L’appel à débrancher des Burning Heads

La formation skate punk orléanaise Burning Heads vient de partager un second extrait de son nouvel opus « All Fired Up ». Attendu pour le 16 octobre 2026, ce disque succède au titre « SOS 2 » publié début septembre. À l'aube de ses quatre décennies de…

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Ora Cogan
Gary Numan

The Bevis Frond

We're your friends, man

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The Bevis Frond est un groupe anglais bien ancré dans la musique underground anglaise. Nick Saloman en est le chanteur, multi-instrumentiste (surtout guitariste), compositeur, producteur. Il est originaire de Walthamstow, dans la banlieue nord de Londres. A 66 ans, l’artiste est considéré comme un monument au sein de l’univers psychédélique, outre-Manche. Plus de quatre décennies qu'il écume les scènes en pratiquant un rock alternatif, allumé et déjanté. A la fin des 70’s, il avait créé son propre label, Woronzow. En pleine vague punk, il monte Von Trap Family. Il enregistre ensuite en compagnie de Room 13 avant de former enfin the Bevis Frond, son véhicule sonore pour l'éternité. Fan de Jimi Hendrix et des Byrds, il aime alterner ses compositions, les colorant de sonorités distordues et trafiquées, tout en conservant une facette plus folk, paisible et mélodique. Le premier opus, "Miasma", date de 1987. Depuis, il en a aligné près de trente. Et ce dernier tient bien la distance. Il est également paru sous la forme d’un double LP, réunissant pas moins de 20 plages, dont certaines affichent un potentiel pop indéniable !

En ouverture, "Enjoy" campe un rock qui ne manque pas de charme. La voix est discrète, mais les éclairs de guitare traversent les compos, tels des flashes lumineux. Les plages sont variées et oscillent du folk rock ("We're your friends, man", "Mad love"), au punk énergique ("Pheromones"), en passant par l’excellent indie rock ("In the leaves", "A hard way to learn"), le blues rock ("When you cast me out"), sans oublier les trips psychédéliques saturés de cordes acides ("Lead on", " Growing", "Theft"), le tout ponctué par une extraordinaire finale de plus de 13' baptisée "You're on your own". Superbe ! 

Collectif 13

Chant libre

Écrit par

Ces véritables activistes de la chanson française comptent, en moyenne, plus de vingt années de carrière musicale. Ce qui n’a pas empêché Guizmo (Tryo), Gari (Massilia Sound System), Mourad (La Rue Ketanou), Danielito (Tryo), Gerome, Erwann et Fred (Le Pied de la Pompe), Alee, DJ Ordoeuvre, Max (Le P'tit son) et Syrano de participer au projet Collectif 13, dont le deuxième elpee propose quinze titres qui décoiffent…

« Chant libre » est une ode à la joie et au bonheur de vivre ensemble avec en point de mire l’autodérision sur fond de modernité !

Mais si les compos sont parfois puissantes et incisives (« Trumperie ») ou aussi légères et drôles, elles s’éloignent des pamphlets philosophiques ; pas besoin d’ailleurs de prêter une oreille nécessairement très attentive pour cerner le sens des chansons. Tout au plus, sait-on que l’humain reste au centre des débats (« Collègues », « Mon frère »).

Globalement le prisme d’action niche essentiellement au sein d’une narration contemplative de la société et de ses travers contemporains (« Réseaux »). Le ton est vindicatif à souhait et décrit toute la complexité de l’Homo sapiens.

Depuis le dansant « Collègues » à la ballade faussement sautillante « Il arrive », en passant par le reggae cuivré « Rien à foutre » et un « Last black Friday » découpé dans des guitares cinglantes, les compositions bénéficient, dans leur ensemble, d’une belle palette de sons et d’arrangements colorés…

Si ce disque ne doit pas être perçu comme celui que l’on retiendra nécessairement une fois l’été passé, il doit tout de même s’écouter pleinement et souffler le chaud jusqu’à enflammer !

Richard Swift

The Hex

Écrit par

L’une des plumes les plus sensibles s’est évaporée depuis la mort de Richard Swift, décédé en juillet dernier, à seulement 41 ans... Outre ses missions de producteur (aux côtés de The Shins, Damien Jurado ou de Foxygen) ou de musicien de studio et de tournée (pour The Shins, les Black Keys ou The Arcs), il s’est réservé une plus discrète mais non moins intéressante carrière solo, dont le magnifique « The Hex » constitue malheureusement le dernier chapitre…

Fidèle à son habitude, le multi-instrumentiste américain dévoie des pépites indie-pop superbement arrangées à haute teneur mélodique ! Luttant contre des problèmes d’alcool depuis quelques années, Richard Swift se livre sur le poignant et très soul « Broken Finger Blues » : ‘My body’s broken, My body is bruised, Try to remember what it’s like not to lose, I won’t go under, I won’t give in, Try to remember what it’s like to win’. Sa pop vintage rappelle les sonorités des 60’s sur l’émouvant « Wendy », un message dédié à sa mère, ou sur le message d’adieu si lumineux reflété à travers « Dirty Jim ». Certaines plages s’éloignent de la veine pop pour adopter un profil plus aérien (« Nancy ») alors que d’autres, magnifiées par les interventions de claviers et de basse, nous plongent au sein d’un climat mélancolique, dont on ne peut s’extraire, car inhérent aux circonstances. Un véritable chef-d’œuvre posthume !

The Experimental Tropic Blues Band

Démoniaque !

Écrit par

Plus de 20 ans que The Experimental Tropic Blues Band roule sa bosse. Ce power trio liégeois se produisait au Magasin 4, ce vendredi 22 février.

Dr Voice devait assurer le supporting act. La maman du drummer vient de décéder. Elle collaborait activement au projet ; ce qui explique pourquoi la formation a déclaré forfait.

La salle est bien remplie lorsque Jérôme Vandewattyne, le réalisateur du long mtrage (1h27’) « Spit'N'Split » pour La Film Fabrique, vient présenter ce petit chef-d’œuvre à la belge, primé dans quelques festivals prestigieux, un peu partout en Europe. La Film Fabrique est une structure qui crée, développe et produit des clips vidéo, des fictions et des documentaires. Composée d'une équipe pluridisciplinaire, LFF défend une vision alternative de l'audiovisuel en Belgique.

Ce faux-documentaire, Jérôme l’a tourné en suivant le band pendant 2 ans, armé de son appareil photo Panasonic Lumix GH2 et son objectif de caméra de surveillance. Pour Jeremy Alonzi, Vandewattyne est quelqu'un qui aborde le cinéma comme on aborde la musique. Des scènes de fiction se sont glissées dans le docu devenu très vite film, au cours duquel Bouli Lamers apparait même à la fin. Et c’est TETBB qui en a composé la B.O., aussi déjantée que le scenario.

Place ensuite au combo. Dirty Coq, Boogie Snake et Devil D’inferno vont nous livrer un set particulièrement nerveux de 60 minutes. Jérémy nous a confié que c’est la seule date pour cette année. En outre, que le band a fait le tour du rock garage. Donc que le prochain elpee sera totalement différent. Mais que les musicos doivent encore écrire les compos.

Le garage/punk/boogie/rock de The Experimental Tropic Blues Band est aussi crasseux et incontrôlable que jamais. Et puis, il incite toujours à se déhancher. Le combo va puiser, ce soir, largement dans le dernier opus. La frappe de David, sur ses fûts est sauvage et métronomique. C’est lui qui donne le tempo. Comme d’habitude, Jérémy dévore littéralement son micro et quand il pousse des gémissements ou éructe ses paroles, on imagine qu’ils ou elles émanent des entrailles de l’enfer. Perpétuel agité, Jean-Jacques ne tient pas en place et arpente le podium dans tous le sens. Il harangue constamment la foule dans le seul but de la faire réagir. Et dans la fosse, plutôt compacte, elle répond favorablement à son invitation. Tout au long de « Sushi », il souffle dans son harmonica comme un possédé asthmatique. Démoniaque ! Et puis, c’est devenu un rituel, il se lance dans la foule, après avoir abandonné son instrument pour se laisser porter à bout de bras. Les mains balaient alors son corps qui lâche alors des bruits aussi insolites qu’inattendus. Le set s’achève par le déjanté et frénétique « Keep This Love ». Jérémy n’en a pas profité pour exhiber ses bijoux de famille, lors de ce set. Il les a laissés dans son tiroir. En rappel, le trio va encore nous réserver « Jealous Rock », « Mexico Dream Blues », et « Garbage Man », un titre qui ne devait pas figurer dans la setlist.

Setlist : “Straight To The Top“, “Twose Dicks”, “Nothing To Prove“, “Express Yourself“, “We Ird“, “Baby Bamboo”, “I Went Down”, “Power Of The Fist”, “Disobey”, “Sushi”, “I Dig You”, “Keep This Love”.

Rappel : “Jealous Rock”, “Mexico Dream Blues”, “Garbage Man”.

(Organisation : Magasin 4)

Les Nuits Botanique 2019 : un cru très pétillant !

C'est dans un nuage de bulles de savon que les journalistes ont été accueillis ce jeudi dans l'Orangerie pour la conférence de presse des Nuits 2019. Et pour cause : le thème visuel de cette 26e édition est la bulle. Paul-Henri Wauters, directeur du centre culturel, a expliqué que cette image représente bien le côté psyché et dream-pop coloré, voire même métissé de la programmation.

Mais l'image représente également très bien le côté incubateur du Bota. Plus que jamais, le centre veut en effet être accoucheur de nouveaux talents locaux. Ainsi, en 2019, le centre culturel offre une 'résidence' à Atome, My Diligence, Ykons, Marc Mélia, Esinam, Namdose, Vehika, Beautiful Badness, Ozferti, Bimbo Delice, Okamy, run SOFA, Judith Kiddo et R.O x Konoba. Certains artistes sont par ailleurs en 'mandat résidentiel', ce qui signifie que le suivi de leur carrière est complet. Leurs heureux bénéficiaires en sont Atome, Esinam, Glauque, Martha Da’Ro, Aurel, run SOFA et Juicy.

Mais revenons aux Nuits... Cette année, l'odyssée comptera 13 soirées et proposera 52 concerts, 12 présentations de nouveaux projets, autant d’avant-premières et quatre créations. Comme l'année passée, c'est la famille Gainsbourg, certes élargie, qui occupera le haut de l'affiche, grâce à Lou Doillon. La fille de Jane Birkin succédera à sa demi-soeur Charlotte pour un concert très attendu sous le Chapiteau le 29 avril.

Mustii, qui rencontre un succès public retentissant, proposera une relecture inédite de son album « 21st Century Boy ». Les autres créations seront réalisées par :
- Esinam : expérience collective autour de l'univers afrojazz / electro de l'artiste ;
- la Grande Clameur : un rassemblement de 500 chanteurs et 50 accordéons, orchestrés par Jean-Paul Dessy ;
- Stephane Ginsburgh : intégrale des 10 sonates pour piano de Sergueï Prokofiev (dont la 10ème inachevée et inédite).

De nombreux groupes et artistes belges proposeront un nouveau répertoire en avant-première dont, notamment, David Numwami, Lomboy, Judith Kiddo, Great Mountain Fire, The Feather et Monolithe Noir/Percussive Ensemble. Au programme également, des concerts 'releases', l'occasion pour certains artistes locaux de fêter la sortie d'une nouvelle production. Ce sera le cas pour Romain Cupper, Halehan, Annabel Lee, Kobo, Black Flower, Ebbène, run SOFA, Aurel, Jeremy Walch, R.O x Konoba et Tanaë. L'ouverture dans la programmation se traduira par une présence accrue de groupes et d'artistes hi-hop et rap, dans une recherche de la qualité musicale et du mélange des genres.

A noter également, le warm-up des Nuits, qui se tiendra le 5 avril dans le quartier Saint-Géry et verra certains des artistes belges du festival pousser des disques dans le Café des Halles, le Roi des Belges, le Zebra et le Mappa Mundo.

On a également appris que le Botanique va installer un studio audio-vidéo en ses murs afin de permettre aux artistes en résidence de concrétiser leur travail sous la forme d'enregistrements ou de capsules vidéo.

Enfin, annoncée l'année passée, la rénovation des serres du Botanique sera réalisée dans les prochains mois, un travail colossal rendu possible grâce au soutien de la Communauté française. Ces travaux coïncideront avec le bi-centenaire du site. Quant à la perte, définitive, semble-t-il, de l'exploitation du Cirque Royal, désormais géré par la Ville de Bruxelles, elle devrait être compensée par l'intégration d'une nouvelle salle dans le giron du Centre. A suivre...

Pour consulter le programme des Nuits et pour acheter les tickets, c'est ici.

Tears For Fears

Début des eighties, ces beaux adolescents romantiques étaient très susceptibles de faire chavirer les cœurs…

Écrit par

Originaire de Bath, en Angleterre, Tears For Fears est un duo réunissant Roland Orzabal et Curt Smith. Fondé en 1981, il est né en plein mouvement new wave. De 1983 à 1993, il a rencontré un énorme succès, accumulant toute une série de hits devenus emblématiques comme « Shout », « Everybody Wants To Rule the World » ou « Sowing The Seeds Of Love ». Et si après cette période faste il a connu un creux, il a quand même vendu, au cours de sa carrière, plus de 30 millions d’albums.  

TFF avait baptisé sa tournée européenne ‘Rule The World’. Une suite à son périple triomphal accompli en 2017, à travers le monde, dont le point d’orgue a été atteint lors d’un concert grandiose, accordé à Rio, face à 350 000 spectateurs. Ce tour du globe sert également de titre à son nouvel album, paru en novembre dernier, le premier depuis quatorze ans, une sorte de ‘Greatest hits’ enrichi de deux inédits, « I Love You But I’M Lost » et « Stay », que l’on espérait entendre ce soir. La tournée avait cependant été reportée en 2019, suite à des problèmes de santé rencontrés par d’un des deux membres du band.

Quelques mois après avoir décroché un énorme tube, grâce à « Stargazing », une chanson composée par Kygo, Justin Jesso est de retour. Après une tournée au cours de laquelle le Dj norvégien l‘avait emmené. De la même trempe, « My Body » (NDR : voir le clip ici) est à la fois dansant et tout aussi efficace.

Et c’est par ce morceau électro/pop qu’il entame son set. Justin siège derrière les ivoires, lors de la cover du « Make You Feel My Love » de Dylan, et sa voix est vraiment bouleversante. Multi-instrumentiste, il est aussi à l’aise au piano qu’à la guitare. Le show s’achève par l’inévitable « Stargazing ». Souvent les chanteurs ou chanteuses engagées par les Djs ne font pas long feu. Et bien, il faut croire que pour une fois, Justin Jesso sera l’exception qui confirme la règle… (pour les photos, c'est ici)

Setlist : « My Body », « One Good Reason », « Stitch 'em Up », « I Will », « Make You Feel My Love » (cover Bob Dylan), « Let It Be Me », « Getting Closer », « Stargazing ».

Quand les lumières s’éteignent, votre serviteur ne sait plus si on est en 2019 ou en 1985. Et pour cause, le 13 avril 1990, il assistait au concert de Tears For Fears, à Forest National. 27 ans déjà !

Pendant la version samplée de Lorde, les musicos s’installent. Un claviériste (synthé, Hammond), un drummer et la choriste Carina Round. Alors qu’elle entame le refrain, Smith débarque et salue la foule. Puis Orzabal. Le premier se charge de la basse, le second, de la guitare. De nombreuses barres de lumières projettent alors leurs étoiles. Et lorsque le set s’ouvre par « Everybody Wants To Rule The World », on se rappelle que, début des eighties, ces beaux adolescents romantiques étaient très susceptibles de faire chavirer les cœurs… Rien n’a changé : sauf que Curt Smith et Roland Orzabal, les deux âmes de Tears For Fears, ont 57 ans et leur public, pas loin… Des lumières bleues et jaunes inondent les premiers rangs. Le public est déjà debout et les smartphones s’illuminent. Des vidéos défilent sur un immense écran placé au-dessus des artistes. La setlist recèle 15 morceaux dont 12 sont issus des 3 premiers elpees, tous des hits planétaires. Puissants et énergiques, « Sowing The Seeds The Love », « Woman In Chains » et « Head Over Heels » sont parfaitement restitués et repris en chœur par les fans. En ‘live’, les versions sont même meilleures que originales. « Mad World » est à la fois tendu et intense. L’adaptation de « Change » est modernisée et vitaminée. Frémissant, « Suffer The Children » met en exergue un superbe duo avec Carina Round. Ce n’est pas Oleta Adams, mais plutôt soul, sa voix évoque celle de Beth Heart, et notamment tout au long de « Suffer The Children » et « Woman In Chains ». Plutôt paisible, la cover du « Creep » de Radiohead a de quoi étonner.  Pendant 75’, votre serviteur a eu l’impression de remonter le temps, peut-être à bord de la DeLorean DMC-12 du professeur Emmett Brown… Et en rappel, la troupe nous a réservé un « Shout » magistral, ponctuant un show, en tous points parfait… (pour les photos, c'est là)

Setlist : « Everybody Wants To Rule The World », « Secret World », « Sowing The Seeds Of Love », « Pale Shelter », « Break It Down Again », « Advice For The Young At Heart », « Creep » (Radiohead cover), « Change », « Mad World », « Memories Fade », « Suffer The Children », « Woman In Chains », « Badman's Song », « Head Over Heels, Broken ».

Rappel : « Shout ». 

(Organisation : Greenhouse Talent)

Steven Wilson

Accueil royal pour le 'Wilson-King'...

Moins d'un an après sa dernière visite, accordée à l'Ancienne Belgique, et quelques mois après son passage, très remarqué, à Werchter, Steven Wilson est de retour en Belgique, et pour la circonstance, au Cirque Royal. Le Britannique est auréolé du succès, aussi imprévu que colossal, de son dernier opus : « To The Bone », qui a largement dépassé les ventes de toutes ses autres plaques, y compris celles réalisées par son précédent groupe, Porcupine Tree. Tenez-vous bien : « To The Bone » a même atteint la deuxième place dans les charts outre-Manche ! Un exploit pour un artiste plutôt 'alternatif'. Il faut dire que le simple « Permanating », aux sonorités très pop, est destiné à attirer un nouveau public.

On mesure le chemin parcouru par le 'King of Prog' et on doit reconnaître qu’il a réussi son pari : faire évoluer sa musique et gagner de nouveaux aficionados. Par contre, il a malheureusement perdu beaucoup de fans originels de Porcupine Tree, déçus par le côté nettement moins prog/metal des nouvelles productions.

Ce soir, le Cirque Royal affiche néanmoins complet et on ne peut que féliciter l'équipe de gestion qui a repris les rênes de la salle sous la houlette de Denis Gerardy :  le Cirque rénové est un joyau qui brille de mille feux et l'organisation y est impeccable.

Le concert commence par la projection d'un court-métrage, « Truth », qui met en scène les concepts développés dans l'album « To The Bone ». Le contraste entre les images et les mots affichés souligne tout le danger des nouveaux médias, au sein desquels le 'fake' et la désinformation prennent de plus en plus le pas sur la 'vérité'. La musique de fond devient progressivement plus sombre et une acclamation accueille les artistes au moment où ces derniers prennent place sur le podium.

Wilson est accompagné de son fidèle bassiste, Nicky Beggs (ex-Kajagoogoo, Steve Hackett) et du claviériste Adam Holzman, qui, excusez du peu, a côtoyé Miles Davis. Ils sont épaulés par le batteur Craig Blundell, un musicien de sessions et, à la guitare, Alex Hutchings, qui a remplacé Dave Kiliminster, occupé comme on le sait, par la tournée de Roger Waters.

 « Nowhere Now » ouvre le set et d'emblée, le ton est donné. Les riffs de guitare, inspirés par Rush, s'intègrent dans un cadre harmonique rappelant le Pink Floyd de « Learning To Fly », mais l'ensemble porte l'empreinte, indélébile, de Steven Wilson. On le constatera tout au long de ce concert, l'artiste est passé maître dans l'art de s'approprier un éventail extrêmement large d'inspirations musicales, de les digérer et de fournir, au final, une signature unique, reconnaissable entre mille. La marque des grands artistes.

Pour la chanson suivante, « Pariah », la vocaliste israélienne Ninet Tayeb, absente, apparaît en vidéo sur le voile transparent dressé entre le podium et le public. Ce titre, très pop dans sa structure, révèle le côté foncièrement sociologique des thèmes abordés par Wilson dans les paroles de ses chansons.

Sur la scène, l'artiste évolue pieds nus, suivant son habitude. A plus de 50 ans, il a toujours son éternel look d'étudiant de fac. Planté au centre de l’estrade, il joue au chef d’orchestre au sein de son supergroupe. Il passe de la guitare électrique à la sèche, stimule en permanence ses musiciens ; et parfois, sans instrument, souligne les impulsions majeures de l’expression sonore.

Après « Pariah », Wilson salue le public et l'invite à se manifester davantage : ‘Nous avons besoin de sentir votre enthousiasme !’ Poursuivant sur un ton très 'tongue in cheek', il explique que vu le couvre-feu imposé à 22h30, le show sera un peu raccourci et donc, pour une fois, il sera obligé de parler moins !

 « Home Invasion / Regret #9 », extrait de l'album « Hand. Cannot. Erase » permet au groupe de passer aux choses sérieuses. Après les compositions plus 'accessibles', place à un tour de force de plus de 10 minutes, où foisonnent les éléments metal, jazz-rock, voire même free-jazz, sans oublier les envolées prog/psyché. Un véritable patchwork évoquant King Crimson, Pink Floyd, Camel, Yes, Rush, Todd Rundgren (Utopia) et autre Van der Graaf Generator. Adam Holzman est ici parfaitement dans son élément et il s'offre un solo au mini-Moog complètement ahurissant. On pense à Happy The Man, ce groupe américain de la fin des seventies injustement sous-estimé, auquel Holzman voue, nous a-t-il confié en coulisse, une énorme admiration. Alex Hutchings prend le relais pour un solo 'gilmouresque' plus orienté rock mais tout aussi impressionnant. On en a des frissons dans le dos ! C'est enfin Wilson lui-même qui clôture la composition tout en douceur sur les cordes de sa guitare signée Paul Reed Smith.

 « Don't Hate Me » constitue la première incursion dans le répertoire de Porcupine Tree et la réaction d'une partie du public est, on s'y attendait, délirante. Le riff de guitare s'installe tout en douceur, lové dans les volutes atmosphériques créées à l'époque par le grand Richard Barbieri (ex-Japan). On ne va pas revenir sur la polémique 'Porcupine Tree versus Wilson en solo' mais on ne peut à nouveau que regretter la dissolution de ce groupe légendaire. Même si Wilson apportait la base des compositions, PT était le fruit d’un travail de groupe. Les musiciens étaient tous impliqués dans la composition et participaient également aux arrangements, ce qui expliquait leur richesse. Ecartant toute pensée négative, nous nous concentrons sur le spectacle, qui nous plonge dans un moment de pur bonheur, et notre gorge est serrée pendant le refrain : ‘Don't Hate me, I'm not special like you...’

Après ce moment magique, on revient sur terre. ‘Ce soir, j'ai envie d'être une rock star', confie Wilson, un sourire en coin. 'Mes deux nièces sont présentes dans la salle et je veux leur montrer que leur oncle est une star !' Et l'Anglais de supplier le public de lui faire un triomphe au cours de la prochaine chanson, surtout pendant le solo de guitare, qu'il interprétera, promet-il, sans regarder son manche ! 'Comme les Jimmy Page et autre Jimmy Hendrix !' C'est « The Same Asylum as Before » et pendant le solo, interprété sur une Telecaster vintage que Wilson a acquise récemment, le public sur-joue à la perfection, réservant un triomphe au chanteur-guitariste en plein ego-trip. Funny !

La partie suivante du spectacle est, sans doute, la plus faible, car ni « Get All You Deserve » ni « Ancestral » ne parviennent à nous faire décoller. L'interlude prévu normalement à ce moment-là est remplacé par deux solos, réalisés à la batterie et à la basse, le temps que les autres musiciens se rafraîchissent et reviennent pour « No Twilight... » mais surtout pour « Index ». Ce titre, extrait du second LP solo de Wilson, « Grace For Drowning », est un pur chef-d'œuvre. Le thème est on ne peut plus 'dark' :  un tueur en série raconte qu'il est juste un collectionneur incompris. La musique est à tomber... raide mort. C'est un crossover glaçant entre dark ambient, post-metal et trip-wave, un voyage menaçant et hypnotique qui creuse dans les tréfonds de l'âme humaine.

Contraste ô combien violent, le moment suivant est le plus 'commercial' de tout le spectacle. Certes, le single « Permanating » représente le plus large succès de Wilson à ce jour, mais on ne sait que penser de ce titre bâtard, constitué d'un collage maladroit de phrases musicales empruntées aux années '80. Le refrain s’inspire un peu trop d'Abba, et notamment de « Mama Mia », le couplet de Flash and The Pan et le bridge d'Electric Light Orchestra. Et le résultat pourrait figurer sur la face B d'un mauvais single de Coldplay. Wilson a beau le présenter comme un moment 'pop' qui, loin de la morosité dépressive de ses autres compos, évoque une 'célébration de la vie', on attend juste que le moment passe… et le plus vite possible.

Dans la foulée, « Song of I » prolonge l'ambiance 'Années 80' en réanimant ouvertement l’esprit de Prince. Ici, à nouveau, la voix féminine est diffusée en playback et l'attention du public se focalise surtout sur la superbe vidéo, mettant en scène une danseuse, dont la silhouette est projetée sur le voile au-devant de la scène. A partir du milieu du morceau, le son vire au 'dark trip-hop' façon Massive Attack, le tout rehaussé par des cordes kashmiresque : une totale réussite !

Après « Lazarus », nouvel emprunt à PT, l’instrumental « Vermillioncore » permet aux fans de metal de pratiquer un peu de 'headbanging', lors des passages plus 'heavy'. « Sleep Together » clôt le set, un morceau qui figure sur « Fear of a Blank Planet », sans doute le meilleur opus du défunt et mythique combo. L'intro, très dark électro, lorgne vers Nine Inch Nails et le refrain provoque une véritable explosion : ‘Let's sleep together... Right now’. Difficile de ne pas discerner une analogie entre ce refrain et celui de « Sweet Harmony » de The Beloved... La progression finale de la composition est irrésistible et mène inexorablement vers un orgasme sonore final...

En rappel, Steven Wilson offre un petit set acoustique, accompagné du seul Adam Holzman au piano. Au programme, deux compositions qui, aux dires même du musicien, tiennent parfaitement la route sous cette formule minimaliste. Une preuve que ce sont des bonnes compos ! Et on confirme. Tant « Blackfield », la chanson qui a donné son nom au projet d'Aviv Geffen, que « Sentimental », de Porcupine Tree, font parfaitement mouche. Pour clôturer le spectacle, on a droit à une tout dernière reprise de PT : « The Sound of Muzak » et, en point d'orgue idéal, « The Raven that Refused to Sing », probablement la plus belle composition de Steven Wilson. Assis sur un tabouret, il chante cette mélodie déchirante, rehaussée par la superbe vidéo d'animation de Jess Cope. On n’entend pas une mouche voler tout au long de cette chanson qui vous flanque la chair de poule. Le son quadriphonique renvoie des effets provenant des quatre coins de la salle, pour une expérience musicale totale. ‘I'm afraid to wake... I'm afraid to love...’

Un concert parfait à tous points de vue : son, lumières, vidéos, contact et bien sûr... les chansons. Steven Wilson appartient incontestablement à cette catégorie de génies polyvalents, au même titre que les Bowie, Reznor et autre Yorke, qui ont marqué d'une empreinte indélébile la musique 'indie' contemporaine. On est impatient de découvrir ce que le 'Wilson King' nous réserve dans le futur. Une reformation de Porcupine Tree pour un album et une tournée ? Faut pas rêver...

Setlist :

Intro - ("Truth" Short film)
Nowhere Now
Pariah
Home Invasion
Regret #9
Don't Hate Me (Porcupine Tree song)
The Same Asylum as Before
Get All You Deserve
Ancestral
Solos drums & bass
No Twilight Within the Courts of the Sun
Index
Permanating
Song of I
Lazarus (Porcupine Tree song)
Vermillioncore
Sleep Together (Porcupine Tree song)

Encore:

Blackfield (Blackfield song) (acoustic SW and Adam Holzman only)
Sentimental (Porcupine Tree song) (acoustic SW and Adam only)
The Sound of Muzak (Porcupine Tree song)
The Raven That Refused to Sing

(Organisation : Cirque Royal + Live Nation)

Photo : Nath Alie Héméra

Jonathan Jeremiah

De la soul old school, mais pas seulement…

Écrit par

Originaire de Londres, Jonathan Jeremiah est auteur, compositeur et interprète. C’est aussi un chanteur dont la voix soul évoque celle de Burt Bacharach. Il joue de la guitare depuis ses 5 ans. Excellent musicien et poète, il s’inscrit dans la grande tradition soul tout en revendiquant l’héritage de la musique folk anglaise. Trois ans après avoir gravé « Oh Desire », il a publié son troisième opus. Un LP très groovy et dansant. Intitulé « Good day », il a été enregistré au Kong studio de Ray Davies ; et lors des sessions, il a reçu le concours de Ben Trigg, un des nombreux membres de The Heritage Orchestra, afin de réaliser les arrangements.

Le supporting act est assuré par Ruben Samama, un Batave que votre serviteur avait découvert derrière une contrebasse, au service de Gabriel Rios. A l’époque, il se consacrait également aux chœurs. Son approche unique sur son instrument, il la doit aux formations qu’il a suivies, tant au Conservatoire Royal de La Haye qu’à la Manhattan School of Music de New York, véritable berceau du jazz. Outre ses travaux de production avec, entre autres, Gabriel Rios, Jonathan Jeremiah et Jungran Cho, Ruben a composé de nombreuses B.O. cinématographiques, et a remporté, notamment, le ‘Deloitte Jazz Award’, en 2010. Après avoir publié deux elpees bien ancrés dans le jazz, il a décidé, ce soir, de se produire sous un profil davantage folk. Jonathan vient présenter l’artiste qui va simplement chanter un récital empreint de sérénité, en s’accompagnant à la gratte semi-acoustique. Après avoir interprété une chanson consacrée aux filles, deux midinettes anversoises engagent un dialogue avec Rubben au sujet de donzelles rencontrées lors des concerts. Très discret, Rubben répond qu’il n’y a qu’une seule femme dans sa vie et met un terme à la conversation. Il continue alors son set qui vire alors progressivement à l’americana…

Place ensuite à Jonathan Jeremiah. Avant qu’il ne monte sur le podium, ses musicos s’installent. Soit une section de cordes féminine réunissant deux violonistes et une violoncelliste, également préposées aux backing vocaux, un bassiste, un guitariste et un drummer à la longue chevelure blonde. C’est lui qui, le plus souvent, après avoir échangé un furtif regard avec Jeremiah, donne le signal de départ d’un morceau. Passé l’intro de « Hurt no more », exécutée par les cordes, Jonathan débarque à son tour. Il va se consacrer à la gratte semi acoustique (NDR : une Gibson) ou se réserver le piano à queue (NDR : un Yamaha de couleur noire). La ligne de basse, à la limite de la rupture, claque. Directement, la musique plonge dans la soul old school, une soul soulignée par des chœurs atmosphériques aux accents afro-américains. Ruben se dirige vers son piano pour attaquer « Mountain ». Ses musicos se mettent à siffler et pris au jeu, les spectateurs les imitent.  Sur un léger filet de sèche, Jonathan chante de sa voix de crooner, la ballade « Lost », avant de retourner derrière les ivoires pour interpréter le très profond « The Stars Are Out ». Enrichi généreusement de cordes, « Rosario » baigne dans le trip hop, un morceau au cours duquel Ruben revient épauler Jeremiah, de sa gratte semi-acoustique. Dépassant allègrement les 7 minutes, Deadweight » est une pure merveille. Cordes (violons, violoncelles, et guitare électrique) nous entrainent au cœur d’un tourbillon psychédélique. Un grand moment ! « The Birds » est hanté par Nick Drake. La voix de Lady Linn, invitée ce soir, et les chœurs des choristes soutiennent celle de Jeremiah tout au long d’« Afraid To Lose ». Et si le set s’achève par « Good Day », le rappel va nous réserver deux classiques, « Wild Fire » et « Hapiness ».

Setlist : « Hurt No More », « Mountain », « Lost », « The Stars Are Out », « Rosario », « Deadweight », « How Half-Heartedly We Behave », « The Birds », « No-One », « Gold Dust », « Foot Track Magic », « Shimmerlove », « Afraid To Lose (avec en guest Lady Linn) », « U-Bahn (It's Not Too Late For Us) », « Good Day ».

Rappel : « Wild Fire », « Hapiness ».

(Organisation : Botanique)

Jasper Steverlinck

Une forme d’onirisme difficile à décrire…

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Située sur la rivière de la Dendre, la ville de Lessines est principalement connue pour avoir vu naître le célèbre peintre surréaliste René Magritte, à la fin du XIXème siècle.

Naturel donc d’y ériger un centre culturel dédié à sa gloire ! Un lieu hautement symbolique au sein duquel de nombreux artistes s’y sont d’ailleurs produits.

En ce dimanche de février, c’est Jasper Steverlinck qui s’y colle. Son nom est évidemment associé à celui d’Arid, formation belge qui a connu la gloire, notamment après avoir gravé l’excellentissime « Little Things of Venom ».

Le groupe a suspendu son aventure, dès 2012, en partie à cause de ce succès. Il semblerait d’ailleurs que cette parenthèse se soit définitivement fermée…

Deux ans plus tard, il publie un album de reprises. Intitulé « Songs of Innocence », il est accueilli favorablement tant par la critique que par le public, dans la partie néerlandophone du pays. Un disque sur lequel figure la version truculente du « Life on mars » de Bowie…

La salle est de taille moyenne. Et c’est tant mieux. Elle permet d’être en contact direct avec la scène. Ce sentiment de proximité exalte.

Plutôt douce et feutrée, la musicalité et l’univers de porcelaine façonné par celui dont la voix haute perchée est gracieusement comparée à Jeff Buckley ou encore Freddie Mercury (NDR : il réfute cependant cette dernière affirmation) et se prête donc favorablement à l’environnement.

Il est venu défendre les couleurs de « Night Prayer », un disque exclusivement concentré sur l'écriture, dans sa forme la plus pure et la plus directe, procurant à l’ensemble un tissu mélancolique intemporel et voluptueux grâce à sa technique d’enregistrement live.

Le rendu émotionnel libéré par les compos transcende.

Pourtant, au-delà de la pression et des doutes, il a failli ne jamais voir le jour pour des différents qui l’ont opposé à sa direction artistique, au grand dam de son entourage professionnel il va sans dire.

Dimanche oblige, le concert est avancé à 18 heures. Le parterre est complet. Il s’agit de la deuxième date consécutive, la première ayant été décrétée sold out fort rapidement. Le public est plutôt mature, constitué essentiellement de quinquas masculins et néerlandophones.

A l’heure dite, sous un rideau de lumières tamisées, Jasper pose délicatement ses doigts sur les touches d’ivoire pour entamer en piano-voix un « Sad reminders » sur un ton aussi chaleureux que les rayons de soleil printaniers qui frappent à nos portes depuis quelques jours.

L’utilisation des projecteurs est réduite à sa plus simple expression ; une lumière d’une chaude fausse blancheur met en exergue ses principaux acteurs sans aucun autre artifice.

C’est à la gratte électrique et accompagné d’un pianiste qu’il chantonne un « So far away from me » du feu de Dieu qui dévoile encore une facette inattendue de son répertoire. C’est joliment interprété.

Les doigts glissent agilement sur le manche plus qu’ils ne s’agitent. Les mélomanes se sentent soudainement petits face à son talent.

Il faudra attendre « Our love got lost » pour voir apparaître les cordes (trois violons et un violoncelle) qui procurent à l’ensemble une texture sonore moelleuse et sucrée mettant davantage de relief à une prestation qui ne laisse pas pourtant indifférent dans sa version minimaliste.

Steverlinck est heureux d’annoncer que « Colour me blind », est joué en primeur. Peut-être s’agit-il d’un test grandeur nature... Nul ne le saura !

Quoiqu’il en soit, le public semble apprécier. Les yeux pétillent de bonheur. Les rares couples se rapprochent, se blottissent et de doux baisers s’échangent intimement dans la pénombre artificielle.

Cette musique fait un bien fou ! Elle s’élance vers de grands espaces de liberté sans s’essouffler. Elle ranime de vieux feux sacrés et s’élance brusquement vers une forme d’onirisme difficile à décrire…

Après un « That’s not how dreams are made » particulièrement émouvant, le singer s’attaque de front à « One thing I can’t erase » qui pourrait, selon lui, faire l’objet d’une matière première pour un prochain disque. 

Plutôt réussi, ce single s’inscrit parfaitement dans la lignée de sa culture. De quoi faire saliver les plus envieux.

Pourtant d’une qualité exceptionnelle, le show restera quelque peu subversif, le Gantois d’origine s’essayant certes dans une zone de confort qui lui va comme un gant, mais qui étreinte un chouïa sa qualité sur la durée.

Quoiqu’il en soit, les spectateurs observent, retiennent leur souffle, contemplent le temps qui passe et goûtent cet élixir d’exception dont le flot traverse sans crier gare les âges et les générations.

S’exprimant dans un français correct (mais parfois un peu hésitant), l’homme n’oubliera pas de parsemer son set de réflexions teintées d’un humour décapant, arrachant ci et là quand même quelques petits sourires timides au sein de l’auditoire.

Le set s’achève (forcément) par un « Night prayer » criant de vérité pour rebondir à peine deux minutes plus tard en guise de rappel par une reprise d’« Ice queen » du groupe néerlandais de métal symphonique Within Temptation. Pas étonnant quand on sait que les charmes de sa chanteuse, Sharon den Adel, n’ont pas laissé indifférent notre hôte d’un soir… Mais ne le dites pas, les murs ont des oreilles paraît-il !

Les cordes s’effacent ensuite doucement comme elles sont apparues après un « Open your heart » ouaté dans un écrin de beauté.

Le pianiste emboîtera le pas par « Fall in light », avant de laisser la place au maître des lieux, seul aux commandes, pour interpréter un magistral « On this day ».

Une heure trente durant laquelle Jasper Steverlinck a pu nous faire oublier le regretté Arid… ce qui constitue en soit déjà un miracle…

(Organisation CC René Magritte)

Yo La Tengo

Le noisy/rock à son zénith !

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L’an dernier, Yo La Tengo a publié son 15ème opus, “There's a Riot Goin' On”, une œuvre atmosphérique, expérimentale, dont les longs développements instrumentaux, ondulatoires et brumeux, sont propices à la méditation. En tournée depuis quelques mois, le trio de Hoboken (NDR : c’est dans le New Jersey), se produisait ce samedi 16 février. Compte-rendu.

Le concert est découpé en deux parties, séparées par un entracte de 15’. Et la première, recelant 5 morceaux issus du dernier LP (voir chronique ici), va nous plonger au sein d’une forme d’ambient où se mêlent électro (NDR : y compris boucles et samples), psychédélisme, électro, folk, bossa nova, jazz ou encore lounge. Même les 4 autres compos, extraites du back catalogue, vont baigner au sein d’un même climat. Sobre, le décor se limite à des cds suspendus à des hauteurs différentes…

Le set s’ouvre par le drone instrumental pulsant « You are here », un morceau au cours duquel James McNew, le bassiste, vient frapper sur une caisse claire et une cymbale, pour étoffer le drumming de Georgia Hubley (NDR : que l’on distingue difficilement, car elle est installée en retrait, sur les planches). Faut dire qu’au cours de cet acte, il va se servir régulièrement de percussions manuelles. Il troque sa basse contre une lourde contrebasse, tout au long de « Can’t forget ». Lors du show, hormis Georgia –qui vient quand même régulièrement en avant-scène pour se consacrer au chant– les membres du combo vont régulièrement changer d’instrument, parfois même au beau milieu d’un titre, Ira Kaplan alternant entre gratte électrique, sèche et ivoires. La flexibilité dans toute sa splendeur ! Ira se consacre aux claviers pendant « Ashes », mais se lève comme de son siège, pour venir donner un coup de stick, sur une cymbale, à intervalles réguliers. McNew se sert plus régulièrement d’un autre synthé, plutôt bizarre et aux sonorités parfois surprenantes. Et pour les vocaux, si Georgia possède un timbre clair et délicat, celui d’Ira, lorsqu’il ne chuchote pas, est en général plus rauque, alors que McNew campe un falsetto éthéré. En outre, quand les deux ou trois voix se conjuguent en harmonie, comme pendant « Black flowers », c’est tout à fait remarquable. Et pour clore ce premier volet, « Here you are » s’immerge généreusement dans l’ambient…

Les inconditionnels du rock indé ont certainement dû rester sur leur faim. Pourtant, au cours de cette première partie, on a pu apprécier la virtuosité des différents instrumentistes, mais aussi la richesse de la musique proposée par YLT. En quittant le podium, Ira annonce que le trio reviendra dans quelques minutes…

Et c’est le « Polynesia #1 » de Michael Hurley, qui entame le deuxième volet, une cover rappelant que l’influence majeure –et animale– de Yo La Tengo est bien le Velvet Underground. « Here to fall » replonge d’abord dans l’ambient, avant que la section rythmique n’impose un tempo funky, alors que Ira est revenu derrière les claviers. Petit retour au cœur des eighties ensuite, « Shaker » lorgnant vers Wire, alors que « Stockholm syndrome » aurait pu figurer au répertoire de Pavement voire de Guided By Voices. Un peu de répit dans le show, lorsque le trio opère un retour dans son dernier long playing, en interprétant les très mélodieux « For to you » et « Shades of blue », titre au cours duquel James a récupéré sa contrebasse. Place alors au bouquet final ! Allumé par « Sudden organ ». Ira se déchaîne sur ses ivoires merveilleusement et étrangement détraqués. « Decora » commence à se nourrir généreusement de feedback, alors que « Sugarcube » va osciller du shoegaze au krautrock, une compo au cours de laquelle McNew agite ses percus manuelles. Mais, quel que soit le morceau, malgré les délires instrumentaux, le fil mélodique finit toujours par réapparaître, comme par enchantement. Et comme votre serviteur s’y attendait, le concert va s’achever en apothéose par l’incontournable « I hear you looking », une version épique d’un instrumental qui va allègrement dépasser les 10’. Le noisy/rock à son zénith ! (NDR : même si on est à l’Aéronef). Un quatrième larron débarque alors pour se consacrer aux synthés. Impassible, le regard absent, un stylo à bille dans la poche de sa chemise, on dirait qu’il vient d’une autre planète. N’empêche, Ira va nous réserver une démonstration de son talent à la guitare. Il superpose ses interventions en couches. Il torture une gratte, la balance de droite à gauche dans les airs, la pose sur la tête, et finit par l’abandonner sur son ampli pour en tirer le meilleur feedback, puis en prend une autre pour reprendre son exercice de style tentaculaire, abrasif, rappelant alors le concert que Yo La Tengo avait accordé, dans le cadre du festival de Dour, en 2003. Fabuleux !

Alors, rappel ou pas ? Ben quand même, un encore de trois reprises (NDR : malgré ses presque 35 ans au compteur, Yo La Tengo est toujours considéré comme les maîtres dans ce domaine), dont celle du « Swallow my pride » des Ramones, dans une version punk mais clean. Puis deux titres acoustiques, le « Griselda » de The Holy Modal Rounders ainsi que le « By the time it gets dark » de Sandy Denny (NDR : décédée en 1978, cette remarquable vocaliste a notamment milité chez le Fairport Convention), deux plages qui vont à nouveau mettre en exergue les superbes harmonies vocales. 2h30 de concert ! Mais plus que probablement et déjà un des meilleurs de l’année.

(Voir aussi notre section photos là)

set 1

You Are Here, Can't Forget, What Chance Have I Got, All Your Secrets, She May, She Might, Don't Have to Be So Sad, Ashes, Black Flowers, Here You Are

set 2 Polynesia #1 (Michael Hurley cover), Here to Fall, Shaker, Stockholm Syndrome, For You Too, Shades of Blue, Sudden Organ, Decora, Sugarcube, I Heard You Looking

Encore:

Swallow My Pride (Ramones cover), Griselda (The Holy Modal Rounders cover), By the Time It Gets Dark (Sandy Denny cover)

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