Les rituels étranges de This Is The Kit

This Is The Kit sortira son septième opus studio, « Ghost Coat », ce 15 janvier 2027. En attendant, il a partagé le single et « Skim a Stone ». Enregistré au cœur des Rockfield Studios dans la vallée de la Wye, au sud-est du Pays de Galles, ce disque place…

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Elena Tonra rompt le silence de son projet solo Ex:Re. La voix du combo indie-folk…

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L7

GrandGeorge

Grandgeorge dans les petits papiers des fans…

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L’univers de Benjamin GrandGeorge vogue entre Paris, Londres et Bruxelles, où il vit actuellement. Il reconnaît pour influences majeures Paul Simon, Jeff Buckley, Mozart, Sting et Richard Bona. Il aurait pu devenir trader à Londres. Il a choisi d'être chanteur. Une chose est sûre, vu les nombreux pays qu'il a visités, ce joyeux trentenaire est parvenu à conserver le meilleur, au fil des rencontres : un regard au Brésil, un rythme en Afrique ou une humeur en Asie ; soit autant de sources d'émotion et donc, d'inspiration. Il doute cependant de tout, sauf de son amour immodéré pour la musique. Et on le ressent particulièrement en ‘live’. Ce vendredi 7 décembre, il se produisait donc à La Madeleine de Bruxelles, date de la sortie de son second elpee, « Face to faith ». Compte-rendu.

Le supporting act est assuré par le duo Ebbène. Echappé des Tellers et de Paon, Ben Baillieux-Beynon s’est associé à Jérôme Magnée (Dan San, Gaëtan Streel, Yew) pour fonder ce duo qui a publié un premier Ep 4 titres, en octobre dernier. Un album est en préparation.

 Les deux compères grimpent sur l’estrade. Et déjà le charme opère auprès du public féminin. Ben se sert d’une gratte semi-acoustique, Jérôme cumule claviers, boîte à rythmes et guitare électrique. « Début De Soirée » ouvre le set. Chargée de spleen, la voix de Ben est douce, attachante et harmonieuse. Elle évoque parfois celle de Jean-Louis Aubert ou de Raphael. Elle s’épanche sur des textes poétiques, parfois empreints de désespoir. Jérôme piaffe déjà d’impatience, derrière ses claviers, sa 6 cordes en mains, alors que quelques sonorités électro émanent du MPD placé devant lui. Le tandem nous réserve deux nouveaux titres, « Vert » et le paisiblement atmosphérique, enrobé de chœurs, « Un » ; probablement des compos destinées au long playing. « Tout oublier » nous invite à se détacher des tracas de la vie quotidienne. Les cordes semi-acoustiques illuminent « Barcelone », un morceau imprimé sur un beat subrepticement électro, alors que la voix vaporeuse de Ben est bien soutenue par les  chœurs de Jérôme. Faut dire que c’est lorsqu’elles sont conjuguées que les harmonies vocales passent le mieux la rampe, un peu comme chez Dan San. Bien équilibré, le concert va cependant proposer autant de compositions empreintes de sérénité que nerveuses…

Setlist : « Début De Soirée », « Vert », « Un », « Tout Oublier », « Barcelone », « Ne Penser À Rien », « Tout Change », « Nuit Américaine ».

Particulièrement chaud, le public attend impatiemment la tête d’affiche. La responsable du fan club a distribué des papiers que les spectateurs sont invités à élever lors de la seconde partie du titre, « Sunny Anyway ». Le set s’ouvre sous un light show de couleur rouge. Aux drums, Sam Rafalowicz vient se placer à droite sur son estrade et le claviériste, Xavier Bouillon, à gauche. C’est toujours Nicolas Lherbette qui se charge de la basse. Stéfy Rika (NDR : elle a notamment prêté sa voix à Akro, Starflam, Axel Red, Selah Sue et Zap Mama) se plante derrière son micro, se retourne et applaudit. Benjamin GrandGeorge débarque enfin, sa gratte semi-acoustique à la main. Les applaudissements fusent. Le concert débute par « Fading Away ». Le refrain est déjà repris en chœur par l’auditoire. Trépidant, Benjamin semble heureux d’être là, ce soir. Avant d’attaquer ce fameux « Sunny Anyway », le premier single du long playing, censé emprunter une nouvelle direction musicale, il se désaltère, puis confesse modestement : ‘Ce second album n’était pas une mince affaire ; j’ai bien cru qu’on ne se retrouverait pas’. Il remercie le public pour sa présence. La voix de Stefy s’envole, bientôt rejointe par Benjamin, qui sans guitare, gigote de droite à gauche, et inversement. D’une durée de 6 minutes, cette version est pourtant plutôt paisible. Les fans soulèvent alors ces petits papiers. L’auditoire reprend le refrain. Emu, Ben lui manifeste sa reconnaissance. La guitare haute, l’oreille tendue vers celui-ci, il embraye par « Stay With Me », une chanson tendre mais complexe. Il doit d’ailleurs la reprendre à zéro et l’interprète d’une voix aiguë. Dominé par les claviers, « Losing You » est davantage électro et surtout dansant. La fosse se transforme d’ailleurs en dancefloor. Stéfy y apporte son grain de voix soul, alors que Benjamin s’applique sur les cordes de sa sèche. Avant d’aborder « Radical Bourgeois », plage d’ouverture du nouveau long playing. Benjamin signale que l’on doit rire, mais que cette chanson n’est pas marrante. Les voix sont parfaitement conjuguées. Au cours de ce titre électro/funk, il invite la foule à lever les bras et à jumper. On passe ensuite à « Dancing In The Morning », le premier bonus de l’album. Benjamin s’adresse à l’assemblée et demande si elle souhaite danser jusqu’aux petites heures, puis embraie par « Dancing in the morning », une compo qui nous entraîne à travers l’Afrique de L’Ouest, et plus exactement le Burkina Faso. Le light show est discret mais efficace. Tout au long de « Warmer » la voix du Grand Ben est vocodée. Pendant « Go For A Ride », Benjamin invite la foule à chanter avec lui. Il interprète seul et unplugged « Just In Time », un titre qu’il entame sous les applaudissements nourris de l’auditoire. Il n’en oublie pas pour autant « So Fine »… mais pas de trace de « How long » ; et c’est vraiment dommage. Opérant un dernier crochet par l’Afrique, « I’ll Be Trying (Comptez Sur Moi) » clôt le show.

On aura cependant encore droit à deux rappels ; et au cours du second, « Petit Dej » va nous plonger au cœur de la Nouvelle-Orléans.

GrandGeorge se produira le 14 mars 2019 au Reflektor de Liège et le lendemain à l’Eden de Charleroi.

Setlist : « Fading Away », « Sunny Anyway », « Stay With Me », « Losing You », « Radical Bourgeois », « Dancing In The Morning », « Warmer », « Go For A Ride », « Just In Time », « So Fine », « I’ll Be Trying (Compter Sur Moi) »

Rappel 1 : « Another Day In Heaven », « Easy Emotion »

Rappel 2 : « Petit Dej »

(Organisation : UBU Productions)

 

The Prodigy

Deux vents de folie…

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La météo est à la tempête ce vendredi. Les averses se multiplient avant de débarquer à Forest. Tout comme ce qui nous attend à l’intérieur ce soir, par ailleurs…

Prodigy était déjà parvenu à faire trembler les murs de Forest National en 2009. L'un de ses meilleurs concerts, selon les fans. Et aussi celui qui avait le plus fait vibrer le sol bruxellois (NDR : sans doute à égalité avec celui de Faithless en 2001). Ce soir, la foule est moins dense. Le prix des tickets chute sur Ticketswap au fil des heures. Les deuxièmes étages sont d’ailleurs condamnés, conférant la formule club à la salle. Sans doute la conséquence de l'omniprésence de Prodigy lors des festivals d'été ? Ou d'un agenda de concerts chargé à cette même période ? (NDR : Editors remplit une deuxième fois le Cirque et Magnus cumule plusieurs soirées de suite à l'AB).

Les premières parties manquent parfois d'intérêt. Mais pas ce soir. Slaves avait déjà fait forte impression à Dour en 2016. Et va encore confirmer, malgré un tout petit espace sur la toute grande scène (NDR : une batterie minimaliste, une guitare, son logo sur tubes néons et quelques amplis). Un matos de David face à celui de Goliath, en tête d’affiche. Le DJ bruxellois a la bonne idée de diffuser les Stooges en intro (NDR : et un peu plus tard les Buzzcocks en hommage à Pete Shelley, décédé la veille). Car le ‘Punk’s not dead’ va résonner dans l’arène. Bodybuildés et tatoués, le duo déboule sans coup férir sur l’estrade. Et balance une détonation de compos de deux minutes, qui renverrait les jets de pavés de gilets jaunes au rang de bac à sable. On pense à l'énergie et la virilité dispensées par Idles. Sans doute aussi à cause de son incursion dans le public après trois morceaux seulement. Le batteur/chanteur parvient à inciter la foule à reprendre le refrain ‘Fuck the high-hat’, alors que les premiers pogos éclatent. Pas de temps mort. Si ce n’est une séance de ‘hugs’ sollicitée par le leader (et exécutée dans la foule). Comme le titre de son elpee, « Take the control », le signale, Slaves a pris en esclave l’audience bruxelloise pendant 45 minutes. 

Les aficionados de Prodigy se massent de plus en plus dans le parterre, s’agitent et trépignent d’impatience. Un rideau sur lequel est imprimé une araignée géante (NDR : un logo déjà utilisé sur la pochette de son  album live « The world’s on fire », paru en 2011) masque la scène. Sur le coup de 21h25, impressionnant, le décor révèle deux demi bus londoniens à l’effigie du dernier opus, « No tourists ». Le maestro Liam Howlett s’installe derrière sa console. Et le concert démarre en force par « Breathe ». Qui provoque déjà des mouvements de foule et déclenche une véritable hystérie au sein des premiers rangs. On ne compte plus les spectateurs cherchant leurs lunettes ou gsm, égarés dans les bousculades. Sur « Omen », les deux MCs Keith et Maxim poussent leurs cris plus qu’ils ne chantent. Pendant « Champions of London », la détonation de basses est telle qu’on regrette d’avoir oublié nos boules Quies. « No Good » est enchaîné à « Smack My Bitch Up », deux morceaux qui ponctuent une première moitié de set.

En rappel, coloré de touches hip-hop et dub, « We Live Forever », issu du dernier opus, sonne comme un retour aux sources. Il est même difficile de croire que le groupe a plus de 25 ans d’existence, tant ses protagonistes ne semblent pas avoir pris une ride. Prodigy nous permet d’ailleurs de voyager entre ses albums, depuis son dernier (« No Tourists ») à son premier (« Experience »)

Quelques bémols quand même. D’abord la durée du show. A peine une heure dix, soit un set aussi court que lors d’un festival. Mais également le son hasardeux ainsi qu’un light show aveuglant. Cependant, on retiendra surtout cette ambiance de transe dans la fosse, du début à la fin…

Setlists :

Slaves

Sockets, Bugs, Magnolia, Fuck The High-Hat, Cheer Up London, The Lives They Wish They Had, Chokehold, Sugar Coated Bitter Truth, Beauty Quest, The Hunter

Prodigy

Breathe, Resonate, Nasty, Omen, Champions of London, Voodoo People, Run With the Wolves, Need Some 1, Poison, Everybody In The Place, Firestarter, Roadblox, Light Up The Sky, No Good, Smack My Bitch Up.

Rappel : We Live Forever, Fire, Take Me To The Hospital, Timebomb Zone, Out Of Space (outro)

(Organisation : Live Nation)

 

La Muerte

La Muerte

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Chronique sans filet pour votre serviteur qui n’est pas très branché sur le métal. Mais bon, La Muerte, c’est quand même une référence dans le style, et pas seulement en Belgique. Son dernier album studio, « Raw », remonte à 1994. Un bail ! Bien sûr, le groupe n’a repris son parcours, qu’en 2014, publiant alors deux Eps dans la foulée. Soit « Murder Machine », en 2016, et « Headhunter » (avec Front 242), l'année suivante. Sans oublier le double live « Evil », en 2015 ! Eponyme, son nouvel opus marque fatalement le coup. Et il devrait ravir les amateurs du genre.

Bénéficiant de la masterisation d’Alain Doucher (Motörhead, Mastodon) et du mixage du spécialiste du black metal Déhà, le long playing est scindé en 10 morceaux particulièrement saignants. L’électronique est davantage présente, mais elle n’est vraiment distincte que sur le morceau d’entrée, « Crash baby crash », un titre déstructuré, au vocal vindicatif, qui traite aussi bien de sexe que de religion… entre autres. Un morceau idéal pour clôturer un concert, soit dit en passant. Mais plusieurs pistes semblent hantées par les Young Gods. Le dévastateur « LSD for the holy man », par exemple. Enigmatique, lancinant, morbide même, « Suis-je un animal ? » en est un autre exemple. Chanté dans la langue de Molière, il plonge le mélomane dans un univers angoissant et hostile. On pourrait encore citer le climatique « Welcome tomorrow » ainsi que le métronomique, obsessionnel, presque tribal « Darkened dreams », même si ces deux titres adoptent des profils davantage indus. Echevelé, « I was a wreck » est sculpté dans le punk. Tout comme l’excellent titre final « She did it for lust », une plage qui lorgne manifestement vers les Stooges originels, même si en milieu de parcours, on a l’impression que le spectre d’Alice Cooper vient brouiller les pistes. Bien construit, « Gun in my hand » tisse un fil mélodique au sein d’un univers plutôt sauvage et qui sent la poudre. Tout comme « King Kong / Godzilla », au cours duquel des cordes tintinnabulantes voire chatoyantes viennent perturber… les plus violentes. Ou l’inverse ! Enfin les riffs de gratte découpent méthodiquement « Lost » dans le thrash metal, suivant une technique instituée par Metallica…

 

Wye Oak

The louder I call, the faster it runs

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En une décennie d’existence, Wye Oak n’a eu de cesse d’évoluer. Et tout au long de ce sixième opus, le duo de Baltimore le démontre une nouvelle fois. Réunissant le drummer Andy Stock et le chanteur/guitariste Jenn Wasmer, il pousse même encore plus loin ses expérimentations. Difficile d’ailleurs de croire qu’ils ne sont que deux pour concocter une musique aussi riche et créative.

A l’origine, le tandem privilégiait le folk ; mais au fil des albums, Jenn Wasmer s’est davantage intéressé à l’électricité, aux loops et aux claviers, lorgnant même parfois vers la dream-pop. « The louder I call, the faster it runs » intègre une nouvelle fois de nombreux éléments électroniques à un rock qu’on pourrait qualifier de luxuriant voire de complexe. Plusieurs écoutes sont nécessaires avant de pouvoir assimiler, puis apprécier le sens mélodique. L’instrumentation a atteint un niveau de perfection étonnant, les couches de guitare se superposant aux nappes de synthés. En outre, Jenn maîtrise parfaitement sa voix. Et si certaines plages, à l’instar du titre maître ou encore de « Symmetry » ont un impact direct, d’autres comme « It was not Natural » baignent au sein d’un climat plus paisible.

Vu le pouvoir novateur de Wye Oak, on est curieux de voir ce qu’il va nous réserver à l’avenir… 

 

Marcus Miller

Un concert de 105’ très pro et riche en émotions…

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Marcus Miller feat. Selah Sue

Compositeur, producteur et multi-instrumentiste (NDR : à la basse, il est vraiment génial !), Marcus Miller possède un CV impressionnant. Et ses collaborations sont innombrables. Il a ainsi bossé en compagnie d’artistes aussi prestigieux que Miles Davis, Eric Clapton, Aretha Franklin, Carlos Santana, Frank Sinatra, Elton John ou encore Michael Jackson.  

Pionnier tout-terrain de la basse électrique, ce musicien précoce (NDR : il est né en 1959) a connu les grandes heures du r&b et du funk dans les années 60 et est devenu le spécialiste du jazz fusion. Actif sur le circuit jazz depuis 1983, il est parvenu à développer un style nouveau, dynamique et créatif. Miller propose sa propre vision de la musique noire actuelle, avec pour influences principales le hip-hop, le trap, le r&b et bien sûr le gospel et la soul qui l’ont toujours inspiré. Sans pour autant négliger la pop et la world.

Dans l’esprit de Kendrik Lamar, il aime organiser des réunions de famille en faisant appel à des musiciens, le tout dans un esprit très décontracté, très « Laid Back ». C’est d’ailleurs le titre de son dernier elpee. Il a ainsi réservé une place de choix à la voix puissante, profonde, sans compromis, farouche et troublante de la nouvelle diva soul, Selah Sue. Et ce soir, elle a été invitée en featuring.

Pas de supporting act. Le concert est sold out depuis belle lurette. Marcus va nous proposer de très larges extraits de ce dernier opus (NDR : les 21ème en tenant compte des ‘live’ et des ‘best of’).

Le public applaudit et scande le nom de Marcus Miller. Il débarque enfin, chapeau noir rivé sur le crâne, souriant et accompagné de ses quatre musiciens, en l’occurrence le batteur Alex Bailey, le trompettiste Russel Gunn, le claviériste Bett Williams et le saxophoniste Alex Han, dont le premier LP a été produit par Miller himself. Le décor est dépouillé : pas de light show envahissant ; une estrade est prévue à gauche, pour le claviériste, et une à droite, pour le drummer.

Il salue la salle en français et en anglais et signale qu’il va interpréter deux chansons de son nouvel opus, soit « Untamed » et « Sublimity ‘Bunny’s Dream’ ». Tout au long de « Untamed » (NDR : 6’ quand même !), il étale toute sa technique au ‘slap’ sur son manche. Les deux cuivres s’avancent et dispensent des sonorités en sourdine, la boîte à rythmes est judicieusement intégrée, alors que le maître s’autorise quelques impros. Marcus se sert de trois basses différentes, et lorsqu’il joue celle à cinq cordes, il est véritablement sublime. D’un signe de la tête, il dirige son backing group.

Toute de noir vêtue, le ventre bien rond (NDR : elle est enceinte de 6 mois !), Selah Sue débarque avant d’attaquer la cover de Doris Day, « Que Sera », une chanson chargée de spleen, mais dont le parfum très 50’s semble émaner de la Nouvelle Orléans… Sa voix est langoureuse, frémissante, savoureusement surannée. Un moment fort du concert. Elle la pose également sur un thème dédié à Aretha Franklin, « Natural Woman ». Et caresse délicatement son ventre. Pendant le « Don’t Explain » de Billie Holliday, Marcus entame un long solo improvisé. Les musicos affichent une belle complicité tout au long du « Pusher Man » de Curtis Mayfield.

Marcus troque sa basse contre une clarinette basse pour interpréter « How Great Thou Art », un morceau dédié à deux membres de sa famille, décédés lors de l’enregistrement de l’album, ainsi qu’à ses ancêtres esclaves.   

Pour clore le set, il nous réserve une version très cuivrée de « Tutu », un titre qu’il avait écrit pour Miles Davis. Le trompettiste tire ici son épingle du jeu, avant que le saxophoniste ne vienne le rejoindre. D’ailleurs lors du show, ces deux musiciens s’autorisent régulièrement des duels…

Le public en veut encore. Le band revient sur les planches pour accorder deux reprises. D’abord le « Ain’t No Sunshine » de Bill Withers. Telle un caméléon, Selah Sue s’adapte parfaitement à la nouvelle mouture. Puis une adaptation hypervitaminée et rafraîchissante du « Come Together » des Beatles.

Un concert de 105’ très pro et riche en émotions…

Setlist : « Untamed », « Sublimity », « Trip Trap », « W/Selah », « Que Sera » (Doris Day cover), « Don’t Explain » (Billie Holliday cover), « Pusher Man » (Curtis Mayfield cover), « Natural Woman » (Aretha Franklin cover), « How Great Thou Art », « Tutu » (Miles Davis cover).

Rappel : « Ain’t No Sunshine » (Bill Withers cover), « Come Together » (The Beatles cover).

(Organisation : Greenhouse Talent)

 

Sinner's Day 2018 : samedi 1er décembre

Organisé depuis 2009, le Sinner’s Day est le festival limbourgeois qui met en exergue la fine fleur du mouvement punk/new wave. Cette année, la programmation rend également hommage aux précurseurs, qui ont sévi de la fin des sixties à la fin des seventies. Implanté jusqu'ici à Hasselt, le Sinner's Day a déménagé à Genk, dans le Limburghal, une salle plus petite que l'Ethias Arena. Un repli peut-être dû à la concurrence, sur le même créneau, du W-Festival, en pleine croissance… Ce dernier organise d'ailleurs ce même soir un concert de Peter Murphy au Vooruit, à Gand. Un conflit d'agenda fort regrettable! Qu'à cela ne tienne, quelque 4 500 fans, contre 7 000 il y a deux ans, se sont déplacés, bien décidés à enclencher la machine à nostalgie.

L'ensemble du programme du festival se déroule dans le grand hall, sur une seule grande scène, divisée en deux parties. Celle de droite est réservée aux formations internationales et celle de gauche, aux groupes belges. Pendant qu'un concert se déroule d’un côté, l'autre est occulté par un rideau noir pour permettre au combo suivant de s'installer. Un système astucieux et pratique mais qui limite quand même l'espace vital disponible pour chaque show.

Quand on débarque sur les lieux, Cabaret Voltaire vient d’entamer son set. Il est 16h05. Le groupe est, on le sait, devenu le 'one-man band' de Richard H. Kirk. Créé en 1973 et pionnier de la musique industrielle, à l’instar de Throbbing Gristle, le gang de Sheffield a marqué son époque grâce à des hits alternatifs comme « Nag Nag Nag » et, plus tard, « Just Fascination » et « Sensoria ». En live, Richard H. Kirk propose depuis plusieurs années un show qui ressemble plus à un spectacle audio-vidéo qu'à un concert. Debout derrière ses ordinateurs, à la façon d'un DJ/VJ, il contrôle une bande-son synchronisée à l’aide d’images abstraites. Ennuyeux, d'autant qu'il n'y a quasi aucun titre connu dans la setlist.

Sans aucune transition, Cocaine Piss embraie. Le band liégeois s’est forgé une solide réputation en dispensant un punk-noise violent et sans concession. La plupart de ses 'chansons' ne dépassent pas les 2 minutes. Sur l’estrade du Sinner's Day, la bande à Aurélie Poppins fait le show et comme d'habitude... il est très chaud…

Flashback de 40 ans en arrière (ou quasi), ensuite, pour (re-)découvrir Fischer-Z, le projet du 'lumineux' John Watts. Alternant les hits comme « So Long » ou « The Worker » et titres moins connus, l'Anglais démontre toute l'étendue de son inspiration, qui couvre la pop aux accents reggae, le post-punk et la new wave. Sa voix très haut perchée, ‘une voix de petit singe’, comme il se plaît à le rappeler, a quelque peu mué au fil du temps et elle nuit un peu à l'identification des morceaux. Mais la sympathie de l'artiste et l'intemporalité de « In England », « Battalions of Strangers » et surtout « Marliese », calée en fin de parcours, vont finir par conquérir les fans.

Après quelques minutes de répit, place à Funeral Dress. Formé en 1985, ce combo belge est adapte d'un punkcore ultrarapide et particulièrement 'heavy'. Arborant fièrement la crête, les musicos déversent un flot de décibels et leur enthousiasme est contagieux. Le public des premiers rangs connaît la plupart des paroles de leurs chansons, et notamment celles de « Party On ». Même la reprise du « Down Under » de Men At Work fait mouche. Belle ambiance !

On passe d'un gang à un autre, puisqu’il est l’heure de Gang of Four ! Originaire de Leeds, la Bande des Quatre a contribué à façonner les contours du post-punk en '78. De la formation originale, il ne subsiste plus qu'Andy Gill, le guitariste. Entouré de 3 jeunes substituts, il affiche la soixantaine grisonnante et fait penser à Jimmy Page voire Michael Caine. En compagnie du chanteur, il entretient un climat tendu, sur le fil du rasoir. Après une introduction vidéo dévoilant un rituel amérindien, il triture sa guitare et la frappe sur le sol pour en tirer des bruits stridents qui alimentent « I Love Anthrax », la flip side de « Damaged Goods », sorti il y a tout juste 40 ans ! Ce mélange unique et singulier de post punk et de funk blanc (NDR : cette basse !) est parfaitement identifiable, surtout tout au long de « Not Great Men ». A la section rythmique, les petits jeunes assurent un max. Etonnamment amorphe, le public réagit surtout sur « I Love A Man In Uniform » et « Damaged Goods ». Après « To Hell With Poverty », qui souligne le côté engagé du quatuor originel, le rappel permet enfin au chanteur de se défouler sur un four à micro-ondes installé sur le podium. Avec sa dégaine de petite frappe, il le défonce à l'aide d'une batte de baseball. Pas vraiment du meilleur goût. Bref, un show intense, malgré l'absence du hit pourtant incontournable « What We All Want »…

Le temps d'aller chercher une bière et Red Zebra prend place sur la moitié 'belge' du podium. Les chouchous du public flamand fêtent leurs 40 ans d’existence et se montrent plus forts que jamais. Leur punk-pop est toujours aussi énergique et communicatif, que ce soit à travers « Spit on the City » ou « Shadows of Doubt ». Lors de ce dernier morceau, Peter Slabbynck glisse son allusion habituelle à « This is not a love song », soulignant l'évidence filiation avec P.I.L. Et le hit « I can't live in a living room » constitue, bien entendu, le point focal de cette prestation. Mention spéciale également, à la reprise du sublime « Winning » de The Sound. 

Place maintenant à une légende absolue du rock : John Cale. A 76 ans, le musicien américain a tout inventé, surtout au sein du Velvet Underground, à la fin des années 60. Co-instigateur d'un art-rock sombre et expérimental, il a contribué à façonner tout un pan de la musique moderne, du (post-)punk à l'indie-rock. Lorsque le rideau se lève, c'est avec émotion que l'on découvre l'homme en noir, les cheveux gris lumineux et les yeux bleus tristes et profonds. Assis derrière son clavier Kurzweil, il est impressionnant de calme et de sérénité pendant « Hedda Gabler ». Tout au long de son set, il va alterner compositions expérimentales (« Fear Is A Man's Best Friend »), morceaux proto-(post-)punk (l'incroyable « Rosegarden Funeral of Sores ») et ballades poétiques déclamées façon 'spoken word' (« Helen of Troy »). En écoutant sa voix de crooner crépusculaire, on se rend compte de l'influence, phénoménale, qu'il a exercée sur des artistes comme Patti Smith, Scott Walker, Brian Ferry, David Byrne, Peter Murphy, Nick Cave, John Maus, et la liste est loin d’être exhaustive ! Le show manque un peu de pêche mais le public est fasciné, voire même hypnotisé. Evidemment, des reprises du Velvet sont prévues au programme : « Heroin », qui s'étend sur plus de 6 minutes et, en fin de set, « Waiting For The Man ». Datant de 1977, ce morceau a inspiré le « Heroes » de David Bowie. En rappel, Cale clôture par une séquence enchaînant « Gun », extrait de son album « Fear » (1974), et « Pablo Picasso», le titre composé par Jonathan Richman, des Modern Lovers, le tout interprété par le maître debout et à la guitare ! Un moment unique et inoubliable.

On passe de l'artiste le plus vieux au groupe le plus jeune du festival. Pour les 'locaux' que sont nos amis de Whispering Sons, ce concert est un peu comme un retour triomphal à la maison. Après deux années complètement folles, qui a vu la formation grimper au sommet tant en Belgique qu’à l’étranger, la bande à Fenne Kuppens peut savourer ce moment magique devant tous ses fans. ‘Come On, Fenne !’, crient ces derniers au moment où le concert commence, provoquant chez la chanteuse un sourire gêné. Comme à l'AB Club récemment, les 'Sons' vont aligner les titres de leur nouvel et excellent album « Image », entrecoupé de quelques incursions dans leur back catalogue. Un 'Home Run' réussi à tous points de vue, d'autant qu'ils ont joué l'extraordinaire « Waste », une tuerie absolue à la fin de laquelle, Fenne s'arrache littéralement les cordes vocales.

Dans le line up international, les organisateurs ont fait fort car à côté de John Cale, on a droit à MC-5, rebaptisé MC-50 pour des raisons de droits. Ce groupe américain est aussi considéré comme un des précurseurs du (post-)punk. La formation de Detroit (NDR : MC signifie Motor City) est emmenée aujourd'hui par un seul de ses fondateurs originaux, Wayne Kramer. Ce dernier est le premier à fouler les planches ce soir, sa guitare décorée en drapeau américain, en bandoulière. Il est soutenu par un véritable super-groupe, composé du guitariste de Soundgarden, Kim Thayil, du chanteur/bassiste de King's X, Dug Pinnick, du batteur de Fugazi, Brendan Canty, et de Marcus Durant, le chanteur de Zen Guerilla. Ce dernier ressemble à un Joey Ramone qui aurait forci. Et sa coiffure accentue cette impression. Lors de son set, MC-50 va aligner les classiques du rock garage avant la lettre tels que « Kick Out The Jams », « Ramblin' Rose » ou « Motor City Is Burning ». Tout comme celle des Stooges, sa musique a ouvert la voie au punk et le public ne se fait pas prier pour fêter le 50ème anniversaire de la formation.

Le point d'orgue du festival est bien choisi : Vive La Fête, le sympathique projet de Danny Mommens (ex-dEUS) et Els Pynoo, a l'art de clôturer en beauté. Formé en 1997, VLF est connu dans le monde entier grâce à sa pop electro-wave enjouée et irrésistible. Pour les festivaliers, les hits du groupe, que ce soit « Nuit Blanche », « La Vérité », « Maquillage » ou le nouveau « Toute la nuit », issu du nouvel LP, « Destination Amour », constituent les cerises sur le gâteau après un programme fort bien fourni. Tout le monde sourit, chante et danse. Le festival approche de son dénouement dans une ambiance ultra positive...

La note finale est apportée par une dernière légende vivante : Wolfgang Flür. Ce musicien allemand a milité chez Kraftwerk de 1973 à 1987, soit la période dorée des pionniers de la musique électronique. Percussionniste à l'origine, c'est lui qui a développé les batteries électroniques de la formation teutonne. Après son départ, il a embrassé une carrière solo, concrétisée, entre autres, par l'album « Eloquence ». Sur le podium, Herr Flür est planté derrière ses 2 ordinateurs Mac et nous réserve d'excellents 'reworks' de titres de Kraftwerk, tels que « Home Computer », « Neon Lights » ou « Pocket Calculator ». Mais également des compositions plus personnelles, pour lesquelles il a reçu le concours de différents musiciens, dont Bon Harris, le leader de Nitzer Ebb. Le show s'apparente davantage à un DJ set, agrémenté de vidéos et de photos de l'époque Kraftwerk ainsi que de films plus récents. Le public, moins nombreux à cette heure tardive, est conquis par ce ‘Flürilège’ de hits électros. A noter que Wolfgang Flür nous a confié en backstage avoir signé pour un nouvel album, dont la sortie est prévue pour l'année prochaine, qui sera à nouveau réalisé au travers de collaborations.

Au moment de tirer le bilan, on ne peut que féliciter les organisateurs pour l'excellente affiche et la logistique impeccable. On aurait bien entendu préféré voir davantage de groupes récents dans le line up mais, au regard de la moyenne d'âge des spectateurs, on peut comprendre la priorité accordée aux 'anciennes gloires'. On aurait également apprécié une offre plus étoffée en catering car la file devant l'unique frit kot était franchement rédhibitoire. Sans quoi, bravo à l'équipe !

En lever de rideau, les visiteurs déjà présents en début d'après-midi ont eu droit aux prestations de :

         O Veux : un groupe de punk/no-wave issu d'Hasselt qui a connu son heure de gloire dans les années '80 et a repris ses activités il y a peu au travers de rééditions mais aussi de nouvelles productions.

         Claw Boys Claw : un des groupes les plus importants de l'histoire du rock néerlandais. Fondé en 1983, il n’a connu qu’un seul grand succès en 1992 : "Rosie".

         Marcel Vanthilt : à 60 balais, Marcel a toujours l’âme d’un gosse de 18 ans. Figure de proue de la télévision flamande, il est aussi connu pour son travail au sein d'Arbeid Adelt! Aujourd'hui, l'icône belge est toujours là. La preuve : Vanthilt a enregistré son premier album solo cette année: « CA$HCA$H ». Au programme : une pop électronique aux accents eighties.

         De Brassers : eux aussi, des locaux ! Aux dires des personnes interrogées, ce sont eux qui ont gagné le prix de la meilleure ambiance dans la première partie du programme ! 

Pour regarder les photos de Wim Heirbaut, c'est ici

 

 

Interpol

Un peu trop sur rails…

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Pas grand monde à l’arrivée de votre serviteur devant les grilles de Forest National. Même à l’ouverture des portes la foule ne s’y bouscule pas. Interpol s’y produit, pourtant, ce soir. Il est venu défendre son dernier elpee, « Marauder », paru en septembre dernier. Un bon cru ! Pourtant, il y a de quoi être inquiet de l’affluence. 2 500 personnes sont attendues, alors que la salle peut en accueillir plus de 7 000. Mais en pénétrant au sein de FN, on se rend compte que les lieux ont été aménagés en conséquence. Les balcons du haut sont condamnés par d’immenses tentures noires. La fosse a été réduite des deux tiers. Le podium s’avance profondément dans la fosse. Et les premiers gradins se remplissent correctement. Une formule ‘club’ qui va se révéler intéressante, favorisant la proximité entre la foule et les artistes ; et puis elle va procurer un son de bonne qualité. Ce qui est plutôt rare dans cette salle.

Le supporting act est assuré par Nilüfer Yanya. D’origine turque d'origine turque, irlandaise et bajan, cette Londonienne figure dans la liste finale du ‘BBC Sound’, en 2018. En outre, elle a été invitée par Courtney Barnett pour jouer dans le cadre du denier ‘Sonic City’. 

Sur les planches, elle est soutenue par la multi-instrumentiste Jazzi Bobbi et le claviériste/bassiste, Luke Bower. Blonde, Jazzi se réserve de superbes envolées jazzyfiantes au saxophone. Graveleux, soul groovy, le timbre de voix de Nilüfer est savoureux. Tour à tour, on pense à la regrettée Amy Winehouse, Sade voire Janelle Manaë. Evidemment, les racines moyen-orientales de Mrs Yany filtrent à travers sa musique. Et tout particulièrement sur la reprise du « Hey » des Pixies. Elle nous réserve, son nouveau single, le touchant « Heavyweight Champion of the Year », en primeur. Elle se produira dans le cadre de l’édition 2019 des Nuits Botanique, le 29 avril.  

Place ensuite à la tête d’affiche, Interpol. Du line up initial, il ne reste plus que Paul Banks (voix, guitare rythmique) et Daniel Kessler (guitare, chœurs). On pourrait presque ajouter Sam Fogarino (drums), présent depuis l’an 2000. Sur les planches, Ils sont soutenus par Brandon Curtis (claviers, chœurs) et Brad Truax (basse). A son actif, six opus studio. La set list va privilégier le dernier, « Marauder », ainsi que les deux premiers, 2002 : « Turn on the Bright Lights » et « Antics », le troisième, « One love too », ne livrant que deux titres.

Surmontés d’énormes spots, dix gigantesques tubes leds verticaux entourent les artistes. Trois boules à facettes sont disposées à des hauteurs différentes, et elles vont refléter les faisceaux lasers dans la fosse.  

« Pionneer To The Falls » ouvre le set. Les artistes sont bien alignés mais adoptent une posture plutôt statique. La voix de Banks –peu interactif, par ailleurs– et l’instrumentation respectent un parfait équilibre, reflétant une belle homogénéité au sein du groupe. Et si les claviers s’immiscent insidieusement dans l’ensemble, c’est quand même les percus, tribales et énergiques de Sam Fogarino, qui s’imposent tout au long de « C’Mere », et de briller par ses interventions de caisse claire sur « Stay In Touch ». De temps à autre, les spectres de Joy Division et des Chameleons se mettent à rôder, mais également ceux de Kraftwerk, à cause des sonorités électroniques, qu’on pourrait qualifier de métronomiques. Les titres se succèdent sans la moindre surprise. Section rythmique imparable, cordes de gratte incisives, voix bien timbrée, mais sans grande passion : c’est irréprochable, mais un peu trop sur rails. Y compris lors d’un rappel, réservant à l’auditoire, trois compos…

Setlist : « Pionneer To The Falls », « C’Mere », «  If You Really Love Nothing », « Public Pervert », « Roland », « Complications », « Say Hello To The Angels », « NYC », « The Rover », « Rest My Chemistry », « NYSMAW », « Stay In Touch », « All The Rage Back Home », « The New », « Flight of Fancy », « Slow Hands ».

Rappel : « Lights », « Evil », « Obstacle 1 »

(Organisation : Live Nation)

La Jungle

Une course-poursuite entre musique et physique

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La Jungle est de sortie, ce soir, au Salon de Silly, dans le cadre des Nuits Plasma. En tournée, le duo revient de Dijon pour assurer une des dernières dates de l’année 2018. Pas trop le temps de réaliser des balances parfaites. No prob, ces pros sont capables de les régler dès les premières minutes du set. Qui va se dérouler au sein du bistrot, en formule club. Et il y a du peuple pour accueillir la paire montoise…

Screaming Use Of Bass assure le supporting act, un quatuor atypique impliquant deux bassistes, dont Joris Oster (Yel, Organic, Silver Riot) et Michaël Colart, mais également le chanteur Jairo Alvarez Garcia et le drummer Olivier Justin (Organic,Yel).

« Just Shine » ouvre les hostilités. Et, bien évidemment, c’est la combinaison entre les deux basses qui forge la singularité de l’expression sonore. L’une libère des sonorités distinctes, incisives et mécaniques ; et l’autre, caoutchouteuses. Saccadé, le tempo finit par envoûter. La voix est limpide, atmosphérique ou enflammée. Et la musique navigue quelque part entre cold wave, rock, indus, post punk, psyché, stoner, électro et prog. Parfois, le spectre d’Archive se met à planer. Mais également, et sans trop savoir pourquoi, celui de Pearl Jam. Le groupe n’en oublie pas « Agora », son single percutant. « Plastic Dream » met en exergue des percussions paradoxalement sauvages ou métronomiques. A limite de la saturation, une des basses claque littéralement, tout au long de « Perfect Profile ». La formation a prévu de graver un album en 2019. Mais si vous souhaitez en connaître davantage sur ce combo, cliquez ici.

Setlist : « Just Shine », « Emergencia », « Breackdown », « Cinnamon Light », « Perfect Profile », « Sliding Doors », « Plastic Dream », « Agora », « Utopia ».

Mathieu Flasse et Rémy Venant appliquent la fameuse équation ‘1 + 1 = 3’ à leur math/kraut/noisy/funk rock transique et débridé. Une six cordes, un casio et un kit de batterie : après deux breaks et trois accords, ils font déjà péter le mercure, alors que les yeux s’irritent de sueur. Au sein de cette jungle équatoriale, peuplée de bêtes sauvages, dangereuses et venimeuses, la température devient rapidement torride et humide.

Structurées en crescendo, parfois même s’ébrouant sur un tempo lent, les compos giclent de riffs métalliques, d’éclats de noise, alors que les assauts de toms et cymbales sont guidés par les oscillations du stroboscope. Les loops sont créés en ‘live’, à partir de la guitare ou de la voix. Rien n’est préenregistré, et pourtant le résultat est rigoureux. Un peu dans l’esprit de Métroland voire de Kraftwerk. Et des morceaux comme « Hahehiho », « Ape In A Python » ou « Thylacine » en sont de parfaites illustrations. Un concert de La Jungle est considéré comme une expérience unique à découvrir. L’énergie est omniprésente. On a l’impression d’assister à une course-poursuite entre musique et physique. A l’issue du show, les t-shirts des musicos sont trempés de sueur, comme s’ils sortaient de la machine à laver, sans avoir été essorés…

(Organisation : Silly Concerts ASBL)

Mélanie Isaac

La voix est le pilier central de mon travail...

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Originaire des Ardennes belges et aujourd'hui établie à Bruxelles, Mélanie Isaac vient de sortir un Ep intitulé « L'Inachevée », un disque qui constitue clairement une des révélations de la rentrée. Enregistré entre Bruxelles, Manchester et Gand, il recèle une pop mélancolique chantée en français au sein d’une atmosphère hypnotique, voluptueuse, carrément sensuelle qui flotte quelque part entre Barbara, Radiohead, Fishbach, Françoise Hardy, Mélanie de Biaso et Dominique A. Le son est ample et d'une impressionnante clarté et reflète un univers rétro futuriste, moderne et en même temps délicieusement 'vintage'.

Nous avons rencontré l'artiste dans le quartier de Saint-Gilles, où elle a élu domicile. Passionnée de photographie, Mélanie a immédiatement accepté quand nous lui avons proposé de choisir des photos ou des images pour illustrer les différents thèmes abordés lors de l'entretien…

 

© Raphaël Lugassy

Mélanie, à l’écoute de ton nouvel album, on est frappé par son côté très électronique, très pointu, par moments même expérimental, un peu à la façon de The Knife.

Je suis contente que tu dises ça, car j'aime beaucoup The Knife.

Certains sons sont alternatifs, à la limite… agressifs...

Incisifs ?

Oui, avec du mordant.

James Doviak

C'est James Doviak, un musicien/producteur issu de Manchester, qui s’est chargé des arrangements.

Comment es-tu entrée en contact avec lui ?

C'est Marc Watthieu qui a co-écrit « Jamais Sans Raison » et a eu la brillante idée de lui envoyer les démos. Quand j'ai reçu les premières chansons qu'il avait retravaillées, je me suis dit : 'wow !' Enfin quelqu'un qui a compris ce que je cherche ; à savoir des sonorités plus froides, plus nocturnes...

D'une manière générale, on est vraiment impressionné par ces arrangements mais aussi le son…

James est un véritable passionné. Par exemple, pour « Comme des Loups », il a accumulé une centaine de pistes. Il travaille le son par couches, par textures. Quand il parle d’un titre, il utilise le mot ‘drama’.

Et le résultat est étonnant. La voix, également, sonne très bien : elle est posée, très claire et voluptueuse...

Oui, la voix est le pilier central de mon travail. J’ai travaillé avec une 'coach vocale' issue de la culture classique, même si ce n’est pas dans cette direction que je chante mes chansons. Ce qui m’a permis d’asseoir mon geste vocal. Dans mon processus d’apprentissage, j’ai d'abord cherché à maîtriser des extrêmes, même si finalement, dans mon interprétation, je suis en fait proche d’une voix ‘parlée’, proche de l’oreille, de l’auditeur.

Il émane également beaucoup de douceur de ta voix...

Oui, disons que j’ai cherché dans la voix, quelque chose qui console.

Tu est issue des Ardennes et tu y es d'ailleurs retournée il y a peu pour accorder un concert. Un moment étrange, non ?

C’était bien sûr un peu émouvant. Croiser des gens que je n’avais pas vus depuis des années… Cette région demeure toujours quelque part en moi. Il y a cette image mentale, qui me définit, comme une forêt brumeuse…

Tu aimerais disposer d’une maison en pleine nature ?

Plutôt un chalet ou une cabane, ce serait génial. François Pirot, qui a réalisé le clip de « Comme des Loups », possède un vieux wagon qu'il a arrangé pour le transformer en chalet, au plein milieu d'une réserve naturelle : c'est magnifique. Ce qui me manque le plus depuis que je suis en ville, c'est de faire de la musique en étant sûre que personne ne puisse m'entendre. Et d'avoir un horizon devant moi, dans lequel je puisse me projeter pour créer.

Je crois que le côté visuel est très important dans ta démarche créative?

Oui, la photo est mon autre passion, à côté de la musique. Pour chaque chanson, je crée un 'mood board', un collage de photos destiné à visualiser l'ambiance, les couleurs, l’atmosphère. Au-dessus, on voit une partie du ‘mood board’ de « Qui Es-Tu ? ». Avec James, cela nous a permis aussi de communiquer. Lui m’a raconté qu’il y avait toujours des films qui tournaient silencieusement sur son écran quand il est dans son studio.

Je propose que tu choisisses une image par chanson et que tu y ajoutes un petit commentaire ?

 

Comme des Loups

Sans surprise, c'est une image des Ardennes, une dia réalisée par mon père que j’ai digitalisée il y a quelques années. La forêt, la terre, la brume, la pluie, toutes ces choses vivifiantes... Ces paysages sont ancrés dans mon esprit. Et dans la chanson, c'est une personne qui ne parle pas nécessairement à quelqu'un, elle peut être seule, dans un moment d'introspection, en pleine nature. Elle contemple avec tendresse le souvenir de quelque chose qui vient du passé.

 

Jamais Sans Raison

© Christophe Jacrot

C'est une photo de Christophe Jacrot, un photographe parisien, dont la spécialité est de photographier les intempéries. Cette photo a été prise lors d’une tempête de neige en plein coeur de New York. J’ai eu la chance d’être présente lors de la prise de vue. Une tempête vécue en hauteur. L’ensemble du ‘mood board’ illustre un côté urbain, des lumières froides et contrastées, des errances nocturnes, des rencontres fortuites...

 

L'Inachevée

© Austin Hargrave

C'est une photo de Cat Power réalisée par Austin Hargrave, qui date de 2012. C'est le thème de l'eau, de la vague, qui correspond bien à la chanson. Cat Power y apparaît désabusée. Elle fume sa clope. Et la chanson dit: 'Promets-moi de ne rien te promettre...'  Au départ, je voulais une photo dans ce genre-là, comme cover pour l’Ep. Lors de la session photo, on a produit une image comparable, où je suis dans l'eau, mais finalement, c'est la photo où on me voit de dos qui a été retenue.

C'est un bon choix. Plus mystérieux, anti-selfie, un peu comme la cover de « Born in the USA », de Bruce Springsteen ou l'image de Leonard Cohen, qui est de dos, en regardant la mer, au début de « First We Take Manhattan »...

 

Désabusée

Pour la chanson « Désabusée », on retrouve plus de couleurs rouges, avec un côté chevaleresque. Ca parle du don, mais surtout du contre-don. 'Prends ce que tu veux de moi, mais si et seulement si cela te satisfait....' C'est généreux et en même temps, égocentré.

 

Qui Es-Tu ?

© Ben Zank

C'est une photo de Ben Zank, un photographe américain basé à New York, qui travaille beaucoup avec des silhouettes au visage caché. Elle correspond bien à 'Qui es-tu ?', tout en sachant que l'interprète se parle peut-être à elle-même quand elle pose cette question. La composition de l'image est léchée, très géométrique, un peu comme la musique.

Tu as récemment présenté ton Ep au Botanique, sur la scène de la Rotonde. Quels sont les musiciens qui t'accompagnaient lors de ce concert ?

Il y avait tout d'abord Yannick Dupont à la basse et au Moog. Yannick est un musicien polyvalent et expérimenté qui a déjà travaillé avec Antoine Chance, Jawhar, et qui est dans le label Les Disques du Condor. Ensuite, il y avait Brice Ninck aux claviers et Arthur Lonneux à la batterie.

Sans oublier notre ami commun, Guy Tournay, au son !

Bien sûr ! Guy est quelqu’un de cher à mes yeux. On s'est rencontrés il y a longtemps, même avant 2012. On partageait un local de répétition du côté d'Yser. Il a toujours été une oreille précieuse au cours du processus de création, des premières démos au mixage, une personne ressource pour prendre le recul sur l’avancement de la production. Il connaît les titres comme personne, c’est tout naturellement que je suis heureuse et confiante de le savoir derrière la table de mixe pendant les concerts. Et je n'oublie pas non plus les lumières, confiées à Charlotte Plissart.

Pour regarder les vidéos:

« Comme Des Loups » ici
« Jamais Sans raison » là 

L'album est disponible en format CD sur les différentes plates-formes :

Bandcamp : https://melanieisaacmusic.bandcamp.com/album/linachev-e-ep

Mélanie Isaac sur Facebook: https://www.facebook.com/melanieisaacmusic/

Portrait de Mélanie Isaac par Raphaël Lugassy : http://raphael-lugassy.com/

Angèle

Prête pour les grandes scènes…

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La tournée d’automne d’Angèle va pratiquement se dérouler à guichets fermés, à l’instar de ses deux concerts programmés à l’Ancienne Belgique. Si bien que de nouvelles dates ont été ajoutées pour 2019, dont le Palais 12, le 19 novembre, et le Lotto Arena, le 10 novembre.

De l’anglais au français, de la pop au r’n’b, Angèle est parvenue progressivement à imposer son style volontiers décalé. Y compris dans l’Hexagone, où elle va d’ailleurs se produire l’an prochain. Angèle n’est autre que la sœur de Romeo Elvis, la fille de Marka et de Laurence Bibot. Cependant, à 22 ans, elle n’a pas besoin de ce lien filial pour réussir et se forger un prénom. Elle s’en détache même. Joyeuse, joueuse, désinvolte (un peu), la Bruxelloise prend par exemple de haut la « Loi De Murphy » une chanson co-écrite avec Veence Hanao et Matthew Irons, qui a atteint plus de seize millions de vues sur la toile. Et ses deux singles suivants, « Je Veux Tes Yeux », puis « La Thune », marchent allègrement sur les traces du premier tube. Musicalement, elle tire aussi bien parti de la pop, de l’électro que du hip hop, parfois du jazz, une forme d’éclectisme dont s’inspirent de nombreux artistes contemporains.   

Salomé Dos Santos assure le supporting act. Alias Blu Samu, cette compositrice-interprète belgo-portugaise est originaire d’Anvers, mais relève de la scène hip-hop bruxelloise. Elle vit auprès de ses potes du 77 et se produit à travers le pays, en compagnie de Zwangere Guy. Mais depuis la sortie de son Ep « Blue », en 2015, elle a séduit de nouveaux adeptes grâce à son mélange intuitif de hip-hop et de soul. Tout de go, elle annonce qu’elle doit mettre le feu ; et flanquée d’une djette, elle va entretenir une belle ambiance dans la fosse. Elle prépare l’enregistrement d’un premier elpee…

Deux estrades sont disposées sur le podium. Celle de gauche est destinée au drummer, et de droite au préposé aux synthétiseurs et machines. Plus de bassiste. Un synthé de couleur rouge sur roulettes est réservé à Angèle (NDR : ce qui lui permettra de le déplacer sur les planches). Alors que le light show inonde la scène, les musicos débarquent. On devine également la présence de deux yeux projetés sur une toile de fond. On entend la voix samplée d’Angèle. Le regard est maintenant bien visible, alors que l’artiste déboule, armée d’une immense mitraillette en plastique de teinte bleue. Elle dépose le jouet sur l’estrade. Elle est vêtue d’un pantalon rouge, un pull en treillis militaire et est coiffée d’un béret. L’auditoire lui réserve de longs applaudissements.

Le set s’ouvre par « La Thune ». Elle bondit d’avant en arrière, sur un rythme de reggae, tout en invitant la fosse à jumper. Ses deux musicos assurent les chœurs. Tout en chantant, elle tâte du MPD, placé à sa droite et salue le public. Elle vient se planter derrière son clavier et attaque l’engagé « Balance Ton Quoi » Le public s’emballe. Elle calme le jeu et signale que c’est elle qui chante. Elle ajoute qu’une petite chatte doit traverser l’œil et si elle va trop vite, elle risque de se casser la figure. La Bruxelloise reprend tout à zéro et lorsque le public est en effervescence, elle exécute quelques pas de danse, alors que le jeu de lumières nous en met plein la vue. Lors du plus paisible « Les Matins », elle se sert de son fameux clavier rouge sur roulettes. La foule reprend en chœur le refrain de « Jalousie », un autre titre au cours duquel le light show est à nouveau éblouissant.      

Angèle est modeste, humble, à taille humaine. Elle a la tête bien sur les épaules, mais c’est indéniable, sur les planches, c’est une fille sensible qui vit ses chansons et son écriture. Tout au long de « T’es Beau », la cover de Pauline Croze, les premiers rangs lèvent les bras et les balancent de droite à gauche, alors que smartphones illuminent la salle. « La Loi de Murphy » déclenche un fol enthousiasme dans la fosse ; un morceau au cours duquel l’interactivité entre Angèle et le public est à son comble. Il connaît parfaitement le refrain et le reprend en chœur. En se produisant dans la capitale de l’Europe, elle ne pouvait négliger « Bruxelles ». Et puis, c’est chez elle. Enfin, pour clore le spectacle en beauté, son frangin, Romeo Elvis, la rejoint pour interpréter « Tout Oublier ».  

Mais Angèle va nous accorder un rappel de trois chansons. Elle revient donc sur le podium, après avoir enfilé un froc scintillant. Au cours de « Ta Reine », elle remercie son public, ses musicos, son manager et sa famille. Et après « Flou », elle conclut ce concert par l’inévitable « Je Veux Tes yeux »…

Manifestement, le nouveau show d’Angèle a été imaginé pour les grandes scènes. En outre, ce soir, elle a conquis un public intergénérationnel…

Setlist : « La Thune », « Balance Ton Quoi », « Les matins », « Victime Des réseaux », « Jalousie », « T’es Beau » (Pauline Croze cover), « La Loi de Murphy », « Bruxelles » (Dick Annegarn Cover), « Nombreux », « Flemme », « Tout Oublier » avec Roméo Elvis.

Rappel : « Ta reine », « Flou », « Je veux tes Yeux ».

(Organisation : Live Nation)

 

 

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