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Mannish Boys

Lowdown feelin'

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Lorsque le chanteur/harmoniciste californien Randy Chortkoff a créé le label Delta Groove, il avait plus d'une idée derrière la tête. Au départ, il avait monté ce collectif de musiciens en le destinant aux studios. Mais un peu plus tard, cet ensemble va prendre la route. C'est ainsi que sont nés les Mannish Boys, le band le plus fidèle du catalogue de Delta Groove, un label en plein essor. Ce nouvel opus constitue déjà le quatrième. Il fait suite à "That represent man", paru en 2004, "Live & In demand", en 2005 et "Big plans", en 2007. Le band a cumulé les nominations aux Awards, au cours des dernières années.

Les Boys réunissent des musiciens d’horizons divers. Mais la plupart sont établis à Los Angeles. En outre, chaque fois qu’ils enregistrent, ils reçoivent le concours d’invités de marque. Au sein du line up de base figurent au moins cinq chanteurs, trois guitaristes talentueux (Kid Ramos, Kirk Fletcher et Franck Goldwasser), le drummer Richard Innes ainsi que Ronnie James Weber ou Tom Leavey à la basse. Sans oublier Fred Kaplan préposé aux claviers sur la quasi-totalité des plages!

Chortkoff a déniché un excellent chanteur. Un Chicagolais qui shoutait déjà le blues dans la Cité des Vents au cœur des années cinquante : Bobby Jones. La guitare hispanisante  de Kid Ramos et la trompette de Scott Steen ouvrent "These kind of blues", une plage subtilement R&B, cuivrée, caractérisé par un appétissant solo d'harmonica accordé par Randy! Bobby Jones possède une voix taillée pour le blues, assez proche de celle de Howlin' Wolf, même si elle recèle moins de gravité et de profondeur ; cependant susceptible de libérer un maximum d’expression elle parvient à se détacher de la slide gouailleuse de Franck Goldwasser. Et en particulier sur "Searchin' blues", une compo dynamisée par le tempo incisif  de ‘Big Foot’ Innes, calé derrière ses fûts. Le titre maître est un premier sommet de l’elpee. Introduit par Ramos dans le plus pur style de T-Bone Walker, cuivres et piano y compris, il ouvre une voie royale au timbre exquis de Finis Tasby. "Chocolate drop" est un autre moment exceptionnel. Un morceau peu connu du répertoire de Howlin' Wolf. Jones est largement inspiré par le géant disparu. Invité ‘de luxe’, Junior Watson marque cette cover de son empreinte. Les excellents titres foisonnent. Tasby chante "If the washing don't get you, the rinsing will". Il conjugue talent et frénésie dans la voix. Désopilant, Kirk "Eli" Fletcher pince ses cordes pour concocter un solo monstrueux, dans l’esprit d’Albert King. Il est vrai que le King incluait cette composition de Homer Banks à son répertoire! Finis prête encore sa voix à une amusante rumba. Intitulée "Something's wrong", elle met en exergue un séduisant Ramos. Johnny Dyer interprète également le "The same thing" de Willie Dixon d’un timbre indolent, proche son vieil ami Muddy Waters. Il est talonné par la slide de Goldwasser. Al Blake injecte une fameuse dose de feeling à travers son harmo sur "Good times". Jr Watson se montre volontairement parcimonieux aux cordes. Parmi les surprises, on relèvera deux versions réservées par Chortkoff à deux compositions de Willy ‘The Kid’ Emerson. Tout d’abord "The woodchuck", un boogie nerveux, pour lequel il est épaulé par Paris Slim, Lynwood Slim ainsi que Ronnie Weber, dont la basse ronronne ici littéralement. Et puis "Figure head", un fragment envahi par la puissance vocale naturelle de Bobby Jones, et balayé par les cordes de Ramos ainsi que l'orgue Hammond B3 de Kaplan. Autre surprise, la présence sur deux compos du chanteur/harmoniciste Little Sammy Davis. Etabli aujourd'hui dans l'état de New York, il pratique le blues depuis plus d'un demi-siècle en compagnie d’Earl Hooker. Il se réserve ici "Fine lookin' woman", un Chicago shuffle torride. Son gratteur Fred Schribner est à la slide. Fred Kaplan tapote ses ivoires. Et puis "When I leave", un majestueux soul blues qu’il interprète d’une voix chargée d’une passion intérieure intense. Une seule plage instrumentale : un étonnant "You don't love me". Impérial, Fletcher retrace les riffs de Freddie King. Et on ne peut que remercier Randy Chortkoff pour nous avoir signé "Rude groove", une excellente composition qui évolue quelque part à mi-chemin entre le "Help me" de Rice Miller et le "Green onions" de Booker T. Près de 8' de bonheur intense ! Randy est aux vocaux. Il ne peut contenir sa joie. Goldwasser et Ramos s’autorisent de puissantes sorties aux cordes. Et Kaplan à l'orgue ne se fait pas prier pour leur emboîter le pas. Ne trahissant aucun point faible, ce "Lowdown feelin'" est déjà un des meilleurs albums de blues pour l'année 2008 !

 

Mats/Morgan

Trends and other diseases

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Mats Öberg (keyboards) et Morgan Ågren (drums) jouent ensemble depuis 1981. A cette époque, ils fondent Zappsteetoot, un groupe qui se forge une réputation internationale en adaptant le répertoire de Frank Zappa. Et finalement, le duo suédois aura l’occasion de se joindre à Zappa en 1988, lors d’une tournée accomplie dans leur Suède natale. Ce qui va permettre au duo de jouer en compagnie de Terry Bozzion, Mike Keneally, Steve Vai, Denny Walley ou encore Dweezil Zappa, sur différents projets, dont le célèbre hommage au maître de la guitare « Zappa’s Universe », paru en 1994. Edité à l’origine en 1996, « Trends and other diseases » n’avait été distribué que dans leur pays. Bénéficiant aujourd’hui d’une remasterisation, il est, en outre, enrichi d’un bonus d’une quinzaine de minutes. Un disque pour lequel, la paire avait bénéficié de la participation de toute une volée de musiciens locaux. Sans quoi, capricieuse, élaborée, leur musique navigue quelque part entre Frank Zappa (vous vous en doutez), Todd Rundgren, Prince, Genesis (époque de l’Archange), Hatfield & The North, Varèse, Supertramp (sous ses angles les plus mélodiques), Hall & Oates… et je dois en avoir oublié une brouette !

 

Phil Miller

Digging in

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Paru en 1988, cet elpee fait l’objet d’une réédition sous forme de compact disc. Il s’agissait du troisième album solo de Phil Miller, un guitariste de jazz/prog/rock qui a contribué au développement de la scène de Canterbury, fin des sixties/début, à l’instar de Hugh Hopper, Steve Hillage, Dave Stewart, Robert Wyatt, Kevin Ayers, Daevid Allen, Mike Ratledge, Fred Frith, Peter Blegvad et quelques autres. Et dont Soft Machine, Caravan et Hatfield & The North étaient les plus beaux fleurons. Hatfield & the North, c’est justement la formation au sein de laquelle militait Phil et qu’il a reformé en 2005, pour accomplir une tournée. Sans quoi ce presque sexagénaire (il est né le 22 janvier 1949), a également sévi au sein d’une multitude de projets (Delivery, Matching Mole, National Health, etc.), dont son dernier, In Cahoots est toujours en activité. Pour enregistrer « Digging in », Miller avait reçu le concours du bassiste Fred Baker, du trompettiste Pete Lemer et de feu Pip Pyle aux drums. Un disque qui fait largement appel –et pour l’époque c’etait assez révolutionnaire– à la technologie moderne, dont ce fameux MIDI. Mais sans jamais la laisser prendre le pas sur leur musique. Une musique très complexe qui s’adresse à un public très spécifique. Même en 2008 !

 

Portishead

Third

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Ils en auront mis du temps, les salauds. Près de 11 insoutenables années après la sortie de leur dernier ouvrage studio, Beth Gibbons et ses acolytes, Geoff Barrow et Adrian Utley, mettent enfin un terme à leur retraite anticipée. Pour fêter leur retour, les trois prédateurs usent de stratagèmes plus efficaces les uns que les autres pour mettre le grappin sur leurs cibles, appâtés par un « Third » aussi menaçant que captivant. L’imminence du danger se ressent dès la première complainte. Au fil des prodigieux « Silence », « Hunter » et « Neon Smile », les griffes du trio se resserrent autour des leurs victimes. Ceux-ci, volontaires mais inconscients du sort qui leur est réservé, subissent cette exquise douleur avec délectation.

Suite à la présentation des énigmatiques « The Rip » et « Plastic », les proies prennent conscience, un peu tard, que la formation les mène vers une destination inattendue. Le trio entonne alors « We Carry On », dévorant ses victimes sans la moindre révérence. Dans le ventre de la bête, rien ne sert de se débattre. Broyés par le son de l’incroyable « Machine Gun », les pauvres fous qui se seront laissé happer par le sombre univers de « Third » seront contraints de céder unilatéralement à leur destinée. Tel un puissant venin, les séduisants « Magic Doors » et « Thread » se propagent dans le système nerveux de ces derniers, refermant le piège une fois pour toutes. Une mort douce et lente à laquelle on se laisserait aller indéfiniment. Et un nouveau carton plein pour Portishead.

 

The Ruby Suns

Sea Lion

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Non, les Etats-Unis n’ont plus le monopole de la pop audacieuse. Non, il ne faut pas avoir souffert de mille blessures pour être cohérent dans ce genre musical. Débarrassé de l’esprit pop sombre qui les hantait, la formation néo-zélandaise vient donc de concocter son deuxième elpee. Un disque sculpté de main de maître, par un certain Ryan McPhun, Californien d’origine et transfuge de The Brunette. Oyez, oyez, troubadours, prenez exemple et soyez fous, car après avoir écouté « Sea Lion », il y a fort à parier que vous changerez vos accords. L’énergie communicative des 3 larrons de The Ruby Suns inondent les dix plages de cette plaque, où rodent les fantômes des Beach Boys et des Byrds. Fini le sourire timide, place à la joie et à la découverte, tout en préservant intacte l’empreinte des ancêtres. Exsangue la discrétion, faut que ça pète, et vite. A croire que le groupe a pris des leçons de puissance chez les All Blacks tant l’énergie et la témérité sont au rendez-vous. Il y circule un esprit de voyage et d’ambition qui fait chaud au cœur. Après avoir savouré des perles comme « Tane Mahuta », « Ole Rinka » ou « Morning Sun », on a vite fait de se foutre de tout ce qui se passe autour, pour n’y rentrer qu’à l’intérieur. S’emmitoufler et laisser agir le charme. Envolé le superflu, il n’y subsiste que l’essence même du bien être et de la félicité. Une bien belle surprise que je vous invite à acquérir sans plus attendre. Voire même de toute urgence. 

 

The Triffids

The Black Swan

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A l’origine, “The Black Swan” devait être double. Et devenir en quelque sorte le « Double blanc » des Triffids. Ce sera plutôt son chant du cygne (NDR : ce titre !) le label Islands n’est pas trop satisfait des ventes du groupe et décide donc de lui coller un producteur : Stephen Street (Morrissey). Il paraît donc en 1989. Et dès sa sortie il divise les aficionados. Il recèle bien l’une ou l’autre bonne compo, mais l’ensemble paraît trop poli pour être honnête. On a même l’impression qu’il mange à tous les râteliers. On y recèle ainsi des traces de hip hop, de jazz, du tango, du ‘lennonisme’ et même de l’électro. Bref, il faut reconnaître que le combo allait droit dans le mur ; et la séparation était inévitable. Quitte à recommencer l’aventure, quelques mois ou quelques années plus tard… Il y aura bien encore un live. Intitulé « Stockholm », il paraîtra en 1990. Puis une réunion l’an dernier, à l’occasion d’une mini-tournée qui a transité par la Belgique. Différents chanteurs avaient ainsi tenté de suppléer David McComb. Mais un David McComb, il n’y en avait qu’un seul. Aussi, on ne voit pas trop l’intérêt d’une telle entreprise. C’est un peu comme les Doors sans Jim Morrison ou remplacé par Ian Astbury. C’est n’importe quoi. Ah oui, j’oubliais ; cette réédition est donc bien double. Et pour corser le tout, suffisait pas que les plages soient sophistiquées ; elles ont été remasterisées par Lachlan Carrick et Franc Tétaz aux studios Moose Mastering de Melbourne. Etait-ce nécessaire ? Ah oui, j’oubliais l’album est bien double. Pas non plus initiative heureuse, puisque les chutes de bandes ici récupérées ne devraient satisfaire que les inconditionnels et les collectionneurs.

 

The Triffids

Treeless Plain

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« Treeless Plain » est le tout premier opus de cette formation australienne. Il a été enregistré entre août et septembre 1983, en douze nuits, au sein des studios Emerald City de Sydney. A l’époque, il avait été coproduit par le groupe et l’ingénieur du son inexpérimenté Nick Mainbridge. C’est pourtant ce dernier qui a retravaillé les bandes de cette réédition en septembre/octobre de l’année dernière, afin de lui rendre un son bien plus conforme à notre époque. Faut dire aussi qu’en un quart de siècle, il a pris de la bouteille. Sur cet elpee figure la cover de Bob Dylan, « I am a lonesome Hobo ». Le compact disc a été enrichi d’une interview et de six plages immortalisées ‘live’. Et ma foi en le réécoutant, il faut avouer que c’est un petit bijou… qui ne demandait qu’à être poli.

The Triffids

Beautiful waste and other songs

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Ce recueil réunit toute une série d’enregistrements opérés par la formation aussie entre 1983 et 1985. A ce jour, ils n’étaient disponibles que sous la forme du vinyle. On a ainsi droit aux deux mini-albums (« Raining pleasure » et « Lawson Square Infirmary »), l’EP « Fields of glass » (NDR : à l’écoute du titre maître on ne peut que penser à Ed Kuepper), les singles  « Beautiful waste » et « Wide open road » ainsi que sa flip side « Dear Miss lonely hearts », sans oublier un morceau jamais édité à ce jour, « Native bride ». Particulièrement éclectique, cette compile a été remasterisée par Lachlan Carrick et Franc Tétaz aux studios Moose Mastering de Melbourne.

FestiNeuch 2008 : dimanche 1er juin

Dès onze heures, ce dimanche matin, des familles entières sont arrivées aux Jeunes Rives. Explication : pour la troisième année consécutive, le dimanche du festival est orienté ‘familles’. La musique s’ouvre davantage au grand public (des plus jeunes aux plus âgés). Et l’événement permet ainsi à papa, maman et junior de profiter des spectacles, tous ensembles, plutôt que d’abandonner quelqu’un à la maison pour se charger du baby-sitting. Au programme, une série d’activités spécialement conçues pour les enfants (NDR : du concert aux activités ludiques, en passant par les stands ‘découverte’ ou encore de grimage). Une formule qui semble fonctionner, vu le nombre impressionnant de ‘petits hommes’ gambadant un peu partout sur le site.

Mais le festival ne se limite pas à la tranche 5-12 ans. Heureusement pour nous. C’est au sein d’une ambiance de ‘musique du monde’ que s’achève donc cette huitième édition du FestiNeuch. Pour la circonstance les organisateurs ont programmé des groupes comme Elandir, Florence Chitacumbi, Robe ou encore Julien Revilloud Trio. Après deux journées bien remplies, la fatigue commence à se faire sentir. En outre, votre serviteur a attrapé la crève (NDR : avis aux imprudents, si vous sortez d’une after party à 4 heures du mat et que vous avez bien transpiré, n’oubliez pas d’enfiler un pull). Il se contentera de couvrir les concerts les plus importants, tout en jetant avec plaisir une oreille aux quatre coins du site.

Direction donc le ‘Chapiteau’ pour assister au collectif de ska suisse, I Skarbonari. Suisse sur papier peut-être, mais ses membres viennent d’horizons aussi divers que l’Italie, le Brésil ou encore le Canada. J’avoue avoir émis quelques ‘à priori’ sur ce show. C’est donc sans grand enthousiasme que je m’y suis rendu. Pourtant, Mirko et sa bande auront tôt fait de balayer tous mes doutes. Loin du ska classique, le combo propose une musique festive imprégnée d’influences italiennes et sud-américaines. Et pour l’occasion, le line-up est renforcé par une section cuivres, un batteur et une accordéoniste, afin d’éviter aux cinq membres de base de devoir changer d’instrument en cours de route. Ces permutations peuvent parfois être perturbantes pour un groupe ; mais elles ne semblent pas gêner nos musiciens, surtout pas le chanteur et guitariste Mirko Dallacasagrande, qui n’arrête pas de remuer. Il court d’un côté à l’autre de la scène. Il monte sur sa chaise –bien sûr, c’est pour mieux voir la foule de la haut– et parfois retourne s’y asseoir. Il alterne chansons et histoires traitant de voyages imaginaires autour de la terre ; et il invite les spectateurs à participer à ses aventures. Le groupe parvient à faire danser petits et grands, festivaliers, VIPs, membres du staff et presse dans la joie et la bonne humeur sur un ska tantôt proche d’une bossa nova, tantôt à l’aide d’une solution sonore proche du jazz ou du funk. I Skarbonari a donc transformé ce chapiteau en café-théâtre ; et déjà près de 7.000 personnes s’y sont rassemblées.

Rokia Traoré nous vient du Mali. Sa musique jette un pont entre l’Occident et l’Afrique. La chanteuse est soutenue par un orchestre composé de métis. Sa voix est séduisante, envoûtante. Pourtant, le public rencontre quelques difficultés à entrer dans la danse (c’est bien connu : rares sont les Occidentaux qui ont le rythme dans la peau). Tous souriants, les musiciens prennent leur pied. Ils tentent quelques petites chorégraphies, tout en soignant leur prestation. La bonne humeur qui règne fait vraiment plaisir à voir et donne envie d’en savourer davantage. Et immédiatement après le solo époustouflant du bassiste, la chanteuse et sa choriste enchaînent par une danse typiquement africaine. Un vrai régal ! En fin de parcours, l’artiste diffuse un message de réconciliation. Elle invite chacun à mettre le passé africain entre parenthèses (colonisation, esclavage, ...), afin de repartir ensemble. Du bon pied. En regardant vers le futur.

Wax Tailor a le privilège de clore les débats sur la Lacustre. Un Français considéré aujourd’hui comme une valeur montante. Il est épaulé par une chanteuse, une flûtiste et une violoncelliste. Le décor a été aménagé. Sur le plateau, deux énormes meubles en bois blanc, mais dans un style quelque peu ancien, ont été installés. Le DJ, bidouilleur incontesté, surfe entre le trip hop, le jazz, la soul, le funk et le hip hop. La rencontre entre la musique électronique et l’instrumentation basique est épatante. Le public est ébahi. De nombreux spectateurs demeurent immobiles. Les yeux écarquillés ils semblent envoûtés. Vêtue de son kimono noir et blanc, la chanteuse séduit par son style à la fois classique et glamour. Bien sûr, le combo ne bouge pas beaucoup sur les planches, mais son set d’une heure a tout à fait convaincu.

Malheureusement il faut choisir entre le concert de Wax Tailor et de Goran Bregovic. Enfin, entre la fin du set du premier et le début du second. Cette dernière option sera probablement la meilleure. En effet, alors que la foule, agglutinée au premier rang et les yeux rivés sur l’estrade, guette l’arrivée du compositeur et de son orchestre constitué de quarante personnes, c’est dans notre dos que le départ est donné. Un air de trompette et de cor retentit à l’arrière droit du chapiteau. Tout le monde se retourne. Que se passe-t-il ? Une réponse à gauche. On assiste ensuite à un jeu de questions/réponses musical entre les musiciens de gauche et de droite, qui se rapprochent petit à petit du podium en se frayant un chemin parmi la foule compacte. C’est l’ovation, le public est aux anges ! Pendant que la plupart des yeux (NDR : et des oreilles) sont tourné(e)s vers les acteurs de cette invasion, la chorale et les autres musiciens en profitent pour grimper discrètement sur scène. Quel début de concert ! Goran fait fort ; et pourtant, le spectacle ne fait que commencer. Vu la présence de 40 personnes sur le podium, une petite description s’impose. Tout d’abord en avant-plan, l’homme, sa guitare et son ordinateur. Il est accompagné, à sa droite, par un percussionniste et chanteur dont la joie et l’entrain donnent presque les larmes aux yeux tellement c’est beau à voir. Derrière eux, au centre, s’installe une chorale masculine. Ses membres sont fringués de costards et portent des nœuds papillon. Tout comme l’équipe des instruments à cordes (violons, violoncelles, ...), postés de part et d’autre. Entre la chorale et le maître évoluent les cuivres, vêtus de costumes traditionnels tsiganes. Enfin, sur la gauche et un peu en avant, on distingue deux choristes bulgares habillées également de tuniques folkloriques. Et comme une image vaut mieux qu’un long discours, n’hésitez pas à faire un tour dans la section des photos pour vous forger une idée plus représentative de l’orchestre. Pendant près de 120 minutes, les milliers de festivaliers présents seront bercés ou remués au son de musiques, tantôt solennelles et compositions personnelles signées par le chef de file, tantôt empruntées à la musique populaire, militaire (“Chargeeeeez!”), voire même à des slogans publicitaires (comme la pub consacrée à Haribo, par exemple). Responsable de plusieurs B.O. de musique de films, le boss est accompagné de son orchestre ‘Wedding and Funeral Orchestra’ (en français : orchestre de mariages et d’enterrements). Ils ont lancé l’assaut sur le FestiNeuch et ne s’arrêteront que deux heures plus tard, pour clôturer en beauté cette huitième édition par le traditionnel « Kalashnikov ». C’est une vague monstrueuse d’applaudissements que la foule réservera au collectif. Et le public n’en est toujours pas revenu de ce qu’il a vécu.

Il est environ 22 heures, quand le MC nous annonce la fin officielle du festival. Il invite les festivaliers à s’attarder sur le site jusque minuit pour éviter toute confrontation avec les supporters portugais. Ils sont venus nombreux (par milliers) ce soir à Neuchâtel, pour accueillir leur équipe nationale, en vue de l’Euro 2008.

On retiendra de cette édition l’excellente programmation internationale, la qualité des groupes suisses programmés, la sécurité présente, mais discrète et très aimable, les facilités pour les personnes handicapées, le site paradisiaque au bord de l’eau, l’accueil chaleureux des services bénévoles mais aussi la journée des familles. Une réussite pour le festival open-air de Neuchâtel qui a accueilli plus de 24.000 festivaliers sur trois jours, un nombre en constante augmentation depuis quelques années. Un conseil, si vous passez dans la région début juin, faites un petit crochet par ce festival, vous ne le regretterez pas.

FestiNeuch 2008 : samedi 31 mai

Lors de cette deuxième journée de festival, la météo est plus clémente. Il y a bien quelques nuages, mais le soleil est bien plus généreux. D’ailleurs, tout au long de cette journée, le tee-shirt est de rigueur. Résultat des courses, pour la première fois en huit années d’existence, le FestiNeuch affiche complet. Bien sûr, le temps n’est pas la seule explication de cette réussite. La programmation y est sans doute aussi pour quelque chose.

Dès 16h30, Regard du Nord donne le coup d’envoi. Une prestation essentiellement acoustique d’une soixantaine de minutes. Les compositions sont entraînantes et les lyrics plutôt surprenants. Les textes traitent ainsi de la vie des humains et même des animaux. Les musiciens invitent les spectateurs à les accompagner au chant, tandis que le bassiste se charge des bruitages et des onomatopées (‘cocorico’ du coq, aboiements de chien, etc.) Le public apprécie le spectacle. Et les spectateurs qui ne se prélassent pas dans l’herbe fraîche plantée autour de La Rive, manifestent leur enthousiasme.

Alors que Fleuve Congo (NDR : un ensemble suisse de ska festif) entame son set sur la Lacustre, de nombreux festivaliers se dirigent déjà vers le Chapiteau afin de se réserver une place de choix pour la suite du programme. C'est-à-dire Feist. Prévu à 18 heures 15, le spectacle commence avec une demi-heure de retard (NDR : les stars se font toujours attendre). Elle monte sur le podium affublée de lunettes de soleil peu discrètes. C’est le moins qu’on puisse dire. Elle est armée de sa guitare. Le début du concert est un peu mou. Et pour cause, elle interprète d’abord ses compos les plus paisibles. Puis le set va monter en puissance. Flanquée de son groupe, la Canadienne attaque alors son répertoire plus pop et plus dansant. Plus connu aussi. Enchantée, la foule lui réserve un accueil chaleureux. Sur les titres comme « 1 2 3 4 » et « I Feel It All », la communion est totale. Malheureusement, le concert a commencé en retard. Il n’y aura pas de rappel. Nous sommes en Suisse, pays de l’horlogerie ; donc on ne badine pas avec les horaires.

Il est déjà 19h30 et un choix s’impose. Se coltiner le reggae dub ska electro acoustique d’Open Season ou le country blues trash de Watchmaking Metropolis Orchestra, brass band gipsy particulièrement excitant. C’est vers ce dernier que le choix s’est posé. A La Rive. Le chanteur entame son show en solo. Il aligne quelques morceaux relativement calmes, pendant que les sept autres musiciens, bière à la main et clope au bout des doigts, assistent, mêlés à la foule, à sa prestation. Tiens serait-ce une émeute ? Ah non, le reste du combo a décidé de rejoindre son leader par le chemin le plus court, en escaladant la scène. Basse, batterie, saxophone, trombone, cor et j’en passe, l’orchestre est au complet. Et la fête commence réellement. Difficile de décrire leur musique, tant le mélange de styles est ample. Mais pour mettre de l’ambiance, il faut reconnaître que le collectif sait y faire. L’orchestre communique sa bonne humeur. Les vocaux sont interprétés dans un anglais incompréhensible (NDLR : du yaourt ?) ; à moins que ce ne soit de l’espagnol (?!?!?) Après quelques titres, la pluie opère son retour. Mais, ô surprise, au lieu de faire fuir les spectateurs, elle les aimante vers le podium. Pour aussi profiter de l’abri d’une petite aubette destinée à protéger les installations. Mais pas question d’arrêter de danser pour quelques gouttes ! Et The Watchmaking Metropolis Orchestra ira jusqu’au bout de son set pour le plus grand bonheur des spectateurs, conquis par leur combinaison détonante d’instruments à vent, de basse, de guitare et de percussions. Et tant pis si ce n’était pas une tête d’affiche ; l’important c’est que prestation ait plu ; d’ailleurs, c’est ce type de groupe qui tire son épingle du jeu lors des festivals.

Direction Chapiteau pour retrouver un artiste certes local, mais dont la célébrité est reconnue dans le monde entier : Stephan Eicher. En particulier grâce à ses hits “Déjeuner en paix” ou encore “Combien de temps”. L’artiste n’est plus tout jeune. Pour son set, il est uniquement épaulé par un drummer et un pianiste. Invitation au recueillement et aux murmures, son nouvel album, “Eldorado”, baigne au sein d’une quiétude certaine. C’est donc en douceur que l’homme commence son show. Il alterne la langue française, anglaise, mais également allemande. Minimaliste, le line up impressionne et en impose. Certains spectateurs en sont même bouche bée. D’autres reprennent les chansons en chœur. Malgré les rides qui sculptent son visage, Stephan Eicher n’a pas vieilli. Mûri bien sûr, mais vieilli, non. Lors de son spectacle, il retourne sa guitare blanche et chante à l’intérieur. Il se penche aussi sur son vieux modulateur –d’après les échos recueillis, il l’accompagne depuis ses débuts ; c’est-à-dire depuis plus de vingt ans, époque à laquelle il s’en servait dans la cave de ses parents. Le drummer participe également au spectacle. Et change de batterie au beau milieu de la chanson. Il doit même courir d’un bout à l’autre de la grande scène. Inévitablement, Eicher interprétera les deux grands succès de son répertoire. Qui ne laisseront bien sûr, personne indifférent. Même pas les enfants, pourtant alors –et c’est étonnant– nombreux sous le Chapiteau. Un set ponctué par une longue salve d’applaudissements amplement méritée. Et pourtant, malgré sa notoriété, la star est demeurée simple. C’est sans doute aussi ce qui lui permet de thésauriser un tel capital sympathie. Assurément un des meilleurs moments du festival.

Pour le public qui n’apprécie pas trop la variété française, la Lacustre accueille le groupe de hip hop français La Caution. En special guest Mouloud (Canal+) et Cuizinier (TTC). Le public est alors bien plus jeune. A l’aide de leurs beats hip hop bien marqués, mais aussi leurs lyrics intelligents (NDR : de nombreux congénères y accordent beaucoup moins d’importance) les rappeurs atypiques français sont parvenus à mettre le souk. Flanqués de leur DJ, les deux chanteurs entament le spectacle. Ils seront bientôt remplacés par leurs invités avant de revenir pour participer à la grosse fiesta sur scène ; l’équipe au grand complet s’impliquant lors des dernières chansons.

Alors que la foule se dissipe à la Lacustre, elle se densifie sous le Chapiteau. Antonin, un des organisateurs, annonce, la larme à l’œil, le premier sold out de FestiNeuch. Puis il présente l’artiste événement de la soirée : le rappeur britannique Mike Skinner alias The Streets. Il est épaulé par toute une troupe de musiciens. Dès qu’il débarque sur les planches, il déchaîne les passions dans la foule. L’ambassadeur du rap britannique entame son set par quelques chansons bien enlevées. Et le public n’a qu’une seule envie : ‘jumper’. D’ailleurs, l’artiste montre l’exemple. Tout comme son compère, Mike remue, bondit, court, arpente toute la largeur de la scène, exploitant tous ses recoins, même les rehaussements prévus peut-être à cet effet, mais essentiellement utilisés par les cameramen. Ils sont probablement branchés sur des piles Duracell (NDR : Mike et son pote, bien sûr !) Après un départ percutant, le spectacle va perdre en intensité. En cause –enfin, ceci est une question de goût– un recours trop systématique aux clichés claqués sur un style flairant le déjà vu, et surtout entendu. Un hip hop plus racoleur, mélancolique, uniquement destiné aux mecs qui ont envie d’embrasser leur copine. Dommage, toutes les conditions étaient réunies au départ pour vivre un concert unique.

Alors que DJ Luciano et MC Jiggy Jones chauffent le public pour Rahzel à la Lacustre, La Rive accueille Fantazio. Champion de l’endurance, ce contrebassiste français est entouré de ses musiciens. Le frontman stimule un public, avouons-le, un peu moins nombreux, mais tout autant motivé. Son secret ? Un mélange de styles bien dosé, dynamisé par des rythmes jazzyfiants. Il agrège ainsi culture issue des pays de l’Est, rock, punk et garage pour concevoir une musique finalement populaire. Et puis consomme une énergie folle dispensée sans le moindre temps mort. Les membres de la formation dégoulinent de sueur et n’hésitent pas à se décarcasser pour le plaisir de cinq ou six motivés, proche  de la scène, qui –comme hypnotisés– danseront sans relâche, pendant une heure…

Du côté de la Lacustre, DJ Luciano, MC Jiggy Jones et leur compère sont toujours d’attaque.  Rahzel, la star de la soirée programmée sur cette scène, est en retard. Aussi le trio suisse est invité à combler le vide, et surtout à faire patienter la foule. Pari réussi, même si d’humeur festive, le public y mettra aussi du sien.

Le roi du ‘beat box’ monte sur le podium. Il accuse un quart d’heure de retard. Il est accompagné par son dj, DJ JS-1. D’entrée de jeu, l’Américain s’excuse : il a mal à la gorge. Ce qui ne va pas l’empêcher d’étaler toutes les facettes de son talent et surtout d’émerveiller l’audience. Pendant la première partie du concert, son dj et complice diffuse quelques secondes d’un titre connu. Mais Rahzel coupe le souffle à tout le monde. Il reproduit musique et paroles en utilisant uniquement ses cordes vocales. Malgré ce début quelque peu chaotique –l’artiste passe allègrement d’un titre à l’autre–, le public est réceptif. Revisitant et remixant bon nombre de hits dans un style hip hop, le concert va se poursuivre sous cette forme pendant une bonne trentaine de minutes. On pensait avoir tout vu, mais la machine à son humaine décide alors de relancer l’intrigue. Il apporte sur scène un vase rempli de roses rouges. ‘Où sont les filles ?’ lance-t-il ? Il ne faudra pas plus de deux secondes pour que le public se déchaîne. Les filles montent sur le dos de leur copain, d’un ami voire même du premier voisin consentant. Objectif ? Recevoir une de ces roses. Tout au long de cette vague de furie fanatique, le chanteur s’offre une tranche de romantisme en dédiant quelques morceaux aux ‘Misses’ de l’audience. Les premières roses sont rapidement distribuées. Mais Rahzel tient une jolie blonde en haleine pendant près de cinq minutes, feignant lui donner la der des ders, mais se ravisant à chaque fois. Finalement, sa patience sera récompensée, deux titres avant la fin du set. Et pour finir en beauté, l’inventeur du beatbox prendra une photo souvenir du public. A cet instant, la foule est en délire. On pardonnera donc facilement le petit retard de Rahzel ; parce qu’il n’a pas déçu. Au contraire. Il a même impressionné, à la fois par ses capacités vocales, sa présence sur les planches et ses aptitudes à chauffer le public.

Les concerts officiels sont désormais terminés ; mais pour les plus motivés, il reste l’after. Et aujourd’hui place à Etienne de Crécy. Le casino de la Rotonde est entièrement balayé d’effets lumineux. La musique dispensée par le Français –il programme ses propres tubes, mais pas seulement, tout en prenant soin de conserver sa ‘french touch’–  est puissante. Le maître de cette nuit garantira l’homogénéité de son spectacle jusque 4 heures du matin, dans une salle presque comble.

FestiNeuch 2008

Il est 17 heures. Un orage vient de s’abattre sur la petite ville de Neuchâtel, alors que le site du FestiNeuch vient d’ouvrir ses portes. Malgré la pluie, quelques irréductibles Helvètes se présentent à l’entrée, en essayant tant bien que mal de se préserver des intempéries ; mais les dégâts sont irrémédiables : trois concerts de groupes régionaux (Ska Nerfs, The Passengers et The Licks) sont annulés sur la scène ‘La Rive’. Fort heureusement le moral des troupes n’est guère atteint.

C’est dans ces conditions difficiles que s’ouvre la huitième édition du festival ‘open-air’ de Neuchâtel. Heureusement, elles vont changer assez rapidement ; et quoique un peu frais, le temps va, au fil des heures, devenir de plus en plus clément. Une situation idéale pour profiter pleinement du cadre des ‘Jeunes Rives’ et en particulier du lac. Il faut dire que l’événement est idéalement situé, à deux pas du centre ville et carrément au bord du l’eau, bénéficiant ainsi de la proximité des infrastructures citadines et, si le temps le permet, d’assister au spectacle les pieds dans l’eau, à moins que vous ne préfériez, si la visibilité le permet, d’admirer la vue sur les Alpes.

Il est déjà 18 heures, et une petite troupe commence à s’assembler sous le grand chapiteau. Changement de dernière minute, The Young Gods remplace The Hoosiers. Ils se produisent en set acoustique et ouvrent le bal. Ils sont tous assis. Trois sèches (NDR : pas reconnu qui était le quatrième du band! D’après les infos recueillies, il participe régulièrement aux sets acoustiques du band suisse) et un drummer ; même si Franz Treichler souffle de temps à autre dans son harmonica. Leur prestation est très rafraîchissante (NDR : vu le temps !) On ne se bouscule pas encore devant cette grande scène, mais cette situation s’explique : nous sommes vendredi soir et la météo n’incite pas trop à mettre le nez dehors. Pourtant, tout au long du show des Fribourgeois, la foule commence à grossir pour atteindre 7.000 entrées en fin de soirée, le site étant susceptible d’en accueillir 10.000, chaque jour.

Petite pause de 45 minutes entre les concerts ; l’occasion de découvrir les lieux plus en détail. Ils sont découpés en cinq zones.

Le ‘Chapiteau’, scène principale, accueille les têtes d’affiches. Outre son espace VIP surélevé et un bar dédié, il réserve une zone spécifique aux personnes handicapées ; ce qui leur permet d’assister confortablement aux spectacles sans devoir se mêler à la foule.

La scène ‘Lacustre’ ressemble à un demi-tonneau ouvert de part en part. Elle accueille les groupes dits ‘secondaires’. Cette scène dispose également de son propre bar ; très pratique lorsqu’on souhaite se ravitailler sans risquer de manquer la moindre partie du spectacle. ‘La Rive’, une nouveauté de cette édition, tourne le dos au lac. Ce qui permet aux spectateurs de choisir entre le panorama et les shows en live. Elle accueille les artistes régionaux ; bien que ce soir, les trois-quarts de sa programmation soit ‘tombée à l’eau’ ; et l’expression n’a jamais été aussi proche de la réalité. Près de l’entrée, une zone destinée à la relaxation a été aménagée. C’est la plage de galets. Un village d’échoppes ou de stands –prononcez comme ‘sans’ mais avec un ‘t’ sinon les gens vous regardent de travers– a été également été érigé. On y trouve les produits ou objets habituels proposés lors des festivals… Enfin, à l’autre extrémité, le ‘Dôme’ accueille une série de DJs, tout en permettant aux spectateurs de se reposer dans des fauteuils très confortables, installés au bord du lac.

Retour aux concerts en compagnie de Tafta, une formation romande, qui ouvre sur la scène Lacustre. On sent qu’elle joue à la maison. Le public connaît les paroles –normal le groupe chante en français– et accompagne le chanteur tout au long des chansons. Pourtant, leur rock bien puissant, légèrement teinté d’électronique, se révèle de toute bonne facture.

Le set est à peine terminé, que le gros de la foule fonce vers le grand chapiteau afin d’assister à la performance d’Empyr. Le nouveau projet du chanteur de Kyo, Benoît Poher, implique des musiciens français qui ont déjà bien roulé leur bosse : Florian Dubos (ex-Kyo), Frédéric Duquesne (ex-Watcha), Benoît Julliard (ex-Pleymo) et Jocelyn Moze (ex-Vegastar). Changement important, les lyrics sont exprimés dans la langue de Shakespeare, plus de Voltaire. Affichant parfois un look rappelant les membres de Tokio Hotel, la majorité du public est très jeune. Ce qui n’est pas étonnant. Des ados dont certain(e)s sont au bord de l’hystérie. Manifestement, ces fans sont ravis de la présence de leurs idoles et extériorisent leur satisfaction bruyamment. Faut dire que leur gros rock, même s’il trahit des tendances emo screamo et neo metal, leur est personnellement destiné. Leur premier opus, « The Peaceful Riot », est dans les bacs depuis ce 24 mars.

Alors que Zenzile et son dub/rock expérimental mettent de l’ambiance sur la Lacustre, une grande partie de l’affluence se dirige déjà vers la scène principale. Normal, c’est là que se produira The Verve. Mais quelques mots quand même du quintet angevin. Un ensemble qui transforme en dub tout ce qu’il touche : le rock, le rap, la new wave, le punk, post punk, funk blanc, et j’en passe. Un goût de l’expérimentation que la bande à Raggy explore le mieux en ‘live’ ; et surtout grâce à l’excellente osmose entre les différents instruments : guitare, basse, claviers, batterie, saxo et percussions.

Mais place au clou de la soirée, j’ai nommé The Verve. Le groupe s’était séparé. Richard Ashcroft ne s’en était pas tiré trop mal en solo, même si la magie n’opérait plus, comme au sein de sa formation précédente (NDR : parfois pourtant bien en ‘live’). Le guitariste Nick McCabe avait bien tenté de monter l’un ou l’autre projet ; mais sans grand résultat. Le combo de Wigan, s’est donc, de manière plutôt inattendue, reformé. Et est immédiatement reparti en tournée. Un périple qui passait donc par Neuchâtel ce vendredi et qui repassera par Werchter en juillet. Bien sûr, les plus jeunes, venus applaudir Empyr, ne doivent pas trop connaître. Et même pas du tout. Par contre, ceux qui ont vécu leur histoire entre 1992 et 1999 n’ont pas envie de manquer ce come-back. Veste de cuir (au début du set), pas de lunettes fumées, Richard Ashcroft ressemble aujourd’hui davantage à Roger Daltrey (NDR : pas les cheveux !) qu’à Mick Jagger. Il joue de plus en plus souvent de la guitare. Une heure quinze de spectacle (pas de rappel) au cours duquel, le combo britannique va dispenser sa britpop mélodique et tellement savoureuse, nous balançant ses inévitables « The Drugs Don’t Work », « Lucky Man » et bien sûr l’incontournable « Bitter Sweet Symphony ». Mais également deux extraits de « A Northern soul » (« This is music » et « Life's an ocean »), référence discographique incontestable du néo-psychédélisme des nineties. Pas d’extraits de « A storm in heaven ». Deux nouveaux titres quand même, dont « Love is a noize », morceau maître d’un nouvel elpee qui devrait paraître en automne. Sans surprise, The Verve a donc clôturé le festival en beauté.

Mais ce n’est pas la fin pour autant, puisqu’on a encore droit à une petite soirée électro. Tout d’abord un set ‘live’ exécuté par Simian Mobile Disco. Balayé de multiples jeux de lumières LED, son show impressionne. Responsable pour la circonstance d’un excellent (NDR : et surtout original !) cocktail d’électro de fantaisie et d'énergie, le duo anglais parviendra à faire danser le public ; une performance que l’on a d’ailleurs déjà pu découvrir à maintes reprises dans nos contrées. Une excellente manière pour ceux qui n’avaient pas rejoints leur lit, dès la fin des derniers accords de « Bitter Sweet Symphony », de se défouler jusqu’au bout de la nuit. Enfin, plus ou moins jusqu’à 2 heures du matin. Faut dire qu’on n'a pas vu le temps passer...

Et last but not least, pour les plus courageux, une after payante et sold out était organisée au casino de la Rotonde. Animation : le dj local Orange Dub, suivi par les Allemands de Boys Noize. Fin des festivités : 4 heures du mat’!

Aucun doute, cette première journée, malgré le petit incident sur ‘La Rive’, a tenu ses promesses et nous donne déjà envie de vivre la suite !

On vous invite également à aller voir les superbes photos de cet événement…

 

 

R.E.M.

Accelerate

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Réduit à un trio, REM a donc décidé d’en revenir à une formule plus rock. On était donc très curieux de voir (NDR : et surtout d’entendre) le résultat du nouveau projet. Enregistré sous la houlette de Jacknife Lee (U2, Green Day, Snow Patrol, Bloc Party, The Hives, Weezer, Editors,…), cet elpee a été enregistré entre Athens, Dublin (le fief de Jacknife) et Vancouver. Et manifestement l’électricité y est plus présente. Un opus qui s’inscrit dans la lignée tantôt de « Document », « Monster » et surtout de « Reckoning ». En moins de 35 minutes, la formation d’Athens cherche donc à se réconcilier avec les fans de la première heure. Pari presque réussi, parce que si l’aspect mélodique (voire contagieux) est beaucoup moins palpable, l’intensité dispensée contamine la plupart des compos. Sur les 11 titres de cette plaque, seul « Until the day is done » rappelle un REM plus conventionnel. Le reste s’avère tour à tour pêchu (« Living well is the best revenge » et « Man-sized wreath »), garage (le titre maître), ténébreux (« Sing for the submarine »), offensif (« Horse to water ») ou encore punkysant (« I’m gonna Dj »). J’avoue un petit faible quand même pour le single « Supernatural superserious » et « Hollow man », deux fragments caractérisés par les guitares tintinnabulantes, ‘byrdsiennes’ ; et puis la valse mid tempo (NDR : un rythme qui revient régulièrement au cours de l’album) « Houston », la compo la plus engagée de l’œuvre, dénonçant la gestion catastrophique du gouvernement US lors de l’ouragan Katrina. Et c’est tout auréolé de cette authenticité rock retrouvée, que le groupe souhaite en découdre ‘live’, lors de sa tournée qui passera par le festival de Werchter. Pourvu que ça dure !

Marc Bolan

The Best of BBC Recordings

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Marc Bolan était un pote de John Peel. Ce qui explique pourquoi il était souvent invité à son émission ‘Top gear’, sur la BBC. D’ailleurs, on suppose qu’aujourd’hui les deux compères doivent à nouveau partager de nouvelles aventures musicales, dans l’au-delà… Ce recueil réunit 24 titres issus de trois compiles parues entre 1996 et 2006 (double, cette dernière épinglait 32 enregistrements opérés à la BBC de 1970 et 1976, dont la moitié n’avaient jamais été édités). Véritable mythe pour la génération punk, Bolan est décédé suite à un accident de voiture, alors qu’il n’avait pas trente ans. Depuis, il fait l’objet de multiples compiles, rééditions et même de bouquins décrivant sa vie en long et en large. Ce recueil épingle les inévitables « Jeepster », « Get it on », « Hot love » et « Telegram Sam », ainsi que la cover du « Summertime blues » d’Eddie Cochran. Mais il serait peut-être temps qu’on se penche sur son aventure Tyrannosaurus Rex. Moins glam mais beaucoup plus psychédélique dans l’esprit de Syd Barrett, elle épousait une forme, finalement bien plus alternative…

Elvis Costello

Momofuku

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A l’origine, ce disque ne devait sortir qu’en vinyle ou être disponible via téléchargement sur Internet. Il est finalement également paru sous la forme du compact disc. Après avoir trempé dans l’univers du blues, de la country et de la symphonie orchestrale, Costello a donc décidé de revenir aux sources (NDR : c’est la mode !) Il a donc tout d’abord convaincu ses Imposters (NDR : et ce n’était pas une imposture) de le rejoindre. C’est-à-dire le bassiste Davey Faragher, le drummer Pete Thomas et le claviériste Steve Nieve. Mais également, Jonathan Rice, Dave Scher (Beachwood Sparks, All Night Radio) et Jenny Lewis (Rilo Kiley) pour assurer les chœurs, David Hidalgo (Los Lobos) ainsi que l’un ou l’autre invité dont la fille de Pete, Tennessee (elle milite chez Like), qui naturellement joue… des drums. Mais sur un morceau. Tout ceci ne nous donne pas encore une idée du contenu de cet opus.

Les chansons de « Momofuku » ont été écrites en un temps record. Afin qu’elles puissent véhiculer un max de spontanéité, d’énergie et de dynamisme. Elles ont donc été prises pratiquement en ‘live’, même si elles ont bénéficié ultérieurement d’inévitables arrangements. Mais pas question de sophistication à outrance, comme le Londonien nous avait habitués dernièrement. Et finalement le résultat est plutôt convaincant, même si en fin de parcours (NDR : pour trois chansons seulement), il s’abandonne dans la ballade emphatique, romantique et finalement sans grand intérêt, avant de se ressaisir magistralement sur le dernier morceau, « Go away ». La meilleure plage de l’opus. Une compo contagieuse, irrésistible, qui baigne dans un r&b excitant, rogné par des claviers ‘vintage’ plus ‘Booker T.esque’ que ‘Manzarekien’. Ce qui n’empêche pas les 8 premiers fragments de faire bonne figure. Depuis le rock « No hiding place » au ‘beatlenesque’ « Mr Feathers », en passant par le venimeux « American gangster time », le tourbillonnant et psychédélique « Turpentine », la bossa nova « Harry worth », un « Drum & bone » superbement vivifié par un groove acoustique, la ballade soul mid tempo « Flutter & wow » et le noisy « Stella hurt », une plage caractérisée par ses riffs qui crépitent, ses accords de piano menaçants, hypnotiques, et un orgue subrepticement rogné. Des claviers très présents tout au long de cette œuvre, comme la guitare de Costello. Le tout parcouru par le timbre vocal très particulier d’Elvis, à la fois versatile et râpeux, mais tellement savoureux. A la limite, on a parfois l’impression d’en être revenu à la période des Attractions, ce « Momofuku » étant même très susceptible de devenir le chaînon manquant entre « This year’s model » et « Armed forces ». Seul l’avenir nous le dira !

 

Bumcello et la reine du Litchi

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Le 9 juin prochain paraîtra le nouvel opus de Bumcello. Intitulé « Lychee Queen », il a notamment reçu la collaboration Chocolate Genius, Blackalicious, Ibrahim Maalouf et Magic Malik. Le violoniste Vincent Ségal et le drummer Cyril Atef ont improvisé et posé les bases des morceaux de leur sixième album, en trois jours, dans un studio parisien…

Pour voir la vidéo de Backin’ in the Sun

http://www.youtube.com/watch?v=X3qOo5JIves
http://www.wat.tv/video/bumcello-backin-in-the-sun-md3x_iedf_.html
http://www.wideo.fr/video/iLyROoafYwwI.html
http://www.dailymotion.com/jeansanteuil/video/x5k71l_bumcello-backin-in-the-sun_music

Et celle de « Assiko Mintanan »

http://fr.youtube.com/watch?v=AyUC6fBCmJ
http://www.wat.tv/video/bumcello-assiko-mintanan-feat-o5lq_iedf_.html
http://www.wideo.fr/video/iLyROoafYsC2.html
http://www.dailymotion.com/jeansanteuil/video/9742317

Pour plus d’infos : http://www.bumcello.com

 

Explosions In The Sky

Orage sur Lausanne…

Ce mercredi soir, dans les rues de Lausanne, le temps est lourd, orageux. De gros nuages se profilent à l’horizon. Pourtant, c’est du Romandie qu’éclatera le tonnerre. La salle lausannoise accueille en effet le groupe Explosions in the Sky. En supporting act : l’artiste américain Eluvium. Un événement très attendu, vu l’engouement du public pour ce spectacle.  

La foule commence à se presser contre la scène. La chaleur monte et devient bientôt à la limite du supportable. Eluvium monte sur les planches, le show commence. Le multi-instrumentiste parvient à focaliser l’attention de l’auditoire pendant la trentaine de minutes qui lui sont imparties. Il y dispensera un rock expérimental et instrumental, passant allègrement du piano électrique à la guitare, tout en gérant les pédales de répétition de boucles et les pistes préenregistrées, programmées par son ordinateur.

Le set achevé, le ‘changement de scène’ est opéré assez rapidement, afin de laisser la place à l’événement pour lequel 300 personnes se sont agglutinées jusque dans les escaliers de la salle. Et elles ne seront pas déçues par cet orage sonore. Hors pair, le quatuor joue pendant plus d’une heure, faisant déferler tantôt avec puissance, tantôt douceur, mais toujours une grande implication émotionnelle et physique, son rock indie instrumental. C’est clair, les musiciens vivent leur musique. Et ils ne sont pas les seuls. Car de nombreux spectateurs ferment les yeux, essaient tant bien que mal vu le peu d’espace disponible de danser ou se balancent au rythme de la musique. Tout le monde cherche à se connecter au groupe. Le combo texan est l’exemple vivant qu’il n’est pas toujours nécessaire d’avoir recours aux paroles pour communiquer.

Explosions in the Sky est vraiment à voir et à revoir. Le seul regret procède de l’exiguïté des lieux. Lorsqu’ils sont combles, le mercure grimpe rapidement dans les thermomètres. Mais lorsqu’en plus à l’extérieur, la météo s’en mêle, la température devient très vite étouffante. Hormis cette réserve, la soirée est réussie. Bien que puissant, le son la loi suisse oblige les organisateurs à fournir gratuitement des boules-Quiès ; une initiative à souligner est de bonne qualité, et le personnel organisateur ainsi que préposé à la sécurité est accueillant. En outre, il se distingue par sa bonne humeur.

 

 

 

Roomful Of Blues

Raisin' a ruckus

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Alors qu’il compte près de 40 années d’existence, le vieux big band de Rhode Island se porte toujours bien. Aujourd'hui, cet ensemble constitué de huit musiciens est dirigé par le guitariste Chris Vachon. Ce dernier avait d’ailleurs naguère, pris la difficile succession de deux gratteurs de génie : Duke Robillard et Ronnie Earl. Pour concrétiser cette nouvelle aventure, le line up a accueilli l’arrivée d’un nouveau chanteur/harmoniciste, Dave Howard, et d’une nouvelle section rythmique, constituée d’Ephraim Lowell aux drums et de Dimitry Gorodetsky à la basse. Par contre, les cuivres et le claviériste sont restés fidèles au line up.

Chris Vachon ouvre la plage d'ouverture par des notes empruntées à un instrumental de Freddie King. La voix chaude de Dave Howard ne tarde pas à faire son entrée. Le sax de Rich Lataille sort de sa réserve. En moins de trois minutes, cet "Every dog has its day" campe une excellente mise en jambes. Le rythme s'accélère. Le front de cuivres occupe le devant de la scène. Derrière son piano, les doigts de Travis Colby frétillent. "Lower on your list of priorities" rameute le public qui se met à rocker et roller sur le devant de la scène. Jump et swing s'affrontent tout au long de "Talkin' to you eye to eye". On y assiste ainsi à une lutte fratricide entre les trois cuivres. Les musiciens ne relâchent pas leur étreinte. Le rythme imposé au "Big Mamou" de Link Davis est racoleur. Tous les musiciens reprennent le refrain en chœur, alors que la trompette de Bob Enos est au bord de la rupture. Le rythme de "Round it down" est bien soutenu, un blues au cours duquel Chris en profite pour confectionner un solo. Et il est superbement bien construit. Les climats musicaux varient constamment. Le tempo souvent très syncopé. "I would be a sinner" consacre une nouveau duel, mais entre les saxophones de Rich Lataille et Mark Earley. Signé Jessie Mae Robinson, le notoire "Black night" constitue le blues lent de rigueur. Les notes produites par Vachon sont dispensées parcimonieusement, mais l’envolée s’avère de grande qualité. L'heure de Travis Colby vient de sonner. Il s’agite derrière les ivoires pour balancer un "Boogie woogie country girl" très excitant. La qualité de ce cocktail de blues, R&B, swing, jump et jazz est constante. Howard se met dans la peau d’un crooner pour interpréter "Sweet Petite", face aux cuivres en plein délire. Et lorsque les musiciens se relâchent, c’est pour s’abandonner dans la quiétude paresseuse des swamps louisianais. Bethie Vachon a composé "While I can". Elle chante cette plage exquise et chaleureuse, en compagnie de Dave Howard. Mais lors du bouquet final, Chris s’autorise une sortie… attendue. Le titre maître est un instrumental très jazz. Ephraim aux balais, Dimitry à la basse acoustique et Travis au piano servent de rampe de lancement au sax alto de Lataille, au baryton d'Earley et à la trompette d'Enos. Rassasiés, les acteurs se libèrent sur "New Orleans", un R&B participatif et festif, au cours duquel ils se mettent tous à chanter. Mais à tue-tête. Si ce dernier elpee de Roomful of Blues est de toute bonne facture, c’est également et malheureusement le testament musical du trompettiste Bob Enos, qui nous a quittés le 11 janvier 2008!

Tetine

Let Your Xs Be Ys

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Tetine est le patronyme d’un duo qui ne vous dit probablement rien. Pourtant, c’est grâce à lui que l’on doit les succès fulgurants de Bonde Do Role et autre Cansei De Ser Sexy (CSS). Et pour cause, il est un des pionniers du mouvement disco/punk sud américain. Formé en 1995, le tandem constitué de Bruno Verner (NDR : c’est la tête pensante !) et d’Eliete Mejorado en est d’ailleurs déjà à son huitième album. Mais c’est curieusement seulement aujourd’hui que les deux complices s’exportent à travers l’Europe. Bien sûr, le choix d’enregistrer cet elpee à Londres leur a sans doute facilité cette ouverture. Bref, en signant ce « Let Your Xs Be Ys » sur l’excellent label londonien Soul Jazz Records, Tetine risque fort bien de cartonner dans les charts, tant l’album regorge de titres géniaux. Une odeur de sexe fleure même de leur punk/electro, lorsque la féline Eliete joue de ses charmes. Une espèce d’Asia Argento de la chanson, qui sur scène, se lâche définitivement, histoire d’embraser le public.

Et on ne change pas une recette qui gagne. Même en studio ! Ce huitième opus en est d’ailleurs une belle preuve. Dès l’entame, « I Go To The Doctor » nous plonge dans une ambiance frôlant l’hystérie. Pourtant les synthés sont très basiques et la samba de médiocre facture. En outre, le duo se lâche sans complexe en se servant d’un vocabulaire issu de leur Brésil profond. Plus technique « Let The X Be X » permet d’atteindre une autre dimension. Beats électro y sont manipulés avec beaucoup de maîtrise. Le tout est balayé par la voix trash de Bruno Verner. On écoute, on savoure et on danse. Danser, c’est très certainement le message que le duo essaye de faire passer. Car la suite coule de source. Et fichtre, on se demande pourquoi deux malins comme eux viennent seulement de parvenir à frapper aux portes du Vieux Continent! Quatorze titres démentiels sculptés dans le baile funk do Brazil, destinés à faire la fête jusqu’au bout de la nuit. En prime, le disque recèle un remix du « I Go To The Doctor » de CSS, un titre caractérisé par sa ligne de basse caoutchouteuse et son énergie carnavalesque.

Tetine est un groupe incontournable. Mais aujourd’hui, il risque fort de devenir le phénomène de l’été et pourquoi pas des festivals. C’est tout le mal qu’on lui souhaite !!!

 

Al Wilson

Searching for the Dolphins

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Spécialisé dans la réédition encyclopédique des travaux de personnages ‘culte’ de la musique soul, le label Kent se penche ici sur le parcours d’Al Wilson. Originaire de la région du Mississippi, notre homme est surtout connu pour avoir composé « The Snake ». Inclus sur cet elpee, cette superbe chanson avait, à une certaine époque, fait fureur dans les cercles ‘Northern soul’ en Angleterre.

Cette réédition se concentre sur l’album « Searching for the Dolphins », un elpee paru en 1968 sur le label californien Soul City. Elle est enrichie d’une dizaine de singles enregistrés pour différents label entre 1967 et 1971. La musique interprétée par Al Wilson sur « Searching for the Dolphins » se démarque des titres soul dits ‘classiques’. Pour commencer, Al Wilson possède une voix baryton rappelant… Tom Jones (en moins sirupeux, rassurez-vous !) Ensuite, la musique explore des territoires proches du folk et de la country ; les guitares sèches sont d’ailleurs présentes sur la plupart des titres. Les arrangements très sophistiqués (cordes, cuivres, lignes de basses élégantes) lorgnent davantage vers la pop symphonique que la soul de Memphis. Passée la phase d’adaptation, on finit par apprécier ces plages souvent romantiques, même si à la première écoute elles peuvent paraître un peu mielleuses. Quoi qu’il en soit, ce disque probablement conçu dans l’idée de séduire un public plus large n’a pas récolté le succès escompté à l’époque de sa sortie. Par contre, il est devenu un objet de culte au Japon et chez les fanatiques de Norhern Soul.

La dizaine de titres ajoutés à l’album illustrent encore plus l’éclectisme d’Al Wilson. Une série de compos qui renoue avec le style direct de la soul du sud des Etats-Unis, mais aussi avec le rock psychédélique (le délirant « Falling »), le boogie-rock (« Lodi ») et même la country-folk (« Gettin’ Ready for Tomorrow »). Eclectique, on vous dit.

 

Federico Aubele

Panamericana

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« Panamericana » constitue le deuxième opus de ce musicien argentin. Il a été produit par Thievery Corporation et publié sur leur propre label, le bien nommé Eighteenth Street Lounge Music. Car c’est bien de lounge dont il est ici question. Une succession de titres tramés sur la guitare sèche de Federico, enrichis d’arrangements qui renvoient un peu au reggae et beaucoup (trop) à l’électronique aseptisée. Bref, si cet opus se targue de condenser les sonorités du continent américain (le titre !), il n’arrive jamais à susciter la moindre passion. La faute à un manque de compos solides, un style vocal pas très inspiré et un traitement sonore uniforme s’évertuant à gommer toute trace de spontanéité dans l’expression sonore. Bref, on s’ennuie ferme.

Michael Burks

Iron man

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Michael est surnommé l'homme de fer (‘The iron man’), à cause de sa présence physique sur scène ; et surtout des sonorités qu’il est capable d’arracher de ses cordes. Il joue sur une Gibson ‘Flying V’, un instrument réputé pour ses spécificités métalliques, dont avant lui, Albert King et Son Seals en avaient tiré l’essence. D’Albert, il a hérité les riffs tranchants. De Son, l’attaque incisive, effilée, sur le fil du rasoir. Néanmoins, son approche est plus radicalement rock que celle de ses deux références. En fait, aujourd’hui, son expression lorgne davantage vers Tinsley Ellis, un artiste signé sur le même label. Pourtant, les deux hommes n’affichent pas la même couleur de peau. Ellis est blanc. Michael a la peau d'ébène. Le colosse jouit d’une voix surpuissante qui colle parfaitement à son attaque agressive sur les cordes. Il signe la plus grande partie de son répertoire, dans un style qui lui est bien personnel. « Iron man » constitue son troisième elpee paru chez Alligator. Il fait suite à "Make it rain" et "I smell smoke".

"Strange feeling" repose sur un riff menaçant. Burks éructe ses vocaux, tel un homme très en colère. Il malmène son bottleneck. Manifestement ses cordes doivent en souffrir. Bien jolie ballade, "Empty promises" évolue dans un registre assez proche de son compagnon d'écurie, Ellis. La voix et la guitare partagent des liens familiaux ; mais c’est pour la bonne cause. Un cri d’amour qui libère beaucoup d'intensité. Michael implore, supplie et se montre finalement terriblement persuasif ! La chaleur et la puissance de la voix conjuguée à l'amplification des cordes le rapprochent du grand Luther Allison ; c'est d'une évidence ! Et la place est bien à prendre. Burks est encore jeune. Il affiche à peine cinquante balais. Depuis ses débuts accomplis chez lui, dans l'Arkansas, aux confins du Sud profond, il a cependant déjà parcouru un fameux parcours.

L’opus est très homogène. Les morceaux défilent comme si on assistait à un concert. Pas pour rien qu’il est soutenu par ses musiciens de tournée ; en l’occurrence Wayne Sharp aux claviers, Don Garrett à la basse et Chuck Louder à la batterie. Le point fort de Burks est incontestablement illustré lors des morceaux imprimés sur les tempos les plus lents. Un climat qui lui permet de déborder de sensibilité et de colère contenue. A l’instar du "Ashes in my ashtray" de Jimmy Johnson. Sa guitare répond à son chant. Il tire, écrase, déforme ses cordes pour en extraire ce son écorché, meurtri. L’émotion transmise, même au sein d’un flot de décibels, atteint, transperce toujours sa cible, tant il décoche de flèches. Il se rapproche à nouveau d'Ellis, tout en s’éloignant d’Allison, lorsqu’il embrasse des sonorités désavantage ‘southern rock’. La ballade "Don't waster my time" en est une parfaite illustration. Et inévitablement, le moment attendu arrive lorsqu’il reprend le "Hard come, easy go" d'Ellis. Lorsque le tempo est plus enlevé, comme sur "Quiet little town", on lui reprochera sans doute une certaine lourdeur, une certaine rigidité. Bruce Iglauer et Burks partagent la signature de deux plages. Evidemment, le boss d'Alligator a bien compris ce qui fait la force de l'iron man. Et en écoutant le lent "Icepick through my heart" on ne peut que partager son avis. A cause de son intensité dramatique, des cordes qui tissent cette atmosphère empreinte d’une tristesse infinie et de la voix, dont la profondeur est sans cesse poussée dans ses derniers retranchements par la guitare. Une guitare qui ne cesse de soupirer et de s'esclaffer. Un grand moment! L'autre titre, c'est le nerveux "Changed man". Il clôt l’elpee. Calqué sur le riff le plus célèbre de Chicago, il se révèle moins éblouissant. Burks reprend même un des meilleurs morceaux du groupe anglais Free : "Fire and water". Michael parvient à s'approprier cette plage composée 40 ans plus tôt par les jeunes Anglais issus du british blues boom. La puissance de feu de l'homme de fer est inextinguible…