Les rituels étranges de This Is The Kit

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Aidan Moffat (Arab Strap) en featuring sur le nouveau single de ĠENN

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Puggy

Un vrai coup de chœur !

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C’est la première fois que Puggy se produit au Festival des Libertés. Un festival engagé et artistique, festif et subversif également. Le logo reflète d’ailleurs parfaitement cette lutte sociopolitique. Il mobilise du 19 au 28 octobre 2017, toutes les formes d’expression pour se faire le témoin de la situation des droits et des libertés et inciter à la résistance ainsi que promouvoir la solidarité. Un immense écran est présent en bord de scène. Que va-t-il se passer ? Assisterions-nous à la projection du film ‘Bigfoot Junior’, dont Puggy a signé la bande originale. Que nenni ! Les vidéos sont destinées à expliquer et conscientiser le peuple à la détresse des migrants qui quittent leur pays suite à la guerre. Ils ne sont toujours pas bien accueillis chez nous et sont parfois considérés comme des pestiférés quand ils ne sont pas confondus avec les djihadistes. Ce festival est donc également destiné à combattre les stéréotypes et à changer les mentalités.

Une page se tourne pour Puggy. Ce soir, c’est le dernier concert de la tournée « Colours », entamée en mai 2016, un périple qui lui a permis de visiter de nombreux pays ainsi que de fouler les planches de festivals majeurs. Comme cet été au BSF. Pour la circonstance, il avait tenté une belle et audacieuse expérience, en invitant un chœur gospel. En l’occurrence The Gospel Wings, une des chorales drivée par Didier Likeng, un auteur/compositeur/arrangeur/professeur et directeur artistique d’origine camerounaise. Ce n’était d’ailleurs pas leur première rencontre. La troupe implique 8 chanteurs, de parité hommes/femmes. Pas évident pour l’ingé son de gérer une telle entreprise. Mais Benoît connaît bien son job et il va assurer…

Ziggy se plante à droite derrière ses fûts et ses claviers. Matthew opte bien évidemment pour le centre. Il a le choix entre une fameuse panoplie de grattes semi-acoustiques et une Gibson rutilante, de couleur brune. Romain s’installe à gauche, toujours fidèle à sa vieille basse, modèle 1965. A l’arrière, se poste le claviériste/pianiste, Matthieu Vandenabeele, qui remplace John Janssens depuis un an. Les 8 choristes sont disposés en éventail, derrière le band. Ils sont tous vêtus de noir. Hormis « Dubois Died Today » et « Burned », la set list est identique à celle proposée dans le cadre du BSF. En début de parcours, les chœurs restent plutôt discrets ; mais au fil du show, la combinaison des voix devient de plus en plus complexe et lorsqu’elle entre en symbiose avec le groupe, le résultat est de toute beauté. Quand aux compos les plus soul ou funk, elles nous délectent de saveurs sucrées et africaines, à l’instar de l’inévitable « Soul », mais également de « Where You Belong ».

« Fight Like You’Re Fighting » adopte un profil électro. Pendant « Feel So Low », les percus prennent leur envol, alors que Matt torture sa gratte jusqu’au point de rupture, avant de prendre du recul pour laisser le micro à Romain. « Last Day On Earth » est toujours le titre préféré de votre serviteur. Et il sait pourquoi ! Place ensuite à « Where You Belong », un extrait de la bande sonore de ‘Bigfoot’. Et les envolées des violons sont avantageusement remplacées par la chorale. Superbe !

Les musicos de Puggy quittent alors le podium pour la laisser la place à l’octuor. Didier Likeng empoigne une gratte électro-acoustique (NDR : une ‘Martin And Co’, dont le prix varie entre 2 000 à 7 000 euros) et guide alors la troupe tout au long de ce morceau. La chorale s’exprime alors pleinement et libère tout son charisme. Retour de Puggy pour « How I Need You » et « Change The Colours ». Embrassades entre membres du collectif et de Puggy.

« Simple Feelings », c’est le second extrait de « Bigfoot Junior ». Maître du jeu, Ziggy s’époumone au chant tout en martelant ses les fûts. Matt et Romain se contentent de participer aux backing vocaux. Mais soutenu par les chœurs, cette compo génère de la magie pure. On en attrape des frissons partout.

Lorsque la voix de Matt émerge des chœurs, on ne peut s’empêcher de penser au « Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band » des Fab Four. « Territory » clôt le set qui vire au délire electro.

Comme précisé plus haut, le rappel propose deux titres du premier elpee, puis « Burned », avant de s’achever définitivement par « When You Know » moment choisi par Matt pour pousser ses cordes vocales à la limiter de leur potentiel. Il invite également la fosse à participer à la fête et à reprendre les paroles… en chœur. Puggy a décidé de prendre une pause –bien méritée– avant de s’attaquer à l’écriture des compos d’un nouvel album… 

(Organisation : le Festival des Libertés en partenariat avec CNCD et 11.11.11)

Amadou & Mariam

Une transe purificatrice ?

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Amadou et Mariam sont de retour à l’Ancienne Belgique. Alors, un tel concert, votre serviteur n’a certainement pas envie de le manquer. Le spectacle est sold out. Le début des hostilités est fixé à 20h30, et il n’y a pas de supporting act. Normal, puisque la prestation va durer deux bonnes heures. Et être particulièrement propice à la danse.

Le couple Amadou et Mariam, de leurs véritables noms Amadou Bagayoko et Mariam Doumbia, sont des musiciens et chanteurs de nationalité malienne. Ils sont aveugles tous les deux. Amadou a perdu la vue à l'âge de seize ans, tandis que sa compagne l’est devenue à celui de cinq ans. Ils sont en tournée pour défendre leur dernier opus, « La confusion », paru 5 longues années après « Folila ». Peu d’artistes ou de formations pratiquant la ‘world music’ sont parvenus à autant transcender les genres et à bosser en compagnie de figures aussi marquantes de la scène internationale que Damon Albarn, Manu Chao, Nas et Damian Marley, Santigold, TV On the Radio ou encore Bertrand Cantat.

Les musicos débarquent sur les planches au compte-gouttes. Le drummer et le percussionniste se plantent sur une même estrade surélevée, du côté gauche. Ils saluent le public en frappant dans les mains. Le claviériste, s’installe sur un autre petit podium, à droite. Et après le bassiste, Amadou et Mariam font enfin leur apparition, en compagnie d’une choriste/danseuse. Et danser, elle ne va jamais s’en priver tout au du show, se lançant le plus souvent dans une forme de transe. En outre, son timbre de voix est à la fois puissant et grave.

Extrait du nouvel elpee, « Ta Promesse » ouvre le bal. La frappe du drummer est résolument rock. La ligne de basse soutient parfaitement l’imparable rythmique. On apporte une gratte à Amadou qui demande à la foule, s’il va bien. Pendant ce temps, Mariam chauffe déjà la fosse. Des spots rouges se focalisent sur les visages des artistes, qui sont –et ce n’est jamais une surprise– de bonne humeur. Il y a quelque chose de fort à voir deux personnes, atteintes de cécité être aussi heureux et complices sur les planches.

« C’est chaud » véhicule un message politique engagé. Les mots sont pourtant simples, puisqu’il s’agit d’une énumération des troubles subis par le monde contemporain, comme l’insécurité, la xénophobie, la haine et la crise économique, qui forcent les hommes à quitter le pays, laissant derrière eux, femmes et enfants. Non seulement, Amadou impose sa voix, mais il affiche un fameux toucher sur les cordes, parfois digne d’un Joe Bonamassa. « Filaou Bessame » campe un blues du désert ; plusieurs morceaux vont d’ailleurs nous y entraîner…

Pas de Mathieu Chedid pour « Masiteladi ». Les textes mêlent français et bambara. Et le résultat est fabuleux. Une chanson propice à la transe purificatrice et à l'éloignement des mauvaises ondes.

Issu du dernier elpee, le single « Bofou Safou » parle de jeunes garçons fougueux préférant aller danser plutôt que de travailler, une composition pimentée de sonorités électroniques, fait plutôt rare chez le duo malien.

« Africa » reflète la joie de vivre de ce couple magique et si chaleureux. Le titre maître de l’opus « La Confusion » pose un constat flagrant : ‘Les hommes et les femmes ont démissionné / Les enfants sont abandonnés dans les rues / Les mariés sont en train de divorcer, alors que jadis ils se mariaient tranquillement le dimanche’. Il soulève cette confusion ambiante qui ronge le Mali. Et « La Réalité », qui termine le show, communique un message de la même trempe.

Lors du rappel, le hit intemporel « Dimanche A Bamako » va faire chavirer le public. Même qu’à l’étage, plus personne n’est assis. Et le message de « La Paix » clôt ce magnifique set. Aujourd’hui, c’est également l’anniversaire d’Amadou, auquel la foule va lui réserver un vibrant ‘happy birthday’…

(Organisation : AB + UBU)

Scottie Miller

Stay above water

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Américain, Scottie Miller est membre du Minnesota Blues Hall of Fame. Son expérience ? Il l’a forgée lors des tournées accomplies auprès du légendaire Bo Diddley. Depuis 2008, il milite également au sein du backing group de la chanteuse texane Ruthie Foster. Il est avant tout pianiste et puise son inspiration majeure au sein des tempos et rythmes de la Nouvelle Orléans. Il joue également de l'orgue, de la guitare et de la mandoline. Si Miller privilégie le blues et le rock, il aime teinter ces expressions sonores de soul, r&b, jazz, country ou funk. Il a monté son SM Band en l'an 2000 ; et cet opus constitue déjà son dixième ! Il a été enregistré chez lui à Minneapolis. Son backing group implique le drummer Mark O'Day, le guitariste Patrick Allen et le bassiste Dik Shopteau. Miller signe les douze plages et se réserve la mise en forme de cet album!

Bien carré, "Burned all my bridges" ouvre a plaque. La voix de Scottie est autoritaire. Piano et sax baryton contribuent au rythme de cette plage au cours de laquelle les cordes de Patrick finissent par s'illustrer. Allen se réserve un bel envol sur "Keep this good thing going", un funky r&b de toute bonne facture qui bénéficie du concours de Ruthie Foster au chant. Scottie et passé à la mandoline pour le titre maître, un roots rock musclé. Mais se la réserve également sur "Same page", une piste qui nous conduit dans le Sud et "Falter", un southern blues qui ne manque pas de charme, les interventions au piano et au chant lorgnant même vers Greg Allman. Allègre, entretenu par le piano, l’orgue, les cuivres et la guitare, "It better groove" est un r&b qui baigne au sein d’un climat particulièrement néo-orléanais, un morceau au cours duquel les percus de Mark O'Day libèrent une bonne dose de groove. "Let's what you do" adopte un profil funky r&b. "Come along" constitue certainement un des meilleurs titres de ce long playing. Scottie vocifère. Ou presque ! Lourdes, les percussions dirigent la manœuvre tandis que la basse est bien mise en exergue. Et lorsque les riffs de gratte s’infiltrent dans le tempo, c’est pour nous guider au cœur d’un périple aux accents orientaux.

 

Scott Ellison

Good morning Midnight

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Agé de 63 ans, ce chanteur/guitariste est originaire de Tulsa, dans l’Oklahoma. Au cours des 80’s, il a émigré à Los Angeles. La décennie suivante, il monte son blues band et publie ses premiers elpees, "Chains of love", en 1993 et "Live at Joey's", en 1995. Il retourne ensuite chez lui, à Tulsa. Depuis, non seulement il tourne constamment, mais il soigne sa discographie. Son dernier opus, "Elevator man", était paru en 2015. "Good morning Midnight" a été enregistré dans l'Oklahoma. Un disque pour lequel il a de nouveau reçu le concours du producteur/compositeur Walt Richmond, un personnage qui a notamment bossé pou JJ Cale et Eric Clapton. Lors des sessions, de nombreux musiciens de studio sont venus apporter leur collaboration.

Ex-Bob Seger and The Silver Bullet Band, Chris Campbell se réserve le micro sur "Sanctified", le morceau qui ouvre l’opus. Puissante et éclatante, sa voix réplique à celle de  Marcy Levy, une ancienne choriste d'Eric Clapton. Perçante, la guitare d'Ellison finit par se poser avant d’occuper tous les espaces libres. Talonné par ses notes courtes et tranchantes, Scott chante comme un possédé l’enlevé "No man's land". Signé par son ami Steve Pryor, disparu depuis une année déjà, "Last breath" constitue certainement une des meilleures plages du long playing. La voix de Scott est plus claire. Il se consacre à la slide alors que Brad Absher (NDR : membre de Swamp Royale) se réserve la guitare baritone. Reggae/blues, "Hope and Faith" est tapissé par l’orgue Hammond de Danny Timms (NDR : il a milité au sein des backing groups de Willie Nelson et Kris Kristofferson). "Mysterious" baigne également au sein d’un climat exotique, une piste qui aurait pu figurer au répertoire de Clapton. Blues/rock classique "Another day in paradise" nous entraîne à Chicago. Imprimé sur un mid tempo, le soul/blues "You made a mess" est chargé de feeling. Guitare et orgue son bien mis en exergue sur "Good morning midnight", un blues enlevé souligné par les interventions à l’harmo de Junior Markham, un ami de Tulsa ! L’intro de "Tangled" emprunte des riffs rythmiques ‘rollingstoniens’, une plage au cours de laquelle Scott opère une sortie très remarquée à la slide. Instrumental, "Wheelhouse" change radicalement de style. Tout en swing, ce jazz jump est judicieusement illuminé par le piano de Danny Timms, la trompette de Mike Bennett et le trombone de Steve Ham. Blues urbain largement amplifié, "Big City" met le cap sur Memphis, les interventions de gratte évoquant carrément Albert King. Cet LP s’achève par "When you loves me like this", un shuffle transpercé par l'harmonica de Markham et caractérisé par un dernier envol généreux sur les cordes…

 

Jason Isbell

The Nashville Sound

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Originaire de Green Hill, dans l’Alabama, ce chanteur/compositeur est âgé de 38 ans. Ce fan de Neil Young et Bob Dylan vit cependant à Nashville, depuis 2011. Il a sévi au sein du band américain de roots/rock, Drive By Truckers, de 2001 à 2007, après avoir bossé dans le fameux studio Muscle Shoals. Jason a gravé son 1er elpee solo, "Sirens of the bitch", en 2007. Il décide alors de poursuivre cette aventure en solitaire. Son quatrième opus, "Southeastern", est primé aux Americana Music Awards, dans les catégories album, chanson et artiste. Tout comme l’opus suivant, "Something more than free", paru en 2015. Outre sa carrière individuelle, Jason Isbell enregistre et se produit en compagnie d’un backing group qu’il a baptisé 400 Unit, une formation qui réunit les musiciens de Muscle Shoals, également établis en Alabama. "The Nashville Sound" constitue déjà le 3ème elpee de ce team. Les sessions d’enregistrement se sont déroulées au sein du studio A de RCA, à Nashville, sous la houlette de Dave Cobb.

Ballade country/americana, "Last of my kind" ouvre la plaque. La voix de Jason est superbe. Il chante en s’accompagnant à la sèche, avant que les instrumentistes n’entrent en action, c’est-à-dire Derry deBorja aux claviers, Sadler Vaden à la pedal steel et Amanda Shires, l'épouse d'Isbell, au violon. Nonobstant son refrain contagieux, "Cumberland gap" est une plage plus sauvage et largement amplifiée, entretenue par des cordes relativement déjantées. Soutenu par la voix d’Amanda, Jason chante, d’une voix claire et pure, la tendre ballade "Tupelo", une plage au parfum honky tonk, traversée par une pedal steel aux sonorités chaudes et métalliques. "White man's world" véhicule un message manifestement sociopolitique. Délicat, le tempo est pourtant imprimé par la section rythmique, alors que d’excellents échanges s’opèrent entre la slide d'Isbell et le violon de Miss Shires. Dès l’ouverture d'"Anxiety", la pression se révèle permanente. Une fresque de près de 7' dominée par la voix de Jason, très susceptible de rappeler celle de Neil Young. Les orchestrations sont élégantes, les claviers de deBorja atmosphériques, et au bout de 5’, on assiste à une rupture totale dans le style. Un choix, manifestement à renouveler ! Ballade americana, "Molotov" est enrichi d'arrangements délicats. "Hope the high road" s'ouvre par des riffs rythmiques ‘rollingstoniens’, une plage de roots/rock à la fois mélodique et musclée, mais qui ne manque pas de charme ; et au cours de laquelle la slide et l’orgue sont bien mis en exergue. Excellent ! De bonne facture, cet opus s’achève par une ballade bluegrass entretenue par deux voix, un violon et des cordes acoustiques…  

 

Johnny Ray Jones

Feet back in the door

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Surnommé le ‘Godson of Soul’, Johnny Ray Jones est issu du Sud de la Californie. "Feet back in the door" constitue le premier elpee de ce chanteur. Un disque dont la confection a nécessité pas mal de temps. Et pour cause, les premières sessions remontent à 1995, lorsque ses amis musiciens, Tony Braunagel, Marty Grebb, Joe Sublett et Johnny Lee Schell l’avaient rejoint pour mettre en boîte quatre titres. Et les sessions n’ont repris qu'en 2015 et 16. Il vient donc enfin de sortir ! Et a bénéficié de la coproduction de Johnny Ray, Tony Braunagel et Jimmy Lee Schell, deux requins des studios blues à Los Angeles.

L'opus s’ouvre par le titre maître, une compo soul écrite par Arthur Adams, un bluesman de couleur noire, issu du Tennessee. La voix passe bien la rampe et l’expression sonore, enrichie par le concours des Texicali Horns, en l’occurrence le saxophoniste ténor Joe Sublett et le trompettiste Darrell Leonard, est impeccable. Signé Sam ‘Bluzman’ Taylor, seul rescapé des sessions de 1995, "Hole in your soul" évolue dans un registre proche du Memphis R&B, une piste au cours de laquelle Coco Montoya se montre particulièrement incisif à la guitare. Mike Finnigan s'illustre à l'orgue et au piano tout au long de "Come up and see me sometime", une plage qui baigne dans le même style. "High coast of loving" est un r&b au charme certain. La voix est superbe et Johnny Lee Schell se réserve un envol sémillant sur ses cordes. Il est toujours à la gratte pour "Hard times won", un Chicago blues inspiré par Willie Dixon, que souligne Jimmy Powers (NDR : il a milité au sein du backing group de Buddy Guy) à l’harmo et Lenny Castro aux percus. "Love-Itis" est un titre cosigné par Harvey Scales, Albert Vance et Rudy Jacobs. Il avait été repris par les Sonics, mais surtout a été popularisé par le J Geils Band. Les cuivres et les ivoires tirent parfaitement leur épingle du jeu tout au long de cette version très rythmée, alors que la voix de Johnny Ray emprunte des inflexions à Bryan Ferry. Johnny Lee libère toute sa sensibilité lors de la reprise du "I'm a bluesman" de Z.Z Hill. Et pour celle du "A certain girl" d'Allen Toussaint, Tony Braunagel imprime le tempo alors que Joe Sublett brille au saxophone ; le tout au sein d’une atmosphère néo-orléanaise. Une dernière cover clôt ce long playing. En l’occurrence le "Hearts have turned to stone" de Leon Russell. Explosive, elle se distingue par les interventions offensives au piano de Finnigan.

 

Doug Macleod

Break the Chain

Écrit par

Doug MacLeod est un bluesman notoire, mais également un conteur. Originaire de New York, il a pas mal bourlingué. Agé de 71 balais, il s’est établi depuis quelques années, à Los Angeles. Il a décroché plusieurs Blues Music Awards, notamment celui de meilleur artiste blues acoustique, en 2016 et 17. Son premier elpee, "No road back home", remonte à 1984. Depuis, il a publié une belle volée d’albums. En ‘live’, il relate ses histoires et contes, en se servant du blues. Et c’est de nouveau le cas sur ce "What the blues mean to me", un opus enregistré au sein du studio californien Skywalker Sound. Doug est toujours inspiré par les aléas de la condition humaine à travers ses douze compositions personnelles. Il joue seul ou en formule duo, trio voire quartet, selon les plages. Y participent donc, suivant les pistes, ses musiciens ; en l’occurrence le batteur Jimi Bott (ex-Blues Survivors, Mighty Flyers, Fabulous Thunderbirds), le bassiste Denny Croy et le percussionniste Oliver Brown.

"Goin' down to the Roadhouse" ouvre le bal. Armé de son bottleneck, MacLeod part à la recherche de besoins primaires, comme manger, boire, danser ou parler à quelqu'un pour briser sa solitude. Il est cependant rapidement rejoint par sa section rythmique. Doug déclame les lyrics de "Mr Bloozeman", un blues autobiographique, ponctué par une excellente sortie sur les cordes. Et également tout au long de "Who's driving the bus?", un boogie primaire hanté par John Lee Hooker. "Lonesome feeling" relate une expérience de relation amoureuse dont il porte la responsabilité de la rupture, un downhome blues flemmard qui charrie une bonne dose de misère et de tristesse et qu’il chante seul, en s’accompagnant à le National Resophonic. Instrumental, "One for Tampa Red" rend hommage à ce grand bluesman du delta qui a sévi avant la deuxième guerre mondiale. Interprété a cappella, le holler "Going home" opère un retour aux sources du blues. "Break the chain" clôt cet opus. Il aborde le thème du cycle de la violence familiale et de ses abus. La famille MacLeod, Doug et son fils Jess, s’y partagent voix et cordes. Une œuvre qui transpire d’authenticité! 

 

Trevor Sewell

Calling Nashville

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Le blues/rock de Trevor Sewell rencontre une certaine popularité de l'autre côté de l'Atlantique. Pourtant, ce chanteur/guitariste est britannique. Au sein de l’Albion, il s’est surtout forgé une notoriété comme musicien de studio. Sa discographie personnelle est quand même conséquente et recèle même des hommages rendus tantôt à Mark Knopfler, Robert Johnson et même Freddie King. Sous-titré "An Americana Adventure", ce nouvel elpee a été enregistré au studio Sound Emporium de Nashville, soutenu circonstancielle ment par une section rythmique, basse/batterie. Trevor signe les onze plages.

Blues/roots assez complexe, "Some day" entame les hostilités. Le trio est ici épaulé par Kellen Michael Wenrich, au violon. Des chœurs soulignent la voix éraillée de l’artiste qui dispense des riffs de guitares largement amplifiés. Des interventions qui se révèlent surprenantes, hantées par le Mark Knopfler de Dire Straits, tout au long de la ballade folk/rock "Mountain of gold". Superbe ! Un spectre que l’on retrouve sur "Matter of time", un roots/rock cool au cours duquel Trevor se révèle un excellent gratteur. Chargé de jazz et de swing, "Fade to grey" (NDR : rien à voir avec le tube de Visage !) est une longue compo. Sewell partage les vocaux avec Janis Ian, particulièrement notoire dans l’univers du folk. En outre, cette dernière double au piano. Blues lent plutôt laidback, "Long time ago" se distingue par un bel échange vocal entre l’Anglais et l'admirable Tracy Nelson (NDR : fin des sixties, elle militait chez Mother Earth, à San Francisco). La guitare passe à l’offensive sur "You ain't what I'm looking for", un blues rapide inspiré par Freddie King. Piste nerveuse aux accents rock, "Stand next to him" est le théâtre de beaux échanges entre le violon et la guitare. En finale, Janis Ian revient aux ivoires, pour le tendre et mélancolique "Shadows"…

 

Noa Moon

Rien que des vaguelettes…

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C’est la troisième fois que le Salon de Silly accueille Noa Moon, aka Manon De Carvalho Coomans. Elle est venue défendre son deuxième elpee, « Azurite », paru en avril dernier. Cette date est la dernière de sa tournée programmée pour 2017.

Le supporting act est assuré par Ebbène, un duo masculin liégeois réunissant le multi-instrumentiste Jérôme Magnée (NDR : de grande taille, il est parfaitement reconnaissable), également impliqué chez Dan San et Yew, mais encore drummer au sein du backing group de Gaëtan Streel, et le tout aussi connu Ben Baillieux-Beynon, le fondateur de feu The Tellers. Les deux musicos se consacrent aux claviers, à la guitare et au chant. Interprétées dans la langue de Voltaire, les compos séduisent manifestement le public féminin. Faut dire que les deux artistes ne manquent pas de charme. Au cours des 30’ de set, le tandem va notamment interpréter « Tu devrais », suivi de « Tout Oublier ». Sans doute les soucis de la semaine écoulée... Les grattes semi-acoustiques illuminent « Barcelone », un morceau imprimé sur un beat subrepticement électro, mais dont la voix évoque Jean-Louis Aubert, surtout lorsqu’elle devient plus atmosphérique. Atmosphérique comme les chœurs qui enrobent « Un », une compo plus paisible. Quiétude qui baigne également « Ne Penser A Rien », un titre à nouveau subtilement teinté de beats électro. Et lorsque les voix se superposent en couches, on pense alors inévitablement à Dan San. Bien équilibré, le concert va cependant proposer autant de compositions empreintes de sérénité que nerveuses. Un Ep est en préparation…

Sur les planches, Noa Moon est épaulée par la bassiste Aurélie Muller, le drummer Fabio Zamagni ainsi que la préposée aux claviers et aux synthés Laetitia Collet. Elle chante en s’accompagnant à la guitare. Elle remercie d’abord le public de l’avoir suivie sur son second opus. Et confesse s’être remise beaucoup remise en question.

La première partie du set va s’avérer plutôt tranquille. A l’instar du titre qui ouvre le show, « Kaleidoscope », un morceau qui invite des beats électro, en milieu de parcours. Une des filles se consacre parfois à la basse, et l’autre aux percus. Les voix se superposent en couches, tout au long du tempétueux « Ocean ». Le sable est chaud, mais l’eau est toujours froide. Balisé par les vocaux et dynamisé par cordes de plus en plus graves et agressives, « Let It Shine » incite les spectateurs à remuer le popotin. Après ce premier rayon de soleil, on s’attarde en Baie de Somme pour contempler « The Sea ». La plage n’est pas loin. On entend le bruit des vagues.

Le « Paradise » aurait-il élu domicile à Kingston ? La version proposée est davantage langoureuse. Blues, « Nightwalk » nous entraîne au cœur du Bayou. Plus nerveux, le plus notoire « Run » emballe enfin la fosse. Electro/pop, « A Live » concède de nettes références africaines.

D’une duré d’à peine 50’, ce concert s’achève par le très serein « Just A Song », un morceau traversé par une intervention à la clarinette. Sur sa faim, le public réclame un rappel. Qui lui sera accordé, le combo lui réservant un « My City » ‘unplugged’. Moment choisi par Manon, sèche à la main, et sa troupe pour descendre dans la fosse. Une fin de parcours à la fois cosy et intimiste pour un concert au cours duquel l’auditoire aurait aimé qu’il fasse davantage de vagues, et pas seulement des vaguelettes…

(Organisation : Silly Concerts ASBL + Le Salon)

Brain Damage meets Harrison Stafford

Liberation Time

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S’adresser à tous, tout en adressant un clin d’œil à chacun : c’est le credo d’un projet fou mais tellement vrai réunissant deux artistes, dont la sincérité et le brio ravissent nos oreilles par leurs nombreuses productions sur les scènes Reggae et Dub.

A peine arrivé dans la chaleureuse salle de l’Atelier 210, réputée pour son ambiance familiale et empreinte d’humanité, nous entendons déjà les grosses basses balancées par les belges du Roots Corner. Ils assurent le warm up de cette grand-messe destinée aux amateurs du style. Installé à la régie derrière leur platine vinyle et leur préampli –repiqué sur la sono de la salle– le crew belge propose une musique qui oscille entre reggae rockers, UK-dub, roots-reggae ou encore dub-stepper. Et pour le plaisir de l’assemblée.

Sans transition, Martin Nathan –plus connu sous le pseudo Brain Damage– débarque sur les planches et prend le contrôle du système sonore, armé de sa table numérique qu’il maîtrise à merveille. Cette dernière est d’ailleurs reliée à un DAW recelant l’instrumentation et les mélodies composées et arrangées dans son studio, à Saint-Étienne. Les petits sons mystérieux surgissent de tous côtés et dans une scénographie épurée et intimiste. Il distille un dub intelligent et subtil en guise d’introduction. Nous reconnaissons d’emblée la patte du dubmaker qui joue entre silence et nappes sonores. Le contrôle de chaque élément permet d’accrocher de suite le public pour ce voyage sonore inédit.

Ce soir, le duo défend son nouvel album « Liberation Time », dont la sortie est prévue pour ce 20 octobre 2017, chez Jarring Effects. Chaque morceau a été composé, produit et arrangé par Brain Damage. Ensuite, Harrison Stafford s’est réapproprié les morceaux, en Californie, afin d’y poser sa voix douce et si particulière, reconnaissable à travers mille. Une rencontre entre l’univers du Dub et celui très large et varié du Reggae façon Groundation. Il est déjà sur le podium entonnant le sublime « Liberation Time » pour séduire le public déjà conquis. Un morceau stepper dansant et énergique embraie. De quoi (re)découvrir l’ampleur du talent de Brain Damage. Côté jardin, Harrison Stafford accompagne et ponctue les morceaux par quelques percussions et accessoires qui sont mixés et dubbés en direct par son compagnon installé côté cour. Pas de temps à perdre, « Rebel Music » fait la part belle au caractère militant de la musique rastafari qui sera également mise en exergue grâce à un transcendant « Singing Soldiers ». Cette œuvre rend hommage à tous les chanteurs qui ont milité ou militent encore pour plus de paix, de justice sociale et de solidarité dans ce monde. Harrison Stafford est comme habité par un danseur fou ; et Martin, de son côté, se balance tel un métronome infernal tout en assurant le mix en ‘live’. Quelle performance ! La foule danse et remue suivant le tempo de la grosse caisse syncopée par la partie de clavier bien connue du Reggae/Dub, toujours en contretemps. Tout au long de « Baby », la voix du leader charismatique de Groundation se balade littéralement. Ce moment plus romantique passé, les deux comparses balancent leur fameux « Raw Talking Rebel », suppléé d’une seconde partie exclusive complètement explosive, tellement explosive qu’elle ira jusqu’à générer un petit couac technique en toute fin de parcours. L’enchaînement ne se fait pas attendre dès « Pick up Yourself ». Cette collaboration vient rallumer la flamme créatrice qui hante les deux gaillards et le résultat est époustouflant. L’ambiance atteint son apogée sur « Stand by me », morceau représentant à merveille le sens qu’insufflent les artistes à cette prestation. Un track sans concession dans lequel se mêle la voix aérienne et mystique d’Harrison Stafford et le Dub agressif mais poétique de Brain Damage qui finira cette première session seul sur l’estrade pour dispenser un dernier dub aux accents électroniques toujours bidouillé à une vitesse incroyable.

La soirée aurait pu se terminer à ce moment là, mais le duo a plus d’un tour dans son sac. Harrison revient seul sur le podium pour une session acoustique guitare/voix, chargée d’émotion. Il reprend deux grands morceaux de Groundation dont « Waterfall » et… l’homme aux machines le rejoint pour attaquer l’audacieux et très original « Everyone a Christ ». Des sourires sur toutes les lèvres traduisent un réel partage entre musicos et spectateurs. Il est clair que dans ces moments, l’artiste se retrouve totalement porté par l’énergie qui règne dans la salle. Cette épatante prestation se termine par Brain Damage qui retourne la salle à l’aide d’une création endiablée dans laquelle il joue parfaitement sur la longueur d’ouverture et de clôture des effets. Pour conclure, « Le XXIe siècle sera mystique ou ne sera pas » disait Malraux. Au niveau musical, cette citation a trouvé sa concrétisation à travers l’œuvre commune de Brain Damage et Harrison Stafford.

A l’issue du show, votre serviteur a pu rencontrer les deux artistes quelques minutes, le temps de leur poser quelques questions… Le tandem incarne quelque chose de très fort, grâce à une présence scénique puissante qui génère une énergie dingue et fait parfois penser à quelque chose de spirituel. Mais estiment-ils qu’il existe un lien entre cette dimension spirituelle et l’acte de création (musicale ou autre) ? A cette question, Harrison Stafford (Groundation) & Martin Nathan (Brain Damage) partagent un même point de vue : « Oui, totalement ! Tout est spirituel et lorsque vous êtes dans une démarche créative, c’est toujours une forme de challenge, de défi que nous nous lançons. Nous croyons beaucoup à la nécessité d’être en phase avec nos créations. Que le message porté soit honnête et élevé… » Bien qu’évoluant chacun dans son univers, le duo embrasse une démarche artistique qui s’apparente à la quête de la pierre philosophale ou d’un nouveau diamant à découvrir. Une réflexion qui fait rire nos interlocuteurs : « Oui, nous cherchons tous le diamant. Quand vous venez nous voir en live et que vous nous soutenez en y mettant l’énergie, vous êtes aussi à la quête de cette pierre précieuse. Nous sommes tous connectés. D’ailleurs, c’est justement ces instants magiques que nous explorons sur scène en se permettant d’improviser, en se laissant porter librement… » Mais à contre-courant des standards du genre et en se permettant la liberté d’explorer différents registres musicaux, n’est-il pas parfois difficile de faire reconnaître son travail à sa juste valeur ? La réponse fuse : « Non car nous ne pourrions pas faire la musique que nous aimons sans respecter notre identité propre. Nous ne voulons pas scander ‘Smoke the weed’ ou d’autre slogans du genre pour recueillir du succès et attirer des foules devant notre scène. Ce qui nous intéresse, c’est justement de pouvoir se permettre d’innover dans des domaines diversifiés… »

 

 

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