L’aurore de Lathe of Heaven…

Issu de Brooklyn, Lathe of Heaven sortira son nouvel elpee « Aurora », le 29 août. Né d’un processus d'improvisation, cet opus est propulsif, captivant et structuré, abordant des thèmes lourds et incorporant des influences littéraires. En attendant, la…

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Julia Drouot a coupé court…

De ses années de conservatoire, il reste à Julia Drouot peut-être le goût de ses fugues, non pas celles qui se jouaient au XVIIème siècle dans les salons des cours européennes, mais celle qui se chausse de semelles de vent. La chanteuse et compositrice a…

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Ok ? Go !

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Le nouveau clip d'OK GO, "White Knuckles", a déjà dépassé la barre des 5 millions de visites en 10 jours. Il s’agit d’une des vidéos les plus vues au Canada, en Allemagne, Australie, Suède, Nouvelle Zélande, Afrique du Sud, Argentine, Espagne, France, et aux Pays Bas ! 

‘Nous sommes un groupe de bonnes idées pas forcément uniquement dans la fraîcheur et l'image. Nous voyons notre projet comme quelque chose de plus large, de plus dynamique et nébuleux que ce qu'on entend d'habitude dans la définition de rock n' roll’

 

En outre, ce 19 octobre est paru la nouvelle édition de l’album « Of The Blue Colour Of The Sky » d'OK GO. Cette nouvelle mouture comporte un disque bonus réunissant 16 pistes incluant des reprises (Pixies, Zombies), des inédits (et en particulier « Louisiana Land »), des remixes (dont celui de Passion Pit), des démos et des interviews du groupe recueillis par Ira Glass.

Vous pouvez, en outre, découvrir 12 remixes supplémentaires (Ra Ra Riot, Static Revenger...) sur Soundcloud :

http://soundcloud.com/okgo/sets/ok-go-the-remix-collection

http://www.okgo.net/

 

Arno

Putain ! C'était vachement bien !

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Pour assurer la promo de son nouvel album "Brussld", Arno l’Ostendais (NDR : le Bruxellois ?) accomplit une tournée digne de ce nom, en alignant cinq dates en octobre rien que pour notre capitale belge : le 22 au Botanique, le 23 au Cirque Royal, le 25 à l'AB, le 27 au club de Vaartkapoen, et le 28 au VK. Pas d'excuse donc pour manquer ce chanteur mythique dont les concerts sont hauts en couleurs. Il serait un peu absurde de présenter Arno, musicien hors pair à la voix rauque, emblème de la scène belge, qui, à 61 balais, rencontre une reconnaissance internationale.

Ce samedi 23, accueilli dans un Cirque Royal bien rempli et heureusement libéré de ses sièges, Arno a donc été applaudi par un public chaud comme une baraque à frites. Pas de première partie. Il se pointe à 20h30 et attaque son show par "Brussels", morceau de son premier album presque éponyme. Dans un mélange d'électro et de rock fortement marqué du sceau des 80's, le titre démarre par ‘Let’s sing this song for Linda, Mustapha, Jean-Pierre, Fatima, Michel and Paul’. Après ‘L'union fait la force’, Arno lance au passage ‘Vive les moules’, et chante ‘Les Flamands et les Wallons’. La couleur est annoncée, et c'est dans un flawalland agrémenté d'anglais qu'Arno s'exprime une fois ce premier morceau terminé. Dans un style scénique proche de Brigitte Fontaine ou Higelin, oscillant entre provoc’ et grande sensibilité, Arno nous livre une vingtaine de chansons. Essentiellement en français et anglais, pas mal de titres sont issus de "Brussld", sorti en mars 2010, que le public connaît déjà ! De petits types aux gueules cassées chantent et semblent avoir studieusement révisé avant d’investir les lieux. Il y a des vieux, des légèrement moins vieux (la moyenne d'âge doit osciller autour des 45 ans ; mais le prix des places y est peut être pour quelque chose), du cuir et des crânes rasés ainsi que des gens chics qui dansent en tous sens...

Autant dire que ce que prône Arno, un joyeux mélange ou joyeux bordel, est ici plutôt bien incarné. Il présente ses musiciens dont le pianiste ostendais Serge Feys, son complice depuis l'époque de TC Matic (premier groupe d'Arno), la jeune choriste Sabrina, Ixelloise d'origine marocaine, son guitariste allemand, son batteur aux racines zaïroise, son bassiste issu d'ex-Yougoslavie...

Le contact avec le public est généreux, Arno n'hésite pas à s'arrêter au milieu d'une chanson pour discuter, et reprendre comme si de rien n'était. Ses présentations sont complètement décalées, foutraques, et le public, acquis à sa cause, rit aux éclats à la moindre boutade... surtout celles évoquant les gros roberts de sa grand-mère ! Le dernier album est bien représenté par "Mademoiselle", "God save the kiss", le frissonnant "Elle pense quand elle danse", l' excité "Ca monte" et ses harmonies vocales qui rappellent les Rita Mitsouko. N'oublions pas "Black dog day", "Quelqu'un a touché ma femme" et une reprise très étonnante de "Get up, Stand up" de Bob Marley, mélancolique et en mode mineur... Des morceaux plus anciens (mais toujours aussi délectables) sont aussi interprétés. Un "Watch out boy" orientalisant, entamé par Sabrina et sa voix envoûtante, "Françoise" dont le refrain ‘Allez danse, danse Françoise, comme une Bruxelloise !’ est repris en chœur par le public. " Nager", "Oh là là", et enfin, le meilleur pour la fin, "Putain putain" qui résonne drôlement dans le contexte politique, le superbe "Ma mère", et pour finir, la fameuse reprise des "Filles du bord de mer" d'Adamo, qui fait valser le public plus qu'il ne faut. Les 22 morceaux seront passés sans que l'on s'en aperçoive ; d’ailleurs on en voudrait encore et encore. Putain ! C'était vachement bien !

(Organisation : Live Nation)

La Caution

Brothers In Arms

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J’avoue, le rap c’est pas trop ma came. Encore moins lorsqu’il s’agit de rap français. Mais il y a quelque chose chez La Caution qui rend ce duo plus captivant que les autres formations du genre. D’abord, à cause de ces textes plus raffinés que ceux de la plupart de leurs contemporains, puis de ses beats irrésistibles comme celui de « Thé à la menthe », leur plus gros tube publié à ce jour. Ce soir, La Caution mettait le feu aux planches du VK* sans la moindre allumette.

Arrivés sur scène après la prestation respectable de Azzili Kakma & Exodarap et celle un peu plus retentissante de Sidi Hoomam, les frangins Hi-Tekk et Nikkfurie prennent place sur la scène du VK*. La salle n’est comblée qu’à près d’un tiers de sa capacité ; ce qui n’empêche pas La Caution de chauffer à blanc l’assistance dès sa montée sur l’estrade. Le duo délivre un set partagé entre son double « Peines de Maures / Arc-en-ciel pour daltoniens » et des extraits d’un nouveau disque encore en préparation. Les deux gars, accompagnés d’un DJ, peignent, entre autres, le quotidien des jeunes et moins jeunes issus de la Seine-Saint-Denis à travers des morceaux percutants comme « Changer d’air », « Souvent », « Metropolis » ou encore « Je te hais », tout en évitant de tomber dans les clichés du genre. Et en servant d’un phrasé qui force le respect.

Pas besoin pour eux de se produire devant une salle comble pour assurer comme des pros. Les fans de TTC ou du Klub des Loosers étaient sans nul doute dans le coin tant les beats de la formation ne sont pas sans rappeler les débuts de ces derniers. Après une petite heure de show, La Caution effectue sa descente en rappel au son de leur fameux « Thé à la menthe », dégusté de la première à la dernière goutte par une assistance extatique. Le duo se retire alors après avoir délivré un show convaincant, même pour ceux qui n’adhèrent pas particulièrement au style.   

(Organisation : Back In The Dayz / Vk*) 

Tunng

Bienvenue dans ma bulle…

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Paru courant de l’année 2010, le dernier album de Tunng, « …And Then We Saw The Land », constitue une étape décisive au sein du parcours de ce groupe anglais ; puisque l’un de ces membres fondateurs, Sam Genders, venait alors de quitter la formation, laissant ainsi une plus grande marge de manœuvre aux autres musiciens. Principal changement enregistré : la quasi-disparition des samples ; et puis une nouvelle ligne de conduite tracée par Becky Jacobs, même si le folk du combo est toujours teinté d’électronique.

Vers 20h, Alice Lewis monte sur les planches. Elle assure le supporting act. Pas de collaborateur. Elle s’accompagne aux claviers et puis tire parti de sonorités issues d’un ordinateur. La jeune artiste française est venue présenter les compos de son nouvel elpee « No One Know We’re Here ». Son univers sonore jouxte celui de Björk. Atmosphérique, il ne maque pas d’intérêt ; mais bien de relief. Si bien qu’au fil du temps, le public finit par décrocher. Et après une bonne demi-heure, elle se retire dans l’indifférence presque générale...  

A peine le temps de se réhydrater que le quintet londonien, Tunng, entre en scène. Au cours de l’après-midi, le combo avait accordé un mini-concert destiné aux enfants âgés de 3 à 12 ans, accompagnés de leurs parents ou de leur famille, dans le cadre de goûters-concerts organisés régulièrement dans les salles du Nord de la France. Une très belle initiative, sans doute destinée à familiariser cette génération à la culture musicale…

Le quintet se partage drums, percus, guitares acoustiques, un ordinateur et les vocaux. Les harmonies vocales –féminines et masculines– sont particulièrement suaves. Conjuguées en harmonie. Empreintes de douceur et de tendresse, les mélodies accrochent instantanément. Et la délicatesse des cordes acoustiques accentue cette sensation. Tout au long de ce set, on a l’impression de partager une bulle, au sein de laquelle le combo nous a invités à pénétrer. Excluant toute forme de violence pour nous communiquer une forme de paix intérieure. La setlist privilégie les plages issues du dernier opus ; et en particulier le single « Hustle » ou encore l’excellent « October ». Sans pour autant négliger leurs classiques, à l’instar de « Bullets ».

Après une bonne heure trente de spectacle, la formation prend congé de son auditoire. La foule se retire peu à peu. Mais elle quitte les lieux des rêves plein la tête. Un peu comme si elle n’était pas encore totalement sortie de cette bulle si réconfortante. D’ailleurs, si vous êtes soumis au stress, n’hésitez pas à vous enfiler une bonne tranche du dernier opus de Tunng. C’est idéal pour décompresser…  

Organisation Grand Mix

Tim Robbins

Un remake?

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Pas d’homonyme ce soir sur les planches du Vooruit. C’est bien à Gand que l’immense acteur (« The Player », « Short-Cuts », « Mystic River »…), réalisateur et scénariste (« Bob Roberts », « Dead Man Walking »…) américain a finalement décidé de poser ses guitares. Une escale surprenante, entre Paris et Londres, au cours de laquelle le grand enfant de 52 ans s’est amusé à réaliser son rêve de gamin : jouer de la musique. Une occasion rêvée pour tout cinéphile fanatique de croiser le comédien sans devoir se farcir la montée des marches à Cannes. Pourtant, l’assistance était peu nombreuse ! Les absents auraient-ils écouté le premier long playing de Tim et son orchestre ? Visiblement, les âmes présentes s’étaient plutôt déplacées pour apercevoir l’acteur oscarisé que pour l’écouter murmurer. Une jonchée de zooms sur le parterre et les éclats incessants des flashs en témoignent amplement.

L’incursion de Tim Robbins dans le monde musical ne bouscule absolument rien. Dans la composition comme dans l’interprétation, le ton général reste neutre. Le charisme naturel sur grand écran s’efface, curieusement, sur scène. La voix est monocorde, les intermèdes introvertis. La prestation nous livre un americana sans aspérité et un country-folk maladroitement rabâchés. Imprégnés, tous deux, d’une profonde nostalgie de la musique américaine en col bleu. Quant aux lyrics, ils évoquent davantage de frêles poésies adolescentes dessinant les contours d’une Amérique paumée. Un folk politique, truffé de clichés, qui nous parlerait des Etats-Unis contemporains. 

Globalement, Tim Robbins and the Rogues Gallery Band vont livrer un set exsangue, paisiblement sous influence. Une influence décuplée. Exercice d’égo où la star du box office prendrait les formes d’un homme juke-box pour chanter ses idoles. Principale victime : Bruce Springsteen. Omniprésent. L’ersatz de la voix du ‘Boss’ voile la majorité des titres (« Book of Josie », « Toledo Girl », « Lightning Calls The Dawn »...) Certes, les idoles qu’il incarne (Steve Earle, Bob Dylan…) ne sont pas particulièrement touchées d’une voix divine ; mais elles brillent cependant par le caractère, la gravité et la chaleur. Malgré le soutien d’une équipe de musiciens d’élite (Kate St John, Leo Abrahams, Roger Eno, Rory McFarlane…), le ‘jeune’ mélomane souffre encore, manifestement, d’une carence de personnalité musicale.

Les sept musiciens se révèlent enfin plus inspirés lors des diverses covers. Instants où le grand cinéaste décide d’affronter les grands noms de la musique. Dès lors, le combo étasunien arpente agilement les chemins tortueux tracés par « All The World Is Green » de Tom Waits, ose une version negro spiritual sur le « If I Should Fall From Grace » de The Pogues et clôture le spectacle par « What A Little Moonlight Can Do » de Billie Holliday. Rien de transcendant en soi mais la sélection de versions audacieuses redonne quelques couleurs à une performance bien trop pâle.  

Epinglons finalement « Folsom Prison Blues ». Une reprise de Johnny Cash dont l’enthousiasme et la passion éclipsent un cadre général décidément trop linéaire et souvent démago. Un morceau qui recèle une introduction lugubre transpercée par une voix déchirée tissant une véritable atmosphère avant de sombrer dans un final rockabilly excité (NDR : moment particulièrement apprécié par de nombreux sexagénaires –et  plus ! – présents dans l’assistance. Ça bouge ! La salle danse, les têtes virevoltent, les hanches se balancent, les genoux tremblent. Ô doux souvenirs de notre enfance !

La maladresse du débutant, la timidité sur scène touchent indéniablement. Le musicien, lui, ne parvient jamais vraiment à convaincre.

Vraisemblablement victime du syndrome d’ubiquité touchant une multitude de personnalités publiques qui pensent que leur talent s’accorde à toute forme artistique, l’acteur américain a  emprunté, trop rapidement, des chemins qu’il ne maîtrise pas encore.

La performance laisse songeur. Et, soudain, nous sommes pris de vertige. Comme devant un miroir dont l’image réfléchie mystérieusement s’inverse, la carrière musicale de Tim Robbins reflète dangereusement celle, cinématographique, de David Bowie.

(Organisation Vooruit) 

 

Selah Sue

Hey, Soul Sister

Écrit par

En 1989 naissait dans la commune de Leefdaal (près de Louvain) une jeune fille répondant au nom de Sanne Putseys. A peine après avoir soufflé ses 18 bougies, la demoiselle entame une carrière musicale, sous le sobriquet de Selah Sue. Les réactions positives sont instantanées. Milow la prend sous son aile et lui propose d’assurer ses premières parties. L’Ancienne Belgique renifle, à des kilomètres, son talent naturel et lui propose un stage d’un an. Un stage qui se solde par des concerts à guichets fermés, aux quatre coins du pays. Elle arpente ensuite quelques uns des plus gros festivals belges cet été (Dour, Les Nuits Botanique, Pukkelpop, Couleur Café, Lokerse Feesten…), seule ou soutenue par ses potes d’Addicted Kru Sound, gonflant à l’hélium sa base de fans. Et quelques mois après avoir mis le feu aux planches de la Rotonde, la success story belge de l’année passe à l’étape supérieure en s’appropriant une Orangerie pleine à craquer.

Du haut de ses 21 balais, Selah Sue est un véritable petit ouragan scénique. Normal, quand on possède une voix pareille. Une voix qui évoque tour à tour Erykah Badu, Amy Winehouse voire même Nelly Furtado. Bref, la jeune Louvaniste semble née pour briller en ‘live’. Il suffit à ses cordes vocales d’émettre le moindre son pour parvenir à scotcher l’assistance, sans le moindre effort. A ce stade de sa carrière, elle a bien de la marge pour évoluer scéniquement ; mais son jeu est tellement spontané et décontracté qu’elle semble ne plus rien avoir à apprendre, à ce niveau. Et ce, avant même d’avoir publié sa première œuvre.

Sanne ‘Selah Sue’ Putseys démarre d’ailleurs le set par deux morceaux tirés de son premier disque, dont la sortie est prévue d’ici quelques mois. Deux compos qui, une nouvelle fois, évoquent distinctement Erykah Badu. A l’instar du titre suivant, « Black Part Love », issu de l’Ep du même nom, et qu’elle présente dans une version à la frontière du Hip Hop. Elle est flanquée de quatre musiciens ; mais vu sa prestance, on l’imagine sans mal se produire en compagnie d’un ‘full-live-band’ et d’une poignée de choristes. Après avoir pris la température de la salle, manifestement partagée à part égale entre néerlandophones et francophones, elle s’exprime dans la langue de Shakespeare pour ne pas faire de jaloux. Une initiative unaniment applaudie. Les nouveaux morceaux se mélangent aux plus anciens. Les mieux accueillis sont l’intense « Crazy Suffering Style », une version vitaminée de « Fyah Fyah », son ‘nouveau’ single « Raggamuffin » ou encore « Explanations » et « Mommy », qu’elle interprète seule à la gratte. Bien que la petite Sue soit une singer-songwriter à la plume affûtée, certains textes, comme celui de « Crazy Vibes », trahissent un peu son jeune âge. Un détail, vu la maturité déployée par la demoiselle qui offrira deux rappels en guise d’au-revoir.

Selah Sue deviendra, à coup sûr, l’artiste incontournable de 2011. Et, après ce concert, qui diffusait comme un avant-goût de ‘Couleur Café’, nul doute que les grands festivals du pays lui dérouleront le tapis rouge de leurs ’Main Stages’. On la tient à l’œil, ‘Selah’…

(Organisation : Botanique)

Roubaix à l'accordéon 2010 : mercredi 20 octobre

Johnny Clegg : Le grand Johnny en France, c’est lui !

A l’instar des années précédentes, Musiczine avait dépêché ses collaborateurs, pour couvrir une journée du festival ‘Roubaix à l’accordéon’ ; faut dire qu’il en est déjà à sa quatorzième édition. Cet événement hors du commun programme des artistes issus des quatre coins du monde. Mais ce qui fait son originalité procède de la dispersion des spectacles en divers lieux. Si une large place est réservée à la musette, donc à l’instrument fétiche d’Yvette Horner, d’autres styles sont également proposés, afin de diversifier l’affiche. Ainsi Jacques Higelin s’apprête à conclure le festival, ce samedi 24 octobre. Et ce mercredi soir, c’est Johnny Clegg qui honore la salle Wattremez de sa présence.

Deux semaines après la sortie de "Human", son nouvel opus, Johnny Clegg débarque dans le Nord. Et il faut croire qu’il apprécie la France, puisque la moitié des dates de sa tournée européenne passe par l’Hexagone. Il y a plus de 30 ans que le Sud-Africain roule sa bosse dans la World ; un best of "Celebrating 30 years of Johnny Clegg" vient d’ailleurs nous le rappeler.

 

Une mauvaise nouvelle tempère toutefois notre optimisme, en arrivant à Roubaix, ce soir. Et pour cause, le concert accuse un retard indéterminé. En outre la salle qui accueillera le spectacle (NDR : elle me fait un peu penser à l’Ancienne Belgique, de Bruxelles) a été limitée à 500 places… assises !

Le contraste est dès lors saisissant entre la fougue, l’ampleur et la notoriété de l’artiste, et la capacité de la salle. Bien que celle-ci confère aussi une proximité et une convivialité toute aussi surprenante.

Et vers 21 heures, une partie de ce public ‘ch’ti’ redevient chaleureux et enthousiaste, puisqu’enfin, le Sud-Africain et sa troupe montent sur les planches. Le set impressionne par la maîtrise des musicos. Très pros, il faut le reconnaître. La voix de la choriste est énorme. A l’image de son popotin. Le ‘Zoulou blanc’ s’exprime dans un français presque parfait, et entre chaque titre –ou presque– il parvient à nous communiquer sa bonne humeur et sa joie de vivre, en racontant des anecdotes les plus diverses sur ses chansons ou sur l’Afrique du Sud, en y ajoutant une certaine dose d’humour. Johnny Clegg nous signale, en outre, qu’il interprète « Love in the time of Gaza », pour la toute première fois, en live, un morceau issu de son tout dernier elpee.

Il faut toutefois attendre le rappel pour voir l’ensemble du public se décider (enfin) à se lever et à faire monter l’ambiance de plusieurs crans. Une réaction amplement méritée, mais qui a quand même mis du temps à mûrir. Le tube « Scatterlings of Africa », une compo qui avait servi de titre-phare pour la BO de “Rain Man”, met tout ce public d’accord.

 S’il est loin le temps où il remplissait le Zenith ou Forest National, flanqué de ses acolytes de Savuka, le spectacle proposé ce soir n’est certainement pas celui d’un ‘has been’. Les musiciens, danseurs et choristes africains accompagnent Jonathan depuis de nombreuses années. Et le set est d’ailleurs bien rôdé. Le guitariste, particulièrement à l’aise sur son manche, n’hésite pas à teinter son jeu de notes bluesy. Et comme notre front-man le rappelle, certains instruments rencontrés en Afrique du Sud manifestent des connotations celtiques. Notre homme ne se déhanche plus en permanence sur les planches et ne nous réserve plus son fameux lancer de jambes à 180° (ou presque). Mais les chorégraphies zulu sont suffisamment contagieuses pour entraîner une grande partie du public à effectuer quelques pas de danse. Et le concert de se terminer par « Asimbonanga » et « Dela », sous une salve d’applaudissements et dans une ambiance empreinte de bonne humeur, propres aux concerts de World.

C’est sûr maintenant, on ne pleurera pas le jour où l’autre Johnny passera de vie à trépas ; la vraie légende c’est celui qui s’est produite, ce soir, à Roubaix…

Set-List :

Rolling Ocean
Africa
Jongosi
Tuff enuf
December African Rain
Gyani
Impi
Bullets for bafazana
Love in the time of Gaza
Your time will com
I call your name
Digging
The crossing
Great heart
Cruel, crazy, beautiful world
Scatterlings of Africa
Asimbonanga

(Organisation : La Cave aux Poètes – Caramba spectacles)

Troy Von Balthazar

How To Live On Nothing

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Le deuxième album de Troy Von Balthazar était fort attendu par tous les adeptes de son univers intimiste. Et puis par celles est ceux qui ont suivi son parcours tout au long de ces cinq dernières années ; en particulier lors de sa pérégrination européenne (l’Hawaïen confesse se sentir bien sur le Vieux Continent, où les tournées sont peut-être plus humaines et moins éprouvantes qu’aux États-Unis). Ces derniers se sont sans doute autant réjouis de la sortie de son nouveau disque solo que du retour de son groupe Chokebore, en compagnie duquel il a tourné tout l’été. Et pas en vain. Troy Von Balthazar n’aurait pas pu choisir un titre plus évocateur pour résumer sa vie d’artiste nomade, une humanité dans toute sa modeste condition, ses futiles joies et, parfois, son profond désespoir. L’homme est sa musique et il est prêt à conquérir également les néophytes.

Le danger d’un tel album aurait été pour monsieur Von Balthazar de devenir le cliché de lui-même ; heureusement, si ses mimiques scéniques réchauffées étaient les prémices dangereuses d’une formule éculée, « How To Live On Nothing » nous envoûte d’une nouvelle fraîcheur et préserve l’intégrité de l’auteur sans tomber dans le stéréotype du songwriter un brin cinglé, désabusé et plaintif.

Certes, on retrouve avec réjouissance la boîte à rythmes lo-fi et l’oversampling qui offre un son analogue sur scène ; la douce Adeline Fargier, pour la French Touch (ou pour rappeler que toute sa production, si réalisée à Los Angeles, est éditée en France où il connaît principalement son succès, même s’il est pour l’instant installé à Berlin).

L’album ouvre par les rugissements d’un félin : annoncent-t-ils la tonalité générale basée sur le titre « The Tigers », vilains fantômes, phobies et remords qu’il souhaite exorciser ou dénotent-ils un monde apparemment enfantin truqué de boîte à musique et de paroles faussement naïves ? « CATT » prend le relais. Un morceau fantomatique, tel son clip en pâte à modeler légèrement glauque, où apparaît déjà la voix spectrale d’Adeline. Le joli duo se retrouve également sur « Communicate » et l’irrésistible « Dots and Hearts », dont la vidéo tournée dans les rues berlinoises évoque légèreté et insouciance.

Certains titres plus conceptuels (« In Limited Light ») suggèrent leurs homologues du premier album (« Numbers »). Moins présent sur l’elpee précédent, le son ‘chokeborien’ refait circonstanciellement surface (« Happiness and Joy », « Mt Balthazar », « Santiago », influence de leurs retrouvailles ?) ainsi qu’une sonorité des années 1970 (« Mt Balthazar »), sans doute suscitée par le vieil orgue électrique absent auparavant. La délicieuse corrélation entre sa musique et celle de Sparklehorse (« Communicate ») est déconcertante ; mais elle est plus que surprenante, surtout lorsqu’on apprend que Troy n’a jamais écouté le moindre disque de Mark Linkous.

Les mots se condensent en métaphores surréalistes lourdes de sens et résonnent tels des regrets, désolations et confessions. Ils permettent, par leurs images subtiles, d’aborder de sombres thèmes (l’alcoolisme, le manque d’amour, l’avidité, la ‘carrière’ au sein de Chokebore qui n’a jamais complètement décollé) ; pourtant, Troy est quelqu’un d’élégamment simple, dont la vie d’itinérant moderne ne semble être pour lui qu’une succession de bons et de mauvais moments. Les quatorze tracks terminent sur un générique de fin, en mode choral rêveur et confortant.

« How To Live On Nothing » exprime la confirmation des choix de vie de l’artiste, qu’il avait douloureusement remis en question, ces dernières années. Cet album expiatoire révèle un tourment latent étouffé par une lumineuse candeur sur toile de bonheur ‘delermien,’ et a déjà été considéré comme meilleur que son précédent ; un univers dont les connaisseurs continueront à se délecter, ce qui prouve que Troy a pris la bonne décision.

 

Various Artists

Danny Krivit Edits By Mr. K, Volume 2 : Music Of The Earth

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A l’instar d’un Larry Levan ou d’un Walter Gibbons, Mr. K alias Danny Krivit est un roi de la réédition. Résident des ‘718 Sessions’ et de ‘Body & Soul’, le Newyorkais a vécu les belles épopées du disco. Il est, en outre, responsable de solides remixes, dont la perle « You Got Me Runnin' (Danny Krivit Breakdown Edit) » de Lenny Williams, disponible sur le « Fabriclive.36 », mixé par James Murphy et Pat Mahoney. Comme un vrai junkie des plaques sonores, Krivit connaît son sujet sur le bout des doigts ; et est à ce jour, l’un des DJ les plus notoires de la Grande Pomme, pour animer les soirées où disco rime avec transpiration.

Encore une fois, le label Strut est au taquet. Après avoir distribué en 2003 une première compilation des fines rééditions de Mr. K, l’écurie teutonne claque des doigts et c’est tout le monde du disco qui est chamboulé. Krivit signe donc ici le second volume à l’aide de ses armes dansantes. Intitulé « Music Of The Earth », on y retrouve des tracks soul, disco et funk. A la demande de Strut, le DJ y balance des raretés jamais publiées auparavant. On s’extasie d’abord pur le « Chicano » de Black Blood. Le « Music Of The Earth » de Patrice Rushen nous plonge dans un bain bouillant de soul secoué par une ligne de basse explosive. Enfin pendant presque 9 minutes, « Life & Death » de Chairmen Of The Board nous envoûte de son trip psyché tribal aux percussions lucifériennes et au groove incontrôlable ! Krivit est encore une fois au sommet de son art ; et c’est tout le corps qui entre en transe, sans jamais vouloir se reposer !

Virgin Steele

The Black Light Bacchanalia

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Pour les amateurs de ‘True Metal’, la sortie d’un nouvel album de Virgin Steele constitue toujours un événement. Car si Manowar (NDR : son concurrent direct) s’est un peu perdu en chemin à force de jouer les guignols motorisés en slip de fourrure, Virgin Steele lui, n’a jamais cessé de concentrer sur l’essentiel : la musique.

Le label allemand SPV a très bien compris l’importance d’une telle sortie pour les fans les plus loyaux du légendaire groupe américain. C’est pourquoi il propose le nouvel opus « The Black Light Bacchanalia » en trois formats différents. Une formule qui devrait ravir non seulement les collectionneurs les plus acharnés, mais aussi les fans de métal désireux de se payer, tout simplement, une bonne tranche de leur musique favorite. Il est donc possible d’acquérir, selon la préférence ou le contenu du portefeuille de chacun : soit un Cd simple boîtier (11 titres), une version double digipack (1 Cd 11 titres + 1 Cd 2 titres bonus + un ‘spoken words’ de David DeFeis, au cours duquel il dévoile l’histoire de son groupe) ou encore, pour les collectionneurs ultimes, un coffret luxueux (limité à 3.000 exemplaires pour le monde entier) réunissant trois vinyles, un bouquin consacré au groupe rédigé par DeFeis en personne, un poster, un autocollant, une carte postale et l’album version Cd. Notons encore que les trois formats (Cd, Digipack et Box) sont tous proposés sous un artwork différent.

Pour la musique, celles et ceux qui ont suivi de près la carrière des New Yorkais savent déjà à quoi (elles) ils peuvent s’attendre. Car si Virgin Steele a hésité entre plusieurs styles, au début de sa carrière, il n’a plus vraiment changé de ligne de conduite depuis la publication de « The Mariage of Heaven and Hell Part I », en 1994. Et, si vous attendez autre chose que du heavy métal épique et classieux frisant la perfection, il ne vous reste qu’à passer votre chemin.

Depuis la naissance de Virgin Steele, en 1981, David DeFeis mène un combat : celui de conférer de véritables lettres de noblesse au ‘métal véritable’. Pour l’Américain, chaque titre, même les plus longs et les plus épiques doivent rester de véritables chansons. C’est pourquoi il les compose d’abord au piano avant de les traduire en hymnes métalliques. « The Black Light Bacchanalia » recèle donc sa part habituelle de riffs speedés sulfureux, de cavalcades épiques, d’envolées symphoniques, de breaks au piano et de ballades romantiques. Bref, du Virgin Steele comme on l’aime. Bien que le timbre vocal de David DeFeis soit très proche de celui d’Eric Adams (Manowar), on ne retrouve pas, chez Virgin Steele, le discours primaire et abrutissant qui caractérise le true Métal de Manowar. Les textes de DeFeis sont intelligents et utilisent l’histoire et de la mythologie pour délivrer leur message. « The Black Light Bacchanalia » n’échappe pas à la règle et s’inspire des mythes de la Grèce antique, et notamment celui d’Orphée, pour évoquer l’insoumission et la rébellion contre l’autorité.

La carrière de Virgin Steele est jalonnée de classiques. « The Black Light Bacchanalia » peut trôner fièrement aux côtes des « Guardians Of The Flame », « Invictus », « The Mariage Of Heaven and Hell » et autres « House Of Atreus ».

 

Castus

Madona

Écrit par

A l'image du label Matamore qui l'abrite, Cédric Castus, membre émérite de Soy un Caballo aime à colorier son univers d'improbables touches d'humour ‘à la belge’, sans craindre un instant de perdre l'auditeur dans un capharnaüm bigarré. Louable et affichant une intégrité remarquable, la démarche s'adresse au mélomane sachant faire fi de tout à-priori. Des titres comme « Homard » ou « Coboy », ne laissant finalement planer aucun doute sur la paternité spirituelle des Snuls. Les prouesses techniques du guitariste sont donc mises au service de motifs jacquards tricotés avec soin, loin de toute esbroufe ou d'un quelconque tape-à-l’œil. Mais sous cette apparente loufoquerie mise en scène, il n'en reste pas moins un indéniable talent pris entre les mailles de ce grand tricot entre pop, rock et jazz. Si Casimir jouait de la guitare dans Tortoise, le résultat serait sensiblement de cet acabit.

Paul Collins

King of Power Pop !

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Paul Collins a exercé une influence manifeste sur la scène power pop des années 80. A tout juste 18 ans, flanqué de deux amis, il fonde The Nerves, une formation qui rencontre un certain succès. Mais la reconnaissance ne vient que lorsque Blondie reprend leur morceau « Hanging On The Telephone ». Il fonde ensuite The Beat, un combo connu aussi sous le patronyme de Paul Collins’ Beat et publie près de 13 albums !

Pour concocter cet opus, la formation a enregistré au Ghetto Recorders de Detroit, sous la houlette de Jim Diamond (connu pour son travail auprès de The White Stripes). Paul Collins a su bien s’entourer. En guests, on retrouve la voix de Nikki Corvette sur « C’mon Let’s Go ! » et Wally Palmar, chanteur du groupe New Wave The Romantics, sur « Do you Wanna Love Me ? »

Paul Collins’ Beat est parvenu à conserver le son spécifique de ses débuts. Une sonorité très californienne, marquée par les incontournables Beach Boys. On se souvient d’ailleurs de ces émissions télévisées qui proposaient des sessions live des groupes et surtout les cris poussés par des jeunes filles hystériques, à la vue de musiciens aux coupes de cheveux similaires à celles des Beatles. C’était la belle époque où le rock’n’roll battait son plein. En publiant « King of Power Pop ! », Paul Collins’ Beat nous renvoie une quarantaine d’années en arrière et ce n’est pas pour nous déplaire.

Steven De Bruyn, Tony Gyselinck, Roland Van Campenhout

Fortune Cookie

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Roland Van Campenhout est de nationalité belge. C’est un vétéran du blues. Mais surtout un artiste complet, généreux et talentueux. Il arpente les scènes depuis tellement longtemps, qu’on a peine à croire qu’il ne va bientôt entrer dans le club des septuagénaires. Si à une certaine époque, il a drivé ses Blues Workshop, il a surtout privilégié une carrière individuelle, souvent marquée de collaborations marquantes. Ami de feu Rory Gallagher, il a bossé en compagnie d’Arno chez Charles et les Lulus, dans les années 90.

Steven De Bruyn est un jeune harmoniciste. Révélé d’abord à la tête d'El Fish, ce musicien talentueux, doublé d'une personnalité forte et d'une sensibilité hors normes, est le digne successeur de Toots Thielemans, même s’il n’évolue pas dans le même registre.

Steven est également impliqué chez les Rhythm Junks tout comme Tony Gyselinck, un batteur particulièrement notoire dans le monde du jazz belge

Lorsque Filip Casteels, le guitariste originel, a quitté El Fish, Roland est souvent venu renforcer le line up, sur les planches. C’est dire si Gantois et le Louvaniste étaient nés pour se rencontrer et partager leurs valeurs musicales. Ils ont d’ailleurs enregistré un album ensemble, "Waterbottle"!

Ce nouveau trio s'était produit lors de la dernière édition du festival Roots & Roses de Lessines, le 2 mai dernier. Un set qui avait littéralement médusé l’audience. Les trois compères se sont réunis, en studio, au cours des mois de mars et juillet 2010. Ils maîtrisent parfaitement leurs instruments. Ce qui explique pourquoi leur musique est impeccable, mais aussi aventureuse. Atmosphérique également. Difficile d’ailleurs de lui coller une étiquette, puisque les différents partenaires cherchent à explorer de nouvelles voies en tirant parti, tour à tour, du blues ou du jazz. En fait, on a même l’impression que ces nouvelles sonorités, ils les découvrent au fil des sessions.

Plage récréative, "Allumeuse Bayan" ouvre l’elpee. Imaginez un Toots Thielemans évoluant au cœur d'une world music parcourue d’effets électroniques. Steven joue de l’harmo d’une manière assez classique. Jazz bien sûr. Face aux percussions profilées comme un raga indien. Le tout traversé de bruitages électroniques. Avant que Roland n’y injecte des sonorités de cordes un peu particulières, entre dobro et sitar! "Reinvent yourself" intrigue davantage. Steven récite ses mots dans un monde bien étrange. L'harmonica adopte un profil  discrètement lyrique. Lorsque les trois instruments jouent de concert, l’expression sonore baigne au cœur d'un blues subtilement funky. L'intro de "She knows how" est chaotique, presque déjantée. Le climat est pourtant hispanique. Une compo qui atteint cependant sa pleine puissance. Le chant frêle et délicat de Steven est bientôt rejoint par la voix graveleuse et tellement profonde de son comparse. Le résultat est étonnant, insolite mais toujours séduisant. Une vague électronique déferle sur "Boots & bitches". De quoi provoquer un climat de transe, rappelant à nouveau les ragas indiens, que soutiennent les percussions de Tony. L'harmonica de Steven divague dans le décor sonore, tandis que les cordes de Roland écrasent tout sur leur passage. Torturées, elles ne cessent de gémir tout au long de cet exercice de style d’une durée de près de 5'. Ballade relaxante et d’une grande pureté, "Tiny tiny" détermine une sorte de trêve instrumentale. Le timbre de Steven est serein, empreint de douceur. De Bruyn s’accompagne à la guitare résonator tandis que Roland se réserve les claviers, afin de communiquer au morceau une ambiance lugubre et cosmique à la fois! "King Kong in the Lunapark" macère dans un climat blues. Roland chante d’une voix grave. Elle pourrait émaner outre-tombe. Un certain effroi nous parcourt l’échine, tandis que Steven nous divertit de petites phrases claires et lumineuses. "Teeth grinder" adopte un tempo fort proche. Une longue fresque qui se développe très lentement. Tony balise la compo de ses fûts. Il double aussi aux claviers tandis que Steven arrache des sonorités pas possibles de son instrument. L’atmosphère ne respire pas la joie. Plutôt même un mal-être que cherche à tempérer les cordes de Roland, inspirées par cette texture minimaliste. Rien ne peut atteindre la sérénité de Mr De Bruyn. Même pas une araignée dans la figure. Il conserve son calme et son assurance tout au long de ce "Spider on my face" qui achève la première œuvre de ce trio. Sa voix est soutenue par les deux guitares. Le rythme s'accélère cependant progressivement. Le chant se dédouble. Les sonorités des cordes acoustiques sont limpides. Impressionnant ! Un bien bel album !

Hildur Gudnadottir

Mount A

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‘The perfect soundtrack pour se perdre en forêt la nuit’ disait on en 2006 quand la première mouture de cet album est sortie. A l'écoute de cette version remasterisée, de prime abord, il semble que la demoiselle active au sein du Nix Noltes Big Band et officiant régulièrement chez Mum ou Pan Sonic n'a toujours pas retrouvé le sentier de la clairière. Et ce même si le titre d'ouverture s’intitule « Light », on est en droit de se demander de quel type de lumière ténébreuse il est bien question.

Dans ces bois obscurs, il fait froid ; les pas crissent dans la neige, le vent glace les ossatures et les stalactites qui pendent des arbres carillonnent tristement. La folie comme seule compagne d'infortune, et la lune qui nargue par dessus les branches.

Errant de plages en plages à la recherche d'une éclaircie dans ces paysages désolés et sombres comme l'intérieur d'une tombe, l'imagination dessine bientôt des images palpables d'un film inexistant. Fantômes, spectres, et autres créatures fantasmagoriques venant peu à peu peupler les visions de ce conte en noir et blanc. Les cordes pleurent et se fondent en longues complaintes, conférant à l'ensemble de ce disque une aura pesante comme une tenture de velours dressée dans la neige durcie d'un froid hiver islandais. Mais à mi chemin, « Self » et son cortège de notes dissonantes (mais qui du zither ou du gamelan est cet instrument fascinant d'où émanent de si ensorcelantes vibrations?) empruntent une voie sous le couvert des branchages lourds de secrets jalousement gardés. En une gracieuse procession, se dressent alors les premiers feux dansants de souvenirs figés.

Beau, mais terriblement sinistre, froid, mais superbement brodé, ce disque continue sa progression virevoltante et le contraste saisissant entre les instruments graves et cristallins accentue le sentiment d'hébétude face à tant de subtilité. S’achevant dans un scintillement suggérant subtilement l'espoir et l'issue à emprunter pour sortir de cette forêt oppressante. Pris par la main d'Hidur Ingveldardóttir Gudnadottir, passants, trouvez votre chemin.

 

Jil Is Lucky

Jil Is Lucky (sample)

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La pochette relève de l’énigme. Qui est ce jeune homme à la coupe afro entouré de power rangers ? Un visuel plutôt disco pour un son totalement folk. Chercher l’erreur. Néanmoins ceux-ci ont leur importance. Le premier porte un turban, le second une tiare papale, le troisième un keffieh arabe et on termine par Judenhut. Il s’agit bien d’un rébus ! Qu’ont-ils en commun ? Leur multiculturalité.

Derrière Jil Is Lucky se cache un jeune Parisien qui écrit et compose ses propres morceaux. Jil voyage énormément et nous propose, sur cet album éponyme, un univers empli de sons venus d’ailleurs. Tantôt russe, tantôt afro et même une pointe texane. Résumer Jil Is Lucky à un simple son folk relèverait de l’aberration.

En plus de mélanger les styles, l’album dégage une flopée de sentiments : la mélancolie, le bonheur et la folie. Certains morceaux nous font même penser à des réunions de famille où tout le monde, guitare à la main, chante joyeusement. Même lorsque le groupe part en sucette sur des titres comme « When I am alone », il garde un son impeccable ! « The Wanderer », premier titre et single de l’album séduit par sa sonorité entraînante. En décembre 2009, il est choisi par Kenzo pour sa campagne de publicité mondiale ! Cependant, un petit bémol. A trop mélanger les couleurs, on part dans tous les sens et on finit par perdre en cohérence.

Difficile cependant d’en dire plus, car cette version sampler ne compte que 6 titres, alors que l’album en propose 12.

King’s X

Live Love In London

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Une certaine osmose entre King’s X et son public londonien a toujours existé. En 1988, alors qu’il venait à peine de publier son premier opus, « Out Of The Silent Planet », et qu’au pays, il se produisait encore devant une audience limitée, le trio texan remplissait déjà le Marquee de Londres. En hommage à ces fans qui l’ont toujours soutenu, King’s X s’était promis d’enregistrer son premier live officiel dans la capitale britannique. C’est désormais chose faite. « Live Love In London », qui sort chez Inside Out Music aux formats Dvd et double Cd, a été immortalisé en janvier 2009, lors d’un set accordé dans un Electric Ballroom londonien complètement sold-out (NDR : Il existe un Dvd intitulé « Gretchen Goes To London » publié en 2008 qui, bien que repris dans l’onglet ‘discographie’ du web site de King’s X, n’est pas considéré comme une sortie officielle).

Bien que nous soyons privés d’images (nous n’avons malheureusement reçu que la version audio promotionnelle), nos oreilles nous permettent d’apprécier le véritable culte que les Anglais vouent aux trois Texans. Leur entrée triomphale sur « Groove Machine » est saluée d’une salve de cris et d’applaudissement par un parterre qui répond comme un seul homme à chaque injonction de Ty Tabor (guitare et chant) et de Doug Pinnick (basse et chant). Le lien qui unit le public à ses idoles est palpable à chaque instant. L’Electric Ballroom ne se contente pas de regarder et d’écouter, il participe et vit son concert. Sur « Summerland », par exemple, la foule heureuse, reprend le refrain à tue tête. Sur « Over My Head » Tabor et Pinnick transforment l’audience en une immense chorale qu’il fait vibrer de superbes ‘Music Music I hear Music’. Mais c’est tout au long de « Goldilox », que Tabor, Pinnick, Jerry Gaskill (batterie) et leur auditoire prennent littéralement leur pied (et nous aussi par la même occasion). Le titre phare du premier opus est chanté dans son intégralité par un public au comble de l’extase, et ce, sans aucune intervention des vocalistes du groupe. Nous assistons là à un pur instant de bonheur.

Comme nous l’avons signalé dans le premier paragraphe, l’enregistrement date de janvier 2009 et la setlist fait la part belle au dernier album en date (NDR : « XV » sorti en 2008) dont pas moins de cinq titres sont interprétés. Cependant, les classiques ne sont pas oubliés : « Pleiades », « What Is This », « Black Flag », « Dogman », « Visions », « Moanjam ». Au total 19 plages qui mélangent groove ultime, harmonies vocales superbes et émotions incandescentes.

Plus qu’un live, « Live Love In London » est la célébration d’une histoire d’amour entre trois artistes et leurs fans. Un must si vous êtes au nombre d’entre eux.

 

K-X-P

K-X-P

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Lorsqu’on se ballade en Finlande, on se les pèle. Et quand il fait froid et qu’on se prend une grosse claque, ça pique et ça fait mal ! K-X-P illustre parfaitement cette métaphore. La musique de ce quatuor finnois (NDR : issu d’Uusimaa, très exactement) nage (glisse ?) entre electronica et krautrock. En alignant deux batteurs, le combo ne risque pas de tomber en panne de rythmes. Et le disque éponyme en est une parfaite illustration. Pourtant, les synthés sont aussi glaciaux qu’un iceberg. Mais ce mélange savant et meurtrier est digne des mythes kraut teutons comme Neu ! ou encore Can. Timo Kaukolampi est le cerveau du combo ; et cet esprit ténébreux, torturé est responsable de l’intégralité de l’écriture et des lyrics. 

« Elephant Man » ouvre l’elpee. Il démontre que dans le Grand Nord, les autochtones sont capables de construire autre chose que des bonhommes de neige. La froideur synthétique et les beats écrasants de « 18 Hours (Of Love) » nous figent instantanément. K-X-P nous en met plein les oreilles et on en redemande ! Ca tombe bien, « Aibal Dub » nous propulse dans un univers hallucinogène, quelque part entre Subway et Harmonia. Enfin le chapitre se clôt sur le ténébreux « Epilogue » où les voix traitées par le vocodeur et les chœurs se permettent de faire saigner les tympans. K-X-P c’est du lourd, et cette claque qui pique, on la prend volontiers, sans discussion !

 

Microfilm

The Bay Of Future Passed

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Originaire de Poitiers, Microfilm vient de publier son troisième album. Comme son patronyme l’indique, l’expression sonore de cette formation française est étroitement liée au septième art. En 2003, ces musiciens, issus de divers groupes, ont tenté de donner une nouvelle dimension à leur carrière, en développant un projet musical associé à des dialogues de films ou documentaires. On passe du film de série B au documentaire social. Le concept leur a d’ailleurs déjà permis de se forger une certaine notoriété dans le milieu, puisque le combo a déjà eu l’occasion d’ouvrir pour Enablers, Trans Am ou encore Hrsta. Musicalement, Microfilm propose un post-rock évoluant quelque part entre Mogwai et Explosion. Si l’originalité ne constitue pas leur préoccupation majeure, Microfilm parvient néanmoins à faire monter la sauce lorsque les samples entrent en osmose avec la musique. De cet elpee, j’épinglerai le superbe « Blood Sample ». Le band parvient à traduire l’ambiance malsaine et inquiétante du film (totalement inconnu soit dit en passant !) dans la compo. Terne et monotone, « Devant nous, rien » décrit magnifiquement l’aliénation du travail à la chaîne. Malheureusement certains morceaux sont moins pertinents, et perdent alors leur spécificité et donc de leur intérêt.

Microfilm réexplore un genre que l’on pensait, pourtant, tombé complètement en désuétude. Et finalement, il ne se débrouille pas trop mal. Par conséquent, je conseillerai surtout ce long playing aux cinéphiles amateurs de post-rock…

 

Lloyd Miller

Lloyd Miller And The Heliocentrics

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Après avoir enregistré, en 2009, aux côtés du roi du jazz éthiopien Mulatu Astatke, le collectif The Heliocentrics (NDR : le line up réunit 14 musiciens chevronnés !), s’est tourné vers le grand compositeur de jazz, Docteur Lloyd Miller. Né en 1938, ce Californien commence très jeune à pianoter tout en suivant très vite son père, lui même clarinettiste professionnel au sein du New Orleans Jazz. Après avoir accompli un voyage en Iran, auprès de son paternel, Miller s’intéresse de plus près à la musique issue d’Asie et du Moyen Orient. Il séjourne ensuite en Europe où il commence à faire ses armes en jouant auprès des plus grands : Eddie Harris, Don Ellis ou encore Jef Gilson. C’est cependant sur le Vieux Continent qu’il apprend à jouer de la musique iranienne et vietnamienne. Durant les 70’s, Miller s’installe à Téhéran. Il devient docteur en musique iranienne et y présente un show télévisé qui récolte un grand succès.

La géniale écurie Strut régale donc à nouveau en nous proposant ce brillant essai fusionnant jazz contemporain et sons ethniques. The Heliocentrics laisse place au maître sur des tracks où les instruments atypiques se succèdent les uns à la suite des autres. Riche en musicalité, cette galette brille par sa consistance. Les mélomanes voyagent en terre inconnue où les sonorités nous plongent dans un agréable moment de léthargie. On en ressort apaisé et tranquille. Un disque particulier qui plaira très certainement aux amateurs de jazz en quête de nouvelles sensations.

 

Ortie

Un

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Les anges sont asexués, tout le monde le sait. Ils ne peuvent en principe donc pas se reproduire. L’Eglise étant opposée à toute insémination artificielle et encore plus au clonage, les membres d’Ortie devraient donc se voir excommuniés dans un futur proche. Car Ange a un fils ou une fille, c’est selon. Ou alors, autre alternative, c’est p’tête (NDLR : prêtre ?) bien Marc Seberg qui est passé par là, comme Gabriel autrefois dans la chambre de Marie… En un mot, on sent clairement une filiation vers ce genre d’artiste qui a sévi, il y a une vingtaine d’années ; un peu plus peut-être même pour Ange (NDLR : groupe que Christian Décamps a d’ailleurs reformé en 2009 !)

Faisant suite à « Zéro », un mini-elpee cinq titres publié en 2008, « Un » constitue la seconde réalisation d’« Ortie ». Dan, Ben, Martin et Béo ont enregistré un album complet. 12 morceaux au total. Toujours dans la même lignée, dans un style qui leur est propre.

C’est un rock intellectuel voire cérébral qui nous est proposé par la formation grenobloise, même si, bien évidemment, le son a évolué. La musique baigne davantage dans l’électro rock que dans la chanson française dispensée, dans le passé, par le quatuor. Encore que la façon d’interpréter quelques titres (plus parlés que chantés) nous rapproche à nouveau du genre premier. Des textes tantôt noirs, profonds et même parfois, ben oui, d’amour, sont soutenus par des mélodies brutes, assez carrées et intenses. Ortie utilise même le terme ‘Noisy’ pour qualifier son style musical. Et il est vrai que l’on a parfois l’impression de visiter des sous-sols glauques, à l’écoute de certains titres assez ‘bruyants’. Mais puisqu’ils le revendiquent…

Bref, cet opus est sombre, difficile à ‘pénétrer’, et ne concède que trop peu d’‘d’accroches’ pour séduire un public non averti. Certes, le titre maître ou encore « In The Crowd » et « What Do You Want » (seuls morceaux interprétés en anglais) sont assez accessibles, mais ce sont les rares exceptions qui confirment la règle. Difficile donc d’écouter d’une seule traite les 12 titres, dont un très bon instrumental, « Ø », qui lui, fait un peu penser au Cure de la grande époque.

A découvrir, certainement, mais à doses homéopathiques. Pour les curieux, surtout !

 

Frankie Rose

Frankie Rose and The Outs

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Frankie Rose n’est pas exactement une inconnue. Jouissant d’une solide réputation au sein du microcosme brooklynien, la jeune New-Yorkaise exploite le minimalisme de Maureen Tucker et joue de sonorités modernes pour construire sa propre identité musicale. Une présence emblématique qui vient naturellement habiter les cocons de Crystal Stilts, Dum Dum Girls et Vivian Girls. Fers de lance d’une scène indie en effervescence, ces groupes usent de tout matériau pour tisser un univers onirique : un son garage lo-fi, une réverbération additive, une expérience ‘spectorienne’, une esthétique sonore empruntée à Jesus And Mary Chain, un esprit ‘velvetien’… Et, surtout, une solide éthique DIY (NDR : l’étiquette ‘Do It Yourself’ englobe les formations musicales qui assurent la réalisation d’un disque dans son intégralité, de la production au concert). Démarche artistique qui a influencé toute une génération de groupes à travers le monde (NDR : en particulier The Raveonettes). Similitude inquiétante que l’on retrouve d’ailleurs sur « That’s What People Told Me ». Titre dont la ligne de basse et les guitares frôlent incestueusement le « Gone Forever » du groupe danois.

Le premier opus de Frankie Rose and The Outs est éponyme. Et la dream-pop n’a jamais aussi bien porté son nom. Un voyage hautement atmosphérique qui se projette bien au-delà du mur du son. Une traversée épique qui oscille entre rêve et nostalgie. Entre hier et demain. Epoque atemporelle qui ne se borne pas à ressasser les airs sur lesquels vos parents ont perdu leur virginité mais les réinvente. Un non lieu aux paroles énigmatiques : ‘Bordel ! Parfois, je ne sais même pas ce que signifient mes chansons !’  

Lorsque « Candy » et « Girlfriend Island » revisitent les fantomatiques golden-oldies, le battement des pédales de « That’s What People Told Me » nappe le ciel de sons à vous couper le souffle. C’est comme si Cocteau Twins et Shangri-Las étaient montés, ensemble, dans une machine à remonter le temps pour réaliser un elpee fraîchement produit par Phil Spector.

Frankie Rose and the Outs (guitare : Margot Bianca – basse : Caroline Yes – batterie : Kate Ryan) parviennent globalement à ériger de splendides cathédrales de dream-pop sombre. Onze titres totalement voilés de reverb qui transcende le genre et s’enrichit d’une juxtaposition complexe d’influences. Des pistes ornées de claviers éthérés, de grelots frissonnants et de mélodies mélancoliques (« Hollow Life » et « Lullabye For Roads and Miles ») croisent des ballades étrangement désincarnées (« Save Me » et « Memo »). Le quatuor féminin réussit alors à créer une atmosphère aseptisée, une imagerie mentale qui ouvre les portes d’un no man’s land onirique que nulle âme n’habite. 

Un bricolage savant qui passe facilement des symphonies de réverbération de « Little Brown Haired Girls » aux élans garage tordus de « That’s What People Told Me » et « Don’t Tread ». Soulignons, pour finir, l’excellente reprise de « You Can Make Me Feel Bad » d’Arthur Russel.

Un long playing que tout amoureux de musique indépendante peut dégoter dans les bacs depuis le 11 octobre 2010. Aux amateurs du genre, je conseille vivement de se hâter car aucun concert n’est prévu en Belgique pour promotionner ce disque.