La première ébauche de Beguiling Junior

Le mystérieux duo Beguiling Junior, formé par Kaya Wilkins (Okay Kaya) et Oli Burslem (YAK), s'apprête à dévoiler son tout premier elpee intitulé « First Cut ». Attendu pour le 2 octobre 2026, ce disque marque la naissance officielle d'une collaboration aussi…

Un clip d’animation pour le nouveau single d’Σtella

L'artiste grecque Σtella dévoile son nouveau single intitulé « Belinda ». Cette nouveauté s'accompagne d'un clip officiel au format visualizer, dont les illustrations sont nées sous la plume de la chanteuse elle-même, complétées par les animations de Yokanima…

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Ruby Throat

Stone dress

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Avant de monter Ruby Throat, en compagnie de son partenaire Chris Whittingham, l’excentrique mais également charismatique Katie Jane Garside a milité chez Daisy Chainsaw de 1989 à 1994 et Queenadreena de 99 à 2010. Dans l’intervalle, elle a publié trois albums solos, dont un pour lequel elle avait reçu le concours d’Hector Zazou. Mais c’est déjà en 2007 qu’elle a lancé son nouveau projet, en gravant « Ventriloquist », un disque pressé à 500 exemplaires, accompagné d’un livret en cuir, qu’elle et Chris avaient confectionné à la main. Par la suite, le couple va encore se distinguer par la sortie de supports en éditions limitées, destinés aux collectionneurs ainsi qu’aux inconditionnels…

Ce nouvel elpee a été enregistré à l’issue d’un long voyage accompli autour du monde (NDR : 4 ans quand même). Première constatation, la voix de Katie est quand même particulière. Douce elle est susceptible d’évoquer Jane Birkin, sauvage, elle semble hantée par Tanya Donnelly. Quant à la musique, elle est tramée sur un mode folk. Ce qui n’empêche pas des disgressions électriques de contaminer certaines plages, à l’instar des excellents « Also Elizabeth, daughter of the above » ou « Stone dress », une piste de 7 minutes, dont la première partie met en exergue la voix douce et vaporeuse de Katie, alors que la fin de parcours s’enfonce dans un trip acide. Chris est un excellent gratteur. En picking, en slide, en surf ou encore sous une forme torturée, il apporte une coloration dynamique aux compos. Dommage qu’il n’électrifie pas davantage les compos, car lorsque la musique privilégie le format radicalement acoustique, les morceaux finissent par lasser. D’autant plus que si les contes ou fables tourmentés proposés par Katie tiennent la route, ils semblent se complaire dans un univers qu’on pourrait qualifier de folk noir…

Escape-ism

The lost record

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Outre son job d’animateur radio et sa carrière d’écrivain, Ian Svenonius est (avant tout) un musicien prolifique, issu de la scène punk de Washington. Il a ainsi milité chez Nation of Ulysse et The Make Up. Bref, en comptant ses projets divers, l’Américain a enregistré plus de quinze albums. “(Hi.I’m) the lost record” vient donc s’ajouter à cette longue liste.

Escape-ism, c’est son dernier projet solo. Malgré ses cinquante balais, le musicien n’a rien perdu de son énergie et affiche toujours une même attitude punk. D’ailleurs les titres qui figurent sur cet opus sont abrasifs. Des morceaux minimalistes limités, le plus souvent, à une guitare fuzz et une boîte à rythmes sur lesquels il vient réciter ses textes en ‘spoken word’. Circonstanciellement, une ligne de basse et des interventions de synthé viennent cependant colorer l’ensemble, à l’instar de “I’m a lover (At Close Range)”. Svenonius n’est pas vraiment accro au sens mélodique et il est difficile d’en déceler parmi les douze pistes de “(Hi.I’m) the lost record”, des plages imprimées sur un rythme, en général, spasmodique. Et “Nothing Personal” en est la plus belle illustration. Plusieurs écoutes sont d’ailleurs nécessaires pour s’approprier les morceaux, mais aussi les différencier.

Si ce long playing demeure intéressant, il s’avère un peu trop homogène. Le minimalisme n’est pas la panacée universelle, surtout lorsqu’on néglige les accroches mélodiques…  

Meute

Comment mettre une folle ambiance sans pour autant sacrifier la rigueur technique…

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Meute avait littéralement bouté le feu au Festival Esperanzah, en 2018. Cette véritable machine à danser retourne tout sur son passage, à grands coups de cuivres et des percussions. Le line up réunit onze joyeux drilles, quasiment tous originaires de Hambourg. Ce soir, ils seront douze à fouler les planches. Ils vont nous proposer des versions organiques et audacieuses de titres électro signés Flume, Laurent Garnier, Frankey & Sandrino, Âme, N’to ou encore Trentemøller...

En fait, il s’agit d’une fanfare pratiquant de la guggenmusik, un style rencontré surtout en Suisse, mais également au sein des pays limitrophes, lors du carnaval. Les musicos sont costumés, comme la Meute qui se produit ce soir, mais parfois aussi déguisés. De nombreux cuivres (trompettes, trombones à coulisse, euphoniums, sousaphones, clarinette ainsi que saxophones basse et baryton) ou plus traditionnellement des fifres, des percussions (batteries mobiles, grosses caisses, woodblock), sans oublier le ou les glockenspiels en forme de lyre, constituent la base de l’instrumentation.

L’Orangerie du Botanique est soldout depuis quelques mois, comme toutes les dates de la tournée. Pas de supporting act. Le collectif va faire danser la foule pendant 145 minutes, rappel compris.   

Une immense scène érigée sur différents niveaux permet aux artistes de se regrouper au gré des morceaux, tantôt par deux ou trois têtes de pipe. Bien que chaussés de baskets, ils ont tous revêtu une veste décorée d’une fourragère dorée et brodée d’écussons.  

Le set s’ouvre par le dernier single, « Gula ». Des lumières bleues inondent les deux préposés au glockenspiel (un traditionnel et un en forme de lyre). Le responsable du sousaphone s’installe en retrait et laisse les sept autres cuivres s’installer en front d’estrade, en ligne. Outre les huit cuivres, le groupe implique quatre percussionnistes, dont deux qui se servent de caisses claires avec cymbales, une grosse caisse et un préposé au glockenspiel droit. Celui qui se sert du modèle en forme de lyre a alors abandonné son instrument pour une caisse claire avec cymbales. La machine infernale des cuivres se met en branle à partir de « Rej » d’Âme. Le public réagit déjà, manifeste son enthousiasme et remue inconsciemment le bas des reins.

La combinaison est improbable, mais fonctionne. Le glockenspiel droit emprunte les pistes du synthé, le tuba se mue en basse pulsante et une grosse caisse simule un Roland TR-808. En général, les cuivres ont recours à des sourdines pour reproduire le son d'un filtre passe-haut. Ce n’est pas le cas ici. Le groupe tout entier s'immisce dans une pause, comme si un dj avait ajouté un effet d'écho. L’ingé-son est un véritable artiste. Il faut savoir jouer des manettes, lorsqu’il y a autant de musiciens. Pendant « The Man With The Red Face (Laurent Garnier), tous les musicos s’agenouillent alors que les spectateurs s’accroupissent puis au signal se relèvent, comme des diables qui sortent de leur boîte, avant de commencer à jumper. Et « Tumult », titre maître du seul elpee gravé à ce jour par la formation, porte bien son titre, une bande-son idéale pour mettre le souk et convaincre les plus réticents à danser.  

Du « The Man With The Red Face » de Laurent Garnier, à « Rej » d’Âme, en passant par « Acamar » de Frankey & Sandrino ou encore « Every Wall Is A Door » de N’to, la joyeuse bande reprend allègrement et impeccablement, les classiques de l’électro et la techno.

Deux des trompettistes constituent l’ossature du projet. Thomas en est l’instigateur, mais c’est Hans qui se charge des arrangements et semble remplir le rôle de chef d’orchestre.

Les rappels vont être accordés dans la fosse, au milieu de la foule… un peu trop euphorique, il faut le reconnaître. C’est la semaine du carnaval, mais quand même ! N’empêche, on a vécu, ce soir, une chouette soirée festive, mais soignée par une haute qualité musicale consécutive à une remarquable rigueur technique…

Si vous avez raté ces petits génies du tambour, des cuivres et du marimba, malgré leur tournée estivale accomplie en Europe, ne les manquez surtout plus la prochaine fois ! En ‘live’, Meute est irrésistible...

Setlist : « Gula », « Rej », « Customer Is King », « Think Twice », « Versatyle », « Araxa », « Hey Hey », « Winx », « You And Me », « Every Wall », « The Man With The Red Face », « Drum Solo », « Kerberos ».

Rappel 1 : « Acamar », « Mental Help ».

Rappel 2 : Miss You ».

(Organisation : Botanique)

Laibach

Conceptuel mais déconcertant…

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Suivant sa bonne habitude, Laibach va de nouveau tenter de nous surprendre, ce soir, au Botanique. Entre provocation, brouillage de pistes et jeu de scène époustouflant, le set sera partagé en deux parties distinctes, séparé par une intermission, mais prolongé par un troisième acte (NDR : le rappel), toujours aussi désarmant.

Groupe de référence dans l’univers de la musique indus voire dark wave, Laibach est originaire de Slovénie (NDR : son patronyme n’est autre que l’ancienne appellation de la capitale slovène, Ljubljana). Créative, sa carrière a commencé début des eighties ; aussi, en retracer l’historique nécessiterait l’écriture d’un bouquin, et la résumer est quasi-mission impossible.

Rien que pour comprendre son dernier engagement majeur, en l’occurrence sa tournée accomplie en Corée du Nord, il a fallu se farcir un long documentaire. Intitulé « Liberation day », il était d’ailleurs projeté, la veille de ce concert, au cinéma Nova, à Bruxelles, en présence du réalisateur Morten Traavik et d'Ivan Novak, un des membres du band, une projection à laquelle de nombreux fans ont assisté.

L’Orangerie est presque sold out pour accueillir Laibach. Assez mature, le public réunit de nombreux nostalgiques de la période indus. Le show va démarrer avec un bon quart d’heure de retard. Etonnant quand on connaît la ponctualité bien germanique du combo. Première surprise : l’intro ! Et pour cause, on se croirait dans la basse-cour d’une ferme… Le premier acte est consacré au dernier opus, « The sound of music», dont le tracklisting est interprété dans son intégralité et l’ordre. Inspiré du dernier périple opéré en République populaire démocratique de Corée, mais également du film ‘La mélodie du bonheur’, un long métrage très prisé au pays de Kim Jong-un, cet elpee a, de nouveau, de quoi déconcerter. Pourtant, les premières minutes du set sont carrément agaçantes. Le chant lyrique de la choriste évoque celle d’une candidate de l’Eurovision. Mais dès que Milan Fras grimpe sur le podium pour y poser sa voix immuablement rauque sur le titre maître de l’album, le concert prend une toute autre dimension. L’ensemble devient harmonieux, pondéré et maîtrisé. Même Milan affiche le sourire et adresse un regard bienveillant à l’égard de son public et des autres membres de la formation. Ce qui est inhabituel dans son chef. Les images projetées en arrière-plan et sur les enceintes sont carrément bluffantes. Excellent, « Edelweiss » est enrichi de chœurs d’enfants… mais samplés. Et tout aussi épatant, « So long. Farewell » est décliné en plusieurs langues (‘auf wiedersehen, adieu’).

Après l’entracte, au timing quand même scrupuleusement respecté, place au deuxième volet du show. Pour lequel les acteurs ont changé de costume. Et la musique va aussi changer radicalement de style, passant alors à l’indus. Tout au long de « Mi kujemo bodočnost », Milan nous matraque de slogans. Avant de s’éclipser quelques minutes afin de laisser ses musicos s’exprimer à travers une musique tour à tour bruitiste, jazzyfiante et même métallique. On pourrait imaginer qu’il s’agit d’une jam, mais en fait, tout est réglé comme du papier à musique, à l’instar de l’ensemble du spectacle qu’on pourrait qualifier de conceptuel. « Smrt za smrt » et « Nova akropola » s’enchaînent à merveille. Les lyrics sont martelés à la manière d’un leader politique dont le disours tient de la propagande. Pendant « Vier personen », les  portraits de Marx, Engels, Lénine ou Trump s’affichent tour à tour. Cherchez l’erreur ! Le temps de six morceaux, soit durant une bonne trentaine de minutes, on est plongé au sein d’un univers sombre, à la limite de la persécution…

Et on n’est pas au bout de nos surprises, puisque le rappel va se singulariser par une autre forme d’audace. Laibach nous réserve ainsi une cover du « Sympathy for the devil » des Stones, d’abord. Puis « The coming race » nous plonge dans la science-fiction, et tout particulièrement celle du film ‘Iron sky’. Encore qu’on y décèle, à nouveau, des traces eurovisonaires, mais aussi du générique d’un hypothétique James Bond. Marina Mårtensson, la nouvelle chanteuse, revient sur l’estrade, dans une tenue beaucoup plus décontractée. Haut-perchée, sa voix peut impressionner, mais votre serviteur préférait celle de sa devancière, Mina Špiler. « Surfing through the Galax y » clôt la prestation. Un titre country/folk bien yankee, au cours duquel Milan revient coiffé d’un chapeau texan. Déroutant ! Mais de quoi aussi briser son image gothique.

D’ailleurs de nombreux fans purs et durs d’EBM ou indus de la première heure, reconnaissables à leur crâne plutôt rasé, quittent prématurément le show, criant presque à la supercherie. A contrario celles et ceux qui apprécient l’originalité et la liberté de ton du spectacle, approuvent, félicitent et l’ovationnent, car il est bien plus intéressant que celui de ces groupes ou artistes issus des eighties, qui se contentent, lors de leurs concerts, de proposer un répertoire en forme de ‘best of’… 

 (Organisation : Botanique)

Samba Touré

Depuis le blues du désert jusqu’au delta du Mississippi…

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Le blues du désert, c’est un peu celui du Delta du Mississipi –donc supposé lent– qui intègre des instruments traditionnels maliens. Le père de ce style musical était Ali Farka Touré, décédé en 2006. Il chantait en plusieurs langues africaines, dont le songhaï, le peul, le touareg et le bambara. Des idiomes également pratiqués par Samba. Il a milité chez Farafina Lolo, Super Lolo, Fondo mais aussi au sein du backing group d’Ali, avant de se lancer en solitaire. En mai 2018, il a publié son 8ème opus solo, « Wandé », sur le label Glitterbeat (Kel Assouf, Labi Traore, Jupiter And Okwess, Lobi Traore, Orkestra Mendosa, Tamikrest, …), dont il va nous réserver de larges extraits, tout au long de ce set accordé face à une centaine de spectateurs…   

Un peu après 20h30, stetson vissé sur le crâne, Samba Touré grimpe sur l’estrade. Il va se consacrer au chant et à la gratte électrique. Il est suivi par un trio vêtu de costumes traditionnels de l’Afrique de l’Ouest, dont un bassiste (NDR : une cinq cordes !), un drummer –qui s’installe sur une calebasse en bois retournée sur un cajon (NDR : une sorte de gita)– ainsi qu’un préposé au tama (percu de la famille des membranophones) et au n’goni (type de luth à cordes pincées), des instruments indigènes, dont il joue de deux modèles, mais de tailles différentes.

La première moitié du spectacle s’inscrit dans la lignée du blues traditionnel du Delta, si bien incarnée par John Lee Hooker ou Ry Cooder. Les solos de guitare sont nombreux et empreints de délicatesse. Statiques, les musicos semblent plongés ans une forme de méditation divinatoire, au sein de laquelle flotte la voix pure de Samba.

Fruit de la rencontre entre les racines maliennes et les influences occidentales, la musique de Samba, lorsqu’elle devient dansante, se charge d’intensité et libère énormément de groove. Et le second acte va se révéler davantage rythmé. Le tama dynamise les compos et quelques spectatrices remuent le popotin ou entament une danse africaine propice à l’envoûtement. Les interventions du préposé au n’goni et celles à la guitare Touré, parfois funkysantes, mais surtout hantés par son mentor Ali Farka Touré ou carrément Bo Diddley, rivalisent d’efficacité au fil de l’amplification des sonorités et du recours aux pédales de distorsion, alors que le préposé à la basse s’évertue à respecter une ligne de conduite douce et harmonieuse…  

La crise au Mali est peut-être terminée, mais les dangers demeurent toujours bien présents. Bien sûr les morceaux d’«Albala » sont moins sombres que sur le précédent LP, enregistré lorsque les Islamistes contrôlaient son village. Mais il nous rappelle sa colère, ses angoisses et ses souffrances, nées de l’indifférence manifestée par le monde extérieur, à travers le single issu de cet elpee, « Gandadiko », alors que « Woyé Katé » est un appel au retour des réfugiés… 

(Organisation : Ancienne Belgique + Glitterbeat Records)

The Prodigy

Disparition de Keith Flint, le chanteur de Prodigy

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Keith Flint, chanteur emblématique de Prodigy, a été retrouvé mort ce lundi 3 mars, à son domicile, dans l’Essex. Il se serait suicidé, d’après Liam Howlett, cofondateur de la formation. Il était âgé de 49 ans. ‘Le décès n’est pas considéré comme suspect’, a d’ailleurs précisé un porte-parole de la police.

Le band venait d’entamer une tournée internationale, suite à la sortie de son septième elpee, « No tourists », paru en novembre dernier. Fondé en 1990, il avait décroché deux énormes tubes, grâce à « Firestarter » et « Breathe », mais avait surtout défrayé la chronique, en gravant le controversé « Smack my bitch up », un autre hit extrait de l’album « The Fat Of The Land », paru en 1997. En outre, il a vendu plus de 20 millions d’albums, à traves le monde. En mixant, punk et dance, il est considéré comme un des combos les plus influents de la scène rave underground.

Le look excentrique (cheveux fluos en chauve-souris, piercings et tatouages), refusant de faire le moindre compromis, Keith Flint était, bien sûr, la figure de proue de Prodigy. Musiczine avait encore assisté au concert du groupe, en décembre dernier (voir compte-rendu ici)

 

 

RIVE

Narcose

Écrit par

Derrière RIVE, se cachent Juliette & Kévin. Amis dans la vie, ils sont unis par un lien quasi-ombilical entre complicité et complémentarité artistique.

Elle incarne le côté ouaté de la formation. Une voix chaude et sensuelle qui procure à l’ensemble quelque chose de très mélodieux. Lui apporte la subtilité un brin tribale avec cette rythmique précise qui devient vite entêtante.

Leur histoire pourrait s’inspirer d’un conte de fées. Formé en 2015, le combo remporte douze prix au dernier Concours ‘Du F. dans le texte’ l’année suivante. Le premier Ep « Vermillon », paru en 2017, est salué par la critique.

Si les compos éléctro/pop fleurissent au sein du paysage musical comme les jonquilles fleurissent au soleil, « Narcose », premier elpee, parvient à se démarquer brillamment de la masse. Il est particulièrement réussi.

Fait plutôt rare, l’univers sulfureux, singulier et enchanteur, puissant, émouvant et attachant, emmène celui qui prête une oreille attentive vers de grands espaces de liberté orgasmiques. D’une belle subtilité, les sonorités se chargent d’émotion à chaque écoute.

L’expression graphique ensuite. Le clip de « Vogue » comptabilise plus de 115 000 vues sur la plate-forme Vimeo et a créé la surprise dans différents festivals internationaux. « Justice » connaîtra un sort identique. Sans oublier l’artwork qui subjugue…

L’équipe du Temple Caché s’est d’ailleurs à nouveau penchée sur « Fauve », premier single, tout aussi léché dans l’esthétique, pour lequel la technique de la 3D a été utilisée afin de plonger le téléspectateur dans les années 80 à travers cette histoire iconoclaste d’un couple d’humanoïdes, survivant de l'apocalypse, qui tente de s'aimer à tout prix.

Les compositions sont limpides et plutôt simples dans la structure couplet/refrain, ce qui n’en fait pas pour autant un terrain critiquable. Ce qui les différencie vraiment de leur homologue, c’est l’absence de simplisme ; là où certains se seraient contentés d’une zone de confort, le combo bruxellois s’approprie des chansons qui vont crescendo pour maintenir la pression et finissent par exploser joyeusement à la tronche façon arc-en-ciel, à l’instar du titre maître.

A l’instar de « Filles », les thématiques féministes (parfois un peu poussives, mais on leur pardonnera) se réfèrent évidemment à cette nouvelle vague de protestation des femmes qui gronde en ce moment, lorsqu’elles n’évoquent pas la nostalgie de l’adolescence parti en « Croisades » ou encore l’amour éternel « Infini ».

La lettre comme toujours est ciselée pour mieux narrer tantôt le quotidien de tout un chacun, tantôt un imaginaire aux accents surréalistes conférant à cet opus un pouvoir surnaturel qui emmène naturellement l’auditeur vers des cieux infinis.

Le grain vocal de miss Bossé est contemplatif, doux et sucré. Il salive de tendresse, de douceur, de réconfort et s’émancipe de toute forme de mélancolie. Le jeu très subtil de son comparse épouse ces courbes immaculées de mystères et apporte une brise fraîche qui sent bon l’été tout proche.

Superbe !

Clara Luciani

Créative et aussi capable de surprendre, sans s’étendre…

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Si le mois de mars est marqué par les prémices printanières, soufflant le froid polaire ou le chaud méditerranéen, le spectacle qui se déroule aujourd’hui, dans l’enceinte du Théâtre du Manège de Mons, est quant à lui brûlant d’intérêt.

RIVE, binôme sexué bruxellois et Clara Luciani, artiste en vogue outre-Quiévrain, sont programmés au sein de cette structure dont le nom a été choisi en souvenir de l’ancien manège militaire de Léopold, car c’était son emplacement, avant qu’il ne soit bombardé en 1944.

Les lieux sont très tôt pris d’assaut, puisque le concert a été décrété sold out rapidement. Si les uns ont un premier essai tombé fraîchement dans les bacs depuis hier seulement, la seconde a déjà acquis une belle notoriété grâce à son tube « La grenade », martelé fréquemment sur les ondes radiophoniques généralistes.

A 19 heures pétantes, à peine la lune vient d’y dévoiler sa robe blanche et nacrée, que le duo monte sur les planches. Elle, au piano, à la gratte électrique et au chant. Lui, se charge des fûts et des claviers.

Formé en 2015, RIVE (s’) impose un style électro-pop enjoué. Face au succès critique et populaire, un premier Ep, « Vermillon », voit le jour seulement deux années plus tard. Deux titres seront traduits en clips, « Vogue » et « Justice », des vidéos à l’expression graphique hautement léchée que l’on doit à l’équipe du Temple Caché.

C’est un par « Soleil » rayonnant que nos hôtes d’un soir embrasent leur tour de chant. Juliette martèle l’ivoire avec conviction et détermination. Son grain de voix éthéré, chaud, passionné et sensuel suscite le désir et en devient même émouvant.

La frappe de Kévin sur les peaux est d’une amplitude rare, comme s’il était très habité. Il vit d’une intensité rare son univers. Sa rythmique hautement précise devient vite entêtante et enveloppe les compositions avec acharnement.

« Fauve » emboîte le pas et nous dévoile une vision de l’amour et des rapports charnels très contemporains, la demoiselle assumant, semble-t-il à merveille cette nouvelle féminité.

Les thématiques sont plurielles et contemplatives de la société moderne. Les textes sont ciselés. Ils ont du coffre et de la puissance tout en offrant une proposition narrative très intéressante. Il y a à la fois du vécu et un soupçon de virginité.

Qu’elle soit due à une phase de sommeil artificiel ou encore à l’ivresse incontrôlée, « Narcose » plonge l’assemblée, complètement happée par le show, dans une forme d’envoûtement, préambule au lâcher-prise…

Alors que les premières gammes de « Vogue » sont reproduites à la gratte, un problème de retour son oblige le drummer à stopper net dans sa progression. La maîtresse des lieux se défendra pudiquement en s’excusant presque pour ces aléas du direct et de reprendre de plus belle le premier morceau qui a propulsé médiatiquement le duo. Un incident très vite oublié…

Alors que la métaphorique boréale lumineuse devient alors de plus en plus discrète, l’auditoire semble subjugué. La « Nuit » se pose enfin dans un crépuscule reposant par un quatre mains au piano mémorable en guise de dessert, annonçant une inéluctable fin…

Une prestation unanimement appréciée qui est parvenue à condenser un florilège d’émotions : on a ri, pleuré, dansé, dans une existence perceptive. Bref, on a vécu, tout simplement le temps d’une trentaine de minutes (voir les photos ici)

Sur le coup de 20 heures, en fond de scène, des vitraux estampillés ‘CL’, joliment animés par les lights, apparaissent. De l’aveu même de Clara Luciani, ces dessins seraient tout droit sortis de son imaginaire lorsqu’elle était seule dans sa chambre.

Après un spoken word saisissant en voix ‘off’, « On ne meurt pas d’amour » ouvre les hostilités, la ligne de basse accentuant encore les doutes et les fêlures de cette composition.

Véritable guerrière des temps modernes, elle enchaîne par « Comme toi », avant de prendre une petite pause et signaler au public qu’il s’agit de sa troisième date belge. Faut-il la croire sur parole lorsqu’elle scande tout comme César que les Belges sont les meilleurs ?

Elle aime aussi les chansons qui ont un prénom. ‘Quelqu’un s’appelle Eddy dans la salle ?’ demande-t-elle innocemment. Manifestement, les heureux élus ne sont pas légion. Peu importe, « Eddy » pointe quand même le bout de son nez sous un air groovy et parvient vite à faire oublier cette emphase…

Qu’on lui jette « Les fleurs », mais lorsqu’elle se met « Nue », Miss Luciani se dévoile constamment dans cette « Drôle d’époque ». Celle vers laquelle, nous jetons tous, un jour, un regard désabusé dans le rétroviseur de nos vies.

Quelque part entre rock ciselé et pop mélancolique, la Marseillaise d’origine ne s’improvise pas ; elle bouscule les conventions et défend ses idéaux en signant le combat d’une femme qui peine à trouver sa (juste) place, face à l’opprobre masculine…

Sa voix grave et chaude, souvent comparée à la regrettée Nico (NDR : une véritable icône du rock qui assurait les vocaux sur le premier elpee du Velvet Underground) ou à Françoise Hardy, affiche une identité vocale unique.

L’univers qui la hante surprend et nous offre une belle palette de sentiments, tantôt graveleux, tantôt atmosphériques. Ceux qu’elle admet bien vouloir partager le temps d’un soir avant que sa vulnérabilité la rattrape insidieusement. Il y a chez cette femme une dualité constante entre vouloir changer les choses et s’y complaire malgré elle…

Grâce à son refrain imparable, intime et puissant ‘Sous mon sein, la grenade’, la « Grenade », titre phare et explosif, résonne par son hymne révolutionnaire avant de voir disparaître l’artiste. Qui reviendra quand même pour accorder un double rappel.

« La dernière fois » sera l’occasion de tester les capacités oratoires des aficionados tel un laboratoire humain grandeur nature.

Sa version personnelle de « Blue Jeans » de Lana Del Rey, réinterprétée dans la langue de Voltaire, rappelle combien la jeune femme parvient, dans un registre plus doux et éthéré, à émouvoir encore davantage.

Autre reprise, celle de « The Bay », un tube signé par la clique à Joseph Mount (Metronomy), montre à quel point la Française est créative et aussi capable de surprendre, sans s’étendre…

Finalement, deux styles, des émotions parallèles et un combat unique ! Une belle bouffée d’oxygène…

Setlist RIVE : Soleil, Fauve, Justice, Narcose, Vogue, Nuit.

Setlist Clara Luciani : Intro - On ne meurt pas d’amour - Comme toi - A crever - Bovary - Eddy - Les fleurs - Nue - Mon ombre - Drôle d’époque - Dors - Monstre d’amour - Emmanuelle - Cette chanson - La baie - La grenade
Rappel : Folle - La dernière fois - Jean bleu

(Organisation : Mars)

 

Talk Talk

Talk Talk ne parlera plus…

Écrit par

Mark Hollis, le leader de Talk Talk, est décédé ce 25 février 2019. Ce groupe britannique a connu son heure de gloire entre 1984 et 1986, grâce aux singles « It's My Life » et « Such a Shame », un succès récolté un peu partout dans le monde, mais paradoxalement pas au sein de son pays d’origine. Et pourtant, c’est à partir de 1988, en publiant notamment l’elpee « Spirit of Eden », que la musique du band va devenir la plus intéressante, réalisant une fusion entre musique classique, jazz et ambient, bien sûr au détriment du succès commercial. Lorsque Talk Talk se dépare n 1992, Mark Hollis disparaît alors de circulation –opérant cependant un come-back furtif, au cours de l'année 1998, en publiant un superbe opus solo éponyme– a contrario des autres membres qui se lancent alors dans de nouveaux projets… Les musiciens de Pocupine Trees reconnaissent Talk Talk comme influence majeures, mais également ceux de Marillion ainsi que Roland Orzabal et Curt Smith de Tears For Fears, entre autres…

RIP

Warmduscher

Un cow-boy qui se prend pour un speaker d’hippodrome ou un télévangéliste yankee…

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Paru l’an dernier, le dernier album de Warmduscher, un quatuor réunissant des membres et ex-membres d’Insecure Man, de Paranoid London, Childhood et surtout Fat White Family, « Whale city », figurait au sein du Top 15 de votre serviteur. Responsable d’une musique souvent âpre, sauvage également, mais particulièrement originale, qui oscille entre punk, garage, rock, krautrock, blues, surf, soul, funk, surf, glam, electronica et même disco, il se produisait au club de l’Aéronef, ce dimanche 24 février. Compte-rendu.

Lorsque la formation grimpe sur l’estrade, on est immédiatement frappés par le look de cow-boy affiché par deux des musicos. Le drummer a enfilé une tenue country de couleur crème. Puis le chanteur, Clams Baker Jr, est coiffé d’un stetson et chaussé de lunettes fumées. Il porte un pull dont la fermeture-éclair est ouverte, laissant apparaître son torse nu. Il se sert de deux micros, pour propager des intonations différentes à sa voix chargée de reverb, et d’une petite table de mixage dont il triture régulièrement les boutons, afin de dispenser des sonorités synthético-spatiales. Interactif, il ne chante pas vraiment, mais plutôt déclame, parfois un peu à la manière de Jon Spencer, à moins qu’il ne s’inspire d’un speaker d’hippodrome ou encore d’un télévangéliste yankee.  Longiligne, affublé de rouflaquettes, le guitariste a enfilé un costume en pied de poule, dont il va ôter la veste au bout d’une dizaine de minutes. Enfin, le bassiste a les cheveux en broussailles, un peu comme Kele Okereke, aux débuts de Bloc Party.

Malsains et infectieux, les riffs de gratte raniment le souvenir de Butthole Surfers. La ligne de basse vire régulièrement au funk. Mais en général, le garage/punk proposé par Warmduscher écrase tout sur son passage. A l’instar de « No way out » qui, tel un train à vapeur lancé tombeau ouvert, nous prévient de son arrivée, à travers des chœurs (NDR : ouh ! ouh !) censés reproduire les sifflements de la locomotive, et puis surtout du furieux « Big Wilma ». Plus lent et cinématique, le titre maître du second LP, colle parfaitement à l’image du band, une compo qui baigne au sein d’un climat de western spaghetti, un peu dans l’esprit de Sergio Leone voire d’Ennio Morricone ; mais ce qu’on ne parvient pas à sortir de sa tête, à l’issue du concert, ponctué par un bref rappel, c’est cette ligne de basse qui hante littéralement « Standing on the corner »…

Un chouette concert mais à la limite de provoquer des acouphènes… 

Il revenait à Death Valley Girls, d’assurer le supporting act. Fondé en 2014 par la multi-instrumentiste Bonnie Bloomgarden, le groupe implique également la bassiste Rachel Orosco, le guitariste Larry Schemel et sa sœur, Patty, ancienne drummeuse chez Hole. Bonnie porte une robe de couleur rouge flamboyante. De petite taille, elle alterne entre claviers et guitare, et sa voix évoque parfois celle de Siouxsie Sioux. Mais trop brouillon, le garage rock désertique et ténébreux proposé, bien qu’efficace sur disque (NDR : raison pour laquelle Iggy Pop ne tarit pas d’éloges le combo), manque de cohésion et de fluidité sur les planches. On a même parfois l’impression que le guitariste joue dans son coin. Dommage ! Paraît que la chanteuse était grippée. Elle avait sans doute aussi refilé le virus aux autres membres du band… Une chose est sûre, elle ne semblait pas dans son état normal…

(Organisation : Aéronef)

 

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