La première ébauche de Beguiling Junior

Le mystérieux duo Beguiling Junior, formé par Kaya Wilkins (Okay Kaya) et Oli Burslem (YAK), s'apprête à dévoiler son tout premier elpee intitulé « First Cut ». Attendu pour le 2 octobre 2026, ce disque marque la naissance officielle d'une collaboration aussi…

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The Cure
Jon Spencer

Mark Lanegan

Somebody’s knocking

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Mark Lanegan Band

La discographie de Mark Lanegan est longue comme un bras. Il ne faut pas oublier qu’il a gravé 10 albums en compagnie de Screaming Trees et surtout qu’on ne compte plus les collaborations et ses projets parallèles, outre sa carrière en solitaire, pour laquelle il vient de publier son 11ème elpee solo. « Somebody’s knocking » constitue la seconde phase gothico-cold-new-wave de ce parcours. Enfin, pas tout à fait, car il est quand même soutenu par un backing group.

Bref, si cet opus est contaminé par l’électro (boîte à rythmes, synthés), il implique quand même des instruments organiques, dont des guitares. Le plus souvent carillonnantes, dans l’esprit de John McGeoch ou de Tristan Garel-Funk (Sad Lovers & Giants). Et puis une ligne de basse offensive, menaçante, à l’instar de l’excellent et accrocheur « Name & number ». On retrouve bien sûr le baryton profond et caverneux de Mark qui taraude des compos convoquant tour à tour les fantômes de Joy Division (ces pulsations rythmiques sur « Dark disco Jag »), O.M.D., The Mission, Gun Club, Ultravox et la liste est loin d’être exhaustive. Exception qui confirme la règle, « War horse », au cours duquel Lanegan prend l’initiative de rapper sur une boîte à rythmes hip hop.

Mais dans l’ensemble, ce long playing tient parfaitement la route, même s’il nous replonge au sein d’un climat empreint de nostalgie…

Ezra Furman

Twelve Nudes

Écrit par

« Twelve Nudes » constitue le cinquième elpee solo d’Ezra Furman, si on ne tient pas compte des trois opus enregistrés en compagnie de son backing group, The Harpoons. Pour concocter cet LP, le chanteur, guitariste, harmoniciste et compositeur américain (NDR : il est né à Chicago, dans l’Illinois) a bénéficié de la mise en forme du notoire John Cogleton (Sharon Van Etten, St Vincent), un disque bien punk dans l’esprit de MC5 voire de Jay Reatard. Encore que certaines mélodies lorgnent carrément vers Suede, et tout particulièrement la valse déglinguée « I wanna be your girlfriend » ainsi que « Transition from nowhere to nowhere ». Le long playing s’ouvre par « Calm down aka I should not be alone », une plage furieuse dont les chœurs rappellent le « Sympathy for the devil » des Stones. Furieuses, c’est d’ailleurs le qualificatif qu’on pourrait coller aux compos, mais aussi à la voix d’Ezra, dont les lyrics véhiculent ses frustrations, et tout particulièrement lorsqu’il observe le monde contemporain qu’il estime dépérir au fil du temps. Encore que lorsqu’il chante véritablement, sa voix est bien timbrée, rappelant parfois Brett Anderson. Et même Axl Rose, tout au long de « Trauma », une piste chargée de groove. « Rated R Crusaders » est caractérisé par des ruptures de rythmes syncopés. Sauvage, « Blown » se limite à la gratte et à la voix. Bien qu’enlevé, « My teeth hurt » ose des sonorités de guitare ‘cornemuse’ (Big Country ?). Et le long playing de s’achever par un morceau de pur rock’n’roll, le tempétueux « What can you do but rock’n’roll ».

LIFE

A picture of good health

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LIFE (NDR : ne pas confondre avec le trio californien fondé en 2012 ni la formation suédoise qui a sévi au début des 70’s) est un quatuor issu de Hull, en Angleterre. Un groupe qui s’inscrit dans la nouvelle mouvance punk et post punk qui rafraîchit actuellement la scène britannique, à l’instar de IDLES, Shame ou encore Fontaine D.C.

Si son premier opus, « Popular music » véhiculait des textes sociopolitiques particulièrement engagés, le second est davantage introspectif, le chanteur Mez Sanders-Green, épanchant ses états d’âme, évoquant même sa rupture de couple et ses problèmes issus de la monoparentalité. Notamment. Mais il fustige également la corruption quand il ne dénonce pas les injustices sociales.

Produit par Luke Smith (Foals) et Claudius Mittendorfer (Parquet Courts), cet opus libère une fameuse énergie, même si certains titres adoptent un profil plus mid tempo. Le plus souvent déclamatoire et vindicative, la voix de Mez n’est pas exceptionnelle, mais elle colle bien à cette musique qui puise aussi bien ses influences chez The Clash, The Fall, Gang of Four, Adam Ant qu’Elastica, tout en conservant cette morgue bien punk et en privilégiant ce tempo post punk. Mez déclame un peu comme Matthew Caws sur « Thoughts » (pensez à « Popular » !), « Half pint fatherhood » se distingue par un dialogue entre le lead vocal et les autres membres du band et l’elpee s’achève par la récitation d’une poésie excentrique. Enfin, on n’en n’oubliera pas pour autant le drumming frénétique, la ligne de basse grondante ou caoutchouteuse ainsi que les cordes de gratte bien saignantes, incisives, parfois tintinnabulantes...

Dirty Sound Magnet

Transgenic

Écrit par

A l’origine, Dirty Sound Magnet était un quatuor au sein duquel militait le chanteur Didier Coenegacht. Après son départ, le band a déniché un remplaçant qui finalement n’a pas fait long feu. Bref, après une trentaine de dates de concerts, le trio fribourgeois s’est trouvé devant une impasse : jouer de la musique instrumentale ou choisir un de ses membres pour se consacrer au micro. Finalement, c’est le guitariste Stavros Dzodzosz qui s’y est collé et le bassiste ainsi que le drummer ont décidé d’assurer les chœurs. Et le résultat est plutôt convaincant. Pour preuve, le second long playing de la formation. Si la voix de Stavros est plus âpre qu’éthérée, les harmonies vocales évoquent régulièrement Mercy Rev voire Flaming Lips. Musicalement, hormis la première partie de « Organic sacrifice », un fragment sculpté dans le funk, le reste de l’opus puise allègrement dans la prog. Depuis Genesis à Marillion en passant par le Yes. Sur certains morceaux la guitare est d’ailleurs hantée par Peter Banks, alors que la basse l’est plutôt par Chris Squire. La majorité des plages sont enlevées, complexes, un peu comme si on organisait une hypothétique rencontre entre Mew, Motorpscyho et Can. Parce que le tempo peut aussi adopter un profil krautrock. Comme sur l’hypnotique et orientaliste « Social media girl », une compo enrichie d’un bouzouki. Autre instrument exotique, un balafon s’invite tout au long de « Social mediaboy », une piste soulignée de chœurs ferroviaires. Curieux, le titre maître se résume à un interlude d’une trentaine de secondes, alors que l’opus concède quand même deux tracks plus lents. Tout d’abord « Hashtag love », moment choisi par le gratteur pour nous accorder un solo à la Jimmy Page. Puis l’instrumental « The death of beauty », un final tramé dans les cordes en arpèges et colorée de chœurs célestes.

Enfin, on épinglera les lyrics de cet LP qui traitent du drame et de la solitude de l’homme contemporain dans un monde où les moyens de communication n’ont jamais été aussi développés, alors que les humains communiquent de moins en moins entre eux. Ce qui explique son titre.

Minimal Compact

Creation is perfect

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« Creation is perfect » n’est pas un véritable nouvel album de Minimal Compact, mais une sorte de ‘best of’ (NDR : ou une sélection de classiques du groupe) proposées dans de nouvelles versions, retravaillées par le chanteur et leader de Wire (et époux de Malka Spigel), Colin Newman. Un inédit, quand même, « Holly holler ». Actif entre 1980 et 1988, le combo s’est reformé à plusieurs reprises, pour remonter sur les planches, le temps de quelques concerts. Faut dire que dans l’intervalle, les différents musicos ont développé leurs propres projets. N’empêche, quel plaisir de retrouver ce mix si singulier, envoûtant, entre post punk et new wave, cette musique dynamisée par des rythmes propulsifs et cette ligne de basse caoutchouteuse, tapissée de claviers luxuriants, soulignées de lignes de guitare hypnotiques et bercées par les mélodies vocales que se partagent Malka Spigel et Samy Birmbach. Le band a annoncé qu’il allait repartir en tournée, en 2020. Mais on espère surtout un nouvel album. En attendant, savourez…

En concert le 24 mai 2020, dans le cadre du W-Festival à Waregem et le 26 mai 2020 à La Machine du Moulin Rouge à Paris.

 

Giant Sand

Recounting the ballads of thin line men

Écrit par

Howe Gelb possède également une discographie longue come un bras (NDR : l’autre pour changer !). En solo, à traves ses collaborations en tous genres –que ce soit dans le rock, la pop, le jazz, le flamenco, l’americana, la country, le folk, le punk ou le gospel– il s’est tout d’abord fait connaître chez Giant Sand. Et notamment en compagnie des futurs Calexico, Joey Burns et John Convertino, mais aussi de l’ex-Green on Red, Chris Cacavas.

En 1986, Giant Sand publiait son second opus, « The ballad of thin line man ». Et Howe a décidé de réenregistrer cet elpee, en compagnie de Tommy Larkins et du bassiste Thøger T. Lund, de changer l’ordre des pistes, d’en éliminer « Watchtower », d’en ajouter un inédite, « Reptilian », plage qui ouvre le long playing, ainsi que deux versions de « Tantamount », dont une en bonus track. Finalement un travail de reconfiguration qu’il avait déjà accompli pour le premier LP, « Valley of rain », l’an dernier, rebaptisé pour la circonstance, « Return to valley of rain ». Le tout est savoureusement électrique et remis en forme sans pour autant dénaturer la nature des compos originales, même si elles se révèlent ici plus énergiques et menaçantes.

Black Moon Tape

Hello Ghost

Écrit par

Projet audacieux et atypique, Black Moon Tape est une invitation au voyage où fond et forme se confondent et se marient à merveille.

D’abord le fond où il est question d’espace. De terres inconnues, d’aventures amorcées, avortées ou simplement rêvées. Histoires de liberté, thème indissociable de l’album mais aussi de la trilogie à laquelle il appartient.

Ensuite, la forme : intemporelle, marquée d’influences manifestes et pourtant digérées, elle renvoie tant à l’enfance qu’à l’adolescence, et à ces accidents qui jalonnent la découverte de la vie...

Bref, une ode au temps qui inexorablement nous entraîne dans sa danse. Audacieux, faut-il le répéter ?

Suite de « The Salvation Of Morgane », lui-même décliné en trois versions distinctes au fil des ans, « Hello Ghost » baigne manifestement au sein d’une certaine nostalgie. Mais pas celle qui minaude ou s’étire paresseusement sous le porche du souvenir. Non, plutôt celle qui suinte en rayons cosmiques d’un œil central grand ouvert sur les vicissitudes de l’existence.

Une image qui colle parfaitement au propos psychédélique de cet opus.

Psychédélisme. Quel terme vague, mot-tiroir où s’engouffrent joyeusement toutes sortes de définitions plus ou moins exactes.

Psychédélique, adjectif à usage multiple caractérisant à tort et à raison la plupart des groupes dont l’approche de la pop ou du rock est non conventionnelle.

Un rayon que Will Z, aux commandes de Black Moon Tape, connaît bien, puisque chroniqueur au sein de Radio Rectangle, il s’est penché sur la question.

Au travers de podcasts que je vous recommande fortement (‘Rock psychédélique à l'usage de mon fils’), il aborde le sujet sous tous les angles en se penchant sur l’avis d’acteurs de ladite scène.

Donc, si de psychédélisme il est question, « Hello Ghost » va bien au-delà de l’étiquette étriquée qui se décline à l’envi, ces dernières années.

Intemporel, faut-il le répéter ?

Pour y Parvenir, Will et son comparse, Pierre Vancraenenbroeck, ont su s’entourer –entre autres– du combo Fake Empire et s’exiler.

Enregistré en grande partie à Berlin au studio Lightning Recorders, vestige de l’ère analogique, l’album s’est construit à l’écart du présent. Pour mieux s’inscrire dans sa genèse. À savoir les racines de Will, et les années 90, où la plupart des morceaux ont vu le jour.

En résulte dix titres emplis de grâce et d’une douce folie onirique, à la fois touchants et diablement efficaces, légers et sérieux, obsédants et indémodables.

Une réussite totale, empreinte de magie et inscrite dans l’histoire de son compositeur, qui vous fera voyager dans ses contrées colorées.

La release Party de l’album se déroulera ce samedi 30 novembre au Hangar, à Liège.

Charli XCX

Marilyn Monroe et Marilyn Manson…

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Charli XCX s’est rappelée à notre bon souvenir, en publiant « Blame It On Your Love », un hit en puissance, pour lequel elle a reçu le concours de Lizzo ; une compo qui fait des ravages dans toutes les playlists. Charlotte Emma Aitchison aka Charli XCX est une véritable machine à tubes : depuis « Fancy » à « I Love It », en passant par « Boom Clap », « Boys » ou encore « 1999 », qui avait bénéficié de la participation de Troye Sivan. Ce qui lui a permis d’accumuler les récompenses (Billboards Music et Brit Awards, nominations aux Grammys ainsi qu’au MTV EMA). Influencée par ses célèbres aînées, en l’occurrence Britney Spears, les Spice Girls, Kate Bush et Donna Summer, elle s’est taillée une place de choix dans un univers très concurrentiel, même si elle n’atteindra sans doute jamais le statut de Lady Gaga, qui n’a pas besoin d’artifices pour se produire en ‘live’, se contentant même parfois d’un piano et de sa voix…  

Dorian Electra assure le supporting act. Agé de 27 ans, il est originaire de Houston, aux States, et a gravé son premier elpee, « Flamboyant », en juillet dernier. Personnage androgyne, il est vêtu d’un pantalon ample et bouffant de couleur sombre, porte des chaussures aux semelles compensées et a enfilé un body féminin rembourré au niveau de la poitrine… Pas de musicos mais des bandes préenregistrées. Interactif, il arpente les planches de gauche à droite (et inversement) et se tortille comme un serpent. La fosse se mue déjà en immense dancefloor. Six spots se focalisent sur l’avant-scène et quatre autres balaient constamment l’ensemble du podium, sur lequel a été collé de la tape fluo. Le set s’ouvre par le titre maître de son LP, un morceau flamboyant et funky, bien dans l’esprit d’un Mickaël Jackson, qu’il chante d’une voix vocodée peu masculine. « Mr. To You » adopte un profil davantage dubstep. Il aligne la plupart des morceaux de son long playing, sans trop changer de ton. Dorian insistera à plusieurs reprises pour que le public se rende au stand merchendasing, après le show...

Setlist : « Flamboyant », « Mr. To You », « Man To Man », « Emasculate », « Live by the Sword », « Musical Genius », « Daddy Like », « VIP », « Guyliner », « Career Boy »

Deux immenses rectangles tronqués sont placés de chaque côté d’un couloir balisé au centre de la scène avec du tape fluo jaune. Au fond, à gauche et à droite, 16 stroboscopes sont superposés par rangées de deux. Pas de musiciens sur les planches, mais encore des bandes préenregistrées. Dommage, car en tournée, elle est régulièrement soutenue par un backing group. Et pas de guests, non plus, à l’instar d’artistes qui ont collaboré avec elle, comme Christine and the Queens, Troye Sivan, Lizzo HAIM ou encore la drag-queen Pabllo Vittar.

Sexy, Charli XCX est habillée d’une robe à froufrous qui s’agite sous le souffle d’un puissant ventilateur, planté juste devant elle. Un peu comme Marylin Monroe. Sa petite culotte est noire. Pas de surprise, elle va l’exhiber régulièrement.

Le set va se dérouler sous un déluge de lumières. Aveuglant, il émane tant de l’arrière-scène que du plafond. Du balcon, on ne voit d’ailleurs pas toujours très bien le spectacle. Les cubes et les smartphones s’allument régulièrement. La diva remue constamment, se déplace, danse et invite la foule à crier, lever les bras, s’accroupir et jumper. Sa voix est puissante. La setlist va privilégier les titres de son quatrième opus, « Charli ». La fosse se transforme de nouveau en énorme dancefloor et la température finit par devenir caniculaire, « Vroom Vroom » et « Gone », en atteignant même le pic. Le public –en général plutôt jeune même si on a croisé quelques parents et grands-parents qui ont probablement entraîné leur progéniture– reprend les paroles en chœur. La bombe insulaire aligne ses hits imparables, mais il y a de quoi être frustré quand on doit se contenter des voix de Haim, Lizzo et Cris (NDR : et tout particulièrement pour « Gone ») préenregistrées. Plus doux et indolents, « I Don't Wanna Know » et « Thoughts » permettent à l’auditoire de reprendre son souffle. Charli remercie la communauté LGBTQ en invitant sur scène de affreux drag queens pendant « Shake It », dont certains ressemblaient plus à Marilyn Manson qu’à Marilyn Monroe. Pas de trace de plus anciens hits comme « Boom Clap », « Fancy » ou encore « Break The Rules » ; et c’est bien dommage. Bon, maintenant, le public semble avoir apprécié le show, s’est amusé, et apparemment n’a pas été perturbé par l’absence de véritables musiciens. Charli XCX a donc récolté le succès que le public, acquis à sa cause, lui a accordé…

Setlist : « Next Level Charli », « Click », « I Don't Wanna Know », « Vroom Vroom », « Gone », « Cross You Out », « Warm », « February 2017 », « Thoughts », « White Mercedes », « Official », «Shake It », « I Got It », «Track 10, Blame It on Your Love », « Silver Cross », « 2099 ».

Rappel : « Unlock It », « I Love It (Cover Icona Pop) », « Boys », « 1999 ». 

(Organisation : Ancienne Belgique et Live Nation) 

Carla Dal Forno

Un merveilleux voyage onirique…

Carla dal Forno est chanteuse, compositrice et multi-instrumentiste. De nationalité australienne elle vit pour l’instant à Berlin. Révélée à l’automne 2016 par son album « You Know What It’s Like », sorti sur le label label Blackest Ever Black, elle propose une musique inclassable, un ‘omni’ (objet musical non-identifié) naviguant entre psychedelic folk, new-wave, trip-hop et lo-fi. Ce soir, l'artiste est venue présenter son deuxième elpee, « Look Up Sharp », paru sur son propre label, Kallista. Grâce à son atmosphère intimiste, La Rotonde du Bota constitue l'écrin idéal pour cette musique à la beauté fragile.

Mais avant de découvrir Carla, les programmateurs du Botanique nous réservent, une fois de plus, une belle surprise. En l’occurrence Daisy Darkpark qui ouvre le bal. Comme pour entretenir le mystère, on ne dispose d'aucune information sur le projet. On sait juste qu’il est belge. Sur le podium, seule derrière la table où sont alignées ses machines, une jeune chanteuse et musicienne développe ses ambiances sombres et ses beats hypnotiques. Le style est original : une musique dark-ambient, électronique et expérimentale, sur laquelle l'artiste vient placer des phrases tantôt parlées, tantôt chantées, le tout entrecoupé de petits cris façon Björk. On est emporté au sein d’un univers sonore post-industriel, rappelant ‘Blade Runner’, que célèbre une prêtresse mutante aux cheveux noirs bouclés, lovée dans une tunique deux-pièces blanche et futuriste. Le dernier morceau du set se détache clairement : plus mélodique, il évoque un Dead Can Dance post-apocalyptique. Complètement tripant ! Après le concert, nous avons pu rencontrer l'artiste et glaner quelques informations. Derrière Daisy Darkpark se cache, en fait, une jeune musicienne et artiste louvaniste, Femke. Elle n'a pas encore gravé de disque, se limitant jusqu'à présent à quelques publications sur Soundcloud mais elle prépare un premier album, dont elle a joué une partie des tracks lors du concert. Le dernier titre de sa setlist, « Felsic Vein » est épatant ! Une composition inspirée par un site majestueux qu'elle a visité en Chine et a provoqué chez elle une révélation quasi-chamanique. Il n'en faut pas plus pour attiser notre intérêt. On attend donc impatiemment ce premier release ! En tout cas, on a eu une belle révélation et, de surcroît, vécu une rencontre avec une artiste unique, hyperdouée et terriblement attachante. 

Toujours un peu perchés grâce à Daisy Darkpark, nous sommes dans l'état idéal pour nous plonger dans la musique vaporeuse de Carla Dal Forno. Accompagnée d'un seul musicien, un ‘synth-wizard’, l'artiste australienne pénètre discrètement sur le podium et tout, dans son look et son attitude, respire la simplicité. Habillée d'un pantalon et d'un pull noirs, elle apparaît comme dans ses clips : belle, douce, timide et mystérieuse. Arborant un sourire un peu mélancolique, elle entame son set par « Don't Follow Me » et le très beau « What You Gonna Do Now ? ». Par rapport à ses précédentes prestations en Belgique, l'interprétation en 'live' de ses morceaux est beaucoup plus fidèle aux versions originales. On regrette seulement la présence trop envahissante, par moments, des effets sonores produits par les synthés modulaires, qui flirtent par trop avec Monsieur Larsen. On remarque également quelques problèmes de justesse, surtout lorsque la chanteuse s'accompagne à la basse. Mais hormis ces petits détails, le spectacle est captivant et d’une grande beauté. Les références sont multiples : The Cure, période « Faith », Virginia Astley, Brian Eno, Tropic of Cancer, Dead Can Dance, Anika, Bat For Lashes, Soko ou Angel Olsen. On est fasciné par la beauté de « No Trace » et, surtout, « So Much Better », que la chanteuse ponctue par un ‘Shout out to my ex !’ très explicite... La setlist nous réserve deux reprises, « Blue Morning » de The Kiwi Animal et « Lay Me Down » de Renée. Mais ce sont surtout « Clusters » et « Took A Long Time » qui provoquent le plus de réactions au cœur d’un public resté jusque-là très silencieux. Sur ces compos envoûtantes, Carla se déhanche lentement, en affichant cette sensualité discrète qui la singularise. Un pur moment de bonheur... qui est malheureusement de courte durée car 45 minutes seulement après être montée sur les planches, la belle nous abandonne lâchement. Et l'absence de rappel s'ajoute alors à ce sentiment de trop peu. Mais ne dit-on pas qu'il vaut mieux un concert court et prenant qu'une longue prestation sans couleurs ? Ne boudons pas notre plaisir et remercions Carla Dal Forno pour ce merveilleux voyage onirique.

(Organisation : Botanique)

Photo : Samual Davidson

TR/ST

TR/ST, c'est loin d’être TRiSTe...

TR/ST, à ne pas confondre avec le groupe français Trust, est un projet créé en 2009 par Robert Hiley (alias Robert Alfons) et Maya Postepski (alors drummeuse au sein d'Austra). Sur son premier album –un éponyme– le duo canadien tissait une electro sombre et sensuelle. Le deuxième opus, « Joyland », coïncide avec le départ de Maya Postepski, désormais orpheline d'Austra et active en solo sous le patronyme de Princess Century. Cette année, Alfons opère son grand retour pour présenter « The Destroyer 1 et 2 », un elpee diptyque résolument sombre et mélancolique. Maya Postepski y fait son come-back, participant à la composition et à la production de plusieurs tracks. Quel plaisir de retrouver la machine à sudation infernale toujours habitée par le même leitmotiv : la danse. Ayant, par le passé, essuyé les planches du DNA, de l'AB Club et du Brass, TR/ST revient ce soir à Bruxelles par la grande porte. Et c'est une salle de l'Orangerie quasi-complète qui est prête à l'accueillir chaleureusement. 

En lever de rideau, la première partie nous réserve d'emblée une très belle découverte : Ela Minus. De son véritable nom Gabriela Jimeno , cette jeune Colombienne établie aux USA, est une véritable magicienne des synthés. Et pour cause, elle les assemble elle-même. Excusez du peu ! Après une longue introduction instrumentale, elle entre dans le vif du sujet. Electro minimaliste, très 'groovy', sa musique évolue quelque part entre celles d'Austra, de Marie Davidson et de The Knife/Fever Ray ; et elle va littéralement fasciner l’auditoire du Bota. Récemment signée par Domino, le label qui héberge Austra, la belle va publier son premier LP l'année prochaine. Retenez son nom !

La température monte immédiatement d'un cran lorsque Robert Alfons apparaît sur les planches. Affichant un look longiligne et félin, adoptant des poses lascives et dévoilant un beau minois, ce musicien est devenu une icône de la communauté LGBT, qui est présente en masse ce soir. Dès les premières notes de « Candy Wall », on comprend que le concert va être très chaud. Musicalement, TR/ST occupe une place à part : c'est de la synthpop très mélodique mais avec une dimension dance, clubbing très prononcée. On pense évidemment à Austra et à Crystal Castles, également issus de Toronto, mais la comparaison peut également inclure les Pet Shop Boys, voire même Coldplay (le morceau « The Destroyer »). « Dressed For Space », extrait du premier long playing, convainc également grâce à sa pulsation disco irrésistible. Pendant « Grouch », le beau Robert tombe sa veste en vinyle et passe à la vitesse supérieure. Visiblement très en forme, il virevolte tel un lapin en rut et sa voix miaule délicieusement. Sur le podium, il est flanqué d'une claviériste, qui semble surtout chargée de vérifier que les séquences préprogrammées soient exécutées correctement par les machines, et d'une batteuse, efficace mais loin d'avoir la finesse technique et l'aura de l'incomparable Maya. Résidente à Bruxelles, cette dernière n'est malheureusement pas présente ce soir, eu égard à ses engagements avec Peaches, à Berlin.

Après la plage titulaire du dernier album, TR/ST entame ensuite une irrésistible montée en puissance, grâce à une version alternative de « Iris » et, surtout, à deux bombes atomiques : « Shoom » et « Bulbform ». La tension est à son comble et Alfons prend congé de la foule, à l'issue d'un « Peer Pressure » émouvant.

Trois titres seront dispensés lors de l’encore : tout d'abord « Unbleached », qui a été déplacé vers le rappel par rapport à la setlist prévue et, pour clore en beauté, « Colossal », une compo qui porte bien son nom ainsi que le petit bijou : « Sulk », qui achève la prestation, et surtout les fans épuisés par 80 minutes de danse non-stop.

Oui, on peut le dire : TR/ST, c'est loin d’être TriSTe… enfin, mention spéciale aux deux ingénieurs du son de la soirée : Elsa Grelot et Guy Tournay.

(Organisation : Botanique)

Photo : @petrafcollins

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