Claud et la musique

Claud sortira son troisième opus studio, « Me and the Music », ce 23 octobre 2026. Ce long playing succède à Supermodels paru en 2023. Pour accompagner cette annonce, il a partagé le single « She Doesn't Love Me », sous forme de clip (et il est disponible…

Tommigun fait de vieux os…

Les vétérans belges de l'indie pop signent un retour marquant. Dix ans après la parution de Wooden Son, Tommigun rompt un long silence et dévoile « Heavy Bones ». Ce morceau inaugure un nouvel elpee éponyme, dont la sortie se profile pour le 20 novembre 2026…

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Angaleena Presley

Wrangled

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Il n’existe aucun lien familial entre Angaleena et Elvis. Originaire du Kentucky, cette chanteuse/compositrice est âgée de 40 ans. Son créneau ? La country ! Depuis 2000, elle est citoyenne de Nashville, la Music City, reconnue comme capitale de ce style musical. Elle y a milité au sein de The Pistol Annies, en compagnie d’Ashley Monroe et de Miranda Lambert, un trio féminin qui a récolté un succès certain à l’époque. En 2015, elle publie son premier opus solo, "American Middle Class", sous la houlette de son époux, Jordan Powell. "Wrangled" constitue donc son second elpee. Un disque qui réunit douze compositions. Oscillant entre sonorités modernes et surannées, elles baignent au sein d’une forme d’americana, largement teintée de country et parfois parfumée de blues.

"Creams don't come tru" ouvre la plaque, une ballade country harmonieuse, signée par les Pistol Annies. Fluette, la voix de Mrs Presley est soulignée par les interventions réverbérées de la pedal steel. La voix accroche facilement tout au long du plus pop "High school", une compo old school, réminiscente des juke-boxes qui ont bercé les années 50. Le long playing nous réserve plusieurs ballades country pour cow-boy. A l’instar d’"Only blood", une piste empreinte de charme. De "Wrangled", une chanson tendre, légèrement soul, qui agrège cordes acoustiques et électriques. Ou encore du savoureux latino pop "Outlaw". Paradoxalement, "Country" est imprimé sur un tempo dynamique, particulièrement rock'n'roll. Mais si les polyphonies vocales sont judicieuses, la parenthèse rap passe moins bien la rampe. Le long playing recèle donc également l’une ou l’autre titre blues. Dont le nerveux "Mama I tried", au cours duquel les percussions sont bien à l'avant-plan, alors que bien amplifiée, la gratte s’intègre parfaitement à l’ensemble. Puis "Good girl down". Amorcée par des accès de basse acoustique et chargée de swing, cette solide plage se distingue par ses percus judicieuses et ses cordes amplifiées. Angaleena interprète aussi l'émouvant "Cheer up little darling", une chanson signée Guy Clark, célèbre chanteur texan de country disparu en 2016. Après une intro hispanisante, une mandoline soutient la voix posée de Miss Presley. Cocktail vivifiant de hillbilly et gospel, "Motel Bible" clôt cet opus. Une composition de country swing lancé au galop et qui met bien en exergue la pedal steel.

 

Jason Ricci

Approved by snakes

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Jason Ricci est considéré comme l'un des harmonicistes contemporains les plus doués encore en vie. Agé aujourd’hui de 43 ans, il a déjà séduit plusieurs générations de mélomanes passionnés par son instrument. Originaire de Portland, dans le Maine, il s’établit à Memphis, en 1995, où il opère officiellement ses débuts et publie un premier LP éponyme. En 2002, il monte sa propre formation, Jason Ricci & New Blood. Le band publie alors deux elpees pour le label californien, Eclecto Groove. En 2011, Jason met le cap sur la Nouvelle-Orléans. Ce qui lui permet d’expérimenter un mélange de blues, jazz et funk. En 2015, il recrute un nouveau backing group, The Bad Kind. Et deux ans plus tard, il signe chez Ellersoul, une écurie dynamique basée à Washington. Il y grave alors un premier opus, "Approved by Snakes". Le line up de son nouveau combo implique des musicos locaux chevronnés ; en l’occurrence, le guitariste John Lisi (NDR : ce spécialiste du Delta Funk a notamment apporté son concours à Dr John, Cyril Neville et Bryan Lee), le bassiste Andy Kurz, le second gratteur Sam Hotchkiss, et le drummer Adam Beaumol. Tout au long des 80’ de ce long playing, Ricci ne fait pas dans la demi-mesure. Les plages sont longues. En outre, ses lyrics traitent des divers problèmes qui rongent l'artiste : addiction aux drogues, sexualité perturbée ou encore expériences sociales diverses.

La basse cède rapidement le relais à l'harmonica pour amorcer "My true love is a dope whore" (Trad. : Ma vraie passion est une p***** de drogue). Le climat est étrange. La voix est déclamatoire. De cris participatifs traversent l’espace sonore. Les guitares dispensent une succession de sons secs et tranchants avant que de vifs échanges entre l’harmo de Jason et les cordes de Hotchkiss interviennent. Funky/blues, "Something just arrived" est une jam techniquement impressionnante. Les interventions à l’harmo sont à la fois bouleversantes et novatrices. "Demon lover" démarre très lentement. Susurrée, la voix pénètre progressivement au sein d’une atmosphère dépouillée d’où émergent les cordes réverbérées et des accès de basse souples. La voix véhicule un sentiment de mal-être et même d'épouvante. L’intensité monte graduellement jusqu'au moment provoqué par l'envol de l'harmonica. Plage la plus courte, "My mom's gonna yell at you" est aussi celle qui manifeste l’impact le plus direct. Particulièrement rythmée, elle est interprétée en chœur et se distingue par ses sonorités de guitare rock diablement efficaces. "My broken toy" constitue une fameuse tranche de vécu pour Jason, un blues lent presque classique au cours duquel Lisi nous réserve un envol remarquable et bouleversant, sur ses cordes. Dans la foulée, l’implacable "I fink you freaky" se convertit au rap, grâce à la collaboration de la formation sud-africaine Die Antwoords. "Listen here" est la plus longue plage du long playing. Signée par le saxophoniste de jazz Eddie Harris, cette jam adopte un format jazz/funk afin de mettre en exergue le talent des différents musicos : le bassiste, les guitaristes, le drummer et l’harmoniciste. Autre cover, "Terrors of nightlife" est issu de la plume de Dax Riggs, le vocaliste du groupe de death metal Acid Bath. La version est superbe. Torturée, envoûtante, soutenue par celle de Jenny Langer, alias Black Betty, la voix du leader force le respect, alors que les cordes de Hotchkiss se chargent d’une belle intensité et d’une dose d’émotion rare. John Lisi brille encore aux cordes tout au long du funky blues exotique, "Got cleaned up". Du funk et du blues qu’on retrouve sur "I'm too strong for you". Un album vraiment original !

 

Agnostic Front

Un esprit de famille, mieux même : un mouvement…

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Célébrant modestement ses trente-cinq printemps, Agnostic Front est parti en tournée à travers toute l’Europe. La règle est simple : un concert tous les soirs, pendant un peu plus d’un mois, afin de fêter en famille cette date anniversaire. L’occasion ne pouvait être mieux choisie pour rencontrer Roger Miret, le vocaliste du groupe, un des pionniers du mouvement Punk Hardcore new-yorkais, du début des années ’80.

Deux heures avant le démarrage des festivités, les alentours du Reflektor sont encore calmes. Un homme lave les vitres de la façade de la salle de concert liégeoise. En y pénétrant, votre serviteur tombe nez à nez avec Mike Gallo, le guitariste du groupe d’Agnostic Front. Je lui signifie avoir fixé un rendez-vous à Roger. Il me demande de le suivre. On traverse la salle de concert. Sur la scène, Wendy’s Surrender, une de premières parties de la soirée, effectue son soundcheck. Dédalle d’escalier. ‘Rogeeeeer, Rogeeeer’, s’égosille le musicien. On finit par tomber sur le reste du band, en discussion dans une petite salle. Le vocaliste me fait signe qu’il arrive. L’entretien se déroulera dans la pièce voisine.

Vous vous produisiez hier au Hellfest festival, en France. Comment s’est passé le show ?

C’était très bien… fantastique même ! On commence un peu à être habitués au Hellfest, c’est la troisième ou quatrième fois que nous nous y produisons… Et cette fois-ci, le show a même été retransmis par une chaîne nationale française ! (NDR : en l’occurrence Arte Concert, qui les diffuse en direct sur Internet)

Revenons un peu en arrière… En 2015, vous avez publié « The American Dream Died », votre onzième elpee studio. Rien de neuf à l’horizon ?

Oui mais nous n’en sommes qu’au début. On a profité de cette tournée pour commencer à travailler sur quelques nouveaux morceaux … On espère sortir ensuite un nouvel album. Ce sera pour l’année prochaine. Mais bon, pour atteindre cet objectif, il va falloir qu’on se magne afin de compléter le répertoire. C’est encore tout frais et donc je ne peux encore t’en dire beaucoup plus… Mais les textes seront de la même veine que ceux écrits par le passé. Nous y aborderons certains problèmes sociaux et politiques et nous ne manquerons pas de s’attaquer à cette pression que nous met sans cesse le gouvernement des Etats-Unis. Enfin, quand je dis ‘nous’, je parle des citoyens américains au sens large du terme...

En effet, les lyrics de « The American Dream Died » sont toujours autant d’actualité, même deux ans plus tard…

C’est sûr… malheureusement… Regarde comment fonctionnent les States aujourd’hui ! Tout ce qui s’y passe, tu peux le retrouver de manière plus ou moins implicite dans les paroles des compos !

Sur une des plages de cet LP, tu avoues que le vieux New York te manque. Une raison ? Quelle est donc cette image que tu gardes de cette ancienne City ?

Il s’agit du New York que j’ai connu quand j’étais jeune et qui n’existe plus aujourd’hui. Elle a célébré mes jours de gloire. C’était une ville dangereuse et imprévisible. Un endroit spécial, atypique et unique, qui a permis la naissance du Hardcore Punk. En compagnie des artistes et musiciens qui y vivaient à ce moment là, on formait une sorte de collectivité prospère. Ce mode de vie entre nous, en communauté réduite et soudée, c’est vraiment quelque chose qui me manque. Aujourd’hui, plus personne ne se connaît ! Et ce n’est évidemment pas spécifique à New York ; c’est pareil dans tous les Etats. Plus personne ne se parle, plus personne ne prend soin de l’autre. Les gens se contentent d’y vivre leur vie, point/barre.

A la fin du mois d’août sortira ton livre, « My Riot ». Qu’est-ce qui t’a motivé à rédiger cet ouvrage ? Estimais-tu être arrivé à un moment de ta vie où il te semblait nécessaire de relater par écrit ce que tu as vécu ?

Si je me souviens bien, j’ai commencé à écrire ce bouquin en 1999. J’ai ensuite perdu tout ce que j’avais sauvegardé… à deux reprises ! Tout d’abord lors du désastre du World Trade Center, en 2001, puis un peu plus tard… tout simplement en perdant mon disque dur portable… J’ai ensuite finalement rencontré Jon (NDR : Wiederhorn, journaliste musical réputé dans le milieu), qui était très emballé par ce projet. Au départ, je voulais tout rédiger en personne. Mais il a fallu se rendre à l’évidence : je n’y serais jamais parvenu, faute de temps. Entre mes enfants, mes groupes et ma vie de musicien, il était vraiment impossible de tout concilier ! (Roger marque un temps de pause). En prenant un peu de recul, je pense qu’il devrait toucher toute personne qui s’intéresse à nous. Il ne se consacrera pas uniquement à Roger Miret et à la relation le reliant à Agnostic Front, mais aussi à l’immigré cubain qui a débarqué aux Etats-Unis. Il aborde tous les combats que j’ai dû mener avant de pouvoir lancer cette formation, mais aussi ceux que j’ai éprouvés en prison. Au final, toutes ces expériences m’ont bonifiées et permis d’apprendre de mes erreurs. Tu peux en commettre, c’est sûr. Mais tu dois toujours en tirer un enseignement. Cet ouvrage débute par un des pires moments de ma vie pour finalement en arriver au meilleur. Si on veut faire court, on y retrouve en fait quatre histoires : celle de l’immigré cubain débarquant en Amérique, celle d’Agnostic Front, la perte de temps relative à mon incarcération et, finalement, la sortie des enfers et le retour à ce que je vis aujourd’hui, les moments les plus formidables de mon existence !

En parcourant ta discographie, j’ai été intrigué par le livret accompagnant l’elpee « Riot, Riot, Upstart ». On y apprend ainsi que le Hardcore Punk serait un mouvement et non deux styles de musique distincts. Peux-tu nous éclaire à ce sujet ?

Pour nous, il a en effet toujours été très clair qu’Agnostic Front s’inscrit dans un mouvement qui dépasse simplement la notion de musique. Quand Vinnie (NDR : Stigma, guitariste fondateur de la formation) a choisi le terme de ‘Front’, c’était dans l’esprit d’un mouvement, au-delà de la notion de groupe, de celle de la musique. C’est devenu pour nous une histoire de cœur qui a donné un sens à notre vie.

Ce qui explique peut-être pourquoi le groupe existe aujourd’hui depuis près de quarante ans. Te souviens-tu de ce moment où Adam Mucci et Ray Beez t’ont demandé de rallier le combo, alors que tu sortais juste de chez le barbier ?

Bien sûr que je m’en souviens ! Je m’apprêtais justement  à assister à un concert dans le coin. Je me rappelle précisément du moment où ils m’ont approché pour me proposer de chanter avec eux. J’ai tout d’abord été sous le coup de l’émotion. Je ne comprenais pas très bien pourquoi ils me demandaient de les rejoindre, alors que la dernière fois que je les avais vus, Jimmy The Russian était encore leur vocaliste. Et puis… je n’étais pas du tout chanteur ! Je me consacrais alors à la basse. Mais bon, ma copine à l’époque m’a convaincu d’accepter… Et puis voila, c’est devenu ce que c’est aujourd’hui !

Dans le livre « New-York Hardcore 1980-1990 », Vinnie Stigma déclare : j’ai imaginé le groupe et son concept, Roger en fait un business. Votre mode de fonctionnement est-il toujours pareil ?

Oui, c’est plus ou moins toujours le cas, en effet ! Vinnie est un artiste. C’est un peu la mascotte du groupe. Notre entente est parfaite. Rien ne peut la perturber. Tu sais… il a davantage de liens avec ma famille que quiconque. Vinnie n’a pas de frères, de sœurs, ni même de parents…. Sa véritable famille, ce sont ma mère et mes frères. Il en fait partie intégrante. Après avoir incorporé Agnostic Front, je me souviens avoir rencontré Vinnie et m’être rendu compte qu’un beau challenge se présentait devant moi. Il fallait alors mettre un dispositif en place pour qu’il fonctionne. Et puis, on a assez rapidement réalisé notre premier Ep, « United Blood, puis notre premier album, « Victim in Pain ». J’ai alors senti que les événements devenaient favorables et qu’on pouvait franchement se lancer…

En près de quatre décennie, j’imagine que tu as pu observer une évolution au sein de la scène Hardcore, que ce soit chez les groupes, au sein du public ou encore de la relation entre les gens et la musique. Certains affirment que c’était mieux avant. Tu partages ce point de vue ?

Je n’affirmerai pas que c’était mieux ou moins bien, mais plutôt différent. Enfin, quoique… (il réfléchit)… je pense que c’était quand même mieux avant (il rigole) ! Toutes les formations produisaient un son distinct et on pouvait aisément les reconnaître. Et puis le mouvement a fini par évoluer, grandir et charrier son lot de nouveaux bands, parmi lesquels quelques-uns sont néanmoins devenus aujourd’hui très bons ! Attention, loin de nous l’idée de ne pas se pencher sur la nouvelle scène et de ne pas être attentifs à l’évolution du son, même dans nos propres morceaux ! Agnostic Front a d’ailleurs toujours pris d’autres groupes sous son aile pendant les tournées ; et puis on a toujours été ouvert à d’autres sons… Si tu veux que cet esprit propre au Hardcore puisse se perpétuer, tu dois t’ouvrir à l’innovation et au changement. C’est inévitable. Tu te rends alors compte avoir eu la chance de connaître l’âge d’or, mais qu’il est à présent révolu. J’adore me rappeler le bon vieux temps ; ce qui ne m’empêche pas de continuer et de prendre encore mon pied maintenant !

Quand on a accompli une telle carrière, n’a-t-on pas, parfois, envie d’y mettre un terme. Où puises-tu cette énergie afin de toujours aller de l’avant ?

C’est une question difficile… Il est sûr que je commence à prendre de l’âge, mais… je ne bénéficie d’aucune retraite ! Je n’ai pas toujours fait ce que je fais aujourd’hui et je ne le fais pas tous les jours non plus. Quand je ne suis pas en tournée, je bosse aussi comme électricien ou dans la construction. Et je dois veiller à l’entretien de ma famille… donc voilà ! On est toujours resté un groupe underground, c’est ainsi. Mais parfois, quand quelqu’un vient me dire : votre musique m’a tellement apporté et vous m’avez sauvé la vie, je prends alors conscience d’avoir atteint notre objectif : celui d’apporter quelque chose aux gens et de les aider. On adore ce qu’on fait, on adore ce contact avec les êtres humains, c’est notre raison d’être.

Dans le Punk Hardcore, il existe un paramètre qu’on ne peut pas retrouver aussi fort que dans ce style de musique : le sentiment de fraternité. D’où provient-il ?

Je pense que le Hardcore puise profondément ses racines dans les liens qu’on peut entretenir avec sa famille. C’est très important pour nous. On était très peu nombreux au début, juste une toute petite communauté. On était quoi… peut-être 30 personnes à vivre toujours ensemble. Et ce noyau est devenu très fort, très soudé. Mais il a toujours été possible de nous rejoindre. On n’était pas refermés sur nous-mêmes. On est donc devenus une sorte de famille très solide. Et on considère sincèrement toutes les personnes qui nous suivent comme une famille, pas comme des fans. C’est une nuance très importante. On va toujours vers eux. Avant ou après le show, tu peux toujours nous voir traîner dans les environs. C’est simple : on traite les gens comme on aimerait qu’ils nous traitent. ‘For the family, for my friends…’, ce n’est pas pour rien ! Tout au long de ces 35 ans de carrière, on a toujours été liés par un sentiment de fraternité. C’est sûr que tout le monde ne deviendra pas des potes, mais c’est du moins l’esprit qu’on essaye d’insuffler…

(Interview réalisée à Liège, le 18 juin 2017)

Angus & Julia Stone

De quoi faire fondre les cœurs, comme neige au soleil…

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Il y a déjà trois ans que votre serviteur n’avait plus assisté à un concert de la fratrie Stone. La dernière fois, c’était déjà à Lille, mais à l’Aéronef. Pour un spectacle à la fois électrique et lumineux. Ce mardi 17 octobre, Julia et Angus se produisent encore au sein de la métropole, mais au Zénith ! Une salle qui peut accueillir 7 000 personnes. Or, ce soir, elle ne recense qu’une bonne moitié de spectateurs. Pourtant, fort de son succès en progression constante, le duo est de plus en plus souvent programmé au sein de grands espaces. La semaine dernière, Forest National a fait salle comble. Allez comprendre…

Le supporting act va nous réserver une belle surprise. En l’occurrence le Londonien Isaac Gracie. Arborant une longue chevelure blonde, il affiche une belle gueule d’ange. De quoi faire frémir le public féminin. Il a enfilé un pantalon bariolé, digne de Johnny Clegg et un pull à damiers blanc et noir. Ce soir, il se sert d’une gratte tour à tour électrique ou acoustique, et est flanqué d’un drummer et d’un bassiste. Son doigté sur les cordes est impressionnant. Et que dire de sa voix ? Tout simplement bouleversante, divine même ! Un peu dans le registre de celle de Jeff Buckley. Bref, pas étonnant que juste après avoir publié son premier Ep, il ait signé sur le label britannique, EMI. Une chose est sûre, il a littéralement retourné le Zénith et surtout est parvenu à faire chavirer le cœur de ces dames… A suivre de très près !  

Angus et Julia Stone sont donc partis en tournée européenne, un périple baptisé ‘Snow European Tour 2017’, qui transite notamment par Bruxelles et Lille. Ils vont y défendre leur dernier opus, paru en septembre dernier. Un album particulier comme l’explique Angus : ‘C'était la première fois que nous avons commencé à écrire ensemble, dans la même pièce’. Ils ont passé 8 semaines dans le même studio, coupés du monde pour concocter ce « Snow », dont ils vont présenter de larges extraits…

Vêtue d’une minirobe de couleur noire et chaussée de souliers à hauts talons pailletés, Julia se plante à droite. Barbu, casquette en pied de poule de teinte brune vissée sur la tête, Angus a choisi le côté gauche. Le duo est soutenu par un drummer, monté sur une estrade assez haute, un claviériste, un bassiste et un gratteur qui se consacre aussi bien à la guitare qu’au banjo. Ces deux derniers sont coiffés de Stetson. En fond de scène, trône un totem amérindien à l’effigie d’un renard, de 5 à 6 mètres de haut, placé devant un écran géant destiné à la projection des nombreuses vidéos. Elles vont donner tout leur sens au spectacle. Depuis les vagues à la lave en fusion, en passant par un cerf, une forêt de sapin où traîne un loup, des nuages, un ciel étoilé ainsi que les grandes plaines poussiéreuses ; et la liste est loin d’être exhaustive. On y reviendra. Notamment en fin d’article…    

« Baudelaire » ouvre le set. Julia souffle dans sa trompette. Elle se consacre également au lead vocal, Angus exécutant les chœurs. Tournoyant, le light show finit par devenir aveuglant. Armé de sa sèche, Angus déclame à la manière d’un slam, « Make it Out Alive », Julia inversant alors les rôles. D’une durée de 8 bonnes minutes, « Cellar Door » s’ouvre par un long passage instrumental, au cours duquel le tandem se réserve les six cordes électriques, avant qu’Angus n’opte pour le dobro. De couleur bleue, le light show projette une image du totem au plafond. Impressionnant ! Parfois Julia chante en agitant les mains, à la manière du regretté Joe Cocker. Irrésistible, « Chateau » est balisé par les ivoires et se distingue par ses harmonies vocales en couches ou conjuguées. Les spots se focalisent, l’un après l’autre, sur les musicos. Julia tapote le bord de sa sèche et salue le public avant d’entamer un titre indolent, mais carrément americana, « Wherever You Are ». Les trois guitares entrent en action sur le rock et bien nerveux « Bloodhound ». Etonnant, « Private Lawns » adopte un profil reggae avant de virer au ska, un morceau que se réserve Julia au micro, alors que le second gratteur est passé au banjo. Et c’est elle qui le ponctue à la trompette. Le public siffle pour marquer sa satisfaction. Chanson d’amour, « Who Do You Thinck You Are » est d’abord tapissé par le Hammond et traversé par un filet de guitare. Puis Angus saisit d’abord un harmonica et plonge la chanson au sein d’une atmosphère dylanesque. Et alors, décide de siéger derrière les ivoires, en fin de parcours. Pendant tout ce temps, Julia invite la foule à frapper dans les mains…

Julia et Angus proposent une version acoustique, mais surtout bouleversante, du « Uptown Folks » de Dope Lemon, un titre ponctué par des interventions au piano et au banjo. Une lune immense apparaît sur l’écran. Elle rougit et développe des effets pyrotechniques. Puis Julia s’autorise un superbe solo de gratte. Angus étale tout son talent à la cigar box, sur « Nothing Elses ». Des faisceaux blancs se concentrent sur les deux stars. Julia apporte la conclusion à la trompette. Enfin, place au hit « Big Jet Plan ». A la demande d’Angus, les spectateurs allument leur smartphones, dans un bel ensemble. Magique !

Julia chante en français « For You ». Le texte aborde les sujets de la passion du vin et de la vertu. Le public est conquis et frappe des pieds sur le sol. Deux renards lumineux, colorés et décorés de plumes d’indiens apparaissent sur les écrans pour souligner le solo de gratte électrique accordé par Angus, sur « My House Your House ». La fosse reprend le refrain en chœur. Et il fallait s’en douter, de la neige envahit l’écran et la scène pendant « Snow ». Un titre mélancolique pimenté par l’intervention du banjo. Le duo présente ses musiciens… qui sont apparemment tous américains. Au bout d’une heure quarante, le concert s’achève par  la reprise du célèbre « Harvest Moon » de Neil Young.

Manifestement, la fratrie a vaincu sa timidité maladive. Et lorsque Julia sourit, le cœur de votre serviteur fond comme neige au soleil...

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(Organisation : Verone Productions + Uni-T Production)

Wicked

Crawling back

Écrit par

Si ce trio breton s’inspire du blues, on peut affirmer que sa démarche est fondamentalement rock. Le line up implique le chanteur/guitariste/compositeur Robin Millasseau, son frère Mathias à la basse et Klet Beyer à la batterie. En avril 2015, le trio avait publié "Wicked", un Ep éponyme autoproduit. Depuis, la formation tourne sans cesse afin de se forger une expérience mais également une propre identité. Au cours de cet hiver, les trois musicos se sont enfermés au sein du studio Near Deaf Experience, afin de composer un nouveau répertoire destiné à alimenter un nouvel Ep 6 titres. Et de toute évidence, Wicked a sensiblement progressé.

Le titre maître ouvre la plaque. Fort rythmique et très présente, la sonorité de guitare évolue le plus souvent sur le fil du rasoir. La voix s’intègre parfaitement dans un ensemble à la fois homogène et percutant. Tapissé par l’orgue de Thomas Schaettel, "You can die" baigne au sein d’un climat hypnotique, une piste au cours de laquelle la ligne de basse profonde favorise les envols de gratte relativement déjantés voire acides. Paisible, l’intro d’"Everyday" met en relief la voix expressive de Robin avant qu’il ne cède le relais aux acteurs du rythme. Et si l’orgue de Thomas s’intègre harmonieusement à l'ensemble, les cordes réverbérées de Robin finissent par déraper dans un délire fuzz et trash. La combinaison entre la guitare et l'orgue est savoureuse, et nous replonge parfois dans l’univers d’Iron Butterfly, une formation californienne qui à surtout marqué la fin des sixties. Dès que le vocal a libéré "Back in town", les musiciens s’enfoncent au cœur d’un climat chaotique et impitoyable. Mais hantée par le Robert Fripp rouge, la guitare de Millasseau finit par émerger. Des riffs lourds et menaçants s’invitent au sabbat noir de "Colors". "Be your slave" clôt le long playing. Un titre plus blues mais aux accents power pop. La section rythmique étale toute sa richesse. Et les harmonies vocales célèbrent une forme de mariage, plutôt énigmatique…

 

Bonnie Prince Billy

Best Troubador

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Lorsqu'il ne compose pas son propre répertoire, Will Oldham, mieux connu sous le pseudo de Bonnie Prince Billy, prête sa voix à d'autres auteurs ou rend hommage à des légendes. En publiant "Best Troubador", l'Américain a voulu honorer la mémoire de Merle Haggard (NDR : il est décédé en avril 2016), une légende de la musique country qui a surtout marqué les seventies. Sur ce double elpee, Oldham n'a pas choisi les titres les plus notoires mais s'est davantage focalisé sur ceux qui reflètent la vie sentimentale du Californien. Pour enregistrer cet opus, il s’est entouré de musiciens rencontrés sur la route ; et en particulier Mary Feiock, Emmett Kelly, A.J. Roach ou encore Matt Sweeney. Une équipe qu’il a baptisée The Bonifide United Musician.

A travers seize morceaux, tour à tour allègres ou mélancoliques, Will nous invite donc à revisiter l’univers de cet artiste… sur le ton de la country la plus traditionnelle. La sèche et le violon sont bien sûr mis en exergue. Quelques pistes lorgnent parfois vers le blues ou le folk. Et dans le style, le résultat est vraiment brillant. Bien sûr, ce disque ne révolutionnera pas la discographie de Bonnie Prince Billy. Il prend son pied et ne se soucie guère de l’éventuel succès que pourrait rencontrer cet LP. Il y a longtemps que l’homme fait ce qui lui chante et chante ce qu’il veut. Comment critiquer cette philosophie implacable ?

 

Mercy John

This ain't New York

Écrit par

Mercy John est néerlandais. Il pratique une forme de roots qu’il a baptisé ‘Dutch americana’. Chanteur et guitariste, il compose son propre répertoire. Pour enregistrer ce "This ain't New York", il a reçu le concours de Gabriël Peeters, à la production et aux claviers. Des sessions qui se sont déroulées au studio Uncle Gabe's Sound. John se revendique volontiers de Tom Petty, Bruce Springsteen et Ryan Adams. Enfin pour l’esprit !

L’elpee s’ouvre par le titre maître, une ballade country/folk, qu'il interprète d'une voix à la fois belle expressive. Elle est soutenue par les ivoires de Kirsten Boersma, alors que Rolf Verbaant soigne la mélodie à l’aide de sa pedal steel. Fermez les yeux, ouvrez grandes vos oreilles, "Don't leave me now", "Better to be safe" et "Shock" sonnent plus Tom Petty que nature. Excellent ! "Back home" met bien en exergue les cordes de Verbaant. Ballade country, "Break apart with me" atteint le parfait équilibre entre cordes acoustiques et réverbérées produites par la guitare baritone à l'écho étonnant ; alors que la voix de John n’a jamais été aussi proche de celle de Ryan Adams. "God made an awful mistake" emprunte son intro à Joe Cocker, même si le timbre vocal est plus clair ; un blues lent amplifié dominé par la pedal steel. La fin de parcours foisonne de douces ballades. Dont le dépouillé et raffiné "The rain", que Rolf souligne de ses interventions harmonieuses, à la guitare. "Lost" ensuite. "Endless summer" encore. Un titre tapissé par l’orgue et le piano. Et enfin, la longue finale, "Strangers". Abordée dans l’esprit de Neil Young, elle se singularise par sa guitare enchanteresse. John et Kirsten chantent en duo "Alcohol and rage", une piste americana, illuminée par les sonorités métalliques de la pedal steel.

 

Pashmak

Indigo (Ep)

Écrit par

Bien loin des quasi-caricaturaux Eros Ramazotti ou Tiziano Ferro, la scène transalpine regorge de formations ‘indie’ aux profils différents…

Pashmak est un patronyme inspiré d’un bonbon iranien. Pas étonnant quand on sait que le chanteur est d’origine perse. C’est donc également le nom choisi par cette formation italienne dont la musique oscillant entre electronica, post-rock et folk baigne au sein d’un climat dark voire new wave. Tourmentée, la voix de Damon Arabsolgar rappelle quelque peu celle de Dave Gahan (Depeche Mode). Et les nappes de claviers ainsi que les rythmiques tribales, dispensées tout au long des 4 titres de cet Ep intitulé « Indigo », communiquent le plus souvent à l’ensemble une dimension indus. A suivre de très près !

 

Penguin Cafe

The Imperfect Sea

Écrit par

En 1974, Simon Jeffes fonde le Penguin Cafe Orchestra. Son concept ? Simplement réunir des artistes issus d’horizons divers et les inviter à se produire ensemble. A l’époque, Brian Eno tombe sur le charme du projet et décide de prendre l’orchestre sous son aile en les signant sur son label. Grâce à son mélange de jazz, de world et de folk anglo-saxon, fruit d’une belle ouverture d’esprit, Penguin Café Orchestra va alors se forger une solide notoriété.

Après 20 ans de carrière, soit en 1997, Simon Jeffes décède des suites d’une tumeur au cerveau. Il lègue alors le projet à son fils, Arthur. C’est en 2009 que le fiston décide de reprendre le flambeau qu’il baptise alors Penguin Cafe. Presque 40 ans plus tard, Jeffes reçoit, tout comme son père, le concours d’un autre artiste avant-gardiste. En l’occurrence, Nils Frahm. Il le soutient et lui permet de signer chez Erased Tapes.

Arthur Jeffes pérennise ainsi le projet imaginé par feu son paternel. De nombreux artistes sont venus lui apporter leur collaboration. D’une plage à l’autre, les univers sonores se métamorphosent. L’opus s’ouvre par « The Imperfect Sea », une ballade allègre rythmée par des interventions de contrebasse et de piano, et sur laquelle des violons viennent virevolter. Toujours aussi intense, « Cantorum » adopte un ton plus sombre. On est alors assez proche de Go Go Penguin (NDR : à ne pas confondre !) Dépouillées, plusieurs plages baignent au sein d’un climat davantage paisible. Un simple mélodica illumine le très beau « Half Certainty ». « Protection » évoque le folk anglo-saxon du P.C.O.. A contrario, « Rescue » adopte un profil futuriste. Et le long playing de s’achever dans un élan lyrique, traduit par des cordes bien mises en exergue… 

Ce que Simon a laissé en héritage, Arthur l’a parfaitement respecté à travers ce Penguin Café ; mais il l’ouvre en même temps à de nouvelles perspectives. De quoi pointer fièrement du bec, vers le ciel ! 

 

Joan Shelley

Joan Shelley

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Deux ans après avoir publié le paisible « Over and Even », Joan Shelley nous propose déjà son sixième elpee ; et il est éponyme. Première constatation, la native de Louisville (NDR : c’est dans le Kentucky) n’y réserve pas vraiment de bouleversement notable. Lors des sessions d’enregistrement, elle a d’ailleurs encore reçu le concours du guitariste Nathan Salsburg et du pianiste James Elkington. Pourtant, elle a quand même bénéficié de la collaboration de Jeff Tweedy (Wilco) à la production et de son fils, Spencer, à la batterie. Du beau monde, manifestement…

Minimaliste, l’instrumentation est cependant parfaitement calibrée ; et tout particulièrement les lignes de guitare. L’écriture est subtile. Les musiciens sont talentueux. Et la songwritrice parvient à insuffler aux compos un supplément d’âme, grâce à des variations parfaitement maîtrisées. Si certaines mélodies accrochent instantanément, à l’instar de « Where I’ll Find You », d’autres nécessitent plusieurs écoutes avant d’être appréciées à leur juste valeur. 

Dépouillé et authentique, le folk de Joan Shelley se savoure au coin du feu, lors des longues nuits d’automne…

 

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