvrir la puissance du band de Bristol en ‘live’, il ne restait plus qu’à chercher des tickets disponibles, pour une autre date de la tournée. La Cartonnerie à Reims n’est pas encore sold out pour ce show. Votre serviteur décide donc de rejoindre la ‘Cité des sacres’ pour y assister. Le parcours est long avant d’arriver à destination. Aussi, quand on débarque dans la salle, le set de Life est déjà terminé. Dommage mais l’essentiel est préservé. On est bien à l’heure pour assister à la prestation de la tête d’affiche.

Grâce à Idles, le punk est de retour. Les cinq musicos sont issus d’une ville ouvrière, sise dans le Sud de l’Angleterre. Leurs textes sont engagés. Outre leur combat contre le racisme et le machisme, les Britanniques mettent l’amour au centre de leurs préoccupations. Et leur message, véhiculé par la voix presque fausse mais tellement énergique de Joe Talbot, se fraie un chemin au milieu de guitares et de percussions déchaînées.

La formation s’est forgée une solide réputation en ‘live’ et on comprend vite pourquoi. Sur les planches, aucun répit n’est accordé. Les morceaux issus de ses deux elpees défilent alors que la foule devient rapidement incontrôlable. L’auditoire est composé de connaisseurs, c’est sûr. Les refrains les plus accrocheurs sont repris en chœur par les spectateurs, comme tout au long de « Dany Nedelko », premier sommet du concert. Pendant 1h30, le band va plonger la foule dans une ambiance propice à la danse nerveuse et virile. Le set va cependant nous réserver son lot de surprise, à l’instar de « Queens », un extrait d’un ancien Ep ou encore une version complètement improbable du « All I Want For Christmas i You » de Mariah Carey… A la sauce punk évidemment !

La prestation s’achève par « Rottweiler », le dernier morceau du second opus du combo, gravé en 2018. Une sortie qui, vous vous en doutez, ne se fait pas sans dégâts. La compo parfaite chanson pour clore un show.

Fort d’une communauté passionnée, Idles remet le punk au goût du jour. Jusqu’à être nominé au prestigieux British Awards ! De nombreux groupes (Shame, Fontaine DC, Heavy Lungs) profitent d’ailleurs de l’impulsion provoquée par les gars de Bristol. La prestation confirme en tout cas que ce genre musical est un des plus adaptés au live. Et qu’Idles est sans doute le meilleur dans le genre actuellement. Une claque dont il faudra bien des concerts pour se remettre.

(Organisation : La Cartonnerie)

BRDCST 2019 : dimanche 7 avril

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Depuis quelques années déjà l’Ancienne Belgique organise le BRDCST, un festival qui se déroule quatre jours de suite. Ce dimanche 7 avril, il est programmé dans trois salles ; en l’occurrence l’AB Box, l’AB club ainsi que l’AB Salon, un espace situé au-dessus du Café. Lors des trois premières soirées, il a été délocalisé au Café Central, Beursschouwburg, Café Bonnefooi et La Machine, des endroits sis près de l’AB. Cet événement est destiné à faire découvrir des musiques issues de toute la planète ; et pour cette édition, il s’intéresse aussi bien au black metal féminin, au psychédélisme turc, à la noise abstraite, au classique contemporain, au hip-hop, à l’afrofuturisme, à l’electronica, à la poésie sonore, à l’avant-jazz, à la world d'Afrique du Nord, au dub, à l’american primitive guitar, au (post) punk, au piano préparé, au grime qu’au flamenco. C'est donc une belle occasion d'assister à des shows de groupes ou d'artistes qui sortent de l’ordinaire. Compte-rendu du dernier jour qui accueille la formation belge Whispering Sons, les artistes canadiens Jason Sharp et Yonotan Gat (qui a prévu le concours d’invités), américaines Morgan et Léa Bertucci, espagnol Refree, sans oublier le Dj gantois Bolt Ruin.

En débarquant, Refree (poulain de l’écurie global sounds Glitterbeat) a déjà entamé son set. Il joue de la gratte dans un style, ma foi, expérimental, entre flamenco et de jazz. Il y a pas mal de peuple au salon qui semble apprécier ce set empreint de sérénité…

Direction L’AB Box pour le set du Gantois Bolt Ruin qui vient de publier un vinyle, en février dernier, un disque baptisé "Circuit". Le Dj se produit, derrière une immense table de mixage, recouverte d'un drap noir, devant une salle quasi-vide qui va heureusement quelque peu se remplir au fil des minutes. Des images d'usagers qui se déplacent au sein d'un métro futuriste ou tournées en accéléré sur un place devant une église, défilent en arrière-plan, sur grand écran. Tantôt plus lentes, tantôt soutenues, les sonorités électroniques sont chargées d'infra-basses et alimentent l'univers sonore torturé et dark de l'artiste, alors que le light show inonde la fosse. Classique!

La prestation de Jason Sharp se déroule au même endroit. Il grimpe sur les planches à 19h00, flanqué d’un préposé en bidouillages. Un certain Adam Basana qui a recours à divers ustensiles en verre. Il dispose également de deux microphones. Quant à Jason, il se consacre à un énorme saxophone basse. Issu de la scène montréalaise expérimentale, il a milité au sein de nombreux groupes de jazz avant-gardistes et contemporaines. Il s’est forgé une solide notoriété, en pratiquant la respiration circulaire, une technique qui permet de maintenir, pendant un laps de temps assez long, un souffle d'air continu à l'aide de la bouche. Cette technique particulière focalise toute l’attention de l’auditoire, d’autant plus qu’elle est prolongée par des boucles. Malgré une fameuse dose d’impro, il faut reconnaître que les deux musicos se complètent parfaitement. Un concert aussi étonnant que captivant…

Direction l’AB Club pour y découvrir Léa Bertucci, une artiste américaine qui a publié un Ep en février dernier, un disque intitulé « Metal Aether ». Minimaliste, sa musique est alimentée par un saxophone alto, un pc mac et une petite machine qui ressemble à un dictaphone qui propage des sonorités électroniques ‘ambient’. Et elle est particulièrement habile pour jongler entre ses instrus, notamment lors d’un morceau de près de 20 minutes, au cours duquel elle ne reprend pas son souffle, tout tapotant sur son sax ou le triturant dans tous les sens.

Yonathan Gat est considéré comme un des meilleurs guitaristes au monde. Il se sert d’une double gratte à 12 et 6 cordes… comme Jimmy Page. Il est épaulé par une section rythmique basse/batterie qui semble prendre beaucoup de plaisir sur l’estrade. Mais le clou du spectacle sera atteint lorsque deux Amérindiens (The Eastern Medecine Singers) vêtus de parures rituelles (NDR : des Sioux, des Iroquois ?) viennent frapper sur un énorme tambour indigène à l’aide de manches terminés par un morceau de métal, tout en psalmodiant des incantations. Bien que saccadées et hypnotiques, leurs interventions collent parfaitement à la musique proposée par le trio. Ce cocktail de punk rock, pow pow drum et psychédélisme, ouvert à l’impro, en devient alors fascinant. Sans oublier que Gat en profite pour étaler toute sa virtuosité sur son double manche. Epatant !

Kelly Moran se produit au club, mais votre serviteur prend une petite pause avant le show final. Qu’assure un des meilleurs combos belges, actuellement sur le circuit. En l’occurrence The Whispering Sons. Et tant les médias que les mélomanes ne tarissent pas d’éloge le band. Pas étonnant que leurs concerts soient sold out. La salle est pleine à craquer.

Le quintet débarque sur le podium. Il réunit le guitariste Kobe Lijnen, le bassiste Tuur Vandeborne, le claviériste Sander Hermans, le drummer Sander Pelsmaekers et la chanteuse Fenne. Cette dernière est également la figure de proue du band. Sauvage, elle possède une manière particulière de se déhancher ; et puis androgyne, sa voix est capable de passer du plus clair au baryton. Régulièrement, elle ponctue sa véhémence de coups de poing dans le vide. On la sent habitée par sa chorégraphie.

Le post punk de la formation est paradoxalement énergique, glacial et dansant. Mais cette fusion tient parfaitement la route.

Whispering Sons ne devrait probablement pas s’éterniser dans les tournées des petites salles. A mon humble avis, il est à l’aube d’une carrière internationale fructueuse…

L’an prochain, le BRDCST se déroulera du 2 au 5 avril.

Setlist The Whispering Sons : « Stalemate », « Got A Light », « Alone », « White Noise », « Performance », « Skin », « No Time », « Fragments », « Hollow », « Waste », « Wall », « Insights », « Dense »

Rappel : « No Image ».

Voir aussi notre section photos ici

(Organisation : Ancienne Belgique)

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